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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

#Pisa: la tour de l’Education Nationale penche dangereusement

Dans mon billet d’hier (succinct, car je suis très occupé en ce moment), je publiais la note PISA de l’OCDE, que les commentateurs feraient bien de lire in extenso: elle dit des choses bien différentes que celles qu’on lui prête. Beaucoup en effet déduisent de l’étude PISA l’idée fausse selon laquelle les petits Français sauraient moins de choses que leurs camarades étrangers et qu’au fond l’OCDE nous inviterait à renforcer les moyens de l’école pour la rendre plus égalitaire et plus juste.

Cette lecture très extérieure ne correspond évidemment pas au sujet même du classement PISA.

Pourquoi les petits Français sont mauvais à PISA

PISA n’a rien à voir avec un test de connaissance scolaire comme on ferait des interrogations écrites dans un collège ou un lycée. Et PISA n’évalue absolument pas les savoirs. PISA procède d’une autre logique: celle de l’évaluation par les compétences, c’est-à-dire de l’évaluation de ce que les élèves sont capables d’apprendre et d’analyser et non de ce qu’ils savent. PISA est donc un test par questionnaire à choix multiple, qui privilégie la compréhension des énoncés plutôt que le savoir académique.

Cette logique rompt avec le bel ordonnancement scolaire français. L’école, en France, est en effet obsédée par le savoir, et s’occupe peu des compétences. D’ailleurs, la technostructure de l’Education Nationale refuse depuis de nombreuses années la mise en place de l’évaluation par les compétences dans nos écoles, nos collèges et nos lycées. Les rares adeptes de ce type d’évaluation sont des rebelles qui mènent des expériences locales sans aucun relais institutionnel. Un récent rapport de l’Inspection Générale de l’Education Nationale le regrettait.

Evidemment, si l’institution se bat depuis des années contre la logique de l’évaluation PISA, il n’est pas étonnant que la performance de la France dans ce classement soit en baisse. Ce qui est en cause, c’est moins l’état de nos élèves que l’incapacité de notre machine éducative à se réformer et à s’adapter à l’évolution du savoir.

Un problème avant tout pédagogique

Le plus intéressant dans le débat autour de PISA tient d’ailleurs à ce constat global: alors que PISA interroge les méthodes pédagogiques, le débat une fois de plus tourne d’abord autour des moyens dont l’école dispose.

Cette occultation est agaçante, puisque les pays qui réussissent les meilleures performances à PISA (en particulier la Corée du Sud) sont des pays qui dépensent moins que la France, proportionnellement s’entend, pour leur école, et ce sont aussi des pays où la moyenne d’élèves par classe est supérieure à la moyenne française. A titre d’exemple, la Corée du Sud consacre moins de 5% de son PIB à l’éducation, alors que la France est à 6%. Encore à titre d’exemple, les deux premiers du classement: le Japon et la Corée, sont les lanternes rouges mondiales en terme de nombre d’élèves par classe.

Ces quelques éléments permettent de rappeler que, lorsque le ministre actuel de l’Education explique que la solution à PISA, c’est plus d’enseignants pour moins d’élèves par classe, il se contente de reprendre la logique mortifère à l’oeuvre à l’Education Nationale depuis 30 ans: pour sanctuariser la pédagogie, faisons croire que nous avons un problème de moyens.

Et c’est bien aujourd’hui l’enjeu du débat en France. La corporation des enseignants se bat becs et ongles pour préserver le privilège de l’enseignant seul maître de sa classe. Et cette défense corporatiste utilise tous les arguments possibles et imaginables pour détourner le débat vers des écrans de fumée qui sont autant de miroirs aux alouettes.

L’anthologie des faux arguments français

Ces écrans de fumée, nous les connaissons tous, mais il est amusant de les rappeler.

