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Le système français de retraites à bout de souffle

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Le système français de retraites est à bout de souffle. Les polémiques qui surviennent sur l’ampleur des dégâts causés par la hausse de la CSG devraient être nourries par les prochains versements en début de mois de février. Elles illustrent la difficulté de réformer un système insoutenable, et incompris par ses bénéficiaires. Les travaux du Conseil d’Orientation des Retraites de ce mercredi sur la mise en place d’un système par points s’ouvrent donc sous de sombres auspices.

Comme le montrent les chiffres de l’OCDE ci-dessus, l’espérance de vie à 65 ans n’a cessé d’augmenter depuis 1970. Cette année-là, un retraité français pouvait espérer vivre près de 17 ans (soit un peu moins qu’aux États-Unis et au Canada). En près de cinquante ans, l’espérance de vie à 65 ans en France a gagné pratiquement 7 ans, plaçant la France derrière le Japon, mais très loin devant les États-Unis.

On mesure immédiatement l’impact de ce progrès pour le système de retraites: avec une dépense mensuelle moyenne de près de 1.400 euros, le retraité français perçoit une rente majorée de près de 120.000 euros par rapport à 1970. Compte non tenu de la baisse démographique, cette évolution constitue donc un défi majeur pour le financement des retraites.

L’évolution du système français de retraites n’a pas été expliquée aux Français

Combien de retraités sont conscients de l’impact financier produit par l’augmentation de l’espérance de vie à 65 ans, obtenue souvent au prix d’une médicalisation forte et coûteuse? Beaucoup de Français sont convaincus que les cotisations qu’ils ont versées durant leur carrière professionnelle ont servi à financer leur retraite d’aujourd’hui.

L’opacité du système de sécurité sociale contribue largement à brouiller les pistes et à nourrir l’illusion que les cotisations d’antan financent la rente d’aujourd’hui. Bien évidemment, cette amnésie est commode, si l’on se souvient que, pour le seul régime général, les cotisations ont doublé depuis 1970.

Ce rappel n’inclut pas la création de la CSG, de la CRDS, la fiscalisation du FSV. Toutes ces contributions nouvelles, en hausse constante ces dernières années, renchérissent fortement le coût des retraites actuelles. Hors, ceux qui bénéficient de ces retraites coûteuses ont moins cotisé à leur époque…

D’où l’idée fausse selon laquelle la hausse de la CSG contrarierait la solidarité intergénérationnelle. En réalité, elle compense une redistribution inégalitaire des richesses aujourd’hui. Mais la légende est tenace, et suscite d’importantes haines dans la population… des retraités.

Macron parviendra-t-il à réformer un système à bout de souffle?

Face au krach annoncé d’un système épuisé par sa rigidité et ses règles de calcul trop favorables, Emmanuel Macron tente une immense tenaille pour transformer le dispositif français en système par points ou notionnel. L’enjeu est majeur… et compliqué, car on voit mal comment passer e manière fluide d’un système à l’autre. Il faut en effet expliquer aux actifs qui financent les retraites actuelles qu’ils ne bénéficieront pas du même dispositif…

Imaginer la transition d’un système à l’autre est précisément l’objet des cogitations du Conseil d’Orientation des Retraites de mercredi. Plusieurs scénarios doivent être examinés pour savoir comment passer de notre toxique retraite par répartition à rente connue à un système notionnel tel que l’a promis Emmanuel Macron durant sa campagne.

Depuis un système de double affiliation jusqu’aux affiliations cadencées dans le temps, le COR doit trouver la solution qui rassurera et qui sera praticable. L’enjeu consiste en particulier à reconstituer les droits acquis dans l’ancien système, pour éviter des cotisations inutiles…

Ce dossier technique et ingrat méritera d’être suivi de très près, dans la mesure où il augure d’une nouvelle structuration profonde de la solidarité en France. Rien n’exclut qu’il donne lieu à une véritable réforme…

24 commentaires

  1. Sémaphore dit

    « Beaucoup de Français sont convaincus que les cotisations qu’ils ont versées durant leur carrière professionnelle ont servi à financer leur retraite d’aujourd’hui. »
    C’est exactement cela puisque pendant très longtemps, la confusion a été sciemment entretenue ( c’était très politiquement rentable) en feignant de croire que l’argent versé alimentait une cagnotte au lieu d’un simple compte de droits futurs( à honorer quand l’époque serait survenue).
    Ajoutons que la mise au travail (en masse) des femmes a, sur le coup, procuré des recettes excédentaires contre une faible base de bénéficiaires en face mais que maintenant, les baby-boomeurs et surtout boomeuses arrivant à l’âge de la retraite exigent des paiements à taux plein pour chaque membre du couple et ce, pendant de futures longues périodes…

