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Macron est-il en train d’inventer l’écologie libérale

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Lors du One Planet Summit, Emmanuel Macron s’est curieusement fait l’apôtre d’une écologie libérale. Après avoir considéré que les politiques publiques en matière d’environnement étaient en voie d’échec, il a plaidé pour des initiatives privées en la matière…

À y regarder de près, le propos d’Emmanuel Macron tenu lors du One Planet Summit surprend. Voilà un chef d’État qui convoque un sommet international pour expliquer que les États ne suffisent pas ou ne parviennent pas à lutter contre le réchauffement climatique. Ce constatant, le chef de l’État en appelle aux entreprises et aux particuliers pour compléter ou pour suppléer l’insuffisance des États.

Quelle que soit la perception que l’on peut avoir du réchauffement climatique à titre individuel, on retiendra d’abord du discours présidentiel ce constat terrible: l’État est moins efficace que l’initiative individuelle pour produire des « externalités positives ». Il s’agit là d’une inflexion majeure dans la conception de l’écologie.

L’échec de l’économie administrée dans la mutation des modes de production

Si l’on admet l’hypothèse que le réchauffement climatique est une conséquence d’un mode de production fondé sur les énergies fossiles, alors tout l’enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique tient à notre capacité de modifier radicalement ce mode de production. La question écologique aujourd’hui tient donc principalement à une problématique simple: quel est le moyen le plus efficace pour assurer une mutation rapide de notre mode de production?

De fait, la logique suivie depuis plusieurs décennies en la matière consiste à parier sur les politiques publiques pour modifier ce mode. On réunit des États, on signe des traités et on met en place des politiques publiques pour modifier la réalité.

Depuis le sommet sur la terre de Rio, en 1992, quelle est l’efficacité de ce processus? En l’état, les résultats sont maigres, et condamnent, selon Emmanuel Macron, la méthode étatique, administrée, suivie depuis le début.

Le marché plus efficace que les États?

D’où l’idée d’actionner le levier de l’initiative privée pour réussir là où les États ont échoué. Certes, Emmanuel Macron n’a pas ouvertement opposé l’un et l’autre, en disqualifiant de façon définitive l’action publique.

En revanche, notre Président a eu cette phrase révélatrice, corroborée par ses propos dans Le Monde:

« Nous sommes très loin de l’objectif de l’accord de Paris de contenir la hausse des températures sous le seuil de 2 degrés, et si possible 1,5 degré. Sans une mobilisation beaucoup plus forte, un choc dans nos propres modes de production et de développement, nous n’y parviendrons pas »

Le temps des politiques publiques est passé, il faut désormais travailler sur la mutation accélérée des marchés.

On voit bien le glissement qui s’opère peu à peu dans l’approche des problématiques globales. Le procès de l’inefficacité publique devient incontournable. Après des années de disgrâce, l’initiative privée apparaît comme le seul relais possible pour remodeler la réalité.

Le marché produit-il plus d’externalités positives que les États?

Les adeptes de théorie économique adoreront donc le sujet. Vaut-il mieux compter sur les États ou sur les individus librement organisés dans des marchés pour produire des externalités positives?

En réalité, les politiques publiques ont hésité jusqu’ici sur la voie à suivre, et c’est probablement leur principale limite.

D’une part, les États ont adoré mener des politiques ambitieuses « directes »: subventions à tour de bras en faveur des énergies renouvelables, des réhabilitations de logement, de l’abandon des énergies fossiles. Mais on s’est vite aperçu que cette stratégie a nourri des rentes inefficaces et découragé l’innovation. Les fraudes se sont par ailleurs multiplié.

Parallèlement, le marché des droits à polluer créé à Kyoto visait à combiner les politiques publiques avec des logiques concurrentielles. Les règles de ce marché ont toutefois été biaisées par les normes en vigueur, trop favorables à la pollution. Elles ont découragé le marché…

De ce point de vue, l’action étatique paraît donc contre-productive et incapable de produire le choc de production nécessaire pour infléchir le cours du réchauffement climatique. On peut en conclure que seul le marché est capable de corriger les dysfonctionnements du marché.

