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Air France, SNCF: les entreprises publiques sont-elles capables de négocier avec leurs partenaires sociaux?

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Les entreprises publiques et leurs héritières (Air France ayant un statut d’entreprise privée avec un actionnaire de référence: l’Etat) sont-elles capables de pratiquer le dialogue social au sens où l’entendent les entreprises privées classiques? Le cas des conflits à la SNCF et à Air France permettent d’en douter.

Après l’échec de son referendum sur ses propositions salariales, Jean-Marc Janaillac, président d’Air France, a décidé de démissionner. Il amplifie ainsi une crise qui dure depuis plusieurs semaines avec les salariés. Chacun se fera son idée sur qui a tort et qui a raison dans ce dossier. Une chose est sûre: la négociation qu’il a endossée avec les organisations syndicales pose, sur la forme, autant de questions que celle que l’Etat a menée et mène encore à la SNCF.

Air France et ses hauts fonctionnaires

Avec un peu de malice, on remarquera tout de même que Jean-Marc Janaillac est un ancien de la promotion Voltaire, à l’ENA – celle qui a tant marqué la vie politique française. Son directeur des ressources humaines, Gilles Gateau, était conseiller social de Manuel Valls à Matignon. Ces deux points soulignent la particularité d’Air France et les syndicats, cités à l’époque par Le Monde, s’en étaient émus:

nous ne sommes pas sortis des travers de l’entreprise : Air France n’est toujours pas une société comme les autres

On ne pourra les démentir sur ce point: ce n’est pas parce qu’Air France est devenue une société privée que l’Etat ne cherche plus à la contrôler coûte-que-coûte. Cette absence de lâcher prise (sort auquel la SNCF est promis après sa transformation en entreprise publique prévue par le gouvernement) montre aujourd’hui toutes ses limites.

Les hauts fonctionnaires face aux syndicats majoritaires

Dans la pratique, l’état-major d’Air France a actionné d’étranges leviers pour négocier son accord au sein de l’entreprise. Pour mémoire, la représentation syndicale y est fortement dispersée entre la CGC (devenue le premier syndicat de l’entreprise), FO, l’UNSA, la CGT et la CFDT. En revanche, chez les pilotes de lignes, le SNPL représente les 2/3 des 4.000 salariés qui occupent les cabines de bord.

Face à cette arithmétique implacable, toute négociation à Air France est contrainte de fortement rassembler les syndicats dont aucun ne se dégage clairement, sauf pour les pilotes où le SNPL est incontournable. On peut évidemment le regretter et rêver d’une situation plus acceptable. Mais la réalité est têtue: la direction d’Air France est obligée de passer par le SNPL.

On retrouve, au demeurant, le même phénomène à la SNCF, où toute stratégie de contournement de la CGT constitue une forte prise de risque dès lors qu’il s’agit de réformer l’entreprise. Un syndicat dominant constitue, quoiqu’il arrive, une épine dans le pied patronal. Vouloir l’ignorer peut se révéler douloureux.

A la SNCF comme à Air France, au-delà des effets de manche, le gouvernement en fait l’expérience, et c’est pénible.

L’étrange méthode de négociation de la direction d’Air France

Depuis le début, on s’étonnera quand même du peu de ménagement dont la direction d’Air France semble avoir fait preuve vis-à-vis des pilotes de ligne. On peut bien entendu reprocher à cette catégorie de salariés socialement privilégiée de se comporter à la manière des diva. Il n’en reste pas moins que, lorsqu’on est obligé de passer par un syndicat représentatif, il faut savoir mettre de l’eau dans son vin. Manifestement, ce n’est pas la première des facultés de la direction d’Air France.

Par exemple, le SNPL reproche au président et au directeur général de l’entreprise de n’avoir jamais participé, même symboliquement, à l’une des séances de négociation salariale. On lira dans la presse la réaction de Gilles Gateau, le DRH, à cette demande:

Dans une entreprise, c’est le DRH qui négocie. C’est partout comme ça.

Manifestement, la direction de l’entreprise imagine qu’elle dirige une entité comme les autres. Or, Air France, ne serait-ce qu’au vu du profil de ses dirigeants, est une entreprise à part.  Dans ce contexte, le SNPL lance (dans un tract du 11 avril 2008) de lourdes accusations contre la direction:

Dans son courriel du 10 avril adressé à tous les pilotes, Franck Terner dit nous « tendre la main » à travers une proposition de négociation pluriannuelle sur les salaires. Pour notre part, nous avons appris l’existence et les détails de cette proposition par la voix de journalistes qui nous ont appelés pour connaître notre réaction face à cette proposition ! Nous apprenions un peu plus tard qu’une conférence de presse avait même été organisée pour présenter ladite proposition aux médias. Cela illustre la pauvreté du dialogue social qui prévaut aujourd’hui à Air France.

