Accueil » Comment le gouvernement cornérise peu à peu les partenaires sociaux

Comment le gouvernement cornérise peu à peu les partenaires sociaux

Cet article a été lu 1987 fois

Le
gouvernement (en l’espèce Édouard Philippe) reçoit les partenaires
sociaux pour leur présenter les réformes de l’assurance chômage et de la
santé au travail. Cette méthode de rencontres bilatérales, chères au
gouvernement, permet de « cornériser » progressivement les organisations
syndicales, en les tenant informées des mesures projetées sans nouer de
véritable dialogue avec elle. Elle participe de la cornérisation
progressive des corps intermédiaires à laquelle Emmanuel Macron se
livre.

Édouard
Philippe a entamé ses rencontres bilatérales avec les organisations
syndicales pour leur exposer ses intentions en matière de réforme de
l’assurance chômage et de santé au travail. C’est la redite du round qui
avait été mené l’an dernier sur les ordonnances réformant le Code du
travail. On notera cette étrange façon de consulter, qui consiste à ne
pas réunir ensemble les partenaires sociaux, et à les maintenir dans un
isolement scrupuleux les uns par rapport aux autres. Ce sens du dialogue
à deux répété près d’une dizaine de fois ne manque pas d’étonner.

Quand la CGT dit que le roi est nu

La stratégie syndicale de
Philippe Martinez, à la tête de la CGT, déroute souvent. Mais on peut
lui reconnaître le mérite, à l’issue de son entrevue avec Édouard
Philippe, d’avoir dit tout haut ce que tout le monde peut légitimement penser tout bas:  

« On nous convoque pour nous expliquer ce qu’on va faire cette année […] de toute façon, on fera ce qu’on voudra  ». 

Il
faut bien reconnaître que le propos n’est pas faux. Le très urbain
Édouard Philippe n’est à coup sûr pas l’homme du dialogue social. Il
suffisait de lire son interview extrêmement sèche dans le Journal du
Dimanche pour le mesurer. L’homme a tout du haut fonctionnaire: il prend
la parole pour annoncer la suite des événements, pas pour les discuter
avec le petit peuple.  

Une méthode qui peut se comprendre

S’agissant
de dispositifs qui devraient remettre en cause des forteresses
paritaires, la méthode en elle-même ne paraît pas complètement farfelue.
Que peut espérer ce Premier Ministre de la part d’organisations à qui
il annonce une réduction de pouvoir tous azimuts? Pas grand-chose, sinon
de la contestation et de l’opposition.  

Simplement, il serait
probablement plus simple d’expliquer qu’on n’a pas de temps à perdre en
vaines concertations, plutôt que de jouer cette comédie où des
dirigeants sont reçus à la va-vite pour s’entendre dire des choses
qu’ils ont lues dans la presse, pour l’essentiel. Mieux assumer ce que
l’on fait produirait sans doute moins d’agacement chez les partenaires
sociaux.  

Les partenaires sociaux progressivement mis sur le banc de touche

Officiellement,
on ne veut froisser personne et on consulte mieux que l’an dernier.
Dans la pratique, comme le dit Martinez, rien ne change. S’il y a eu des
consultations, elles se sont faites avant, ou ailleurs, et certainement
pas de façon multilatérale. L’opacité a entouré cette phase préalable,
et personne ne peut probablement retracer dans sa totalité la
préparation des décisions publiques dans le champ social aujourd’hui. 

Se
dégage de ce fonctionnement un sentiment de malaise dû à l’extrême
centralisation des décisions qui se prennent. Personne ne sait
exactement comment fonctionne la machine qui produit des textes.
Personne ne sait qui est consulté sur quoi. Cette opacité poussée à
l’extrême est dangereuse pour le gouvernement, car elle l’expose
directement et elle désaisit l’ensemble des acteurs de toute forme de
responsabilité dans la conduite des opérations.  

Ces derniers
mois ont montré que l’hyper-personnalisation du pouvoir pouvait produire
des effets boomerang assez cruels. L’exécutif gagnerait à mieux mesurer
les risques qu’il prend. C’est particulièrement vrai dans un horizon où
il s’apprête à décharger les partenaires sociaux de l’un de leurs
trésors de guerre les plus sensibles et les plus symboliques:
l’assurance chômage (suivie, probablement de la médecine du travail).
Facialement, les partenaires resteront gestionnaires des systèmes, mais,
dans la pratique, ils ne seront plus là que pour amuser une galerie
parfaitement informée de cette imposture.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *