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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’Etat contrôle près de 1.400 entreprises privées

L’INSEE publie un intéressant répertoire des entreprises contrôlées par l’Etat. On y apprend que l’Etat contrôle près de 1.400 entreprises, qui emploient pratiquement 800.000 salariés. Un chiffre à retenir quand on examine le nombre de fonctionnaires, puisque ces 800.000 salariés ne sont pas inclus dans les chiffres de la fonction publique.

Voici un intéressant tableau récapitulatif:

Source: INSEE
Source: INSEE

 

#Valls invente la cohabitation de gauche

On avait jusqu’ici connu deux scénarios de cohabitation. L’un avec un Président de gauche et un Premier Ministre de droite, l’autre avec un Président de droite et un Premier Ministre de gauche. Avec le gouvernement de Manuel Valls, une formule inédite est en cours: la cohabitation entre un Président de gauche et un Premier Ministre de gauche.

Tout dans le gouvernement actuel montre en effet la défiance qui existe entre le Président et son trop populaire Premier Ministre.

Cette défiance s’exprime d’abord sur le terrain de la méthode. François Hollande aime mettre en place une incompréhensible comitologie sur tous les sujets, rendant impossible toute décision claire. Par sa posture personnelle, il cultive les ambiguïtés, les arbitrages à l’eau tiède, les revirements, les synthèses complexes. Manuel Valls est l’homme d’un bonapartisme bien compris: tranchant, soucieux de l’efficacité, finalement peu adepte de la recherche du consensus à tout prix.

Face à la popularité de son Premier Ministre, confirmée par une très belle prestation à l’Assemblée Nationale, François Hollande a réagi en tissant autour de ce possible rival en 2017 une toile d’araignée assez impressionnante. Les postes clés du gouvernement sont tenus par des Hollandais, à commencer par les Finances, l’Intérieur et le Travail. L’arrivée de Jean-Pierre Jouyet au secrétariat général de l’Elysée constitue un élément de plus dans le renforcement de cette stratégie volontiers qualifiée par la presse d’encerclement.

La séquence politique qui s’ouvre risque donc d’être relativement paradoxale. D’un côté un Premier Ministre qui affiche une volonté de réforme et une détermination à y arriver. De l’autre, un Président qui semble obséder à l’idée de neutraliser un rival et de faire le lit de sa réélection en 2017.

Beaucoup de commentateurs ont déjà rapproché cette situation avec la nomination de Michel Rocard à Matignon par François Mitterrand. Reste à savoir si François Hollande à l’étoffe d’un Mitterrand et si Valls a l’étoffe d’un Rocard. En attendant, ce jeu compliqué risque de constituer un obstacle de plus dans l’indispensable travail de modernisation du pays. Il serait en effet fâcheux que le Président travaille plus à décrédibiliser son Premier Ministre qu’à préparer le renouveau collectif.

Social: premières nominations dans les cabinets

Les cabinets ministériels ne sont pas encore nommés, mais voici le point qui peut être fait dans les nominations sur le champ social à cette heure-ci (on se souviendra que la situation évolue d’heure en heure).

Gilles Gateau à Matignon

Manuel Valls a choisi comme conseiller social Gilles Gateau, directeur de cabinet de Michel Sapin. Cet ancien de la formation professionnelle et des relations sociales chez EDF, par ailleurs conseiller de Martine Aubry et de Lionel Jospin à Matignon entre 1997 et 2001, est plus à l’aise sur les sujets « travail » que sur les sujets « protection sociale ».

La conseillère de Jean-Marc Ayrault au dialogue social, Mireille Le Corre, vient pour sa part d’être nommée au Conseil d’Etat.

Nicolas Grivel au Travail

François Rebsamen a pour sa part choisi Nicolas Grivel comme directeur de cabinet. C’est un choix de continuité, puisque Nicolas Grivel était l’adjoint de Gateau au cabinet Sapin. Ce jeune énarque s’était auparavant occupé de la formation professionnelle au conseil régional d’Ile-de-France.

Ce tandem devrait donc assurer une continuité technique dans la politique dans le domaine du travail.

On attend avec impatience les nominations chez Marisol Touraine…

 

FO signe l’accord chômage: grandes manoeuvres en vue?

La négociation sur l’assurance chômage n’en finit pas de faire des vagues. Deux sujets au moins nourrissent les commentaires.