On retrouve ici la même technique qu’à la SNCF: la manie de réserver des annonces à la presse pour faire pression sur les syndicats.

Les entreprises publiques et leur stratégie sociale dangereuse

Dans une entreprise ordinaire, les négociations entre patronat et syndicats ne se passent pas par l’intermédiaire de la presse. Tôt ou tard, la direction y rencontre les représentants élus des salariés et discute avec eux pour trouver un accord.

Manifestement cette méthode de négociation est trop simple pour les brillants cerveaux qui dirigent les entreprises publiques. Ceux-ci préfèrent se lancer dans des billards à quinze bandes dont l’issue laisse dubitatif.

Dans le cas d’Air France, la direction ne semble guère avoir exprimé auprès du SNPL son intention de négocier clairement avec lui. Au contraire, le SNPL a compris que la direction cherchait à le contourner et à le discréditer.

Puis, le président Janaillac s’est cabré en convoquant un referendum informel alors que la CGC et la CFDT étaient prêts à signer un accord moins favorable… Là encore, le bon sens de la direction laisse perplexe: comment peut-on espérer être soutenu par le personnel, quand on désavoue officiellement les syndicats les plus modérés de l’entreprise? Sauf à ne pas comprendre à quoi sert un syndicat, l’attitude du président est suicidaire.

Dans tous les cas, il ne pouvait guère attendre un soutien de la CGC et de la CFDT qui étaient prêts à signer un accord à 5% d’augmentation, dès lors qu’il les court-circuitait et les cornérisait pour proposer 7% par voie référendaire. Reste ce sentiment diffus que Janaillac a voulu jouer aux Machiavel, et que les syndicats lui ont mis une bonne raclée.

Un dialogue franc et massif eut été préférable, plutôt que ces interminables finasseries de biais.

On peut être un patron sans concession mais savoir négocier

Comme à la SNCF, tout se passe comme si l’élite technocratique à la tête des entreprises publiques gâchait toute possibilité d’évolution collective faute de savoir négocier avec le petit personnel. Comme si jouer le jeu de la négociation avec les syndicats exposait à un ridicule indigne des codes aristocratiques.

A la SNCF, l’attitude d’Elisabeth Borne a conduit les syndicats à demander une négociation directe avec Matignon. Chez Air France, les maladresses de la direction ont conduit au résultat qu’on connaît. Pendant ce temps, les comptes des entreprises se dégradent et l’économie du pays souffre.

Une autre voie serait possible. Si, au lieu de jouer aux Machiavel de bas étage, les dirigeants publics pariaient sur une négociation sans concession, mais saine et franche, ils obtiendraient probablement beaucoup plus de résultats et pourraient mener des stratégies beaucoup plus ambitieuses. Mais cela supposerait que tous ceux qui donnent des leçons de démocratie sociale, de dialogue social et autres balivernes, aux entreprises privées ordinaires appliquent leurs grands principes lorsqu’ils sont en position de le faire. Cette exemplarité-là n’est malheureusement pas le fort de notre haute fonction publique.

18 commentaires

  1. L’exemple leur avait été donné d’en haut: Macron, fort du libéralisme du nouveau monde exigé massivement par les français l’année dernière peut tout se permettre, pourquoi pas eux?
    Car il y a très certainement cette forfanterie là chez nos hauts cadres, et aussi un certain sens de l’imitation, directement sous l’oeil de la petite bande de singes hurleurs qui se masturbent frénétiquement nuit après nuit dans les couloirs de l’élysée: le résultats sont là, et Moscovici les félicite !

  2. Sémaphore dit

    Les pilotes du SNPL pensent qu’ils sont absolument incontournables pour faire voler les avions…
    D’où des comportements de divas, surpayés pour moins d’heures de vol qu’ailleurs.
    Mais cela ne marche que s’il y a une compagnie pour faire voler des avions car ils n’en sont pas propriétaires…

    • Jiff dit

      Pas tout à fait, car il semble bien que, dans le cas présent, le niveau des salaires soit dû à des heures supplémentaires – en n’oubliant pas non-plus que l’on parle de pilotes chevronnés, donc assez proches de la retraite, donc en haut de l’échelle des salaires.

      Par ailleurs, voler au rabais est quelque chose de très dangereux, d’abord parce que les pilotes ont la plupart du temps 300 personnes derrière eux, ensuite parce que les formations sont horriblement chères et que vouloir y faire des économies, tout comme vouloir les faire plus tard, c’est mettre ces 300 personnes en danger (personnes dont vous faites partie…)

      Quand il-y-a une merde, c’est le pilote qui compte, donc sa formation, qu’elle soit de base ou continue, son calme et son aptitude à réagir comme il le faut sous-pression, pas les automatismes, et je doute fort que vous acceptiez de monter un jour dans un avion dont le pilote serait remplacé par une AI, même (et surtout ?) si l’on vous rebat les oreilles en vous serinant que l’ingénierie peut tout faire aussi bien que l’humain.

