Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Les riches sont-ils trop riches?

Challenges publie son marronnier sur les grandes fortunes françaises. Les 10 plus grosses fortunes françaises auraient accumulé 30 milliards de plus en un an.

Comme chaque année à la même période, Challenges fait sa pelote de laine d’avant les vacances d’été avec son classement des 500 plus grosses fortunes de France.

C’est une lecture toujours amusante, même si on est étonné de ne pas y lire certains noms. Il faut donc, comme toujours, prendre ce genre d’exercice avec des pincettes. Il a au moins le mérite de proclamer une vérité que chacun pressent: malgré la récession, les riches sont plus riches.

Selon Challenges, les 500 Français les plus riches disposent d’une « richesse professionnelle » de 330 milliards d’euros, soit 16% du PIB.

Plus amusant encore, la France compte désormais 55 milliardaires, soit 10 de plus que l’an dernier.

L’analyse devient surtout intéressante sur le Top-10 des plus grandes fortunes: ceux-ci concentrent 135 milliards d’euros de fortune professionnelle, soit 30 milliards de plus en un an. 

30 milliards de revenus supplémentaires en un an pour 10 personnes seulement… Est-ce bien raisonnable?

Je connais parfaitement les arguments sur la liberté de rémunération, et autres récitations habituelles. Simplement, on rappellera ici que la masse salariale du secteur privé, en France, s’élève à environ 520 milliards d’euros annuels. Lorsque les salaires du privé augmentent en moyenne de 3%, le volume total d’augmentation avoisine donc les 16 milliards d’euros.

Peut-on raisonnablement imaginer qu’en phase de récession la société française tolérera éternellement une logique où le patronat s’estime en permanence mal servi et soumis à la contrainte, mais où les 10 premières fortunes du pays s’octroient une augmentation de revenus égale au double des augmentations consenties à 17 millions de salariés?

 

11 juillet: le mythe de la nation flamande

Le 11 juillet, la communauté flamande célèbre la bataille des Eperons d’Or, imposture complète sur une prétendue nation flamande.

Ce billet est dédié à mon grand-père, Henri Verhaeghe, né à Ichtegem en 1884, au coeur de la Flandre profonde, et émigré à Liège pour survivre. Fusillé en 1941 dans les terrils au-dessus de Pierreuse où ma famille vivait, et que les Liégeois connaissent bien, il était la preuve, comme beaucoup qui se taisent, de l’absurdité d’une frontière entre les francophones et flamands en Belgique.

Que le nationalisme flamand soit un phénomène tout entier né d’une invention administrative de la Flandre au coeur d’un Etat belge dominé par la francophobie et par une dynastie francophobe, que le nationalisme flamand se soit nourri d’une sédimentation progressive de cette construction administrative dans les esprits, la célébration du 11 juillet en est une preuve flagrante.

Concrètement, en effet, que s’est-il passé le 11 juillet 1302?

La Flandre appartient alors à la couronne de France. Elle en est même l’un des territoires les plus anciens. N’oublions jamais que la France est historiquement le royaume des Francs saliens, dont le berceau… est la Flandre.

Les Francs entre 400 et 440

Assez logiquement, les territoires qui composent la marche de Flandre, puis le comté de Flandre, font donc partie des tout premiers domaines du roi de France. A cette époque, le comté englobe Tournai et chevauche donc la frontière linguistique.

Au tournant de l’an 1300, la France est frappée par une grave crise des finances publiques qui oblige le roi Philippe le Bel à des mesures drastiques: persécution des banquiers, des Juifs, des templiers, et augmentation des impôts. Les tisserands flamands protestent. Le comte de Flandre, Gui de Dampierre, proteste et est emprisonné par Philippe.

Peut-être faut-il préciser que la famille Dampierre est une vieille famille bourguignonne. Gui de Dampierre était aussi comte de Namur. Là encore, il est bien téméraire de dissocier dans ces événements l’image d’une Flandre pure, ignorant le destin de l’actuelle Wallonie.

