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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Macron

Pour qui Macron est-il la dernière sortie avant la tempête?

Macron fait campagne et engrange les soutiens. Mais qui sont-ils, tous ces gens qui misent sur ce jeune homme sans mandat électif? et pourquoi le soutiennent-ils? Qu’il nous soit permis, ici, de rédiger un billet « d’insider » sur ce qui se dit dans les couloirs fleuris par les partisans de Macron, sur cette candidature de derrière les fagots.

Macron, une candidature très élitiste

Comme l’a montré le Sommet des réformistes européens, Macron est d’abord un candidat soutenu par une certaine élite française. Entre Gérard Collomb et son réseau très social-libéral, l’institut Montaigne fondé par Bébéar et piloté aujourd’hui par Henri de Castries (de la Voltaire, comme Hollande), et les Gracques, qui rassemblent un bon nombre de rocardiens aux ambitions souvent frustrées (par François Hollande lui-même, d’ailleurs), Macron n’a rien d’un candidat spontané. Il est soutenu par de puissants réseaux qui comptent faire ce qu’il faut pour lui assurer la visibilité et les soutiens nécessaires à une candidature présidentielle.

Macron, l’espoir des réformistes

Le ciment global de ces soutiens dont on voit bien qu’ils émanent autant de la droite que de la gauche, pourvu qu’ils émanent de l’élite, tient à un seul mot: la réforme. Une grande partie de la technostructure française considère que l’absence de réforme depuis plusieurs décennies, et que nos partenaires européens nous reprochent, met le pays et son destin en danger.

Ils considèrent tous que Macron constitue un bon joker pour gérer la chienlit et éviter une implosion de la société française qui conduirait à jeter le bébé des lourdeurs héritées du passé avec l’eau d’un bain dans lequel ils jugent vital de continuer à se baigner, comme la construction communautaire par exemple.

Macron a la chance de tomber là où il tombe

Macron eut-il été leur premier choix si une offre politique différente se présentait? incontestablement, le jeune homme a un pouvoir de séduction et un charisme qui les étreint, mais il est probable qu’un certain nombre de soutiens de Macron eussent préféré spontanément misé sur des personnalités plus expérimentées.

François Fillon fait partie de deux-là. L’homme présente un programme qui peut séduire la technostructure et le gouvernement profond dont elle garantit les intérêts. L’inconvénient de Fillon est d’être très marqué à droite, et surtout d’avoir peu de chances de remporter la primaire des Républicains.

À gauche, Valls aurait pu jouer ce rôle. Mais sa fidélité envers François Hollande, en partie dictée par la conviction qu’une candidature hors parti n’a aucune chance d’aboutir, l’a empêché de réaliser cette alchimie.

Macron, représentant du gouvernement profond

Une fois désigné comme le jockey de l’élite dans une course très hasardeuse, Macron doit donc endosser les dossards qu’on lui apporte sur un plateau. Les axes idéologiques de ce programme sont évidents.

Premièrement, il doit porter un discours sur l’Europe, garante de la paix, de la liberté, de la prospérité. Il n’est pas impossible que Macron soit profondément et sincèrement convaincu de ces sornettes dont la principale conséquence connue depuis 30 ans s’appelle la désindustrialisation du pays. En tout cas, la ligne qu’il doit incarner est celle d’un sauvetage in extremis du Titanic européen, avec des éléments de langage simple: c’est vrai que l’Europe s’est pris les pieds dans le tapis ces dernières années, mais c’est quand même un truc cool qu’on devrait garder, hein les amis?

Deuxièmement, Macron catalyse tous les espoirs de réforme dont la technostructure est convaincue d’avoir besoin pour préserver son rôle dominant dans la société de demain. Il s’agit ici d’abattre plein de pans du corporatisme traditionnel (notamment les fameuses rigidités du marché du travail) sans toucher à l’essentiel, en particulier sans toucher aux mécanismes actuels de reproduction des élites et aux intérêts des grandes entreprises avec lesquelles elles vivent en parfaite connivence.

Au fond, Macron est un architecte d’intérieur: il a pour mission de changer l’aspect des pièces, d’abattre quelques cloisons, mais de ne pas toucher aux murs porteurs.

La grande peur de l’implosion finale

La stratégie de soutien transpartisane à Macron s’explique par un fait générateur dominant: la grande peur qui s’empare des élites françaises face à la béance du volcan dont elle a conscience de se rapprocher chaque jour un peu plus. Le fond de l’analyse est ici assez simple.

Premier point: les élites sont contestées et la stigmatisation des « populismes » et de la « démagogie » ne suffit plus à tenir la société. L’hypothèse d’une rupture par la voie démocratique, notamment avec une victoire du Front National aux élections (complète ou simplement partielle), voire l’hypothèse d’une implosion brutale, est de plus en plus prise au sérieux et même crainte. Il faut donc un sauveur.

Deuxième point: cette hypothèse est d’autant plus crédible que la France n’a pratiqué aucune des réformes nécessaires pour sa modernisation. Le résultat est évident: elle se situe sur un sentier de croissance très bas, avec un chômage élevé, là où ses voisins ont amélioré leur performance macro-économique.

Troisième point: malgré un assouplissement monétaire massif avec des taux bas qui épuisent le rendement du capital, les fondamentaux économiques ne repartent pas durablement. Une explosion systémique rend de plus en plus urgente une réaction forte.

Un Orléans en attendant un Bonaparte

Face à ces périls imminents, la technostructure cherche un libéral contrôlable et docile pour sauver les meubles en nourrissant l’illusion d’une refonte du système. C’est la carte du Philippe Egalité de 1789, de l’orléanisme bon teint, que la France expérimente tous les cinquante ans.

A-t-elle une chance de réussir?

Nous verrons bien, mais je parie plus, à titre personnel, sur un échec faute d’accepter de toucher aux fondamentaux d’un système dégénéré, et sur l’émergence future d’un Bonaparte qui pratiquera les vraies réformes…

négociation collective

Négociation collective: la fable des accords d’entreprise

Le bilan de la négociation collective pour 2015 (publié avec deux mois de retard par rapport aux autres années) donne l’occasion d’un rappel simple. Tout le débat socio-économique est dominé depuis plusieurs mois par les vertus prêtées aux accords d’entreprise. Le bilan dressé par le ministère du Travail permet de replacer cette thématique très à la mode dans ses justes proportions.

