Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Après le Mediator, le scandale du cancer du sein?

Pourquoi l’Etat étouffe-t-il le scandale du cancer du sein, comme il a étouffé en son temps le scandale du Mediator?

Des statistiques mondiales alarmistes

Commençons par le commencement. Devant l’étrange pénurie de statistiques relatives aux cancers du sein, il est possible de reconstituer quelques éléments fondamentaux.

Selon des chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de nouveaux cas de cancers du sein a augmenté de 20% dans le monde entre 2008 et 2012. La mortalité due à ce cancer a augmenté de 14% durant la même période. Plus de 500.000 femmes meurent chaque année de cette maladie, et 1,7 millions de femmes en déclarent un. Rappelons qu’en 2007, on considérait que près de 2,5 millions de personnes avaient contracté le virus du SIDA. On voit que le cancer du sein est un phénomène qui n’est pas loin d’atteindre les mêmes proportions.

Toujours selon la même source, l’incidence de cette maladie est trois fois plus importante en Europe Occidentale qu’en Afrique. N’est-ce pas bizarre?

En France, le grand silence…

En France, la réalité est un peu différente et étrangement passée sous silence. Selon des chiffres officiels, on détecte près de 50.000 cancers du sein chaque année en France. Toutefois, la progression de la maladie semble enrayée depuis 2005, pour une raison présentée de façon laconique, mais sur laquelle on aimerait avoir quelques explications supplémentaires:

Concernant le cancer du sein, un facteur important de cette baisse de l’incidence depuis 2005 pourrait être la diminution de la prescription de traitements hormonaux de la ménopause ou de leur durée. L’arrêt de la montée en puissance du dépistage peut également être évoqué.

Tiens donc… il y aurait des traitements hormonaux qui déclencheraient des cancers et on ne nous en parle pas?

Quand on fouille les statistiques du cancer du sein

En approfondissant les statistiques publiées par l’Institut de Veille Sanitaire, on trouve ceci:

Le document mérite d’être lu attentivement, parce qu’il comporte des chiffres difficiles à comprendre selon la méthode habituelle qui veut que plus on vieillit plus on déclare de cancer.
En particulier, j’en extrais ce tableau très parlant:
Source: INVS
Source: INVS

Ces quelques lignes montrent clairement qu’une femme née en 1940 a deux fois plus de risques de déclarer un cancer du sein qu’une femme née en 1920. On aimerait bien savoir pourquoi.

Le tableau suivant donne une indication supplémentaire sur l’évolution de la maladie depuis 1980:

Source: INVS
Source: INVS

Depuis 1980, le nombre de cas de cancers du sein a été multiplié par 2,5, quand la population française augmentait d’à peine 20%. On peut donc parler d’une explosion du cancer du sein en France, tout particulièrement entre 1980 et 2005 – sujet sur lequel personne ne semble s’être penché particulièrement.

La lecture conjointe des deux tableaux montre que cette explosion a particulièrement concerné des femmes nées entre 1940 et 1950, donc des femmes entre 40 et 60 ans. Là encore, ce sujet est resté tabou dans les discours officiels.

La Sécu rembourse-t-elle des pilules qui tuent?

En menant quelques recherches, on s’aperçoit qu’une explication probable du phénomène tient à une exposition grandissante des femmes aux pilules oestroprogestatives. Autrement dit, l’explosion du cancer du sein est une conséquence indésirable de la pilule contraceptive et spécialement de la pilule surdosée.

Assez curieusement toutefois, ce sujet qui prend pourtant des proportions considérables est totalement évacués des préoccupations officielles. Par exemple, en 2013, lorsque s’est posée la question des risques afférents aux pilules de 3è et de 4è générations, le ministère de la Santé a totalement évacué la question, et ne s’est concentré que sur le problème que sur le risque de complications thrombo-emboliques veineuses (phlébites). A ce titre, Marisol Touraine a pris des décisions ahurissantes:

La Ministre demande également à l’ANSM que la pilule de 2 ème génération soit systématiquement privilégiée, sauf situations particulières ; les pilules de 3 ème et 4 ème génération ne doivent plus être proposées en premier choix.

Il est toutefois probable que les pilules de 3è et de 4è générations soient beaucoup moins cancérigènes que les pilules privilégiées par le ministère de la Santé.

Le cancer du sein, un problème d’accès aux données

Comme dans l’affaire du Mediator, le scandale probable de la pilule remboursée par la Sécurité Sociale mais cause majeure de mortalité chez les femmes est rendu possible par l’opacité qui règne sur les données de santé en France.

Aujourd’hui, l’ensemble des statistiques permettant d’étudier la corrélation entre la prescription de certains médicaments et la mortalité des patients est en effet détenu par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, qui les collecte au titre de ses obligations de service public. Contrairement à une directive communautaire sur le sujet, la CNAM conserve sous le boisseau ces données et empêche les citoyens d’exercer leur contrôle sur celles-ci (anonymisées, bien entendu).

En soi, l’explosion du cancer du sein est un plaidoyer pour l’ouverture des données de santé. Faute de pouvoir faire la lumière sur cette affaire, les contrepoids aux pouvoirs exorbitants des médecins sont en effet impuissants. Quel médecin avertit la femme à qui il prescrit une pilule contraceptive des risques de cancer du sein que cette prescription présente? Quel voyage sous les Tropiques le laboratoire pharmaceutique qui fabrique cette pilule nocive a-t-il offert au médecin prescripteur en échange de son silence?

Tous ces petits arrangements sur le dos des patients sont rendus possibles par l’opacité. Seule une transparence des données publiques permettra des les neutraliser.

Après la place Vendôme, la France teste son Sapin à Berlin

Deux jours après que la sculpture polémique de Mc Carthy était retirée de la place Vendôme, Michel Sapin a pris sous le bras le micro-Macron ministre des Finances pour une visite à Berlin qui semblait directement inspirée par l’oeuvre. Cette exportation du savoir-faire français a réjoui les Allemands.

Une visite prévue de longue date que personne n’avait en tête

Officiellement cette visite était prévue de longue date, et d’ailleurs tous les médias l’ont allègrement répété: rien à voir avec une opération de dernière minute concoctée pour convaincre l’Allemagne de soutenir la France à Bruxelles. Mais, il se trouve que le sujet portait précisément sur le déficit français, et prétendait chercher des contreparties du côté allemand.

Les Allemands avaient pour leur part posé les règles du jeu dès le début du week-end, puisque Wolfgang Schaüble, le ministre prussien des Finances, avait affirmé dans une interview à Die Welt: « nous ne voulons pas de croissance à crédit » (« Nur wollen wir nicht Wachstum auf Pump »). Il avait donc d’ores et déjà fermé la porte à toute forme de compromis par lequel l’Allemagne pratiquerait une relance massive.

Donc… lorsque nos Laurel et Hardy soutiennent qu’ils sont allés demander 50 milliards d’investissement à l’Allemagne, on peut deviner qu’il y a une petite entourloupe.

50 milliards pour une relance? quelle blague?

Premier aspect de l’entourloupe: imaginer que 50 milliards d’investissement sur trois ans suffisent à faire un plan de relance est évidemment un mensonge absolu. Rappelons qu’en 2012, Nicolas Sarkozy avait lancé un grand emprunt de 35 milliards, qui n’ont pas eu le moindre effet sur la croissance. Toutes proportions gardées, 50 milliards pour l’Allemagne, ce n’est guère plus que 35 milliards pour la France. Et là, le plan s’étalerait sur trois ans. Imaginer qu’une mesure de ce genre aurait le moindre impact pour l’Europe est une vaste blague et une superbe opération de communication du gouvernement.

