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Comment la sécurité sociale sacrifie la prise en charge du cancer

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En France, la sécurité sociale est l’objet d’un mythe savamment entretenu par les pouvoirs publics. Avec le développement accéléré des techniques médicales, la sécurité sociale devient un handicap de plus en plus lourd à surmonter. Ses lenteurs bureaucratiques posent de sérieuses difficultés dans l’accès aux nouveaux traitements contre le cancer.

La sécurité sociale protège les Français. Le mythe fabriqué de toutes pièces dissimule une situation extrêmement préoccupante en matière de finances publiques. Alors que la sécurité sociale rembourse des médicaments aussi anodins que le Doliprane à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros chaque année, elle refuse (ou tarde à le faire) des médicaments innovants qui peuvent sauver des vies humaines. Le cas des traitements contre le cancer est emblématique de cet énorme raté de nos services sanitaires.

Cancers et immunothérapie mal traités par la sécurité sociale

Les traitements contre le cancer connaissent une véritable révolution grâce à l’immunothérapie. Mais ces traitements coûtent cher, et les bons apôtres de la solidarité, qui est paraît-il la valeur fondamentale de la sécurité sociale, traînent les pieds pour venir en aide aux victimes de ces maladies graves.

On lira sur ce point un édifiant article d’Alternatives Économiques de janvier 2018, qui déclare par exemple: « Pour avoir une discussion sérieuse sur la fixation des prix et le PLFSS avec l’industrie pharmaceutique, qu’elle commence par offrir une transparence minimale sur ses profits réels. A défaut, qu’elle range les argumentaires sur son chiffre d’affaires et le financement de l’innovation au placard. »

Au moment de sauver des vies, c’est l’épaisseur du portefeuille porté par celui qui soigne qui compte…

La sécurité sociale à reculons face au cancer

Pour soigner le cancer, la sécurité sociale recourt donc à une doctrine toute simple, inspirée de l’esprit de solidarité qui prévaut chez ses adeptes: soigner, oui, mais à condition que les fabricants de médicaments ne s’enrichissent pas. Car, c’est bien connu, on nationaliserait l’industrie pharmaceutique, beaucoup plus de brevets et d’innovations technologiques seraient déposés.

D’où une logique malthusienne qui explique que la décision de rembourser le Keytruda dans le cancer du poumon ait été prise dix-huit mois après la Belgique ou l’Allemagne. Au nom du principe selon lequel la santé devrait être gratuite, les bons apôtres du monopole de la sécurité sociale renâcle à sauver les patients parce qu’ils trouvent que leurs soins coûtent trop cher.

Le cas du cancer de la prostate

Le cancer de la prostate donne un autre exemple du peu de cas réservé par les adeptes de la solidarité à tout crin envers la mort qui rôde autour de certains malades français.

Ainsi, dans le cas des cancers avancés de la prostate (avec métastases osseuses), 23 pays dans le monde ont décidé de rembourser le Xofigo, un traitement par injections qui coûte 30.000 euros. Si l’on se souvient que ce cancer tue 9.000 hommes par an en France, la décision française de ne pas le rembourser permet de mesurer l’ampleur des dégâts.

Curieusement, le gouvernement est capable de consacrer beaucoup plus de moyens pour diminuer de bien plus faibles quantités de morts sur les routes. Et c’est dans un parfait cynisme qu’il refuse de rembourser ces traitements coûteux pour les patients qui souffrent d’un cancer.

Comment la France laisse ses cancéreux souffrir

Si la sécurité sociale traîne à rembourser les médicaments innovants contre le cancer, on constate aussi que la douleur due à cette maladie est très mal traitée par les médecins. Ainsi, on considère aujourd’hui que 40% des malades du cancer qui devraient recevoir de la morphine n’en reçoivent pas.

Là encore, ce chiffre a de quoi faire réfléchir. Il souligne que le système sanitaire français est loin d’être l’un des plus performants. Plus le temps passe, plus la lourdeur bureaucratique de la sécurité sociale tend même à le placer à un rang subalterne.

14 commentaires

  1. Citoyen dit

    « Curieusement, le gouvernement est capable de consacrer beaucoup plus de moyens pour diminuer de bien plus faibles quantités de morts sur les routes. »
    Ben non, ce n’est pas si curieux que ça … c’est que les morts sur la route, est un marché beaucoup plus juteux à exploiter …

    • Jiff dit

      Vous-êtes répugnant, Citoyen, mais surtout mauvais gestionnaire !

      Si vous partez de l’équation d’accumulation de l’énergie cinétique, c’est à dire :
      Ec = 0.5 · m · v²
      avec Ec en Joules, m=masse en kg et v=vitesse en m/s, pour un quidam de 80 kg, cela vous donne respectivement pour 90 et 80 km/h :
      Ec = 0.5 · 80 · (90,000/3,600)² = 25,000 J _et_ Ec = 0.5 · 80 · (80,000/3,600)² = 19,753.08642 J
      donc, un écart de :
      |(Ec80 ÷ Ec90) – 1| = |(19,753.08642 ÷ 25,000) – 1 = 0.209877, soit ~21%.

