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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Généralisation de la complémentaire santé: que faire dans les branches?

Quelques conseils pour négocier la généralisation de la complémentaire santé dans les branches.

Pour les lecteurs de ce blog intéressés par la généralisation de la complémentaire santé, voici quelques conseils que je donne au titre du cabinet Parménide, à destination des négociateurs de branche:

Bien entendu, il convient d’attendre la nouvelle rédaction de l’article L 912-1 du Code de la Sécurité Sociale déclinant la généralisation de la complémentaire santé.

Affaire Cahuzac: Fouks et les conflits d’intérêt

La commission d’enquête sur l’affaire Cahuzac a auditionné aujourd’hui Stéphane Fouks, conseiller en communication de Cahuzac.

Une fois de plus, l’audition n’aura convaincu personne. Alors que Jérôme Cahuzac avait garanti que Stéphane Fouks n’avait joué aucun rôle dans sa communication personnelle au cours de « l’affaire », Stéphane Fouks a apporté des éléments qui ont profondément nuancé cette affirmation.

Il apparaît en effet que Stéphane Fouks, dont l’agence Euro-RSCG devenue Havas Worldwide avait décroché un contrat à 130.000€ pour 3 mois avec les ministres des Finances et du Budget, a rencontré Jérôme Cahuzac à 6 reprises, à titre personnel, après les révélations de Mediapart. Selon Stéphane Fouks, ces rencontres ont été l’occasion de donner des conseils d’ami.

Y avait-il confusion des genres?

Voici un échange éclairant sur ce sujet:

Une bonne illustration des ambiguïtés qui règnent dans la haute fonction publique et les départements ministériels sur la notion de conflit d’intérêt. Une clarification devient urgente.

Affaire Cahuzac: l’épineuse réunion du 16 janvier 2013

La commission d’enquête parlementaire a révélé hier la tenue d’une réunion, le 16 janvier 2013, à l’Elysée, sur les procédures engagées contre Cahuzac. Une révélation gênante.

La commission parlementaire sur l’affaire Cahuzac a finalement révélé quelques surprises, hier, lors de l’audition de Christiane Taubira, de Manuel Valls et de Pierre Moscovici. En particulier, elle a mis au jour la tenue d’une réunion, le 16 janvier 2013, entre François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici et Jérôme Cahuzac, où le dossier fiscal a été évoqué.

Cette révélation contrevient aux affirmations répétées jusque-là selon laquelle « une muraille de Chine » avait été construite au sein du gouvernement pour éviter toute communication ou toute interférence entre les fonctions de chacun.

Si les protagonistes du dossier se sont réunis le 16 janvier sur le dossier, qu’ont-ils pu se dire?

Voici les réponses de Pierre Moscovici aux questions du député Fenech:

Cet extrait montre clairement l’ambiance lourde qui a régné au sein de la commission d’enquête.

Affaire Cahuzac: le fichage des personnalités continue

L’audition de Manuel Valls a permis de vérifier que le fichage des personnalités par les services de renseignement continue. 

La commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac ne manque pas de piquant. L’extrait suivant est l’occasion d’une question tout à fait intéressante de Charles de Courson: le ministre de l’Intérieur a-t-il consulté les « fiches départementales », c’est-à-dire les dossiers tenus par les anciens renseignements généraux, passés sous étiquette DCRI, à propos des élus locaux.

Belle information en tout cas: le fichage politique continue donc en France. Il fallait le détour par une commission parlementaire pour en avoir confirmation.

On aimerait en savoir plus: dans quelles conditions ce fichage opère? quelles sont ses limites? qui le contrôle?

Baisse historique de la confiance des ménages

L’INSEE vient de publier son indicateur sur la confiance des ménages en mai 2013: un creux plus fort qu’en 2008!

« La reprise est là », a dit François Hollande le 14 juillet. Il n’avait manifestement pas consulté les statistiques de l’INSEE sur la confiance des ménages: les Français ne paraissent pas du tout d’accord avec lui.

Source: INSEE
Source: INSEE

Après un sommet atteint en 2007, le moral des Français s’est effondré en 2008 de façon brutale. Depuis cette date, il n’a jamais vraiment retrouvé ses couleurs. Mais là, en 2013, c’est la catastrophe complète: depuis le mois de février, il ne cesse de chuter, pour atteindre un niveau plus bas qu’en 2008!

Pressentiment d’une catastrophe dont personne n’ose parler à livre ouvert, mais qui guette le pays tout entier?