On notera même, si l’on pousse le raisonnement, que se réjouir d’un investissement en Allemagne ne paraît pas frappé du coin du bon sens économique. Si l’Allemagne investit pendant que nous n’investissons plus pour faire des économies, l’Allemagne améliore structurellement sa compétitivité par rapport à la nôtre… et ce n’est vraiment pas bon pour nous.

Le « schwarze Null » n’a pas bougé d’un pouce

Schaüble a calmement répété à ses visiteurs que le « schwarze Null » ou « zéro noir », c’est-à-dire le zéro déficit (jamais atteint en Allemagne depuis 1969), restait bel et bien la doctrine en vigueur en Allemagne. Si l’Allemagne consent à des investissements, ceux-ci ne seront donc financés par aucun déséquilibre budgétaire.

Soyons clairs, donc: l’Allemagne n’utilisera pas l’investisseur keynésien pour relancer l’activité, et reste obstinément sur son quant-à-soi. On voit d’ailleurs mal comment il pourrait en être autrement, puisque la tentative française d’échapper à la patrouille a d’ores et déjà soulevé un tollé, notamment en Bavière, où l’on se dit « indigné » par notre comportement.

En réalité, la France a rendu compte de sa politique à Berlin

Derrière la petite mascarade consistant à faire croire que la France obtenait des contreparties (fiction étrangement répétée par les médias amoureux de cette nouvelle servitude dans laquelle nous vivons), c’est une véritable revue des efforts français qui s’est déroulée en Allemagne. Pour obtenir le feu vert de Bruxelles, la France a expliqué aux Allemands quelle réforme elle comptait mettre en oeuvre, et a demandé l’approbation allemande.

Il est d’ailleurs assez stupéfiant de voir avec quel engouement la presse officielle relaie cette mise au pas qui nous rappelle des heures sombres. Mais il est vrai qu’un pays gouverné par des gens capables d’installer sur la place Vendôme, lieu de célébration consacré aux victoires de la Grande Armée, un sex toy géant, ne pouvait guère s’attendre à une autre posture lors d’une visite chez les nouveaux maîtres prussiens.

Test démocratique pour l’Union Européenne en Grèce

Le plan européen d’austérité touche à sa fin en Grèce, et les marchés s’affolent. Pour l’Union Européenne, il s’agit d’un test politique avant d’être un test financier.

La Grèce et l’austérité: une longue histoire

Vue de France, la politique de réformes dites structurelles menée en Grèce n’est pas forcément claire. Un petit rappel n’est donc pas inutile, puisque la Grèce a subi, en 5 ans, 4 plans d’austérité (et non 7 ou 8 comme indiqué parfois…)! On s’y perd…

La cure d’austérité commence en décembre 2009, quand la dette publique explose de 20 points en 2 ans. Le gouvernement Papandreou décide alors une baisse de 10% des dépenses de fonctionnement de l’Etat et des dépenses de santé. Des privatisations sont décidées, et diverses mesures fiscales touchant les « plus riches » sont mises en place, comme la taxation à 90% des bonus des financiers.

En mai 2010, un deuxième plan d’austérité prévoit près de 5 milliards d’économies, avec une hausse de 2 points de la TVA, la suppression d’un mois de salaire pour les fonctionnaires et le gel des retraites.

En juin 2011, un troisième plan d’austérité prévoit près de 30 milliards d’économies nouvelles sur 4 ans (rappelons que les dépenses publiques grecques sont inférieurs à 150 milliards€…). Le plafond d’exemption de l’impôt sur le revenu tombe alors à près de 5.000 euros, 20% des montants supérieurs à 1.200 euros perçus par les retraités sont prélevés, 30.000 fonctionnaires d’entreprises publiques sont mis au chômage technique.

En novembre 2012, un quatrième plan d’austérité annonce 18 milliards€ nouveaux d’économies en 4 ans, avec des mesures alléchantes: nouvelles baisses de salaires dans la fonction publique, report de la retraite de 65 à 67 ans, réduction de 30% du salaire des militaires, des juges et des médecins. Le marché du travail est assoupli, des professions sont déréglementées…

Les fausses bonnes nouvelles de 2014

Après ces remèdes de cheval, le gouvernement grec a cherché à se rassurer en soutenant que la crise était finie. Ainsi, en avril 2014, alors que la Grèce venait de réussir une levée sur les marchés, le Premier Ministre Samaras déclarait: «  »Les marchés internationaux ont exprimé d’une façon incontestable leur confiance dans l’économie grecque, l’avenir de la Grèce et la capacité de la Grèce à sortir de la crise ».

Pourtant, les analystes étrangers, notamment au FMI, restaient dubitatifs sur la situation grecque. Le sujet principal des Grecs demeure la dette, qui atteint presque les 175% du PIB, et qui plombe toute tentative de reprise. Sur ce point, la politique de Samaras a consisté à revenir à l’équilibre budgétaire hors charge de la dette, objectif qui devait être à peu près tenu en 2014.

Au pied du mur, les marchés lâchent la Grèce

Facialement, les plans d’austérité ont donc permis à la Grèce de rétablir sa situation. Reste la délicate problématique de la dette accumulée depuis plusieurs années: aujourd’hui, la Grèce s’endette pour la rembourser, et ne s’endette que pour la rembourser, les autres dépenses publiques étant à peu près financées par les recettes (au prix d’une saignée sur la demande intérieure).

Si la perspective que la Grèce quitte l’aile protectrice de l’Union au nom de ce retour à l’équilibre primaire effraie les marchés financiers, ce n’est donc pas parce que la Grèce risque de se réendetter massivement, c’est plutôt parce qu’elle risque de ne pas rembourser ses créanciers du passé, en tout cas pas au rythme où ils le souhaiteraient.

Cette situation est intéressante, parce qu’elle montre à quelle difficulté la France serait confrontée si elle décidait de poser un moratoire sur le remboursement de sa dette, en échange d’un retour à l’équilibre primaire. Dans le cas de la Grèce, cette difficulté est accrue par le calendrier électoral: des élections législatives auront lieu en 2015, et le gouvernement sortant aimerait se présenter aux électeurs en soutenant que les potions qu’il a administrées aux citoyens ont porté leur fruit et permettent au pays de s’émanciper de la tutelle communautaire.

Un test démocratique pour l’Union Européenne

Dans la pratique, la Grèce place l’Europe face au dilemme politique de notre époque: lorsqu’un pays a consenti aux efforts nécessaires (et c’est le cas de la Grèce) pour revenir aux grands équilibres, faut-il continuer à l’enfoncer en exigeant toujours plus de rigueur pour rembourser les créanciers? ou bien faut-il préserver la (maigre) prospérité collective en imposant aux créanciers des efforts destinés à laisser respirer le pays en question?

Pour l’instant, l’Union Européenne a plutôt fait des choix rassurants pour la démocratie. Non seulement une ligne de crédit a été ouverte pour la Grèce à l’horizon de sa sortie du plan d’aides, mais la BCE et la Commission se sont mobilisés pour soutenir les marchés.