Lorsque Philippe le Bel emprisonne Gui comte de Flandre, le fils du comte… qui s’appelle Gui de Namur prend la tête de la rébellion contre le roi de France. Il est soutenu par les troupes de son neveu, Guillaume de Juliers… archidiacre de Liège. Autrement dit, historiquement, ce sont des officiers « wallons » qui mènent la bataille des Eperons d’Or contre le roi de France.

Dans l’armée française, on trouve notamment un certain… Godefroid d’Aerschot, fils du duc de Brabant, qui ne peut être soupçonné d’une étrangeté complète vis-à-vis des Flamands. Ce Godefroid se fera massacré une fois à terre par une armée flamande peu encline à faire des prisonniers.

Ces quelques éléments anecdotiques permettent quand même de dire que le mythe de la grande victoire du peuple flamand contre l’oppression française, célébrée le 11 juillet par la communauté flamande, ne correspond en rien à la réalité historique.

D’ailleurs, pendant plusieurs siècles, plus personne ne parle de la bataille des Eperons d’Or. Une raison simple l’explique: si les troupes locales ont battu l’armée royale le 11 juillet 1302 dans la campagne autour de Courtrai, Philippe le Bel prend sa revanche deux ans plus tard, le 18 août 1304, à Mons-en-Pévèle, et enterre définitivement toute ambition autonomiste flamande.

L’invention romantique de la bataille des Eperons d’Or

L’écrivain Hendrick Conscience, en 1838, publie le roman historique de veine romantique Le Lion des Flandres, qui déterre l’histoire des Eperons d’Or et fabrique de toutes pièces le mythe national flamand. Conscience appartient au « mouvement flamand », première forme d’expression néerlandophone en Belgique, également représentée par Rodenbach ou Gezelle.

Le Mouvement Flamand constitue la manifestation la plus précoce d’une conscience flamande. Il est alors essentiellement lié à une revendication culturelle et n’aspire pas à un indépendantisme politique.  Il s’appuie sur des mythes littéraires qui seront ensuite récupérés par les nationalistes flamands.

Le nationalisme flamand et l’Allemagne

L’occupation allemande de 1914-1918 modifie radicalement le visage du nationalisme flamand et lui imprime les caractéristiques que nous lui connaissons aujourd’hui. 

Outre la flamandisation de l’université de Gand, les activistes flamands profitent de la protection allemande pour créer un conseil flamand, qui pousse jusqu’à une déclaration d’indépendance de la Flandre le 22 décembre 1917.

Beaucoup de Belges ont oublié cet épisode… En réalité, il existe alors une multiplicité de mouvements favorables à une reconnaissance de l’unité néerlandophone. C’est par exemple le cas du mouvement pan-thiois, favorable à la création d’une entité politique indépendante regroupant les néerlandophones et les bas-saxons, jusqu’à la Prusse.

Pourquoi seul le mouvement national flamand, connu en Belgique aujourd’hui, a-t-il pu émerger dans ce kaléidoscope? D’abord parce qu’il fut le bras armé des occupants allemands successifs, qui avaient tout intérêt à diviser pour régner, et à nourrir en Flandre, terre historiquement française, la plus grande aversion possible vis-à-vis de la francophonie.

Le nationalisme flamand n’a jamais existé, en dehors de la francophobie.

Complémentaire-santé: 4 idées fausses sur sa généralisation

La généralisation de la complémentaire santé donne lieu à beaucoup de fausses idées. Petit inventaire.

La loi sur la sécurisation de l’emploi a donné lieu à une vraie surprise: son article 1, qui prévoyait la généralisation de la complémentaire santé par accord collectif à tous les salariés, a donné lieu à un vrai tir de barrage, ponctué (provisoirement) par la décision du Conseil Constitutionnel du 13 juin 2013, qui a censuré la rédaction de la loi.

Ce sujet en apparence technique peut se résumer à une logique simple.

