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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

UPA, UNAPL: quand le CESE protège les mariages blancs

Tôt ou tard, dans la grande et indispensable régénération de la vie publique française, il faudra bien prendre en main de façon carrée et démocratique la question de moins en moins acceptable des connivences qui se développent à l’abri des regards au Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), créé en 1946 par la funeste IVè République. Tout le monde le sait, le palais d’Iéna est le lieu de tous ceux qui se tiennent par la barbichette et continuent à l’envi, au nom de la recherche d’un consensus démocratique, d’un nécessaire rôle des corps intermédiaires (mais nécessaire à quoi?), les combinazioni qui font, au jour le jour, la montée du « populisme ».

L’UPA et l’UNAPL: un mariage blanc au CESE

Un superbe exemple de ces combinazioni est donné par le mariage blanc décidé en urgence par deux organisations patronales dont les présidents se côtoient au jour le jour au CESE.

D’un côté, l’Union des Professions de l’Artisanat (UPA), présidée par Jean-Pierre Crouzet, est, de longue date, à la recherche d’adhérents pour justifier sa représentativité au niveau national. Sur décision historique du gouvernement (ah! la désignation des élus par le pouvoir politique dans la démocratie sociale, ça marche quand même mieux que l’élection!), l’UPA est en effet l’une des trois organisations patronales autorisées à négocier des Accords Nationaux Interprofessionnels (ANI). À ce titre, l’UPA perçoit une part substantielle des fonds du paritarisme. Son problème est qu’elle compte très peu d’adhérents… et qu’elle est marginalisée par le duo MEDEF-CGPME.

De l’autre, l’Union Nationale des Professions Libérales (UNAPL), qui regroupe un patchwork improbable de professions bien connues comme les médecins ou les avocats (mais aussi les géomètres-experts, les experts comptables, etc.). L’UNAPL est présidée par Michel Chassang, ancien président de la CSMF, le principal syndicat de médecins habitué à signer des conventions scélérates avec le gouvernement en échange de généreuses subventions. Problème de l’UNAPL: elle a des adhérents, mais n’est pas reconnue comme représentative, et ne bénéficie donc pas des fonds du paritarisme.

Et bizarrement, ceux qui ont l’argent mais pas d’adhérents viennent de décider de se marier en urgence avec ceux qui ont des adhérents mais pas d’argent.

Un mariage blanc entre deux boîtes noires

Si les gens de bon sens savent que la fusion en urgence de l’UPA et de l’UNAPL ne correspond à aucun autre projet qu’une combinazione en opportunité pour gagner de l’argent et de la représentativité (on se réjouit par avance des discussions plénières entre les psychiatres et les plombiers, entre les avocats et les maçons, dans les assemblées générales de la nouvelle entité), ce mariage blanc ne surprend personne, puisque chacune des composantes est une véritable boîte noire habituée à transgresser allègrement les règles de la République.

Ainsi, l’UNAPL héberge par exemple les avocats, profession traversée par la délicieuse affaire de la CREPA, qui nous vaut une affaire en diffamation lancée par une présidente paritaire, Gisèle Lapouméroulie, soutenue par une nébuleuse parasitaire (dont le cabinet Parlons Social, qui s’était réjoui de cette procédure). Problème: depuis le lancement de cette procédure, l’autorité prudentielle (ACPR) a condamné la CREPA à une amende colossale du fait des agissements de la présidente. Rappelons au passage que le fils de la présidente s’est pris plus de 700.000 euros de commissions dans des dossiers immobiliers confiés par sa mère. Les salariés des cabinets d’avocat seront heureux de savoir à quoi et surtout à qui servent leurs cotisations.

Mais concernant l’UNAPL, on peut aussi mentionner les conditions dans lesquelles les syndicats de médecins signent ou non les conventions fixant les objectifs de dépenses par spécialité. En cas de signature, l’Etat les subventionne. Sinon, couic!

Ce mécanisme explique largement pourquoi la profession de médecin est aujourd’hui accablée par les complexités administratives: les syndicats financés par l’Etat ont consciencieusement signés, en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes, tous les textes fonctionnarisant leurs adhérents.

Un mariage blanc tout à fait illégal

Entre gens habitués à négocier le bout de gras en dehors des règles mais au nom de la démocratie sociale, l’UNAPL et l’UPA ont annoncé leur mariage quelques jours avant le 15 décembre, date fatidique pour demander la reconnaissance de représentativité. Et comme cette date porte sur les effectifs des organisations syndicales de l’année écoulée, l’UNAPL et l’UPA ont décidé d’une fusion à titre rétroactif!

On appréciera la capacité des membres du CESE à respecter les règles de la République dont ils forment l’un des corps constitués. Les contrats rétroactifs conclus in extremis pour bénéficier d’une mesure financière en opportunité, c’est probablement la meilleure publicité qui pouvait être donnée à la démocratie sociale, tant adulée par l’inoubliable François Hollande…

Comment les membres du CESE violent la démocratie

Au passage, ce mariage en urgence constitue une sorte de concentré parfait de toutes les violations qu’un mouvement patronal peut porter aux règles démocratiques. Ainsi, la fusion des deux confédérations s’est faite sans aucune consultation des membres. Formellement, il aurait fallu une assemblée générale extraordinaire de l’UPA et de l’UNAPL, après un vote spécifique de chacune des entités composant ces organisations, pour que la fusion soit valide.

Dans le mariage blanc proposé par les membres du CESE, on s’assied allègrement sur ces petits détails qui empoisonnent la démocratie sociale: vous comprenez bien, mon cher Monsieur, que si on se met à demander l’avis de tout le monde, on ne s’en sort plus! la démocratie sociale, c’est fait pour rapporter du pognon, mais pour faire participer les adhérents aux décisions collectives.

On se demande bien, d’ailleurs, comment réagiront les médecins qui veulent se libérer de la sécurité sociale (et du RSI), en découvrant qu’ils appartiennent désormais à une organisation qui est présidée par des gens qui administrent consciencieusement le RSI et les URSSAF (l’UPA constituant le principal syndicat patronal ami de ces organismes qui étranglent les entreprises). Personnellement, j’aurais du mal à encaisser un système où je paie des cotisations à un mouvement qui se contredit à ce point…

Violer la démocratie, une habitude artisanale

Précisons que Jean-Pierre Crouzet, président de l’UPA, a de longue date l’habitude de déshonorer le corps constitué auquel il appartient en se livrant à des pratiques totalement ahurissantes au regard de la démocratie.

On en rappellera quelques-unes ici:

Si l’on voulait illustrer la toxicité du CESE pour la République et ses principes, on n’irait donc pas chercher ailleurs que chez Jean-Pierre Crouzet les preuves qui vont bien.

