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PSA, Pimkie: les ordonnances Macron facilitent-elles vraiment les licenciements?

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Les groupes PSA et Pimkie viennent d’annoncer leur intention de supprimer des emplois en utilisant la formule de la rupture conventionnelle collective prévue par les ordonnances Macron. Il n’en fallait pas plus pour nourrir les fantasmes de la gauche bien-pensante sur la facilitation des licenciements par les nouvelles dispositions législatives.

Coup sur coup, PSA et Pimkie viennent d’annoncer leur intention de mettre en oeuvre une rupture collective conventionnelle telle qu’elle est prévue par les ordonnances Macron. Ces annonces sont l’occasion d’un déferlement de hargne sur les réseaux sociaux, condamnant la facilitation des licenciements que cette loi permettrait. Une fois de plus, la bien-pensance (qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite et rappelle une fois de plus que le Front National ne comprend pas mieux l’économie de marché que la France Insoumise), nourrie par son mépris de l’entreprise et des réalités économiques, produit des raccourcis d’une impressionnante inexactitude.

PSA et Pimkie ne licencieront pas

Premier point à rappeler: la procédure de rupture conventionnelle collective ne passe pas par des licenciements.

Elle permet seulement à l’entreprise de négocier un accord majoritaire avec les organisations syndicales autorisant des départs volontaires. Ne quitteront donc PSA et Pimkie que les salariés qui le demandent.

Le succès des formules à départs volontaires…

Dans l’imaginaire collectif, le « plan social » est forcément une opération brutale qui se termine par des licenciements secs. Or les plans de départs volontaires, loin d’être vécus comme des traumatismes, sont plutôt des opérations que les salariés accueillent avec soulagement. Ils leur permettent en effet de partir dans de bonnes conditions financières et de commencer un nouveau projet de vie.

 …oblige parfois à en limiter le périmètre

Certains se souviennent avec amusement de l’effroi de la direction de la Société Générale en 2012, lorsque des vagues de salariés avaient demandé à bénéficier du plan de départ. Il avait à l’époque fallu en retenir une partie.

Pourtant, le plan portait sur 880 départs, ce qui n’était pas rien.

À l’époque, les conditions financières offertes par l’entreprise avaient convaincu bon nombre de salariés de « prendre le chèque » et de partir, parfois sans aucune promesse d’embauche ailleurs. On retrouve ici les mêmes motifs que ceux qui poussent Macron à proposer le chômage pour les démissionnaires: loin des idées reçues, les entreprises françaises ne licencient pas assez…

C’est d’ailleurs pour quoi les syndicats signent

Au passage, on n’a probablement pas assez martelé que la rupture collective conventionnelle fonctionne avec un accord d’entreprise majoritaire. Autrement dit, il faut que les syndicats qui le signent représentent une majorité de salariés lors des élections professionnelles. On est donc très loin d’une décision unilatérale prise par un exploiteur qui impose la misère à de pauvres salariés.

Si Pimkie et PSA comptent sur un accord majoritaire, c’est bien parce que leur projet de rupture conventionnelle est favorable à l’intérêt des salariés et n’a rien à voir avec les caricatures qu’on en dresse. Les syndicats d’entreprise, qui sont beaucoup plus pragmatiques que la bureaucratie qui les représente au niveau national l’ont très bien compris.

L’intérêt économique de la rupture conventionnelle collective

Au demeurant, la rupture conventionnelle collective obéit à une vraie logique économique, même dans les entreprises qui dégagent des profits comme PSA. En économie de marché, les entreprises sont contraintes à une adaptation permanente de leur processus de production. Seules les économies administrées peuvent (temporairement) rester figées, jusqu’à ce qu’un effondrement brutal se produise.

PSA l’a très bien compris et fonctionne depuis des années avec une sorte d’accord de compétitivité permanent qui prévoit des départs réguliers sur la base du volontariat. Au sein de l’entreprise, le seul syndicat qui s’oppose à cette logique de bon sens est la CGT de Jean-Pierre Mercier, par ailleurs militant de Lutte Ouvrière.