L’initiative individuelle sauvera-t-elle la planète du risque climatique?

Reste donc à savoir comment le désordre écologique mondiale pourra trouver dans ses causes (une production fossile proliférante) ses propres solutions (le passage à une autre trame de production). À ce stade, Emmanuel Macron a battu le rappel de tout ce qu’il pouvait trouver pour donner une impulsion à ce mouvement contraire. Il a par exemple obtenu un engagement d’Axa à investir plus pour le climat.

On voit le type de logique qui est à l’oeuvre: les assureurs sont durement éprouvés par les catastrophes ou accidents climatiques. Ils ont donc tout intérêt à investir dans la prévention de ces risques pour préserver leurs marges de rentabilité.

C’est dans ce genre de logiques économiques que le marché peut produire plus d’externalités positives que l’action publique. Le climat est devenu un risque, et il reste à voir si les logiques assurantielles peuvent protéger les populations plus efficacement que les États contre la réalisation de ce risque.

9 commentaires

  1. Rappelons tout de même (bien que je sois parfaitement conscient que ce rappel ne servira à rien) que l’hypothèse d’un réchauffement climatique catastrophique causé par l’homme par l’intermédiaire du CO2 est en l’état actuel de la science pur fantasme, pas plus et pas moins étayé que les visites régulières de Martiens.

    C’est juste pour signaler à vos lecteurs que tout le monde n’est pas fou.

    Tiens, au passage, un très bon site :

    https://www.climato-realistes.f

  2. Citoyen dit

     » Macron est-il en train d’inventer l’écologie libérale  »
    Oui, c’est la nouvelle appellation pour l’escrologie …. Il faut bien changer l’emballage de temps en temps, pour se donner un air de renouveau … et relancer les ventes …
    Selon le « One Planet Summit », « il faudrait en effet lever près de 6 000 milliards de dollars par an sur les 15 prochaines années » !!!…. C’est dramatique …. il y a une inflation terrible sur les petits fours …

  3. Jiff dit

    « le chef de l’État en appelle aux entreprises et aux particuliers pour compléter ou pour suppléer l’insuffisance des États. »

    Tout change, enfin selon LREM⁰, mais dans les faits, rien ne change (seule exception à la règle : c’est annoncé de temps à autres) :

    *on augmente les impôts pour ne surtout pas effectuer les réformes de fond que tous les autres ont fait en taillant dans le vif de l’obésité de l’état,

    * on fait comme la truffe molle des catacombes en jetant l’argent des autres par les fenêtres pour engraisser de nouvelles commissions ou agences en renchérissant sur le nombre de poncks,

    * une fois le rendement de la mine en sévère baisse, on fait mine de s’apercevoir que rien n’a fonctionné comme prévu par les génies énarques et x-mines en prenant un air surpris,

    * comme on n’a pas de couilles, on refile le bébé avec l’eau du bain à la populace en « la mettant devant ses responsabilités sociétales », responsabilités qui n’ont bien évidemment jamais existé que dans les crânes de piaf de ces aimables esthètes qui se gobergent aux frais de cette même populace,

    * et on finit par contraindre la populace à assumer ce que les poliotiques ont toujours été incapables d’achever correctement avec une foultitude de lois et de réglements, tous plus débiles en con-traignants que les autres pour faire bonne mesure.