Une fois de plus en tout cas, l’élite française paraît étonnamment coupée de la réalité du pays. Pendant que, dans les centres du pouvoir, on parle de reprise, les Français se désespèrent.

 

La Lettonie dans l’Euroland: trop beau pour être vrai?

La Lettonie vient de recevoir le feu vert de la Commission Européenne pour entrer dans la zone euro en 2014. Une opération truquée?

Voici l’un des mystères de l’année: l’entrée de la Lettonie dans la zone euro, alors qu’une nouvelle crise de l’euro est prévisible, et dans le concert harmonique d’une presse dithyrambique. Un seul exemple, le titre de l’Express: « Lettonie, un miracle économique grâce à l’austérité. » On espère que, pour sortir des louanges pareilles, le journaliste est grassement payé par l’ambassade de Lettonie à Paris, et généreusement invité sous le soleil pour des vacances de rêve.

Quelques mots sur la Lettonie, d’abord: c’est un petit pays, grand comme deux fois la Belgique, mais avec 10 fois moins d’habitants: un gros million de personnes vivent en Lettonie, dont 70% environ à Riga, la capitale.

Riga? Oui, bien sûr, une ville germanophone jusqu’au rattachement de la Lettonie à l’URSS en 1940. Peu de Français savent que la Lettonie formait l’une des marches du royaume de Prusse, et que l’Allemagne de Merkel se sent encore beaucoup d’affinités avec ce territoire.

Sans ce lien historique entre la Lettonie et la Prusse, rien n’expliquerait l’engouement de l’Europe à faire entrer ce petit Etat dans une zone euro déjà très malade.

Evidemment, on a bien nettoyé les statistiques officielles pour rendre l’opération propre et présentable. Voici ce qu’en dit la Direction du Trésor: un ralentissement de l’activité moins prononcé qu’anticipé, un fléchissement continu de l’inflation, un assainissement rapide des finances publiques et du secteur bancaire. N’est-ce pas idyllique?

Face à cette description merveilleuse fournie par la propagande officielle, une petite rétrospective n’est pas inutile.

Les Etats baltes ont quitté le giron soviétique dans les années 90. De 91 à 93, la Lettonie en paie le prix fort: son PIB s’effondre de 50% pendant cette période. Puis la croissance revient, qui atteint et dépasse les 10% par an en 2005, en 2006 et en 2007. Aussi vite arrivé, aussi vite parti: la crise de 2008 crée un choc profond, avec une récession de… 4% en 2008, et de 18% en 2009. Bien pire que la Grèce.

Comment expliquer un tel retournement? Dans une note du Comité économique et social européen, l’économiste Janis Kajacs apporte quelques précisions utiles: « le développement rapide de la Lettonie n’était pas promis à une longue vie car il reposait sur de mauvais fondements. Les capitaux étrangers librement accessibles et bon marché n’ont pas été investis dans le développement de l’économie mais ont été principalement utilisés à des fins de simple consommation (acquisition de biens immobiliers, de voitures et de divers produits d’importation). » Façon chypriote, donc.

Inévitablement, ce contexte de développement devait déboucher sur une situation difficile que chacun fait mine d’avoir oublié aujourd’hui. Pour rétablir partiellement la situation du pays, le gouvernement letton a utilisé les grands moyens: « Le budget de 2009 a été dans l’ensemble assaini à hauteur de 11 % du PIB, en réduisant les dépenses dans presque tous les domaines et aussi en augmentant les impôts. Dans la pratique, cela s’est traduit par une diminution importante du taux d’emploi et des salaires dans le secteur public et par une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée et des droits d’accises. Les secteurs de la santé et de l’éducation ont également été remaniés en réduisant le nombre d’hôpitaux, d’écoles, de médecins et de professeurs. Le gouvernement a voulu également diminuer les pensions de retraite mais il a été contraint par l’arrêt de la Cour constitutionnelle de verser toutes les pensions non payées. »

Mutatis mutandis, un effort du même ordre en France se traduirait par une diminution des dépenses publiques et une hausse d’impôts à hauteur de 220 milliards d’euros, soit la moitié du budget de l’Etat.

Ce remède de cheval, officiellement, a produit des effets si rapides que la Lettonie a renoué avec la croissance et qu’elle remplit les critères de convergence pour entrer dans la zone euro.

Maintenant, quand on y regarde de plus près, on ne peut s’empêcher de poser quelques questions.

