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60 millions€ d’amendes routières en plus en 2018, et autres petits secrets du budget

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Que dit exactement le budget 2018? La profusion d’actualités n’a donné le temps à personne d’en éplucher les documents pour 2018 et d’en donner une compréhension suffisante. On essaie aujourd’hui de réparer ce manque.

Le premier budget d’Emmanuel Macron est ambitieux. Elle prétend donner une image de ce qui se passera jusqu’en 2020. Il faut le lire entre les lignes, car il répond en fait à la question: comment Emmanuel Macron imagine-t-il la France l’année où il se représentera à l’élection présidentielle?

2020, l’année où Macron fera des cadeaux aux électeurs

Le budget se lance dans des explications complexes sur la baisse des dépenses en volume. Celles-ci sont regroupées dans une nouvelle catégorie budgétaire: l’objectif de dépenses totales de l’État (ODETE). En lisant les tableaux qui en présentent l’évolution, on peine à comprendre la notion de « baisse en volume », puisque la loi de finances annonce leur augmentation méthodique chaque année.

Simplement, la hausse sera modérée en 2018 et 2019. Macron a prévu un cadeau de 5 milliards aux électeurs en 2020. Tiens! c’est l’année des élections municipales. Un pur hasard, bien entendu.

Les taux d’intérêt à la hausse

Au passage, le gouvernement anticipe une hausse des taux d’intérêts cette année-là. 2020, année du début d’un nouveau cataclysme économique?

En tout cas, la charge de la dette est prévue à près de 45 milliards € en 2020. On mesure dont l’exposition au « risque de taux » dû à notre endettement colossal. La somme va dépasser le coût des retraites des fonctionnaires (43 milliards). C’est dire!

Les prélèvements au profit de l’Union Européenne devraient augmenter d’autant cette année-là et dépasser les 24 milliards…

La baisse mal vendue des cotisations salariales

Le gouvernement baisse progressivement les cotisations salariales. La première vague équivaut à un cadeau de 7 milliards€. Ce petit geste est totalement occulté par la hausse de la CSG, devenue un point obsédant, voire obsessionnel.

La communication politique: plus on en fait, moins elle marche. Macron se serait contenté de prendre la parole le 14 juillet pour expliquer en termes simples ce qui allait se passer, il n’en serait pas là.

Dans la foulée, le gouvernement revalorise la prime d’activité et l’allocation adulte handicapé. On n’en entend pratiquement pas parler.

La fausse baisse du nombre de fonctionnaires

Partout, la presse subventionnée a répété à l’envi que 1.600 suppressions d’emplois étaient prévues dans la fonction publique. En réalité, le gouvernement crée plus de 16.000 emplois! C’est la tactique du « en même temps », une fois de plus, qui sévit. On dit qu’on baisse, mais en fait on augmente fortement.

L’Éducation Nationale se prend 10.000 emplois nouveaux. Et personne n’a rien vu.

Du coup, la masse salariale de l’État augmente de 2,4% en 2018. Mais chut! c’est un secret.

On a indexé le barème de l’impôt sur le revenu

L’article 2 de la loi instaure l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation. Ce mécanisme favorable aux assujettis avait coûté cher à Ayrault, qui n’avait pas vu venir que l’absence d’indexation augmentait mécaniquement la somme due par chacun.

1,1 milliard de cadeaux dont personne n’a entendu parler.

Prélèvement forfaitaire unique: 12 pages de règles pour simplifier!

Le gouvernement met en place un prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital. Ceux-ci seront taxés à 30%, correspondant à la CSG et à l’impôt sur le revenu (à hauteur de 12,8%). Il présente la mesure de la façon suivante:

Le présent article procède à une refonte globale du régime d’imposition des revenus de l’épargne dans une logique de simplification des dispositifs existants

L’ensemble de l’article fait 12 pages. Pas mal, pour une « logique de simplification », non?

Création de l’impôt sur la fortune immobilière: 11 pages

On notera quand même que la création de l’IFI, le successeur de l’Impôt sur la Fortune, occupe 11 pages de textes. Les conseillers fiscaux et en patrimoine se réjouiront: les affaires vont reprendre!

Appliquer ce texte ne sera vraiment pas de la tarte.

60 millions d’amendes routières en plus

Tiens! le gouvernement prévoit 100 radars de plus et relève le plafond des recettes tirées de ces gentils amis de l’automobiliste. 60 millions de prunes supplémentaires devraient tomber dans l’escarcelle de l’État l’an prochain, soit une hausse de 25%.

Sympa l’ambiance sur les routes en 2018…

Bientôt 2 millions de fonctionnaires

Avec toutes ces décisions, on en arrive au plafond d’emplois. En 2018, l’État comptera officiellement 1,960 million de fonctionnaires. Encore un effort, et on atteindra les 2 millions. Plus de la moitié de cette somme astronomique est employée par l’Éducation Nationale.

