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Caisse des Dépôts: Macron à l’épreuve du capitalisme de connivence

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La Caisse des Dépôts et Consignations n’a toujours pas de directeur général. Ce bijou du capitalisme français est donc actuellement piloté par intérim… par Pierre-René Lemas, congédié par le Président fin août. Le Figaro a annoncé hier la nomination imminente d’Éric Lombard, trésorier des Gracques et ancien directeur général de Generali France. Mais cette nomination risque de susciter de forts murmures dans le petit monde du capitalisme français de connivence.

Les experts du dossier se sont régalés avec le large espace accordé hier par Le Figaro à la nomination probable d’Éric Lombard à la tête de la Caisse des Dépôts. Au passage, le quotidien a expliqué avec beaucoup de pertinence que le prochain directeur général aurait pour feuille de route le rapprochement d’une filiale de la Caisse, la CNP, avec la Poste dirigée par Philippe Wahl. Incompréhensible pour l’extérieur, cette information a donné le sentiment qu’une opération d’influence était menée pour pousser le Président à choisir rapidement un profil considéré par certains comme incontournable.

Un petit problème déontologique

Comme l’indique Bertille Bayart, la journaliste du Figaro: « L’annonce n’attendrait plus qu’un avis, celui de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). »

En effet, lorsqu’il était directeur général de Generali France, Éric Lombard avait recours aux services d’un consultant nommé Gilles Le Gendre. Ce dernier est devenu, depuis cette date, député En Marche et président de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations. Le quotidien présente cette circonstance comme un point mineur du dossier qui ne devrait pas alarmer la Haute Autorité.

Les initiés s’interrogent toutefois sur le caractère secondaire de cette circonstance…

Les affaires de Gilles Le Gendre au coeur des inquiétudes élyséennes?

Tout dépend évidemment des missions que Gilles Le Gendre a pu effectuer auprès d’Éric Lombard dont il pourrait demain devenir l’autorité de référence. Sur ce point, les appétits et les curiosités mal placées devraient s’ouvrir, car les activités de Gilles Le Gendre ne sont pas forcément anodines.

Le député En Marche a en effet créé le réseau des Company Doctors, consultants indépendants dont Mathieu Quétel qui revendique une activité de lobbyiste. Ces consultants de haut niveau se positionnent sur le conseil aux dirigeants.

Gilles Le Gendre est par ailleurs associé fondateur, avec Raphaële Rabatel d’Explora & Cie, cabinet de conseil qui s’intéresse notamment à la « communication sensible » et aux « évènements à contenu stratégique et intellectuel ». Il sera difficile de plaider qu’Éric Lombard n’a pas croisé Gilles Le Gendre dans les couloirs de Generali à l’occasion de ses missions. En tout cas, le député En Marche n’était pas un consultant de second plan.

Gilles Le Gendre et Raphaële Rabatel mis au premier plan

Pour le président de la commission de surveillance de la Caisse, l’épreuve pourrait se révéler redoutable. En ces temps de moralisation, il existe un risque certain à attirer l’attention, y compris de l’Élysée.

Ainsi, depuis les élections législatives, la gérance du cabinet Explora est confiée à Raphaële Rabatel. L’intéressée est, selon les Pages Blanches, domiciliée au 10 rue Gay-Lussac. C’est aussi l’adresse de Gilles Le Gendre et du cabinet Explora lui-même.

Bien sûr, cette coïncidence ne prouve rien. Mais on notera que Raphaële Rabatel était présentée en 2014 comme nouvelle directrice de la communication de Keolis, directement rattachée au président de l’entreprise, Jean-Pierre Farandou.

La même Raphaële Rabatel fut cheffe du service de presse de Paribas de 1996 à 2000. À cette époque, elle a probablement croisé Eric Lombard dans les couloirs, puisque celui-ci était déjà cadre dirigeant de cette banque.

Accessoirement, elle a dû y croiser le directeur du pôle des services financiers spécialisés (et membre du comité exécutif de la banque) Philippe Wahl. Celui-ci est ensuite parti, en 1999, comme directeur général de l’organe central de la Caisse d’Épargne. Est-ce sur son intervention que Raphaële Rabatel est devenue, en 2000, directrice de la communication externe de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne?

En tout cas, Philippe Wahl est devenu depuis président du conseil d’administration de la Poste. Il lorgne sur une filiale de la Caisse des Dépôts.

Splendeur du capitalisme de connivence!

4 commentaires

  1. Citoyen dit

    Ben oui,… mais c’est pas facile de caser tous les copains au postes clés. Il y a le premier cercle, puis le deuxième, et ainsi de suite … Arrivé au vingtième, on ne sait plus qui est qui, mais il faut tout de même renvoyer les ascenseurs … ça peut toujours servir un jour ou l’autre … dans l’entre soi, on ne sait jamais à l’avance, de qui on aura besoin un jour …
    Le principal critère de choix, dans la sélection entre les clowns, est l’aptitude à la servilité pour le renvoi d’ascenseur …
    Quand on est une grande famille (comme en Calabre), on se serre les coudes, et on ne s’encombre pas du « qu’en-dira-t-on » …
    En aparté, s’agissant des clowns … Time Magasine vient de faire sa une avec celui de Picardie, le présentant comme le nouveau leader de l’Europe, avec une petite précision entre parenthèses (c’est toujours important les éclaircissements en parenthèses) … (à condition, qu’il le soit déjà en fRance) …. savoureux !
    http://www.lci.fr/politique/le-prochain-leader-de-l-europe-si-seulement-il-peut-diriger-la-france-le-magazine-time-se-moque-legerement-d-emmanuel-macron-2069921.html

  2. Jiff dit

    Il est malheureusement à craindre que cela soit business as usual (sinon, 100% des dépités seraient, et depuis longtemps, mis en examen[1]), c’est à dire que la HATVP va fort courageusement enterrer tout cela aux côtés des innombrables conflits d’intérêts, fausses déclarations de patrimoine et autres joyeusetés à couvrir pour laquelle elle a été inventée – au passage, on remarquera que tout comité Théodule qui se respecte, genre « conseil supérieur de mes fesses » et autre « haute autorité de la porte des chiottes du fond de la cour », tout ces petits mondes vases funéraires clôts, donc, ont une très haute et supérieure opinion d’eux-mêmes (et, quelque part, cela vaut mieux pour eux, car on n’est jamais si bien servi que par ses valets, et puis s’il savaient ce que nous pensons d’eux réellement…)

    Et comme la presse les échos de la voix de l’élysée et de ses maîtres trouvent déjà matière à minimiser ce genre de chose qui est à proprement parler intolérable pour n’importe qui ayant autre chose qu’un courant d’air entre les 2 oreilles, ça laisse mal augurer du « résultat » à venir de cet avis (hautement autorisé, cela va sans dire), ainsi que du futur 🙁

    ——
    [1] – Bien sûr, lorsqu’une telle injustice si injustement injuste se présente injustement, les impétrants se voient évidemment frappés par la foudre d’une sévère condamnation (tout au plus quelques mois avec sursis) et d’une énorme amende (quelques dizaines de milliers d’euros à tout casser) quand le Vulgum Pecus se verrait, lui, se verra immédiatement déféré sous contrainte avec en sus, la certitude d’être condamné à de la prison ferme ainsi qu’à une amende astronomique par l’ajustice – histoire qu’il comprenne bien qui commande et qui _doit_ obéir – ahhhhhh, qu’il est doux d’être poliotique (ou de l’ajustice) dans la républik démokratik populaire et bananière de france !!!

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