François Hollande a sous-estimé son bilan

Dans sa déclaration de non-candidature (une belle innovation dans la Vè République, une de plus de la part de ce Président!), François Hollande a dressé un bilan sommaire de son quinquennat: remise en marche du pays, rétablissement des comptes publics, baisse du chômage, élargissement des libertés (avec le mariage pour tous). En l’écoutant, on se demandait pourquoi il était impopulaire.

En fait, cette impopularité s’explique parce qu’il n’a pas assez vanté toutes ses réalisations. Je me propose donc de les rappeler, histoire que François Hollande ne se dise pas que tous les Français ont été ingrats avec lui.

Des comptes publics brillamment tenus…

François Hollande a vanté le rétablissement des comptes publics sous son quinquennat. Mais il n’a pas mis en valeur la subtile technique qu’il a utilisée pour y parvenir.

C’est vrai que François Hollande a diminué le déficit public d’environ 20 milliards, soit 1 point de PIB. Rappelons que l’engagement de la France était une diminution de plus de 2 points. Mais supposons. Pour parvenir à ces 20 milliards d’économies annuelles, Hollande a agi tout en finesse: les dépenses de l’Etat sont passées de 365 milliards fin 2011 à près de 372 milliards fin 2015. Elles étaient de 377 milliards fin 2014. Hollande n’a donc pas baissé la dépense publique! En revanche, les recettes de l’Etat sont passées de 275 milliards en 2011 à à près de 300 milliards fin 2015.

Autrement dit, et pour le seul budget de l’Etat, Hollande a augmenté les impôts de près de 10% pour réduire le déficit, sans toucher à la dépense. 25 milliards de plus ponctionnés sur l’économie française, soit plus de 1 point de PIB, elle est pas belle la vie? Un beau bilan en effet…

Des obligations réglementaires à foison

Quant aux comptes sociaux, Hollande les a, paraît-il, ramenés à l’équilibre. Mais il n’explique pas clairement, là encore, la voie suivie pour y arriver.

Ainsi, pour ce qui concerne les retraites, il a réussi la prouesse d’allonger la durée de cotisations dans la foulée de ce que Sarkozy avait fait, en lâchant, en contrepartie, le fameux compte pénibilité que tous les chefs d’entreprise adorent. Grâce à cette concession, tous les salariés de France font l’objet d’une paperasse supplémentaire qui dégoûte définitivement de recruter. Sans compter que le compte pénibilité encourage les salariés à choisir des postes pénibles, au lieu de les en prévenir.

Dans le domaine de la maladie, Marisol Touraine a suivi une méthode encore plus subtile pour diminuer le déficit: elle a gelé le montant des consultations et écrêté partout où elle le pouvait les remboursements. La situation est telle que, pour des soins complexes (notamment des greffes de main), les Français vont se soigner aux Etats-Unis. Dans le même temps, elle a asséché les comptes des laboratoires pharmaceutiques.

Bref, elle a réduit les déficits en diminuant autoritairement les tarifs, sans bouger le petit doigt sur l’ouverture des données de santé ou sur l’organisation désastreuse de l’hôpital.

L’implosion scolaire et universitaire française

Dans son discours, François Hollande a aussi vanté les mérites de sa politique en matière scolaire.

Une très belle réussite en effet: le quinquennat Hollande s’est limité à créer des postes (60.000, officiellement) pour occuper les élèves. Il n’a pas jugé nécessaire de préciser que le niveau du recrutement a atteint des planchers effrayants, qui expliquent la faillite absolue de l’école publique en France, soulignée à chaque classement de l’OCDE.

Il faut dire que Hollande a soigneusement évité de toucher aux sujets qui fâchent: la gestion des enseignants, déléguée au syndicat communiste FSU qui fait régner la terreur dans les établissements et sabote toute amélioration du système scolaire, l’autonomie des établissements, sujet maudit par excellence, qui est bloquée et permet à des enseignants toxiques d’échapper au contrôle citoyen.

Sur le plan universitaire, rappelons aussi que la France en est arrivée à tirer au sort les étudiants en médecine, ce qui, en soi, constitue une sorte de quintessence incarnée de notre naufrage.

Le quinquennat le plus liberticide de tous les temps

Parallèlement, le quinquennat de François Hollande restera comme le plus liberticide de tous les temps. La prorogation interminable de l’état d’urgence, la loi renseignement, les interventions du CSA, ont considérablement réduit le champ des libertés dans la société française. Dans la pratique, François Hollande a ouvert la voie à un fichage généralise de la population française, ponctué par le fameux TES, le fichier centralisé qui permet à l’Administration de tout savoir sur les Français sans le moindre effort, et sans véritable contrôle.

Sur ce point, Hollande a fait très fort, en nommant des personnalités comme Cazeneuve à des postes où l’oeuvre d’étranglement a permis de régler son sort à tout ce qui pouvait échapper au contrôle de la police.

Et on n’évoquera pas ici les interventions probables de Christiane Taubira dans les procédures judiciaires.

Les cadeaux faits aux puissants

François Hollande a aussi évoqué son intervention bienfaisante dans la réglementation financière. Là encore, on se gausse. La loi de séparation des activités bancaires a en effet consisté à cantonner moins de 5% des activités risquées dans des véhicules sans commune mesure avec une séparation effective entre activité d’investissement et activité de dépôt.

Incidemment, Hollande a laissé Bercy mener toutes les opérations les plus ahurissantes dont les puissants pouvaient rêver. Cela va, bien entendu, de l’autorisation donnée par Macron à Patrick Drahi pour le rachat de SFR, jusqu’à une multitude de mesures techniques inconnues du grand public, mais qui sont autant de cadeaux à la finance dont il s’était déclaré l’ennemi.

Par exemple, Bercy a systématiquement surinterprété les directives communautaires dans un sens favorable aux grands acteurs financiers. Mais on pourrait évoquer aussi les mesures discrètes de la loi Sapin 2, ou le rétablissement des désignations, poussé par Jean-Marc Germain avec la complicité du gouvernement, qui constitue un véritable crime contre la libre concurrence et un cadeau royal aux assureurs capitalistes.

Le naufrage diplomatique français

Enfin, terminons par le plus beau des piliers qui illustrent ce bilan: l’action diplomatique.

Sur le plan européen, Hollande a réussi l’exploit de ne rien obtenir pour la France, sauf une sorte d’indulgence vis-à-vis de notre paresse à réformer. Pour le reste, la France s’est montrée incapable de peser face à l’Allemagne et, plus que jamais, la France est absente de Bruxelles. Cet abandon explique largement pour quelle raison l’Allemagne a décidé seule d’ouvrir les frontières de l’Union aux migrants, et pour quelle raison le français n’est plus une langue de travail sur le continent.