Le premier argument consiste à suggérer que, peu ou prou, le classement PISA fait partie d’une logique anglo-saxonne et néo-libérale d’emprise sur le monde. Je reprends ici le texte publié par le principal syndicat enseignant, le SNES, et rédigé par un universitaire lyonnais, sur le sujet:

La communauté scientifique est divisée sur la place que doivent occuper les comparaisons internationales de résultats dans les politiques d’éducation. Les chercheurs qui les conçoivent passent pour des experts indépendants : c’est oublier souvent qu’ils répondent à un cahier des charges et qu’ils sont rémunérés pour cela. En fait, les statistiques internationales sont le produit d’une construction sociale et politique, et donc de rapports de force et de compromis, à partir desquels sont établies des conventions. D’abord, certaines conceptions de l’éducation sont davantage privilégiées que d’autres. Ainsi, n’importe quel observateur aura remarqué que les disciplines évaluées dans ces grandes enquêtes internationales sont assez restrictives : les mathématiques, les sciences, la lecture. Alors que faire acquérir aux élèves des valeurs citoyennes et les intégrer progressivement dans une collectivité, développer leurs capacités critiques, leur faire acquérir une culture commune sont aussi des buts légitimes. Or, les comparaisons internationales s’appuient sur un postulat assez simple : les « compétences de base » sont des indicateurs de la « productivité » des systèmes éducatifs. Cette conception est défendue par les économistes du capital humain qui considèrent que la qualité de l’éducation, mesurée par les acquis des élèves dans les comparaisons internationales, se révèle plus importante pour la croissance économique que l’augmentation des dépenses d’éducation. Leur chef de file est Eric Hanushek, membre de la Hoover Institution qui abrite les intellectuels américains de la Nouvelle Droite, ardents défenseurs de la politique éducative de Georges Bush. Son disciple, Ludger Wössman joue un rôle actif dans le Réseau Européen des Économistes de l’Éducation créé spécifiquement par la Commission Européenne pour ses prises de décision dans les politiques d’éducation et de formation en Europe. Ensuite, l’expertise propre aux comparaisons internationales se nourrit de gros contrats, dans le marché mondial des tests et des outils d’évaluation, et de la vente des services qui leur sont associés. C’est pourquoi de gros consortiums comme Citogroep aux Pays-Bas ou Acer en Australie sont fortement engagés dans ces grandes enquêtes internationales et occupent une position dominante. C’est le cas aussi de l’ETS (Educational Testing Service), une agence occupant la première place dans le marché des tests aux États-Unis. L’ETS est aussi le concepteur de comparaisons de résultats couvrant le territoire américain et ses méthodes sont reprises par les concepteurs de PISA. Pourtant, les enquêtes internationales ne sont pas sans poser d’importants problèmes méthodologiques. Leurs concepteurs font face à d’énormes difficultés de traduction des items dans la langue des pays participants. Les psychométriciens sont divisés sur la pertinence du modèle de mesure utilisé et sur la combinaison de questions qui sont jugées mal adaptées à la mesure des compétences des élèves. D’autres chercheurs font remarquer que les programmes scolaires de certains pays sont beaucoup plus proches des compétences évaluées que d’autres. La taille de l’échantillon des individus passant les tests est très variable d’un pays à l’autre. Il existe aussi des variations importantes dans l’âge des élèves et les années de scolarité pris en compte. Enfin, les différences dans les scores s’expliquent aussi par des spécificités sociales et culturelles relatives aux situations pédagogiques, aux cadres institutionnels, et à la place de l’évaluation dans chaque pays. Malgré ces critiques, les comparaisons internationales ont été utilisées de manière récurrente pour critiquer l’éducation publique et les enseignants, leur absence de performance, considérés comme un frein dans la mise en place d’une obligation de résultats centrée sur les compétences de base. Récemment, la Commission européenne a défini des compétences-clés dont s’inspire aujourd’hui le socle commun français. Elle utilise les résultats de PISA pour les intégrer à un ensemble d’indicateurs de mesure de l’efficacité, de l’équité, et de la qualité des systèmes éducatifs européens. Elle a égale- ment défini des cibles à atteindre pour que l’Europe soit l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde, notamment dans le domaine de la lecture. Ces indicateurs, qui s’appuient en partie sur l’enquête PISA et les données statistiques fournies par les États membres, contribuent à un processus d’harmonisation et de convergence des politiques d’éducation en Europe. La Commission européenne a créé également un centre de recherche spécifique, le Center for Research on Lifelong learning (CRELL) pour construire de nouveaux instruments de mesure qui doivent aider à la mise en oeuvre d’une Méthode Ouverte de Coordination à laquelle la France a accepté de participer.

