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Hausse de la CSG: pourquoi Macron aurait dû dès le début assumer les effets impopulaires de la mesure

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Emmanuel Macron n’a pas pris la peine d’expliquer le sens de la hausse de la CSG qu’il a imposée au 1er janvier 2018. Convaincu que son impact serait marginal, lui et son équipe ont, depuis l’automne, minimisé l’effet de cette mesure très impopulaire. Cette stratégie du déni, volontiers vécue comme du mépris de la part d’un puissant pour les petites gens, produit un véritable effet boomerang sur la popularité du chef de l’État. Celui-ci ne peut plus se déplacer sans être interpellé sur le sujet…

Tous ceux qui ont tenté, à l’automne, de justifier la hausse de la CSG et la fiscalisation de la sécurité sociale ont rapidement compris combien la bataille serait délicate à mener pour le Président de la République. Les retraités touchés par cette mesure disposent en effet d’une arme absolue pour défendre leurs intérêts: le temps. Un temps souvent vide, facile à occuper par des revendications d’autant plus hargneuses que, chaque mois, le versement des retraites rappelle l’amputation décidée par le Président de la République.

Quel est le partisan de la fiscalisation de la sécurité sociale qui n’a pas reçu des courriers de haine, de violence, et mêmes des coups de téléphone menaçants à son domicile après avoir osé soutenir qu’une hausse de la CSG n’était pas choquante? La génération qui a fait Mai 68, et qui est fortement touchée par la mesure, a tôt fait de retrouver sa fougue d’antan pour expliquer combien elle est injuste.

La règle est celle, la solidarité consiste à recevoir, pas à donner. Tout ce qu’on reçoit est un dû, tout ce qu’on donne est une spoliation.

Cette conception unilatérale de la solidarité explique largement pourquoi l’état des finances publiques en France est aussi délabré.

Le déni macronien face à la hausse de la CSG et à ses effets

Dès l’automne, l’affaire était pliée. Alors que la haine pure montait parmi nos sexagénaires et septuagénaires, la majorité a innocemment passé sous silence la vague qui commençait à gronder. Pourtant, un député de la majorité avait fini par porter plainte au vu des menaces de mort qu’il avait reçues d’un retraité mécontent.

Mais la majorité est longtemps restée dans son déni moralisateur, expliqué dès le mois de mai par Aurore Bergé: les retraités doivent faire un effort. Ils doivent partager. Jusqu’il y a quelques semaines, la majorité macronienne s’en est tenu à ce service minimum en matière de pédagogie politique.

Dans la pratique, la hausse de la CSG revenait pourtant à baisser les pensions, mesure inédite en France que même la Suède a hésité à prendre alors que son système le lui permettait. Officiellement, comme la mesure ne concernait que la fraction la plus aisée des retraités, l’exécutif n’a pas saisi l’ampleur du mécontentement auquel il s’exposait.

Bien mal lui en a pris, puisque la hausse de la CSG touche les retraités les plus éduqués et les mieux rodés à l’expression publique ou à l’influence politique. Ceux-là ont rapidement rallié à eux les retraités plus modestes qui subissent la baisse malgré les projections officielles. Il est désormais impossible d’avoir une réunion de famille en France sans entendre citer le cas d’une grand-mère qui a à peine 1.000 euros de retraite et qui a perdu 25 euros par mois.

Le corner dans lequel Macron s’est mis tout seul

De fait, il faut un train de vie de grand bourgeois (salarié) pour ne pas mesurer le cataclysme psychologique que produit une baisse ne serait-ce que de 300€ annuels sur une « petite retraite ». Imaginer que la pilule allait passer à la seule invocation du « partage de l’effort » témoigne d’une singulière méconnaissance de la réalité électorale. Et la majorité a commis une grave faute politique en ne réévaluant pas les risques auxquels elle s’exposait cet automne, au vu des premières remontées de terrain.