36.000 accords d’entreprise en France

Selon le ministère du Travail (et personne ne doute de ces chiffres), les entreprises ont signé 36.600 accords en 2015, contre 36.500 l’année précédente. Le chiffre est répété partout comme un mantra, comme s’il devait impressionner le lecteur, et comme s’il constituait une sorte d’aboutissement, ou de triomphe pour la fameuse « démocratie sociale ».

Ce chiffre brut appelle toutefois une première remarque: la France compte 3,4 millions d’entreprises. En admettant l’hypothèse (fausse) que les 36.600 accords de 2015 soient le fait de 36.600 entreprises différentes (évaluation injuste, puisque beaucoup d’entreprises signent plusieurs accords la même année), il reste encore 3.363.400 entreprises qui n’ont pas signé d’accords. En l’état, environ 1% des entreprises négocie des accords… Ce qui peut être présenté d’une autre façon: dans 99% des entreprises, aucun accord n’est signé.

Combien de textes discutés en entreprise

Plus problématique encore, la proportion de textes discutés par rapport aux textes signés soulève des questions. Ainsi, selon le ministère du Travail, la répartition des textes selon leur mode de conclusion est la suivante:

négociation collective

Sur 61.000 textes discutés, selon 36.600 donnent lieu à une négociation avec les représentants du personnel. 15% des textes sont adoptés par référendum et 25% par décision unilatérale de l’employeur.

Si la négociation collective reste un mode majoritaire d’adoption des textes en entreprises, elle est fortement concurrencée par la décision unilatérale de l’employeur. Voilà qui témoigne de la difficulté du dialogue social en entreprise et qui tempère fortement les leit-motiv naïfs sur le sujet.

Pourquoi les entreprises négocient si peu

Une question se pose, bien entendu, dans ce dossier: pourquoi 99% des entreprises ne négocient-elles pas d’accord?

La raison principale ne tient pas à un désintérêt des entreprises pour le sujet, mais à une interdiction légale: 3,3 millions d’entreprises, comme l’indique l’INSEE pour 2015, comptent moins de 10 salariés et n’ont donc pas le droit de négocier d’accord collectif. Cette faculté est réservée aux entreprises de plus de 10 salariés.

négociation collective

Autrement dit, seules 100.000 entreprises en France disposent de la faculté juridique de mener des négociations collectives.

Remettre la loi Travail en perspective

Ce petit rappel permet donc de souligner que les débats sur l’inversion de la hiérarchie des normes, qui ont dominé la loi Travail, ne concernent que 3% environ des entreprises françaises. Les autres sont exclues du sujet.

Comment résoudre de problème?

Cette situation est-elle inéluctable?

Non, bien sûr, car il ne tient qu’au législateur d’autoriser la négociation collective dans les très petites entreprises, notamment en autorisant la généralisation du mandatement. Cette technique permet un salarié de bénéficier d’une protection syndicale proportionnée à la négociation, sans obligation de se syndiquer.

Pour y parvenir, il faut toutefois que le législateur réforme les conditions du mandatement, réservées aujourd’hui aux entreprises disposant d’une section syndicale.

Moyennant cette adaptation légale, la négociation collective pourrait concerner toutes les entreprises françaises.

chômage

Chômage: les dégâts du « ça va mieux! »

Tiens! le chômage est reparti à la hausse au mois d’août. Et pas mollement. Sur un an, le chômage n’aura finalement baissé que de 0,3%. Autrement dit, le chômage a stagné, en France, cette année. Voilà qui ne fait pas les affaires de François Hollande!

La stagnation du chômage est-elle surprenante?

En soi, la stagnation du chômage en France sur un an n’est guère étonnante, dans la mesure où la France n’a pratiqué aucune réforme d’ampleur qui justifierait une amélioration du marché de l’emploi. Certains évoqueront cette loi à l’eau de rose, largement affadie par sa CFDétisation, qu’est la loi Travail, mais elle n’est pas encore complètement entrée en vigueur (et modifie trop peu l’état du droit pour avoir e moindre effet à long terme).

Pour le reste, tous les indicateurs économiques, largement évoqués sur ce site, ont montré que la stagnation économique au deuxième trimestre 2016 s’est accompagnée d’un recul de l’activité économique réelle, dont une baisse des marges des entreprises, qui n’annonçait rien de bon.

La hausse record du chômage en août n’infirme aucun de ces indicateurs, donc, et ne surprend pas vraiment.

Le faux argument du terrorisme

Pour expliquer cette hausse, la ministre du travail invoque l’argument bidon des attentats au mois de juillet. Cette explication ne tient évidemment pas. Les anticipations des entreprises sur le marché ont été beaucoup plus impactées par la mauvaise conjoncture, et probablement par les effets en cascade du Brexit, que par la situation sécuritaire.

Pour le reste, le gouvernement ferait bien d’interroger les chiffres donnés par Bercy sur la macro-économie française depuis 2012 pour comprendre que sa politique fiscale a produit un contre-cycle économique extrêmement négatif. L’absence de réforme de l’Etat depuis cette date constitue une puissante saignée sur les forces vives du pays, dont la montée du chômage est l’une des plus belles manifestations.

Le dégât du « ça va mieux »

Face à ces fondamentaux toxiques, François Hollande n’a pas été très inspiré, une fois de plus, de déclarer le 14 juillet que « ça va mieux ». François Hollande a encore manqué une occasion de se taire. Il aurait voulu, à l’approche de la primaire socialiste, donné une preuve de sa déconnection et de sa méconnaissance de l’état réel du pays, il ne s’y serait pas pris autrement.

Mais, comme il dit lui-même, il n’a pas de chance. Malgré un plan de formation de 500.000 chômeurs, le marché de l’emploi est atone. Quand ça veut pas, ça veut pas!

soins dentaires

Soins dentaires: un pas de plus vers la soviétisation de la santé

Dans son cocktail d’idées décapantes, Marisol Touraine a annoncé, la semaine dernière, le plafonnement du prix des prothèses dentaires. L’idée ne surprend personne, puisque la technique du plafonnement tarifaire a déjà été utilisée pour les soins optiques depuis 2015. Comme les lunettes et les prothèses dentaires sont les biens médicaux que les Français ont le plus de difficulté à acquérir, il était logique et prévisible que la technique tarifaire utilisée pour l’un soit transposée à l’autre.