      Il est également remarquable que lorsqu’il s’en tire, à de rares exceptions près, on essaye à tous les coups de lui coller une responsabilité sur le dos (cf le crash d’Habsheim, aux circonstances… pas vraiment nettes) afin de ménager le constructeur.

      D’ailleurs à cette heure et d’après ce que je sais, le niveau général est justement en train d’être relevé partout, notamment parce que les voix des aiguilleurs, qui en voyaient de drôles passer, ont été entendues.

      Également, croire que l’on peut indéfiniment tirer les coûts vers le bas en faisant des économies dans tous les sens est une illusion, on l’a vu avec différents accidents de bus ou avec l’histoire du Concordia, et là, nous sommes en 3D.

      De plus, ce genre de réflexion confine à la petite mesquinerie bien franco-franchouillarde qui consiste à systématiquement jalouser son voisin dès que l’on sait qu’il gagne plus… or, à part le cas particulier des poliotiques, il-y-a _toujours_ une raison pour laquelle des gens sont payés plus, et en général, elle a sa raison d’être.

      Après, qu’il y ait ou non débordement, dans un pays normal, ça serait le marché qui trancherait, mais ici, tout reste possible. Et n’oublions pas que ce qui a réellement mis le feu aux poudres, c’est qu’ « on » a immédiatement répondu aux personnels que non, ça n’était pas possible de les augmenter, alors qu’ « on » venait de s’augmenter, et plus que substantiellement…

    • Jiff dit

      Tiens, le hasard fait bien les choses (enfin, si tant est qu’il existe réellement, ce qui est une toute autre discussion), parce que lors d’une prise d’infos chez les kiwis, un enchaînement de liens m’a mené à ça : https://www.stuff.co.nz/travel/travel-troubles/70636726/Allegiant-Air-flight-runs-low-on-fuel-over-closed-airport-makes-emergency-landing – même si ça n’est pas tout jeune (2015-08), c’est typique de ce que j’évoquais.

      Évidemment, il n’y a pas que le pilote en cause (quoique, la non-connaissance de la fermeture étant une faute grave), puisque les pressions habituelles exercées par la Cie sont également responsables de la presque panne sèche¹, au mépris du réglement fédéral ; c’est typiquement ce qui arrive quand certains pilotes sont obligés de choisir entre subir ces pressions ou ne plus voler par représailles, et ce genre de cas est devenu _légion_ depuis…

      En dehors de la tradition, c’est la raison principale pour laquelle le pacha est seul maître à bord après Dieu, mais malheureusement, dans certains pays, les compagnies la font à l’envers aux pilotes (tu fais ce qu’on te dis, ou tu ne volera plus) et l’ajustice ne réagit pas.

      Réfléchissez bien, parce qu’en persistant dans la voie dans laquelle vous vous êtes engagé, c’est ça qui deviendra la norme qui vous attendra au bout du chemin…

      Perso, je n’en ai pas du tout envie, et tout comme je fais toujours des courses dans les petits commerces en espérant contribuer à leur survie, je ne mets jamais les pieds dans une Cie 100% low-cost qui ne soit pas la filiale d’une grande Cie.

      ——
      ¹ – Mais PAS vis-à-vis du NTSB, qui mettra tout sur le dos du pilote de toute façon.

  3. london dit

    Excellent papier qui pose de vraies questions. Et les problèmes d’Air France restent et resteront entiers tant que le système qui prévaut dans ce pays sera maintenu. Même si les négociations avaient été menées de manière réaliste, objective et constructive par toutes les parties concernées la compagnie resterait en état de quasi mort clinique.
    Sortir la tête de l’eau c’est mission impossible car les mesures prises seront « trop peu et trop tard » versus la concurrence qui elle n’est pas obligée de passer la moitié de son temps à négocier avec l’État actionnaire irresponsable, les salariés, les syndicats, les pouvoirs publics des plans sociaux ou des plans de réorganisation des activités.
    Les concurrents, depuis des années travaillent : définition d’une stratégie claire, plan de réalisation et surtout concentration de toute leur énergie sur l’exécution de ces plans. Pendant ce temps Air France négocie…. Et c’est sans compter avec les conséquences calamiteuses et mortifères sur les parts de marché de la compagnie que va engendrer la crise actuelle.

  4. Jiff dit

    Ceci met le doigt sur LE défaut majeur des hauts-poncks, cet hubris qui leur fait accroire qu’ils sont au-dessus du commun des mortels (vous-avez dit piédestal ?) – à rapprocher de ce lieutenant sans expérience qui s’est permis d’ordonner à ses hommes d’aller crapahuter sur une route non-déminée au préalable alors que c’était la procédure – et comme d’habitude, ses légionnaires ont servit de chair à canon.

