Accueil » Macron troque l’indépendance du parquet contre la liberté de la presse

Macron troque l’indépendance du parquet contre la liberté de la presse

Cet article a été lu 4228 fois

L’annonce d’une loi sur les fake news et sur la liberté de la presse par Emmanuel Macron lors de ses voeux aux journalistes continue à susciter de larges polémiques. Présentée comme une arme à dégainer en période électorale, cette loi devrait permettre d’interdire certains contenus sur Internet et de déréférencer les sites qui les publient. Les motivations profondes de ce texte restent à expliquer, car la campagne électorale des présidentielles a surtout été marquée par le manque d’indépendance du parquet.

Le retour obsessionnel sur des détails est décidément le point faible essentiel d’Emmanuel Macron. Alors que le président de la République pourrait être beau joueur en se félicitant que le parquet ait réagi très rapidement sur l’affaire Fillon et très lentement sur l’affaire Business France ou sur l’affaire Ferrand, il préfère rejouer le match en pointant du doigt le rôle déstabilisant des Fake News. L’histoire mérite donc d’être reprise à froid.

Les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne électorale en France

Rappelons d’abord que les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne présidentielle en France. On attend d’ailleurs ici que le Président de la République nous en cite une seule qui ait perturbé le jeu démocratique.

C’est un peu cela qui inquiète d’ailleurs. La fake news est-elle un faux prétexte, ou bien, a posteriori, Emmanuel Macron souhaite-t-il assimiler indirectement toute révélation non voulue par le pouvoir à une fake news à combattre? Auquel cas, ce serait bien la liberté de la presse dans sa totalité qui serait visée…

La dépendance politique du parquet est bien plus inquiétante

Si un phénomène extérieur à la vie démocratique a perturbé les élections présidentielles de 2017, c’est plutôt un mal bien connu de nos institutions: le manque d’indépendance du Parquet.

Celui-ci explique qu’il ait fallu quelques heures à peine pour que le Parquet se saisisse de l’affaire Fillon et mène des investigations très rapides sur ce sujet. Celles-ci ont participé au torpillage d’une candidature affaiblie par ailleurs par des révélations sur les dons de costumes et autre menu fretin qui ont laissé le candidat de la droite quasi-mort sur le bord de la route.

Le même Parquet s’est montré par ailleurs beaucoup moins pressé de mener des investigations sur l’affaire Business France, qui portait pourtant sur des montants aussi significatifs que l’affaire Fillon. Il s’est montré beaucoup plus prudent sur l’affaire Ferrand, qui ne donne lieu à aucune poursuite.

On ne tirera de ces faits aucune conclusion hâtive, mais une conviction ancrée: au jeu de la dépendance politique du parquet, Emmanuel Macron n’est pas le plus mal loti. S’il veut faire oeuvre utile en matière de démocratie libérale, il a pourtant intérêt à s’y consacrer de façon prioritaire, car c’est bien sur ce point que nous péchons.

L’affaire Urvoas, terrible révélateur de la collusion politique

La dépendance du parquet est assez mal documentée. Mais au fil des scandales, on mesure combien elle est forte et toxique pour notre démocratie.

L’affaire Urvoas l’illustre. Courant décembre, le Canard Enchaîné révélait que Jean-Jacques Urvoas alors garde des Sceaux a transmis au justiciable Thierry Solère des informations confidentielles sur l’enquête qui le concernait. Ces informations avait été obtenues par la Chancellerie auprès du Parquet. Dans la foulée, la ministre Belloubet a elle aussi reconnu qu’elle demandait au Parquet des informations sur les enquêtes qu’il mène.

Ces pratiques montrent que le pouvoir politique enjambe allègrement le secret de l’instruction pour aider les copains. On comprend mieux, dans ces conditions, les différences de traitement pendant la campagne de la présidentielle.

La question de l’indépendance du parquet est mûre pour être traitée

Rappelons que, le 8 décembre, à la demande des syndicats de la magistrature, le Conseil Constitutionnel a donné une réponse de normand à une question prioritaire de constitutionnalité sur l’indépendance du parquet. Tout le monde convient aujourd’hui que la constitution de la Vè République n’est pas à la hauteur de la démocratie libérale sur ce point.

Si Macron veut faire oeuvre utile pour la démocratie, le bon sens consiste donc à traiter l’indépendance du parquet de façon prioritaire, et non à restreindre la liberté de la presse pour des motifs imaginaires. À moins qu’il ne s’agisse, sous couvert de démocratie, de rendre service à des titres en difficulté malgré les importantes subventions publiques qu’ils reçoivent. On se rappelle ici que Le Monde, très complaisant vis-à-vis du Président, s’est fait une spécialité de la « lutte contre la fake news », excellente façon de dénigrer des concurrents émergents donc les charges de fonctionnement sont moins importantes, et la profitabilité bien supérieure…

5 commentaires

  1. Pierre dit

    Le « fake news » est l’enfant monstrueux des lois du type Gayssot.

    Comme nous suivons les US (rappelons que le « political correctness » est né là-bas, dès les années 60 avec l’affirmative action).

    En clair : rien de neuf, pas un caprice, pas une saute d’humeur historique, mais la simple la continuation d’une politique réfléchie par d’autres moyens.

    Il faut toujours délier les fils historiques, sinon on tombe dans le piège de l’instantané, de l’actu.

    Là vous semblez buter sur Jupiton, sur son élection, et enfin l’indépendance du parquet (qui n’est vraiment pas le sujet).

    Le « fake news » est le perfectionnement du contrôle du langage et donc de la pensée, et donc du corps social.

    Le « fake news » n’est pas conçu spécifiquement pour faciliter la réelection du Jupiton (il sera remplacé par un autre kapo, tout aussi zélé, donc il n’y a aucun enjeu de ce côté).

    Le « fake news » vous empêchera de décrire le réel : immigration, économie… tout sera motif à devenir « fake news » si cela contredit l’agenda constructiviste des modernistes.

    Et les coupables de « fake news » seront pourchassés, persécutés, baillonnés, emprisonnés. Au nom du Réel.

    Le « fake news » est le descendant, sous drogue de synthèse, du « lèse majesté » par exemple. Certains pays comme la Thaïlande pratiquent encore ce genre de loi, absolument redoutable… Un mot de trop, et vous allez au trou (et les trous thaïs ne sont pas vraiment agréables), pour des années…. et personne ne peut répéter/expliquer ce pour quoi vous avez été condamné…. car se serait un nouveau lèse-majesté !

    Remarquable mécanisme, certes brutal, mais très efficace (jusqu’à une révolution violente qui met à bas le système, c’est ça le défaut).

    Le « fake news » est la version 3.0, hyper moderne, soft de ce genre de chose. La version robotique, dopée à l’intelligence artificielle, comme un organisme synthétique s’adaptant en permanence à son environnement.

    Le « fake news » est au fond une synthèse, un précipité parfait et pur des outils décrits par George Orwell.

    Bref : un super boulot.

    Bienvenue dans le 21ème siècle…. où plus que jamais la botte vous écrasera le visage, mais en douceur, et pour l’éternité.

  2. Jiff dit

    « cette loi devrait permettre d’interdire certains contenus sur Internet et de déréférencer les sites qui les publient. »

    Comme nous sommes au XXIème et que la ficelle a déjà fait long feu, il y a peu de chances que virer certains noms de domaines des DNS français ait un quelconque impact – à moins bien sûr qu’il s’agisse de réellement les bloquer, tout comme le fait la Chine…

    « Le retour obsessionnel sur des détails est décidément le point faible essentiel d’Emmanuel Macron. »

    C’est là le moindre défaut des poncks ; entre l’œil vissé sur la pendule et temps passé à farpaitement affûter son crayon, le ponck a une sévère tendance à perdre le tableau d’ensemble de vue, voire à oublier pourquoi il est là – c’est aussi le symptôme le plus visible de l’un des cancers principaux de la france, la majorité du temps dilapidé dans des détails n’ayant souvent aucune importance (ou devenant carrément néfastes, le diable se cachant en eux) alors que le village est en feu.

    « Rappelons d’abord que les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne présidentielle en France. On attend d’ailleurs ici que le Président de la République nous en cite une seule qui ait perturbé le jeu démocratique. »

    C’est bien là que le bât blesse, et fort bizarrement, exactement au même endroit que chez les Clinton et leurs partisans – ça braille dans tous les sens en criant au complot, mais sans jamais présenter le début d’un soupçon de preuve de ce qui est avancé ; à ce titre, on dirait une lecture sur le réchauffement planétaire, qui, lorsqu’elle arrive (rapidement) à cours d’arguments, assène systématiquement et sans complexe que « la question ne se discute pas » – eh bien si, justement…
    D’ailleurs, la similarité de certaines déclarations et de certains comportement pose une question : on savait déjà depuis longtemps que truc a la langue chargée à force de polir la rondelle des américains, mais n’y aurait-il pas beaucoup plus qu’une similitude de surface avec ce qui se passe vis-à-vis des Clinton ?

    L’avenir nous le dira… oupas, mais ça fait retomber sur la question principale, la même qui se pose aux USA¹, quid de l’indépendance, de l’efficacité, de l’impartialité et surtout de la justesse de l’ajustice ? (Tiens, comme disait Coluche, la réponse est contenue dans la question;)

    Ça pose aussi la question de l’indépendance de la presse, si tant est qu’il en reste encore une petite miette dans ce pays, ce qui est loin d’être évident. Or, certaines déclarations de l’impétrant font plus que laisser à penser que le futur, c’est avant-hier, et qu’en conséquence, en sus de laisser les administrations reprendre leur emprise méphitique et toute puissante sur les poliotiques, la presse, déjà passablement écornée, doit-être jugulée et au pied, couchée, baballe, au pied, couchée, nonos, à la niche…

    Évidemment, l’ajustice également aux ordres, avec les doigts sur la couture du pantalon, va de pair avec le package, tout comme « une certaine orientation » des juges – il y a donc fort à parier que « certaines pratiques », que certains tout le monde pensaient définitivement évacués depuis un certain temps et qui ont, en leur temps, fortement empoisonnées la vie poliotique française, renaissent de leurs cendres, tel le phœnix – ça n’est pas une bonne nouvelle, mais ça participe d’une certaine logique, vu la « personnalité » de machin-chose (kecéluikélchefff ahnantédiou.)

    Tout cela a le goût amer et rebattu du prestidigitateur qui agite une main pour attirer l’attention d’un côté, tandis qu’il escamote l’important de l’autre. Et le problème principal se trouve justement dans cette main : on chante un refrain archi-connu en tapant sur la populace tout en lui promettant des lendemains qui chantent, mais sans jamais rien toucher à l’essentiel, les gabegies gargantuesques de l’état qui, à n’en pas douter, se verront réduites In Fine par une redistribution de certaines missions aux petits copains – ahhh, que le capitalisme de connivence est doux quand il est français (ou allemand)…

    ——
    ¹ – Heureusement pour les USA, Trump a réussit à placer son pion à la cour suprême In Extremis, sinon ils étaient bons pour une ouverture de la boîte de Pandore en règle, puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que d’autoriser les modifications de leur constitution (suivez mon regard…)

    • amike dit

      « Évidemment, l’ajustice  »
      « A » privatif ? 😉

      On reproche à la Pologne et son parti au pouvoir de jeter à bas la démocratie libérale de Tusk. Ah, belle indépendance quand Tusk a gardé les juges nommés à l’époque du pouvoir communiste, et en prévoyance de leurs futures évictions électorales vite placé ses copains aux postes des plus hautes juridictions afin de bloquer l’action du nouveau gouvernement. Accessoirement, on peut s’étonner que l’UE fasse une belle place à tous ces progressistes défaits électoralement dans leur pays : Hollande, Norvège, et la Pologne avec Tusk devenu président européen !

      • Jiff dit

        « « A » privatif ?  »

        Œuf Corse !

        « On reproche à la Pologne […] »

        Il est toujours plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin… Mais ça a des vertus éducatives, tout du moins pour ceux qui se rencardent correctement, en démontrant, s’il le fallait encore, que l’ue a tout du fascisme et rien de la démocratie – c’est ce que l’on a récemment retrouvé dans une des diatribes divagante de l’alcoolo-fraudeur (mais jamais inquiété) Stricto Sensu.

        N.Polony et d’autres (Chouard, Todd, Onfray, etc – pas Piketty, évidemment) ont une excellente analyse de la chose, et même si je ne suis pas d’accord sur tout, il est clair que le système actuel n’est qu’un vernis chargé de faire croire que le vote est un choix, alors que rien n’est plus faux – et que même la Suisse a commencé à basculer du côté obscur de la force quand elle a abandonné l’édiction de ses lois communales en local.

        Mais fort heureusement pour nous, et ceci depuis des temps immémoriaux, les merdeux qui veulent à tout prix tout régenter partout se plantent régulièrement et de plus en plus – encore quelques temps avant le collapsus total (collapsus monétaire organisé), mais pour employer une litote, le résultat risque bien de n’être pas tout à fait à la hauteur de ce qu’ils espèrent, et un vent contraire a plutôt pas mal de chances de se mettre à souffler dans leur direction, tirant sur l’ouragan de catégorie 6…

  3. Citoyen dit

    « le bon sens consiste donc à traiter l’indépendance du parquet de façon prioritaire … »
    S’il ne s’agissait que de l’indépendance du parquet, la question serait simple à cerner.
    Le sujet est bien plus large, puisque c’est l’ensemble de la justice, dans toutes ses strates, qui se vautre dans la mouvance gôchiasse. Et donc, par ce biais, forment un ramassis des petits soldats servilement besogneux, qui sont au service de la grande famille dont ils font partie.
    En cas de guerre civile (qui par ailleurs est souhaitable), c’est la première institution à remettre entièrement à plat, pour l’expurger des métastases qui terrassent ce pays, et tenter de lui redonner un semblant de vie …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *