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Faut-il vraiment interdire Russia Today en France?

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Faut-il révoquer l’autorisation de diffusion accordée au média russe Russia Today? C’est ce que demande un collectif de « spécialistes de la Russie » dans une tribune publiée par Le Monde. On s’amusera de cette initiative qui en dit long sur le deux poids deux mesures qui domine une certaine intelligentsia française.

Russia Today a mauvaise presse en France, délivrée par le président de la République lui-même. On se souvient de sa sortie en conférence de presse où il expliquait le rôle néfaste de ce média russe.

Il est donc de bon ton de noircir le tableau en expliquant urbi et orbi que Russia Today est une officine de propagande au service du gouvernement russe, voire de Vladimir Poutine lui-même. Ses détracteurs ne sont pas loin d’accuser Poutine de dicter lui-même chaque matin les titres et les articles que ce média publie.

Russia Today et la propagande

J’ai moi-même accordé plusieurs interviews à Russia Today, ainsi qu’à Sputnik, héritière de l’agence soviétique Novosti. Je n’ai jamais ignoré qu’il s’agissait de médias financés par le pouvoir russe, comme je le sais de Radio France, de France 2, de nos chaînes parlementaires ou de l’AFP. Si j’ajoute à cette énumération le liste des titres qui reçoivent des subventions publiques pour (tenter d’)assurer l’équilibre de leurs comptes, je dois englober la majorité de la presse française.

Y a-t-il une différence entre une interview à Russia Today et une interview accordée à un média français peu ou prou détenu par le gouvernement?

Je ne voudrais pas ici faire d’angélisme. Mais ni Russia Today ni Sputnik n’ont jamais orienté le cours de mes réponses. En revanche, durant la campagne des présidentielles, je peux dresser la liste impressionnante de médias français subventionnés qui m’ont explicitement demandé de donner des réponses favorables à Emmanuel Macron ou qui m’ont déprogrammé lorsque je refusais de le faire.

J’ai encore le souvenir étonnant d’une journaliste de l’AFP m’interviewant sur les entrepreneurs et Macron. Trois ou quatre fois, elle m’a posé cette question fascinante: « Bon, mais vous êtes pour Macron, tout de même! » Sans beaucoup chercher, je dois pouvoir récolter une bonne dizaine de témoignages identiques venant de gens qui ont tout été blacklistés pendant la campagne électorale par des médias français pour défaut de macronisme primaire.

Lors d’une interview que j’ai donnée à Russia Today, j’ai interpellé en off la journaliste qui l’interrogeait sur ses rapports avec le pouvoir. Sa réponse m’a parue assez convaincante: « quand j’ai atterri à Roissy, j’ai vu le titre de Libé demandant de voter Macron. Un journaliste russe ferait une telle propagande, tous les médias français crieraient au scandale et à la dictature ».

Cela ne signifie pas que Russia Today soit plus honorable, plus libre, plus objectif que Libération ou Le Monde. Cela signifie simplement qu’il n’existe pas de différence de nature entre Russia Today et la presse française aux ordres.

La France aime la presse aux ordres

Au demeurant, en dehors de Russia Today et de Sputnik, la presse française s’accommode très bien d’homologues étrangères tout aussi inféodées qu’elle à des pouvoirs envahissants. On citera l’exemple d’Aljezeera, lancée par l’émir du Qatar en personne et qui diffuse sans complexe une vision très orientée de l’actualité.

Pourquoi trouve-t-on en France des spécialistes de la Russie qui écrivent au CSA pour demander l’interdiction d’émettre de Russia Today, alors qu’on ne trouve pas de spécialistes du Qatar qui demandent la même chose pour Aljezeera? C’est le tropisme de l’intelligentsia française qui traverse les époques.

Doit-on en conclure que l’intelligentsia française d’aujourd’hui est plus clémente vis-à-vis des régimes autoritaires qui sévissent dans le monde musulman, que vis-à-vis du régime russe? En tout cas, la culture de l’excuse a ses têtes: elle s’épanouit mieux sous certains climats et craint manifestement le froid sibérien.

