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De quelle France Johnny Halliday était-il le nom?

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Les funérailles nationales de Johnny Halliday ont révélé l’existence d’une autre France, inconnue des médias mais qui n’est pas non plus la France périphérique. Cette France centrale a dévoilé un visage assez inattendu, qui mériterait d’être exploré avec attention… car il est dangereusement boudé par l’élite au pouvoir.

C’est vrai que sur le parcours du cercueil de Johnny Halliday, ce qu’on appelait en son temps la « France profonde » s’était massée et communiait dans un chagrin inattendu. Cette France-là est restée dans le froid, devant l’église de la Madeleine où les obsèques avaient lieu parmi les grands de ce monde.

Des cars étaient venus de partout pour déverser les fans ou moins fans mais quand même soucieux de participer à ce moment unique. Un bus de Franche-Comté est arrivé quelques minutes après le passage du cercueil, laissant ses occupants frustrés de n’avoir pu rendre un dernier hommage direct. Un chef d’entreprise est venu spécialement de Lambersart, dans la banlieue chic de Lille. Des Rémois tapaient le pavé en trouvant qu’il faisait trop froid. Une parisienne pleurait en souvenir de son frère défunt il y a deux ans qui adorait Johnny.

Les absents de la cérémonie

Dans la foule, en revanche, on ne trouvait pas (ou alors étrangement peu) de minorités visibles. Les rues de Paris si souvent parcourues par des représentants de tant de nationalités colorées ont cédé la place pour une longue après-midi à un cortège ethniquement très cohérent. C’était la France « de souche » qui occupait l’espace central de Paris pour saluer Johnny.

Et c’est probablement le signal majeur qu’il faut retenir de ces funérailles. Inconsciemment et involontairement, la commémoration de Johnny apportait le contrepoint au « Vivre Ensemble ». Ni France périphérique ni France de la diversité, la France de Johnny est celle d’une identité heureuse, mais cohérente et finalement rétive à la bien-pensance.

On ne s’étonnera pas de savoir que France Culture a boycotté Johnny pendant de nombreuses années. Il était bien l’icône silencieuse, discrète, mal assumée, d’une majorité qui résiste sans oser l’avouer en public à toutes les modes qu’aime véhiculer la radio publique.

Valeurs Halliday, valeurs de la France centrale

On retiendra l’étonnant éloge funèbre prononcé par Patrick Bruel à la fin de la cérémonie. Le chanteur à succès a évoqué sans vergogne la nouvelle Lamborghini de Johnny, sa vie à Los Angeles, son faste, sa fortune. La France qui s’était donné rendez-vous à la Madeleine n’était pas celle de l’égalité, de la lutte des classes, de l’insoumission. C’était plutôt une France réconciliée avec ses riches et ses réussites.

Là encore, on était loin du misérabilisme de la France périphérique, et de l’égalitarisme bien-pensant. La France qui assume les inégalités et les considère comme un élément constitutif de la société était sortie dans les rues.

Personne n’a d’ailleurs tiqué au fait que Johnny Halliday soit enterré à Saint-Barthélémy. Ce signe extérieur de richesse fait partie intégrante de la cérémonie. Quelques semaines après le scandale des « Paradise Papers », on mesure l’écart qui sépare la France des médias et la majorité du pays.

Halliday récupéré par les élites?

L’assistance qui a participé à la célébration religieuse avait de quoi laisser perplexe. François Hollande, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron: un trio de présidents encore vivants, sans compter les ministres et autres personnalités politiques, ont donné leur extrême onction à un chanteur populaire.

Le choc des cultures s’est produit. La mort de Johnny a brutalement recentré la vie politique française sur les fondamentaux d’une société présentée d’habitude comme déclinante et ringarde.

Ce faisant, on peut s’interroger sur la récupération à l’oeuvre. Les plus hautes autorités de ce pays n’avaient pas vraiment le choix: elles se devaient d’être là. Impossible de laisser échapper une telle ferveur populaire sans lui témoigner de la sympathie. Il eut été trop dangereux de laisser cette émotion là faire florès loin du pouvoir.

Là encore, la commémoration Halliday devrait inciter les Français « centraux » à réfléchir sur leur vrai poids dans la machine politique.

Le retour en grâce de l’église catholique

L’importance du rituel catholique n’a échappé à personne. La fidélité de Johnny Halliday à l’église a même été rappelée à plusieurs reprises. En direct sur TF1, et partout dans Paris, les louanges à Dieu ont retenti.