Nul n’aura toutefois manqué les phrases roboratives du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, plus droit dans ses bottes qu’un officier prussien: « La Grèce doit résolument continuer à mettre en oeuvre les réformes prévues. C’est dans son intérêt. La fiabilité crée la confiance – même sur les marchés ». Il est pourtant évident que les marchés se soucient peu de la mise en place des réformes en Grèce. Ils se soucient (et c’est « rationnel ») du remboursement des créances, et cela n’a rien à voir avec la fiabilité des Grecs. Cela a juste à voir avec le sens des politiques économiques.

On se demande bien ce que dirait Schäuble si, aux législatives, un parti opposé à l’euro gagne les élections et déstabilise l’économie allemande. Ces calculs à court terme de la part de notre voisin prussien montrent qu’une fois de plus, le mariage contre-nature de la Bavière et de la Prusse n’est pas capable de donner naissance à une grande nation visionnaire.

L’euro vit-il ses dernières semaines?

L’Allemagne exprime de plus en plus ouvertement son mécontentement vis-à-vis de la BCE et de sa conception de l’euro. Cette tension grandissante pourrait rapidement déboucher sur une crise ouverte.

Comment l’euro divise l’Europe

Le sommet des ministres des Finances du G20, qui s’est tenu lundi dernier à Brisbane, a permis de prendre la mesure des divisions qui affaiblissent l’Europe, et qui tournent toutes autour de la politique monétaire et de la relance de la croissance. L’Allemagne défend une ligne orthodoxe rigoureuse: politique monétaire restrictive et retour à l’équilibre budgétaire, pendant que les pays à l’ouest et au sud du Rhin prônent un laxisme monétaire et budgétaire pour relancer la croissance.

Entre les deux « partis », la querelle prend l’allure d’une guerre de religions, chacun accusant l’autre d’hérésie.

Wolfgang Schaüble a été encore plus explicite : «Dès que la France et l’Italie mettront en oeuvre des réformes structurelles substantielles, la situation en Europe changera. Les leaders responsables en France et en Italie savent très bien ce qui doit être fait mais il leur est difficile de convaincre leur parlement et leur opinion publique.»

En marge de cette réunion, Mario Draghi a persisté et signé, en affirmant que la BCE accroîtrait ses interventions sur les marchés pour faciliter la reprise et la relance de l’inflation. Quelques jours auparavant, il avait défendu sa doctrine de l’euro faible, qui a le don d’exaspérer l’Allemagne.

Crise de plus en plus ouverte au sein de la BCE

Les tensions entre l’Allemagne et le reste de l’euro ont atteint une sorte de paroxysme. Il semblerait que Mario Draghi n’adresse même plus la parole au gouverneur de la Bundesbank et qu’il le tienne méticuleusement à l’écart des décisions.

Il faut dire que le gouverneur de la Bundesbank n’en rate pas une. Il s’est notamment fendu lundi dernier d’une déclaration tapageuse sur la fermeté nécessaire vis-à-vis de la France:

« La crédibilité des règles serait sérieusement entamée » si Bruxelles refusait de sanctionner la France pour une nouvelle violation de la règle d’un déficit budgétaire limité à 3% de produit intérieur brut (PIB), a déclaré le président de la Bundesbank lors d’un discours à Bielefeld, en Allemagne.

Jens Weidmann a rappelé que la crise de la dette avait éclaté en raison de la perte de confiance des marchés financiers quant à la soutenabilité de la dette de certains pays de la zone euro.

« De mon point de vue, ce n’est pas en s’écartant du chemin de la consolidation que l’on gagne la confiance », a-t-il dit.

La Commission Européenne met son grain de sel

Mario Draghi semble bien décidé à passer outre l’opposition allemande et à imposer sa politique, de conserve avec la Commission Européenne qui agit discrètement pour l’aider. La Commission vient ainsi de faciliter les règles de titrisation pour les banques et les assurances.

Pour les novices sur ce sujet, précisons simplement que la titrisation, pour un banquier ou un assureur, consiste à revendre ses créances à un autre banquier ou un autre assureur. Ce mécanisme, largement utilisé aux Etats-Unis dans les années 2000 sur le marché immobilier, a consisté, pour certains prêteurs, à revendre à prix d’or les crédits hypothécaires qu’ils avaient consentis à des clients insolvables. Cette mécanique leur a permis d’empocher une jolie plus-value et de se débarrasser de crédits risqués, les encourageant du même coup à vendre de plus en plus de crédits de plus en plus risqués: c’est ainsi que la crise des sub-primes nous est venue.

Pour l’instant, la Commission a établi un cadre strict pour limiter les dérives façon subprimes, mais on fait confiance aux banquiers pour monter des machines infernales qui contourneront les règles et feront endosser tôt ou tard aux contribuables européens le prix de leurs profits mal acquis.

Draghi transforme la BCE en bad bank

On adorerait donner tort à l’Allemagne, mais force est de constater que la politique de Mario Draghi ne tardera pas à coûter cher aux Européens: elle leur permet peut-être d’obtenir une bouffée d’oxygène immédiate, mais la suffocation sera terrible le jour où les mauvais risques que la BCE est en train de concentrer se réaliseront.

Il est désormais acquis que la BCE, pour sortir la zone euro de l’ornière où elle végète depuis plusieurs années, se lancera à court terme dans des rachats massifs de titres souverains et de titres privés (ABS) – une politique que l’Allemagne considère (à juste titre) comme une incitation à la dette et une désincitation aux réformes, et que la France soutient sans surprise, à condition qu’elle soit mise en place par le biais des banques centrales nationales, et non par des opérateurs privés (la Banque de France défend ici le gagne-pain de ses 10.000 salariés…).

Cette politique n’exclut d’ailleurs pas d’autres instruments à venir, appelés de leurs voeux par les pays du sud. Tout est donc réuni pour que l’euro reste sur une tendance baissière accompagnée de taux proches de 0, sujet d’exaspération en Allemagne, où la retraite par capitalisation peine à tenir ses objectifs techniques.

Travaux pratiques en fin de semaine sur l’euro

Le retour à l’angoisse sur les marchés, porté par les illusions du malade grec sur son propre rétablissement, a permis de transformer les réunions de la BCE en travaux pratiques.

Dès le début de semaine (et les fidèles lecteurs de ce blog le savaient déjà), les premiers frémissements sont apparus sur la Grèce, avec l’idée d’une ligne spéciale de crédit à usage du grand malade continental. Les travaux de la Troïka et l’espérance nourrie par le gouvernement grec de sortir de la tutelle où il est enfermé depuis 2009 ont fini d’inquiéter les marchés, qui n’imaginent absolument pas la Grèce capable de se prendre en charge seule, bien au contraire. Dès mardi, la bourse d’Athènes dévissait de 5% et préparait une semaine noire pour les marchés européens.

Il faut dire que d’autres mauvaises nouvelles tombaient en Europe et aux Etats-Unis. Par exemple, la déflation est confirmée en Espagne, ce qui montre qu’une politique budgétaire rigoureuse a des effets positifs pour l’euro, mais des effets négatifs pour l’économie.

Dans ce climat apocalyptique, toutes les bourses ont souffert dans la crainte d’un retour de la crise de l’euro, et les Etats-membres voyaient avec la vitesse de l’éclair se profiler à nouveau la situation de 2009.