  2. Sémaphore dit

    « Hors, ceux qui bénéficient de ces retraites coûteuses ont moins cotisé à leur époque… »
    Ils vous répondent qu’ils ont cotisé aux taux qui étaient légaux à ces moments là et qui garantissaient des droits futurs de tant (selon la propagande).
    Or, cela revient à changer les termes du contrat en cours de partie et, évidemment, pas dans leur sens du bénéfice.
    C’est là qu’est visible toute l’iniquité du système de retraites par répartitions immédiates puisque les droits acquis « à pas cher » deviennent au moment de la liquidation, complètement dispendieux en raison des variations du système économique et fiscal, surtout grançais, qui est un modèle du genre dans les horreurs…

  3. Sylviane dit

    Désolée Monsieur Verhaeghe, je ne considère pas que j’ai cotisé beaucoup et pendant longtemps pour ma retraite actuelle. J’ai cotisé beaucoup pour payer la retraite de mes parents et grands parents qui eux n’avaient pas beaucoup cotisé. A mes enfants (que j’ai aidés comme la plupart des parents responsables, ce que n’ont pas pu faire mes propres parents) de prendre le relais
    Ce n’est pas « de ma faute » si notre système de retraite est un véritable système de Ponzi.

  4. serge dit

    Ben, il est surtout à bout de souffle de tout ce qui a merdé depuis 40 ans. Notre folie règlementaire en a modifié à peu près toutes les composantes (âge de départ, âge de retraite à taux plein, taux de dotisation, valeur du point…) agrémenté d’une expansion certaine des distorsions public-privé quant à son calcul. En ayant sciemment laissé tomber ce qui permet de financer ce concept que tout le monde nous envie, à savoir les emplois, la stabilisation des prélèvements, le tissu industriel, la formation, etc…
    Donc aucune chance que quoi que ce soit ne règle ce problème puisque nécessitant d’en régler tous les autres, ce qui n’en prend pas le chemin. Et accessoirement, même si des ajouts de capitalisation ou des systèmes de placement obligatoire en actions d’entreprises françaises de ces dites ponctions sur les revenus seraient essayés, il faudrait aussi réguler les détenteurs de ces avoirs. Quand on voit les difficultés des fonds de pension anglo-saxons et les mécanismes de régulation des organismes type banques et assurances, on peut rester dubitatif, à minima.

  5. Cette histoire d’un « déficit d’explications » me fait me rouler par terre de rire: inventée en 1982 par les salopards qui ont ruiné la France, cette histoire de retraite pour tous est bien sur la marque suprême de la décadence, de l’abandon, de la démagogie et de la bêtise. Tout cela fut bien sur conscient, organisé et délibéré: une génération de tordus ont vraiment cru, sur la foi de ce qu’on leur disait qu’il avaient droit à tout ça…
    Les premiers d’entre eux sont déjà morts et brulent en enfer. Les autres…

  6. Jiff dit

    Et si le COR commençait par le commencement, à savoir l’alignement exact et immédiat du public sur le privé, que ça soit pour les montants et pourcentages des cotisations salariales comme patronales, la durée d’activité ou le mode de calcul ?

    Ça nous changerait des suppositoires bleu-chocolat à destination des licornes arc en ciel, non ? (et accessoirement, ça ralentirait sans doute la chute du système actuel.)

  7. Citoyen dit

    « Le système français de retraites à bout de souffle »
    Ben, il serait peut être temps d’aborder les sujets qui fâchent ! …. A savoir les retraites spéciales (dont celles des polytocards) et celles des fonx …
    Ah non ?… C’est pas le moment ?… Circulez, y’ a rien à voir ?… Ah bon ?… on peut retourner faire la sieste, alors ?…

    • Citoyen dit

      Et comme cerise sur le gâteau, il y a quantité (je ne suis pas allé les compter) d’algériens qui touchent une retraite, en étant six pieds sous terre ….. Étonnant, non ?

  8. Pat dit

    Et le coût des régimes spéciaux pour les ministres et autres politiques …… on parle de cotisation, d’âge légal de départ et on ne tient jamais compte du temps de travail effectué par la generation des années précédent les 35 heures. Personnellement jusqu’à 70 heures par semaine soit le double d’une grande majorité actuelle.