    « Si l’on admet l’hypothèse que le réchauffement climatique est une conséquence d’un mode de production fondé sur les énergies fossiles, »

    Ben, pour ça, il faudrait être aveugle et passablement débile, vu que tous les re-calculs n’utilisant pas les « coefficients de correction »¹ du giec montrent que nous venons au contraire de passer 20 ans en plateau et que la tendance récente serait plutôt à la baisse – évidemment, pas un mot sur l’activité solaire ni sur les scientifiques (vrais, ceux-là), spécialistes du CO2, qui expliquent que son augmentation suit celle de la température et non l’inverse…
    Mais ça n’enlève rien au fait qu’il est plus que temps de verser dans la protection de la nature, et par conséquent, dans celle des gens.

    « le marché des droits à polluer créé à Kyoto visait […] »

    C’est surtout ÇA le scandale de l’escroquerie au réchauffement planétaire, sous couvert d’être « green » et parce que tout a été monté de toutes pièces pour donner du grain à moudre aux copains, on déshabille Paul pour habiller Jacques ; définir un quota de pollution globale sous couvert de sauver la planète étant ZE escroquerie intellectuelle.

    « l’action étatique paraît donc contre-productive […] On peut en conclure que seul le marché est capable de corriger les dysfonctionnements du marché. »

    Si et seulement si l’état ne vient pas, une fois de trop plus coller ses gros doigts crochus, sales et poisseux sous forme de contraintes, taxes et impôts dans quelque chose qui n’en a surtout pas besoin pour fonctionner correctement – et ça, ça n’est pas que ça ne soit pas gagné d’avance, c’est juste que ça n’est pas dans l’ADN de l’état, en tout cas, de l’état français.
    On a bien vu ce que ça a donné avec la finance, car si les états ne s’en étaient pas mêlés, nous aurions été définitivement débarrassés de tous les nanards qui n’ont eut qu’un seul souci une fois renfloués, faire bien pire.

    Par ailleurs, ce changement de paradigme (s’il est réel et sincère) revien(drai)t à re-concentrer ledit état sur les missions régaliennes dont on voit bien l’inanité actuelle, chose qui ne sera évidemment pas faite, puisque ça consisterait à, par exemple (au hasard de la multitude), mettre les flics au boulot en les foutant dehors des bureaux ou bien à ne plus jeter l’opprobre sur les victimes au plus grand profit des agresseurs.

    Au passage, avez-vous remarqué que sur absolument toutes les chaînes, privées comme publiques, on en remet une couche sur le soi-disant réchauffement climatique ? Comme si ça allait de soi et que le consensus soit total ; circulez, y’a rien à voir ! Et le pire, c’est que, tout comme pour faire élire truc, ça marchera à 100% sur les gogos, qui se laisseront donc gentiment tondre au nom d’une quelconque « taxe carbone » ou autre racket équivalent.

    En conséquence, non-seulement rien ne changera, à part donner du boulot aux seuls grand groupes en accumulant les réglements Ubuesques pour tuer les petits, mais en plus, tout foirera pour les mêmes raisons – on voit cela très clairement à l’heure actuelle aux USA, avec les gros cons-ommateurs de crédits étatiques qui ne produisent plus que de la merde, par exemple le F-35, qui décroche à plat et en virage, et dont le système d’armement est au-dessous de tout, ou bien leurs missiles anti-missiles top moumoute aussi efficaces qu’une passoire – exemples pris à dessein, car « de l’autre côté », c’est à dire chez nos cousins Russes, les multiples sanctions et violations du droit international que nous leur avons imposé en tétant le fion des américains ont survitaminées leurs intellects, les menant à développer le dernier Sukhoï S-57 ou le MiG-35 (35, preuve que les Russes ont un grand sens de l’humour), ou des missiles hyper-soniques qui font baver (et flipper) les autres – mais pas que, leur agriculture est montée de plusieurs crans, ils sont en train de monter un tout autre ordre mondial avec la Chine et les BRICS, nouveau système d’échange bancaire et sûrement prochain ré-adossement à l’étalon or, etc ; bref, ils ont superbement réagi à une situation plus que scabreuse en se défonçant comme jamais, avec des résultats spectaculaires. À leur décharge, on peut remarquer que leur gouvernement a fait tout ce qu’il fallait pour faciliter cela, au lieu de les faire chier en multipliant les entraves comme ici…

