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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Amendement des Verts sur les livres numériques

Les députés Verts Attard et Alauzet ont déposé un amendement créant une TVA à taux réduit pour les livres numériques en licence ouverte. Le gouvernement a demandé un réexamen de l’amendement, au nom des engagements communautaires de la France. Rappelons que la Commission Européenne considère que les livres numériques sont des services qui n’ouvrent pas droit à un taux réduit de TVA.

L’agenda social 2014 est fixé: sans aspérité

Les partenaires sociaux ont fixé leur programme de travail pour 2014.

L’année devrait commencer par une renégociation de la convention assurance-chômage, dont les effets sont prorogés jusqu’en mars 2014.

Dans le même temps un bilan des contrats de génération sera dressé.

La modernisation du dialogue social sera au menu de l’année 2014, avec, en supplément, deux groupes de travail sur le financement du dialogue social et sur le financement de la protection sociale.

Les groupes de travail sur les retraites complémentaires, sur la santé au travail et sur la compétitivité se réuniront.

Aucune grande négociation ne devrait donc avoir lieu, ce qui déçoit la CGC.

La France en pré-révolution, mais le gouvernement continue à forer droit

Nouvelle avalanche de mauvaises nouvelles pour l’économie française

Décidément, ce n’est pas la semaine de François Hollande. Le lundi, il se fait huer sur les Champs Elysées, en pleine cérémonie de gerbe (pour les Anciens Combattants). Ce petit moment désagréable a dû le rendre bien nostalgique de ces générations qui partaient se faire tuer sans broncher. C’est à peine si, sur les millions de soldats qui ont laissé leur peau ou leur gueule au combat, à Verdun et ailleurs, on a dénombré six cents mutins. Epoque bénie où des décideurs incompétents pouvaient faire couler le sang à gros flocons sans jamais rendre de comptes…

A peine remis de cette parade désastreuse, le voilà qui subit le feu du déclin économique: commerce extérieur en berne, production industrielle en rade, et dégradation de la note de la France par les affreux de Standard and Poor’s. Ces petites mises en bouche n’étaient rien, bien évidemment, par rapport au feu d’artifice de ce jeudi: PIB en recul au troisième trimestre, réduction importante du volume de l’emploi, prix à la ramasse qui laissent craindre une déflation, créations d’entreprise en berne.

N’en jetez plus. S’il fallait un éteignoir pour doucher les derniers espoirs pour ainsi dire magiques ou superstitieux de sauvetage in extremis à gauche, les statistiques de fin de semaine l’ont produit avec brio: une véritable débâcle, qui apparaît comme la conclusion d’un cycle politique proche du cataclysme national. Après cet épisode, il est évident que le pari irresponsable de l’inversion de la courbe du chômage avant la fin de l’année est perdu. Le prix politique à payer pour cette défaite sera probablement très cruel.

Le pays réel savait que la situation était mauvaise

Il suffisait de traîner ses guêtres dans les allées de la vraie France, c’est-à-dire loin des dîners parisiens où l’élite au pouvoir s’invente un monde qui n’existe pas, et le refait et le redéfait jusqu’à une heure du matin avec force Champagne et foie gras, pour mesurer la détresse du pays depuis le mois d’octobre. Les affaires ne se font plus. Le désordre règne dans les esprits. Plus personne ne sait si le pays est gouverné, ni quelles règles seront appliquées demain. Dans ce climat d’incertitude, chacun reste sur son quant à soi et plus personne ne prend de risque. Cette peur sourde achève d’étouffer les semblants de reprise que la France pourrait connaître.

Il fallait appartenir à l’élite parisienne pour nier ces évidences et pour s’accrocher au petit nuage trompeur de l’inévitable reprise qui devait arriver comme trouvée sous le sabot d’un cheval. Cette vision absurde d’un cycle économique qui se fait tout seul, quoique l’on dise ou l’on fasse, a pourtant dominé les salons depuis le début de l’année, et beaucoup d’adversaires du gouvernement eux-mêmes se sont laissé contaminer par la folie du retour automatique de la croissance.

