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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Budget 2014: le déni de démocratie sur la loi de financement de la sécurité sociale

L’examen du PLFSS 2014 commence à l’Assemblée Nationale dans des conditions acrobatiques, et dans la panique des ministères.

L’Assemblée Nationale commençait en commission le débat sur la loi de financement de la sécurité sociale ce midi, après la présentation du texte en Conseil des Ministres.

Le texte semble avoir été livré tard dans la matinée à l’Assemblée Nationale, et les ministères sont en retard dans leurs réponses aux questions préparatoires des rapporteurs. Entre improvisation et mépris pour les parlementaires, la plus grande dépense publique n’est pas discutée dans des conditions démocratiques saines.

Budget 2014: encore du rififi autour de la généralisation de la complémentaire santé

Marisol Touraine annonce le rétablissement des « clauses de désignation » annulées par le Conseil Constitutionnel en complémentaire santé.

Voici une affaire à 30 milliards € qui semble totalement opaque aux Français, mais qui agite fortement les milieux concernés par la généralisation de la complémentaire santé.

Commençons par un petit rappel: un septième de la dépense de santé en France (15% du total donc) est pris en charge par des assureurs complémentaires, qui relèvent de plusieurs statuts.

Source: GEMA, eric-verhaeghe.fr
Source: GEMA, eric-verhaeghe.fr

Les mutuelles relevant du Code de la Mutualité, dites « mutuelles 45 », assurent aujourd’hui 56% du marché de la complémentaire santé. Les grands noms de cette catégorie sont la MGEN, Harmonie, la LMDE. Elles sont globalement spécialisées dans l’assurance individuelle: celle que remet largement en cause la généralisation complémentaire santé par accord d’entreprise ou de branche.

Les assureurs privés (en réalité les compagnies d’assurance) assurent 27% du marché. Ils relèvent du Code des Assurances. Les grands de ce secteur sont Axa, Allianz, Generali, Groupama. Eventuellement, et même très souvent, leurs contrats sont distribués par des intermédiaires comme les courtiers ou les agents généraux d’assurance. Il faut toutefois noter que les assureurs couvrent à la fois le secteur de la complémentaire santé d’entreprise, et celui de la complémentaire individuelle.

Les institutions de prévoyance assurent le reste. Elles relèvent du Code de la Sécurité Sociale et ont une gouvernance paritaire. Elles sont globalement (mais sans exclusive) spécialisées dans la complémentaire de branche, notamment à travers les mécanismes dits de désignation, c’est-à-dire d’attribution de l’ensemble du marché d’une branche à un seul assureur, qui est d’ordinaire une institution de prévoyance.

Globalement, 20% des branches professionnelles sont couvertes par un accord de désignation.

Lorsque les partenaires sociaux ont décidé de généraliser la complémentaire santé, très vite s’est posée la question des modalités de cette généralisation. Dès lors que tous les salariés devaient être assurés dans le cadre de leur contrat de travail, sans « chèque santé », mais par accord collectif, il était évident que les mutuelles 45 seraient les premières victimes de la mesure, puisqu’elles fournissent essentiellement des contrats individuels.

Restait en suspens la question des modalités de mise en oeuvre: par accord de branche ou d’entreprise? Cette question, en apparence technique, et longtemps négligée par le gouvernement, s’est pourtant imposée comme une question cruciale dans ce dossier.

Deux raisons l’expliquent. D’abord, les bénéficiaires de la mesure ne sont pas les mêmes. Dans un cas, ce sont les institutions de prévoyance, qui financent souvent les organisations syndicales, qui profitent de cette nouvelle obligation d’assurance, dans l’autre, ce sont les compagnies d’assurance. Ensuite, la marge de manoeuvre de l’entreprise n’est pas du tout la même. Dans un cas, l’entreprise doit juste appliquer un contrat dont elle n’a négocié ni le bénéficiaire, ni le contenu, ni le tarif. Dans l’autre, elle dispose de marges de manoeuvre sur au moins l’un de ces critères.

Un long flottement a régné sur la résolution finale de ces questions. Longtemps, le gouvernement a privilégié le recours aux accords de branche, quand les partenaires sociaux, au terme d’une longue négociation dont une grande part s’est déroulée au sein même du mouvement patronal, ont préféré une formule laissant beaucoup plus de place aux accords d’entreprise.