    Comme vous l’avez montré, la subvention permanente est synonyme de mort de l’innovation disruptive ainsi que de l’innovation tout court, avec le motto étatique : « ne surtout pas prendre de risques, des fois que ça marche et que nous ne servions plus à rien » – ajoutons à cela la taxation à outrance (sans bien sûr jamais quantifier tout ce que l’on perd en ayant dépassé l’apex de la courbe de Laffer), et nous-avons un cocktail non-pas Molotov, mais Lénifiant. Et pendant ce temps-là, ça bouge méchamment et dans le bon sens chez les autres (cf le récent reportage sur les livraisons à vélo dans les villes Allemandes et Belges sur la 5.) Dans le meilleur des cas, nous y serons dans 25 à 50 ans (minimum), dans le moins bon, ce pays sera devenu une Roumanie-bis en ayant été démantelé, puis vendu en petits morceaux aux plus offrants, telle que la Grèce l’a été (c’est d’ailleurs pour ça que machin-chose a été mis en place au sommet de la pyramide.)

    Évidemment, tout cela va très bien se terminer pour la caste dirigeante, mais tout aussi certainement, très mal pour le Vulgum Pecus.

    ——
    ⁰ – LREM… gageons que s’ils changent un jour de nom, ça sera pour LSIEVERT (ou LFUKU ?!)
    ¹ – Coeffs qui viennent de prendre un méchant coup dans le museau, puisqu’ils se basaient sur l’hypothèse que les fonds des océans étaient à 20°C il-y-a quelques millions/milliards d’années et que très récemment on a scientifiquement prouvé qu’il n’en était rien.

  4. serge dit

    Cela peut être aussi les prémices d’une rétrocession aux fondations type Gates, Buffet, Pinault ou autre Bolloré, qui après avoir piqué tout ce qu’ils pouvaient, condescendent à en dilapider une partie (mais avec réductions fiscales, faut pas déconner non plus) pour « sauver le monde ». Une sorte de privatisation de l’écologie qui ravirait tous nos dirigeants puisque pas d’argent public (larme émue) et pas d’appel aux dons (re-larme émue) et un marché bien juteux pour orienter du bon côté les choix de « c’est sale ». En s’installant encore plus comme levier de décision des Etats encore conscients de leurs souveraineté. Bientôt le parc naturel AccorHôtels ou la forêt pluviale ExxonMobil…

  5. Sémaphore dit

    Vous êtes déconcertant.
    Il y a quelques semaines, hommage les yeux humides à Flop Joene pour sa nationalisation du financement de la SS (au passage et de façon complètement évidente, cela incitera assurément la concurrence à sortir toute armée, de la cuisse du Jupiter) et céans, hommage tout aussi chargé lacrymalement au même (!) pour son ode de proposition de privatisation du bousin « écologie » parce que ce sera plus efficace que par la voie étatique…

  6. Si même les démagogues éperdus finissent par reconnaitre que les corruptions qu’ils ont généré sans raisons véritables n’ont aucun effet, alors…
    La réalité était que faute de pouvoir piquer de l’argent aux US (pourquoi donc l’Unesco et ses prix ridicules a t-il été fait? ) sur ce sujet là aussi, on a plus de blé. Macron, comme d’hab va donc recourir à l’impôt. Tremblez cons et veaux: on va sauver la planète avec votre fric !

  7. Bernard dit

    Moi même exemplaire du vulgum pecus, je suis consterné par des commentaires mélangeant tous types de sujets.
    Ce blog a le mérite d’apporter des points de vue originaux, que je ne partage pas toujours, mais est souvent dénaturé par une démagogie étonnante et hilarante.
    Sur le sujet, cf. l’édito de «L’Opinion».

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