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Fake news: premières tranches de rire pour justifier les attaques contre la liberté de la presse

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Le Sénat organisait mardi une table ronde sur les mesures à prendre pour lutter contre les « fake news ». Le débat, qui complète la proposition de loi de Richard Ferrand déposée à l’Assemblée Nationale, devrait donner lieu à de nombreuses considérations particulièrement drolatiques. Le Monde a ouvert le bal.

Donc, Le Monde a osé publier aujourd’hui une tribune donnant quelques recommandations pour lutter contre les fake news. Son titre: « appliquer au Web les bonnes pratiques éditoriales des journaux ». Le même jour, on apprenait que les Échos avaient renoncé à publier une interview d’Élisabeth Borne trop retravaillée par Matignon.

C’est donc ça les bonnes pratiques éditoriales des journaux qu’il faut appliquer au web: faire relire ses textes par des conseillers de cabinet ministériel avant publication?

On adore le débat qui se met en place: tout irait tellement mieux si on rétablissait l’ORTF et le ministère de l’Information. Il n’y aurait plus de fake news, grâce à eux, et s’en serait fini de tous ces empêcheurs de tourner en rond qui ne respectent pas l’autorité de l’État.

Lutte contre les fake news ou censure officialisée?

De son côté, Public Sénat titre sur les propos d’une membre du comité des experts sur les fake news de la Commission Européenne (si, si, ça existe!) une certaine Divina Frau-Meigs (ça ne s’invente pas!) qui soutient:

Une mauvaise idée pour Divina Frau-Meigs qui prend l’exemple de la  nouvelle législation allemande mise en place au début de cette année. « Les trois premiers dérapages ne concernent pas du tout la viralité des interférences extérieures mais concernent l’intérieur.  Il s’agit d’un hebdomadaire satirique, d’une personne d’extrême droite et même le ministre de la Justice. Donc, on va se retrouver avec des situations de ces types-là et en quelque sorte, on va se ridiculiser (…) et ça peut avoir une apparence de censure » a-t-elle regretté.

Non? vous croyez vraiment? On nous mentirait sur l’utilisation de l’appareil législatif à venir? Il viserait plus les nouvelles internes que les manipulations russes dans les campagnes électorales? Sans blague.

La suite de son argumentation vaut pourtant son pesant de cacahuètes:

Divina Frau-Meigs met en garde contre « l’effet domino » que cette nouvelle législation pourrait engendrer. « La France est le pays des droits de l’Homme, si on met en place une législation de ce type-là, ça va profiter à la Russie, à d’autres pays qui ont décidé d’en finir avec la démocratie. Il faut se doter de mesures positives »

La démonstration mérite d’être étudiée. Alors que Divina explique clairement que la lutte contre les fake news a pour première cible des informations « intérieures » et tourne effectivement à la censure… sa préoccupation est que la Russie n’en profite pas pour violer la liberté de la presse.

Le schéma gravé dans le marbre de notre presse forcément libre

Selon un schéma désormais bien connu, nous sommes donc des démocraties parfaitement libres, et la liberté de la presse y est parfaitement respectée. Une législation qui autorise, par référé, à supprimer des contenus indésirables sous des prétextes compliqués n’est donc pas une menace pour la liberté de la presse… chez nous! mais chez les autres!

L’argument est évidemment imparable.

Les aveux terribles du sénateur En Marche Gattolin

Dans le même débat du Sénat, on s’amusera du commentaire donné par le sénateur macroniste Gattolin:

Je me suis battu pour que toute la dimension satirique ou parodique ne soit pas en cause. Il faut que ce soit avéré, qu’il y ait une intentionnalité et surtout qu’il y ait une utilisation massive de ces instruments

Initialement, l’intention du gouvernement était donc d’interdire aussi les contenus satiriques ou parodiques! On en apprend de belles…

Au passage, la notion « d’intentionnalité » devrait être retenue pour sélectionner ceux qui seront interdits et ceux qui ne le seront pas… Il faudra désormais prouver ses bonnes intentions vis-à-vis du gouvernement quand on le critiquera. On en reste bouche bée.

La suite des débats devrait donner l’occasion de quelques autres bonnes révélations sur les menaces désormais caractérisées qui pèsent sur la liberté de la presse en France. Tout cela, au nom de la lutte contre la censure ou la propagande en Russie, bien entendu.

4 commentaires

  1. Citoyen dit

    Le Sénat, étant souvent considéré (à juste titre), comme l’EHPAD du parlement, il n’est pas étonnant que certaines tables rondes aient un effet vomitif …

    Aaaaah …. Le ministère de l’Information ! …. ça c’était une (belle) époque, Monsieur, où l’on ne se permettait pas de raconter n’importe quoi sur les ondes, Non Mais ! …. d’où une certaine nostalgie … particulièrement chez des socialos (de tous bords) qui se sentent investis et mandatés de la mission de penser pour les autres (pour leur bien) …
    Au moins, en ce temps là, Monsieur, il n’y avait qu’une seule voix autorisée, pour diffuser LA vérité … Que tout le monde respectait !… (en même temps, ils n’avaient pas trop le choix) … D’où peut être la nostalgie, à peine masquée …
    Désormais, pour avoir le droit de s’exprimer, il faudra faire allégeance …

     » … à d’autres pays qui ont décidé d’en finir avec la démocratie » … Bigre !… Ce ne serait pas la Chine qui serait visée, avec son nouveau président à vie …

    Mais qu’en dit le Deconnex de tout ça ? …… Ah, il se propose de se faire subventionner ses services …

  2. Le plus ignoble, le plus écoeurant, le plus révoltant est que la proposition de loi soit faite par un gros porc qui a enrichi sa maitresse en détournant l’argent de la mutuelle qu’il gérait. Nouvelle fausse au point d’être assumée, considérée normale et proclamée avec l’appui de l’état comme preuve d’innocence: on fit invoquer à un juge pourri la prescription ! Degueuli et révolte, ces gens là n’ont pas d’entrailles !
    Membre fondateur d’en marche, le gros cochon ne s’estima pas innocent au point de rester ministre et fait la père avec l’autre porteur de Macron, le pau de pus qui se rinça dix ans avec l’argent de l’europe pour se finir avec une loi de moralisation.
    La morale ? la chose qui vous pend au cul, c’est ça ?

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