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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’UMP et Twitter: un mélange détonnant

Rien de plus étonnant que les disputes en cours pour la présidence de l’UMP. Alors que notre bon vieux parti gaulliste se fait l’apôtre de thématiques politiques qui ne respirent pas forcément la première fraîcheur – esprit partisan mis à part, reconnaissons que la campagne ne s’est pas déroulée sous le signe d’un profond renouveau des idées – il a, pour déployer ses arguments, largement puisé dans un outil dernier cir: Twitter.

Depuis plusieurs mois, c’est en effet par Twitter interposé que François Fillon, Jean-François Copé, et maintenant Alain Juppé rythment leurs interventions. Cet engouement pour un outil nouveau dans un parti traditionnel est assez étonnante, et mérite d’être analysé plus au fond. On peut en effet y voir le fait d’un simple hasard ou d’un caprice. Mais pour que l’ensemble du parti (Nadine Morano l’avait bien préfiguré) s’y mette, il faut bien plus que cela. Disons une raison sociologique par exemple.

 

Le classement des Twittos de l’UMP

 

Je me suis donc intéressé à l’état des comptes Twitter des principales figures de l’UMP engagées dans la campagne qui vient de se dérouler. J’ai, par commodité, retenu une quinzaine de noms qui m’ont paru emblématiques des quelques semaines de campagne, et je les ai classés par nombre de followers.

De façon assez étonnante, la principale Tweetteuse de l’UMp est Nathalie K Morizet. L’étonnement ne vient pas du fait que la créatrice de la France droite ait 100% d’abonnés à son fil de plus que son premier poursuivant: Jean-François Copé. Cet écart s’explique en partie par le rôle de porte-parole de campagne qui était échu à cette jeune fille bien née. Ce qui étonne, c’est la distorsion entre l’abondance de son compte et les résultats qu’elle a obtenus en terme de parrainage au moment de l’investiture.

Constat: Twitter est un espace majeur d’expression des élus vis-à-vis de l’opinion publique. Il n’est pas encore un indice significatif de l’affection des militants pour l’élu.

A de nombreuses encâblures de NKM, un trio poursuit la course pratiquement pédale contre pédale: Jean-François Copé, avec 102.000 followers, Nadine Morano avec presque 100.000 followers, et Laurent Wauquiez avec 97.000 followers. Ces ténors du parti se tirent la bourre, ce qui ne manque pas de surprendre s’agissant de Jean-François Copé. Peut-être eussions-nous pu imaginer qu’il se détachât plus nettement du classement. Faut-il voir dans le manque relatif de présence sur Internet l’une des causes de sa difficulté à s’imposer à la tête du parti?

La même remarque vaut pour François Fillon, qui n’arrive qu’en 7è position de son parti, avec deux fois moins de followers que son principal rival. Ce chiffre est éloquent: il montre comment un ancien Premier Ministre peut ne pas être dans la culture politique de son temps. Car, dès lors qu’il ne tenait pas les rênes du parti comme son rival Copé, on aurait pu imaginer que Fillon cherche à se légitimer et à rayonner auprès des militants et de l’opinion publique par une politique de réseaux sociaux bien ciblées.

Visiblement, telle ne fut pas sa stratégie!

S’agissant de Bruno Lemaire, au caractère pourtant bien trempé, la même remarque peut être adressée, en pire. Avec moins de 20.000 followers, il semble se désintéresser des réseaux sociaux, alors que ceux-ci pourraient constituer un important apport pour sa réussite. Il ne tient en effet pas le fichier des militants, et a donc bien besoin de se constituer de belles listes de diffusion!

Une même remarque peut toutefois être adressée à tous ces élus: aucun d’entre eux ne compte ne serait-ce que 1.000 abonnements! Voilà une façon bien arrogante, bien française de participer aux réseaux sociaux. Cet indice montre que pour nos élus, Twitter est un moyen de diffusion de l’information, mais pas encore un moyen de remontée d’information ni de dialogue. C’est bien dommage!

Car Twitter se prête excellemment au débat en direct et pourrait utilement servir à nouer des relations démocratiques par-dessus le garde-fou des institutions représentatives.

Une étape à franchir dans les années futures sans doute.

 

La réserve parlementaire est-elle démocratique?