Le 29 mars 2013, l’Autorité de la Concurrence, saisie par une association comportant notamment des intermédiaires d’assurance, s’est clairement exprimée contre la solution retenue par le gouvernement. Malgré tout, celui-ci s’est montré inflexible et a continué à favoriser les désignations de branche. Ce qui l’a exposé à la censure du Conseil Constitutionnel qui, par une décision du 13 juin, a annulé les dispositions de l’article L 912-1 du Code de la Sécurité Sociale encadrant (de façon très lâche) les désignations de branche, au nom de la liberté d’entreprendre.

Le dossier en est resté là à ce stade. L’annulation du L 912-1 reste toutefois un compromis inconfortable, dans la mesure où plus personne ne sait quelle règle encadre les désignations déjà pratiquées.

Il semblerait que la loi de financement de la sécurité sociale propose une nouvelle rédaction du L 912-1, rendant compatible une forme plus ou moins large de désignation de branche avec la Constitution. Le texte est d’autant plus attendu que le Conseil Constitutionnel doit, demain, se prononcer sur une question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Allianz sur le même objet.

Un débat à suivre de près, car il risque de raviver des tensions fortes sur un sujet à la mode: la liberté de l’entreprise.

 

 

Education: les mauvais résultats des adultes français

Une étude de l’OCDE publiée par l’INSEE souligne les faiblesses des adultes français dans la maîtrise de la lecture et du calcul. Inquiétant.

L’étude compare les performances des adultes de l’OCDE dans le domaine de la lecture et du calcul. Un résultat qui ne manque pas d’inquiéter:

Source: INSEE et OCDE
Source: INSEE et OCDE

La France obtient les pires résultats avec l’Espagne et l’Italie, alors que la Japon, les Pays-Bas et la Finlande occupent le haut du podium.

Certains argueront, comme d’habitude, que les mauvais résultats français s’expliquent par une forte immigration, etc. Cette appréciation ne tient pas la route: l’Allemagne et l’Angleterre, qui sont autant un réceptacle d’immigration que la France, obtiennent de meilleurs résultats, même s’ils se situent sous la moyenne de l’OCDE.

En outre, le Canada ou l’Australie, qui sont des creusets bien plus mélangés que la France, se situent au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Peut-être le moment vient-il de réfléchir à la conception de l’éducation dans les pays latin.

ENA: le scandale du déficit

Le PLF 2014 est l’occasion de remettre quelques pendules à l’heure à propos de la désastreuse gestion de l’ENA. Qui sera en déficit de près de 5% en 2013!

S’il est bien une école où l’on n’aime pas s’appliquer à soi-même les leçons arrogantes qu’on donne aux autres, c’est l’ENA. Ce petit temple de la science administrative mériterait d’ailleurs d’être rebaptisé le temple du déficit public, tant il a formé de dépensiers incapables de manager l’Etat pour le ramener dans le droit chemin d’une situation financièrement vertueuse.

Dans cet ordre de la décadence, la gestion de l’ENA elle-même apparaît comme une sorte de démonstration vivante de la propension à ériger le déficit en religion et en source de fierté.

Le projet de budget 2014 en donne une très belle illustration.

Ainsi, pour 2014, l’ENA devrait recevoir 32,5 millions € de crédit, contre 33,1 l’année précédente. Soit un effort de près de 2%. Le geste méritait d’être souligné. Mais il doit être rapporté à l’effort global de cette école, qui semble présenter des marges bien plus grandes en matière d’économie.

Par exemple, si l’on rapport le budget au nombre d’élèves (161), on s’aperçoit que l’Etat apporte la bagatelle de 200.000 € par tête de type. Soit 20 fois le coût d’un étudiant à l’université. Impressionnant, non? Allez, soyons honnêtes, si l’on rajoute à ce calcul les élèves de cycle préparatoire (149), on arrive à un peu plus de 100.000€ par élève. 10 fois le coût d’un étudiant à l’université.

Autre exemple: si l’on rapporte le nombre de salariés (204) de l’Ecole au nombre d’élèves (161), on arrive au modique ratio de 1,25 fonctionnaire par élève. Imagine-t-on les universités qui comptent 20.000 étudiants recruter 24.000 fonctionnaires pour faire tourner l’université?

