Accueil » Le Crédit Agricole, grand vainqueur de la vente de STX à Fincantieri

Le Crédit Agricole, grand vainqueur de la vente de STX à Fincantieri

Cet article a été lu 7436 fois

Le gouvernement a annoncé la semaine dernière un règlement dans l’affaire Fincantieri, cédant en apparence sur ses annonces initiales de ne pas céder les chantiers aux Italiens. Cette décision a surtout permis de débloquer un rachat de trois banques italiennes par le Crédit Agricole.

C’est l’effet induit par le règlement de la vente de STX à Fincantieri, repoussée avant l’été par le gouvernement français: le Crédit Agricole peut désormais développer sa présence sur le sol italien. La banque française vient en effet d’annoncer qu’elle avait trouvé un accord avec le Fonds interbancaire de garantie des dépôts italien pour l’acquisition des caisses d’épargne de Rimini, Cesena et San Miniato, pour une valeur globale de 130 millions.

Une opération repoussée par le gouvernement italien

Au printemps, le Crédit Agricole avait annoncé son intention de procéder au rachat de ces trois caisses d’épargne. Mais la banque française ne voulait pas s’embarrasser de leurs actifs toxiques. D’où la nécessaire intervention du Fonds interbancaire pour procéder à la « désolidarisation » de ces actifs avant le rachat. Autrement dit, ce sont les banques italiennes (donc les clients) qui doivent reprendre entre elles ces actifs pourris avant que le gouvernement italien n’autorise la cession. On parlait alors de 2,8 milliards de créances brutes douteuses… un montant bien supérieur aux 800 millions auxquels le Coréen STX avait racheté Saint-Nazaire.

Pas de chance pour le Crédit Agricole: sa marque d’intérêt est arrivée en même temps que le dossier Fincantieri. Et très vite, on a compris que ni le Fonds interbancaire ni le gouvernement italien ne s’empresseraient d’autoriser ce dossier si la France ne lâchait pas du lest sur l’opération STX.

L’opération miraculeusement débloquée cette semaine

Comme un fait exprès, le Crédit Agricole a annoncé vendredi avoir trouvé un accord avec le Fonds interbancaire italien pour la cession de ces caisses d’épargne. L’opération se règle de façon plutôt (très) avantageuse pour la banque française. Celle-ci devrait apporter 130 millions par sa filiale italienne Cariparma (achetée en 2007) aux trois caisses d’épargne. Dans le même temps, les banques italiennes prennent à leur charge près de 3 milliards de créances douteuses.

Voilà qui valait la peine d’attendre!

Sur le fond, on n’est donc pas sûr que la « nationalisation temporaire » de STX cet été par l’ineffable Bruno Le Maire ait vraiment servi les intérêts de l’entreprise. En revanche, le retour de fait au compromis négocié par son prédécesseur Sirugue fait les affaires du Crédit Agricole.

Vivendi en profite pour recoller les morceaux

On notera que la Tribune a rappelé que, de son côté, Vivendi avait fait les frais de la stratégie française tonitruante dans le dossier STX. Les stratégies de prises de participation de Vivendi ont en effet donné lieu à de vives réactions de la part des autorités italiennes.

Encore une entreprise française qui ne doit ménager ni son temps ni sa peine pour convaincre Bruno Le Maire de mettre de l’eau dans son vin.

Des discussions fructueuses ont été menées dans un esprit constructif, de respect et d’engagement mutuel durant tout l’été avec le Schema Volontario et les banques avec le soutien actif des autorités impliquées. Elles ont permis de réunir les conditions nécessaires à la conclusion de cet accord qui définit la structure et le périmètre de la transaction, en particulier le niveau des augmentations de capital de chacune des trois banques et les conditions de la déconsolidation de l’essentiel de leurs créances douteuses résultant, entre autres, en une amélioration du profil de risque du groupe en Italie.