Il n’en fallait pas plus pour que la Commission Européenne et la BCE n’interviennent comme à la manoeuvre: la Commission se portait garante de la Grèce, et la Banque Centrale annonçait un soutien sans faille. Cette intervention a permis de limiter les dégâts.

L’Allemagne n’a pas dit son dernier mot

Pendant ce temps, les oreilles de Mario Draghi chauffaient à Luxembourg, où la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) entendaient les parties allemandes et européennes dans la question préjudicielle posée par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe sur la compatibilité de la politique de Mario Draghi avec les traités européens.

Cette affaire a suscité un véritable engouement en Allemagne, avec près de 500 occurrences sur le sujet. Ce chiffre illustre bien les réticences que l’euro y suscite aujourd’hui. Die Welt a par exemple titré: « Lance à incendie ou monstrueuse arrogance? », pendant que le ton général de la presse allemande soulignait le caractère très offensif des plaignants nationaux contre la BCE.

Voici un florilège des propos tenus par Dietrich Murswiek, conseiller du conservateur bavarois Peter Gauweiler, le plaignant principal dans cette affaire:

« Un organisme qui dépasse ses compétences ne dira jamais qu’il dépasse ses compétences » (à propos de la BCE)

« La BCE aurait pratiquement le champ libre pour conduire une politique économique et interférer avec les compétences des États membres. Au fond, toute politique économique peut être motivée sur la base d’une politique monétaire » fait remarquer Dietrich Murswiek.

Ce que la BCE espère obtenir de la Cour européenne à présent n’est « rien de moins que la confirmation légale d’un monstrueux dépassement  de ses compétences  », ajoute le conservateur.

Dietrich Murswiek est convaincu que le programme de rachat massif de dette publique permet à la BCE de transférer des milliards d’euros en risque de solvabilité des créanciers vers les contribuables.

Rappelons que, dans l’hypothèse où la CJUE validerait les positions de la BCE, la cour de Karlsruhe les déclarera probablement incompatibles avec la Loi fondamentale allemande. Et ce sera la fin de l’euro. Le compte-à-rebours est commencé.

Empoignades publiques à la BCE

Dans cette ambiance festive, les membres du directoire de la BCE ont fait la grâce aux contribuables européens d’exprimer publiquement leurs divergences, lors d’une conférence à Riga. Manifestement, entre les partisans de l’orthodoxie budgétaire et leurs opposants, c’est une guerre de tranchées qui a commencé.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann a estimé que l’Allemagne n’avait pas besoin de stimulants budgétaires, rejetant les appels à peine voilés du président de la BCE Mario Draghi en faveur d’une hausse de l’investissement public allemand pour soutenir la zone euro. (…)

De son côté, Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE et considéré comme un lieutenant de Mario Draghi, a déclaré que les gouvernements pourraient contrer les prix bas avec « une politique budgétaire, quand elle est possible sans remettre en cause la soutenabilité de la dette à long terme », envoyant un signal clair à des pays comme l’Allemagne.

Cette opposition a été rendue d’autant plus vive que la presse américaine a publié les minutes du directoire de la BCE montrant les affrontements sanglants en son sein au moment du sauvetage de Chypre, entre les Allemands partisans d’une faillite bancaire, et les autres Etats partisans d’un sauvetage systémique. On voit mal désormais comment les deux parties pourraient se rapprocher.

La Commission Juncker politiquement affaiblie

Si Mario Draghi peut se sentir épaulé par une majorité d’Etats membres, dont certains assez inattendus, comme l’Autriche, elle-même victime de la rigueur germanique, sa situation politique reste d’autant plus compliquée que la Commission Juncker est déjà affaiblie avant même d’avoir été nommée.

Les auditions des commissaires par le Parlement européen ont en effet souligné la faiblesse de certains d’entre eux, et Juncker a même dû remplacer au pied levé la candidate slovène par une inconnue, Violeta Bulc. Nul ne sait encore quel portefeuille lui sera exactement confié. La porte-parole de Jean-Claude Juncker a d’ailleurs déclaré:

L’objectif est d’aller très vite, mais il n’est « pas possible d’affirmer avec certitude que la Commission européenne dirigée par M. Juncker pourra entrer en fonctions le 3 novembre »

Ce petit incident de début de parcours ne pouvait pas mieux tomber!

Les risques pour l’euro ne font que commencer

Des esprits optimistes pourraient croire que le tabac dont la zone euro vient de faire les frais n’est qu’un incident épisodique. Bien au contraire, le pire est à craindre dans les semaines qui viennent, puisque la BCE devrait publier les résultats des stress-tests bancaires qui viennent d’avoir lieu. Avant même la publication, l’angoisse monte.

Ainsi, un institut allemand a souligné l‘exposition des banques allemandes et françaises aux risques systémiques.

Quand la BCE a simulé une chute de la croissance ou une remontée brutale des taux d’intérêt, le ZEW s’est intéressé à d’autres hypothèses, notamment l’impact d’une chute des marchés financiers de 10 %. Les banques européennes devraient alors générer 154 milliards d’euros de fonds propres pour retrouver un ratio de solvabilité de 8 %, les établissements français et allemands étant les plus concernés. Les résultats sont pires en prenant comme référence le ratio de levier, qui rapporte le montant des fonds propres au total des actifs. Un mauvais signal selon Michael Schröder : « Le système bancaire reste fragile si le ratio de levier s’avère insuffisant. »

Entre ces lignes, ce sont les scénarios de stress retenus par la BCE qui sont mis en cause. Cette insuffisance pousse d’ores et déjà les analystes à prôner un durcissement des tests, considérant que la BCE n’a pas fait le job.

Fuyez le Crédit Agricole

Dans tous les cas, les stress tests devraient avoir un impact douloureux en France, en mettant en avant la faiblesse systémique du Crédit Agricole et de la Société Générale. Les esprits perfides remarqueront d’ailleurs que ces deux banques ont fondé une société de gestion d’actifs baptisée Amundi, dont les analystes font preuve d’un brio exceptionnel.

La veille des chutes boursières de cette semaine, l’un d’eux déclarait par exemple: « Les actifs de la zone euro continueront leur rattrapage »… Une clairvoyance qui impressionne. Si votre épargne est gérée par Amundi, sachez qu’elle est entre de bonnes mains.

Et si certains doutent du bien-fondé de l’argumentation allemande sur l’incitation au mauvais risque suscitée par la BCE, il suffit de lire les propos des gestionnaires d’actifs d’Amundi:

Les responsables d’Amundi ne doutent pas que la BCE mettra en oeuvre, s’il le faut, un programme d’assouplissement quantitatif (QE) du type de ceux de la Fed ou de la Banque d’Angleterre qui ont considérablement alourdi leur bilan en procédant à des achats massifs d’obligations d’Etat ou adossés à des créances immobilières.

Ils ont souligné que depuis quelques semaines, la baisse de l’euro était venue s’ajouter aux facteurs favorables aux actifs risqués de la zone euro.

Romain Boscher, directeur mondial des gestions actions d’Amundi, a expliqué qu’une baisse de 10% du taux effectif réel de l’euro se traduirait par un bond de 12,5% du bénéfice par action (BPA) 2015 des entreprises composant l’indice MSCI Europe.

Malgré la très faible croissance en zone euro, les actions offrent et devraient continuer à offrir le meilleur rendement du dividende, soit en moyenne 3,0% contre 0,8% pour l’emprunt d’Etat d’allemand à 10 ans (Bund) et 1,16% pour l’OAT française de même maturité – des niveaux historiquement bas.