Dans ce superbe gâchis budgétaire, on pourrait s’attendre à un resserrement de vis un peu plus important que le petit 2% prévu par la loi de finances. Après tout, il n’est pas inutile que les futurs décideurs de la dépense publique expérimentent par eux-mêmes les effets des politiques qu’ils ordonneront d’un trait de plume.

Justement… l’ENA semble avoir bien du mal à se plier aux règles qu’elle impose aux autres. En 2013, l’ENA devrait en effet afficher un déficit de 1,5 million. La honte: 5% de dépassement par rapport au budget initial.

Bercy n’explique pas les raisons de cette situation qui, une fois de plus, donne la pire image qui soit d’une école dont la justification est de plus en plus fragile.

Brignoles: le défribillateur FN ne réveille toujours pas le malade Vè République

Le FN a cartonné hier à la cantonale de Brignoles: 40% a lui seul au premier tour. Avec les 2/3 des électeurs qui se sont abstenus. Pendant ce temps…

Le dimanche 6 octobre pourrait devenir l’emblème du mal français: celui d’une rupture grandissante entre deux mondes qui se côtoient.

Ainsi, à 13 heures, le supplément de Canal + consacrait un reportage à Marie-Charline Pacquot, dont le principal fait de gloire est d’être la compagne de Pierre Moscovici.

Moi, personnellement, je trouve très bien que Pierre Moscovici, 56 ans, file le parfait amour avec une intellectuelle bobo parisienne de 26 ans. Je dirais même que dans la parfaite tradition du médecin qui épouse l’infirmière, du patron qui épouse sa secrétaire, du banquier qui s’affiche avec sa danseuse, la figure du ministre qui promène sa poupée Barbie docteuresse en philosophie ajoute une page nouvelle au livre de la domination masculine qui me divertit. Je me propose même de dupliquer le reportage pour Najat Vallaud-Belkacem, et de punir notre chère ministre du droit des Femmes en la forçant à regarder ce monument de machisme chaque fois qu’elle donnera une leçon à un chef d’entreprise sur l’inégalité salariale.

Car, et c’est bien le premier noeud gordien de notre dimanche 6 octobre, le reportage de Canal + avait parfaitement sa place dans Point de Vue – Images du Monde. Ou dans toute autre publication sentant bon la cour de Versailles, où l’on projette aux Français ordinaires reclus dans leur campagne l’image nombriliste d’une aristocratie parisienne, bouffie de narcissisme, et préoccupée par ses petits problèmes de privilégiés. Et d’une parfaite indifférence pour la réelle souffrance du pays.

En fin d’après-midi, c’est Pierre Moscovici lui-même qui occupait les médias: son passage sur RTL était l’occasion d’un nouvel aveu d’inconstance. Finalement, face à la pression patronale, le ministre des Finances renonce à la taxe sur l’excédent brut d’exploitation que la loi de finances créait, avec 2,5 milliards € de recettes à la clé.

Personnellement, je peux imaginer qu’on trouve cette taxe erronée. Mais enfin, la décision inattendue de Pierre Moscovici, après 10 jours de réflexion, pose trois problèmes majeurs.

Premier problème: il faut quand même qu’on sache quelle est ou quelle sera la contribution des grandes entreprises, qui bénéficient souvent d’une « optimisation fiscale », à l’effort de redressement des finances publiques. Personnellement, j’ai pas compris, et on peut quand même attendre d’un gouvernement qui nous a bassiné sur « le redressement dans la justice » une vision un peu plus large que ces reculades incessantes devant l’effort.

Deuxième problème: Moscovici remplace sa nouvelle taxe par une majoration de l’impôt sur les sociétés, qui atteint maintenant des records internationaux (plus de 40% des bénéfices seront « pompés » par l’Etat… on rêve!). Cette décision revient à taxer les PME pour préserver les grandes entreprises. Cherchez l’erreur…

Troisième problème: Moscovici donne le sentiment de ne pas savoir où il va. On remerciera ici l’excellent article de Grégory Raymond dans le Huffington Post, pour avoir pointé les incessants allers-retours en matière fiscale de l’équipe arrivée en mai 2012. Un monument d’inconséquence et de flou qui ne peut qu’inquiéter.