La question est évidemment de savoir ce qu’une ministre de la Santé dit et induit comme conséquences collectives lorsqu’elle limite autoritairement le prix d’un bien médical.

Une limitation illusoire

Il faut d’abord bien comprendre que le plafonnement tarifaire est une imposture. En réalité, Marisol Touraine a le pouvoir de plafonner le tarif des prothèses remboursées par la sécurité sociale ou par les complémentaires santé, comme elle l’a fait, par décret, avec les lunettes. Mais elle ne peut plafonner le tarif pour ceux qui décident d’acheter sans l’intervention de la sécurité sociale.

C’est l’exemple bien connu d’Audrey Pulvar, qui avait acheté des lunettes en écaille de tortue pour un montant de 3.300 euros. Pour ce genre de bien médical, le marché restera libre.

Un pas de plus vers la médecine à deux vitesses

Autrement dit, en plafonnant les tarifs, la ministre de la Santé acte l’existence d’une médecine à deux vitesses. D’un côté, on trouve les soins remboursés par la sécurité sociale qui sont plafonnés. De l’autre, on trouve les soins achetés à prix d’or par une clientèle fortunée. Dans cet ensemble, les classes moyennes disparaissent et, en réalité, l’accès aux soins de qualité est raréfié et rendu plus difficile par le plafonnement des tarifs remboursés.

Une dégradation des soins pour le plus grand nombre

En plafonnant les tarifs des prothèses dentaires, Marisol Touraine va produire un effet en trompe-l’oeil. Dans l’immédiat, les prix vont effectivement baisser. Dans la pratique, cette décision va provoquer un puissant déséquilibre sur le marché de la prothèse dentaire, puisque marché il y a. D’une part, le plafonnement va raréfier l’accès aux prothèses les plus coûteuses, qui sont généralement celles de meilleure qualité. La qualité des soins s’en ressentira. D’autre part, le plafonnement va favoriser les centres low cost au détriment des dentistes traditionnels.

Pour l’ensemble de la profession, cette mesure risque donc de se traduire par un désavantage pour les praticiens traditionnels.

L’essor prévisible des centres low cost

Contrairement à ce que Marisol Touraine laisse croire, la prothèse dentaire est un marché. Certes, il comporte de nombreuses distorsions, mais il s’agit bien d’un marché au sens classique du terme. En le réglementant de façon brutale et drastique, la ministre va le modifier en profondeur. En plafonnant les prix, elle va éliminer du marché tous ceux qui ne peuvent ajuster leurs tarifs, et elle va favoriser tous les acteurs qui jouent sur les prix pour vendre.

Sur ce point, Marisol Touraine a annoncé le déblocage de 200 millions d’euros pour aider les dentistes traditionnels, ainsi qu’une revalorisation des soins de base. Cette petite portion de beurre sur les épinards ne changera, à long terme, rien aux mutations que le plafonnement va induire: les dentistes traditionnels vont subir la concurrence de plein fouet.

Les dentistes ont pris conscience de leur destin

Les dentistes sont d’ailleurs parfaitement conscients de ce qui les attend. Voici ce qu’en disait Catherine Mojaïski, président de la Confédération Nationale des Syndicats Dentaires (CNSD):

La concurrence impacte de plus en plus notre exercice quotidien. Une régulation de fait se met en place par l’implantation massive des centres low-cost, la tentation des soins à l’étranger et l’influence des réseaux de soins. Il faut inverser cette tendance par des investissements de la part de l’assurance maladie obligatoire mais aussi des complémentaires, faute de quoi on va se trouver définitivement soumis à la « loi du marché » qui fera sans doute beaucoup plus de dégâts en termes d’accès aux soins. Jusqu’ici, les mesures prises par les gouvernants n’ont été que des mesures de plafonnement dogmatiques sans réel rapport avec le coût des pratiques.

Le petit air connu du plafonnement…

La soviétisation progressive des soins en France

Marisol Touraine laissera la marque de son passage par une dégradation globale des remboursements de soins avec un maintien de cotisations santé extrêmement élevées, et sans aucune réforme majeure. Cette technique s’appelle la soviétisation de la santé: tout le monde paie le même prix artificiel, et la qualité des prestations rendues en contrepartie se dégrade continûment.

Peu à peu, la santé française ressemble à une Rolls qui se transforme en Lada.

Juncker

Juncker sans réponse sur l’état de (dés)union

Juncker, le président de la Commission Européenne, a prononcé hier un désopilant discours sur l’état de l’Union, qu’il eût mieux valu appeler l’état de désunion. Constatant que le Brexit avait quand même un peu changé la donne, l’ancien Premier ministre luxembourgeois, grand expert de l’évasion fiscale, a maintenu la ligne officielle du parti, comme si, face à l’euroscepticisme, la réponse unique devait être « plus d’Europe » et non « l’Europe autrement ».

Juncker et les crises existentielles

Le président de la Commission a notamment déclaré:

Notre Union européenne traverse, du moins en partie, une crise existentielle.

L’expression est savoureuse, puisqu’elle renvoie à une sorte de psychologie du corps social européen qui fonctionnerait sur le même paradigme que la psychologie individuelle. Et dans l’esprit de Juncker, la crise de l’Europe est aussi fumeuse ou inconsistante que la crise de la quarantaine chez le mâle blanc hétérosexuel moyen. Le seul fait qu’il ait employé cette expression montre qu’il n’a pas compris ou pas voulu comprendre la nature de la crise qui affecte l’Europe aujourd’hui, puisqu’elle est de nature politique et non psychologique.

La langue de bois continue

Comme Juncker ne procède pas à une analyse politique de l’état de désunion, mais à une analyse psychologique, il en tire forcément de mauvaises conclusions, à savoir qu’il faut aller de l’avant et renforcer l’Union au lieu d’en changer le fonctionnement. À ce titre, il propose des mesures, passées inaperçues, mais totalement délirantes, qui renforcent le caractère autocratique et technocratique de l’Union. Par exemple:

Je veux que journalistes, éditeurs et auteurs soient rémunérés équitablement pour leur travail, peu importe que celui-ci soit réalisé dans un studio ou dans un salon, diffusé hors ligne ou en ligne, publié via un photocopieur ou relié à un hyperlien sur Internet.

Autrement dit, les liens hypertextes vont devenir payants… Manifestement, Juncker n’a pas compris ce qu’il soutient avoir entendu dans la bouche des Européens.