Or, il existe probablement une seule vérité économique dans l’océan d’inanités éphémères dont les experts de cette pseudo-science abreuvent quotidiennement les médias: s’il est impossible pour un gouvernement de créer la croissance, il lui est tout à fait possible de l’étouffer. Faute d’avoir connu cette règle, le gouvernement Ayrault en subit le lourd rappel, et en connaîtra l’impitoyable sanction. Il est incontestable que la gouvernance délirante qui se donne en spectacle en France depuis quelques semaines tue sans pitié les quelques audaces encore vivantes dans le pays. Mais pourquoi se fatiguer à prendre des initiatives, quand tout le bénéfice en est capté par des pouvoirs publics qui ne manquent jamais de stigmatiser les entreprises, et par une administration pléthorique dont les performances sont effarantes?

La rupture entre les élites au pouvoir et la France

Une grande partie du problème français est contenue dans cette rupture de perception entre les décideurs des beaux quartiers parisiens, perdus dans un monde imaginaire, et les sujets qui composent le reste du pays, harassés par une vie quotidienne de plus en plus dure et angoissante. L’élite française, au lieu de produire de l’empathie, du sens et de la volonté, s’est enfermée dans un langage, un vocabulaire, des certitudes, qui ne sont que bruit et confusion. La distance entre la décision et la mise en oeuvre de la décision n’a jamais été aussi grande, sauf à quelques périodes pré-révolutionnaires. Voyez où je veux en venir.

Exemple de distance? Alors que l’INSEE annonce un repli du produit intérieur brut, Moscovici s’enfonce: « la croissance repart, les entreprises vont mieux », a-t-il déclaré sur la radio grand public RTL. Mais dans quelle France vit-il? Certes, dans les cuisines du ministère, le homard vient toujours de Bretagne, et le Pommard est toujours aussi bon. Certes, dans les soirées parisiennes, les effets de la crise ne se sentent probablement pas. Mais au moment où le pays est à feu et à sang à cause de la charge fiscale, les propos de Moscovici ne peuvent être interprétés, dans le meilleur des cas, que comme une provocation irresponsable.

Exemple de distance? Alors que plus de 40% des enseignants parisiens se sont mis en grève contre la réforme des rythmes scolaires, et que de toutes parts monte la contestation contre cette réforme, le cerf-volant Peillon continue à planer au-dessus de notre misérable sol, avec ses considérations stratosphériques et ses objections politiciennes. Sa stratégie d’amoindrissement (il y aurait juste quelques menus problèmes d’intendance à régler) et de déni des réalités ne peut que nourrir un puissant ressentiment parmi les parents comme parmi les enseignants, et la conviction intime de ne pas être entendu par le ministre.

La France souffre, et ses gouvernants n’entendent pas ses gémissements. La surdité est généralement annonciatrice de maux dévastateurs.

Les mercenaires commencent à retourner leur veste

S’il fallait chercher d’autres signes du désastre ambiant, les innombrables mouvements de grogne qui agitent le pays en fournissent à foison. Je ne prends que celui de mes amis de l’Union Professionnelle des Artisans (UPA), que j’adore – mais enfin ils poussent le bouchon au-delà des limites admissibles, avec le zèle des mercenaires qui viennent de retourner leurs armes contre leurs commanditaires de la veille.

L’UPA est en effet, depuis de nombreux mois, devenue une sorte de Commandeuse de l’ordre établi. Elle s’est illustrée par exemple dans son combat acharné contre les auto-entrepreneurs, accusés de bénéficier de privilèges exorbitants. Il est vrai que des gens limités à un chiffre d’affaires de 32.000 € annuels soumis à l’impôt sur le revenu constituent une cible plus facile que les grandes entreprises qui pratiquent à outrance l’optimisation fiscale et sont des donneuses d’ordre très dissuasives.

Mais enfin… l’UPA a été, depuis sa création, de tous les mauvais coups qui ont plombé les comptes des entreprises françaises (artisanales comprises) par des augmentations permanentes de charge. Pour sauver des usines à gaz paritaires dont une partie des financements tombe directement dans ses poches, l’UPA a signé toutes les inepties contraires à la compétitivité des entreprises qu’elle est supposée défendre. On ne compte plus, depuis 20 ans, les augmentations de charge décidées par les partenaires sociaux pour se sauver et pour préserver leur train de vie totalement artificiel.

Alors les voir aujourd’hui s’offusquer des mesures gouvernementales, on se marre…

D’ailleurs les partenaires sociaux viennent de rendre leur agenda de négociation pour 2014, et l’on ne trouve nulle trace d’une initiative patronale visant à donner un coup de pied dans la fourmilière. Il est tellement plus facile de revendiquer la liberté d’entreprendre en tendant la sébile à l’Etat.