  9. UBU53 dit

    Il paraîtrait que « gouverner c’est prévoir »
    Le système de retraite par répartition est dépassé
    Le système de santé craque de toutes parts
    Le système scolaire tire au sort l’avenir des jeunes
    La désertification médicale est en route
    Etc….
    Dites à ceux qui sont supposés gouverner qu’il existe un machin qui s’appelle « table démographique » … Cela permet de savoir combien de retraites du papy boom arrivent en retraite … Que celui qui est né en 1950 a eu 65 ans en 2015 … Que les jeunes nés en 2000 ont eu 17 ans en 2017 etc
    PS je ne suis pas énarque

    • Jiff dit

      Vimènan, parce que là, vous faites appel à une notion, soit complètement dévoyée (dans le globalisme), soit complètement ignorée (le niveau des poliotiques français creusant touchant le fond), à savoir le pragmatisme – car s’il prévalait au XIXème, il n’est plus qu’un très lointain souvenir, même pas mentionné dans les livres d’histoire oppressés par les hiérarques de l’ednat marxiste (s’cusez ce pléonasme:)

      C’est enfoncer une porte ouverte que de dire qu’au moment où « tout allait bien » (disons jusqu’au milieu des 70’s), il eût été très facile de basculer rapidement vers des systèmes pérennisés à (très) long terme avec un minimum de réflexion au long court et d’intelligence – vous comprendrez en filigrane que l’intelligence ayant quitté le navire au seul profit de l’intelligentsia, the whole shebang was doomed from the starting block…

      « Que celui qui est né en 1950 a eu 65 ans en 2015 … Que les jeunes nés en 2000 ont eu 17 ans en 2017 etc »

      Prof de maths’sup ? ;-p)

  10. Phil dit

    Bonjour , et nos très chers élus, combien de temps ont ils besoin de cotiser pour toucher une retraite de leur éphémère fonction ? Et ils voudraient que l’on travaille (pour nourrir des actionnaires de plus en plus gourmands dont certains en font parti ) jusqu’à épuisement. Ils parlent de remettre les différents régimes à plat ,qu’ils les mettent mais TOUS LES RÉGIMES ,les leurs aussi .

  11. Latyna dit

    Le souci c est le déséquilibre entre les cotisants et les retraités. Et la solution ce sont les cotisations sociales pour chaque machine ou robot qui remplace un être humain au travail. L exemple même ce sont les péages d autoroute ou toute présence humaine à été supprimée et ou les actionnaires réalisent 40 % de bénéfice et pour satisfaire une minorité on conduit des millions d autres à la pauvreté mais quand il n y aura plus de clients eux aussi creveront ces gros imbéciles incapables de comprendre que leur propre avenir financier dépend aussi des ressources de la masse qu’ ils soient actifs ou retraités.

  12. Sylviane dit

    Oui effectivement, je me souviens avoir travaillé 45 heures par semaine dans les années 70 (horaire légal), et quatre semaines de congés payés, la cinquième allant venir plus tard.
    J’avais vingt ans, et ne me posais pas de questions sur ma retraite.

  13. jacques dit

    Cet article du FMI est intéressant: https://blogs.imf.org/2018/01/24/a-dream-deferred-inequality-and-poverty-across-generations-in-europe/
    Ce que dit le FMI c’est que les inégalités sociales ne sont pas un soi un problème en Europe (elles sont restés relativement stables). Par contre, un phénomène inquiétant ce sont les inégalités entre générations.
    (Après bien sûr le FMI se trompe sur les solutions à adopter : toujours cette obsession à vouloir taxer pour régler les problèmes).
    Le FMI s’inquiète de la paupérisation des jeunes en Europe et de l’enrichissement des retraités. https://www.ouest-france.fr/monde/organismes-internationaux/fmi/les-jeunes-plus-pauvres-les-vieux-plus-riches-en-europe-le-fmi-pousse-un-cri-d-alarme-5521354
    Dans un rapport, le FMI montre que les revenus des jeunes ont stagné tandis que ceux des retraités ont augmenté de 10% en Europe (c’est sans doute bien plus en France).
    L’étude du FMI : https://www.imf.org/en/Publications/Staff-Discussion-Notes/Issues/2018/01/23/Inequality-and-Poverty-across-Generations-in-the-European-Union-45137

    https://www.weforum.org/agenda/2018/01/this-is-how-inequality-in-europe-has-changed-across-generations