L’Europe prépare une nouvelle crise ukrainienne

Dans ce grand désordre financier, prélude à un désordre monétaire de premier ordre, une nouvelle est passé inaperçue: l’Ukraine et la Russie ne sont pas mis d’accord sur leurs échanges gaziers. Ce sujet est pourtant à l’origine de la crise euro-russe de ces derniers mois, puisque la Russie considère que l’Ukraine a une importante dette gazière vis-à-vis d’elle.

Au passage, on notera que François Hollande a une nouvelle fois ridiculisé la France dans ce dossier:

Vendredi, François Hollande a affirmé à Milan qu’un accord était « à portée de main », mais le président ukrainien a affirmé le contraire au sortir d’une entrevue avec Vladimir Poutine.

Il est vrai que l’opinion française est tellement rassasiée par les gaffes de son Président qu’une de plus ou de moins…

On prend donc les paris sur le retour de la crise ukrainienne au premier plan de l’actualité au printemps 2015.

Sainte BCE, priez pour nous! le nouveau chapelet de Valls

Il y en a un, au moins, qui peut se réjouir des malheurs de l’euro, c’est Manuel Valls! Pendant que les bourses européennes s’effondrent et que l’euro se lézarde, on ne parle plus de l’indiscipline budgétaire française. On le regrettera, puisque le sujet avait donné lieu à des postures théâtrales particulièrement drolatiques. Notre Premier Ministre avait par exemple déclaré:

« C’est nous qui décidons du budget », a-t-il ajouté. « Rien aujourd’hui ne peut amener à ce (…) qu’on demande à la France de revoir son budget, ça ne se passe pas comme ça (…). Il faut respecter la France, c’est un grand pays. »

Mais bien sûr, Manuel, c’est nous qu’on décide de ce qu’on veut! et les sorties de Macron sur la réforme de l’assurance chômage n’ont absolument rien à voir avec une soumission aux demandes d’Angela Merkel. Et quand, au sortir d’un G 20 essentiellement consacré aux difficultés européennes, le ministre allemand des Finances déclare:

« Nous serions fous si nous mettions en danger la confiance qu’inspire sur les marchés la discipline budgétaire allemande », a-t-il déclaré. « Il n’y a de toute façon pas grand-chose à tirer en termes de croissance d’une hausse des dépenses publiques »

Tout ceci n’a rien à voir avec une injonction allemande.

Pour un peu, on préférerait ne pas avoir de crise financière pour pouvoir savourer les tirades cyranesques du gouvernement français!

 

Micron Gattaz et Macron ministre jouent à l’avalée de couleuvres

Avec les mouvements d’humeur d’Angela Merkel contre les dérapages budgétaires français, le ministre Macron a lancé un concours d’avalée de couleuvres auprès des organisations syndicales, rapidement suivi par le MEDEF. Objectif: faire endosser aux salariés du secteur privé les efforts que le gouvernement ne veut pas imposer aux fonctionnaires.

Le gouvernement réforme le privé pour préserver l’Etat

Tout a commencé, bien évidemment, lorsque notre pacifique voisin allemand a expliqué qu’il pousserait la Commission Européenne à retoquer le budget français si la France ne réformait pas rapidement son marché du travail. Dans le viseur teuton se trouvent plusieurs cibles de choix: la générosité de notre système d’indemnisation du chômage, la rigidité de notre législation sur la durée du travail (notamment sur le travail du dimanche, mais à coup sûr on reparlera prochainement des 35 heures), et la générosité de notre sécurité sociale.

Pour le gouvernement, un dilemme se pose: soit il veut se passer du consentement allemand, et il doit alors taper dans le dur des dépenses publiques – ce qui revient à reprendre la main sur un appareil d’Etat hors de contrôle et à se fâcher avec les fonctionnaires. Soit il veut ménager ses « insiders » favoris que sont les légions de fonctionnaires en leur évitant des coupes sombres dans les dépenses, et il doit alors obéir à l’Allemagne, c’est-à-dire entamer les réformes qui fâchent dans le secteur privé.

Sans surprise, le gouvernement a fait le choix de préserver la noblesse d’Etat et de s’attaquer en priorité aux manants qui se salissent les mains dans les entreprises.

Macron envoyé en première ligne

Pour le gouvernement, l’exercice est loin d’être simple, puisqu’il faut dans un seul mouvement obéir à l’Allemagne, réformer l’irréformable, donner le sentiment que tout cela vient de nous, et ne pas perdre sa majorité parlementaire, ni mettre les Français dans la rue. Pour le présumé candidat à la présidentielle de 2017 nommé Manuel Valls, comme pour l’autodéclaré candidat François Hollande, ce petit passage du cap Horn intérieur constitue une sérieuse prise de risque. A coup sûr, chacun d’eux a retenu la leçon d’Alain Juppé qui avait fait le malin sur tous ces sujets en 1995, et qui, 20 ans plus tard, le paie encore méchamment.

Il a donc été décidé d’envoyer le jeune et joli voltigeur Emmanuel Macron, qui aime tant plaire dans les salons, sur ce front si ingrat. L’impétrant s’est immédiatement consacré à cette tâche avec l’enthousiasme du poilu d’août 14, multipliant les déclarations tapageuses dans tous les médias qu’il avait sous la main. Dans le Journal du Dimanche de la semaine dernière, son interview tapageuse a alimenté la chronique sociale pendant toute la semaine, et probablement au-delà.

Micron Gattaz en troupe d’appui

Il n’en fallait pas plus pour que le président du MEDEF, emboîte le pas au ministre de l’Economie pour faire à son tour avaler le plus de couleuvres possibles, et se lance avec lui dans un festival qui le désigne tout entier pour être désormais surnommé Micron Gattaz (le micron constituant peut-être une allusion à la largeur de ses vues générales ou à sa connaissance des dossiers).

Dès le lendemain, Micron Gattaz écrivait sur son blog:

Pas la peine de se raconter des histoires, si on ne réforme pas très vite, le chômage va continuer à augmenter (au pire), se stabiliser (au mieux) sur les prochains mois et années.

Conséquence : nous sommes obligés de continuer les réformes de l’assurance chômage pour essayer de contenir le déficit structurel du système (plus de 3 milliards d’euros par an).

Sans la garantie de l’Etat, ce système paritaire serait aujourd’hui en faillite. Refuser de le voir, refuser d’en discuter, refuser de changer est irresponsable pour notre système, et dramatique vis à vis de ceux qui devront rembourser les montagnes de dette, c’est-à-dire nos enfants et petits-enfants …

Evidemment, ce n’est pas comme si Gattaz avait signé il y a six mois une convention d’assurance-chômage qui ne contient aucun de ces éléments de réforme, et qui ne vit d’ailleurs que par le soutien de l’Etat, tant le MEDEF a été incapable de la piloter efficacement.

Micron et Macron rivalisent pour plaire à l’Allemagne

Du coup, la semaine s’est passée dans un festival de déclarations toutes plus tapageuses les unes que les autres, comme si Micron et Macron rivalisaient à celui qui fera avaler le plus de couleuvres aux organisations syndicales.

Micron Gattaz s’est lancé dans une surenchère, culminant avec sa conférence de presse du mardi où il a revendiqué la suppression de tout ou presque: pénibilité, consultation des salariés en cas de cession, et bien sûr réforme de l’assurance chômage.

Le lendemain, Macron reprenait le flambeau en lançant une nouvelle idée: élargir les possibilités de travailler le dimanche.

Tiens, celle-là, Micron Gattaz ne l’avait pas eue. Du coup, pour ne pas perdre la face, il s’est fendu d’une nouvelle surenchère: la loi sur la transition énergétique ne convient pas.

Mais voui! on vous le dit, messieurs Micron et Macron, vous serez bientôt déclarés Citoyens d’Honneur de la République Fédérale Allemande réunifiée, et vous aurez peut-être même la médaille du Mérite allemand, voire plus…

Les syndicats inaudibles

Le gosier trop occupé à avaler ces couleuvres, nos syndicalistes ont été à peu près inaudibles tout au long de la semaine sur ces sujets majeurs. En dehors d’un rejet global, on n’a rien entendu. C’est à peine si l’Humanité a publié un communiqué de FO pour condamner les propos d’Emmanuel Macron.

Il faut dire que le mouvement national lancé jeudi par la CGT pour protester contre le financement de la sécurité sociale s’est révélé être un flop complet (comme prévu), à Paris en tout cas, car beaucoup de villes de province ont été le théâtre de manifestations de taille limitée, certes, mais assez présentes sur l’ensemble du territoire.

Dans ces conditions, on ne sera guère surpris de cette espèce de domination médiatique sur les questions de réforme du marché du travail.

Une montée du risque social

Comme toujours, la question centrale est de savoir si cette relative quiétude parisienne reflète bien la réalité du terrain et ne cache pas des tensions locales qui constitueraient autant de risques pour le gouvernement.

Au grand dam des syndicats représentatifs, la reculade de Ségolène Royal devant le mouvement des Bonnets Rouges, sur la question de l’éco-taxe, semble avoir éteint l’incendie qui s’était allumé. Cette décision manifeste d’ailleurs l’échec de la lutte syndicale traditionnelle et consacre le triomphe des nouvelles formes de lutte.

Pour le reste, certains brasiers restent chauds. C’est notamment le cas à la SNCM où les organisations syndicales n’ont probablement pas dit leur dernier mot. Mais une attention mériterait d’être marquée au service public, où le mauvais pilotage des réformes exaspèrent les personnels. Au ministère des Finances, la colère ne cesse de gronder. A l’AP-HP, le regroupement des hôpitaux Beaujon, Lariboisière et Bichat suscite des remous. A Calais, les policiers ont appelé la population à manifester de leur côté.

Tout ceci témoigne d’un malaise face auquel la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) semble curieusement inerte, comme si la pression exercée sur les dépenses n’appelait pas à une vigoureuse réaction prospective.

Allocations familiales: plus on cotise, moins on a de droit

La modulation des allocations familiales est présentée par la sous-ministre de la Famille Laurence Rossignol comme une mesure juste. L’occasion de décrypter ses propos:

Laurence Rossignol sur la modulation des… par FranceInfo

Juste car 13% seulement paieront

Le premier argument de « justice » de Laurence Rossignol consiste à expliquer que seules 13% des familles (les plus riches, bien sûr) paieront. On s’étonnera du « sous-jacent » de l’argument: est juste dans l’esprit de la sous-ministre ce qui ne touche qu’une minorité. Tous ceux qui ont été élevés dans l’idée selon laquelle ce qui est juste s’applique à tout le monde en auront pour leur grade. La justice selon l’ex-militante de la gauche socialiste consiste à ne faire payer qu’une minorité. Voilà qui en dit long sur la conception du droit en vigueur en France depuis le mois de mai 2012…

Au passage, on voit comment, à l’occasion d’une mesure de redistribution, le concept de justice est amené: le message véhiculé n’est pas de dire que les plus riches paient pour les plus pauvres, le message est: seule une minorité est concernée par la loi. Nous savons tous comment s’appellent les régimes qui pensent les lois sans référence à l’intérêt général.

Juste car étendant le plafonnement déjà existant sur d’autres allocations

Laurence Rossignol ajoute que bien d’autres prestations familiales sont déjà soumises à des plafonds de ressources. Donc, pourquoi pas les allocations jusqu’ici universelles?

Là aussi, on en reste pantois. Précisément, les allocations familiales n’ont jamais été proportionnées aux revenus parce que toutes les autres prestations familiales l’étaient. La logique du législateur était de préserver une prestation en dehors de tout critère de ressources…

Juste car les prestations ne sont pas supprimées mais simplement modulées

A l’accusation de manquement à l’universalité de la Sécurité Sociale, Laurence Rossignol répond que les allocations familiales restent universelles, puisque les plus riches continueront à les percevoir. Mais de façon 4 fois moins importantes que les autres.

Ici, la sous-ministre fait preuve d’une remarquable mauvaise foi, puisqu’elle fait mine de croire que l’universalité se limite au périmètre de versement, alors qu’en réalité, l’universalité a toujours voulu dire: universalité des droits contributifs – c’est-à-dire que chacun a droit à la même prestation en contrepartie des cotisations versées.

Plus on cotise, moins on a droit

Dans le raisonnement de la sous-ministre, il est juste de différencier les prestations selon les revenus des bénéficiaires. Selon elle, cette différenciation ne remet pas en cause l’universalité des prestations.

C’est évidemment faux.

Rappelons en effet que les familles les plus riches paient plus de cotisations que les plus pauvres! Les cotisations sont en effet prélevées selon une mécanique de taux universel sur les revenus, avec des exonérations sous 1,6 SMIC. La loi de financement de la sécurité sociale rectificative de juin 2014 a ainsi prévu une baisse de 1,8 point des cotisations familiales sous 1,6 SMIC.

Autrement dit, les revenus les plus faibles paient d’ores et déjà moins de cotisations familiales pour obtenir les mêmes prestations, ce qui constitue une importante modulation.

Le principe de Laurence Rossignol est d’imposer une double peine: non seulement les revenus les plus aisées paient plus de cotisations, mais ils ouvrent moins de droits. Autrement dit, Laurence Rossignol instaure une règle simple: plus on cotise, moins on a de droits

Un précédent qui signe la mort de la sécurité sociale

Admettre le raisonnement de Laurence Rossignol (au nom d’une gnagnasserie doucereuse sur le mode: allez, soyez sympa, il s’agit de 60 euros par mois), c’est admettre un précédent qui signe la mort de la sécurité sociale.

Transposé à l’assurance-maladie, le raisonnement de Laurence Rossignol consiste en effet à dire: les médicaments ou les visites médicales seront moins bien remboursés pour les plus riches. Dès lors que l’on module les allocations familiales selon le niveau de revenu, pourquoi ne pas le faire pour les autres prestations de sécurité sociale?

Transposé à la retraite, le raisonnement serait encore pire: plus on cotise beaucoup et longtemps, moins on ouvre de droits, et plus le taux de remplacement baisse.

Dans ces conditions, on se demande combien de temps les Français qui gagnent plus de 1,6 SMIC accepteront de se faire plumer.

Une logique inconstitutionnelle?

On rappellera ici que le Conseil Constitutionnel s’est fait le garant de l’universalité de la Sécurité Sociale. Par sa décision du 6 août 2014, il a notamment censuré le principe de la modulation des cotisations prévues par le gouvernement en affirmant:

13. Considérant que le législateur a, aux fins d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés dont la rémunération est modeste, institué une réduction dégressive des cotisations salariales de sécurité sociale des salariés dont la rémunération « équivalent temps plein » est comprise entre 1 et 1,3 salaire minimum de croissance ; que, dans le même temps, il a maintenu inchangés, pour tous les salariés, l’assiette de ces cotisations ainsi que les prestations et avantages auxquels ces cotisations ouvrent droit ; qu’ainsi un même régime de sécurité sociale continuerait, en application des dispositions contestées, à financer, pour l’ensemble de ses assurés, les mêmes prestations malgré l’absence de versement, par près d’un tiers de ceux-ci, de la totalité des cotisations salariales ouvrant droit aux prestations servies par ce régime ; que, dès lors, le législateur a institué une différence de traitement, qui ne repose pas sur une différence de situation entre les assurés d’un même régime de sécurité sociale, sans rapport avec l’objet des cotisations salariales de sécurité sociale (…).

Il sera intéressant de voir si, saisi de la modulation à l’autre bout du tunnel, c’est-à-dire de la modulation des prestations et non des cotisations, il suivra le même raisonnement.

Dans cette hypothèse, la déculottée pour le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale sera magistrale et illustrera une fois de plus l’amateurisme des gens élus depuis deux ans et demi.

La prêtresse Rossignol, parangon de la tartufferie

Impossible de clore cette chronique en rappelant quelques éléments sur la biographie de Laurence Rossignol, qui nous donne de superbes leçons de morale à la façon des curés de l’Ancien Régime. Quand on l’écoute, on a envie de se mettre à genoux et de se signer en demandant pardon à Dieu pour toutes les jouissances indignes que nous tirons de notre pays vérolé par l’injustice et l’exploitation de l’homme par l’homme.

M’enfin, Laurence Rossignol appartient quand même à cette classe de petits profiteurs qui serpentent et qui rampent dans les allées du pouvoir depuis leur adolescence, qui n’ont jamais mis un pied dans la vraie vie, et qui n’ont jamais manqué de profiter des bienfaits d’un système qu’ils pourfendent au nom d’une morale rancie.

Ainsi, après un parcours de dix années en cabinet ministériel, commencé à l’âge de 26 ans, Laurence Rossignol fut un salariée de la MNEF pendant 18 ans, certains se demandant comment elle pouvait cumuler cet emploi avec ses nombreuses fonctions militantes. Elle avait bon dos, à l’époque, la justice et l’égalité dans la sécurité sociale! Quel plaisir de se faire payer un salaire en toute opacité par des cotisations étudiantes à une complémentaire santé, pour pouvoir aller grenouiller sous les lambris de la République, pendant que ceux qui cotisent vont faire la plonge ou des ménages pour payer leurs études…

Surtout que, pendant ce temps, Laurence Rossignol n’a pas hésité à cumuler: elle a même été membre du Conseil Economique et Social, aux grasses indemnités. Laurence Rossignol n’a finalement quitté la MNEF que pour devenir sénatrice. Elle n’a donc jamais été élue au suffrage universel, et sans ses grenouillages intensifs dans les couloirs de la rue de Solférino, on n’aurait même jamais entendu son nom.

Moi, je dis beurk!

Comme prévu, le retour de la crise de l’euro

Les lecteurs de ce blog n’auront pas découvert avec surprise la crise boursière qui frappe les places européennes, puisqu’elle était largement annoncée. Comme prévu donc, la crise de l’euro revient avec une régularité de métronome, et nous rappelle que la politique monétaire peut bien, pendant un laps de temps, la repousser, mais elle est incapable de l’éviter définitivement.

La Grèce durement attaquée, l’euro faiblit

Comme d’habitude a-t-on la tentation de dire, le lézard est arrivé de Grèce. Après nous avoir depuis plusieurs mois baratiné sur le retour du pays à meilleure fortune, le gouvernement grec a bien dû se rendre à l’évidence: tout ne va pour le mieux chez les Hellènes. A tel point que Fitch a affirmé mercredi que les principales banques grecques devraient être recapitalisées pour répondre aux normes prudentielles de Bâle III. Le problème prend une acuité particulière avec les stress tests actuellement en cours dans les banques européennes, qui vient à évaluer leur capacité de résistance à une nouvelle crise.

On rappellera simplement qu’en 2013 la Grèce a recapitalisé ses banques à hauteur de 50 milliards, soit l’équivalent de la charge annuelle de la dette en France.

Il n’en fallait pas plus pour raviver le spectre d’une nouvelle crise de l’euro. La bourse d’Athènes s’est immédiatement effondrée, perdant 12 points en deux jours. Immédiatement, les taux d’emprunts grecs ont bondi à près de 8%.

L’Espagne menacée, l’euro chancelle

Les soucis grecs se sont immédiatement transmis comme une traînée de poudre. On apprenait aujourd’hui que l’Espagne avait tenté de lever des fonds sans y parvenir. Pour un placement espéré de 3,5 milliards, l’Espagne n’a récolté que 3,2 milliards, avec une flambée de 20 points de base sur le taux à dix ans.

Là encore, la panique s’est propagée à la bourse de Madrid qui dévissait illico.

Pour la zone euro, ce contre-temps est très fâcheux: il montre que les choses sont loin d’être réglées et que la zone monétaire reste très fragile et exposée à la moindre panique. Cette révélation n’en est cependant pas une: le marché interbancaire en Espagne reste à la peine, et sans les facilités accordées par la BCE, l’Espagne serait, depuis plusieurs mois, en situation difficile.

On peut d’ailleurs s’inquiéter de l’incapacité des mesures exceptionnelles prises par la BCE à redresser la barre. Comme évoqué sur ce blog il y a quinze jours, la situation continentale est très malsaine.

Angela Merkel fait plonger les bourses

Face au Bundestag, maman Angela s’est sentie obliger de commenter l’actualité en affirmant que la crise de l’euro n’était pas finie.

« Les premiers fruits que nous recueillons prouvent que dès le début, nous avons choisi la bonne voie », a-t-elle dit, en citant l’amélioration de la productivité et des finances de certains pays de la zone euro, et la sortie « réussie » de l’Irlande, duPortugal et de l’Espagne de leurs plans d’aide international.

« Mais – et je ne cesserai de le répéter – nous sommes encore loin d’avoir atteint notre objectif », a ajouté la chancelière.

« La crise n’a pas été surmontée définitivement car ses causes (..) n’ont pas été éradiquées ».

Il n’en fallait pas plus pour nourrir la tendance baissière des marchés.

L’impuissance de la BCE, un vrai sujet

A travers ces premiers éléments de crise, dont il est trop tôt pour caractériser la gravité, le vrai sujet d’angoisse est bien entendu l’inefficacité de la BCE. Il apparaît que face à un retournement ponctuel, la banque centrale ne dispose plus de la crédibilité suffisante pour intervenir sur les marchés. Et là, nous avons un os, car la stagnation économique qui frappe l’Europe l’exposera forcément à des risques accrus de crise.

Conclusion: planquez votre épargne avant qu’elle ne parte en fumée.

Quand la France boit le calice teuton jusqu’à la lie

Le Figaro détaille ce soir par le menu la façon dont la France négocie avec l’Allemagne une approbation de son budget par l’Union Européenne en échange de réformes qui seront, de fait, imposées par Berlin. Ce qui s’appelle boire le calice teuton jusqu’à la lie.