Evidemment, en posant comme principe de base que PISA est le produit d’un complot capitaliste, et que ses résultats visent à transformer nos élèves en petits soldats du libéralisme, on n’est pas rendu. On retrouve ici la théorie de résultats « pipeautés », en vogue dans les milieux enseignants.

Le second argument, comme d’habitude, conduit à soutenir que, si les résultats sont valides, la déroute française qu’ils montrent tient au manque de moyens. Remettez des enseignants par brassées entières dans les écoles, payez les mieux, et les élèves seront meilleurs.

Là encore, je propose au lecteur de parcourir le document de synthèse du SNES, en 2007, sur le sujet. La tonalité est simple et claire: les mauvais résultats français ne peuvent évidemment pas résulter d’un problème pédagogique, puisque nous avons d’excellents enseignants, tous parfaits, tous plus beaux les uns que les autres. Le problème vient du manque de moyens.

La question de la pédagogie

Le problème français tient largement à cette occultation du problème pédagogique. Il est interdit, dans ce pays, de demander à un enseignant des comptes sur sa façon d’enseigner, comme il est interdit de demander à un médecin des comptes sur sa façon de prescrire, ou à un élu des comptes sur sa façon de décider. Cela fait partie des blocages français.

Or, dans le cas de l’école, le refus obstiné de l’évaluation pédagogique, ou sa réduction au strict minimum, deviennent des points de blocage particulièrement préoccupants: l’enquête PISA le prouve. Il faudrait que l’on y voit clair sur ce qui est enseigné dans les classes, et qu’on fasse évoluer le contenu d’enseignement. Il ne s’agit bien évidemment pas d’entamer une démarche d’examen pédagogique enseignant par enseignant, mais d’entamer un vaste plan d’adaptation du métier d’enseignant aux conditions nouvelles du savoir.

Trop souvent encore l’enseignement idéal est conçu comme une réminiscence de la troisième République, alors que le savoir et son mode de transmission ont radicalement changé. Notre enjeu est bien ici de réussir une transformation radicale de notre système éducatif.

Ma rengaine sur la transformation numérique de l’école

J’ai eu l’occasion de le répéter à plusieurs reprises: la France tarde à adapter son enseignement au monde moderne. A titre d’exemple, l’Allemagne croupissait il y a 10 ans dans le même cul-de-basse-fosse que la France dans l’enquête PISA. L’Allemagne a fait le choix courageux d’un véritable électrochoc (pas d’une déclaration superficielle d’un ministre qui part en campagne électorale) et elle est désormais 10è au classement, avec 9 places gagnées. Le pire n’est donc jamais sûr.

Je ne crois pas (mais je rêverais que l’on me démontre le contraire…) que l’école en France soit capable de se réformer de l’intérieur. Les « corps intermédiaires » y sont trop puissants.

A contre-coeur, car j’aime le service public, je suis convaincu que seul un choc de privatisation pendant 10 ans parviendra à remettre notre école à niveau, et à la refonder.

En route vers un nouveau krach financier (Roubini)?

Je me permets de reprendre ici l’excellent papier de Nouriel Roubini sur la situation financière mondiale, paru dans Les Echos:

L’économie mondiale sous la menace des bulles financières

 Alors que les taux de croissance restent désespérément bas et qu’un taux de chômage inacceptable continue à frapper les économies les plus avancées, leurs banques centrales ont accentué leurs politiques non conventionnelles avec notamment des taux d’intérêt voisins ou égaux à zéro, des politiques massives de rachats d’obligations souveraines ou, encore, le rachat d’actifs privés afin de baisser le coût du capital. Hélas, cet effort massif d’offre de liquidités n’a pas suscité la relance attendue du crédit pour financer la consommation des ménages ou l’investissement. Les banques ont, au contraire, conservé en partie le produit de cette augmentation de la base monétaire en accroissant de façon excessive leurs réserves inutilisées. Nous assistons donc à resserrement du crédit, car les banques dont le capital est insuffisant ne veulent pas prêter à des emprunteurs à risque, tandis que la faible croissance et le niveau d’endettement élevé des ménages ont aussi déprimé la demande de prêts.