    C’est le problème principal de l’inculture hors-sol doublée par une idéologie sans racines, au départ, ça bug, à l’arrivée, ça tue – et dans le cas présent, ça finira par tuer ces entreprises – mais ça sera une bonne chose, puisque les nanards n’ont pas vocation à perdurer dans un marché normal…

  5. Citoyen dit

    Le problème récurent avec ces entreprises publiques, ou ex-publiques, à la française, tient à ce que ce ne sont pas des entreprises, mais des administrations de par leur fonctionnement … Quand l’entreprise a été sous le giron de l’état à un moment de son existence, s’est constitué en interne une structure avec des méthodes collectivistes d’administrations, dont il est impossible de se défaire. Sauf à ce que l’entreprise s’effondre, pour faire le ménage, et renaisse sous une autre forme, en s’étant débarrassée de de son modèle d’administration …

  6. totor dit

    NEGOCIER C’EST IDIOT !
    La bonne politique c’est d’AGIR AVEC le personnel, en préservant ses intérêts et ceux de l’entreprise …..
    Mais nos entreprises dirigées par des surdoués(?), perchés sur leur trone ne connaissent que la REFORME, décidée en petit comité et IMPOSEE après une négociation ou le personnel est contraint au silence ! ! ! ! !
    On s’étonne que cela aille mal dans le pays …… ? ? ?

    • Jiff dit

      « La bonne politique c’est d’AGIR AVEC le personnel, »

      Comment !?! Avoir des contacts prolongés avec ceux qui ne sont rien ?! Gardes, saisissez ce gueux !!

  7. 88négos882 dit

    Le gouvernement antisocial et irresponsable de Macron campe sur ses positions et refuse toute véritable négociation avec les syndicats.La société « Air France » connaît un long et dur conflit qui révèle la faillite de sa direction,gouvernement en tête.Il y a quelques années on s’en souvient le fait d’arracher la chemise d’un DRH était déjà assimilé à un acte criminel.En réalité s’opposer à un gouvernement qui piétine les intérêts des salariés est criminalisé.En maintenant une position inflexible,inhumaine,arrogante et infantilisante le gouvernement s’expose à une condamnation de plus en plus large des travailleurs,de l’opinion.Bientôt on pourra chanter « tout le monde déteste le gouvernement ! ».L’arrogance n’est plus de mise, le gouvernement doit commencer à écouter les travailleurs & les Français !!A moins qu’un blocage/débrayage général soit nécessaire pour qu’enfin de vraies négociations aient lieu à Air-France,dans l’enseignement supérieur,les hôpitaux,à la SNCF,dans les services de collecte des ordures,à EDF,à la Poste….etc ??Le gouvernement est sur le reculoir.Nous pesons plus lourd qu’on ne le croit et nous pouvons GAGNER !

  8. Stephane dit

    Non, mais la faute à toutes ces grandes écoles qui forment les élites. quand pendant des années de cursus on entend se dire:  » vous êtes la crème, les plus beaux les plus forts » forcément on obtient des cranes d’ oeufs. Sauf votre respect….:)

    • Jiff dit

      « quand pendant des années de cursus on entend se dire: » vous êtes la crème, les plus beaux les plus forts » forcément on obtient des cranes d’ oeufs. »

      Si ça n’était que ça, ça serait toujours rattrapable après deux ou trois bonnes baffes dans le museau – le problème est comme la vérité, ailleurs, notamment dans le formatage unique qui est pratiqué en ces lieux, et le fait que, tel la façon de faire du scientisme, si vous sortez du rang, on vous fait bien comprendre que ça ne se fait pas et qu’il vaut mieux ne jamais recommencer – le tout ayant pour résultat une production neutre, sans relief et surtout sans aucune fantaisie, donc, sans idées personnelles susceptible de déroger aux enseignements magistraux (voire pire: les faire exploser.)

      Tout ce petit monde ayant été moulé dans un cursus où l’imagination est l’ennemie n°1 ne peut donc plus réagir, mais seulement ressasser les mêmes tropismes à l’infini – même l’inventeur de l’éna (Lovitch;-p) a fini par reconnaître, mais un peu tard, que c’était une grosse connerie – c’était également la genèse du: « ça n’a pas marché ? C’est parce qu’il en faut PLUS ! », mais ça ne se voyait pas encore…

  9. Citoyen dit

    « On peut être un patron sans concession mais savoir négocier » …
    Faut-il qu’il y ait encore quelque chose à négocier … ce qui n’est pas évident …
    Ces « entreprises » (qui n’en ont que l’apparence) ne tiennent debout que sous perfusion de l’argent des contribuables …
    Débrancher la perfusion, revient à rendre service à tout le monde …

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