L’augmentation du délai de carence: une mesure difficile à soutenir

Chacun aura bien noté l’idée d’augmenter le délai de carence dans la perception des allocations chômage pour tous les salariés qui bénéficient d’une indemnité de licenciement supérieure au minimum légal. Officiellement, cette mesure est destinée à pénaliser les cadres qui partent avec des gros chèques, et c’est d’ailleurs ainsi qu’elle est largement présentée.

Dans la pratique, la mesure risque de toucher un peu plus de monde que les quelques bénéficiaires d’un parachute doré. Dans beaucoup de conventions collectives en effet, il est prévu de majorer les indemnités de licenciement. Cette première majoration se retournera désormais contre les salariés, qui se croyaient malins d’avoir négocié un bonus par accord de branche.

Surtout, les négociations en cas de plan de sauvegarde de l’emploi vont désormais avoir une saveur saumâtre. Ainsi, dans l’affaire La Redoute, les 20.000€ euros de prime de licenciement âprement négociés (les syndicats demandaient 40.000€) seront autant de jours de carence de plus dans la perception des allocations chômage. Voilà un beau coup fumant envoyé dans les rangs de la démocratie sociale et du redressement dans la justice dont le gouvernement s’était fait l’apôtre. Lorsqu’une entreprise mettra la clé sous la porte, les salariés devront arbitrer entre courber l’échine et partir bredouille, ou lutter pour ne plus percevoir leurs allocations de chômage dans des délais raisonnables.

Et je n’aborde même pas ici le sujet de la rupture conventionnelle ordinaire, où le salarié n’aura absolument rien à gagner à négocier.

Epilogue sur le positionnement de FO

Dans ces conditions, pourquoi les représentants de FO ont-ils décidé de soutenir ce texte?

On rappellera peut-être ici quelques exemples de propos tenus par Jean-Claude Mailly, le patron de FO, sur le pacte de responsabilité, contre lequel il appelait à manifester le 18 mars, soit 2 jours avant la dernière séance de négociation sur l’assurance chômage:

Vous avez violemment ­condamné le « pacte de ­responsabilité » proposé par François Hollande. ­Pourquoi une telle sévérité ?

La réalité, c’est que François Hollande a donné les clefs du camion au patronat et nous demande de monter dans la remorque. Le président de la République a choisi d’acquiescer aux demandes du patronat, et plus particulièrement du Medef. Ce faisant, il a choisi Jean-Baptiste Say plutôt que John Maynard Keynes. Or cette logique de l’offre est inefficace, voire dangereuse.

Inefficace parce qu’on a déjà pu constater que les allégements généraux de cotisations, ça ne marche pas ; dangereuse parce qu’elle s’accompagne d’une réduction drastique des dépenses publiques et sociales. Cette politique d’austérité freine l’activité économique. Elle nous a déjà fait perdre 2,6 points de croissance. (…)

Qu’attendez-vous donc des vœux du chef de l’Etat mardi matin aux forces ­économiques ?

Nous refusons de nous faire instrumentaliser. Pour nous, il ne saurait être question de rentrer dans une mécanique d’union nationale et de confusion des responsabilités. Quant à négocier des contreparties à la baisse des cotisations annoncée par le chef de l’Etat, je n’y crois pas. Quand une aide est ciblée, on peut contraindre les entreprises à respecter des engagements précis, pas si l’aide est généralisée.

Je ne crois pas non plus que, en baissant les cotisations par étapes, chacune pourrait être conditionnée au respect d’engagements précis. Le temps d’évaluer le résultat, il sera trop tard. Les contreparties évoquées par François Hollande sont illusoires. Une entreprise n’embauche que si son carnet de commandes le lui permet. La réalité, c’est que les entreprises vont restaurer leurtaux de marge. Mais pour quoi faire, pour investir ou pour augmenter les dividendes versés, comme certaines le font déjà avec le Cice ?

« Nous refusons de nous faire instrumentaliser », voilà ce que disait, le 20 janvier, Jean-Claude Mailly. Certaines organisations syndicales, après la négociation chômage, sont plutôt d’avis de nuancer le propos. Il se murmure en effet (mais ce sont des rumeurs auxquelles je n’ajoute personnellement pas foi) que la posture de FO dans cette discussion difficile n’était peut-être pas exempte de considérations tactiques.

Le MEDEF aurait-il promis à FO la présidence future de l’UNEDIC? Ou bien Jean-Claude Mailly prépare-t-il activement le renouvellement de son mandat? Dans cette hypothèse, il faudrait peut-être gérer le cas Lardy, négociateur habituel de la maison, qui pourrait aspirer à remplacer son mentor.