Promouvoir la démocratie ou lutter contre l’influence russe?

Pour le reste, on a bien compris la logique de stigmatisation qui affecte un média comme Russia Today. Il s’agit, pour la énième fois, de prendre prétexte des libertés pour mener un combat géopolitique vieux comme le monde.

Le travail est ici fait proprement. Il n’est pas mené à coup de communiqués de presse envoyés par une ambassade ou un parti politique. Dans la guerre idéologique, il vaut mieux avancer sous le masque « d’experts », de « spécialistes » qui, au nom de l’impartialité scientifique, appellent de leurs voeux les plus nobles un flash totalitaire en bonne et due forme.

Dans le cas d’une suspension de Russia Today, il ne s’agirait en effet de rien d’autre que d’une décision arbitraire: on interdit les médias russes, mais on autorise les autres. Pour quel motif? les libertés bien sûr dont une partie de l’intelligentsia française semble très bien s’accommoder d’une application à géométrie variable.

4 commentaires

  1. Pierre dit

    Le deux poids deux mesures, la confusion mentale, la propagande dans sa forme la plus abjecte… on a ici la totale.

    Vous vous souvenez du film « Dans la peau de John Malkovich » (« Being John Malkovich ») ?

    Eh bien, on aimerait être dans la peau de cette bande de kapos intellectuels, de chiens de garde… pour sentir ce que ça fait.. écrire un tel concentré de bêtise crasse, sur ordre, ça laisse pantois. A l’extérieur.

    Et je me dis qu’à l’INTERIEUR ça doit être une expérience limite, genre « near death experience »…

    Bref.

    Les nazis (c’est la mode, j’ai droit moi aussi à mon point Godwin) au moins avaient l’élégance de la force brute : « le canon de mon Luger Parabellum dans ta bouche », traduction technique de la « botte piétinant un visage humain… éternellement » (et surtout définitivement).

    Mais là, cette « tribune », ce groupuscule, cet étron écrit, cette pollution diurne, ces pleurnicheuses professionnelles de l’effarouchement… on se pince, on pense à un canular, au retour de tonton Goebbels déguisée en drag queen un jour de Gay Pride…

    Mais le pire -et c’est ce qui donne son lustre psychiatrique à l’ensemble- … c’est que probablement ils y croient.

    Dur comme fer.

  2. Citoyen dit

    Dire que Russia Today, ainsi Sputnik, sont des modèles d’impartialité, et qu’ils ne sont pas inféodés au pouvoir, serait un peu aventureux …. Pour autant, à coté du torchon de Libé, ils font figures d’enfants de chœurs …
    Si l’on ajoute à ça, que des « spécialistes de la Russie », s’érigent en dépositaires de la bien-pensance dans l’immonde, on bascule là dans une hilarité difficilement maitrisable …
    Mais dans la dictature molle qu’ils essaient d’instaurer, la paille dans l’œil du voisin prend des proportions cocasses …

  3. serge dit

    Ma foi, vu le niveau de nos médias et l’occlusion généralisée de nouvelles au moins juste neutres, on est déjà obligé de regarder les sources en Suisse, en UK, au Canada, etc… pour se faire une idée plus réaliste des infos d’ordre général ou françaises. Alors, RT n’est qu’une source supplémentaire dont on jugera au fil de l’eau de sa pertinence. C’est toujours navrant de voir les procès d’intention avant même les éventuels constats.
    Comme dirait Pierre Dac « La bonne moyenne de la croyance s’établit par le total de ceux qui croyaient et qui ne croient plus et de ceux qui ne croyaient pas et qui croient. »

  4. Ikes dit

    Ce n’est pas W Churchill qui disait que la France était un pays communiste qui avait réussi ?
    On est quand même au pays du Décodex – faudrait voir à pas decodex.nner (pas facile l’écriture inclusive)
    Il est fascinant de voir que les leçons de l’histoire sont rarement comprises et rarement apprises.

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