Car, ce dimanche 6 octobre, tout était fait pour convaincre les Français que leur ministre des Finances était un courtisan brillant, à la vie privée bien remplie, pour ne pas dire frivole, mais totalement perdu aux manettes de l’Etat, et incapable de donner une ligne claire au redressement des comptes publics. Le problème de fond, c’est quand même que, si l’on veut réduire le chômage, il ne suffit pas de séduire les minettes, il faut aussi dire aux chefs d’entreprise qui vont recruter dans quelle direction le bateau France se dirige.

Et là, les Français n’avaient hier aucune difficulté à se convaincre qu’ils avaient un problème au gouvernail.

Pour comble de mépris, Moscovici s’est répandu sur RTL sur l’inquiétante montée des populismes en Europe. Mais doit-on parler de montée du populisme, ou de faillite des élites gouvernantes?

Dans la soirée, tombaient les résultats de Brignoles, qui devraient constituer un puissant défribillateur pour le pays tout entier. Oui, aujourd’hui, l’univers nationaliste remporte 50% des voix ou presque au premier tour. Avec une abstention record.

Ah! on le sent monter, le grondement. Il vient des profondeurs de la terre. Le sol tout entier résonne de cet appel au secours lancé par les Français ordinaires, ceux qui ne demandent rien ou presque, et qui voudraient juste qu’on les écoute. Cette souffrance ordinaire, cette angoisse ordinaire, cette incertitude ordinaire, qui envahit le pays, s’exprime par un vote de rupture.

On les entend, ces Français, qui n’ont pas envie de voter Front National, mais qui passent le cap, qui font le grand saut, qui décident un jour de mettre dans l’urne le bulletin de la dernière tentative. On les entend, ces Français, qui ne sont pas encore allés voter Front National, qui s’abstiennent, tout simplement, parce que leur ras-le-bol du système verrouillé par les vérolés n’a pas atteint les limites de l’insupportable. Mais, la prochaine fois, si le malade Vè République ne se réveille pas, pour sûr, ils le feront, le choix du Front National.

Et pendant ce temps, Le Monde, puissamment financé par l’Etat, titre: « Brignoles : une dynamique FN à relativiser ». Allez, vous reprendrez bien un petit coup de défribillateur.

 

Budget 2014: la Culture en pleine dérive bureaucratique

La lecture du budget de la culture 2014 confirme le constat des années précédentes: une technostructure sclérose le ministère.

Le lecture du bleu budgétaire consacré au budget de la Culture 2014 réserve toujours autant de plaisir amusé. Rappelons ici que la France est l’un des rares pays avancés à croire que la culture est une affaire d’Etat et de budget public. De façon très significative d’ailleurs, les artistes français (en dehors de Johnny Halliday, bien sûr) disparaissent peu à peu des écrans radars de la scène mondiale, depuis que Jack Lang avait obtenu des crédits colossaux pour leur promotion et leur développement.

Il faudra bien un jour mesurer le rapport inversement proportionnel entre étatisation et vitalité de la culture.

M’enfin bref… Je me permets de donner ici le tableau résumant les crédits de la culture pour 2014:

Source: Direction du Budget, PLF 2014
Source: Direction du Budget, PLF 2014

Une petite lecture de ce tableau un peu ingrat montre que la Culture se répartit entre 3 grands programmes en France: les patrimoines, la création et la transmission des savoirs (et démocratisation de la culture). De façon malicieuse, les concepteurs de ce monument de la science budgétaire ont discrètement glissé les crédits de l’administration centrale du ministère dans cette dernière action: transmission des savoirs...

Pour quelle raison les salaires des légions de fonctionnaires à la dérive installés rue de Valois figurent-ils dans l’action transmission des savoirs et démocratisation de la culture? Peut-être l’Etat compte-t-il sur eux pour diffuser dans la société française l’art de brasser du vent et d’inventer des procédures qui ne servent qu’à justifier l’emploi de celui qui les invente? Ou bien imagine-t-on un seul instant que la démocratisation de la culture soit incarnée par la bureaucratie du ministère éponyme?

Mon sentiment est plutôt que cette petite astuce budgétaire permet de cacher les appétits gloutons de cette meute de cols blancs déboutonnés qui se gavent sur le dos de la marque « culture française ».