La France est entrée dans un processus pré-révolutionnaire

Le retournement de ces mercenaires s’explique probablement par l’état de fureur dans lequel les forces économiques se trouvent aujourd’hui. Un syndicat aussi conservateur et immobiliste que l’UPA ne peut se rallier au mouvement (en l’espèce celui des « sacrifiés » par la hausse de la TVA) que si et seulement si il y est contraint par une base qui n’est plus contrôlable. Et il devient patent que plus personne ne peut contrôler la colère qui monte.

La contamination des « bonnets rouges » en donne une preuve tangible. Ce mouvement parti de Bretagne contre l’éco-taxe s’est étendu à une lutte contre les radars en Bretagne, et à une lutte contre l’écotaxe dans le reste du pays. Même les défenseurs du régime social des transfrontaliers alsaciens et jurassiens se sont converti au bonnet rouge.

Pourtant, le pouvoir a fait ce qu’il fallait pour juguler la colère. Il a par exemple fait donner à Carhaix les syndicats officiels, CGT en tête, dont le mot d’ordre était de casser un mouvement qui leur échappait. En vain: le coup est parti et il n’est probablement plus rattrapable. Cela ne signifie pas que la révolution est en marche (j’ai même la conviction que le bon coup partira plutôt dans six mois qu’aujourd’hui), mais le vent se lève et il est de mauvais augure pour le régime.

De façon très symptomatique, l’engouement pré-révolutionnaire s’exprime dans le refus de l’impôt. Le lien entre les Français et leur Etat, symbole de l’ordre, de la constance, de la continuité, est rompu. Quand cette digue-là saute, plus rien n’arrête la montée des eaux.

Préserverons-nous nos bonnes vieilles libertés?

Sur le fond, l’arrivée de ce vent frais (glacial pour certains) est une bonne nouvelle: la Vè République est un régime usé, sclérosant, centrifuge pour notre jeunesse, et totalement dynastique. Du sang neuf, enfin! Il nous reste juste à espérer que dans l’épisode brutal auquel nous devons raisonnablement nous préparer, nos chères libertés publiques ne souffriront pas trop. Sur ce point, je manifesterai volontiers un pessimisme résigné, car il me semble que la grande entreprise de mise au pas des consciences à commencer.

J’en veux pour preuve la décision du tribunal de Bobigny condamnant l’extrémiste Alain Soral à censurer des ouvrages du domaine public que sa maison d’édition a republiés. Soyons clairs: je n’ai aucune appétence pour les théories complotistes du sieur Soral, dont l’essentiel de la popularité tient aux interdits qui le frappe. En revanche, je ne comprends pas que, pour s’attaquer à lui, des juges demandent la censure d’ouvrages publiés il y a plus d’un siècle en France (en l’espèce ceux de Drumont et de Bloy).

Là encore, je n’ai aucun goût particulier pour les élucubrations antisémites de ces auteurs. Mais enfin, pourquoi les interdire, quand le cerf-volant Peillon cite à tous bouts de champ le ténor du racisme le plus abject, Ferdinand Buisson, comme modèle pour notre école? Buisson écrivait à la même époque que Drumont ou Bloy. Il soutenait sans ménagement que la race blanche était supérieure aux autres. Est-ce l’Etat de droit que d’interdire certains auteurs racistes et d’encenser les autres, qui ne sont pas plus respectables?

En vérité, la grande machine idéologique d’assujettissement des citoyens est à l’oeuvre, avec un seul but: rétablir l’ordre en anesthésiant les consciences et en protégeant chacun contre les mauvais usages qu’il pourrait faire de sa liberté. Peu à peu, c’est un ordre moral, intolérant, monolithique, qui nous est imposé derrière des sourires enjôleurs. On veut par exemple interdire la prostitution, même si celle-ci est choisie, tout simplement parce qu’une femme qui choisit de se prostituer est une femme qui se croit libre mais qui n’est qu’esclave. Déposséder le citoyen de son libre arbitre au nom de la liberté, voilà la grande hypocrisie qui est à l’oeuvre, menée par des suppôts lamentables de l’ordre établi.