Sur le plan international, la France a par ailleurs perdu toutes les batailles qu’elle a engagées, en dehors de la COP 21. Elle a par exemple choisi de faire la guerre à Bachar el-Assad, affaiblissant ainsi le premier rempart dressé contre l’islamisme.

Rétrospectivement, François Hollande peut donc se targuer de superbes réalisations… Dommage qu’il soit si modeste.

Encore un effort, François, et tu auras ta crise de régime

Cher François! On t’avait bien dit, l’an dernier, que l’organisation d’une primaire à gauche rendait difficile la préservation du prestige présidentiel.

Ce n’était pas nouveau, et c’était tout à fait prévisible: le matin, tu es président à l’Elysée, tu reçois des chefs d’Etat, Merkel t’appelle pour te remonter les bretelles, tu appelles Trump pour lui mettre un bonnet d’âme. L’après-midi, tu fais des réunions où tu décides de faire la guerre dans des endroits ou des déserts dont on n’a jamais entendu parler. Et le soir, tu te retrouves à un débat télévisé avec Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche où tu te fais traîner dans la boue parce que tu ne donnes pas assez d’argent aux pauvres. Et le lendemain, Angela te rappelle pour te demander si tu as bien dormi et si tu ne regrettes pas d’être allé tirer ton coup rue du Cirque avec un ridicule casque de Vespa sur la tête, un de ces casques que même les Napolitains ne portent plus. Parce qu’avec la déculottée que tu t’es prise la veille au soir devant plusieurs millions de Français sur tes frasques, les autres chefs d’Etat (et même les dirigeants d’autres planètes, ceux qui à Jean-Claude Juncker parle) commencent à te prendre encore moins au sérieux qu’avant.

Tout cela, on le savait. Tu le savais, il y a quelques mois, quand tu as donné ta bénédiction à l’organisation d’une primaire à gauche.

Mais il est vrai qu’à ce moment-là, tu as été pris d’une quinte de ta toux régressive habituelle: tu as confondu gouverner la France avec diriger le Parti Socialiste. Et tu t’es lancé dans un calcul à la con comme seul un premier secrétaire de la rue de Solférino peut en bâtir. Et vas-y que je disserte pendant des heures des avantages et des inconvénients du choix, et qu’au terme d’un labyrinthe de déductions improbables, tu as renversé la table en te convainquant qu’une primaire, c’était mieux qu’une absence de primaire. Mais oui! tu allais la gagner haut la min, cette primaire, entouré d’une dizaine de candidats à trois balles qui parlent sans cesse de solidarité, adorent dénigrer la capitalisme et son horrible cortège d’individualisme, et le dénoncent d’autant plus souvent (suivez mon regard) qu’ils se prennent pour le nombril du monde et ne pensent qu’à leur gloriole personnelle.

Tous les gens malins savaient que tu te trompais en acceptant la primaire. Mais, toujours dans ta phase d’apprentissage, tu as oublié que, sur certains sujets, un Président ne peut pas revenir en arrière. Une parole d’Etat est une parole d’Etat. Ou alors, ce n’est plus l’Etat, et ce n’est plus un fauteuil de Président que tu occupes. C’est la différence entre l’Elysée et la rue de Solférino: dans l’un, le mensonge est roi, dans l’autre, il est exécré. Demande à Sarkozy, il a quelques souvenirs là-dessus.

Entretemps, tu as décidé de suicider ouvertement ta candidature. Tu as laissé des journalistes révéler la vérité profonde de ton quinquennat: pendant quatre ans, tu as gouverné seul, tu as méprisé tout le monde, et tu n’as pas eu un seul projet pour la France. Je veux dire un seul projet conçu pour le destin de ce pays trop grand pour toi, avec un peuple trop digne pour toi, un seul projet qui ne visait pas à préparer ta réélection.

On sait tous, aujourd’hui, que tu appartiens à cette caste détestable de gens qui ne comprennent pas ce qu’est la France et qui n’ont aucune ambition pour elle. Tout juste peut-elle leur servir de marchepied pour réaliser des ambitions personnelles. Plus aucun Français n’a la moindre illusion sur ce que tu es, sur qui tu es, pour une raison simple: avec une naïveté confondante, tu as fait le choix de le leur dire par confidences à des journalistes interposées. Le roi est nu, et c’est le roi qui l’a dit.

Dans ce grand désordre que tu as toi-même organisé, instillé, instauré, mon cher François, tu pousses le déni jusqu’au bout (nous prouvant une fois de plus que ceux qui prennent les autres pour des idiots absolus gagneraient à s’acheter un miroir) et tu convoites de te présenter à la prochaine présidentielle. Et comme tu comprends que tu vas subir le même sort que Sarkozy, avec la dignité en moins, tu proposes de ne plus faire la primaire que tu as acceptée il y a quelques mois en pensant qu’elle te servirait.

Je te suggère de tenter cette manoeuvre de dernière minute. Elle prouvera ton attachement profond à l’Etat de droit, et à la dignité de ta fonction. Elle sera comme le bouchon poussé, cette fois, définitivement trop loin.

Je me réjouis par avance de cette très belle crise de régime que tu nous prépares!

Hollande, meilleur ennemi de la solidarité mutualiste

Officiellement, François Hollande est un ami de l’esprit mutualiste et de cette fameuse solidarité dont la forme est née en France au dix-neuvième siècle. Dans la pratique, le Président socialiste a patiemment explosé cette forme mutualiste jusqu’à en dénaturer le sens ou à intimer l’ordre, à ceux qui veulent en préserver la quintessence, de renoncer à leur activité.

La conférence de presse de Philippe Mixe, président de la FNIM, en a donné une nouvelle démonstration.

La solidarité mutualiste, de quoi s’agit-il?

Une mode veut diluer la solidarité mutualiste dans un grand ensemble appelé économie sociale et solidaire où se mélangent pêle-mêle des entreprises dont le capital est détenu par leurs salariés, des associations, et des assurances santé (ou des banques) détenues par leurs sociétaires. Cette dilution du monde mutualiste est déjà un signal envoyé sur l’intention des pouvoirs publics de « métamorphoser » les mutuelles du dix-neuvième siècle en un tout obscur porté par des valeurs dont plus personne ne vérifie l’application quotidienne.

C’est bien dommage, car ce qu’on appelait une mutuelle est, comme l’a rappelé Philippe Mixe, une logique qui mérite d’être pensée dans notre siècle: de simples particuliers se regroupent sans l’Etat pour organiser leur propre protection sociale. Liberté, responsabilité, indépendance, ces valeurs-là ont encore quelque chose à nous dire…

Une tendance séculaire

Ces regroupements solidaires qui firent florès sous la Restauration et connurent un âge d’or sous le Second Empire, avaient pris un virage intéressant dans les années 30. Lorsque Vichy arrive, la mutualité est alors à son apogée: c’est elle qui organise l’assurance santé en France.