J’illustre le raisonnement en lisant le tableau.

Programme « patrimoines »: Bercy fait allègrement sauter 30 millions de crédits en 2014, soit un 4% du global. Dans le collimateur: le patrimoine des musées de France, c’est-à-dire les grandes institutions comme le Louvre, Beaubourg, etc. Pour l’ensemble des patrimoines, les crédits descendent à 746 millions €, l’essentiel étant supporté par les musées, dont la dotation passe à 340 millions €.

Là encore, la lecture de la loi de finances est divertissante.

Par exemple, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, présidée par Guy Amsellem, figure historique du ministère, et ancien d’un cabinet de gauche au ministère de la Culture, est épargnée par l’effort. Comme le Centre des Monuments Historiques, présidé par le mondain Philippe Belaval, ancien directeur de cabinet de Durafour.

En revanche, Beaubourg, présidée par un ancien des cabinets de droite (Alain Seban), est taxée à hauteur de 8% de son budget (7 millions €). Le Quai Branly, qui est présidé par un ancien des cabinets de droite, perd 2 millions.

Quelques exemples d’une gestion impartiale et saine des crédits de la culture.

Programme « création »: encore 30 millions de réduction de crédits, pour arriver à 746 millions. Là encore, un poste est particulièrement visé: le spectacle vivant, qui supporte seul l’effort de cette réduction (pour ne plus recevoir que 683 millions de dotations).

Programme « transmission des savoirs et démocratisation »: 3,5 millions € d’augmentation. Dans ce beau mouvement baroque d’enfumage des esprits, ce sont les établissements d’enseignement qui raflent la mise avec 12 millions € d’augmentation de leurs crédits, pendant que le soutien à la démocratisation perd 5 millions.

Surtout, on s’amusera de l’extraordinaire clémence vis-à-vis de l’administration centrale du ministère de la culture, qui rase les murs pour ne pas être repérée: elle perdra 1,5 millions €, soit 0,2% de ses crédits. On rêve…

Dans cette masse, on compte 658 millions € pour les salaires, à volume inchangé. Et rien que cela, c’est un indice fort: oui, oui, vous avez bien lu, les salaires des fonctionnaires de la Culture coûtent pratiquement aussi chers que le soutien au spectacle vivant en France (683 millions € prévus, rappelons-le). Autrement dit, quand l’Etat met un euro pour soutenir un concert ou une pièce de théâtre, il consacre la même somme au salaire d’un fonctionnaire du ministère. Hallucinant.

Rappelons qu’au total, le budget de la Culture en France s’élève à 2,5 milliards. Autrement dit, le salaire de la technostructure de la Culture représente un quart de cette somme. Donc, pour 3 euros dépensés dans une opération culturelle, on ajoute un euro pour payer les fonctionnaires qui vont avec.

L’an dernier, on avait eu droit à force détails sur la composition de cette masse salariale. Il faudra sans doute attendre les jaunes budgétaires pour en savoir plus sur la décomposition de ces 650 millions fatidiques.

En attendant, la modernisation de l’action publique, et la vraie réduction des dépenses, ce n’est pas pour maintenant. Car les ministères conservent ce réflexe redoutable: sabrer dans les dépenses qui servent directement aux citoyens, pour mieux protéger les moyens qui leur permettent de vivre.

Budget 2014: l’agaçant retard de la transparence publique

La mission Etalab a lancé une publication du projet de budget 2014 en opendata. Décevant. Agaçant.

Décidément, les pouvoirs publics français aiment l’opacité et avancent à reculons dans l’ère de la transparence des données publiques. La publication par Etalab de données sur le budget 2014 en donne de nouvelles illustrations.

Ainsi, le jeu de données communiqué au public est extrêmement limité. Il porte sur quelques éléments épars de la loi de Finances, et ne permet guère de travailler utilement le sujet.

On aurait par exemple aimé, dans les dépenses ministères par ministères, disposer des données fines. Et nous n’avons que les agrégats. Mais mesdames et messieurs de la modernisation de l’action publique, l’intérêt de la transparence est de communiquer toutes les données, pas seulement les agrégats qu’on peut retraiter nous-mêmes en format Excel.