Tiens, au passage, alors que le protocole n°7 de la CEDH prévoit une égalité des époux au regard de leurs enfants, Najat Vallaud Belkacem a annoncé qu’elle s’opposerait fermement à la reconnaissance de la garde alternée comme mode de garde par défaut en cas de divorce. Une façon de nous signifier que l’égalité hommes-femmes ne doit pas faire obstacle à la neutralisation systématique de toute autorité capable de s’opposer à celle de l’Etat?

La Bretagne et la lutte des classes: une petite comparaison régionale

Les événements bretons font beaucoup parler et, de façon amusante, à gauche comme à droite.

Lorsqu’un mouvement échappe au contrôle des Parisiens et de leurs états-majors, il suscite la méfiance et forcément appelle sur lui une stigmatisation sans pitié. Le plus divertissant de ce dégoût exprimé par le sérail des beaux quartiers est probablement à lire à gauche: non parce que la gauche est moins tolérante que la droite, mais parce que son embarras vis-à-vis d’une rébellion spontanée permet, comme une étude de cas, de mesurer toute l’ambiguïté de la notion de « mouvement social » tant aimée par les révolutionnaires du dimanche. Lorsqu’un « mouvement social » survient, on découvre subitement que ceux qui l’appelaient de leurs voeux le trouve beaucoup moins pittoresque que dans leur imagination. On veut bien la Révolution, mais à condition d’en choisir le contenu et les acteurs, et de pouvoir la désavouer si elle nous échappe ou nous déborde par la droite. Sans mauvais jeu de mots.

Sur ce point, je ne résiste évidemment pas au plaisir de citer, à titre d’exemple, le gouailleuse prose de Jean-Luc Mélenchon qui ne trouve pas du tout plaisir à voir ces manifestants sur les routes bretonnes: la « farce des bonnets rouges » lui semble tout entière de « mauvais goût ». On se disait bien qu’en Mélenchon sommeillait un esthète des forces sociales, qui juge leur agitation selon les critères d’un goût très parisien, très compassé, très Ancien Régime, et avec une empathie très relative pour les difficultés quotidiennes des petites gens.

Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à écrire: « Ceux qui sont d’ordinaires sans complaisance avec le moindre jet d’œuf d’un ouvrier ne se sont pas émus de voir la FNSEA et le MEDEF jeter des pierres sur les CRS. » Voilà donc le mouvement des bonnets rouges campé dans le rôle de vitrine du MEDEF, et tant pis s’il est animé par le maire de Carhaix, Christian Troadec, qui s’est toujours désisté au second tour pour faire battre des candidats de l’UMP. On n’est plus à cette approximation près.

Dans cet ordre d’idée, les esprits malicieux pourraient également se divertir à la lecture de la prose syndicale, qui a rapidement pris ses distances avec un mouvement qui échappe aux centrales parisiennes, et perturbe l’action du gouvernement au-delà de ce qui est admissible pour des organisations qui tirent leurs marrons du feu. Ainsi, au moment même où les députés débattaient de la généralisation de la complémentaire santé par un mode de distribution qui nourrit les organisations syndicales (les accords de branche), la CFDT écrivait: « Condamnant la violence de la manifestation du 26 octobre, la CFDT Bretagne et le syndicat CFDT de l’agroalimentaire Bretagne refusent l’instrumentalisation de la légitime inquiétude des salariés et des entrepreneurs de la région. »

La CFDT ne fut évidemment pas la seule à prendre ses distances. La CGT a pour sa part écrit un communiqué triomphaliste sur la manifestation de Carhaix: « Tandis que les médias n’avaient d’yeux que pour les bonnets rouges rassemblés à Quimper samedi dernier, les organisations syndicales bretonnes de la CGT, FSU, Solidaires réussissaient à rassembler 3000 salariés à Carhaix pour contribuer à faire un choc de clarification face aux manipulations opérées par le patronat, ainsi que par des forces politiques. » Surtout, ne soupçonnons pas la CGT de participer à une révolution, qui est forcément une manipulation patronale.

En soi, cette prise de distance est révélatrice du fossé qui s’est creusé entre les « officiels » de la Vè République, transi d’admiration pour des mouvements sociaux idéalisés et pour ainsi dire abstraits, d’un côté, et le pays réel, de l’autre, qui mélange allègrement les forces et les classes pour mener des opérations tactiques d’une efficacité redoutable. Le mouvement breton constitue là encore un objet d’analyse passionnant: il illustre un basculement de la société française dans une forme de conflictualité qui n’est plus contrôlée par le pouvoir en place.