Le résultat est que ce flot de liquidités inonde le secteur financier plutôt que l’économie réelle. La politique des taux d’intérêt proches de zéro encourage le « carry trade » – le financement par l’endettement de l’achat d’actifs à haut rendement et à haut risque tels que les obligations d’Etat ou les obligations privées à long terme, les actions, les matières premières et les devises de pays à taux d’intérêt élevé. Nous sommes à nouveau face à des marchés financiers effervescents, susceptibles d’entraîner la formation de bulles.

La Bourse américaine et beaucoup d’autres ont rebondi de plus de 100 % depuis l’effondrement de 2009 ; l’émission d’obligations « pourries » à haut rendement est revenue au niveau de 2007 et les taux d’intérêt de ces obligations chutent. Par ailleurs, des taux d’intérêt faibles poussent à la hausse le prix de l’immobilier – ce qui pourrait entraîner la formation d’une bulle dans les pays avancés comme dans les pays émergents. On peut citer la Suisse, la Suède, la Norvège, l’Allemagne, la France, Hong Kong, Singapour, le Brésil, la Chine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada.

Sommes-nous confrontés maintenant au risque d’un nouveau cycle de formation et d’éclatement de bulles d’actifs ?

Certains responsables politiques – comme Janet Yellen, future patronne de la Réserve fédérale américaine – disent qu’il n’y a pas vraiment de quoi s’inquiéter. Ils estiment que les banques centrales peuvent maintenir les taux d’intérêt à un niveau bas durant une assez longue période et ne les augmenter ensuite que progressivement pour stimuler la croissance. Elles peuvent par ailleurs peser sur le système financier pour contrôler le crédit et éviter la formation de bulles.

Mais certains critiques estiment que la mise en place éventuelle de mesures prudentielles – par exemple la fixation d’une limite au ratio prêt-valeur dans l’immobilier, une plus grande exigence en fonds propres pour les banques qui font des prêts à risque et des normes plus sévères en termes de garantie – ne réussira peut-être pas. Non seulement elles n’ont jamais été mises à l’épreuve, mais restreindre le crédit dans certaines parties du système financier déplacera en son sein les liquidités placées à taux zéro et essayer de restreindre entièrement le crédit pousserait les liquidités vers le réseau moins contrôlé des banques de l’ombre. Certains experts estiment que seule une politique de taux d’intérêt élevés peut toucher l’ensemble du système monétaire et empêcher la formation de bulles d’actifs.

Si les dirigeants politiques s’engagent trop lentement à monter les taux d’intérêt pour encourager la reprise économique, ils risquent de provoquer la formation d’énormes bulles d’actifs qui vont finir par éclater en déclenchant une autre formidable crise financière et une glissade rapide vers la récession. Par contre, s’ils essaient de crever les bulles naissantes avec des taux d’intérêt élevés, ils casseront les marchés obligataires et tueront la reprise, suscitant d’importants dommages économiques et financiers.

Pour le moment, les responsables politiques des pays dont le marché du crédit, celui de l’immobilier et la Bourse sont en effervescence ont évité de relever les taux d’intérêt. Mais il est encore trop tôt pour savoir si les mesures macroprudentielles sur lesquelles ils comptent permettront d’assurer la stabilité financière. Si ce n’est pas le cas, ils devront choisir entre Charybde et Scylla : soit tuer la reprise pour éviter de dangereuses bulles, soit s’engager sur la voie de la croissance au risque d’alimenter une autre crise financière. Pour l’instant, avec le prix des actifs qui continue à monter, beaucoup de pays ont atteint la limite de ce qu’ils peuvent supporter.

Nouriel Roubini ,

Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2013.