En réalité, l’opposition aux accords de compétitivité dont la rupture conventionnelle collective est une résurgence contemporaine traduit une nostalgie pour les économies monopolistiques.

Rupture entre le syndicalisme d’entreprise et la bureaucratie syndicale

Alors qu’une majorité de syndicats devrait signer la rupture conventionnelle collective de PSA, on a entendu des bureaucrates syndicaux dire tout le mal qu’ils pensaient de cet accord. On retiendra en particulier les propos de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, qui appelle au licenciement des intérimaires avant le départ des titulaires d’un CDI chez PSA.

On ne relèvera même pas ici la logique de rentier qui sous-tend les propos de Mailly (virons les outsiders avant les insiders) et qui rappelle une fois de plus que le syndicalisme français est avant tout un outil de défense au service des mieux intégrés sur le marché du travail. On notera juste que, malgré l’opposition de la bureaucratie de FO, la section d’entreprise devrait souscrire au projet de la direction de PSA.

Il serait peut-être temps que les bureaucrates (souvent issus de l’appareil ou de la fonction publique) qui tiennent le syndicalisme français cèdent la main à des personnalités un peu mieux représentatives de l’économie française et des salariés du secteur privé.

Si je résume : 200 employés de #Pimkie vont se retrouver au #chômage à cause de la #LoiTravail et seront fliqués comme jamais après. Il est beau le monde de #Macron! Pendant ce temps, les fraudeurs fiscaux et les très riches font jackpot! https://t.co/ALB77kqVWe

— Citoyen Lambda (@cit_lambda) 26 décembre 2017

#LoiTravail
Ces gens vont continuer à détruire nos entreprises, nos emplois, notre pays, et on va les regarder faire encore combien de temps ?? Quand seront-ils aussi stricts envers la #Fraudefiscale et #EvasionFiscale ? N’est-ce pas là l’urgence des urgences ?? Organisons-nous ! pic.twitter.com/CHxp3epDuI

— Vincent Castella φ (@Vincent12eme) 28 décembre 2017

PSA, Pimkie,… : les grandes entreprises sont dans les starting-blocks et attendent 2018 avec impatience pour pouvoir virer un maximum de salariés à peu de frais. Merci Macron, sa #LoiTravail et ses ordonnances censées créer de l’emploi dans notre pays !

— David Rachline (@david_rachline) 28 décembre 2017

10 commentaires

  1. Oblabla dit

    Excellent papier qui met l’accent sur l’immobilisme de caste des bureaucraties syndicales.
    J’ajoute cependant que les ordonnances Macron ne permettront pas une baisse du chômage, même pas à la marge .
    Seule la baisse des dépenses publiques, des impôts et taxes feront redémarrer l’investissement qui déclenche la création d’emplois. Nous en sommes loin! Il suffit de regarder le budget 2018…

    • bertiane dit

      Seule la baisse des services publics ou la baise des services publics ?
      Derrière une dépense publique il y a un hôpital, de l’éducation, des routes, de la sécurité et encore plus de la dignité et de l’égalité.
      Mais peut ne roulez vous pas sur les routes, n’êtes jamais malade, n’avait pas d’enfants, ni de vieux dans le besoin, vous préférez faire payer l’usager que le contribuable et tant pis pour la solidarité avec des … comment il dit le Président « ceux qui ne sont rien ».
      Mais vous n’en faites pas partie évidemment car ceux qui ne sont rien n’ont pas voix au chapitre.
      Bonne année bien au chaud dans vos certitudes.