Un sympathique lecteur, M. Denis Gros, de Saint-Denis-lès-Bourg, dans l’Ain, m’interroge sur l’utilisation de la réserve parlementaire. Il a en effet constaté que, dans sa commune, les services techniques ont acheté un véhicule électrique dont une partie est financée par le sénateur local (en l’espèce Rachel Mazuir, présidente du Conseil Général) au titre de sa réserve parlementaire. Il semblerait que la réserve d’une autre sénatrice de l’Ain, UMP cette fois, soit prochainement appelée à contribuer à l’achat d’un autre véhicule de ce type.

L’usage de la réserve parlementaire dans ces cas est-elle légale?

Je me fais évidemment un plaisir de répondre à cette amicale question, car elle nous fait une fois de plus traverser la si poreuse frontière entre le droit et la démocratie. Entendez-là par là: démonstration est faite, une fois de plus, qu’en démocratie, des pratiques peuvent être tout à fait légales et très peu démocratiques.

Premier point: la réserve parlementaire et le droit. En réalité, rien – aucune loi, aucun règlement – ne s’opposent à l’existence de la réserve parlementaire, et aucun texte n’encadre clairement son utilisation. Cette réserve est attribuée par la commission des Finances de chaque assemblée, dans une opacité qui sera peut-être levée, à chaque parlementaire. La réserve atteint 90 millions d’euros à l’Assemblée, et 55 millions au Sénat.

Sur ses conditions d’attribution, je recommande à tous la lecture du blog de René Dosière, qui a consacré un excellent papier à ce sujet, le 1er juin 2012.

Un parlementaire peut-il utiliser cette réserve pour financer des achats dans les collectivités?

La réponse est oui. René Dosière, dans le billet auquel je fais allusion, détaille de façon intéressante les interventions qu’il a financées de cette façon: une aide à la réfection d’une toiture pour une mairie, pour la création d’un abribus ou pour l’achat d’un véhicule municipal. Tout cela est habituel, autorisé, et s’apparente même à un système: chaque parlementaire dispose d’une sorte de caisse noire qui lui permet de faire ses bonnes oeuvres sur son territoire.

Ces pratiques sont-elles démocratiques?

De mon point de vue, c’est la vraie question à se poser. Car le droit, on le voit ici, ne fait pas la démocratie. De quelle époque obscure, de quelle république bananière a-t-on tiré cette pratique de la réserve parlementaire, qui permet à un député ou un sénateur de se transformer en féodal généreux qui, sur sa cassette personnelle (mais financée par le contribuable) distribue des bons points aux électeurs de sa circonscription?

Cette pratique obsolète comporte, parmi les parlementaires eux-mêmes, des ennemis chevillés au corps. C’est le cas de René Dosière, qui s’est battu pour une remise à plat du système. Mais les voix sont nombreuses dans le pays pour exiger l’abrogation de cette pratique grotesque. Certains n’auront d’ailleurs pas manqué de noter que cette réserve est souvent utilisée pour financer des associations. Certaines d’entre elles comptent le parlementaire lui-même comme membre actif ou sympathisant…

Je ne voudrais toutefois pas donner le sentiment que l’utilisation de cette réserve soit systématiquement malhonnête. En 2011, par exemple, la Croix-Rouge, comme le révèle le site Owni, a bénéficié d’une subvention parlementaire, au titre de la réserve, de 420.000€ qui sont plutôt positifs.

Il n’en reste pas moins que, sur le principe, rien ne justifie qu’un parlementaire élu démocratiquement dispose d’une sorte de force de frappe financière pour subventionner de façon totalement discrétionnaire des collectivités publiques ou privées.

Pour toutes ces raisons, Claude Bartolone, sous la pression montante de l’opinion publique, a fait adopter une réforme a minima de la réserve parlementaire, en prévoyant l’attribution d’une somme annuelle de 130.000€ par député, et la publication de l’utilisation de ces fonds.

Voici pourquoi vous avez été informé par le conseil municipal de l’intervention des parlementaires dans l’achat de véhicules.