Lorsque les brillants technocrates du Conseil d’Etat fomentent leurs premiers projets de sécurité sociale, les Laroque, les Parodi, c’est-à-dire dès les années 30, le sort de la mutualité est pourtant scellé: elle sera remplacée par la sécurité sociale et réduite à la portion congrue. Son destin sera de se cantonner au remboursement de la part complémentaire laissée derrière elle par la sécurité sociale.

Après avoir livré un dernier combat sous Vichy contre la mise en place de la sécurité sociale, la mutualité perd définitivement la manche en 1945 et entame son long mouvement de reflux historique.

La javellisation des années 2000

Ce mouvement trouve peu à peu son aboutissement. Il existait, il y a 20 ans, plusieurs milliers de mutuelles. En 2008, on en comptait à peine 1.000. En 2016, elle seraient environ 600 dont la moitié seulement dotée d’une véritable indépendance financière.

Dans le même temps, ont émergé des géants de la mutualité: les MGEN, Harmonie, entre autres, qui font le coeur de la FNMF et qui rivalisent avec les acteurs capitalistes et paritaires.

Bercy veut achever l’indépendance mutualiste

Mais ce mouvement n’est pas suffisant pour la technostructure française, obsédée par le jardin à la française: il faut supprimer au maximum la « concurrence émiettée » et imposer un modèle d’organisation économique où le marché est détenu par quelques acteurs seulement, dont la taille est qualifiée de « critique ». Le président de la FNIM préfère l’expression de « taille critiquable ».

Pour mener à bien ce projet, la technostructure dégaine son arme favorite: l’ordonnance de transposition d’une directive communautaire. La seule mention de cette expression suffit à annoncer la suite: une réglementation imbuvable qui permet d’imposer de nouvelles normes de production et de fonctionnement impossible à respecter par les petites mutuelles.

La résistance de la FNIM

Cette transposition, qui est aussi une concentration au forceps du marché, ne coule pas de source. Le président de la FNIM rappelle en effet que les directives communautaires n’ont jamais intégré les petites mutuelles santé françaises dans les « scopes » systémiques qui justifient les durcissements réglementaires. Aucune petite mutuelle française, en effet, ne risque de mettre l’économie mondiale en péril en cas de faillite. Alors pourquoi leur imposer des normes qui rend leur fonctionnement impossible en les forçant à accepter des organisations et des procédures prudentielles internes si coûteuses que leur avenir est compromis?

Hollande, meilleur ennemi de la mutualité

Cette obsession de la norme favorable aux grands et mortifère pour les petits est typique de l’élite administrative française. On ne sera pas étonné de voir que François Hollande, haut fonctionnaire de naissance, est-on tenté de dire, et donc ennemi de la liberté, s’est rallié à cette cause sans coup férir. En enjambant les valeurs de solidarité tant adulées par son camp.

Les branches protègent-elles les TPE? L’exemple de la boulangerie

Les branches professionnelles, que tout le monde (même le paraît-il libéral Macron) évoque comme le recours magique pour réformer le droit du travail, protègent-elles les plus petites entreprises, ou bien pour les éreinter? Comme personne n’évoque ce sujet, s’est installé le mythe d’une concurrence terrible pour les petites entreprises, que seul un recours à la branche permet de tempérer. Ces grands enfants que sont les petits entrepreneurs auraient besoin d’une sorte de maman protectrice appelée la branche professionnelle pour éviter les désastres du capitalisme.

Qu’est-ce qu’une branche?

Cette opinion est largement répandue et colportée par les organisations syndicales qui laissent croire que la branche est un garde-fou au service des petits contre les gros. Bien entendu, personne n’a le souci de vérifier la véracité de cette affirmation qui défie l’entendement.

Qu’est-ce qu’une branche, en effet, et qui y siège? Du côté des salariés, le partage est assez simple: sont représentatives dans les branches les organisations qui représentent plus de 8% des salariés aux élections professionnelles dans les entreprises. Du côté patronal, en revanche, dans l’attente de la réforme en cours, la branche reste un maquis où négocient et signent des organisations qui ne représentent qu’elles-mêmes.

Dans le cas de la boulangerie, la Confédération, qui refuse de publier ses comptes, ne grouperait que 10% des entreprises du secteur. C’est bien peu pour imposer des normes contraignantes à toute une profession.

Branche et corporation

Les branches sont en réalité une espèce de bureaucratie où siègent physiquement des gens que personne ne connaît, et qui sont désignés selon des modalités très floues et très changeantes. Leur fonction est d’administrer la vie d’une profession à la manière des corporations d’Ancien Régime (ou du régime de Vichy, c’est selon). Pour se financer, les branches mettent en place des tas de bastringues qui deviennent autant de facteurs de blocage et de frein dans la « démocratie sociale » auto-proclamée.

La boulangerie, exemple de « démocratie sociale »

De tous ces maux et vices, la branche de la boulangerie offre la plus pure des quintessences.

Pour se financer, les partenaires sociaux de la boulangerie ont en effet, en 2006, désigné AG2R comme assureur santé et prévoyance unique de la branche. Les partenaires sociaux sont commissionnés sur le contrat, comme le démontrent les comptes de la Fédération des Entreprises de Boulangerie (FEB).

Ces choix ont été imposés aux petits artisans de la branche au mépris total des principes démocratiques. Il faut suivre le combat du boulanger Beaudout pour le comprendre:

La branche, où le triomphe du conflit d’intérêts

Derrière toute cette affaire, ce qui apparaît clairement, c’est la manie du conflit d’intérêt. Le président de la confédération de la boulangerie oublie de dire à ses adhérents qu’il est administrateur d’AG2R, à qui il offre sur un plateau d’argent un contrat de plus de 100.000 têtes. Lorsque les petits artisans posent des questions sur le pourquoi du comment, ils reçoivent des menaces et des fins de non-recevoir.

C’est beau, la démocratie sociale dans les branches.

Non, les branches ne protègent pas les petites entreprises

De l’affaire Beaudout, une seule leçon est à tirer: non, les branches ne protègent pas les petites entreprises. En réalité, les branches sont des instruments au service d’une bureaucratie pour imposer des règles qui favorisent arbitrairement certains, et pénalisent d’autres.

Et l’expérience montre que les règles, dans les branches, servent beaucoup plus à protéger les gros que les petits. La boulangerie en est la preuve.

Hollande peut-il démissionner Valls?

Avec la polémique lancée sur la déclaration (ou non) de candidature de Manuel Valls à la présidence de la République, une question constitutionnelle se pose: un Président de la République peut-il mettre fin aux fonctions d’un Premier Ministre? Contrairement à ce qu’on imagine, la réponse à cette question ne coule pas de source…

Valls et sa démission face à la Constitution

Constitutionnellement, la fin de fonction du Premier Ministre est bornée par l’article 8 de la Constitution:

Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.

Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Littéralement, donc, le texte prévoit l’enchaînement de séquences logiques suivant:

  1. le Président nomme les ministres sur proposition du Premier Ministre
  2. le Président met fin aux fonctions des ministres sur proposition du Premier Ministre
  3. le Président nomme le Premier Ministre
  4. … le Président reçoit la démission du Gouvernement, ce qui met fin au mandat du Premier Ministre.

La Constitution n’a donc pas prévu qu’un Premier Ministre soit « changé » dans démission du gouvernement. Elle n’a pas non plus prévu une cessation de fonction du Premier Ministre sur décision simple du Président. Il faut que le gouvernement démissionne pour que le Premier Ministre perde son poste.

Une amusante situation institutionnelle

Dans l’hypothèse où Manuel Valls déciderait d’affronter François Hollande à la primaire, la France connaîtrait donc une situation institutionnelle tout à fait originale. Jusqu’ici, les cas de collision frontale entre un Premier Ministre et un Président s’étaient limités aux situations de cohabitation, notamment en 1986, puis en 1993, puis en 1997.

L’une des situations les plus drolatiques fut d’ailleurs celle de 1996, où Jacques Chirac Premier Ministre de droite affrontait François Mitterrand, président sortant de gauche. La situation que Manuel Valls pourrait créer ressemblerait à une sorte de cohabitation « de l’intérieur », propre au même camp politique. L’affaire ne manque pas de piment.

Dans la pratique, elle obligerait François Hollande à composer. Constitutionnellement, il n’aurait en effet pas les moyens de « casser » la nomination de Manuel Valls à Matignon. Il en serait donc réduit à faire contre mauvaise fortune bon coeur, comme Mitterrand le fit avec Chirac en 1986.

Le risque d’une crise de régime

François Hollande serait-il assez irresponsable pour exiger la démission du Premier Ministre, lequel aurait les moyens constitutionnels de refuser de la présenter et de s’accrocher à son poste? Cette tournure extrême des événements serait peu probable, mais François Hollande, avec sa logique de normalité, nous a habitués à la réalisation des improbabilités statistiques.

D’une certaine façon, une telle crise à la tête de l’Etat constituerait le dénouement logique, presqu’attendu, d’un quinquennat cataclysmique où tous les cas inimaginables jusqu’ici se sont vus: maîtresse furieuse lavant son linge sale dans les librairies, danseuse nourrie à l’Elysée, coiffeur à 10.000 euros par mois à demeure, journalistes présents à tous les étages, conseillers en communication s’attribuant officiellement le beau rôle dans le fonctionnement de l’Etat par documentaire télévisé interposé, ministre du budget fraudeur au fisc, on en passe et des meilleures.

Tous ceux qui avaient imaginé que la France était tombée au plus bas avec Nicolas Sarkozy ont découvert qu’avec François Hollande, on pouvait faire pire en creusant le plancher. Dans ces conditions, pourquoi ne pas terminer en beauté par une sorte de gel de la décision exécutive?

La Constitution n’est plus adaptée à nos moeurs politiques

On voit bien que, derrière ces considérations techniques, le problème majeur de la Constitution de la Vè République est de ne plus correspondre à nos moeurs politiques. François Hollande lui-même en avait eu l’intuition en évoquant la suppression du poste de Premier Ministre.

Nul ne sait si ce point-là répond en l’état aux attentes de notre temps. En revanche, il est probable qu’un rééquilibrage de la fonction exécutive en France soit inévitable. Le quinquennat qui vient de s’écouler a en tout cas prouvé avec force que Premier Ministre et Président peuvent se marcher sur les pieds et vivre une véritable concurrence dans l’exercice du pouvoir. Dans le même temps, le gouvernement n’aura jamais été aussi impuissant, ni autant privé de véritable influence sur la société.

Qu’on le veuille ou non, la vie de la Vè République touche à sa fin, pour des raisons qui lui sont intrinsèques: les règles de la Constitution concourent à empêcher le renouvellement des élites. Et l’excès de consanguinité chez celles-ci produit de la débilité profonde, et même létale.

Fillon, un programme pré-impérial

L’intérêt de la victoire large de François Fillon est d’offrir, enfin! un espace politique clair et légitime à un programme pré-impérial, frappé d’un bonapartisme ambitieux. On l’attendait depuis longtemps, et enfin il arrive.

Un programme pré-impérial parce que souverainiste

François Fillon a fait campagne, en son temps, contre le traité de Maastricht. Le discours qu’il a prononcé vendredi dernier se situe dans la droite ligne de ce combat: faire de la France, dans les 10 ans, le première puissance européenne. Redevenir la cinquième puissance mondiale (derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, mais qui sera le quatrième?). Ces idées simples, mobilisatrices sont la base d’une puissance française renouvelée.

Quelque chose n’est pas dit, dans ce programme: la relation avec l’Allemagne. Fillon a la prudence de ne pas en parler, de ne pas abattre ses cartes tout de suite. Cette prudence tient aussi à une logique diplomatique: il s’agit, ici, de laisser l’Allemagne sortir du bois avant de prendre une option.

Mais il ne faudra pas gratter longtemps pour comprendre que, dans l’esprit de Fillon, le relèvement du pays est antagoniste au développement de l’Allemagne. Cette affaire existait déjà il y a deux mille ans. La France ne retrouvera sa grandeur qu’en assumant sa souveraineté.

Une autre vision de l’Europe

L’Europe, Fillon fait avec. Mais il porte un puissant projet de rééquilibrage face à l’Allemagne, par une alliance discrète avec la Russie. Là encore, le bon sens triomphe. Depuis 40 ans, la France s’abaisse. Depuis 40 ans, les élites françaises n’ont qu’un mot à la bouche: le couple franco-allemand comme seule planche de salut.

Quelle erreur dramatique! quelle catastrophe pour notre pays! Car le prix de l’alliance avec une Allemagne rattachée à la Prusse depuis 1991 est extrêmement élevé. L’Allemagne a instrumentalisé le marché unique pour javelliser la concurrence industrielle de ses voisins et pour devenir la seule puissance exportatrice de l’Union. Subrepticement, l’Union Européenne s’est transformée en Lebensraum germanocentré. Tous les pays de l’Union se sont transformés, sans qu’on ne s’en aperçoive clairement, en d’immenses ruches où les abeilles butinent pour le compte d’une seule reine: l’Allemagne.

Un retour à la politique gaulliste de rééquilibrages des relations internationales par une relation privilégiée avec la Russie, mais aussi avec nos alliés arabes historiques, est salutaire.