En France, il existe trois façons d’avoir accès à une assurance complémentaire santé, qui prend en charge la part de dépenses non couverte par l’assurance maladie obligatoire:

  1. Par adhésion individuelle à un contrat complémentaire (marché sur lequel les mutuelles dites « 45 », c’est-à-dire relevant de la Mutualité Française ou de l’Indépendance Mutualiste, sont les mieux placées)
  2. Par un contrat collectif d’entreprise (marché sur lequel les « assureurs privés » sont les mieux placés)
  3. Par un contrat collectif de branche (marché sur lequel les institutions de prévoyance, dont la gouvernance est paritaire, sont les mieux placées).

Lors de la négociation de l’accord du 11 janvier 2013, les partenaires sociaux ont d’abord favorisé les accords de branche, avant de privilégier une rédaction plus ambiguë sur la question de l’accord d’entreprise. Le projet de loi du gouvernement a clairement repris la préférence pour la branche. Mais… le Conseil Constitutionnel a finalement interdit le contrat unique de branche, en accord avec un avis du 29 mars 2013 de l’Autorité de la Concurrence.

On attend maintenant la réaction de la Direction de la Sécurité Sociale, qui doit écrire un nouveau texte…

Autour de cet embrouillamini, de belles opérations d’intoxication sont montées. Par exemple, l’article de Francis Kessler, universitaire et avocat, sur ce sujet, dans Le Monde d’hier. Avec une dose soit d’ignorance coupable, soit de malhonnêteté tout aussi coupable, l’auteur écrit: « Les grands perdants de cette décision du Conseil constitutionnel sont d’ores et déjà connus : les employeurs et les salariés des petites et moyennes entreprises. Ils ne pourront plus bénéficier de la « dispersion des risques », c’est-à-dire de la solidarité de la branche : les tarifs d’assurance pourront être élevés. »

Ces allégations constituent une belle mise en bouche sur les fausses idées propagées sur le sujet.

Idée fausse n°1: le contrat de branche est moins cher que le contrat d’entreprise

Comme le répète M. Kessler, le contrat de branche assure une meilleure « dispersion des risques », donc un contrat moins cher. On retrouve ici la vieille idée sous-jacente selon laquelle la branche serait un espace de solidarité et de mutualisation forcément vertueux, alors que l’entreprise est un espace de concurrence forcément défavorable aux salariés.

Outre que, d’un point de vue actuariel, aucun argument sérieux ne vient étayer cette affirmation, il se trouve qu’elle est infirmée dans un certain nombre de cas, pour au moins deux raisons:

  1. une entreprise avec une population jeune et peu consommatrice de soins a un intérêt objectif à ne pas mutualiser ses risques avec les autres entreprises de la branche, où la population peut être plus âgée et plus consommatrice de soins. Elle paiera en effet plus cher avec un contrat de branche qu’avec un contrat d’entreprise.
  2. le contrat de branche favorise les passagers clandestins et a donc des effets inflationnistes. Prenons un exemple au hasard: les salons de coiffure. Le propriétaire du salon du coin qui décide de pousser tous ses salariés à la dépression nerveuse parce qu’il joue au tyran est avantagé dans un accord de branche: ce sont ses collègues qui assument collectivement le surcoût de consommation créé par son attitude managériale. Avec un contrat d’entreprise, il est directement sanctionné par une augmentation de tarif. Le contrat de branche est donc moins performant en terme de gestion du risque.

Idée fausse n°2: le contrat de branche favorise la dispersion du risque

Il faut avoir une connaissance très théorique des branches pour soutenir cet argument. En réalité, il existe en France plus de 300 branches dont les effectifs sont inférieurs à 5.000 salariés. Certaines de ces branches comptent moins de 10 entreprises. Ce sont précisément celles-là où les 25% de salariés non couverts par un accord collectif se trouvent.

Soutenir que l’accord de branche leur garantit une meilleure dispersion des risques est évidemment une fiction: le calcul se fait sur des volumes tellement limités que l’avantage de l’accord de branche y est infinitésimal, voire inexistant.