Dominique Rousseau et la rénovation de la vie démocratique

Dans la foulée du rapport Gallois sur la compétitivité, Lionel Jospin a rendu son rapport Pour un renouveau démocratique. En soi, l’exercice ne manquait pas d’intérêt, puisqu’il constituait une très belle occasion de proposer des réformes fondamentales dont l’opinion publique a besoin aujourd’hui. Jamais sans doute les Français n’ont exprimé une telle désaffection pour leur représentation, qu’elle soit nationale ou locale, et jamais ils n’ont nourri si peu d’ambitions et si peu d’illusions quant au personnel politique. Reconstituer le lien entre le citoyen et la démocratie représentative est devenu un enjeu majeur pour notre République, si nous voulons éviter tôt ou tard des tentations qui ne soient pas de nature humaniste.

Les conditions dans lesquelles cette commission a travaillé ont suffisamment été commentées dans la presse pour ne pas y revenir: travail de spécialiste, coupé de l’expression citoyenne, opacité, et probables aller-retour avec l’Elysée, qui ont profondément tiédi les ambitions de certains commissaires.

Inutile également de revenir sur le résultat produit par ce travail en chambre: une sorte de réinvention du fil à couper le beurre, d’une plasticité totalement lisse, de telle sorte que le renouveau démocratique ressemble plus à un toilettage du matin qu’à une remise à plat de notre vie politique. Dommage!

Dommage, car les pays industrialisés ont plus que jamais besoin d’un souffle nouveau.

D’une part, le niveau culturel moyen des citoyens s’est progressivement élevé en une quarantaine d’années, de telle sorte que les conditions d’exercice de la démocratie ne peuvent plus se satisfaire d’un système où l’expression et la décision publiques se limitent à un vote tous les cinq ans et un avis d’imposition chaque année. Les citoyens demandent une bien meilleure association aux décisions, aux projets, aux stratégies, et cette attente-là est totalement écartée du rapport Jospin.

D’autre part, à l’heure d’Internet, il est inconcevable de ne pas réserver un meilleur sort à la participation directe des citoyens aux délibérations publiques, par deux méthodes essentielles: d’abord une transparence accrue dans les données publiques, qui reste rudimentaire en France, ensuite une collaboration participative, liquide, des citoyens aux décisions publiques. Là encore, ce sujet est absent du rapport Jospin et on le regrettera fortement.

De ce point de vue, la part la plus intéressante du rapport est sans doute l’opinion personnelle émise par Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université Paris-I, qui a eu le courage de ses opinions. Il a livré un récapitulatif des idées qu’il eut aimées voir portées par le rapport, et qui se sont engloutis dans le silence terrifiant de l’immobilisme politique.

Parmi les 6 items que comporte son appel à des propositions fortes, il me semble que deux méritent un hommage particulier:

– l’appel à une refondation du conseil constitutionnelle, encore trop soumis au pouvoir exécutif aujourd’hui. L’ambition de Dominique Rousseau est d’en faire une vraie cour constitutionnelle.

– l’appel à des propositions fortes pour une véritable indépendance de la justice et des médias, sujet majeur dans notre pays, nous le savons.

Je reste toutefois sur ma faim, car Dominique Rousseau n’a pas poussé l’audace jusqu’à proposer une fusion salutaire entre le Conseil Economique et Social et le Sénat, chambre inutile qui freine trop les réformes indispensables à notre sursaut démocratique.

Le geste de Dominique Rousseau mérite d’être profondément salué et relayé. Le courage est si rare de nos jours. Pour le reste, les démocrates attendront une autre occasion pour réformer…

Belgique: faut-il avoir peur du bruit des bottes?

A chaque Toussaint, je retourne au pays – je veux dire à Liège, pour rendre visite à mes dieux lares, comme disaient les Anciens. C’est toujours un moment de recueillement particulier, où se mélangent les odeurs de croustillons qui émanent de la foire d’octobre, le froid souvent ensoleillé de l’automne qui glisse vers l’hiver, et la tristesse des cimetières.

Cette année n’a pas échappé à la règle, ou presque. Je me suis permis une étape à Bruxelles pour donner une interview à TF1, avant de rejoindre Liège, sa gare loufoque, et son air un peu gris sous les travaux qui n’en finissent pas. Comme d’habitude je suis descendu à l’hôtel de la Couronne, j’ai avalé une moule frites (cette fois au duc d’Anjou), j’ai arpenté la foire, et je n’ai pas échappé au filet américain chez Leket, à côté de l’ancienne Grande Poste.