    Qu’il ait des inégalités générationnelles est totalement normal. Les vieux ont travaillé toute leur vie ce qui leur a permis de constituer le patrimoine. Alors que les jeunes se lancent (parfois ils ont dû s’endetter par exemple pour acheter une voiture) et donc n’ont pas encore constituer de patrimoine. Cela est totalement normal. Le problème c’est que la politique menée par l’état accroit cette différence (en avantageant les vieux ayant un patrimoine). Typiquement la politique de l’état en matière immobilière avantage ceux qui possèdent des maisons (car l’ultra socialisation du marché immobilier conduit à faire augmenter les prix) là où cela désavantage ceux qui cherchent à posséder une maison car les prix sont impayables).
    Le marché du travail: la grande rigidité du marché du travail protège grandement ceux qui ont un CDI là où cela désavantage ceux qui veulent entrer sur le marché du travail en dressant des barrières les excluant.
    Je pourrais donner des tas d’exemples (ils sont multiples) montrant que la politique menée en Europe et particulièrement en France désavantage les jeunes et avantage les vieux.L’état aggrave les inégalités intergénérationnelles.

    Le problème actuel surtout en France c’est que l’état favorise les vieux qui votent plus). En France, c’est la génération 68 qui est au pouvoir. Résultat l’état francais mène une politique ultra favorable pour elle. Le système de retraite en France est tout simplement impayable. Il y a un vol des jeunes générations pour payer les privilèges des vieux. Il est plus que temps de réformer les retraites. La france est le seul pays européen avec le luxembourg où les retraités ont un niveau de vie supérieure aux actifs. Et la France est le pays de l’OCDE où les gens partent le plus tôt à la retraite (de manière effective). Source: http://www.oecd.org/berlin/publikationen/pensions-at-a-glance-2017.htm

    L‘INSEE a étudié le niveau de vie selon les âges. C’est la génération 1968 (60-70 ans) qui dispose aujourd’hui du niveau de vie le plus élevé : il est supérieur à celui de ses parents, supérieur à celui de ses enfants. https://pbs.twimg.com/media/DRgeMblX0AAODxn.jpg
    Si vous voulez voir la source c’est l’INSEE: https://www.insee.fr/fr/statistiques/3225618?sommaire=3225624
    (le tableau en question est : « TI06 – selon leur âge » que vous pouvez télécharger)
    A noter que l’on parle ici seulement des revenus on ne parle pas du patrimoine. Au niveau des patrimoines, l’écart s’amplifie (les vieux ont un patrimoine bien plus importants que les jeunes)
    Les 4 chiffres qui montrent que les retraités français ne sont pas (du tout) les plus mal lotis ! http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/12/05/20002-20171205ARTFIG00105-les-4-chiffres-qui-montrent-que-les-retraites-francais-ne-sont-pas-du-tout-les-plus-mal-lotis.php
    Il existe une disparité hallucinante du montant des retraites en fonction de l’âge: https://threadreaderapp.com/thread/900671861125763073.html
    Un très bon article parlant du sujet des retraites (la première partie de l’article parle du système social francais en général alors que la seconde parle spécifiquement du problème de retraite en France): http://maxime-cruzel.fr/la-depense-sociale-en-france-une-gestion-passeiste-et-inefficace/
    Le budget consacré aux retraites est le plus important de la protection sociale:45,8% des prestations totales (2013): http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/protection-sociale/retraites/quel-est-budget-consacre-aux-retraites.html
    Le montant total des retraites en France représente 340 milliards d’euros par an (2015)
    Source : La retraite en liberté, Pr. Jacques BICHOT
    Les retraites représentent donc 14% du PIB français.

    Il est d’ailleurs étonnant que les gauchistes qui ne cessent de dénoncer les inégalités sociales ne comprennent pas qu’une grande partie du problème vient des inégalités intergénérationnelles. (C’est particulièrement vrai en France). Pire, les gauchistes sont les premiers à défendre les privilèges des vieux et les politiques les favorisant au détriment des jeunes générations. Ils refusent de réformer le système. Cela montre leur incohérence.

    Les jeunes actifs francais ont perdu 23 points de revenu disponible relativement à leurs aînés de 20 ans.
    Les retraités francais paient l’équivalent de 2% de PIB de moins que les Allemands pour le système social.

    • Marc dit

      Tout ceci est vrai et connu mais l’electeur moyen en France a 50 ans. CQFD

      De plus quand vous avez discuté avec des baby-bommers (retraités actuels) vous avez compris rapidement leur mentalité qui est, sur tous les plans : « apres moi les mouches »

      Les fonctionnaires et autres rentiers de l’etat (retraités) en egeneral votent a gauche pour des raisons evidentes
      le systeme est irreformable politiquement car plus d’ayant droits que de payeurs

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