La France, horizon indépassable d’un projet européen humaniste

En filigrane de ce projet, c’est évidemment la conception même de l’Europe qui est en jeu.

Par une bizarrerie des préjugés, l’élite parisienne oppose la souveraineté française et la construction européenne. C’est absurde! Le seul projet européen viable qui ait existé dans l’histoire, est celui d’une inclusion plus ou moins directe de l’Europe dans la souveraineté française.

La relance de l’Europe ne peut passer que par un épisode narcissique français. Nous devons nous aimer et assumer notre rayonnement sur le continent. Nous devons retrouver nos territoires naturels historiques. Rappelons que l’extension naturelle de la Gaule, c’est le Rhin, sur tout son parcours, ce qui inclut une bonne part de l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique, et une bonne part de la Hollande.

Ce sont nos frontières de 1814 que nous devons retrouver plus ou moins directement.

Projet impérial ou pré-impérial?

Reste à savoir jusqu’où François Fillon peut aller dans le déploiement de ce projet continental.

En l’état, malgré sa large victoire, François Fillon n’a pas tranché un certain nombre d’ambiguïtés. Il n’a par exemple pas pris position sur la zone euro, sur la stratégie monétaire européenne, ou alors ses prises de position sont restées incertaines. En ce sens, François Fillon devra composer avec des soutiens qui sont probablement moins avancés que lui sur ces questions, ou qui se montreront plus incertains.

Pour passer les caps nécessaires, François Fillon aura besoin de renouveler en profondeur les élites de gouvernement, pour favoriser l’avénement de décideurs plus enclins à formuler un autre projet continental.

La campagne constituera un bon test

À quelle vitesse François Fillon parviendra-t-il à recomposer les élites? La campagne des présidentielles sera un bon test. Soit François Fillon reste avec ses équipes actuelles, et on peut se faire du souci. Soit il décide de recomposer son entourage, et le meilleur est imaginable.

Ce que les entrepreneurs attendent d’un candidat de droite

Un candidat de droite est-il forcément soutenu par les entrepreneurs? C’est ce que beaucoup croient, mais la réalité est beaucoup plus nuancée et complexe que les apparences ne le suggèrent. La campagne qui s’ouvre à droite devrait le montrer une fois de plus.

Un candidat de droite n’est pas un candidat de l’entreprise

Combien de « grands élus » de la droite ont-ils déjà mis les pieds dans une entreprise? Il suffit de regarder le casting de la primaire (les sept candidats initiaux, en l’occurrence), pour comprendre que la droite pratique à peine plus que la gauche le recrutement de ses notables dans le secteur privé.

La primaire de la droite comptait quatre hauts fonctionnaires dans ses rangs: Alain Juppé, bien sûr, qui fut inspecteur général des finances… Bruno Le Maire était diplomate. Jean-François Copé était administrateur de la Caisse des Dépôts et Nathalie Kosciusko-Morizet a intégré le ministère des Finances à sa sortie de l’Ecole Polytechnique.

Contrairement aux légendes urbaines, on ne dira pas forcément beaucoup mieux de François Fillon et de Nicolas Sarkozy. Tous deux ont commencé leur carrière politique dès la fin de leurs études, et la politique a constitué l’essentiel de leur occupation. Aucun des deux ne peut se revendiquer d’une expérience concrète de chef d’entreprise, d’employeur, qui affronte les URSSAF pour ses salariés et doit mettre en oeuvre l’épaisse couche de réglementation concoctée année après année par le Parlement et l’administration.

Seul Jean-Frédéric Poisson a tâté de la vie de directeur des ressources humaines (dans la métallurgie), ce qui ne suffit d’ailleurs pas à faire comprendre ce qu’est réellement une entreprise.

Autrement dit, la droite ne peut se revendiquer d’une proximité naturelle avec le monde de l’entreprise. Cela ne signifie pas que les candidats de droite n’entendent pas les problématiques des entrepreneurs et des employeurs. Mais elles leur sont beaucoup moins familières que les problématiques publiques, beaucoup moins vécues…

Le candidat de droite face au RSI

Un bel exemple de cet éloignement de la droite face aux problématiques des chefs d’entreprise est celui du régime social des indépendants (RSI). Le RSI constitue une torture épouvantable pour les entrepreneurs et même, en soi, un plaidoyer contre l’entreprise. Même si les médias subventionnés n’en parlent pas beaucoup, la contre-performance de ce régime unique imposé aux entrepreneurs est un scandale absolu:


Des entrepreneurs marchent contre le régime… par francetvinfo

Sur le RSI, pourtant, aucun candidat ne fait le choix de rompre avec la logique d’un régime unique, prêt à être rattaché au régime général, telle que les conseillers d’Etat Bas et Dutreil (soutien de Macron aujourd’hui) alors ministres de la droite l’avaient conçu.

Eh oui! faut-il rappeler que la torture quotidienne infligée aux entrepreneurs dans ce pays vient de la droite et non de la gauche? D’une droite élitiste, technocratique, qui se considère comme la dépositaire naturelle du pouvoir?

Le RSI et les programmes

Ni Alain Juppé ni François Fillon ne formulent d’ailleurs des propositions satisfaisantes sur le RSI.

Alain Juppé a, c’est vrai, le programme le plus délirant sur le sujet:

Mettre fin aux dysfonctionnements inadmissibles du RSI. (…)

Accompagner l’essor du travail indépendant en laissant notamment le choix entre l’affiliation au RSI ou au régime général aux assurés au fur et à mesure de leur parcours professionnel.

Mais, ce que nous voulons, Alain, ce n’est pas choisir entre le pire et le plus pire. Ce qu’on veut, c’est la libre concurrence entre le RSI et les régimes privés. Nuance!

François Fillon a mieux pris en compte la question, puisqu’il propose un régime socle commun, avec des possibilités de supplément au-delà. C’est un début, mais comme j’ai eu l’occasion de le dire à son équipe de campagne, il faut aller au-delà en supprimant le monopole du RSI. Malheureusement, cette proposition a beaucoup de mal à émerger…

Pourquoi les vrais problèmes des entrepreneurs sont bloqués

Dans le cas de Fillon et des entrepreneurs, le blocage des problématiques s’expliquent assez simplement. Si Fillon est accessible au problème, il est entouré par un certaines de technocrates qui sont bien décidés à ne pas « casser l’outil ». Je me suis diverti, d’ailleurs, en écoutant les récits de son entourage: avant même toute élection, les entrepreneurs qui entourent Fillon (et il y en a…) ont appris à contourner ces quelques « technos » persuadés de tout savoir de la vie et bien décidés à freiner les espérances de réforme.