Face à cet océan d’habitudes, j’ai quand même été intrigué par le nombre extravagants de jeunes mendiants qui occupent le pavé. Pas moyen de faire cent mètres sans croiser un regard un peu hagard, une mine défaite d’étudiant sans le sou qui a faim et qui cherche de l’aide. Officiellement, la Belgique n’est pas touchée par la crise, mais quel décalage avec la réalité perçue dans la vie quotidienne. Liège, qui ne respire pas d’ordinaire la richesse, paraît plus que jamais abîmée par les malheurs du temps.

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Quelques mots néanmoins sur la situation politique belge à laquelle les Français devraient accorder plus d’importance. D’une certaine façon, la Belgique est un laboratoire de la vie politique française et ce qui se passe pourrait prendre des proportions dramatiques dans les années à venir pour notre pays.

Première préoccupation à retenir: la montée du régionalisme, qui exprime d’abord une désaffection vis-à-vis du lien de solidarité constitué au sein des Etats-nations. La montée de ce phénomène en Belgique est d’ailleurs intéressante. Création pure du Congrès de Vienne en 1815, l’union de la Flandre et de la Wallonie a toujours été le mariage de la carpe et du lapin. La disparition du charbon et la désindustrialisation profonde de la Wallonie, pendant que la Flandre s’industrialisait avec force aides publiques, ont eu raison du faible amour qui avait pu animer ce mariage.

Ne reste plus aujourd’hui qu’un déséquilibre majeur entre la (relative) prospérité du Nord et la (relative) stagnation du Sud, qui débouche peu à peu sur une remise en cause du principe même de l’Etat. Ce phénomène est aussi à l’oeuvre en France, même s’il exprime avec moins de force, pour des raisons historiques. Il n’en demeure pas moins que les déséquilibres territoriaux français constituent une menace importante pour la stabilité de la vie politique.

Bart de Wever présente son régime

Deuxième préoccupation: la résurrection, sous des dehors présentables, de l’extrême droite. Incarnée par Bart de Wever et la NVA (Nouvelle Alliance Flamande), cette résurrection créera tôt ou tard des surprises. Le premier acte politique posé par Bart de Wever, à peine vainqueur aux élections communales, et pas encore élu bourgmestre, a quand même consisté à organiser une marche sur Anvers, comme au bon vieux temps de Mussolini. Les Français ont tort de sous-estimer ce genre de petit réflexe qui a le mérite de travailler le subliminal tout en restant poli. En marchant sur Anvers, Bart de Wever ne commet rien d’illégal. Mais il envoie un message évident, même s’il est implicite: la nature de son mouvement se rattache à la tradition extrêmiste européenne.

Là encore, la France paiera tôt ou tard le prix de son indifférence à ce genre de phénomène. Simplement, le prix qu’elle paiera sera plus élevé.

Troisième préoccupation: les systèmes politiques traditionnels sortent profondément affaiblis de la crise. En Belgique, la mainmise des partis de gouvernement sur la vie démocratique devient peu à peu insupportable. En Flandre, cette sclérose se traduit par la montée de la NVA, en Wallonie par celle de l’extrême gauche. Dans tous les cas de figure, face à l’immobilisme institutionnel, le réflexe des peuples est de se tourner vers ceux qui proposent une rupture. Qu’elle qu’elle soit.

Là encore, les élites françaises devraient réfléchir mûrement à ce phénomène naturel et se demander si elles ne plongent pas la République dans un conservatisme qui aura raison d’elle.

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Comment terminer ces lignes sans livrer ma tristesse sur l’oubli du passé qui frappe la Wallonie.

J’ai fait comme souvent un crochet par l’Enclos National des Fusillés, haut lieu de la souffrance liégeoise pendant la guerre. Quel abandon! et quelle folie d’avoir livré ce monument historique à l’appétit de l’hôpital régional qui laisse la portion congrue à une mémoire pourtant vitale. 

Dans la même veine, plus personne à Liège ne semble se souvenir des défilés du TAK et du VMO dans les Fourons, qui constituaient une première manifestation d’intimidation contre des citoyens libres.

Il faut redire que l’oubli est le premier jalon de la tyrannie. Comme ne pas frissonner, en écoutant les discours de Bart de Wever sur ce que nous promet l’amnésie des démocrates.