      Or, 21% d’énergie cinétique en moins, c’est énorme, et ça vous expédie beaucoup plus volontiers à l’hôpital qu’à la morgue – et c’est là que vous-êtes un gestionnaire déplorable, car votre solution rapporte coûte fort peu (un sac à viande, un véhicule sanitaire non-urgentique, 5′ d’un médecin légiste et un peu de jus pour le frigo, à la limite, un coup de mop sur le sol si votre caisse a virée compression style César.)
      Tandis qu’à 80 km/h, vous vous prenez proprement l’airbag dans les badigouinces (ou le volant dans le thorax si vous portez des lunettes et que vous l’avez donc désactivé), des éclats de verre de la vitre latérale dans les cornées, de la tôle dans les jambes voire dans les bras, une roue dans le bassin, etc, ce qui fait travailler au minimum une paire de pompiers pour vous désincarcérer, un toubib et les 2 personnels réglementaires dans un véhicule d’urgence et peut-être même un hélicoptère ; puis l’hôpital pendant au moins 5-6 semaines, et si jamais, cerise sur le gâteau, le carburant a pris feu suffisamment longtemps, vous pouvez même aller jusqu’à 8-12 mois ! Et une fois que vous-êtes partiellement remis d’aplomb, il reste encore la rééducation et peut-être même quelques soins à domicile.

      Comme vous le voyez, la solution à 80 km/h n’a QUE des avantages, elle fait travailler des professionnels, fait tourner les labos pharmaceutiques (beaucoup, forcément…), les fabricants d’instruments chirurgicaux, de fil, d’aiguilles, d’instruments de monitoring électroniques, etc ; sans oublier Lafarge pour le plâtre – avec un peu de chance, vous devenez paraplégique et là, c’est jackpot pour les fabricants de fauteuils roulants !

      Alors, si vous en avez les moyens, investissez dans le médical et le para-médical une fois la loi passée et son décret signé, car ça va rapporter grave dans les années à venir ;-p)

      • Citoyen dit

        Non, l’état ne regarde pas si loin …
        Que le 80 génère beaucoup de travail à postériori pour réparer « les cassés » n’est pas le sujet immédiat, d’autant que ce sont les assurés qui paieront. Donc, que « les cassés » coutent plus cher que les morts, n’a pas d’incidence pour lui.
        De fait, il n’anticipe même pas la création d’emploi qui en résulte à terme.
        Non, ce qui l’intéresse est le gain immédiat du racket … Sans oublier les retombées du capitalisme de connivence, développé avec les fabricants de machines à sous, qui profitent d’un marché extrêmement juteux … et peuvent éventuellement être très reconnaissants de cette manne …

  2. Jiff dit

    Sèpu si c’est dans vos lignes ou ailleurs que j’ai lu un article intéressant qui proposait de renverser la vapeur, à savoir que les mutuelles prennent le bouzyn en main et que la SS ne s’occupe plus justement que des maladies graves, avec un dispatcher évitant le double travail¹ – pour être farpaitement honnête, si ça parait une bonne idée sur le papier, je n’ai pas les connaissances requises sur tous les rouages pour savoir de quel côté pencher…

    Question santé, une chose est étonnante, il suffit d’allumer une TV pour tomber rapidement sur une pub de Doliprane ou d’Ibuprofen, alors que les effets secondaires, notamment hépatiques, touchent, semble-t-il, de plus en plus de monde (on note aussi des attaques répétées et de plus en plus dures envers l’aspirine, un peu comme avec le bismuth) – la question qui vient à l’esprit est donc : est-ce de la négligence ou bien « autre chose » ?

    « Ainsi, on considère aujourd’hui que 40% des malades du cancer qui devraient recevoir de la morphine n’en reçoivent pas. »

    Ça paraît très irrégulier et plutôt circonscrit aux services hospitaliers, parce que dans les urgences, le message semble être très bien passé (notamment la question de la gradation systématique de la douleur ressentie) – là encore, on mesure le retard accumulé, puisque la plupart des pays industrialisés ont effectué une évolution marquée en commençant par mettre de côté l’ego du praticien (qui, en france, cache souvent la tour Eiffel) et en professionnalisant la médecine d’urgence.

    IMHO, il s’avère que le système français (administré, étatisé, contrôlé, Cerfaté, sulfaté, …), tout le système, est en bout de course grâce aux énarques qui ne sont capables que d’appliquer les mêmes recettes Ad Nauseam sans jamais faire preuve d’aucune imagination, et le problème principal, c’est que les génies qui ont décroché la queue du Mickey n’ont pas plus que leurs prédécesseurs la moindre idée de comment évoluer (à part copier fort maladroitement et presque systématiquement sur l’Allemagne, sans rien voir de ce qu’elle est en train de recommencer et qui lui a déjà valu 3 guerres.) Si l’on rajoute les problèmes que posent les islamistes (NB: Ch.Pasqua avait intimé à l’arabie saoudite de cesser d’alimenter les mosquées extrémistes, avec succès ; c’est donc bleu-suppo) et le chômage endémique, dû uniquement à une longue succession de très mauvaises décisions étatiques, ce pays est définitivement foutu et il sera dépecé d’une façon pire que la Grèce In Fine, non sans avoir auparavant complètement ruiné son propre peuple en lui volant son épargne et en tuant sa propriété privée.