L’impasse sur les politiques économiques…

Le plus impressionnant, dans le discours de Juncker, tient à l’impasse totale qu’il a faite sur les conséquences de la politique économique de l’Union. En particulier, le président de la Commission n’a exprimé aucun avis sur cette étrange situation où la Banque Centrale Européenne porte à elle seule la politique économique de l’Union par des assouplissements monétaires sans aucun résultat (mais qui épuisent peu à peu l’économie du continent et fragilisent les capitaux). Peut-être la Commission pourrait-elle avoir l’ambition de lancer une politique budgétaire intelligente, ou pourrait-elle au moins exprimer une opinion sur un policy mix comme on disait à une époque.

En dehors d’une annonce sur des investissements publics, les Européens n’auront pas entendu le président de la Commission s’exprimer clairement sur le sujet.

…et sur les rapports de force internes à l’Union

Juncker ne s’est pas plus expliqué sur le vrai sujet de fond de l’Union: celui du rapport de force interne à la construction communautaire, et singulièrement sur le germano-centrisme mortifère de l’Europe, qui étouffe petit à petit toute stratégie durable de coopération. Quand l’Allemagne décide unilatéralement d’accueillir un million de « réfugiés » sur son sol, provoquant un immense mouvement de foule à travers le continent, Juncker n’analyse pas les conséquences politiques immédiates de ce choix: celui d’un rejet, par les Européens, de la méthode utilisée par Merkel pour agir.

Or, si l’Europe patine aujourd’hui, c’est essentiellement à cause de ce déséquilibre interne qui permet à l’Allemagne d’imposer ses choix sans concertation avec les autres Etats-membres.

L’Europe victime de son germanocentrisme

Sur le fond, le problème majeur de l’Union reste le déplacement de son centre de gravité depuis la réunification allemande. Jusqu’en 1991, la RFA, qui ressemblait furieusement à la Confédération du Rhin inventée par l’excellent Bonaparte, jouait le jeu d’une coopération européenne intelligente. La réunification, c’est-à-dire la reconstitution artificielle d’un Etat qui n’avait existé qu’entre 1870 et 1940 sous sa forme administrative, a modifié l’ordre interne européen et justifié une prise de contrôle de l’Europe par l’Allemagne.

Or, le Reich allemand n’est pas capable de composer un ordre européen équitable, durable et coopératif. L’Allemagne est porteuse d’un égoïsme structurel dont les effets toxiques n’auront pas mis 20 ans à se faire sentir, et pas mis 25 ans à préparer une sortie de la Grande-Bretagne.

C’est sur ces sujets-là que nous eussions voulu entendre Jean-Claude Juncker.

AGIRC

Paritarisme: l’AGIRC, là où les vieux ours se frottent le dos

Le paritarisme, bien sûr, existe dans l’intérêt des salariés, de la démocratie sociale, du progrès universel, bla-bla, bla-bla. Mais il n’est pas inutile de donner un petit coup de projecteur sur les échanges de bons procédés qu’il abrite, qu’il permet et même qu’il donne envie de conclure entre gens bien éduqués. L’AGIRC donne un superbe exemple… de ce que j’appellerai ici la version sociale du capitalisme de connivence, et que certains préfèreraient appeler de gênants conflits d’intérêts.

L’AGIRC, le dernier salon où l’on cause

Ceux qui s’intéressent un peu au paritarisme savent pourquoi il a été inventé, historiquement: inspiré du modèle allemand, il sert d’abord à créer une communauté d’intérêts entre représentants patronaux et représentants salariaux. Le paritarisme s’est imposé dans les esprits à partir des années 20, dans les faits à partir des années 50, comme la meilleure riposte à la lutte des classes. Mettre les ours en cage pour qu’ils se frottent le dos bien au chaud et qu’ils oublient la révolution prolétarienne, voilà le remède à nos problèmes sociaux.

À l’AGIRC, cette fonction a pris toute sa dimension, et les relations entre le président CFDT, Jean-Paul Bouchet, et le président d’honneur, Philippe Vivien, en portent un superbe témoignage. En fouinant sur Internet, c’est même une sorte de profonde histoire d’amour qui s’y dessine.

Jean-Paul Bouchet et Alixio

Rendons d’abord à César ce qui appartient à César, et à Jean-Paul Bouchet, secrétaire général de la CFDT Cadres, ce qui appartient à Jean-Paul Bouchet. Elu début 2012 à la présidence de l’AGIRC, il ne tarde pas à marquer de jolies attentions à tout un tas de gens qui gravitent dans la sphère paritaire.

En juin 2012, par exemple, sa fédération offre un joli encart publicitaire au cabinet de conseil Alixio:

AGIRC

Cette attention touchante s’expliquerait-elle par le fait qu’Alixio prend alors forme et que son fondateur, Raymond Soubie, ne dédaigne pas un petit coup de pouce pour accélérer son lancement? Accessoirement, Raymond Soubie sort à cette époque du cabinet de Nicolas Sarkozy où il a piloté une réforme de la représentativité avantageuse pour la CFDT, plus quelques petits dossiers où la CFDT n’a pas été maltraitée. Accessoirement aussi, Raymond Soubie est alors membre du Conseil Economique et Social, où il a fréquenté François Chérèque. Le monde est petit…

En tout cas, quand on sait que la majorité des dossiers traités par Alixio est faite de plans sociaux et de restructurations d’entreprises, la publicité de la CFDT ne manque pas piquant.

Échanges de bons procédés avec la CFDT

Toujours accessoirement, Alixio se fendra d’un recrutement tout à fait opportun en juin 2014: celui de Laurence Laigo, jusqu’alors secrétaire nationale de la CFDT, notamment en charge des droits des femmes et autres marottes à la mode. Eh oui! cela sert aussi à ça le paritarisme, mais n’allez surtout pas y voir des conflits d’intérêts. Alixio a recruté Laurence Laigo pour ses seules qualités intrinsèques, et pas du tout pour son carnet d’adresses parmi les délégués CFDT qui pourraient ouvrir les portes de nouvelles commandes, ni pour rendre service à la CFDT en général…

Philippe Vivien, d’Areva à Alixio

Lorsque Jean-Paul Bouchet est élu président de l’AGIRC, il forme un duo avec le vice-président patronal, Philippe Vivien, à cette époque directeur des ressources humaines d’Areva. Chacun sait dans quel état se trouve alors le groupe nucléaire français… Avec intelligence, Philippe Vivien comprend que l’AGIRC constitue un tremplin pour un rebond fructueux dans sa carrière. Or… il connaît déjà Raymond Soubie, puisqu’Altédia, l’ancienne enseigne du conseiller de Sarkozy, avait déjà monté un Plan de Sauvegarde de l’Emploi pour Areva.