Beaucoup de Français avaient sans doute oublié ce qu’était un cérémonial catholique. Ils ont bénéficié d’une remise à niveau grandeur nature. On a même entendu des présentateurs de TF1 expliquer ce qu’était la symbolique du corps dans l’église.

Tiens! la France catholique, non celle de la ferveur extrême, mais celle de monsieur tout le monde comme avant, celle de l’identité profonde du pays, a eu droit de cité dans les médias. Elle était au centre de la cérémonie. Et soudain, la France de 2017 s’est retrouvée dans la France de 1960. Celle, sans doute, qui habitait encore Johnny le jour de sa mort.

24 commentaires

  1. Choupot dit

    C’est exactement ce que j’ai pensé en regardant l’hommage quelques minutes.
    1 million de personnes qui témoignent dans le respect mutuel, dans un seul incident.
    Cela démontre comme vous le dites la mainmise des médias et de la politique sur notre information et donc aussi sur notre pensée.
    Peu l’ont compris, enfermé dans leurs idéologies. Sans oublier Melanchon et d’autres qui démontrent leur intolérance crasse et maintenant vraiment insupportable.
    Les revendications des minorités médiatisées sont infondées, insupportables. Voir la tendance actuelle à la racialisation des débats, qui n’est rien d’autre que du racisme anti blanc.
    A quand le retour du bon sens : le trésorier de l’autre, le travail, la générosité. Trois valeurs portées par Johnny et entendues par la France.
    La vraie. Bien éloigné des valeurs soi-disant républicaines qu’on cherche à nous imposer.
    Bon dimanche.

    • Jiff dit

      « Sans oublier Méchencon et d’autres qui démontrent leur intolérance crasse et maintenant vraiment insupportable. »

      Meuh nan, comme le taulier l’a bien expliqué dans un autre article, c’est parce qu’il-y-avait double-trahison de la part de Johnny, d’abord par sa relative proximité avec différents dirigeants de droâte, ensuite, et c’est là un crime de lèse-majesté impardonnable ne pouvant déboucher que sur la pendaison, le raccourcissement, la question, la lapidation, la décapitation et le supplice de la roue réunis du chanteur, Jean-Philippe était issu de la classe ouvrière mais ne s’en est jamais vraiment réclamé à corps et à cris comme un prolo se _doit_ de le faire (enfin, dans le petit neurone circulaire de Jean-Cul.)

  2. Jiff dit

    « Dans la foule, en revanche, on ne trouvait pas (ou alors étrangement peu) de minorités visibles. »

    Héhé, justification, s’il en fallait une, du concile post de Pierre dans le précédent article…

    « d’une majorité qui résiste sans oser l’avouer en public à toutes les modes qu’aime véhiculer la radio publique. »

    Vous devriez sortir un peu plus, notamment dans les bars et autre lieux populaires, car le public en question semble plutôt bien assumer ses positions, qui sont fermes quelles qu’elles soient – et si cela ne transparaît pas vraiment, c’est en grande partie dû au fait que la presse bien-pensante ne veut absolument pas en entendre parler, renforçant par ce comportement tant sa déconnexion du réel que sa position de moraliste socialaud-mondialiste et schizophrène en chef (un peu comme le maffieux qui fait exécuter une famille le matin et fête la communion du petit dernier à l’église l’après-midi), ce qui n’est pas une surprise, puisqu’il suffit de jeter un œil sur la carte des propriétaires de presse pour bien voir qu’aucune information « gênante » ne filtrera plus.

    « Le chanteur à succès a évoqué sans vergogne la nouvelle Lamborghini de Johnny, sa vie à Los Angeles, son faste, sa fortune. »

    Venant d’un type « léger » comme Bruel (en restant charitable), c’est assez peu étonnant et finalement très représentatif d’une certaine frange de la société française, comme de celle des autres pays, d’ailleurs – l’argent et les 5 minutes de célébrité étant poussés à leur paroxysme pour tâcher de supplanter les valeurs intemporelles et terriblement dangereuses, telle que la responsabilité individuelle… Cela n’a donc rien à voir avec une quelconque réconciliation avec richesses et réussites – ou plutôt si, mais les gens s’étant réconciliés sont les mêmes que ceux qui fuient en masse ce pays, sachant pertinemment que les changements profonds indispensables à la réalisation de cette réconciliation ne seront jamais effectués et qu’au passage, ce seront eux les dindons de la farce.

    Les généralisations ici présentées me paraissent un peu raccourcies, même si elles ne sont pas toujours dénuées de sens — comme l’a si bien énoncé Mox Fulder, la vérité se trouve ailleurs, quelque part aux alentours du point d’équilibre (très fragile) de la société française, point inatteignable dans l’état actuel des choses et dont nous nous éloignons un peu plus tous les jours…

  3. tul dit

    « Personne n’a d’ailleurs tiqué au fait que Johnny Halliday soit enterré à Saint-Barthélémy.  »

    Peut être pas vous, mais ne parlez pas pour les autres…

  4. Citoyen dit

    Assez d’accord avec cette vision …
    Johnny, consciemment, ou pas, incarnait « une certaine France », qui se reconnaissait dans sa manière d’être.
    Bruel a dit qu’il le considérait comme un grand frère …. ce qui résume assez bien …

  5. tul dit

    « Dans la foule, en revanche, on ne trouvait pas (ou alors étrangement peu) de minorités visibles. Les rues de Paris si souvent parcourues par des représentants de tant de nationalités colorées ont cédé la place pour une longue après-midi à un cortège ethniquement très cohérent. C’était la France « de souche » qui occupait l’espace central de Paris pour saluer Johnny. »

    Je suis considéré comme un souchien et je ne me suis pas déplacé pour cette messe macabre, j’ai le droit de trouver Djoni sans grand intérêt ?

    Vos allusions sur une France débarrassée de ses « exogènes » lors de cette mascarade est assez nauséabonde.

    • Pierre dit

      Pourquoi dites-vous « nauséabonde » ?

      Décrire le Réel c’est « nauséabond » ?

      C’est stupéfiant.

      Personnellement (je crois que c’est assez clair, après tous mes commentaires), je me fiche de Johnny, que je considère comme une photo jaunie dans le rétroviseur… ou si vous préférez comme la lumière d’une étoile lointaine… mais déjà morte.

      Aucune signification, à part le témoignage de sa propre disparition et de la fin d’une époque (à tous les sens du terme).

      Si je dis que dans le métro parisien, à la fin des années 50, il n’y avait pas d’immigrés ? Je reformule : TOUS les voyageurs étaient… blancs. Suis-je « nauséabond » ?

      Tiens, voici la preuve en images. Puisque vous semblez si nostalgique au fond.

      https://www.youtube.com/watch?v=wy7lNJ7jrYg

      Mais une autre chose est certaine : aujourd’hui et plus encore demain, la Seine-St-Denis, et toutes les autres « cités » de France, se FOUTENT LITTERALEMENT de Johnny.

      Et ce faisant, ces zones peuplées différemment sont parfaitement cohérentes. Des dizaines de nationalités, toute l’Afrique, le Moyen-Orient représentés… et un flux continu de nouveaux arrivants… des gens , tous jeunes, qui ne parlent même pas FRANCAIS, pourquoi voulez-vous que Johnny représente quoi que ce soit pour eux ?

      Vous en avez quelque chose à battre de la star de la chanson africaine au fin fond d’Abudja ? Lagos ? Ou dans les campagnes soudanaises ?
      Bon alors ?

      Bref, reconnaître qu’ils ne se sont pas déplacés à la cérémonie, en quoi est-ce « nauséabond » ?

      Vous êtes hyper sensible… Et vous avez intérêt à mettre les voiles, car le futur proche vous réserve des surprises très, très « nauséabondes »…

      Mais pas le genre nez pincé.

      Le genre bien sale. Organique. Un brin médiéval…

  6. Sylko dit

    analyse intéressante.
    Vous déplorez que la masse des admirateurs Johnny ne comporte aucune minorité visible, mais :
    1- lesdites minorités visibles sont invisibles médiatiquement. Voyez-vous des noirs au cinéma et à la télévision ? Je parles de noirs « normaux », des gens qui ont fait des études qui parfois sont nés et ont grandi en Afrique? Des gens qui travaillent, paient leurs impôts ?
    2- pourquoi les minorités visibles devraient-elles écouter johnny Hallyday ? Il faisait du rock and roll, style de musique tout simplement démodé en 2017.
    3- les personnes qui étaient présentes étaient-elles uniquement tristes pour JH? Je pense surtout que nous avons assisté à un grand élan de nostalgie: les gens pleuraient leur jeunesse disparue, la France des trente glorieuses qui appartient au passé tout simplement.
    3-

    • Citoyen dit

      « Voyez-vous des noirs au cinéma et à la télévision ? »
      Très drôle !…. J’en ai un à vous proposer : Omar Sy …. Ah, c’est pas le bon ? …. Désolé …

      • sylko dit

        @ Citoyen: c’est vous qui êtes drôle.
        Tous les français noirs sont grands, musulmans et viennent d’île De France?
        Et tous les français blancs sont blonds, ont les yeux bleus et viennent de Paris intra-muros?