«Les pigeons, c’est le dialogue social de demain»

Interview parue sur le Journal des entreprises

Comment expliquez-vous l’ampleur prise par le mouvement des «pigeons». Né autour des start-upers, il a finalement touché tous types d’entrepreneurs…

À la base, il y a effectivement le fait que la doctrine fiscale n’a pas du tout pris en compte la réalité du capitalisme dans les start-ups, fondé sur une profitabilité immédiate très faible, puis très forte en cas de revente de l’entreprise. Mais si le mouvement a pris de l’ampleur, c’est qu’il a aussi mis en évidence la trop grande instabilité des règles fiscales et posé la question de l’acceptabilité de l’impôt. L’impôt n’est pas un sujet technique mais politique: si on l’estime juste, on est prêt à le payer. Or, beaucoup d’entrepreneurs ont eu l’impression qu’on leur demandait des efforts auxquels ne seraient pas soumis collectivités et services de l’État. Officiellement, le projet du gouvernement était 20milliards de hausse des recettes fiscales pour seulement 10milliards de baisse des dépenses. Si on avait fait le choix d’un effort partagé, la virulence, décuplée par un mode d’action basé sur la viralité du web, n’aurait certainement pas été aussi forte.

Comment jugez-vous le comportement des principaux syndicats patronaux face à ce mouvement?
Medef et CGPME ont été pris à contre-pied. Leurs univers, ce sont les négociations de couloir, la recherche de grands équilibres. C’est un mode d’action qui n’a plus rien à voir avec ce à quoi les citoyens commencent à s’habituer. Cela pose bien sûr le problème de la représentativité des organisations patronales: le Medef et la CGPME ne sont plus que des systèmes administratifs et ils ont été incapables de porter les attentes de ceux qui font aujourd’hui la prospérité. Peut-être parce qu’ils sont maintenant l’expression de secteurs qui ne sont plus ceux qui font l’avenir de l’économie.

Mais les pigeons n’ont-ils pas été qu’une étincelle? L’État n’a-t-il pas plutôt reculé devant l’alliance inédite d’une dizaine d’organisations patronales née dans la foulée de l’apparition des pigeons?
Je ne peux contester le fait que plusieurs organisations aient mis en garde dès cet été le gouvernement contre cette mesure d’alignement aveugle de la taxation du travail ou du capital. Mais on voit bien que ce qui a véritablement déclenché le séisme, c’est ce mouvement incontrôlable sur le web. Alors oui, on peut tenter de récupérer un mouvement dans quelque chose de plus structuré. Mais le vrai sujet, ce n’est pas la gestion des pompiers, c’est celle du feu! Et ce feu peut reprendre à tout moment dans les conditions actuelles de dialogue social. Il faut prendre conscience qu’il se forge un mouvement patronal qui se développe en dehors des organisations traditionnelles en s’appuyant sur les réseaux sociaux.

Quel est le problème du dialogue social tel que nous le connaissons?
Les «pigeons», c’est l’expression d’une opinion publique qui réagit face à une décision prise de façon opaque, sans délibération. À chaque fois qu’une décision sera prise ainsi, il y aura ces réactions. La décision publique de demain n’a plus besoin d’organisations qui ne sont que des usines à gaz qui cherchent à lever des fonds auprès des organismes paritaires et où l’on fait carrière à vie. La démocratie de demain, c’est celle de l’interpellation, de la participation de toute une communauté à une décision. Cela va changer la façon de fonctionner des organisations patronales: il va falloir y installer des relations plus directes entre décideurs et membres.

Cela doit aussi changer la façon dont sont conçues et prises les décisions économiques par Bercy?
Mais Bercy, c’est l’un des principaux problèmes de la France! On n’y trouve que des héritiers de Colbert pour qui il n’existe que de grandes entreprises de rentes, comme celles des hydrocarbures, des réseaux téléphoniques ou de l’automobile. Les PME, les TPE, les marchés de niche, cela échappe à la compréhension d’un ministère complètement à côté de ses pompes, allié d’une conception économique dépassée, incapable de mener une réforme en profondeur de l’État. Il faut purger le radiateur!