En devenant président de l’AGIRC, Vivien prend évidemment une nouvelle dimension aux yeux de Soubie, pour un poste devenu vacant avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Les directeurs généraux d’Alixio ont en effet profité du jeu de chaises musicales lancé par l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Xavier Lacoste, fabiusien devant l’éternel, fait un périple à la Ville de Paris et à la direction générale de la Fonction Publique avant de décéder douloureusement. Pierre-André Imbert entame une séquence au cabinet de Michel Sapin, alors ministre du Travail, pour finir directeur de cabinet de Myriam El-Khomri, puis inspecteur général des finances au tour extérieur.

L’AGIRC achète une prestation à 100.000 euros à son président

En février 2013, Philippe Vivien devient directeur général d’Alixio. Il quitte la présidence « normale » de l’AGIRC en 2014, mais en devient président d’honneur. Alixio fait du conseil. Assez curieusement, cette confusion des genres n’empêche pas l’AGIRC de confier un marché de conseil de 100.000 euros à Alixio… Et tout aussi curieusement, la réglementation en vigueur n’interdit pas formellement ce genre d’opération. Elle prend juste soin de préciser qu’une délibération expresse du conseil d’administration doit valider cette « convention » entre le président et les fédérations AGIRC-ARRCO.

On comprend l’enjeu pour Philippe Vivien d’acquérir rapidement des clients pour développer le cabinet qu’il vient de rejoindre. La méthode paraîtra, néanmoins, aux puristes, assez cavalière (sauf pour les anciens d’Areva, peut-être), et il n’est pas impossible que Raymond Soubie lui-même y ait trouvé quelque inconvénient.

Les amours au sein de l’AGIRC se renforcent

Dans tous les cas, celui qui est devenu président d’honneur de l’AGIRC n’a pas atténué les amours historiques entre la CFDT et Raymond Soubie, bien au contraire. De toutes parts, les deux univers multiplient les signaux d’amour et de bonheur.

Par exemple, l’Observatoire des Cadres, créé par la CFDT, a nommé dans le collège CFDT qui le dirige, une salariée d’Alixio: Céline Collot.

AGIRC

Céline Collot est effectivement représentante de la CFDT et conseillère en stratégie sociale chez Alixio. Elle est aussi membre du conseil d’administration de l’ANACT (une agence dédiée aux conditions de travail). Le paritarisme est décidément un monde merveilleux où tout le monde s’aime et se connaît.

Le cas ITG

Plus amusant encore, on retrouve Philippe Vivien et Jean-Paul Bouchet main dans la main au sein de la Fondation ITG, créée par un ancien d’Altedia, Patrick Lévy-Waitz.

AGIRC

Les amateurs de commérages noteront la forte présence d’Alixio dans ce conseil d’administration (on y trouve notamment Danielle Deruy, épouse de Raymond Soubie), mais aussi celle de Franck Morel, du cabinet Barthélémy, qui adore le paritarisme.

D’ailleurs, tout ce petit monde est officiellement membre de cette fondation:

AGIRC

On s’en amusera, puisqu’ITG est une société de portage salarial pour consultants. Ceux qui connaissent ce secteur savent combien il est à rebours de tous les discours syndicaux et paritaires sur la sécurisation de l’emploi, et on mesure bien comment une fondation où figurent des syndicats peut donner un vernis « social » à un métier qui l’est très peu.

Le cumul des mandats peut-il durer à l’AGIRC?

Il n’en reste pas moins que ces sphères nous emmènent très loin de l’AGIRC, et l’on peut se demander pour quelle raison un président et un président d’honneur d’une caisse de retraite complémentaire fricotent ensemble dans des structures qui n’ont aucun rapport avec leur mandat, mais auxquelles ils appartiennent pourtant ès-qualité (leur présidence est bien mentionnée dans la présentation de la Fondation).

On me dira qu’il est parfois difficile de distinguer entre les mandats détenus par une même personne. Et c’est bien le sujet qui nous occupe. Le cumul des mandats ne pourrit pas seulement la vie politique. Il a contaminé le syndicalisme et le champ paritaire, jusqu’à transformer ce dernier en prétexte pour faire des affaires.

De façon très révélatrice, aucune de ces pratiques n’est punie par la loi. Personne ne s’offusque, en France, de voir un système de retraite complémentaire devenir l’occasion de nouer des relations sur toute une liste de sujets qui n’ont aucun rapport avec la retraite. Comble de l’agacement, toutes ces opérations se font au nom de l’intérêt du salarié et de la démocratie sociale.

Mais quand les clercs comprendront-ils que transformer la démocratie (sociale ou non) en une galerie commerçante est un poison lent, mais infaillible, pour la tuer?

entrepreneurs

Les entrepreneurs, grands orphelins de la présidentielle

Article écrit pour Atlantico.

Pour les entrepreneurs, l’élection présidentielle va constituer un dilemme coriace. Pour qui voter, alors qu’aucun candidat ne semble avoir compris les préoccupations des 2,5 millions de Français qui dirigent une entreprise?

Quelles sont les préoccupations majeures des entrepreneurs?

Contrairement à d’autres groupes sociaux où les attentes sont plus diffuses, les entrepreneurs ont globalement une conscience assez homogène de leur vision politique. Le dernier baromètre Fiducial l’a montré. Les entrepreneurs considèrent à 81% que la fiscalité est inéquitable, et à plus de 90% que les prélèvements sociaux sont trop élevés.

Les « indépendants », comme on dit, sont donc unis par une vision structurée de la situation politique. Ils plaident globalement pour une réforme fiscale profonde, et à une très écrasante majorité pour une remise à plat radicale du financement de la protection sociale. Ce point mérite d’être marqué, car il prouve que l’attente des entrepreneurs est grande sur les questions liées au bien-être commun et pas seulement sur les problèmes patronaux immédiats.

