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Zidane est-il le meilleur gourou de la post-modernité?

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Difficile d’échapper aujourd’hui à l’annonce par Zidane de son départ du Real de Madrid. L’engouement pour cette information dépasse largement le simple cadre du sport et interroge sur le pouvoir du silence et de l’énigme dans la société contemporaine. Zidane se livre peu… et cette capacité au silence lui donne un immense pouvoir de communication! Une leçon que les politiques, qui attendent le retour de l’histoire tragique, devraient méditer longuement.

Le sphinx Zidane a pris tout le monde à contre-pied, hier, en annonçant son départ du Real de Madrid, après de nombreux trophées décrochés en un temps record. L’icône de l’équipe de France qui avait remporté le Mondial en 1998 a encore frappé! Impossible d’échapper à cette information somme toute annexe à un moment où Trump fait voler le libre-échange et le Traité de l’Atlantique Nord en éclats, et à un moment où l’Europe plie le genou sous l’effet des différentes forces centrifuges qui la secouent. Qu’importe! L’information footballistique était plus importante…

Le charisme mythique de Zidane, essentiellement fondé sur le silence, n’y est pas pour rien…

Zidane, ou la communication par le silence

Jamais sans doute une vedette hyper-médiatisée n’avait autant pratiqué le silence comme instrument de communication. Zidane n’est pas seulement discret dans ses apparitions… il est aussi peu loquace lorsqu’il apparaît, et cette espèce de recours au silence pour dire les choses participe fortement du mythe qui l’entoure. Face à des micros, Zidane ne dit pratiquement rien. En tout cas, il est extrêmement avare de mots.

Loin de le disqualifier, cette faible appétence pour l’art oratoire a beaucoup porté sa popularité. D’une certaine façon, Zidane est beaucoup plus écouté parce qu’il ne dit rien, et ses silences font beaucoup plus sens que ses paroles ne pourraient le faire s’il se décidait à parler.

Au fond, Zidane ne parle vraiment que lorsqu’il a quelque chose à dire. C’est un puissant signe distinctif dans une époque où la parole est maintenue en éveil constant, comme s’il était impérieux de parler sans arrêt, de « communiquer », même quand on a absolument rien à ajouter au cours des choses.

En ce sens, Zidane est bien l’opposé de ce qui est présenté comme notre époque. Face à l’injonction de « communiquer », de marquer de l’empathie, de la bienveillance, face au devoir de s’exprimer, Zidane pratique la règle inverse: il se sent obligé de ne rien dire, ou d’en dire très peu. C’est pour ça qu’il est si populaire.

Zidane exprime-t-il le désir le plus obscène de notre époque?

Que le silence soit devenu une valeur irremplaçable dans notre monde (et si prisée parce que si rare) dans notre société n’est pas surprenant. Depuis quelques décennies, une sorte de dictature de la parole s’est installée, où nous sommes mis en demeure de couvrir le vacarme d’une société marchande par d’interminables explications sur le sens des choses.

N’en déplaise à mes amis de BFM, mais ils en sont un peu la meilleure illustration en France… On est obligé d’informer non seulement en temps réel, mais aussi en temps irréel, c’est-à-dire en permanence et sans discontinuer, même quand aucune infirmation ne se justifie. Il faut occuper le crachoir à longueur de journée, et maintenir nos cerveaux dans un état qui oscille entre l’urgence sans fin face à des choses parfois infimes et une forme d’hypnose moderne face au monde, où tout ce qui s’y passe est reformaté pour entrer dans les mêmes cases, quelle que soit leur importance.

Encore est-il injuste de limiter à l’information le champ de la parole incontinente. Progressivement, l’ensemble de la société occidentale a banni le silence, et tout spécialement le silence de la solitude. Il n’est plus d’espace où il soit sanctuarisé: partout, il faut du bruit, de la musique, du « son », comme on dit. Le son est devenu tyrannique, jusqu’à nous assourdir.

Quel bonheur, lorsque nous croisons un Zidane! Il nous ramène d’un coup à ce que nous désirons peut-être le plus instinctivement, mais que nous avons oublié, ou que nous n’osons demander par crainte d’être obscène: le silence. Zidane est un anti-héros de la modernité.

Et si le silence était la loi profonde de notre temps?

Pourquoi notre époque adore le bruit, le son, la logorrhée, nous le savons tous. Cette aspiration est tout sauf innocente ou incidente. Les esprits les plus brillants de notre époque ont grandi dans un univers frappé du sceau de l’histoire et du progrès. Dans leur cerveau, l’histoire avait un sens qu’il fallait expliquer à l’infini, celui d’un combat du bien contre le mal (du capitalisme contre le communisme, de la liberté contre le totalitarisme, de l’aliénation ouvrière contre toutes les dominations, etc.)