En 2012, l’Etat a réduit sa dépense moyenne par lycéen

Il faudra suivre les chiffres avec attention, et attendre l’analyse des statistiques 2013. Mais il est tout à fait possible que, derrière les grandes annonces en faveur du recrutement des enseignants, l’Etat réduise son investissement dans l’éducation au collège et au lycée… depuis 2012. Voici en effet les statistiques provisoires (nous sommes en novembre 2013, des chiffres provisoires pour 2012, ça fait un peu désordre) qui viennent d’être publiées par l’Education Nationale, et remises en graphique par mes soins:

Source: Education Nationale
Source: Education Nationale

 

Cette petite courbe montre l’évolution de la dépense moyenne par collégien depuis 2006: après une remontée en 2010, le taux d’évolution plonge constamment depuis.

Pour les lycéens, les chiffres sont les suivants:

Source: Education Nationale
Source: Education Nationale

 

Après le pic de 2010, les chiffres ont chuté, et la politique de 2012 les a simplement ralentis.

On notera que, comme d’habitude, le lycée est mieux doté que le collège.

 

Quand les #Verts libéraux se rebellent contre l’ordre moral

Dans le débat sur l’abolition de la prostitution, on notera cette excellente tribune principalement signée par des députés verts, même si des députés d’autres partis se sont joints à eux. En voici un extrait:

Nous regrettons que les chevilles ouvrières de cette proposition de loi n’aient pas davantage prêté l’oreille aux ONG et aux associations qui s’occupent de la santé des personnes prostituées et leur apportent leur aide, et qui annoncent, si ce texte est voté et appliqué, une précarisation accrue de ces personnes. Elles seront condamnées dès lors à l’isolement et à la clandestinité, travaillant à domicile par internet, plus que jamais à la merci de leurs clients par l’effet d’une raréfaction de la demande, et plus que jamais exposées aux violences ainsi qu’aux risques sanitaires, en raison d’une moindre utilisation des moyens de protection. La pénalisation des clients aura de fait bel et bien les mêmes effets que l’instauration, en 2003, du délit de racolage public.

Nous regrettons que l’Etat, par la loi, s’octroie le droit de décider pour elles ce que les femmes feront ou non de leur corps, bafouant ainsi la première des libertés individuelles, dès lors que celles qui se prostituent le font par libre consentement, que ce choix soit ou non lié à des difficultés économiques ou aux accidents imprévisibles de la vie.

Un signe, à l’issue de l’élection à la tête des Verts d’une personnalité choisie par Cécile Duflot.

Les experts hostiles à un coup de pouce pour le SMIC

En application de la loi de 2008, un groupe d’experts s’est réuni pour analyser l’opportunité ou non d’un coup de pouce pour le SMIC. Le rapport qu’ils rendent se conclut comme ceci:

Au vu de cette conjoncture et des divers points mentionnés plus haut, il ne semble pas

justifié, aujourd’hui, de revaloriser le SMIC au-delà de la règle officielle d’indexation basée

sur l’inflation et l’évolution du salaire réel de base ouvrier et employé. C’est la

recommandation de ce groupe d’experts.

L’annonce finale devrait être faite en décembre. La rentrée de janvier sera chaude.

#Varin: les entreprises françaises seront-elles un jour responsables?

Avec l’affaire Varin, la question des retraites-chapeau refait surface dans le débat public de façon tonitruante. L’occasion est donc donnée de faire un petit décryptage de ce dossier complexe et emblématique des sujets sur lesquels les entreprises françaises devraient entamer une révolution culturelle.

Les entreprises françaises savent-elles communiquer sur les rémunérations des dirigeants?

L’affaire Varin constitue d’abord et avant tout, dirais-je même, un superbe cas d’école pour les écoles de communication. La question à poser aux étudiants est d’une redoutable limpidité: une grande entreprise française connaît d’importantes difficultés financières et licencie à tour de bras pour assurer sa survie. Elle décide d’écarter son dirigeant: celui-ci dispose d’une provision de 21 millions € dans les comptes de l’entreprise pour assurer sa retraite. L’entreprise doit-elle être transparente sur le sujet et choisir de communiquer préventivement, ou doit-elle garder ces informations secrètes?