      • Jiff dit

        « Derrière une dépense publique il y a un hôpital, »

        Ça tombe très bien que vous parliez justement de ça, puisque nous voyons actuellement l’hyper-haute qualité de la gestion d’état dans l’assistance publique. €1.5Md de déficit, c’est quelque chose que le privé ne _peut pas_ se permettre, car il est obligé de suivre les mêmes règles prudentielles qu’un ménage : ne pas dépenser plus qu’il n’a en poche tout en limitant ses emprunts au strict minimum – ce qui n’est pas le cas de l’état, qui non-seulement tire des traites sur la tête de nos petits enfants, mais est en plus totalement incapable de résister aux syndicats de ses propres émanations ; syndicats qui n’ont d’ailleurs jamais défendus que les situations de rentes dans le public, et jamais au grand jamais ceux qui ne sont rien et triment en CDD, voire à la journée (ce qui, par exemple à la poste, revient au même, puisque la majorité des CDD font 3J ou moins), sauf quand la presse télévisuelle, qui à l’époque n’était pas encore toute acquise à la « bien-pensance », les a dénoncées.

        Pour ce qui est des routes, vous-avez également loupé le coche vu leur état de plus en plus préoccupant et le développement du nombre de contentieux – quant à la sécurité, si notre taux d’accidents ainsi que le nombre de nos morts sont si élevés par rapport aux bons élèves, la cause n’en serait-elle pas que la france a fait le choix du tout répressif (casuel chez elle) en lieu et place d’une éducation dans la continuité, c’est à dire d’une prévention ?? (évidemment, ça coûte (un petit peu) et ça demande de l’opiniâtreté et de l’endurance, mais si ça fonctionne si bien chez les autres…)

        Par ailleurs, le terme « solidarité » a été galvaudé depuis 81, passant d’une entraide _contractuelle_ (sa définition primaire) à un infâme gloubi-boulga socialaud (s’cusez ce pléonasme) voulant dire que solidarité devenait, à partir de dorénavant et jusqu’à désormais, synonyme de : « vous apportez la bouffe et j’amène ma faim »…

        Vous-vous êtes trompé de question, ça n’est pas baisse ou baise du service public, c’est une affirmation : baise profonde du con-tribuable sous couvert démagogique (mais électoraliste.)

      • sémaphore dit

        Est il obligatoire que l’État s’en mêle pour qu’il y ait un service d’ enseignement? Comment se fait-il qu’il y ait alors de l’enseignement privé? Ou des cliniques privées? Ou des autoroutes ou des ouvrages d’ art privé?
        Pourquoi faire rouler des trains doit-il être assuré par un système public ?
        Tout cela est-il indispensable pour que cela soit assuré??? Vous en êtes sûr??

      • Philippe Dubois dit

        Toujours les mêmes cris d’orfraie des gauchistes dès qu’on parle de diminuer les dépenses publiques
        Derrière les dépenses publiques, il y a aussi une tripotée de bureaucrates obtus :
        – qui pondent des normes absconses et des règlements ubuesques par paquets de 1000,
        – qui vous emmerdent sur la forme de vos fenêtres (pas dans une zone classée, hein, au contraire, vu les horreurs qui se construisent)
        – qui vous envoie systématiquement sur le mauvais service pour répondre à votre question (que j’ai renoncé à poser)
        Sans compter ceux qui construisent
        – des salles de spectacle de 11 000 places avec 950 places de parking, dans un coin dénué de transports en commun
        – des résidences de 50 logements avec 20 places de parking dans une ville déjà archi saturée
        Ce sont ces dépenses qu’il faut diminuer, y compris d’ailleurs dans l’armée, les hôpitaux, les écoles et les directions interrégionales des routes, mais cela ne veut pas dire qu’on va encore diminuer les effectifs des gendarmes, policiers, juges, greffiers ou infirmières

        • Jiff dit

          « – qui pondent des normes absconses et des règlements ubuesques par paquets de 1000, »

          C’est la seule façon qu’ils ont trouvé pour justifier leurs effectifs pléthoriques, tout comme le « lissage des charges » des urSSaf qui, selon leurs propres syndicalistes, s’il était supprimé, laisserait des agents sans rien à faire. On retrouve également cela dans les lois fiscales, qui sont déjà mal goupillées de base puisque édifiées par des non-juristes, qui plus est, naïfs, tout particulièrement dans les alinéas qui sont grattés par Bercy, pas en français ni même en jargon juridique, et tout spécialement étudiés pour pouvoir être interprétés de toutes les façons (inutile donc, de se demander pourquoi machin-chose dit tout et son contraire dans une même phrase, c’est dans son BIOS.)

          « – qui vous emmerdent sur la forme de vos fenêtres (pas dans une zone classée, hein, au contraire, vu les horreurs qui se construisent) »

          Quiconque n’ayant jamais eu à faire avec un architecte des bâtiments de france n’a pas la moindre idée de ce que « s’écouter parler » veut réellement dire – mais le pire, c’est que leurs « actions » mettent au jour la différence entre citoyen lambda, « citoyen estimable » (lire: ayant des relations haut placées ou l’étant lui-même) et état ; là où le premier se verra systématiquement accueilli par une fin de non-recevoir, la « mansuétude » accordée aux seconds et tout particulièrement au dernier est proprement insupportable, car injuste.

          « – qui vous envoie systématiquement sur le mauvais service pour répondre à votre question (que j’ai renoncé à poser) »

          Là, vous-avez eu du bol ou bien ça n’était pas les impôts à titre professionnel, parce qu’eux vous renvoient systématiquement à votre expert-comptable, quand il ne vous raccroche pas au nez lorsque vous leur faites remarquer qu’ils sont payés pour ça et en temps que spécialistes, beaucoup mieux placés pour conseiller les quémandeurs d’informations. Quand vous comparez avec les services fiscaux des autres pays européens… vous pleurez (de rage.)

          « – des résidences de 50 logements avec 20 places de parking dans une ville déjà archi saturée »

          Oui hein, alors que si vous-êtes simple promoteur, ça sera 1.5 places de parking (strict minimum, plutôt 2.1) par logement, sauf dérogation exceptionnelle – là encore, on retrouve les 2 lignées de droit, inflexible avec le commun des mortels, totalement complaisante avec les administrations de la poncktion publique.

          Quant à diminuer les dépenses, vous n’y pensez pas ! Ça reviendrait à avouer tout de go qu’il y a eu gabegie par le passé – et dans le contexte actuel, tablez plutôt sur l’inverse dans les domaines cités.

  2. serge dit

    Bien que je ne sois pas un dangereux gauchiste, cette ordonnance à la con permet quand même de ne s’attaquer qu’aux CDI. Probablement une perte pour les « volontaires » du bénéfice d’un contrat de sécurisation professionnelle, qui aide au suivi des salariés pour le retour à l’emploi (tous les volontaires pensent certainement à tort retrouver du boulot de suite…), possibilité pour l’employeur d’embaucher à nouveau dans la foulée (plausiblement des CDD…) ce qui n’était pas possible dans les plans de départ volontaire et transfert à la collectivité des frais et de la mise en place des mesures d’accompagnement social (bilan de compétences, soutien psychologique, aides à la création d’entreprise, aides au reclassement). Des plus anar que moi y voient aussi la possibilité de gérer plus vite de la délocalisation, vu que cela va se répandre principalement dans les grands groupes ayant des implantations à l’étranger (cf PSA et ses envies de l’Est…).
    Mais bon, petit bilan dans un an et on en recause?

    • Jiff dit

      « Bien que je ne sois pas un dangereux gauchiste, »

      C’est vous qui le dites, serge (Citoyen m’a dit qu’il vous avait cliché à la fête de l’Huma;-p) !

      « Des plus anar que moi y voient aussi la possibilité de gérer plus vite de la délocalisation, »

      Ben, machin-chose étant un sous-produit des hommes de Davos et donc de l’ue, c’est juste une pure application de leur doxa – cependant, il est amusant de noter que dans les derniers attendus européens concernant ce pays, on trouve en première place la réduction des coûts de… la poncktion publique – comme quoi il y a quand même quelques borgnes au « pays » des aveugles (à relativiser, puisqu’il leur aura fallu presque 4 décades pour s’apercevoir qu’ils se faisaient balader par les différents membres de notre présipipeauté ; c’est un peu la même chose que lorsqu’ils ont conclus leurs fameux « traités de commerce internationaux » (2 en 35 ans) 😉

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