Désormais, Macron s’est mis dans un corner qui tient plus à sa méthode qu’à la mesure elle-même. En donnant le sentiment de prendre à la légère l’embarras réel dans lequel il a mis certains retraités, il a incarné, matérialisé, ce sentiment d’arrogance cassante qu’il produit face à l’autre.

Ce sentiment diffus est pour lui une spirale infernale. Désormais, le moindre écart qui pourrait nourrir ce sentiment est retenu et amplifié contre lui. Il suffit de voir le succès d’audience remporté par la séquence où il « recadre » sèchement une journaliste française en Inde pour comprendre comment infuse dans l’opinion l’image d’un Président perdu sur son Olympe et méprisant vis-à-vis des petites gens.

Faute d’avoir écouté, Macron peut ne s’en prendre qu’à lui-même de cette impasse où il se trouve. Et ce n’est pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme sur les insuffisances de la majorité dans ce dossier il y a plusieurs mois.

La stratégie qui aurait pu sauver Macron

Dans la pratique, le choix macronien de ne pas expliquer clairement que le pouvoir d’achat de nombreux retraités allait baisser se paie cash aujourd’hui. Les dénis ou les minimisations de l’automne ont toutes pris le goût amer de la trahison, du mépris et du mensonge.

Au vu de l’impopularité durable qui guette le Président aujourd’hui, un meilleur choix eut été d’affronter l’opinion publique en expliquant clairement en quoi la fiscalisation de la sécurité sociale est une mesure juste.

On ne répètera jamais assez que les retraités français sont les mieux traités d’Europe en terme de niveau de revenu de remplacement. On comprend bien que ce rappel soit vécu par les mauvais coucheurs comme une mise en accusation. Pourtant, aucun système de retraite en Europe ne permet à ses bénéficiaires de vivre mieux que les salariés. Sauf en France.

Beaucoup de retraités ont connu une période de forte inflation qui leur a permis de devenir propriétaire à moindre frais. Les cotisations qui leur étaient prélevées à l’époque pour financer les retraites de leurs anciens étaient inférieures à celles des actifs actuels qui les font vivre.

Contrairement à la légende colportée par les retraités, ils ont donc beaucoup moins cotisé que les actifs actuels pour accéder à leur retraite. Ils ont aussi beaucoup moins connu le chômage. Et ils sont beaucoup plus consommateurs de soins que les actifs.

Ce discours-là, il fallait le tenir durant l’automne. Il fallait expliquer que la France ne peut indéfiniment se plaindre du chômage de masse et faire peser sur les actifs le prix de prestations qui sont consommées par les retraités. Sauf à aimer le chômage, le statu quo est absurde.

Ce travail de pédagogie n’a pas eu lieu. Macron résume le discours politique à une communication et à des postures qui ne donnent pas de sens à sa vision. Le mal est désormais fait, et on voit mal comment les morceaux de l’étoffe pourraient être recousus.

15 commentaires

  1. Stephane dit

    Je suis bien d’ accord avec vos explications techniques. Mais.
    Sans l’ appui financier des parents, beaucoup beaucoup de jeunes et moins jeunes gens auraient bien du mal à joindre les deux bouts. C’ est mon cas et aussi autour de moi. 25 euros par mois c’ est peu, mais c’ est énorme, 300 euros c’ est tout un budget qui disparait chez des gens qui passent leur temps à compter et faire attention à leurs dépenses. Alors que l’ état , les collectivités locales balancent allègrement le pognon par les fenêtres. Cet effort demandé serait entendu et accepté, il aurait véritablement du sens si et seulement si les élus faisaient le même effort, si en même temps toute la fonction publique réduisait sa voilure. Vous le voyez vous? Non, c’ est tout le contraire, la bête est en roue libre et dévore toujours plus car pour des raisons consanguines et électorales on ne stigmatise pas sa famille.

  2. Lameador dit

     » Il est désormais impossible d’avoir une réunion de famille en France sans entendre citer le cas d’une grand-mère qui a à peine 1.000 euros de retraite et qui a perdu 25 euros par mois ».

    On écoute mamie poliment, parce qu’on n’a pas envie de gâcher la fête. Et on pense aux travailleurs pauvres, aux cadres parisiens locataires pendant que mamie au foyer et papy ouvrier se sont acheté un pavillon de banlieue.

    Et on se met à trouver Macron sympathique.

    Je crois que Macron joue sur du velours, en tout cas qu’il a des atouts pour lui. On le voyait hier sur BFM TV, ou il renvoyait une « vielle chouineuse » dans ses cordes, avec des arguments solides. Sur le thème « votre génération a mieux vécu que les suivantes, cette hausse d’impôts est pour vous, que ça vous plaise ou non ».

    • Sylviane dit

      Quel commentaire méprisant pour les grands-parents aimants et aidants que nous sommes !
      La solidarité entre générations se pratique d’abord en famille, nous n’avons pas à assumer sans limite toute la misère du monde.
      Et heureusement que les papys et les mamies ont pu au moins acheter un toit pour leurs vieux jours !

      • BDC dit

        La solidarité entre générations, je vois surtout qu’elle est tellement déséquilibrée par la répartition que maintenant ce sont les retraités qui aident financièrement leurs enfants. La redistribution se fait dans l’autre sens, vers les enfants de privilégiés (au sens littéral : qui possèdent des droits supérieurs aux autres), tout en tabassant de charges les actifs et pénalisant l’emploi. Et c’est bien pour rééquilibrer le système que nos grands planificateurs font de l’immigration une « chance pour la France ». Vous ne pouvez pas vous plaindre de l’immigration sans accepter une solidarité intRA générationnelle.

  3. Sylviane dit

    Vous persistez et signez, Monsieur Verhaeghe…
    Figurez-vous que pendant le « temps vide » dont je dispose suite à mon départ en retraite il y a deux ans, à 65 ans, je m’ occupe de mes petits-enfants, les parents travaillant tous. Mes frères qui ont vu aussi leur retraite baisser s’occupent de notre mère de 88 ans qui vit près d’eux.
    Les actifs actuels cotisent plus que notre génération pour payer notre retraite ?
    Mais nous aussi, nous avons payer beaucoup plus que nos parents et grands-parents, pour qu’ils aient une retraite correcte….C’est cela, la solidarité entre générations…
    J’ajoute que pour occuper mon vide existentiel, je vous lis et je vous écris…
    Bien sincèrement

  4. Citoyen dit

    « Désormais, Macron s’est mis dans un corner qui tient plus à sa méthode qu’à la mesure elle-même. »
    Ben voila … Et c’est à lui d’assumer ses conneries.
    L’Olympe s’enfonce dans la gadoue …

    « Ce travail de pédagogie n’a pas eu lieu. » … Et pour cause ! … Il aurait pu faire passer ça pour un transfert des retraités vers les actifs, comme une action isolée …. Sauf que cette CSG, s’inscrit, et se noie, au milieu d’une augmentation massive de tout les prélèvements, que subissent aussi bien les actifs et les retraités … et donc, passe pour ce qu’elle est en réalité : juste une ponction supplémentaire, qui s’ajoute à toutes les autres pour gaver le léviathan …

  5. Lorelei dit

    Les retraités (et d’autres) ont voté parce que Macron leur a dit que la taxe d’habitation serait supprimée.
    Chacun a cru que la CSG serait prélevée individuellement. Et c’est le foyer fiscal qui est retenu comme source.
    En d’autres temps, ils en avaient voté un autre qui promettait de taxer les riches à 75%.
    On a les hommes politiques que l’on vote…