A l’image du prêt-à-penser en vigueur dans le capitalisme français, les dirigeants de Peugeot ont fait le choix de la seconde option. De multiples raisons les y ont probablement poussés, qu’on peut s’amuser ici à égrener. Les DRH ont dû dire: rien ne nous oblige à communiquer sur le sujet. Le service juridique a dû dire: la retraite-chapeau est parfaitement légale, donc inattaquable. Et la famille Peugeot a dû considérer qu’on ne parlait pas d’argent à table, et qu’on n’avait pas à justifier la décision des patrons devant les salariés, et encore moins devant l’opinion publique. Nous sommes encore les maîtres chez nous! On espère quand même qu’il s’est trouvé un communiquant chez Peugeot pour mettre Varin en garde contre les risques du silence.

En tout cas, n’importe quel étudiant en communication aurait traité le sujet en rappelant que plus rien, de nos jours, ne peut être gardé secret. Et qu’il vaut mieux communiquer au vent que sous le vent, comme disent les marins. Attendre que l’affaire soit sur la place publique pour l’expliquer, c’est un peu laisser l’ennemi choisir le terrain de la bataille.

C’est pourtant ce choix absurde que les Peugeot ont fait, et Varin n’a pas tardé à voir le résultat: l’affaire éclatait à peine que son dossier était carbonisé. Et là encore, sa communication est un cas d’école: dans un premier temps, il a cherché à justifier sa position en expliquant que ce montant exorbitant s’expliquait par le poids de la fiscalité. Traduction: il y aurait moins de règles imposées par les syndicats et les pauvres, tout cela coûterait moins cher. En suicide en bonne et due forme, qui a trahi, tout à coup, le décalage moral entre une classe dirigeante enfermée dans sa logique de profit et une multitude de salariés et de petites gens exaspérés par l’égoïsme et le manque d’empathie de leurs dirigeants.

L’explication manquée sur la question des retraites

Ce loupé prévisible dans la communication a rendu inaudible toute forme de débat sur la question des retraites à prestations définies, et c’est bien dommage. Car, que reproche-t-on à Philippe Varin? de laisser derrière lui une entreprise exsangue, mais d’empocher une somme de 21 millions € versée en rente durant sa retraite, c’est-à-dire probablement étalée sur 25 ans. C’était l’occasion d’expliquer le redoutable mécanisme de la retraite à prestations définies, qui consiste à s’engager sur un montant versé mensuellement pendant la retraite, et à caler la provision de façon actuarielle pour couvrir l’engagement.

Ce charabia technique paraît éloigné de la vie des Français, mais c’est pourtant la base même de l’ensemble du système français des retraites qui est décrit. La retraite du régime général fonctionne en effet autour d’une promesse de revenu mensuel durant la retraite. Tout est ensuite organisé autour de cette promesse: les cotisations versées par les actifs sont calculées pour délivrer la promesse. C’est ce qu’on appelle un régime à prestations définies: le bénéficiaire sait, durant sa période d’activité, le montant qu’il touchera.

La seule différence entre le Français moyen et Philippe Varin tient au libellé du contrat. Dans le cas de Philippe de Varin, le montant était annoncé clairement (mais Varin était à moins de dix ans de la retraite, ce qui le met, in fine, dans une position analogue à celle des Français de 55 ans qui savent déjà combine ils toucheront à la retraite). Dans le cas des Français moyens, le montant est libellé sous forme d’un calcul mathématique égal à un pourcentage du salaire touché durant les 25 meilleures années. Mais, en dehors de cette différence de libellé, la mécanique de calcul est la même.

En transposant l’affaire Varin à chaque Français, on aurait pu astucieusement montrer que, pour provisionner la retraite d’un cadre, il faudrait plus de 860.000€. Pour provisionner celle d’un ouvrier, il faudrait 360.000€. C’est beaucoup moins que Varin, certes, mais ça remet les idées en place. Peu de Français adeptes du système par répartition ont conscience que chaque mois ils paient des cotisations pour abonder l’équivalent actuariel de ces provisions. Et peu d’ouvriers français ont conscience qu’ils cotisent chaque mois pour provisionner une retraite qui profitera essentiellement aux cadres.