  7. baretous dit

    Pourquoi les musulmans des quartiers se seraient déplacés? Cela aurait été incongru de leur part quand on lit le texte d’une de ses chansons:

    je suis le fils de Lucifer
    Seigneur et maître de la Terre
    Je sème la mauvaise parole
    Quand vous pleurez, moi, je rigole

    J’ai mis K.O. mon challenger
    Le jeune hippie de Bethléem
    Qui se battait avec des fleurs
    Vous l’avez démoli vous-mêmes

    Vous êtes mes humbles serviteurs
    Soyez maudits en ma demeure!

    Veau d’or, vaudou
    Je suis la raison du plus fou
    Vaudou, veau d’or
    Je suis la folie du plus fort

    Je vous fabrique vos idoles
    Je vous divise et je vous arme
    Vous avez besoin de pétrole
    Et moi de sang, de sueur et de larmes

    Dans le Miami-Los Angeles
    J’ai mis un dingue avec une bombe
    Deux cents péquins qui serrent les fesses
    Et qui n’auront pas besoin de tombe

    Vous êtes mes humbles serviteurs
    Soyez maudits en ma demeure!

    Veau d’or, vaudou
    Je suis la raison du plus fou
    Vaudou, veau d’or
    Je suis la folie du plus fort

    J’ai inventé tous les drapeaux
    Pour ne vous mettre jamais d’accord
    Quand vous vous faites trouer la peau
    Je dis « Bravo », je crie « Encore! »

    Vous êtes mes humbles serviteurs
    Soyez maudits en ma demeure!

    Veau d’or, vaudou
    Je suis la raison du plus fou
    Vaudou, veau d’or
    Je suis la folie du plus fort
    Veau d’or, vaudou
    Je suis la raison du plus fou
    Vaudou, veau d’or
    Je suis la folie du plus fort.

  8. Idomar Yasagof dit

    Bien d’accord avec vous. D’ailleurs la ferveur et l’excellente tenue du public durant la cérémonie démontre bien l’imprègnation catholique de cette France profonde.
    Mais bien sûr vous allez être traité de raciste, sectaire etc. par les habituels thuriféraires du vivre ensemble larmoyant à la simple vue de Macron saisissant spontanément le goupillon avant de se reprendre, probablement retenu par une pensée sur son image. A l’opposé, on notera la sincérité de son épouse à son lien au chanteur.
    Et quel plaisir de voir tous ces dirigeants dans l’obligation de subir le fait du peuple.

    • tul dit

      Le seul problème dans tout ça, c’est que le rock n’a rien de français, il vient des USA et a été créé par des afro-américains comme Rosetta Tharpe, Big Joe Turner, Louis Jordan, Arthur Crudup, Wynonie Harris, John Lee Hooker, Fats Domino… tout comme le jazz, le gospel, le blues, le rag time, le reggae puis le rap qui a actuellement largement remplacé le rock. Bref une musique de basanés issus de l’immigration esclavagiste, rien à voir avec des « souchiens » français à peau « blanche ».

      Djoni n’écrit ni les paroles, ni la musique, c’était un bon marketing qui a eu du flair pour faire de la variété-rock dans les années 60 et qui a vécu assez rapidement sur un train de vie de grand bourgeois spécialiste en marketing variétoche.

  9. Citoyen dit

    « … où les obsèques avaient lieu parmi les grands de ce monde. » … et entre lesquels s’étaient glissés quelques cancrelats … on a vu Lang à l’église …

  10. Jules Moch dit

    Johnny , idole de la France » working class », « old school  » cette France qui ne faisait pas encore d’études supérieurs où on était fier de son métier, un monde qui disparait, mais qui était dans la rue ce samedi: merci Johnny!
    C’est à des choses comme cela que l’on voit que Mélenchon , tout à son (Que faire?) de Lénine ne sera jamais président de la république.

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