Evidemment, il est difficile d’imaginer qu’une telle instrumentalisation soit possible. Toutefois, FO gagnerait à clarifier sa position sur un refus du pacte de responsabilité simultané à une signature apposée au bas d’un texte chômage dont on peut difficilement défendre qu’il est bon pour les salariés, et même pour la démocratie sociale.

Au fait… peut-être serait-il temps d’admettre que celle-ci ne se portera bien que dans la transparence et la sincérité des délibérations.

La CFDT et l’immigration: vérité en-deçà du périphérique, erreur au-delà

Les lecteurs attentifs de la presse syndicale n’auront pas manqué de relever les voix dissonantes qui s’expriment à la CFDT sur la question de l’immigration, et qui expliquent sans doute que plusieurs militants locaux de la confédération se soient retrouvés sur des listes du Front National aux municipales.

Ainsi, en début de semaine, Laurent Berger, le secrétaire général de l’organisation, appelait à faire barrage contre le Front National, en rappelant que « les solutions prônées par le Front national sont aux antipodes de ce qui peut ramener la confiance et la sérénité pour construire l’avenir ». Ces propos rappellent les diverses manifestations décidées au plan national contre l’émergence de l’extrême droite.

Dans le même temps, la CFDT du Finistère adoptait un tout autre langage. Constatant que « entre 600 et 800 travailleurs d’origine étrangère, essentiellement roumains et bulgares, travaillent actuellement dans des champs d’échalotes du Nord Finistère », elle appelait à recruter de la main-d’oeuvre bretonne.

 

Négociation assurance-chômage: l’envers du décor

La presse a fait ses choux gras des faibles ambitions de la négociation sur l’assurance-chômage, qui n’étaient pourtant pas une surprise. On ne peut pas à la fois réclamer une baisse de cotisations sociales pour les entreprises et un durcissement des conditions faites aux salariés réputés toujours trop chers. C’est une question d’équilibre et de prise de responsabilité. Au comptoir des bistrots, il y a même un dicton argotique: « on ne peut pas gagner au tirage et au grattage », qui souligne bien les limites de l’exercice.

L’intérêt de la négociation qui a été menée se situe sans doute ailleurs, dans les coulisses qui n’apparaissent pas au public et qui en disent pourtant très long sur les tensions qui traversent l’économie française.

La presse s’est déjà fait l’écho des tensions au sein du MEDEF lui-même. Pierre Gattaz aurait découvert avec stupéfaction, juste avant de donner son feu vert à la clôture de la négociation, que le texte négocié par ses propres troupes se préoccupait au fond assez peu de l’équilibre du régime. Il aurait exigé un milliard d’économies là où le texte n’en affichait pas 500 millions. Ce rebondissement de dernière minute a évidemment retardé le conclusion de l’exercice.

Dans la pratique, c’est Jean-François Pilliard, délégué général de l’UIMM, qui a tenu la barre et a convaincu le président du MEDEF (ancien adhérent de l’UIMM…) de donner son consentement à un texte assez éloigné des ambitions portées par les « libéraux » du MEDEF. Cet épisode a révélé au grand jour le fossé qui sépare ces libéraux, favorables à une remise en cause du paritarisme, et les colbertistes de l’industrie, grand défenseur d’un système qu’ils ont façonné pendant plusieurs décennies.

Mais des tensions ont également agité les organisations syndicales. Celles-ci ont en effet assez peu apprécié de débarquer dans un processus de négociation que le MEDEF avait déjà bouclé avec la CFDT et FO en petit comité, en dehors des séances officielles. Du côté de la CGC, qui a pourtant joué loyalement le jeu du gouvernement depuis 2012, le ressentiment s’est assez vite fait sentir: alors que FO n’a pas signé l’ANI du 11 janvier 2013, Stéphane Lardy, son négociateur habituel, s’est quand même trouvé aux premières loges pour discuter d’un texte dont les principales victimes sont les cadres.

Durant la négociation elle-même, il semblerait que la CFTC ait fait les frais de cette hégémonie CFDT et FO. Il se murmure même que la délégation CFDT n’a pas hésité à expliquer par quelques SMS bien sentis quelle posture la CFTC devait prendre. Une situation comique qui aurait beaucoup diverti Eric Aubin, négociateur de la CGT, dont plus personne n’attendait une signature.