Car si le dossier Varin exaspère par l’injustice dont il est porteur, le système de retraite par répartition tel qu’il existe n’est pas moins injuste. Il repose quand même, au nom de l’universalité et de la solidarité dont il se goberge, sur un vaste transfert de richesse des moins riches vers les plus aisés. Ce transfert se fonde d’abord sur l’inégalité d’espérance de vie selon la classe sociale. Il serait intéressant de faire un jour le compte global de ce transfert, histoire de bien mettre sur la table que la défense becs et ongles de la sécurité sociale de 1945 n’est pas aussi rose qu’on veut bien le dire.

A ces petits calculs de boutiquiers, il faudrait ajouter le calcul d’un autre transfert injuste: le financement de la retraite des fonctionnaires par l’impôt. Si les fonctionnaires devaient cotiser pour équilibrer leur propre retraite, ils découvriraient tout à coup les limites de l’exercice…

Le système du « soft law » et de la « compliance » a du plomb dans l’aile

Dans cette opération, la principale victime s’appelle la « soft law », c’est-à-dire la gouvernance par recommandation (par opposition à réglementation), qui suppose une « compliance », c’est-à-dire une responsabilité de l’entreprise suffisante pour faire appliquer les recommandations sans intervention du législateur.

Rappelons que le MEDEF et l’AFEP (qui rassemble les entreprises du CAC 40) ont péniblement, en juin 2013, fini par se mettre d’accord pour durcir le code qu’elles ont mis en place à reculons depuis plusieurs années.

Les explications nécessaires au dossier Varin se trouvent pages 28 et 29.

Dans la pratique, la retraite chapeau de Philippe Varin n’était pas conforme au code, mais avait l’excuse d’avoir été signée bien avant l’édiction du Code. Certains ont argué du principe de non-rétroactivité: puisque le contrat n’était pas visé par le code, il ne fallait pas appliquer le code et laisser Varin partir. Cette argutie juridique oublie la nature molle du code. Parce que le patronat n’a pas voulu de législation sur le sujet, il lui revient de se montrer exemplaire dans l’application du texte, et de ce point de vue, l’invocation de la non-rétroactivité est maladroite. Elle revient à invoquer la loi quand ça arrange, à la refuser quand ça n’arrange pas. Grave erreur d’appréciation pour ceux qui considèrent que l’Etat est trop présent et trop glouton.

Tout l’enjeu de la soft law est bine là: est-ce une manière de contourner les lois et de profiter sans mesure? ou est-ce une prise de responsabilité raisonnable et équilibrée?

La balle est dans le camp des entreprises, qui doivent aujourd’hui démontrer leur capacité à se prendre en charge de façon responsable sans l’intervention du papa Etat. Et sur ce point, il n’est pas sûr que la génération de dirigeants Welfare State addict à la tête de nos grandes entreprises soit prête à satisfaire aux sacrifices qu’une démarche responsable impose.

#Abolition de la prostitution: la pénétration est-elle dangereuse pour la santé?

On lira avec intérêt le discours de Maud Olivier, députée rapporteuse de la proposition de loi pour l’abolition de la prostitution, prononcée à l’Assemblée Nationale.

En voici un florilège:

Et il suffirait qu’une seule prostituée se dise libre pour que l’esclavage de toutes les autres devienne respectable et acceptable?

Bien sûr il est beaucoup moins sexy et glamour de parler de violences, de victimes de la traite et de l’exploitation sexuelle d’êtres humains, que de se revendiquer adeptes de liberté sexuelle même si en l’occurrence on ne parle que de la liberté des hommes (99% des clients de la prostitution sont des hommes).

Comment trouver glamour les 10 ou 15 pénétrations par jour d’hommes qu’on ne connait pas, subies par les personnes prostituées, contraintes par des raisons évidemment économiques, avec des conséquences dramatiques sur leur santé?

Maud Olivier devrait demander à Dominique Strauss-Kahn une petite virée aux Chandelles ou à la Cheminée. Elle trouverait sans doute des réponses à ses questions.