Comment?
Il faut obliger les hauts fonctionnaires qui passent en cabinet ministériel à se mettre en disponibilité et, ensuite, leur interdire d’occuper des fonctions dans le ministère où ils ont travaillé. Cela évitera la politisation excessive de la décision publique. La clef du problème, c’est que les grandes institutions fonctionnent sur un système de délégation permanente, un carriérisme à vie. Ce que veulent désormais les gens, ce sont des représentants qui apportent une pierre parce qu’ils sont légitimes pour le faire, puis passent le relais à d’autres, légitimes sur le sujet suivant. C’est l’objectif qui doit compter, pas le poste!

Dans votre analyse, ne surestimez-vous pas la force de frappe des réseaux sociaux?
Mais regardez! Fillon a fait sa déclaration de candidature à la présidence de l’UMP sur Twitter. La première crise qu’a eu à gérer Hollande, c’est le tweet de sa compagne. Et les pigeons sont nés sur Facebook. La vie politique et publique est d’ores et déjà scandée par les réseaux sociaux.

Et cette histoire de «pigeons», ça ne vous a pas donné envie de vous réinvestir dans le combat patronal?
Je reste fidèle à mes valeurs, même si je suis désormais un penseur libre. Je soutiens la candidature d’Hervé Lambel (NDLR: candidat déclaré à la présidence du Medef, tourné vers les TPE et PME), qui est porteur d’une vision intéressante du monde patronal. Il propose notamment de supprimer le financement des organisations patronales par les organismes paritaires et de réformer le mode de représentativité. Je suis attaché à la transparence du dialogue social, ses propositions me parlent.

3 astuces pour détourner le gel des salaires dans le service public

Article déjà publié sur Atlantico

 

La ministre de la fonction publique est confrontée aux discussions épineuses sur la fameuse revalorisation de la valeur du point des fonctionnaires. En théorie, le gouvernement actuel devrait maintenir la mesure de gel adoptée par le gouvernement précédent. Pour mémoire, ce gel porte sur la valeur du point unitaire (équivalent à environ 4 euros nets mensuels) qui sert de base de calcul à l’ensemble des salaires des titulaires de l’administration.

En apparence, le gouvernement se montrera donc inflexible sur une stagnation salariale dans le service public, au grand dam des syndicats de fonctionnaires comme FO.  Lire la suite

Les partis politiques sont-ils les principaux ennemis de la démocratie?

Article publié sur Atlantico

A une époque, la démocratie se définissait par le multipartisme. Ce qui distinguait les démocraties populaires et les démocraties libérales tenait tout entier dans cette définition: le parti unique dans un cas, le pluralisme dans l’autre.

La Constitution de la Vè République en a d’ailleurs tiré toutes les conséquences, puisque son article 4 précise que les partis et groupements politiques participent à l’expression du suffrage universel. Pour cette raison, la Constitution ajoute que les partis politiques doivent respecter les principes de la démocratie. Lire la suite

Le colbertisme social du gouvernement

On connaissait le colbertisme économique, fondé sur la constitution de grandes entreprises publiques autour desquelles s’organise l’ensemble de l’activité économique du pays. Nous assistons aujourd’hui à la naissance du colbertisme social fondé sur une idée simple: le gouvernement décide des grands thèmes sociaux à aborder en France et demande aux partenaires sociaux d’en négocier l’application à partir d’un document d’orientation qui donne déjà l’essentiel du contenu de l’accord final.

C’est à cet exercice nouveau que les acteurs sociaux se livrent aujourd’hui même avec la sécurisation de l’emploi: brainstorming en juillet sur les grands points d’un accord possible, rédaction d’un document d’orientation par le gouvernement, puis exécution de la commande, avec une négociation qui devrait durer 4 mois, ce qui est court. Lire la suite

La récession, c’est maintenant?

Dans mon article sur la théorie des chocs, j’ai proposé d’en finir avec les politiques économiques de gestion de la crise, qui ne permettent aucun retour à la prospérité, et j’ai suggéré d’adopter une stratégie de choc pour sortir du cercle vicieux dans lequel l’économie européenne, et maintenant mondiale, sont entrés.

Dans la pratique, la récession avec laquelle nous flirtons intervient quatre ans après la crise financière qui a terrassé les pays industrialisés. Il est de plus en plus évident que sans un remède de cheval, et sans une refondation de la pensée économique occidentale, nos pays se condamnent à une spirale calamiteuse dont nul ne connaît l’issue politique. Lire la suite