Si Fillon est élu, ce qui est probable, son défi, pour rencontrer les entrepreneurs et libérer l’entreprise en France, sera bien de ne pas se laisser embobiner par ces faiseurs de l’aristocratie, qui considèrent que le peuple est à leur service, et non l’inverse. Je ne résiste pas ici à l’envie de rappeler comment Patrice Leconte, dans le film Ridicule, a très bien décrit l’état d’esprit dominant dans la haute fonction publique contemporaine et ses essaimages auprès des candidats:

Le candidat ne fait pas tout… son entourage compte aussi

Il existe donc une terrible réalité dans la démocratie! le candidat peut être le plus valeureux du monde, s’il est mal entouré, son programme est réduit à néant et ses espérances de réforme sont nulles ou presque. Toute la difficulté du pouvoir est bien là. La machine à décider est complexe. Les gens capables de la faire fonctionner son généralement faits du même bois: ce sont des hauts fonctionnaires pétris d’étatisme et naturellement éloignés de la prise de risque.

Pour un Président de la République, toute la difficulté est contenue ici.

Pour les entrepreneurs, cette difficulté est un véritable pic himalayen, dont il n’est pas sûr qu’il puisse encore être franchi…

Mort de Castro: une anthologie des plaidoyers pour le totalitarisme

La mort de Fidel Castro donne l’occasion d’un prurit régressif sur les bienfaits de la dictature. Ceux qui n’ont pas de mots assez durs sur toute une série de régimes abominables trouvent des mots doux à prononcer sur le régime castriste et la sympathie qu’il peut inspirer. Cette discrète nostalgie pour la bonne époque où le marxisme-léninisme imposait sa loi méritait bien une petite anthologie et son décodage.

Castro, le De Gaulle cubain?

France 24 publie une interview drolatique de Stéphane Witkowski, enseignant à l’IHEAL (Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine), rattaché à l’université Paris III. Les réponses de l’intéressé laissent songeurs:

C’est une très grande figure de l’histoire du XXe siècle qui disparaît. Non seulement c’était un rebelle, un révolutionnaire, un stratège qui admirait Napoléon, mais aussi un homme de communication assez exceptionnel, un homme d’État et, par certains aspects, un grand réformateur de Cuba. Il faut rappeler qu’il a réduit un grand nombre d’inégalités sociales dans son pays. (…)

Au delà du bilan du castrisme, les Cubains sont attachés à la personnalité de Fidel. Ils sont fidélistes avant d’être communistes. Ils sont attachés à sa personne comme les Français le sont au général de Gaulle, l’homme de la Résistance et de la libération nationale.

Curieusement, France 24 oublie de préciser que Stéphane Witkowski est un invité régulier de l’association de coopération franco-cubaine, où ses interventions servent de support à des prises de position pro-castristes. L’universitaire oublie étrangement de souligner que Cuba est classé au 69è rang mondial en terme de développement humain. Au demeurant, on rappellera qu’il a fallu attendre la sénilité, puis le départ de Castro, pour le PIB cubain augmente significativement (dans un cycle proche de ses voisins capitalistes d’ailleurs).

Castro
Source: Banque Mondiale

L’Humanité en plein exaltation

Sans surprise, l’Humanité, le quotidien communiste qui ne vit plus que par la grâce du contribuable, ne tarit pas d’éloge sur le dictateur des Caraïbes. On relèvera cet article époustouflant en une:

Lorsqu’on évoque le manque de libertés à Cuba, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question : un pays harcelé, étranglé, en guerre permanente, constitue-t-il le meilleur terreau pour favoriser l’épanouissement de la démocratie telle que nous la concevons en occident et que, à l’instar de George Bush, certains souhaiteraient calquer mécaniquement en d’autres endroits du monde, particulièrement dans le Tiers monde? Lorsque dans les salons douillets parisiens, on juge, tranche, condamne, sait-on au juste de quoi on parle ?

Les journalistes de l’Humanité, c’est bien connu, sont tous mieux placés que nous – eux qui vivent en état de guerre permanent contre le capitalisme… Ah! quelles sont douces les leçons de résistance des communistes français, quasiment fonctionnarisés par un Etat capitaliste qu’ils vomissent, mais dont ils sont heureux de recueillir les subventions. Celles-ci les mettent en excellente position pour justifier la dictature!

Mélenchon se lâche

La dictature d’un seul homme et de ses amis au nom du peuple, de l’égalité, de la « sociale », du prolétariat, hhhmmmm, miam miam. Le rêve de Mélenchon pour la France s’est incarné à Cuba. D’ailleurs, il appelle à un rassemblement commémorial dans les rues de Paris.

 

Pierre Laurent face à l’émancipation humaine

On appréciera aussi la réaction de Pierre Laurent à cette information. Pour mémoire, Pierre Laurent est secrétaire général du Parti Communiste (français).

« Ca a été dans le XXe siècle, l’un des dirigeants du mouvement d’émancipation humaine. La révolution qu’il a menée a eu lieu à l’époque de la décolonisation et s’inscrivait dans ce mouvement de restauration de la souveraineté des peuples. C’est ça qui restera dans l’Histoire »

Il est fascinant de voir… la fascination des communistes pour la dictature, et leur capacité à confondre émancipation humaine et emprisonnement politique.

Ne pas oublier qu’insoumission rime avec oppression

Ces petits rappels ne sont pas inutiles. L’extrême gauche française est profondément nostalgique de la répression et n’aime pas les libertés publiques. Elle est toujours prête à justifier leur abrogation, et la brutalité qui l’accompagne.

Ne jamais l’oublier, à l’approche des présidentielles…

Fillon et la santé: enfin une réforme de bon sens!

Article écrit pour le Figaro Vox.

François Fillon avance, sur la santé, des propositions encore mal comprises par les Français. Et c’est bien dommage, car le mouvement en avant qu’il propose constitue une vraie réforme équitable. Les quelques lignes qui suivent tentent de la rendre plus claire, en dehors des simplifications inquiétantes (car immobilistes) d’Alain Juppé qui explique de façon suicidaire (car c’est une promesse impossible à tenir dans les années futures) qu’il ne touchera pas aux taux de remboursement de la sécurité sociale.

Les cancéreux, grandes victimes de la sécurité sociale

Régulièrement, la presse se fait l’écho des scandaleux restes à charge en cas de cancer. En moyenne, une victime du cancer doit débourser de sa poche 750 euros par an pour être soignée. Ce seul fait prouve que notre sécurité sociale, élevée au pinacle par tant de bien-pensants, dont Alain Juppé lui-même, n’est qu’une forme très dégradée de protection sociale. S’il existe en effet des maladies où la médecine devrait être gratuite et généreuse, ce sont ces maladies longues et graves qui constituent le vrai risque santé en France. 

Pourtant, nous avons fait le choix inverse. La stratégie de remboursement des frais de santé en France consiste en effet à ne pas prioriser le risque. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser n’importe quel soin, et de ne surtout pas sacrifier les soins « visibles » (les grippes, les bronchites, la presbytie, la visite chez le dentiste), parce que ce sont ceux qui rapportent le plus d’électeurs. Certes, les maladies « ordinaires » sont moins généreusement remboursées que les affections de longue durée. Mais la généralisation des complémentaires santé fait que, dans la pratique, un patient est mieux couvert lorsqu’il a la grippe que lorsqu’il a un cancer.

Notre absurde stratégie de dépense en santé

Pour mémoire, l’assurance maladie en France assume environ 250 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont un petit 80 milliards pour les maladies graves.

Si la sécurité sociale constituait une protection sociale performante, elle allouerait à la prise en charge de ces maladies graves (le cancer, le SIDA, l’hépatite, le diabète, etc.) une somme d’au moins 100 milliards. Seule cette augmentation de dépense permettrait d’éviter tout reste à charge du patient.

Pour le coup, ce geste serait tout à fait mérité dans la mesure où le renoncement au soin pour ces maladies constitue une véritable prise de risque. Le sens de l’assurance maladie se situe là.

L’amélioration de la prise en charge du cancer est impossible en France du fait des arbitrages macro-économiques. Comme la sécurité sociale met absurdement (et pour des raisons électoralistes) dans la même enveloppe budgétaire les remboursements de maladies graves et ceux de maladies anecdotiques, il faut bien équilibrer les efforts. Pour que Madame Michu, qui se rend chaque semaine chez son médecin pour s’occuper et avoir une prescription, continue à être prise en charge à 70% par la sécurité sociale, on explique à la femme victime d’une mastectomie que la chirurgie réparatrice qui lui permettra de ne plus ressembler à une Amazone est à sa charge. Et ça coûte cher.

Au passage, on ne dit pas assez que la solidarité invoquée à tout bout de champ dans le domaine social fait toujours des victimes, et généralement ce sont les plus faibles. En l’espèce, on sacrifie volontiers la jeune maman frappée par le cancer pour s’occuper des plus âgés, généralement détenteurs d’un patrimoine, et très décomplexés sur la dépense en santé.

La question emblématique des lunettes

Dans cet inventaire à la Prévert de maladies, de médicaments et de dépenses en tous genres, la sécurité sociale fait très fort au nom d’un égalitarisme à trois francs six sous. Elle veut se mêler de tout, comme si toutes les maladies relevaient du même risque et de la même logique de remboursement, sans songer que ce sont chaque fois les maladies graves qui sont sacrifiées.

Les frais d’optique constituent sans doute l’exemple le plus emblématique de cette gabegie organisée au nom de l’égalité et de la fantasque universalité de la sécurité sociale. La sécurité sociale se sent obligée de rembourser toutes les lunettes et tous les verres prescrits par un ophtalmologue. Mais les montants de remboursements sont si ridicules qu’ils pourraient être supprimés sans qu’aucun assuré ne s’en aperçoive.

Au demeurant, le légitimité d’une intervention de la sécurité sociale dans les remboursements de lunettes est sujette à caution. La baisse de la vue est en effet un risque certain chez les humains. On n’est pas sûr d’avoir un cancer, mais on est toujours sûr de devenir presbyte. Alors pourquoi rembourser ce risque certain comme s’il était aléatoire?

En réalité, la prise en charge des lunettes relève de l’épargne et non de l’assurance.

Fillon propose une nouvelle logique du risque

Dans le projet de François Fillon tel qu’il est avancé aujourd’hui, l’idée sous-jacente est donc de revenir au sens original de l’assurance maladie: ne plus rembourser les risques certains, et concentrer les moyens sur les risques aléatoires. Laisser, au fond, chaque citoyen prendre ses responsabilités avec les petites maladies du quotidien comme la grippe ou la bronchite, la presbytie et même la rage de dents. En revanche, la collectivité pourra renforcer la prise en charge des maladies graves, chroniques, de longue durée, et retrouver des soins de très haute qualité pour ces profils à risque.

Entendons-nous sur ce que signifie « laisser chaque citoyen prendre ses responsabilités ». La France est dotée aujourd’hui d’un marché extrêmement mature de complémentaires santé. L’offre est pléthorique, concurrentielle, efficace. Pour les frais d’optique, pour les prothèses dentaires, il est acquis que l’externalisation du risque auprès de ces acteurs complémentaires permettra à la fois de diminuer les coûts et d’améliorer la qualité des soins.

En particulier, la bonne maîtrise des données de santé et le recours systématique à des réseaux de soins constitue une évolution importante dans la révolution sanitaire que nous pouvons engager, dans la mesure où elle permet de salarier les médecins qui le veulent et de garantir les meilleurs prix aux assurés et aux patients.

Combien ça coûte?

La question que se posent les Français, bien entendu, est de savoir si ce système rendrait la santé plus chère ou non.

Contrairement aux préjugés largement répandus, la réforme de François Fillon permettra de diminuer le coût de la santé pour les particuliers. En effet, ils troqueront des dépenses mal gérées par la sécurité sociale et les hôpitaux publics, contre une dépense soumise à la concurrence du marché et donc mieux gérée par des acteurs qui risqueront de perdre leur portefeuille en cas d’insatisfaction de l’assuré.

Pour arriver à ce système, l’assurance maladie perdra une partie de son périmètre d’intervention et pourra donc sensiblement baisser ses cotisations (ce qui libérera de la compétitivité pour les entreprises). Ces sommes libérées ne seront que partiellement compensées par la hausse des tarifs des complémentaires santé. L’assuré sera donc finalement gagnant.

La question de la sélection du risque

Certains ne manqueront pas d’opposer à ce raisonnement imparable la manie des assureurs de sélectionner le risque. Les prix baisseront, diront-ils, pour les jeunes en bonne santé, et augmenteront pour les vieux malades.

Ce point doit être traité sur le fond, car il est aujourd’hui perverti par l’égalitarisme apparent de la sécurité sociale, qui matraque les jeunes avec des cotisations élevées pour mal prendre en charge les plus âgés (on ne compte pas ici le nombre d’anecdotes sur les seniors qui passent des heures sur un brancard dans les couloirs des hôpitaux sans voir un médecin).

En réalité, la France n’a pas encore assumé la révolution du 4è âge qui devrait résoudre un grand nombre de ses problèmes. Le coût de la santé pour les seniors est en effet très lié aux derniers mois de vie, et même aux dernières semaines. Le moment vient sans doute de régler ce sujet en prévoyant d’autres modes de financement des soins pour ces sujets spécifiques, spécialement en faisant jouer les actifs successoraux.

Ces choix techniques indispensables permettront de rétablir une parfaite équité dans le système de santé proposé par François Fillon.