Depuis la fin du communisme et l’instauration d’un monde monopolaire dominé par le consumérisme américain, cette conviction a volé en éclat. De nos jours, tout s’impose, sauf la certitude que le monde ait un sens. Et au fond, tout laisse à penser qu’il n’en a probablement pas. De l’urgence de parler, nous sommes passés au bon sens de se taire.

Sauf ceux qui, bien entendu, sont encore animés de la nostalgie tendre pour l’ancien monde. Celui où il fallait expliquer les choses pour en orienter le cours.

En ce sens, Zidane est probablement le premier gourou de la post-modernité ou, en tout cas, le meilleur d’entre eux. Il ne se sent plus obligé d’expliquer quoique ce soit. Son discours, ce sont ses actes et sa volonté.

Faire part aux autres de sa volonté (en l’espèce quitter le Real de Madrid) est une explication suffisante. Elle se passe de tout autre commentaire. Tout simplement parce qu’elle n’a pas de sens collectif. Elle ne nous renseigne pas sur l’histoire du football. Elle nous renseigne simplement sur la puissance d’un homme qui ne perd pas son temps en explications superfétatoires.

À comparer avec un discours d’Emmanuel Macron.

9 commentaires

  1. Citoyen dit

    « Difficile d’échapper aujourd’hui à l’annonce par Zidane de son départ … »
    Ben, ça dépend pour qui …. Moi, j’y avais échappé … Le « panem et circenses » n’étant pas ma tasse de thé, il faudrait me payer pour que j’y consacre du temps …
    Donc, si Zidane ne dit rien … ça tombe bien … je n’attendais pas d’infos de ce côté … et en plus, s’il ne dit rien, c’est peut être qu’il n’a rien à dire … là aussi, ça tombe bien, qu’il fasse cette économie … aussi bien pour lui que pour les autres …

    « Elle nous renseigne simplement sur la puissance d’un homme qui ne perd pas son temps en explications superfétatoires.
    À comparer avec un discours d’Emmanuel Macron. »
    Oh ! que c’est pas bien …. Oh ! que c’est méchant …… Pas joli, joli, tant de méchanceté gratuite …
    Alors comme ça, le micron causerait pour ne rien dire ?… Juste pour combler le vide de l’existence de ceux qui l’écoutent ?…
    J’en imagine un paquet, que ces propos vont révulser … Et finalement, ce n’est pas pour déplaire …

  2. Stephane dit

    C’ était un immense joueur de football, très élégant à regarder et d’ une intelligence rare, dans le jeu et dans l’ art de mener les autres, sans compromis. Il a perpétré ceci en qualité d’ un entraineur hors pair. Lui m’ a vraiment fait aimé le football, la coupe du Monde 2006 reste à mes yeux la meilleure performance de l’ équipe de France de tous les temps. Depuis j’ ai décroché….
    A comparé avec Macron, il n’ est pas autant instruit, mais il est bien plus intelligent.

  3. Bob dit

    Il est bon de rappeler que Zidane est aussi celui qui a fait perdre la France en 2006 ! Un coup de tête calculé, désappointant sûrement, appointé probablement. L’équipe Zidane avec sa famille ne parlent pas mais comptent…….En vieillissant, les jambes devenant lourdes, on se tourne vers des gâteries plus faciles. Il y aurait de la politique là-dessous, qui s’en étonnerait ? En politique, même si tu perds sur le terrain, tu gagnes à la banque. Zidane peut-être un cheval de Troie pour la réélection de Macron.Il représente un électorat important. Je remarque que si ce blog ne veut plus faire de politique, on est mal barré !A quand la réponse de Pierre pour mettre les horloges à l’heure ?

    • Julien Palacio dit

      Jamais la France ne serait arrivée en finale en 2006 si Zidane n’avait pas été là , des éliminatoires à la phase finale.
      Affirmer comme vous le dites qu’il aurait fait perdre la France en finale est tout bonnement stupide

  4. Citoyen dit

    Ha, Ha, totalement hors sujet, pour s’éloigner un peu de Zidane, mais il y a du boulot Taulier ! ….. En effet le Kohler du micron se fait rattraper par la patrouille (ou ma matrouille, je sais plus …) … ça sent le roussi …
    Il y a un nouvel article à pondre, en ressortant les articles archivés …

    • Jiff dit

      Ah ben, vimènan, parce que ça, c’est de la poliotique, et le taulier a promis-juré qu’on ne l’y prendrait plus ! (turlututu, chapeau pointu – m’est avis que ça ne va pas être facile, surtout dans ce pays…;-p)

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