Un point exclu des programmes politiques

Sur la question du financement de la protection sociale, qui est la plus importante et la plus unanime pour les entrepreneurs, la déception vis-à-vis des programmes politiques avancés jusqu’ici est immense. En particulier, du côté des Républicains, aucun candidat ne semble décidé à prendre le taureau par les cornes. Tout se passe comme si la droite française, face au fameux « modèle social » français, était prise des mêmes tremblements que la poule face au couteau.

Cet immobilisme ou ce manque d’imagination sont d’autant plus consternants que la sécurité sociale apporte de moins en moins de services pour un coût de plus en plus élevé. Après les absurdes réformes portées par Marisol Touraine, qui ont beaucoup dégradé des bienfaits déjà contestables du système, on aurait pu s’attendre à plus d’audace.

Le dommageable silence sur le RSI

Dans ces questions de protection sociale, on ne peut évidemment ignorer qu’un point fondamental porte sur l’avenir du RSI. Pour tous les entrepreneurs, le RSI est devenu le synonyme du désamour que la France leur porte et de cette insane obsession de faire entrer un monde rond – celui de l’économie française – dans le carré étroit d’un système de protection sociale complètement dépassé. Par un populisme imbécile, Jean-Pierre Raffarin, aidé de deux funestes accolytes: Jean-Pierre Bas et Renaud Dutreil, avait décidé de créer une caisse unique là où existait une diversité approximative. Cette opération s’est traduite par un désastre financier (plusieurs centaines de millions d’euros engloutis dans des erreurs administratives) et sociétal (des dizaines de milliers d’entrepreneurs déclarés « libérés de la Sécu » après de folles tracasseries administratives). Que propose la droite, aujourd’hui, pour réparer le mal commis à cette époque?

Rien.

Rompre avec la déresponsabilisation française

Tous les entrepreneurs français le savent: la société se déresponsabilise chaque jour un peu plus. Là encore, la protection sociale exprime très bien cette perte de repères qui domine la France contemporaine. La sécurité sociale est synonyme de « rasage gratis ». Je suis immatriculé à ma naissance, donc j’ai droit, sans payer. L’accroissement, année après année, du « trou » de la sécurité sociale prouve que les gouvernements qui se succèdent préfèrent recourir aux expédients pour préserver la paix sociale, plutôt que de révéler la vérité des prix. En principe, tout déficit de la sécurité sociale devrait entraîner une augmentation de la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale. Aucun gouvernement n’ose mettre en branle ce mécanisme, et préfère maintenir la fiction selon laquelle la France peut continuer à « s’assurer » sans augmenter ses tarifs.

Là encore, aucun candidat de droite ne propose de véritable solution pour instaurer un mécanisme automatique d’affichage des prix réels de la sécurité sociale.

Se souvenir de la résistance française à la Sécu

S’agissant des entrepreneurs, il ne serait pourtant pas absurde que la droite manifeste un minimum d’attention vis-à-vis de leur problématique. Souvenons-nous qu’en 1946, le gouvernement avait prévu d’étendre le régime général aux entrepreneurs. Face à leur bronca, il avait reculé, et les indépendants avaient conservé leur régime spécial. Il a fallu un gouvernement de droite, truffé de conseillers d’Etat, pour qu’en 2005 le régime général répare la reculade de 1947. Il ne faut jamais oublier que, pendant soixante ans, les indépendants ont obstinément refusé une sécurité sociale pourtant présentée comme idéale.

Pourquoi ne pas mettre un terme à l’expérimentation hasardeuse tentée en 2005?

Une méthode simple à suivre

Les candidats républicains marqueraient des points importants auprès des entrepreneurs s’ils adoptaient deux mesures simples sur un sujet sensible.

Première mesure: il faut supprimer le monopole du RSI sur la protection sociale des indépendants. Ceux-ci doivent pouvoir s’assurer là où ils le souhaitent, pourvu qu’ils s’assurent. L’obligation d’assurance n’exclut pas la liberté de choix de l’assureur. Pour les 2,5 millions d’entrepreneurs de France, cette mesure ouvrirait une importante voie: celle de l’échappée loin des tracasseries du RSI.

Deuxième mesure: accorder une amnistie pour tous ceux qui sont d’ores et déjà sortis du RSI. Les dizaines de milliers d’émules de la « libération » sociale sont en effet exposés aujourd’hui à des poursuites. Il faut les sécuriser juridiquement.

Ouvrir le débat de la fiscalisation de la sécurité sociale

Ces deux mesures ci-dessus constituent un préalable, une sorte de « fondamental ». Idéalement, un candidat marquerait des points s’il les complétait par une réforme du financement de la sécurité sociale, fondée sur un principe simple: moins de cotisations et plus d’impôts. La sécurité sociale française a en effet l’ambition d’être « solidaire ». Or la solidarité est une prérogative de l’Etat, et donc de l’impôt. Elle ne peut s’appuyer sur des cotisations qui pénalisent le travail.

Cette cohérence dans le financement est d’autant plus nécessaire qu’avec plus de 3 millions de chômeurs, la France ne peut éternellement s’offrir le luxe de faire peser sur le travail (et sur les employeurs) le poids de la solidarité pour tous, alors que plus aucun de ses voisins ne pratique de la sorte. Il faut choisir: ou l’on veut relancer l’emploi, ou on le pénalise. Mais on ne peut mener de front les deux ambitions.

La solution à cette situation s’appelle la fiscalisation de la sécurité sociale. On aimerait en trouver les germes dans les programmes des républicains.

pension gap

Un pension gap de 7.300€ en France

Le pension gap est la somme qu’il faut verser chaque année, durant sa période d’activité, pour bénéficier, durant sa retraite, d’un revenu de remplacement égal à 70% de ses revenus d’activité. L’assureur Aviva s’est livré à une étude européenne sur le sujet. Les résultats ne manquent pas d’intérêt.

Tous les pays européens frappés par le pension gap

Premier point: aucun pays européen n’échappe à ce « pension gap », c’est-à-dire à cette chute de revenus au moment du départ à la retraite.

Au Royaume-Uni, le pension gap moyen est de 10.300 livres, soit un peu plus de 12.000€. Autrement dit, il faudrait que chaque Britannique épargne chaque année 12.000€ durant sa vie active pour compléter sa retraite afin qu’elle atteigne 70% de ses revenus gagnés durant la période d’activité.

En France, ce pension gap est légèrement inférieur à 8.000€.