Ensuite, les jeux de données sont curieusement limités à l’année en cours. Pas moyen de reconstituer les budgets action par action des années précédentes. Donc, d’un intérêt limité…

Continuons: les fichiers transmis contiennent moins de données que les documents budgétaires publiés en PDF. Moi qui suis un lecteur des « bleus », je suis étonné de voir qu’Etalab n’a même pas pris la peine de publier l’ensemble des tableaux chiffrés des documents PDF en format CSV.

Et ici, je n’évoque même pas le format des nombres, qui comporte des séparateurs non reconnus sur Mac. Une vraie galère pour retraiter les données.

Bref, un tour de chauffe catégorie amateurs, qui n’est pas digne de la République Française.

Espérons que, à l’occasion de la sortie des « jaunes », qui se font attendre, Etalab fera mieux.

Quelques rappels sur le cataclysme grec

Le Crédit Agricole publie une étude tout à fait intéressante sur la situation de la Grèce. Constat majeur: la déflation tue l’économie.

En voici la substantifique moelle:

Le PIB grec

Le PIB grec est en recul constant depuis… 2008. Soit cinq ans de décroissance, marqués par un effondrement de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises. Pour ceux qui se font les apôtres de la décroissance comme solution à tous nos maux… regardez la Grèce, ils testent pour nous.

Le chômage atteint des proportions apocalyptiques:

Le chômage en Grèce

Avec près de 2/3 des moins de 25 ans sans emploi, la situation sociale grecque est au bord de l’explosion.

La consommation des ménages et les prix marquent une pente tout à fait impressionnante:

La consommation en Grèce

La Grèce est frappée de plein fouet par la déflation. Une mécanique terrible, puisque la déflation a un effet mécanique: elle renchérit le montant de la dette à rembourser.

Saignée à blanc, la Grèce a atteint l’équilibre primaire du budget, et ne vit donc plus que pour rembourser la dette, soit 4% du PIB…

La dette publique grecque

Enfin, officiellement…

US Shutdown: à quoi ressemblerait un défaut de paiement américain?

L’angoisse monte, et on joue à se faire peur: et si les Etats-Unis faisaient défaut à la mi-octobre? Une déflagration mondiale…

Souvenons-nous: il y a un an encore, quiconque aurait évoqué le risque d’un défaut de paiement des Etats-Unis sur la dette publique aurait été traité de fou. Et aujourd’hui… tout le monde en parle. Sic transit gloria mundi.

Il n’est, en attendant, pas inutile de rappeler quelques éléments concrets sur la dette américaine:

La dette US en 2011

En 2012, selon ces chiffres du Trésor US, la dette publique américaine était détenue à 46% par des étrangers. Les Américains eux-mêmes (les ménages américains s’entend…) n’en possèdent que 32%.

En juin 2011, la ventilation internationale de cette dette se présentait de cette façon:

La dette US dans le monde

Dans la pratique, aucun continent n’échapperait à une faillite des Etats-Unis. Si le Japon et la Chine en seraient les premières victimes, des géants comme le Brésil (216 milliards engloutis) ou la Russie (152 milliards engloutis) souffriraient fortement.

On notera qu’en Europe quatre pays seraient mis à rude épreuve: la Grande-Bretagne, la Suisse, la Belgique et le Luxembourg.

Le Trésor US publie (un beau geste démocratique dont on rêve en France) l’état mensuel des détenteurs étrangers de dette US, qui ressemble à ceci:

Source: Trésor US
Source: Trésor US

La France détient donc 50 milliards de dettes US.

 

Economie: le constat à l’eau tiède de l’INSEE

L’INSEE a publié une note de conjoncture confirmant un léger mieux, mais sans impact sur l’emploi. 

Avec une croissance du PIB de 0,2%, comparée à celle de 2012 (0%), l’économie serait en meilleure forme.

Voici l’indice du climat des affaires publié par l’INSEE:

Indice du climat des affaires

Globalement, l’optimisme revient, même s’il ne dépasse pas encore ce qu’il fut à l’horizon début 2010, ni ce qu’il était début 2007….

En France, le climat par secteur se décompose comme suit:

Climat des affaires en France

L’orientation est haussière dans tous les secteurs sauf l’industrie.

Cette stabilisation positive de l’activité ne suffit pas à relancer le marché de l’emploi. L’INSEE prévoit une stabilisation du chômage à 11% en fin d’année.