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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’austérité budgétaire: leçon de communication…

… par le général De Gaulle (1er août 1958)

On retiendra le texte suivant:
 » Ce soir, je veux vous préciser ce qui est fait pour remettre en ordre nos affaires à l’intérieur. Ce qui est fait, c’est tout bonnement stabiliser notre situation financière, monétaire, économique, arrêter la descente vers les gouffres de l’inflation, nous procurer la base sur laquelle nous pourrons construire notre aisance et notre puissance. En dépit des charges supplémentaires que nous venons d’assumer pour la pacification et la mise en valeur de l’Algérie, pour le développement de l’énergie atomique, pour la construction immédiate de nombreux logements nouveaux, nous entendons maintenir le rapport entre les recettes et les dépenses publiques exactement au chiffre prévu. Nous voulons arriver à équilibrer nos échanges, tout en important ce qu’il faut en fait de matières premières pour que notre industrie puisse poursuivre son expansion. Nous voulons empêcher les prix de monter afin que le niveau de vie ne subisse aucune diminution. Toutes les mesures prises par le gouvernement tendent à ce but qui est la stabilisation. L’emprunt nous a mis à même d’éviter de recourir aux avances de la Banque de France et il a fait descendre dans les caves de celle-ci assez d’or pour assurer le paiement de nos importations au cours des prochains mois. Mais, il nous faut faire davantage. Il n’y a pas de miracle, à moins qu’il ne soit mérité. C’est pourquoi j’ai demandé et je demande à toutes les catégories françaises de prendre part aux sacrifices qui nous ouvriront les portes de l’espérance. C’est ainsi que les agriculteurs voient fixer le prix du quintal de blé à 113 francs au-dessous de ce qu’ils étaient d’abord en droit d’attendre. C’est ainsi qu’actuellement rien ne peut être ajouté à la rémunération du personnel des services publics, des fonctionnaires, des militaires, malgré les quasi promesses qui, naguère, leur avaient été faites. C’est ainsi que maints producteurs et maints commerçants ont à consentir ou à subir des baisses sur le niveau de leur prix. C’est ainsi que 50 milliards d’impôts supplémentaires viennent d’être mis à la charge des possédants. C’est ainsi que le litre d’essence coûte à peu près 3 francs de plus qu’hier. Il y a là un ensemble de renoncements méritoires que les Français offrent à la France de bon coeur, d’autant plus que ce n’est pas en vain car notre effort porte déjà ses fruits : la stabilisation est en train de s’établir. Le gouvernement garantit que le budget de 1958 sera bouclé sans inflation. Le 31 mai dernier, la balance de nos paiements extérieurs était en déficit de 75 milliards de francs. Aujourd’hui, nous sommes en avance de plus de 25 milliards. La moyenne des prix tend à se fixer. La valeur du franc sur les marchés du monde n’a pas cessé de s’améliorer. Il est vrai qu’à l’extérieur se dessine la possibilité d’une difficulté nouvelle : divers pays ont quelque temps vu se ralentir leur activité économique. Il pourrait se faire qu’il y eut chez nous aussi un début de récession à laquelle le gouvernement aurait le devoir de parer. Mais en outre, le cas échéant, nous saurions faire jouer la solidarité économique et nationale. Dès à présent, je fais appel aux organisations patronales et ouvrières : je les invite à prendre contact afin de créer en commun un fonds de salaire garanti. Ce fonds aurait à procurer aux travailleurs la sécurité d’une rémunération de base et des facilités pour leur reclassement professionnel. Je sais à qui je m’adresse et je suis sûr d’être entendu. La France a pris le départ dans la course vers la prospérité, pourvu qu’elle tienne la ligne. En ordre et résolument, je réponds d’une belle arrivée. »

Quelques commentaires sur Lejaby…


Des salariées de Lejaby protestent contre la délocalisation

Le tribunal de commerce de Lyon a, sans grande surprise, choisi l’offre de reprise d’Alain Prost (à ne pas confondre avec le pilote automobile), excellent connaisseur du secteur, pour reprendre Lejaby, la célèbre marque de lingerie française, installée à Rillieux-la-Pape, avec une usine à Yssingeaux, en Haute-Loire. L’offre d’Alain Prost prévoit la fermeture de ce site et la délocalisation complète de la production en Tunisie. Une affaire emblématique de l’injonction paradoxale française où, au moment où chacun mesure les dégâts causés par notre désindustrialisation, personne n’est vraiment en position de l’arrêter.