Ces chiffres illustrent la dégradation naturelle du taux de remplacement des revenus à la retraite du fait du vieillissement de la population.

Des effets macroéconomiques puissants

Pour mieux mesurer l’impact de ces chiffres, une compréhension macroéconomique n’est inutile. Selon Aviva, il faudrait que le Royaume-Uni dégage une épargne annuelle globale de 380 millions€, l’Allemagne de 470 millions€ et la France de 245 millions€ pour amener sa population à un taux de remplacement des revenus à la retraite de 70%.

Tout la question est évidemment de savoir si cette augmentation de l’épargne doit passer par des choix politiques ou des choix individuels. On sait qu’en France il existe une préférence pour l’action politique collective, alors que les choix individuels sont beaucoup plus appréciés dans le monde anglo-saxon. Il n’en reste pas moins que ce pension gap concerne d’abord des personnes dont les revenus sont très supérieurs à la moyenne. Les laisser libres de se débrouiller n’est donc pas absurde, moyennant un éventuel geste fiscal sur leurs versements.

Deutsche Bank

Vers une faillite systémique de la Deutsche Bank?

Si la Deutsche Bank entraînait l’économie mondiale dans un nouveau désastre, nous pourrions en rire (jaune), car il s’agirait bien d’une très ironique revanche de l’histoire. L’Allemagne si superbe et imbue de sa prétendue réussite (fondée, en réalité, sur une utilisation déraisonnable des règles communautaires à son seul profit) épuiserait de cette façon le filon qu’elle creuse depuis sa réunification: celui d’un appauvrissement artificiel de ses concurrents européens jusqu’à sa propre destruction.

La Deutsche Bank, joyau allemand…

La Deutsche Bank n’est pas seulement la première banque allemande. C’est aussi un établissement symbolique, créé en 1870 (année de l’invention de l’Allemagne) pour accompagner le développement industriel de ce tout nouveau pays. L’histoire de la banque épouse patiemment les contours de l’histoire allemande. Il n’est pas de prospérité dans l’Allemagne industrielle sans intervention de la Deutsche Bank.

…et pire bad bank du monde

Forte de cette arrogance tudesque, la banque s’est transformée en tour infernale. Dans les années 2000, notamment sous l’impulsion de Josef Ackermann, qui l’a dirigée de 2006 à 2012 (où il était payé 9 millions d’euros par an), la banque a multiplié les rendements hasardeux et méchamment bu le bouillon. Précisons qu’Ackermann fut membre du comité directeur du groupe de Bilderberg: démonstration est faite que l’on peut figurer dans la prétendue élite mondiale et être d’une incompétence crasse.

Depuis 2008, Deutsche Bank évite coûte-que-coûte une faillite qui mettrait par terre l’économie allemande et, dans son sillage, l’économie mondiale.

Le FMI s’inquiète

On passera ici sur les innombrables péripéties qui frappent la Deutsche Bank. Il suffit de citer le rapport du 30 juin 2016 du FMI sur les risques systémiques pour comprendre l’ampleur du désastre. Ce jour-là, l’institution internationale affirme que le principal risque systémique dans l’économie mondiale provient… de la Deutsche Bank.

Pour le FMI, l’Allemagne, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont particulièrement exposés au risque de contagion en cas de faillite de la banque.

Le Qatar sauve Merkel et la Prusse

Le 15 juillet 2016, le Wall Street Journal révèle que le Qatar a augmenté sa participation dans le capital de la banque jusqu’à y prendre près de 10%. En échange de ce petit coup de pouce donné à Angela Merkel, si conciliante avec les réfugiés et autres fadaises, le Qatar exige la nomination d’un homme-lige au comité de direction de la banque. Il s’agit d’un certain Stefan Simon. Dans la pratique, pour 10% des parts, le Qatar a préempté l’économie allemande. Bien joué!

Mais la banque suit toujours sa mauvaise pente

L’intervention du Qatar va-t-elle sauver la Deutsche Bank? Rien n’est moins sûr, et la banque allemande continue à envoyer de mauvais signaux aux marchés. Par exemple, début septembre, elle a refusé de convertir de l’or papier en or physique, comme le réclamait un client. Les marchés ont volontiers interprété ce refus comme une incapacité à faire face à une échéance…

2,4 milliards d’amende aux USA

La banque a de bonnes raisons de refuser aux clients de récupérer leurs avoirs. Sa situation devient en effet très compliquée. Par exemple, la banque propose aux autorités américaines de régler une amende de 2,4 milliards de dollars pour couvrir les recours dans diverses affaires.

These comprise the mortgages case, alleged manipulation of foreign exchange rates, a probe into suspicious equities trades in Russia, and remaining investigations into alleged money laundering.

(Celles-ci comprennent les contentieux hypothécaires, les accusations de manipulation des taux de change, une enquête sur des achats douteux d’actifs en Russie, et les enquêtes encore en cours sur du blanchiment).

Encore un problème sur les collatéraux

Beaucoup d’analystes considèrent que la Deutsche Bank a recommencé le jeu qui avait abouti à la crise de 2008: celui d’une surestimation systématique des collatéraux qui garantissent les crédits qu’elle accorde. Autrement dit, la banque accorde des crédits risqués et douteux, et gonfle artificiellement son bilan en affichant des valeurs qui pourraient s’effondrer si une crise survenait.

Des pronostics inquiétants

On lira donc, sous la plume d’observateurs avertis, des pronostics inquiétants. Cet été, Olivier Demeulenaere citait le bilan du Centre for European Economic Research (ZEW) à Mannheim, qui dressait ses propres stress tests européens. Selon l’institut allemand, les trois banques les plus exposées au risque en Europe sont la Deutsche Bank, la Société Générale et la BNP. Pour Jean-Pierre Chevallier, la banque allemande est d’ores et déjà un Lehman Brothers européen.

Too big to fail

Reste que la Deutsche Bank est trop systémique pour que l’Allemagne, l’Europe, la Banque Centrale Européenne, la laissent faire faillite. Les conséquences d’un défaut aussi colossal ont trop marqué les esprits en 2008 pour que les politiques acceptent une telle solution. C’est ici que les ennuis commencent. Car, en dehors d’une prise en charge par les citoyens de l’Union, aussi discrète que possible, des coûts induits par cette faillite en attendant le tremblement de terre final, on voit mal ce qui pourrait se passer.