Idée fausse n°3: les petites entreprises sont mieux protégées par un accord de branche que par un accord d’entreprise

Cette idée reçue, défendue par un avocat spécialiste du droit social, relève du pur mensonge, pour deux raisons.

  1. l’expérience de l’accord signé dans la branche de la boulangerie montre que beaucoup de petites entreprises considéraient qu’elles étaient mieux assurées par le contrat qu’elles avaient négociées à leur niveau que par le contrat imposé par des négociateurs de branche très éloignés du terrain.
  2. beaucoup de contrats de branche servent à faire endosser par toute une profession, et par une constellation de PME, le déficit causé par une seule grande entreprise du secteur. Très régulièrement, dans les contrats de branche, les grandes entreprises obtiennent d’ailleurs des conditions de traitement de leurs dossiers plus favorables que les PME ou TPE de la même profession.

Idée fausse n°4: les institutions de prévoyance qui assurent les branches ne rémunèrent pas d’actionnaire, alors que les assureurs privés font « du gras » sur le dos des assurés

Là encore, cette affirmation souvent utilisée pour défendre les groupes paritaires est un compromis peu avouable avec la vérité.

En effet, les institutions de prévoyance se réassurent auprès des grands assureurs de la place: CNP, Axa et partiellement Generali. Elles partagent donc avec eux les bénéfices de leurs contrats.

 

 

 

 

 

 

Formation professionnelle: à quoi servira la réforme?

Le gouvernement a commandé une négociation interprofessionnelle sur la formation professionnelle: résumé du sujet.

A l’issue de la conférence sociale, le gouvernement a commandé aux partenaires sociaux une négociation interprofessionnelle pour réformer la formation professionnelle. Les objectifs fixés par le gouvernement sont simples: consacrer plus de moyens aux salariés touchés par les plans sociaux et aux chômeurs, d’une part, simplifier le dispositif existant d’autre part.

Voici le document d’orientation envoyé le 8 juillet aux partenaires sociaux:

Ce document annonce en lui-même l’inutilité de la négociation, puisqu’il pose un principe simple: on ne touchera pas à l’implication des partenaires sociaux dans le dispositif de formation professionnelle.

Légalement, cette implication ne se limite pas à occuper des postes et des mandats dans des organismes paritaires au fonctionnement opaque. Elle inclut une fonction essentielle: le financement. 1,5% de la collecte (environ 6,5 milliards par an, soit une somme finale d’environ 100 millions d’euros) est consacrée au financement des organisations syndicales, qu’elles soient salariales ou patronales.

Avec de telles largesses, confortées par avance par le gouvernement, pas la peine d’imaginer une quelconque révolution du côté de la formation professionnelle.

Rappelons que l’objectif du gouvernement actuel était déjà celui du gouvernement précédent, commanditaire de la réforme de 2009. La Cour des Comptes a dressé un rapide bilan de la réforme de 2009:

En réalité, ce sujet souffre de deux maux majeurs:

– un goût pour la complexité entretenu par les spécialistes du sujet et les partenaires sociaux (deux populations qui se confondent souvent), qui ont monté des usines à gaz pour se financer sur le dos des salariés

– une vraie incompétence principielle de l’Etat: la question de la formation professionnelle est un problème micro-économique. On voit mal comment une approche nécessairement « macro » développée par l’Etat pourrait en améliorer la performance.

Formation professionnelle: les chiffres-clés

Une négociation interprofessionnelle débute sur la formation professionnelle. Les chiffres-clés du secteur.

En matière de formation professionnelle, une étude de la DARES de novembre 2012 permet de faire le point et d’avoir en tête les chiffres-clés du secteur:

Source: DARES
Source: DARES

La dépense nationale de formation professionnelle est de 31,5 milliards € en 2010. Ce chiffre englobe la dépense de formation des administrations pour leurs agents, et les dépenses d’apprentissage ou de professionnalisation dans le cadre de l’alternance.