Une débauche de moyens…

Et on ne parle pas ici des 400.000 fonctionnaires d’État cachés dans ses opérateurs, comme les universités, les organismes publics de recherche, Pôle Emploi, etc.

Des efforts insuffisants

La loi de finances 2018 prévoit-elle des efforts suffisants? On a vu qu’elle se fondait une augmentation des dépenses et des emplois publics. Parallèlement, le gouvernement n’engage pas de vraie réforme structurelle.

On sait d’ores et déjà que le budget français est mis sous surveillance par Bruxelles. Pour la Commission, la trajectoire de finances publiques dégagée par la France la mettra systématiquement, même si elle est respectée, en position de « risk of non-compliance ». Autrement dit, le moindre dérapage budgétaire (pourtant une tradition française) mettra la France hors-jeu.

« Le schéma d’emplois prévu pour 2018 contribue à hauteur de – 682 équivalents temps plein travaillés (ETPT) à l’évolution des plafonds annuels d’autorisations d’emplois des ministères. Toutefois, ceux-ci augmentent de 16 008 ETPT par rapport aux plafonds autorisés par la loi de finances initiale pour 2017, car ils intègrent également les éléments suivants :

– des mesures de transfert et de périmètre, à hauteur de 6 347 ETPT, correspondant pour l’essentiel à la poursuite du plan de déprécarisation des contrats aidés du ministère de l’éducation nationale. La transformation de ces contrats en contrats d’accompagnement d’élèves en situation de handicap (AESH) à hauteur de 6 400 ETPT, ainsi que leur prise en charge directe dans la masse salariale de l’État conduisent, en effet, à leur intégration sous le plafond d’emplois ministériel. Hors opérations de transfert et de périmètre, la hausse des emplois autorisés s’élève donc à 9 661 ETPT ;

– l’effet en année pleine des hausses d’effectifs intervenues en 2017 (+ 10 392 ETPT). Cet effet report est particulièrement prononcé au ministère de l’éducation nationale (+ 7 774 ETPT), où les recrutements interviennent en septembre et pèsent pour les deux tiers sur l’année suivante. »

11 commentaires

  1. Citoyen dit

    « 1.600 suppressions d’emplois » chez les fonx !!…. Wha ! même si ce n’était largement compensé par les recrutements à côté, déjà-là, ce serait à exploser de rire, quand on s’en trimbale plus de 2 millions de trop …
    L’état en a quasiment 2 millions à lui tout seul. Si l’on ajoute la territoriale et l’hôpital il y en avait dans les 5.6M en 2015. et si l’on compte les entreprises parapubliques qui ont des fonx sans en avoir le status, ça doit dépasser tranquillement les 7M…. il y a de quoi faire …. Il est vrai que pour l’état, quand on aime, on ne compte pas … surtout avec l’argent des autres …

    Pour remplir les caisses, le racket sur la route reprend du service … « 100 radars de plus » ?… Pour un bénéfice présumé de 60M ?… Mauvais calcul de bercy. Déjà, il y en a qui se chargent de les mettre HS régulièrement … Perso, je trouve ça très bien (j’applaudis) … Mais le gain s’en trouve amputé. Ensuite, il y a les effets cachés, « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas » comme aurait dit Bastia. Et à titre d’exemple, nous (une amicale de gens biens), quand l’état rackette l’un d’entre nous de xeuros par ce biais, à titre de représailles, nous lui portons un préjudice mille fois supérieur à coté … Ce qui porte gravement préjudice au gain espéré, tout en procurant quelques satisfactions personnelles ….
    Encore un mauvais calcul …

    Pour le reste, concernant le nombre astronomique de pages de textes votés …. Quand on a un nombre astronomique de fonx en trop …. il faut bien leur trouver de l’occupation, pour qu’ils tentent de justifier leur place …

  2. xc dit

    Indépendamment du point de savoir dans quelle mesure la vitesse intervient dans les accidents: on pourrait dire des radars qu’ils sont une réussite s’ils ne rapportaient rien. Or, non seulement ils rapportent, mais plus il y en a, plus ils rapportent, et on peut prédire combien.
    Cela me dépasse.