Une réunion se tiendrait donc le 20 octobre, au-delà du Rhin, pour savoir ce qui doit changer en-deçà de ce fleuve dont on ne dira jamais qu’il dérive d’un mot celtique. Eh oui! « rein », en Gaule, voulait dire « couler ». Tous ceux qui aiment ce pays, tous ceux qui l’ont choisi, tous ceux qui chérissent son histoire, son identité, sa personnalité, sentiront ce jour-là l’acidité et l’amertume d’une humiliation officielle inonder leurs papilles, et peut-être même iront-ils (ce sera mon cas) jusqu’à écraser une larme de tristesse au triste spectacle de la première nation d’Europe par l’histoire et la culture s’humilier devant son voisin.

Il faudra bien tôt ou tard, avant de reconstruire une nouvelle France digne de son histoire, établir les responsabilités de ce désastre.

Au premier chef, on ne manquera de s’étonner en voyant un gouvernement élu au nom de la croissance et de la « relance » aller avec autant d’empressement chercher ses ordres à Berlin pour soumettre la France à la coupe réglée de l’austérité. Sur ce point, le débat est volontiers polarisé entre ceux qui sont pour un statut quo dépensier, et ceux qui sont pour une cure d’austérité.

Cette polarisation est illusoire! Il est évident que la France doit réduire ses dépenses publiques, et qu’elle n’y parvient pas. Austérité ou pas, il n’est pas sain que l’Etat ne soit pas sous contrôle, et que le gouvernement ne parvienne plus à se rendre maître de son administration. Plus que jamais, la démocratie doit reprendre le dessus, et il est temps que les élus parviennent à reprendre les commandes de la machine étatique. Pour ce seul motif, il est indispensable que des réformes structurelles soient conduites.

Mais ne nous leurrons pas, si l’activation des dépenses publiques, c’est-à-dire la mise des dépenses au service de la prospérité collective, est indispensable, l’obsession du remboursement de la dette est funeste. Même l’Allemagne ne sera pas capable de rembourser ce qu’elle doit, sauf à saigner son niveau de vie dans des proportions qu’aucun de ses nationaux n’acceptera sereinement.

Le drame français est probablement aujourd’hui de savoir qu’il faut réformer, de vouloir sincèrement le faire, mais de ne pas y parvenir. Ce naufrage politique est celui d’une classe de dirigeants parvenus au pouvoir à force de combinazioni et non de compétences. François Hollande en est un merveilleux exemple.

Sur ce point, nul ne pourra exonérer les « enfants de Mitterrand » de leur terrible responsabilité. Depuis près de quarante ans, certains d’entre eux sont aux manettes, et contemplent aujourd’hui avec un air dégagé et fat le désastre dont ils sont les principaux organisateurs. On notera par exemple avec consternation le billet de Jacques Attali, qui constitue un monument d’irresponsabilité. Attali qui se vantait encore il y a peu de son influence sur la décision politique française, notamment par sa capacité à mettre sur orbite des gens qui lui doivent beaucoup, comme Emmanuel Macron.

Plus que jamais, il faut fossoyer ce régime qui met la France plus bas que terre, et purger la classe politique de tous ceux qui ont trempé dans sa défaite.

Réinventer les liens entre le capital et le travail

Le hasard veut que, deux fois en deux jours, je sois appelé, sous des angles différents, à évoquer les liens entre le capital et le travail, sujet qui me tient à coeur.

Sur Radio Notre-Dame, hier, j’étais invité d’Alexandre Meyer pour évoquer le départ des cadres français à l’étranger. C’est un sujet compliqué où l’on met souvent sur le même pied les cadres expatriés au titre d’une grande entreprise, les exilés fiscaux et les émigrés, souvent jeunes, qui tentent leur chance ailleurs. Chacun présente des problématiques différentes. En soi, ce n’est d’ailleurs pas une mauvaise chose que de doper sa carrière par un passage à l’étranger. Le problème tient évidemment aux raisons pour lesquelles on part, et aux raisons pour lesquelles on ne revient pas.

Le management obsolète pousse les jeunes de talent au départ

Sur ce point, je reste convaincu que la France est le témoin d’un risque grandissant: celui de voir partir ses meilleurs éléments exaspérés par un management vieillissant dans nos entreprises. Beaucoup de jeunes ont le sentiment que la France ne reconnaîtra pas leur talent et ne leur accordera pas de responsabilité avant un âge avancé, c’est-à-dire le temps que les générations précédentes ne partent à la retraite. A cette crainte, s’ajoute la manie très française de n’accorder de responsabilités exécutives qu’aux porteurs d’un pedigree prestigieux, portant forcément l’empreinte d’une grande école.

Ce matin, je donne une conférence de presse au titre de mes fonctions de président du think tank Générations ERIC. Ce think tank s’occupe beaucoup d’épargne salariale et de protection sociale complémentaire. Aujourd’hui, je présente deux notes qu’il a réalisées.

Les seniors: un quart de la population active, un tiers des chômeurs

La première note porte sur l’emploi des seniors. On ne le dit pas assez, mais les plus de 50 ans représentent environ un tiers des chômeurs, alors qu’ils ne forment pas le quart de la population active. Cette pondération excessive des plus de 50 ans risque de s’aggraver: 3 millions de seniors sont considérés en risque de chômage du fait de la transformation numérique de l’économie française.

Ce sacrifice imposé à une génération pose une multitude de problèmes: que faire de ces quinquagénaires qui peineront à retrouver un emploi? comment leur garantir une retraite suffisante? Tous ces sujets sont cruciaux pour notre société de demain. Il devient ici urgent de trouver de nouvelles formes d’emploi pour éviter une catastrophe démographique.

Réinventer la participation

La seconde note de Générations Eric porte sur l’épargne salariale. Elle prend acte de l’échec actuel du dispositif. L’épargne salariale est une affaire de techniciens et de banquiers avec des produits peu attractifs comme le PERCO. L’en cours global du PERCO est inférieur à une collecte annuelle d’assurance-vie: voilà qui en dit long sur la faible attractivité du dispositif, qui serait à peine capable de verser une rente de 19 euros mensuels aux salariés.

C’est pourtant dans une meilleure association du capital et du travail que l’économie française pourra répondre au défi de la transformation numérique de ses entreprises. Pour y arriver, Générations Eric propose de généraliser des accords sociaux de participation dans les entreprises, redistribuant aux salariés au moins 5% des résultats comptables de l’entreprise.
Le défi lancé par la révolution industrielle et technologique que nous vivons n’est pas seulement « opérationnel ». Il est d’abord managérial. Nous devons réinventer une autre façon de travailler et de faire des bénéfices.

Peut-on encore penser la culture sans Internet?

L’INSEE publie d’intéressantes statistiques sur la part d’Internet dans la vente de biens culturels. Une réalité est devenue incontournable: Internet est un canal privilégié de diffusion de biens culturels en France. Ce phénomène touche fortement la musique et la vidéo, mais il n’épargne plus le livre…

Internet et la vente de livres

Entre 1996 et 2011, le chiffre d’affaires du livre est passé de 2,2 à 3,5 milliards€. Entretemps, la part des librairies sur ce marché a fortement reculé au profit des autres types de commerce, et surtout de la vente par Internet.