D’abord, il y a ce chômage galopant dont les statistiques officielles rendent mal compte: « Le chômage a été l’un des problèmes les plus graves que la crise ait généré en Lettonie. Il a plus ou moins triplé par rapport à son niveau d’avant la crise, atteignant son taux record au premier trimestre 2010 (20,5 %). »

Socialement, ce chômage pose un vrai problème: « Les chômeurs inscrits continuent à être nettement plus nombreux que les offres d’emploi: en mars 2012, 44 chômeurs postulaient pour chaque emploi libre. À la fin de ce même mois, la NVA n’avait recensé que 2900 postes vacants. La majeure partie des emplois proposés début 2012 ressortissaient aux industries de transformation, qui cherchaient à recruter des travailleurs qualifiés. »

Parallèlement, l’économie souterraine s’est fortement développée: « certains experts estiment qu’elle aurait même pu équivaloir à 40 % du PIB. Dans une étude publiée en mai 2012, des experts de l’École supérieure d’économie de Riga ont montré qu’en 2011, la part de l’économie de l’ombre a régressé jusqu’à 30 % du PIB mais qu’au demeurant, ce niveau reste énorme, même si on le compare avec celui des États voisins, que ce soit la Lituanie (17 %) ou l’Estonie (19 %). Selon ces recherches, les entreprises privées de Lettonie ne sont que 36,5 % à déclarer officiellement tous leurs travailleurs et 14,6 % à informer le Service national des impôts (VID) des rémunérations de l’ensemble de leur personnel. Dans les cas de fraude détectés, c’est le tiers environ des salaires perçus qu’elles soustraient audit service, de manière que leurs impôts soient moindres et que le travailleur perçoive une plus forte rémunération. »

Voici une situation qui rappelle furieusement la Grèce et ses petits travers.

Du coup, faut-il être dupe des apparentes bonnes statistiques du pays? Ce ne semble pas être la recommandation de la BCE rapportée par l’Express: « La BCE n’hésite pas à souligner que « la soutenabilité à plus long terme de la convergence économique du pays est source de préoccupation ». Pour faire de son entrée dans l’euro un succès, la Lettonie devra notamment éviter une hausse des coûts de main-d’oeuvre qui viendrait ruiner les gains de compétitivité acquis âprement pendant les années de crise. »

Traduction: on a fait ce qu’il fallait pour avoir des chiffres présentables permettant à l’Allemagne d’intégrer des descendants prussiens dans la zone euro sans donner le sentiment d’un deux poids deux mesures. Maintenant, la Lettonie doit vraiment se réformer.

Bis repetita placent, auraient pu dire les Grecs.

Rhétorique de la rigueur: un benchmark Hollande/Merkel

Pour annoncer la rigueur, François Hollande utilise une rhétorique de l’esquive. A l’inverse, Angela Merkel avance à visage découvert.

Après l’interview du 14 Juillet, les Français peuvent désormais avoir une vision claire de la rhétorique utilisée par François Hollande pour expliquer sa politique. Nous pouvons ici la caractériser en quelques points:

  1. c’est d’abord une rhétorique de la réassurance. On évite de dire qu’il y a des problèmes, ou, quand on le reconnaît, on garde le cap sur des objectifs optimistes ou à long terme: « je ne suis pas là pour être populaire » mais « je me préoccupe de la France dans 10 ans ». Le fleuron de cette tactique a consisté à soutenir, contre toutes les apparences raisonnables, que « la reprise est là ».
  2. c’est ensuite une rhétorique de l’euphémisme: les messages difficiles à faire accepter sont systématiquement présentés sous un jour favorable. « Le second semestre ne sera pas moins bon que le premier. » Cette technique cherche en permanence à attirer l’auditeur dans un point de vue positif, qui le distrait du conflit qui pourrait naître avec le locuteur.
  3. c’est aussi une rhétorique de la minoration: les problèmes sont systématiquement diminués, réduits à de simples accidents qui méritent à peine d’être notés. L’attitude d’Arnaud Montebourg par exemple, qui semble beaucoup plus gênante pour le gouvernement que celle de Delphine Batho, est systématiquement réduite à peu de choses. Même attitude vis-à-vis des hausses d’impôts: il y en aura, mais le moins possible. Position étrange alors que nous savons qu’une hausse de 6 milliards sera décidée à l’automne.
  4. c’est une rhétorique des valeurs et non des faits: François Hollande n’aime pas citer des chiffres, des éléments précis, pour appuyer ses affirmations. Ou alors il se contente de les évoquer comme preuve des bonnes intentions qu’il affiche. En réalité, François Hollande aime entraîner son auditoire dans des perceptions subjectives et émotionnelles fondées sur des idéaux positifs, sans forcément leur donner de la consistance.