    • Sémaphore dit

      L’immense majorité des flashes sanctionnent de petits dépassements et les radars qui flashent le plus, sont à peu près tous dans des endroits où « le danger » les nécessitant a été perçu on ne sait comment tellement il n’est pas visible.
      Une nouveauté est le « radar de chantier » placé temporairement et signalé par un minuscule panneau fixe au ras du sol, qui fonctionne même quand le chantier n’est pas en cours et qu’il n’y a pas de rétrécissement ou de gêne particulière en terme de largeurs de voies.
      C’est ainsi que j’ai vu un samedi après midi, coincé sur l’A3 montante à Bagnolet, de l’autre coté un « chantier » consistant simplement en des cônes interdisant la voie d’arrêt d’urgence (et sans le moindre ouvrier présent puisque les travaux sur autoroutes franciliennes ont toujours lieu la nuit) nanti d’un de ces radars qui flashait à répétition des automobilistes roulant benoîtement à 90 au lieu de 70 parce que la plupart imaginaient très probablement que le radar n’était fonctionnel que durant les heures de fonctionnement réel du chantier…
      Alors avec des combines comme celles-là, sachant que chaque nouveau radar connaît une période initiale « euphorique » le temps que les habitués du lieu le « remarquent », il est facile de ratisser chaque fois un peu plus.
      La preuve en est qu’il y a eu des radars supprimés purement et simplement (le danger permanent qui le justifiait officiellement a donc disparu comme cela, pffffuittt !!!) ou une nouveauté qui est le déplacement dudit zinzin en aval ou en amont de son point initial pour mieux surprendre… (les avertisseurs type Co…e permettent de le vérifier)
      Bref il y a des zones de danger à géométrie variable en Grance…

      • Citoyen dit

        Pour les « zones de danger à géométrie variable en Grance… » … je confirme …
        Quelqu’un de mon entourage en a fait l’expérience, il y a quelques temps … Sur une nationale de Grance, assez ancienne, se trouve des parties modernisées qui valent bien des autoroutes … 2×2 voies avec terre-plein central très large … Rien à envier à l’autoroute, presque la perfection, mais limitées à 110 … Bon, soit … Mais comme tout n’est pas parfait, il reste des zones (résurgence d’un passé qui n’est pas effacé) où il y a encore des croisements (des anciennes routes qui débarquent la dessus !)… Ces zones sont limitées à 90 (soit). Sur la fin de l’une de ces zones 90, entre le dernier croisement et la remise à 110, il a environ 400 à 500 mètres…. et comme par hasard un radar est placé une centaine de mètres avant le panneau 110, pour bien vérifier que l’éventuel contrevenant tient bien le 90, jusqu’au dernier moment … Il se trouve que la personne en question connait bien le quartier, pour y passer régulièrement, et sait très bien où se situe le radar réglé à 90 … Seulement voila, à un moment, les zautorités ont décidé de faire quelques travaux, sur une zone qui précède le dernier croisement et s’étend jusqu’à celui-ci, en l’englobant. Les travaux amputant une partie de la chaussée, des panneaux 70 sont normalement disposés … Les travaux se terminant juste après le croisement, la route redevient normale. Sauf que, le radar qui se trouve près de 300 mètres plus loin, à été réglé à 70 !.. pour la durée des travaux … Alors que cette zone n’est pas en travaux, que le dernier panneau 70 est déjà dépassé depuis un moment, voila une machine à sous parfaitement calibrée pour se faire des roubignoles en or … et ce, semble-t-il, à plein temps, puisqu’il s’est fait gauler à 2 heures du matin, en semaine … sachant qu’il doit passer au mieux, un véhicule toutes les minutes … Et il y en a qui pensent, que les machines à sous, sont là pour la sécurité … les pauvres …

  3. gérad dit

    Baisse des charges:La première vague équivaut à un cadeau de 7 milliards€!J’adore le nouveau formatage intellectuel:toute baisse de la fiscalité est un » cadeau ».Franchement,qu’est ce qu’on peut faire pour remercier l’état de tous ces cadeaux qu’il ne devrait pas nous faire ,mais qu’il nous accorde dans sa gentillesse?

  4. Pierre dit

    Difficile de critiquer le côté farce…. mais bon…. 60 petits myons… dans le grand désordre des choses, cela ne changera rien.

    En revanche, c’est autrement plus inquiétant : cela illustre le fait que les élites ne sont absolument plus en « contrôle ».

    Le problème c’est un déficit de l’ordre de 80 myards par an… Plus des dettes cachées, et surtout du « hors bilan »… des myards de « hors bilan » (retraites etc.), le tout formant un précipité de pur effroi, de terreur adamantine.

    Le fait même que ces clowns puissent se dire qu’en augmentant discrètement le montant total des amendes….. hum… voilà… ça aura un effet.

    On voit bien un système qui est en mode « pilotage automatique ».

    Mais plus personne à la barre.

    Ce n’est même plus un bateau ivre.

    C’est le Titanic équipé de moteurs d’Airbus A380, avec le pauvre Rimbaud au supplice dans une chambre de torture en fond de cale.

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