Le Schema Volontario procédera au renforcement du capital des banques cibles préalablement à la date de finalisation de la transaction, de manière à aligner leur ratio CET1 sur les critères du Groupe Crédit Agricole ; des portefeuilles de créances douteuses totalisant environ 3 Mds€ de valeur brute seront titrisés avec l’appui du fonds Atlante II ou cédés à des investisseurs privés. Crédit Agricole Cariparma versera au Schema Volontario la somme de 130 m€ pour l’acquisition de participations supérieures à 95% dans les trois banques cibles.

La transaction sera soumise à l’approbation des autorités de supervision et de la concurrence compétentes. La finalisation de la transaction est prévue pour la fin de l’année 2017.

6 commentaires

  1. Pierre dit

    OK.

    Mais rappelons que le « crédit patate » est un spécialiste des opérations foireuses.

    Ainsi, il faut se souvenir du rachat… d’une banque grecque en 2006, au prix fort, avant l’implosion du pays, alors que les gens intelligents savaient DEJA que c’était une pétaudière (Grèce = plus gros marché pour les voitures de luxe allemandes… ah bon ? Avec des olives, de la feta et de l »ouzo ?).

    Empokiri… un véritable Vietnam bancaire….

    Coût total pour les neuneus français : 10 milliards d’euros engloutis.

    Les péquenots en cravate du Crédit Agricole, ni responsables ni coupables, ne peuvent s’empêcher de vouloir se faire mousser.

    On pourrait penser que onze ans après leur énorme boulette, ils soient un peu plus prudents ?

    Pas du tout. Ils veulent remettre le couvert… en Italie cette fois ! Le pays qui a le système bancaire le plus pourri de toute l’UE !

    Crédit Agricole ? Des champions. Des winners.

    • Citoyen dit

      « Empokiri » … Tout un poème … J’ai lu un article savoureux, qui donnait un aperçu, à travers eux, de la réalité d’une « certaine Grèce » …
      Ils avaient trois comptabilités : une pour les clients, une pour le fisc, une pour les actionnaires … Si ça, c’est pas avoir le sens des affaires !!!…. Mine de rien, c’est des costauds en Grèce !

  2. serge dit

    Derrière ces plans foireux, il faut penser « banquier ». C’est la banque Rothschild qui a géré le dossier Alstom et il y a une imprimatur allemande pour que BNP rachète CommerzBank (pas la plus saine mais bon…) dans la foulée. Et voir aussi que ce sont beaucoup de LBO ce qui implique de fait des deals financiers, chasse gardée des grandes banques ou gros cabinets, ce qui est la même chose. Après, que Macron laisse cela se faire, vu son passé, cela semble normal.

  3. Vous aviez ici même évoqué le soutien à MSC de l’Etat (l’affaire Kohler).
    Je vous l’avais rappelé: fuzak ! STX a bien remporté le ponpon, et tamère ignoble traitre, fiotte merdique et pourri patenté nous annonce le même jour la fin des activités françaises dans les bateaux et les trains. ouah ouah dit il sans arrêt avec son accent d’éberlué énarque hors sol: il fait l’airbus de tout avec son maître. Les commissions restent au chaud et les jeunes français préparent leur retraites. La puanteur de tout cela est extrême et cela finira mal.

  4. Jiff dit

    Elle est pas belle, la vie de banquier ?

    On refile eau du bain et couche sale aux clients cochons de payeurs des autres banques et on cravate le bébé ; à ceci près que Pierre a raison, et que ça n’est que la partie visible d’un iceberg sensiblement plus massif

    On a déjà entendu la ritournelle « too big too fail », comme par hasard, juste avant Lehman Brothers, mais ça continue.

    On a aussi évité la séparation de l’église et de l’état des banques de dépôts et d’affaires, alors que ça marchait très bien avant comme ça – mais bon, là, c’était pour avoir une garantie de l’état, et donc du con-tribuable en fin de chaîne alimentaire ; je serais curieux de savoir ce qui se passera quand bnp sautera avec un engagement qui, il-y-a une paire d’années, se positionnait déjà à ~€49,000Mds, et qui n’a pu que croître et embellir depuis

    Tous ces gens ont bien besoin de plomb dans la tête…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *