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Risque psycho-social à l’hôpital public: En Marche continue l’injonction paradoxale

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Le risque psycho-social, en partie induit par la poursuite d’objectifs financiers dans les services, est l’un des fléaux majeurs de l’hôpital public. Le ministère de la Santé vient d’inviter le CHU de Grenoble à mieux le prévenir… tout en annonçant plus d’un milliard d’économies nouvelles dans les hôpitaux. C’est ce qu’on appelle une injonction paradoxale: on augmente la pression financière, mais on demande aux managers de ne pas la faire sentir sur le terrain…

L’affaire vaut son pesant de cacahuètes! Le rapporteur du projet de loi de financement de la sécurité sociale 2018, Olivier Véran, a présenté un budget avec de fortes économies nouvelles dans les hôpitaux publics.

On notera par exemple que les hôpitaux doivent trouver 1,215 milliard € sous le titre: « Améliorer la performance interne des établissements de santé et médicosociaux ». Dans cette logique, on trouve l’optimisation des achats, mais aussi l’amélioration de la performance interne des établissements. Toutes ces expressions sont bien connues des personnels soignants, puisqu’elles riment avec une pression sur le terrain pour l’atteinte d’objectifs financiers.

Le risque psycho-social au coeur de l’hôpital public

Le même Olivier Véran, au demeurant ancien député socialiste, est aussi salarié du CHU de Grenoble, où la mise en place des objectifs financiers se traduit par une pression forte sur le personnel. La pression est même devenue si forte que le ministère de la Santé, qui ordonne les réductions de dépense, a dû dépêcher une mission pour apaiser les esprits.

Le rapport rendu par le ministère en dit long sur la mentalité des services centraux de l’administration, qui prennent des mesures drastiques mais invitent les managers de terrain à ne les appliquer que dans la joie et la bonne humeur. Les conclusions de ce rapport sont d’ailleurs sans appel:

« Le style de management, qui maintient de manière permanente une certaine pression sur les équipes et qui priorise le résultat […] doit s’infléchir », souligne-t-il, pointant son orientation prononcée « vers les problématiques budgétaires ».

Faites des économies, mais sans pression sur le personnel!

Du coup, le député Véran qui fait adopter des économies dans les hôpitaux reprend sa casquette de médecin pour dire:

« cette situation pourrit la vie des soignants au quotidien ».

Il ne fait décidément pas bon être manager dans l’hôpital public.

5 commentaires

  1. scaringella dit

    Bof
    l’objectif est très clair
    dégrader la qualité du service public
    réorienter les « clients » mécontents vers le privé
    ouvrir les marchés de la santé encore plus au privé
    ne laisser que la misère et les grosses maladies (cancer) qui poussent la recherche à l’hopital
    permettre ainsi aux complémentaires obligatoires d’augmenter leur tarifs (donc augmenter l’impot)
    assurer des rentes aux hommes politiques grace aux « jetons » de présence dans ces complémentaires

    la boucle est bouclée
    comme d’habitude

  2. Jiff dit

    On connaissait déjà les endoscopes non-stérilisés entre 2 patients par manque de matériel et de crédits (et ça, il y a de fortes chances que ça ne soit que la face émergée de l’iceberg), et la suite, ça sera quoi ? Des opérations dans une salle septique ?

    Si on suit ce que dit scaringella, et il n’y a aucune raison de ne pas le faire, il serait extrêmement intéressant de commencer à enquêter très sérieusement sur les liens entre poliotiques (familles et amis proches inclus) et milieu médical – oh, wait ! Nous n’avons plus qu’une presse fangeuse, totalement aux ordres et dont les directions/actionnaires considèrent que l’investigation est une perte de temps (et pour cause, des fois qu’ils se trouvent eux-mêmes mis sur la sellette) – donc, ce travail ne sera jamais effectué ou bien très mal.

    Dommage, les résultats auraient sûrement pu éclairer le grand public sur les interconnections sous-jacentes (et fort juteuses) du « monde de la santé » français, notamment sur le prix d’une vie selon son niveau de remboursement. Dommage aussi pour ce qui est d’endiguer les départs définitifs, car c’est l’une des seules choses qui avait encore tendance à retenir les gens ici…

  3. serge dit

    Attendu que les dépenses de personnel et de médicaments&associés sont les premiers postes de charges des hôpitaux.
    Attendu que le filtrage en amont par les médecins de ville se réduit voire disparait par endroit vu la couverture élastique des régions.
    Attendu que nous accueillons de plus en plus de population sous couvert d’AME, en plus de celle à la CMU.
    Attendu que les situations sociales se dégradent, que les violences augmentent, que les maladies peinent à être soignées en plus de celles, nouvelles, qui nous arrivent par wagons.
    Il faut quand même être dans une bulle fermée (circuit de soins très « prioritaire »…) ou complètement con pour imaginer que la situation peut s’améliorer. Mais YAKA…

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