Cette technique de négociation très éloignée de la philosophie de la délibération, et qui consiste à passer en force par l’opacité et la non-coopération loyale, a un coût. Elle se traduit par le refus de la CGC de souscrire au pacte de responsabilité. Celui-ci ne peut plus compter que sur l’appui de la CFDT et de la CFTC, petit syndicat fantoche qui paie chèrement le maintien artificiel de sa représentativité nationale.

Décidément, la démocratie sociale n’est pas mieux portante que la démocratie politique.

Gattaz est encore sorti sans ses conseillers en communication

Pierre Gattaz s’est imprudemment rendu à Nantes, ce week-end, sans ses conseillers en communication, pour parler devant les patrons chrétiens.  L’occasion de prononcer quelques phrases mémorables:

le patron du Medef a redit sa préférence pour « un pacte de confiance plutôt que de responsabilité». Pour lui, « la responsabilité induit de la méfiance. Pour un discours de vérité, je préfère la confiance qui va avec incitation, pédagogie et motivation ».

Et de rappeler que l’entreprise « n’est ni de droite ni de gauche».

La responsabilité qui induit la méfiance: une considération morale qui entrera dans la légende.

Etat partial: Bercy protège Cahuzac et attaque Drahi

La semaine qui vient de s’écouler a encore donné de superbes exemples de la partialité de l’Etat, telle qu’elle est vue par le ministère des Finances (au sens large), et je ne puis évidemment m’empêcher d’en relater quelques éléments. En ce jour d’élection au suffrage universel, ces quelques signaux faibles envoyés par le pouvoir soulignent une fois de plus que la démocratie n’est rien lorsqu’elle n’ajoute pas au droit de vote le respect des libertés individuelles et des principes généraux du droit par l’Etat.

Arnaud Montebourg, ministre du redressement fiscal

Les amateurs de Dallas version française auront suivi avec étonnement et amusement l’affaire de la cession de SFR.

En autorisant FREE à entrer sur le marché occupé par les trois opérateurs par le passé condamnés pour entente: Orange, SFR et Bouygues, le gouvernement Fillon avait donné une place de choix au loup dans la bergerie. A l’époque, l’attribution d’une licence à ce nouvel entrant avait d’ailleurs donné lieu à une très longue bataille juridique menée par SFR et Bouygues.

La disparition de l’un des opérateurs historiques, ou en tout cas sa mise en difficulté, était inscrite dans cette décision qui fut favorable au consommateur: les prix ont baissé, mais faute de rentabilité suffisante, un acteur était en trop.

En l’espèce, c’est SFR, propriété à 100% de Vivendi depuis juin 2011 (pour une valeur de près de 8 milliards), qui s’est trouvé le plus en difficulté. Assez légitimement, Vivendi a décidé de mener la cession de sa filiale, en privilégiant le candidat de son choix. Il s’est agi de Patrick Drahi, propriétaire de Numéricable. En l’espèce, celui-ci proposait de payer en cash plus de 11 milliards d’euros, et y ajoutait certaines dispositions favorables, comme des titres de participation dans la nouvelle entité.

De façon en apparence assez surprenante, l’Etat a décidé de se mêler de la vente, et de pousser Vivendi à vendre SFR à Bouygues Telecom plutôt qu’à Numericable.

La surprise est apparente seulement, pour trois raisons:

– SFR appartient à la galaxie historique de la Compagnie Générale des Eaux (devenue Vivendi), dont les liens avec l’Etat ont toujours été étroits. La Caisse des Dépôts en est d’ailleurs actionnaire. En outre, le groupe Vivendi possède des « zones d’interférence » avec les intérêts publics, comme Canal +, chaîne de télévision chouchoutée par le pouvoir.

– la téléphonie mobile est une activité étroitement dépendante des autorisations données par l’Etat. Les affaires Prism et autres (dont le système Echelon) montrent d’ailleurs comment la mise sous surveillance de la téléphonie privée est un enjeu pour le pouvoir.

– SFR possède des filiales « sensibles » comme Fibre Optique Défense, qui câble le quartier de la Défense.

C’est évidemment un sujet d’importance que de savoir à qui nous confions tous ces petits joyaux, même si cette confiance se fait avec des opérateurs privés.