Source: DARES
Source: DARES

Les entreprises sont les principales financeuses de la formation professionnelle. Leur effort s’élève à plus de 13 milliards € pour 20 millions de salariés, soit le double de l’effort du service public pour 4 fois moins de personnes concernées.

Source: DARES
Source: DARES

Les OPCA n’ont géré que 40% environ de l’effort des entreprises dans le domaine de la formation professionnelle (5,2 milliards € sur un total de 13 milliards €).

Source: DARES
Source: DARES

L’effort des entreprises en faveur de la formation professionnelle est étroitement lié à leur taille. Alors que les moins de 20 salariés consacrent environ 1,5% de leur masse salariale à la formation, ce taux avoisine les 4% pour les très grandes entreprises.

Source: DARES
Source: DARES

Les demandeurs d’emploi bénéficient d’environ 12% de la dépense globale de la formation professionnelle, et les jeunes environ 25%.

Source: DARES
Source: DARES

Les entreprises consacrent 85% de leurs dépenses de formation professionnelle aux salariés du secteur privé.

 

 

 

 

Finances de l’Etat: le grand baratin

Bercy a publié la situation mensuelle du budget de l’Etat au 31 mai: le solde du budget général s’est dégradé de 4 milliards € en un an.

Sans surprise pour les lecteurs de ce blog, Bercy a annoncé la douloureuse: les comptes publics se dégradent, alors qu’on s’était engagé à réduire les déficits. Ainsi, alors que nous en étions à 4,5% de PIB de déficit l’an dernier, au train où vont les choses, le déficit devrait s’aggraver cette année, après plusieurs mois de déni officiel où le gouvernement soutenait que nous arriverions à 3,5% (soit 20 milliards € de réduction). Autrement dit, non seulement les engagements internationaux de la France ne seront tenus, mais la nouvelle majorité gère moins bien la situation que la précédente majorité.

Cette situation est extrêmement préoccupante, pour une raison simple: malgré une forte hausse des impôts (+ 9 milliards € en un an), le déficit se creuse, parce que les dépenses de l’Etat explosent (+ 17 milliards en un an!).

Sur ce point, on saluera avec amusement le grand baratin de Bercy, qui cherche à nous expliquer que tout cela est tout à fait normal et même inévitable….

Petits mensonges officielsCes explications de propagande ne manquent pas d’humour. En effet:

BEI + MES + UE = (1,6 Md€ + 3,3 Mds€ + 1,4 Md€) = 6,3 Mds €

Ces explications ne rendent donc compte que d’une partie de la dérive des dépenses. Restent plus de 10 milliards d’augmentation de dépenses à justifier. 

Voici le détail des dépenses de l’Etat:

Les dépenses de l'Etat au 31 mai 2013
Les dépenses de l’Etat au 31 mai 2013

De façon assez habile, le ministère des Finances appelle « stabilité » l’augmentation des salaires des fonctionnaires, qui coûte 1 milliard de plus au contribuable (+ 2,4%).

Pendant ce temps, les dépenses d’intervention diminuent de 1,4%. Ces dépenses d’intervention regroupent l’action concrète de l’Etat auprès des citoyens.

Moins de service pour le public, mais plus de masse salariale pour les fonctionnaires, est-ce bien raisonnable?

 

MEDEF: une cartographie de l’influence

Le MEDEF a publié la composition de son nouveau bureau et l’organigramme de ses pôles. Une rapide cartographie.

Une analyse sommaire des nouvelles têtes apparues au MEDEF permet de se faire une idée de la très grande stabilité qui devrait y régner avec l’élection de Pierre Gattaz. La diapositive suivante en donne un aperçu:

Source: http://www.eric-verhaeghe.fr
Source: http://www.eric-verhaeghe.fr

Il apparaît assez clairement que Pierre Gattaz a respecté un équilibre relatif entre industrie et services, mais que la composition sociologique de chacun de ces grands secteurs est fondamentalement différente.