Sur le fond, rappelons ici quelques données qui montrent bien comment la révolte bretonne s’appuie sur un vrai sujet social et n’est pas seulement une manoeuvre orchestrée par de méchants patrons:

Source: ACOSS
Source: ACOSS

Ce tableau compare l’évolution de l’emploi depuis 2008 en Bretagne et en Aquitaine. Pourquoi ces deux régions? Parce qu’elles partagent beaucoup de points communs. D’abord, elles ont presque la même population (3,25 millions d’habitants chacune, à quelques chouias près). Ensuite, elles sont toutes deux positionnées sur la façade atlantique, et présentent donc des similitudes géographiques qui les rendent comparables à plus d’un égard. Bien entendu, cette comparaison doit se faire « toutes choses égales par ailleurs ».

En tout cas, la comparaison de l’évolution de l’emploi sur les 5 dernières années dans ces deux régions montre bien, depuis 2011, le décrochage breton. Alors que l’Aquitaine est parvenue à préserver l’emploi (les chiffres ne présentent pas ici le taux de chômage, mais le volume d’emplois comptabilisés par les URSSAF), la Bretagne subit un fort décrochage, qui s’accentue à partir du deuxième semestre 2012.

Si l’on compare la masse salariale des deux régions (là encore, telle qu’elle est comptabilisée par l’ACOSS, donc sur les salariés du privé), les chiffres sont parlants:

Source: ACOSS
Source: ACOSS

Alors que, en 2008, la masse salariale bretonne est inférieure de 250 millions d’euros environ à la masse salariale de l’Aquitaine, cette différence atteint pratiquement les 400 millions d’euros en juin 2013. Là encore, on peut parler d’un véritable décrochage breton par rapport à l’Aquitaine.

Statistiquement, il est donc possible d’objectiver le malaise breton en mettant en exergue le sentiment de déclassement et de fragilisation qui explique une bonne part de la révolte à laquelle nous assistons. Il y a bien un sujet de classe sociale en Bretagne.

Faut-il en déduire que le mouvement breton est un « mouvement social » au sens où la gauche traditionnelle l’entend, c’est-à-dire l’expression d’une réaction du prolétariat contre la domination dont il est victime? Probablement pas, puisque sa force provient de l’alliance tactique passée entre forces de gauche et forces de droite, forces patronales et forces salariales.

Précisément, l’action bretonne nous délivre un enseignement plutôt intéressant: non, la Révolution ne naît d’une action unilatérale d’une force sociale contre les autres. Elle naît plutôt de la convergence tout à fait transitoire et brinquebalante, tout à fait accidentelle et circonstancielle, entre des forces souvent opposées, mais qui se découvrent un intérêt temporaire commun. Ajoutons que, s’agissant de la Bretagne, cette convergence s’appuie sur une identité politique forte (la lutte millénaire qui oppose Bretons et « Francs ») et sur des relais d’opinion structurés, qui permettent à cette convergence d’exister.

Ces quelques ingrédients sont à mûrir longuement pour une reproduction éventuelle de la recette.

Dieudonné-Soral 1, Canal+ 0

J’avais relayé hier la « quenelle » adressée par un spectateur sur le plateau du Petit Journal, une émission bien connue de Canal +. Opération de communication réussie pour les « quenellards » Dieudonné et Soral, puisque le même Petit Journal a adressé le lendemain ses excuses au public, en expliquant en long et en large ce qu’était une quenelle. Une exposition médiatique inespérée pour ses inventeurs… de la part d’une chaîne si protégée par le pouvoir en place.
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La sélection sociale toujours à l’oeuvre à l’Education Nationale

Le ministère de l’Education Nationale publie une intéressante note de synthèse sur l’orientation en fin de troisième. Voici le graphique que j’extrais de l’une des données fournies:

Source: Education Nationale
Source: Education Nationale

Cette étude, qui portait sur les orientations de 2007 en fin de troisième analyse l’origine sociale des élèves entrant en seconde générale et technologique. Alors que plus de 80% des enfants issus de professions libérales, d’enseignants ou de cadres sont orientés vers les filières générales et technologiques, ce pourcentage passe nettement sous la barre des 50% pour les ouvriers et employés.