À moins, bien sûr, qu’une panique des marchés n’oblige l’Allemagne à privatiser la banque et à violer les traités pour éviter le naufrage complet. La décennie Merkel aura bien été fatale à l’Union.

football professionnel

5 raisons d’interdire le football professionnel

Le football professionnel a encore donné, cet été, le triste spectacle du délitement qui dévore les sociétés occidentales. Ce sport ressemble de plus en plus à une vaste fumerie d’opium dans des proportions industrielles. Le fait que les politiques se bousculent sous l’oeil des caméras pour être vus aux matches prouve bien toute la rouerie dont l’image du football dans l’opinion publique est porteuse.

Voici cinq bonnes raisons d’interdire cette industrie délictueuse.

Le football professionnel ou le degré zéro de l’esprit en Occident

L’Occident se meurt de n’avoir plus d’ambition spirituelle. Il est devenu une simple course à l’argent, et c’est sur cette immense vacuité que prospèrent tous les fanatismes et tous les extrémismes, à commencer par le fanatisme islamiste. Pourquoi les salafistes recrutent-ils avec autant de facilité dans les sphères musulmanes d’Europe? Parce qu’en dehors de l’argent, nous n’avons plus de dieu(x), ni plus aucune ambition spirituelle. Les unes après les autres, nous avons arraché nos racines de nos sols pourtant si limoneux.

Le football constitue probablement la meilleure incarnation de cet arrachement à soi-même. Il glorifie des gladiateurs de pacotille. La polémique concernant le salaire d’Ibrahimovic, le joueur yougo-suédois anciennement au Paris-Saint-Germain, l’a prouvé:

«Ce qui me manque le plus ? Mon dernier salaire du PSG. Voilà ce qui me manque le plus.» Cette phrase de Zlatan Ibrahimovic (34 ans) prononcée au micro de SFR Sport est rapidement apparue au centre de l’actualité. Si on a d’abord cru que le géant suédois évoquait une nouvelle fois de façon ironique son passage au Paris Saint-Germain, il n’en est rien en réalité. L’affaire a été en partie éclaircie par le média suédois Sport Expressen. Le nouvel attaquant vedette de Manchester United était, non pas ironique, mais très sérieux. Il y est bien ici question d’argent : Ibra révélait ainsi publiquement son courroux à l’encontre du club de la capitale qui ne lui aurait pas versé son dernier salaire avant son départ pour l’Angleterre.

Dans le football professionnel, il n’est jamais question d’engagement, il est parfois question de sport, il est toujours et surtout question d’argent.

Le football professionnel chosifie les hommes

En grattant un peu, on s’aperçoit vite que le football professionnel est un formidable véhicule pour la chosification des relations humaines dans notre société, une sorte d’ambassade vivante pour la réduction des rapports sociaux à un simple calcul intéressé.

La notion de « mercato » et de « supermercato » le prouve amplement. En quoi consiste le « mercato »? en une sorte de vaste marché aux gladiateurs modernes, où des équipes achètent des joueurs à prix d’or uniquement au vu de leurs qualités physiques et spécialement au vu de leur capacité à donner des coups de pied dans un ballon. Les clubs sont capables de dépenser des sommes inouïes pour se procurer un joueur dont la durée de vie est liée à sa forme physique.

football professionnel

120 millions d’euros pour un chômeur, soit de quoi faire vivre 1.000 smicards pendant un an… Dans le football professionnel, l’homme est réduit à sa dimension d’outil de production au service de la plus-value des actionnaires.

Le football professionnel, outil de la domination masculine

Au passage, on s’étonnera de ne pas voir les féministes de tous poils (ou de toute épilation) monter au créneau pour interdire le football professionnel, puisqu’il est le lieu suprême de la discrimination hommes-femmes. Je ne prends ici que la question du salaire (et je n’évoque donc pas les questions d’exposition médiatique de ce sport).

Sur le site « footballeuse.fr« , je trouve cette phrase qui laisse pantois:

Les revenus d’une footballeuse professionnelle « chanceuse » oscillent aux alentours de 4 000 euros par mois, car ces joueuses bénéficient de contrats fédéraux comme leurs homologues masculins. Ces montants de salaire restent une exception, ici on parle pour l’instant des footballeuses de Lyon, PSG et Montpellier par exemple, les meilleurs clubs de football féminin de France qui ont réussi au fil des années à offrir à leurs joueuses un vrai salaire de sportif de haut niveau. Pour les clubs plus petits qui peuvent se permettre de payer leurs joueuses, le salaire d’une footballeuse pro tourne entre 1 500 et 3 000 euros par mois.

Rappelons que le salaire d’Ibrahimovic tournait autour du million d’euros mensuel… Le salaire mensuel moyen d’un footballeur professionnel homme de Ligue 1 est de 45.000 euros, soit quinze fois supérieur à celui d’une femme.

Le football professionnel ou la désintégration des valeurs

La polémique sur la sélection de Benzema, avant l’euro, l’a prouvé: le football est le premier vecteur de désintégration morale en Occident, et singulièrement en France.

Rappelons les faits: Benzema est l’un des joueurs français les mieux payés, mais il est accusé de faire chanter l’un de ses petits camarades dont il détiendrait une sex-tape. L’affaire finit au pénal. Le sélectionneur de l’équipe de France annonce qu’il ne retient pas Benzema dans l’équipe de France qui participe à l’Euro 2016, et l’intéressé mène une bronca expliquant qu’il est victime de racisme.

Qu’une figure symbolique comme Benzéma propage l’idée que l’application des règles collectives démontre des sentiments racistes constitue probablement l’une des clés de notre déclin structurel. Pour toute une jeunesse, le racisme, c’est se voir appliquer les mêmes règles que les autres…

Le football professionnel ou la soumission au Qatar

Ce n’est pas un hasard si la Qatar investit fortement dans la promotion du football professionnel. Outre l’achat du Paris-Saint-Germain, les Qataris diffusent la « culture football » grâce à leur chaîne Bein. Pour la seule Ligue 1 française, les droits de diffusion acquis par la chaîne sont estimés à 400 millions d’euros. La chaîne qatarie perdrait en France environ 250 millions d’euros.

Pourquoi des producteurs de pétrole, rigoristes musulmans, perdent-ils de l’argent pour gaver les Français de spectacles footballistiques?

Si ce n’est pour accroître le désordre des valeurs en Occident et raffermir leur influence politico-religieuse…