  6. serge dit

    Ce n’est pas parce que pour les retraités il n’y a pas de compensation par la suppression des cotisations sociales maladie et chômage qu’il ne faut pas mettre en exergue que la CSG agit en doublon de l’impôt sur le revenu. Et que la CSG, à sa création n’était que de 1,1%, en inflation permanente depuis.
    En conséquence, il est probable que les mesures de « neutralisation » pour les catégories hors retraités vont tout doucement se diluer ou disparaitre laissant tout simplement tout le monde en slip, un peu comme le 80 km/h sur tout le réseau secondaire. Mais ce sera probablement dans le cadre d’un cavalier budgétaire ou un amendement pourri de fin de séance de nuit de l’AN à 4 clampins, mal ou pas du tout relayé par les médias. Tout le monde devrait se sentir concerné par la CSG, même si certains pensent qu’il ne sont pas restés dans l’écumoire. Pour l’instant…

  7. Sémaphore dit

    Les retraités vous diront qu’ils ont cotisé en leur temps au taux qui était imposé alors…
    Seulement avec un système à répartition immédiate, il n’y a aucune marge de manoeuvre insensible, indolore dès lors que les paramètres qui en sont la base, se mettent à varier d’ importance.
    Il a été promis à ces retraités, lorsqu’ils étaient jeunes, qu’ils devaient prendre en charge leurs aînés puisqu’ils recevraient eux aussi, le moment venu de la retraite…
    Bref, ils sont de plus en plus cocus de par ce système soi-disant solidaire où il leur est demandé de l’ être encore davantage. C’est comme l’égalité: certains doivent l’être plus que d’ autres…

    • Vorkosigan dit

      « Il a été promis » … c’est bien ça le problème : c’est écrit nulle part, dans aucun contrat. Aucun politique n’aurait pu avoir le courage d’expliquer la différence entre un régime en points (répartition) et un régime à prestations définies, et pour cause : il n’aurait jamais été élu ou aurait été muselé par les manifs. Comme dit plus bas : si même des professionnels qui ont passé 40 ans de leur vie à voir l’évolution des tables de mortalité, la déformation de la pyramide des âges, l’augmentation de l’espérance de vie à 60 ans, qui savent calculer des engagements techniques (passif d’assurance), etc. et qui soudainement perdent la mémoire sitôt qu’ils deviennent rentiers : c’est fichu, la génération 68 est irrécupérable et partira sans jamais se remettre en cause, comme ils ont vécu.

      • Sylviane dit

        Vorkosigan.
        En 1968, j’avais 18 ans, j’habitais en province et les événements me sont passés largement au dessus de la tête.
        Après une vie normale de famille et professionnelle, que voudriez-vous que je remette, que nous remettions en cause, j’aimerais bien savoir…

  8. sémaphore dit

    Beaucoup de gens, en cela copieusement aidés par les « journalistes » ont cru comprendre que la CSG des vieux passerait de 6,8% à (6,8%)x(1+0,019), soit une augmentation d’ epsilon. Imaginez l’ atterrissage quand ils ont (enfin) compris ou réalisé que c’était 6,8 + 1,9 = 8,7…

  9. Vorkosigan dit

    Ayant assisté à une conférence sur les retraites devant un parterre d’actuaires, actifs et retraités, j’ai rarement vu le déni et la dissonance cognitive aller aussi loin. Les actuaires retraités étaient hystériques devant l’exposé des évidences ; les jeunes n’ont rien dit, reconnaissants mais résignés. Donc peut-être que la stratégie du profil bas est une bonne chose, car elle a au moins le mérite de ne pas créer de clivage jeunes/vieux.

  10. @Lameador Macron sympathique ? « il renvoyait une « vielle chouineuse » dans ses cordes, avec des arguments solides »…
    Votre trollerie est plaisante, tellement absurde et insensée qu’elle fait rire. Imaginons que vous soyez sincère: vous mériteriez les pires insultes, avec menaces pour vous et votre famille. Heureusement que cela n’est que plaisanteries, pas drôles mais bon: on n’est pas chiappa, on sait vivre.

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