    ——
    ¹ – Mais comme il s’agit de la france, il ne peut pas y avoir de réforme profonde, et donc, si un tel dispositif venait à voir le jour, on peut parier à 99.99% de certitude qu’il ne viendra que coiffer l’existant au lieu de le remplacer comme il se devrait :/

  3. amike dit

    Heu, il y a un minimum de questions à se poser avant de signer pour ce médicament miracle, même avec une forte réduction : Est-il efficace ? Vraiment, pas seulement sur un gain obtenu sur des évaluations bidon ?
    Parce que n’importe quel marchand peut faire prendre de superbes réductions pour des gains fictifs, et le reste à payer peut encore être trop cher…

    D’autre part, qui sont les médecins qui font une pétition pour ce médicament ? Des rabatteurs du joueur de bonneteau ? Comment peuvent – ils savoir que ce médicament est efficace vu son prix et donc sa très faible expérimentation ?

    Il est dit que ce cancer touche 9000 personnes. Quel est donc l’espérance de vie avec ce médicament ?
    Tout cela demanderait réflexion et analyse des productions et comportements de ce laboratoire.

    « Curieusement, le gouvernement est capable de consacrer beaucoup plus de moyens pour diminuer de bien plus faibles quantités de morts sur les routes. »
    Et pourquoi ne pas se poser la question sur les campagnes de prévention ? S’agit – il vraiment de prévention, ou d’une campagne de recherche de malades à traiter pour faire du chiffre ? On sait bien que plus on cherche plus on trouvera des cancers sous la forme de cellules cancéreuses. Mais cela ne signifie pas qu’elles évolueront mal. Par contre, le traitement sera juteux…

    Depuis la campagne anti grippe, menée par Bachelot, on sait que seul le scepticisme est sûr…

    • xc dit

      J’ai lu quelque part que tous les hommes centenaires font un cancer de la prostate. Lequel ,heureusement pour eux, n’évolue que très lentement. Sont-ils comptés dans les 9000, et est-il bien utile de leur donner ce médicament ?

      • Philippe Dubois dit

        Propos de bon sens
        Tous ces médicaments hors de prix ne guérissent pas le malade, mais augmentent son espérance de vie, càd lui permettent de profiter pendant quelques mois supplémentaires de son cancer.
        Idem pour toutes les campagnes de dépistage contre lesquelles s’élèvent de plus en plus de voix de personnalités compétentes.
        La santé n’a certes pas de prix, mais elle a un coût et un jour, il faudra bien se poser les questions qui fâchent

        • Jiff dit

          « Tous ces médicaments hors de prix ne guérissent pas le malade, »

          Pas tout à fait d’accord, on n’a pratiquement pas de recul actuellement sur les nouvelles générations de drogues.

          Ce qui est vraiment « bizarre », question cancer, c’est que çà ou là dans l’histoire plus ou moins récente, on trouve des tas de gens de tous pays qui se sont fait rabaisser plus bas que terre sans que jamais l’on n’épluche sérieusement leurs résultats – je veux bien qu’il y ait une part de charlatans très loin d’être négligeable, mais est-ce une raison pour systématiquement jeter le bébé avec l’eau du bain ? (en d’autres termes, est-ce que certaines thérapies ne doivent surtout pas voir le jour, parce que non-brevetables et cheap ?)

          • amike dit

            @Jiff: Vous êtes un peu hors sujet : on parle d’un médicament dont le traitement (à l’année ? à l’injection ?) tourne aux alentour de 30 000euros.
            Avant l’huile de perlimpinpin, il existe déjà les traitements actuels contre le cancer, dont il serait bon (encore une fois) de savoir s’ils sont vraiment aussi faibles que cela par rapport aux nouveautés, ou s’il s’agit d’une question de rentabilité trop faible ou de brevet passé dans le domaine public…

          • Jiff dit

            Certes, mais ici, l’expérience montre que cela ne sera jamais fait – et d’ailleurs pas qu’ici ; avez-vous jamais vu une étude sérieuse (libre de conflits d’intérêts, internationale, portant sur un grand nombre de cas et publiée) sur le sujet ? Moi, non (d° vaccination, d’ailleurs… Et puis, je vous rappelle qu’on vous rembourse de l’aspirine sur une base d’un PV d’environ €7.5, alors que vous en trouvez, non-remboursée, à €2.3, cherchez l’erreur…)

            Mais quitte à en effectuer une, si tant est qu’elle vienne jamais au jour, pourquoi ne pas inclure dans le lot certaines méthodes sus-citées ? La peur du ridicule, ou bien la peur financière qu’un remède 4 sous non-brevetable fasse aussi bien si ce n’est mieux qu’un traitement à €3k/mois ?

            Par ailleurs, la question que pose la taulier est différente, il se demande pourquoi on rembourse plein pot de mauvais succédanés d’aspirine d’un côté, et de l’autre, pourquoi on tergiverse sur des médicaments étant sensiblement plus vitaux.

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