Reste que le positionnement du ministre Montebourg dans cette affaire nous montre une fois de plus comment le capitalisme de connivence qui demeure la règle en France constitue une menace pour les libertés individuelles. Ainsi, sur Europe 1, Arnaud Montebourg n’a pas manqué de souligner les zones d’ombre qui entourent Patrick Drahi, patron de Numéricable, et il a signifié à mots couverts que l’intéressé ne tarderait pas à recevoir la visite des services fiscaux. De fait, on apprenait illico que Numéricable faisait l’objet d’un redressement de plus de 36 millions d’euros.

C’est comme ça que ça se passe en France: quand l’Etat veut intervenir dans le cours des affaires privées, il mobilise de façon tout à fait partiale les services publics. Cette défaite de l’impartialité de l’Etat, ce triomphe de la politisation de l’administration, coûteront tôt ou tard très cher à l’esprit démocratique. Rappelons que les fonctionnaires sont protégés par un statut pour éviter ce genre de tripatouillages. Si ces tripatouillages ont libre cours, plus besoin de maintenir la fiction du statut de la fonction publique…

Comment Bercy protège Cahuzac

Pendant ce temps, Bercy, qui adore traquer la fraude fiscale chez les uns, protège activement celle des autres. On découvre en lisant Libération qu’un agent de Tracfin a dû démissionner l’an dernier pour avoir divulgué des informations sur Cahuzac, par crainte que sa hiérarchie ne les étouffe. Il s’agit d’Olivier Thérondel, dont voici les explications:

M. Thérondel dit avoir enregistré, le 5 avril, une déclaration de soupçon relative au rapatriement en France de 685.000 euros par M. Cahuzac depuis un établissement situé à Singapour.

Il explique que lorsqu’ont été transmises à Tracfin les informations relatives aux transferts effectifs, son supérieur direct l’a enjoint, oralement, de ne plus effectuer d’opérations liées aux comptes de Jérôme Cahuzac.

L’ancien agent s’est inquiété de cette situation, de même, a-t-il dit à l’audience, du fait que l’ensemble de ces informations ne faisait pas l’objet d’un signalement au parquet. (…)

Se présentant comme un lanceur d’alerte, il a également justifié son geste par la constatation préalable de plusieurs dysfonctionnements.

Il a notamment dit avoir signalé, en 2010, le rapatriment de 100.000 dollars depuis le Panama par un «conseiller présidentiel», ce qui lui avait valu, selon lui, une réprimande de sa hiérarchie.

«On a essayé de comprendre ce quelque chose de grave que M. Thérondel a voulu signaler. J’avoue que je n’ai toujours pas compris», a dit Mme Philippe, qui a requis, outre la peine avec sursis, une amende de 1.000 euros.

Moyennant quoi, Bercy, si attachée à la lutte contre la fraude fiscale, poursuit activement cet agent contre qui une peine de 3 mois de prison avec sursis pourrait être prononcée. 

Ce qui s’appelle: deux poids deux mesures.

Paris: le grand retour en arrière

La façon dont le « smog », le nuage de pollution, s’est invité dans la campagne électorale est l’occasion de souligner combien Paris, en 12 ans de gestion sociétale, a reculé. Ce constat me navre d’ailleurs, puisque Bertrand Delanoë, lorsqu’il fut élu, portait avec lui une cohorte d’espoirs qui se sont tous éteints les uns après les autres.

Le Smog, grand échec de l’équipe Delanoë

Commençons quand même par le commencement. Jamais de mémoire de Parisien la pollution n’avait atteint une telle pestilence. Non seulement elle est visible à l’oeil nu, mais tous ceux qui fréquentent le périphérique sentent forcément leurs poumons opprimés à son approche. L’état sanitaire de la Ville est devenu calamiteux.

Je reprends ici le programme de Delanoë en 2008:

– réduire les émissions de gaz à effet de serre (CO2) de 15% par rapport à 2004
– 200.000 mètres carrés de panneaux solaires d’ici à 2014 « pour faire de Paris une capitale mondiale de l’énergie solaire »
– création de quatre sections de couverture du périphérique pour lutter contre les nuisances sonores
– « végétalisation » des toitures
– construction de tours, mais « de haute performance environnementale et de grande qualité architecturale »
– 30 hectares supplémentaires d’espaces verts (32 dans la mandature 2001-2008)
– diminuer de 10% les déchets produits dans Paris

Il serait intéressant de reprendre point par point le programme de l’équipe sortante sur ces questions d’environnements. Le smog rappelle avec une triste évidence que le bilan général de la politique municipale est mauvais, et même très mauvais.