L’industrie est représentée soit par des héritiers (Gattaz, Ridoret, Perron), soit par des employés (Pilliard, Durdilly). Mais, en dehors de Jean-Claude Volot, l’entrepreneur en tant que tel y est rare.

Pour les services, la donne est différente: on y relève une forte concentration de fonctionnaires ou d’anciens fonctionnaires (Spitz, Obolensky), et quelques profils d’entrepreneurs (Roux de Bézieux, Lanxade).

5 personnalités cumulent des fonctions de membre du bureau et de responsable de pôle (ce qui laisse à penser que leur vie professionnelle ne leur prend pas trop de temps):

– Patrick Bernasconi, vice-président délégué et responsable du pôle mandats

– Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président délégué et responsable du pôle économie et numérique

– Jean-François Pilliard, vice-président et responsable du pôle social

– Jean-Claude Volot, vice-président et responsable du pôle exportations

– Bernard Spitz, membre du bureau et responsable du pôle Europe.

 

L’influence américaine sur les élites françaises: un métier

Le gouvernement américain mène un long travail, utile, d’influence auprès des élites françaises.

L’actualité, de façon assez imprévue, a mis en avant les conflits possibles entre l’Europe, dont la France, et les Etats-Unis. Pourtant, rompant avec la tradition gaulliste de méfiance vis-à-vis des Etats-Unis, la France de François Hollande s’est montrée mesurée et raisonnable dans ses réactions aux scandales qui viennent d’émailler les relations entre l’Europe et l’Amérique. Entre la révélation des écoutes Prism, les conflits sur l’exception culturelle et le refus d’accorder l’asile politique à Richard Snowden, la France n’est plus l’enfant terrible de la relation transatlantique.

Comment expliquer ce rapprochement affectif entre la France et les Etats-Unis? Sans exagérer la portée de ce genre d’actions, il faut rappeler ici le poids de la stratégie d’influence menée depuis une quarantaine d’années par les Etats-Unis auprès des élites françaises.

Cette mission est tout particulièrement confiée à la French-American Foundation (FAF), créée en 1976, et officiellement lancée à l’Elysée en 1976, à l’occasion d’un repas présidé par Valéry Giscard d’Estaing et Gerald Ford, alors président des Etats-Unis.

En 1981, la FAF a lancé un programme d’influence à long terme auprès des élites françaises baptisée « young leaders« . Ce programme fondé sur une forme de cooptation et de parrainage vise à rapprocher les « auditeurs » et le point de vue des Etats-Unis.

Le programme « young leaders » est un superbe exemple de stratégie de lobbying à long terme bien mené et correspondant à des objectifs clairs. Il vise à identifier des « jeunes pousses » pour les transformer en alliés dans la durée, par petites touches et avec l’air de ne pas faire pression.

Il se trouve que, dans l’actuelle majorité, nombre de responsables ont été en leur temps des « young leaders », parfois il n’y a pas si longtemps.

Le plus significatif d’entre eux s’appelle… François Hollande, admis dans le programme en 1996, en même temps que… Pierre Moscovici (et Denis Olivennes). Mais on trouve, dans la liste, bien d’autres hiérarques qui ont aujourd’hui autorité pour améliorer le consensus franco-américain:

Najat Vallaud-Belkacem, admise dans le programme en 2006, la même année que Laurent Wauquiez.

Bruno Leroux, chef du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, admis dans le programme en 1998, la même année que Marisol Touraine.

Arnaud Montebourg, admis dans le programme en 2000

Les mauvais esprits noteront qu’une ancienne conseillère de Laurent Fabius, Hélène Ploix, fut admise dans le programme en 1983.

Avec tout ce beau monde sensibilisé de longue date à notre amitié avec le peuple américain, les négociations transatlantiques, au moins côté français, devraient bien se passer.

Hausse d’impôts pour 2014: c’est décidé, et ce sera 6 milliards

Pierre Moscovici a annoncé ce week-end des hausses d’impôts pour 2014 à hauteur de 6 milliards €.

Comme je l’avais annoncé dans un billet du début du mois de juin, des augmentations d’impôts sont inévitables pour 2014. En effet, au-delà des discours officiels, la terrible réalité des chiffres sévit: les dépenses de l’Etat sont reparties à la hausse et plus personne ne contrôle la machine publique. On notera au passage que le ministère des Finances n’a pas encore publié la situation mensuelle du budget de l’Etat au 31 mai, chiffre essentiel qui permettra de vérifier l’ampleur de la dégradation.

Déficits: la droite parle de dérapage… par afp

Aux Journées de l’Economie d’Aix, organisées par le Cercle des Economistes, Pierre Moscovici a donc confirmé, après de nombreuses déclarations selon lesquelles les hausses d’impôt étaient derrière nous, que les impôts augmenteraient de 6 milliards € (prévisionnels) en 2014. On dit bien: prévisionnels, puisque la pression fiscale est telle en France que le principe du « trop d’impôt tue l’impôt » s’applique à plein. Autrement dit, les décisions d’augmentation de recettes qui seront votées par les parlementaires pourraient, comme cette année, se traduire par une baisse effective, faute de contribuables pour payer.

Rappelons quand même que, en 2013, ce sont 7 milliards qui devaient être ponctionnés sur les contribuables. L’effort demandé en 2013 sera donc à peu près équivalent. Une grosse couleuvre à nous faire avaler.

L’égalité homme-femme, une affaire d’Etat?

Najat Vallaud-Belkacem a présenté son projet de loi en faveur de l’égalité hommes-femmes. Avec force déclarations sur le mode de vie des couples en France.

Et voilà! ma petite Astrée a fêté ses cinq premières semaines, et régulièrement maintenant nos amis nous demandent: « Alors? le mode de garde? la place en crèche? la nourrice? » Cette enfant tête encore le sein avec une vigueur inlassable, et déjà, il faudrait préparer sa « socialisation, », comme on dit, c’est-à-dire sa sortie du cocon familial. Dans ces moments-là, on mesure comment la France est obsédée par l’idée que des parents doivent retourner travailler le plus tôt possible, et s’attardent si peu à la vie en famille.

Par hasard, ces questions et ces discussions interviennent au moment où la ministresse du droit des Femmes présente un projet de loi sur l’égalité hommes-femmes, avec force déclarations qui me troublent.

Personnellement, je trouve très bien que les hommes s’impliquent pleinement dans l’éducation de leur(s) enfant(s), et je trouve tout à fait anormal que cette fonction repose de façon déséquilibrée sur les femmes. Mon trouble ne vient pas de là, mais plutôt de l’idéologie discrète qui taraude le législateur lorsqu’il entreprend de légiférer sur le mode de vie privé des citoyens.

Je lis par exemple: « Il faut qu’il y ait un débat dans les ménages sur la prise en charge des enfants, sur ce que les femmes perdent en s’arrêtant en rémunération, dans leurs droits à la retraite, dans leurs carrières. » Ce genre d’affirmation péremptoire me trouble, oui! non parce que des couples ou des familles parlent droits à la retraite et carrières professionnelles, mais parce que je ne pense pas que le rôle d’un ministre soit de s’occuper de ce qui se dit dans les familles. Mais où va-t-on si, maintenant, les discussions du dimanche soir après le coucher des enfants sont dictées par le gouvernement?

On comprend bien l’intention louable qui est affichée: promouvoir le sort des femmes. Personne ne peut s’opposer à cela. Tout l’enjeu reste de savoir si les moyens utilisés pour y parvenir sont proportionnés aux objectifs, et ne comportent pas plus d’inconvénients cachés que d’avantages annoncés. Et là, je me pose quelques questions.