Au total, un discours de François Hollande peut correspondre à une stratégie de déni: les choses ne sont pas dites clairement, et sont expliquées par des raisonnements sans lien direct avec la réalité constatée.

Dans un précédent billet, j’ai eu l’occasion de souligner l’inversion complète de stratégie chez Angela Merkel.

J’en redonne ici quelques exemples tirés de son discours au Parlement Européen (traduit par mes soins), prononcé le 7 novembre 2012. Ce discours est consacré à l’austérité budgétaire et permet donc d’établir un parallèle avec la rhétorique hollandienne sur les mêmes sujets (étant entendu que François Hollande s’adresse à ses électeurs, alors qu’Angela Merkel s’adresse à tous les électeurs européens…).

Les éléments qu’Angela Merkel utilise dans ses discours sont assez simples:

  1. la précision dans les faits: Angela Merkel aime bien rappeler des chiffres emblématiques, ne serait-ce que des dates: le dernier jour où elle a parlé au Parlement, par exemple. « Ceci est ma première occasion de venir m’adresser à vous depuis la présidence allemande de l’Union en 2007. » (…) « Dans deux jours nous serons le 9 novembre qui marque cette année le 23è anniversaire de la Chute du Mur. Le 9 novembre 1989 fut un moment véritablement extraordinaire dans l’historie de l’Allemagne (…) ». Cette technique permet de légitimer le locuteur et d’ancrer son discours dans une autorité scientifique qui pèse et qui sort de la logique émotionnelle.
  2. le récit anecdotique: Angela Merkel n’aime pas les approches compliquées des problèmes. Elle explique très simplement comment les questions se posent à elle: « ces dernières années, j’ai eu à parcourir beaucoup de pays très dynamiques et très ambitieux qui sont en plein décollage. Ces peuples s’intéressent de près à l’Union Européenne. Mais ils me demandent souvent avec scepticisme: l’expérience européenne résistera-t-elle à la crise? ». Voici une façon limpide de poser la question cruciale de son discours. Très bel effet rhétorique: ce n’est plus son point de vue qui est exposé, mais la réponse qu’elle aimerait faire à des euro-sceptiques venus de pays émergents.
  3. l’empathie. Dans ses discours, Angela Merkel ne cherche pas à « éviter » les problèmes ou à « endormir » son auditeurs par de vaines ou fausses promesses. Elle cherche en revanche à les entraîner dans une logique commune de l’effort: « Je voudrais aujourd’hui faire un plaidoyer. L’Allemagne fera tout pour que l’Union Européenne puisse dans les années à venir tenir ses promesses de liberté et de prospérité. Mais je suis aussi ici parce que je dois pouvoir compter sur votre soutien. » Là encore, implication habile de son auditoire dans une logique qu’elle s’apprête à expliquer.
  4. la franchise. En l’espèce, Angela Merkel n’hésite pas à rappeler les arguments qui lui sont défavorables et à répondre: « De mon point de vue, tout cela est complètement faux. » Elle ajoute clairement: « Tous les Etats membres doivent conduire des réformes, des changements structurels, et de sérieuses mesures de d’amélioration de la compétitivité, si nous voulons combattre efficacement les causes de la crise. » Ce genre de phrase tranchée, qui laisse peu de place à l’interprétation, éclaire l’ensemble du discours.
  5. la vision. « Dans mon esprit, il y a quatre éléments cruciaux pour l’avenir. » Et Angela Merkel explique ces 4 éléments: une plus grande intégration des marchés financiers, une plus grande intégration fiscale, une plus grande intégration économique, un renforcement des institutions. Cette capacité à déployer une vision globale donne une force impressionnante à son discours.

Ces quelques points de rhétorique politique n’emportent évidemment aucun jugement de valeur. Je laisse chacun se faire une opinion sur ce sujet.

En revanche, il est bien probable que les auditeurs se sentent plus confortables avec une rhétorique qu’ils ne partagent pas forcément, mais qui visent à développer un point de vue raisonnable, argumenté avec précision, et qui cherche à les entraîner dans un projet commun.

Quand la France montrait la voie à l’Europe…

Pour ce 14 juillet, je m’offre un plaisir: la célébration de ces moments où la France montrait la voie de la liberté au monde.

Pour cette petite commémoration, j’ai choisi un périple stendhalien: la reprise illustrée de quelques extraits de la Vie de Henri Brulard.

En 1800, Stendhal a 19 ans. Il doit rejoindre l'armée d'Italie...