Juste par curiosité, l’équipement de la Ville en panneaux solaires est de 25.000 m2, soit dix fois moins que l’engagement de 2008. Selon Anne Hidalgo, 16 hectares de verdure ont été créés depuis 2008, soit deux fois moins que prévu. Ces deux seuls exemples sont d’autres illustrations de l’échec de Delanoë sur la question de l’environnement. Cet échec met aujourd’hui notre santé en danger.

Cet échec est également accablant pour les Verts, qui sont allés à la gamelle municipale depuis 12 ans, et ont diffusé leur idéologie bobo anti-banlieue nausabéonde sous couvert de grands idéaux sociétaux. Je rappelle ici quelques propos de la bienpensance verdoyante:

l’ensemble de ces projets et plus globalement la place des 2 roues dans notre ville, feront l’objet d’une étude attentive dans le cadre de l’élaboration du futur Plan de Déplacement de Paris dont l’objectif est non seulement d’agir concrètement pour réduire les nuisances et les pollutions liées à l’automobile, mais aussi de promouvoir une utilisation équilibrée de l’espace public pour tous les Parisiens.

(Denis Beaupin, 2001)

Tout ça pour ça!

On s’ennuie à Paris

A cet échec patent, j’ajoute quand même le constat d’endormissement général qui saisit forcément les Parisiens noctambules.

Alors que, dans certains quartiers, la police laisse faire le tapage nocturne de façon totalement ahurissante (je pense ici à certaines zones de l’Est parisien où les appartements sont invivables à cause de ces nuisances – les habitants comme ceux du square d’Amiens, sur les maréchaux, dans le 20è, ne cessent de s’en plaindre), les rues de l’hyper-centre sommeillent avec le calme de la petite bourgeoisie bien-pensante qui entoure le maire. Longtemps, je n’y ai pas cru, mais… c’est en descendant récemment les Champs-Elysées à deux heures et demie du matin, à la recherche d’un bar avec quelques amis, un vendredi soir, que j’ai soudain mesuré le recul parisien.

Lorsque je suis arrivé à Paris en 1986, je me souviens qu’à deux heures du matin, on trouvait encore un hyper-marché ouvert (oui, oui, c’était le G 20 de Beaubourg, qui faisait travailler des étudiants… à cette époque les petits boulots étaient légion). A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, on trouvait toujours un bar ou un magasin ouvert à Paris.

Aujourd’hui, même les Champs sont devenus un désert ahurissant.

Pourtant, Delanoë paraissait là encore porteur d’un anti-conformisme qui laissait espérer bien des choses… sauf une capacité à transformer la capitale en une résidence petite bourgeoise où l’on se couche à 22 heures.

Une réussite sociale, vraiment?

L’équipe sortante aime bien parler de ses grandes réussites sociales pour faire oublier ses échecs par ailleurs.

Les créations de places en crèche tiennent la première place dans ces proclamations triomphales. Du point de vue du volume, l’objectif affiché en 2008 a été presque atteint (2.500 places nouvelles), ce qui est un bon bilan. Mais personne (les lecteurs de ce blog le savent, puisque j’ai commis en septembre 2013 un papier sur ce sujet) ne s’est réellement soucié de préciser le projet éducatif qu’il y avait derrière tout cela, et l’idée s’installe maintenant sans nuance qu’un enfant est fait pour aller à la crèche dès 3 mois pour son bien… Je ne reviendrai pas sur ce point maintenant, mais ce sujet pose quand même problème.

Sur les autres points du programme social de Delanoë en 2008, l’équipe sortante se montre curieusement beaucoup plus discrète. Peut-être (les habitants de l’Est parisien le savent) que les grappes d’enfants (y compris des nourrissons) qui dorment chaque nuit dans la rue apportent-elles là aussi un démenti cinglant aux proclamations de réussite officielle.

On pourrait par ailleurs disserter sur l’existence ou non de l’adjoint chargé du bénévolat que le maire annonçait en 2008. Sur le sujet de la capacité hôtelière, elle n’a guère progressé de plus de 2,5%, ce qui est un échec total pour l’équipe en place.

Bref, alors que le programme social de la Ville était extrêmement léger en dehors des créations de crèches, il est loin d’avoir été tenu.

Tous ces constats sont navrants. Bertrand Delanoë était, lors de son élection porteur d’une espérance: celle d’un homme nouveau qui apporterait des réformes et un renouveau parisien. Nous en sommes bien loin.