Par exemple, le projet de loi Vallaud-Belkacem prévoit un meilleur partage du congé parental. Il s’est en partie inspiré du Elterngeld, qui accorde une indemnité égale à 67% du salaire pendant 12 mois au parent qui décide de s’arrêter de travailler. Grâce à cette mesure, l’Allemagne a multiplié par 7 le nombre de pères qui prennent un congé parental.

Pourquoi, en France, ne pas adopter une logique du même ordre? Voici la réponse de Najat Vallaud-Belkacem: « rendre l’indemnisation du congé parental proportionnelle au salaire signifie que l’on choisit de donner davantage aux familles les plus aisées et cela aurait eu un coût extrêmement élevé. Ce budget, nous avons préféré l’allouer à la création de 275.000 modes de gardes supplémentaires dont 100.0000 nouvelles places de crèches, ce qui constituait pour nous la réelle priorité. »

Nous sommes donc bien d’accord: la priorité gouvernementale, c’est la place en crèches, c’est-à-dire l’externalisation de l’enfant, solution privilégié institutionnellement dans le cadre des politiques familiales.

Cette logique constante qui, sous couvert d’égalité des femmes, vise à extraire les enfants de leur famille dès le plus jeune âge, dans un curieux geste de socialisation de l’éducation, n’épargne pas l’Education Nationale.

Alors que le ministre de l’Education y a annoncé le recrutement de 60.000 nouveaux enseignants pour réparer les prétendus dégâts des politiques de maîtrise budgétaire menées par la majorité précédente, alors que 150.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, voici ce qu’une circulaire du 15 janvier 2013 prévoit:

« Le développement de l’accueil en école maternelle des enfants de moins de trois ans est un aspect essentiel de la priorité donnée au primaire dans le cadre de la refondation de l’école ; de nouveaux effectifs y seront consacrés dès la rentrée 2013. La scolarisation d’un enfant avant ses trois ans est une chance pour lui et sa famille lorsqu’elle correspond à ses besoins et se déroule dans des conditions adaptées. Elle est la première étape de la scolarité et, pour beaucoup d’enfants, la première expérience éducative en collectivité. Il s’agit notamment d’un moyen efficace de favoriser sa réussite scolaire, en particulier lorsque, pour des raisons sociales, culturelles ou linguistiques, sa famille est éloignée de la culture scolaire. Cette scolarisation précoce doit donc être développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales et de montagne ainsi que dans les départements et régions d’outre-mer. »

Face à la défaillance des familles, l’Etat se charge de tout.

Eh bien! quand un ministre à la tête d’un département en pleine déroute est capable de se montrer aussi conquérant vis-à-vis d’enfants qui ne sont pas encore tombés sous sa coupe, je m’inquiète. Quoi! M. Peillon trouve que le nombre grandissant d’enfants en difficulté d’apprentissage en fin d’école primaire, l’incapacité des enseignants à réformer leurs méthodes éducatives et leur rapport au monde, la violence en constante augmentation dans les murs de l’école, tout cela ne sont pas des chantiers suffisants pour lui? Il faudrait qu’en plus, dès 2 ans, on confie nos marmots à cette grande entreprise de déstructuration de l’esprit qu’on appelle l’école?

Derrière toutes ces affirmations, n’est-ce pas l’idée que peu à peu la vie privée des citoyens doit être encadrée légitimement par l’Etat, qui se pointe?

Personnellement, je ne souhaite pas à ma famille de vivre dans un pays où toute son activité privée, familiale, intime ou personnelle sera organisée par le gouvernement. Et je ne souhaite pas que cet enrégimentement commence dès l’âge de 2 ans.

Najat Vallaud-Belkacem aime à répéter régulièrement que les stéréotypes liés au genre s’apprennent dès le plus jeune âge. Je suis assez d’accord avec cette idée, à condition de l’étendre à l’ensemble de notre culture: la subordination béate à l’Etat s’apprend aussi dès le plus jeune âge. Et c’est notre liberté de citoyen que d’envisager la vie autrement.