En 1800, Stendhal a 19 ans. Il doit rejoindre l’armée d’Italie… en passant par le lac de Genève
Quelques souvenirs avant de rejoindre l'armée
Quelques souvenirs avant de rejoindre l’armée
Marmont, futur duc de Raguse
Marmont, futur duc de Raguse
Stendhal fait l'expérience du passage, avec l'armée, d'un col terrible sous la neige
Stendhal fait l’expérience du passage, avec l’armée, d’un col terrible sous la neige
Une image célèbre, racontée par Stendhal
Une image célèbre, racontée par Stendhal
Quand la route de l'Italie s'appelle la découverte du beau
Quand la route de l’Italie s’appelle la découverte du beau
L'armée de 1800 découvre l'Italie
L’armée de 1800 découvre l’Italie

Ce fut cela, le 14 juillet…

L’armée française, cette grande sinistrée

Quelques chiffres-clés sur le sinistre subi depuis plus de 10 ans par l’armée française.

En ce jour de célébration nationale, voici un petit passage en revue de l’effort (inutilement) consenti par l’armée française au redressement des comptes publics.

Source: Observatoire économique de la Défense
Source: Observatoire économique de la Défense

La part de la Défense dans le PIB a diminué de pratiquement 15% en 10 ans. Parallèlement, l’effort allemand est resté globalement stable.

Source: Observatoire économique de la Défense
Source: Observatoire économique de la Défense

La France est le pays occidental qui a réalisé l’effort le plus important de suppression d’emplois. Dans le même temps, l’effort militaire américain a augmenté.

Source: Observation Economique de la Défense
Source: Observatoire Economique de la Défense

La France et le Royaume-Uni endossent l’essentiel de l’effort militaire en Europe.

Il est probable que la France soit au bout de l’effort auquel elle peut consentir en matière de réduction de ses moyens militaires.

 

L’administration française est-elle pré-révolutionnaire?

La Cour des Comptes publie un rapport sur l’émiettement administratif français. Une situation qui ressemble à celle de 1788.

La Cour des Comptes s’est livrée à un travail salutaire: l’analyse et le passage en revue de l’organisation territoriale de l’Etat, version 2013. Après différents actes de décentralisation (transfert du pouvoir de l’Etat vers les collectivités locales), de déconcentration (transfert du pouvoir des administrations centrales vers les services locaux), de modernisation et de réduction des effectifs, cette petite étude n’était vraiment pas du luxe.

Voici le rapport de la Cour:

En substance, la cour constate que, malgré les multiples projets de rénovation et de réorganisation, l’organisation territoriale de l’Etat s’est figée dans un morcellement et un désordre difficile à comprendre pour les fonctionnaires de l’Etat eux-mêmes.

Elle relève notamment:

« Les analyses présentées dans ce chapitre montrent, cependant, que les adaptations de l’État n’ont pas pleinement suivi les mutations accélérées de l’économie et de la société. Le maillage territorial de l’État reste principalement hérité du passé. L’organisation locale demeure largement indifférenciée, malgré la diversité accrue des territoires. La structuration des réseaux de contrôle n’est pas adaptée à l’ouverture de l’économie française. Les conséquences des lois de décentralisation n’ont pas été pleinement tirées. Les possibilités offertes par les technologies numériques demeurent à explorer. « 

Que l’organisation administrative de l’Etat ne soit pas adaptée à la réalité économique du pays, voilà un constat qui pourrait être dressé dans les mêmes termes à propos de l’administration territoriale de 1788.

Deux constats au moins sont communs avec cette période:

  1. L’incapacité de l’Etat à suivre le mouvement d’urbanisation, qui le conduit à déployer plus de moyens dans les campagnes que dans les zones urbaines nouvelles (la sous-administration des banlieues en est l’exemple le plus criant)
  2. L’imbrication complexe et déresponsabilisante entre administration locale de l’Etat et collectivités territoriales, qui rend certaines actions totalement illisibles.

En matière d’excessive imbrication, le croquis suivant est assez parlant:

Source: Cour des Comptes
Source: Cour des Comptes

Que, localement, l’Etat soit devenu une hydre protéiforme qui broie la bonne volonté de ses fonctionnaires et qui n’accorde aucune importance à la qualité de service rendue aux usagers, c’est une certitude analysable et démontrable.

La cour s’est employée utilement à cette démonstration. Elle a le mérite de proposer des solutions qui passent non plus par une augmentation des dépenses ou par une logique comptable, mais par un réinvention managériale du service public, avec un véritable effort de réorganisation.

Enfin, une idée: que la haute fonction publique arrête de compter, mais qu’elle prenne ses responsabilités en manageant…