Comme j’ai, sous l’égide de Parménide, que je viens de créer, caressé l’idée de monter une offre de reprise, que je n’ai finalement pas déposée, je me permets d’ajouter quelques post-scriptum à cette affaire. Mon projet, avec quelques partenaires, consistait à formuler une offre de relocalisation de l’activité dans les 5 ans sur le territoire français. Mon autre idée était de proposer une projet socialement responsable, c’est-à-dire avec un accord de méthode immédiatement négocié avec les salariés, partageant la stratégie de l’entreprise avec eux, et les associant fortement au capital de l’entreprise.

Je crois qu’il n’est pas inutile d’expliquer aujourd’hui pourquoi je n’ai pas déposé cette offre.

La légitimité d’Alain Prost

Tout d’abord, je voudrais dissiper toute ambiguïté: je considère que le choix d’Alain Prost, associé à la famille fondatrice de Lejaby, est tout à fait légitime et constitue probablement, au vu des offres qui étaient déposées, le choix le plus judicieux et le plus sécurisant pour l’emploi dans le groupe.

L’homme est un excellent professionnel, avec un projet industriel cohérent, et financé à hauteur de ses ambitions. J’ajouterais même que je comprends parfaitement les raisons pour lesquelles il propose une délocalisation complète: il y a 5 ans, Lejaby faisait 100 millions de chiffres d’affaires. Aujourd’hui l’entreprise atteint à peine les 20 millions. Avec des prix de production trois fois inférieurs en Tunisie par rapport à la France, les calculs sont assez vite faits, sachant que les besoins immédiats de trésorerie de l’entreprise sont très importants et qu’il faut donc dégager du chiffre rapidement.

D’une certaine façon, toutes choses égales par ailleurs, tout plaide pour que les entreprises industrielles aillent vers les pays où la main-d’oeuvre est moins chère. Enrayer cette logique est à peu près impossible.

Comment proposer un autre modèle?

Pour sortir de cette logique de délocalisation, il faut se situer dans un autre cadre, qui est, osons les mots, un autre cadre capitalistique.

Dans le cas de l’offre que j’avais préparée, le sujet immédiat était celui du financement. Une offre sérieuse ne pouvait être déposée avec moins de 4 millions d’euros. Et pour trouver 4 millions d’euros à investir dans une usine, en France, il n’y a pas une infinité de solutions.

Soit vous les détenez à titre personnel, et vous devenez patron de l’usine. C’est la solution la plus confortable.

Soit vous les empruntez à la banque, avec la nécessité de convaincre la banque de vous prêter l’argent, et la nécessité de le rembourser coûte-que-coûte. Par les temps qui courent, les banques décidées à prêter de l’argent à une entreprise de textile en liquidation judiciaire ne sont évidemment pas légion. On s’en doute.

Soit vous bénéficiez de l’intervention d’un fonds d’investissement. Il en existe de multiples, avec des profils différents, mais leur caractéristique commune est simple: le fonds tient à la rentabilité de l’argent qu’il prête. Cela ne surprendra personne, mais… Cela comporte des conséquences simples, si l’on songe que le taux de rentabilité habituellement attendu par les fonds tourne autour de 15%. Autrement dit, pour 4 millions prêtés, il faut s’engager à rendre au fonds 600.000 euros par an pendant toute la durée de l’investissement, qui se situe d’ordinaire entre 5 et 10 ans.

Ce genre de circonstance simplifie très vite la définition de la stratégie: il faut dégager du cash rapidement, donc renoncer à toutes les activités qui demandent patience et persévérance. Pour être encore plus clair: le développement économique doit être bref et percutant, sinon le fonds n’est pas content et change le management de l’entreprise.

Évidemment, dans ce contexte, se lancer dans des projets de relocalisation de l’activité industrielle en France n’est guère sérieux et souffre, quoiqu’il arrive, d’un handicap par rapport aux offres tournées vers la rentabilité immédiate.

Réinventer un autre modèle capitalistique

Ce petit exercice pratique montre la difficulté de donner corps à un modèle de «made in France» tel qu’on pourrait l’imaginer. Relocaliser l’industrie en France suppose de réunir quelques conditions.

Premièrement, il faut disposer d’un fonds d’investissement suffisamment patient pour ne pas exiger des taux de rentabilité incompatibles avec des stratégies à long terme. De ce point de vue, il existe toute une conception de la croissance, du développement, de l’activité, à reconstruire autour d’une profitabilité plus faible que celles attendues par les détenteurs actuels du capital. On peut prendre le problème par tous les bouts, on y revient toujours: 15% de profit par an n’est pas compatible avec un modèle industriel socialement soutenable.

Deuxièmement, il faut positionner les pouvoirs publics dans ce jeu. Les fonds souverains mis en place comme le FSI sont tournés vers des activités stratégiques dont le textile ne fait pas partie. Je passerai rapidement sur les sous-jacents de cette question, et sur l’état d’esprit des pouvoirs publics tel que je l’ai perçu lorsque j’ai tenté de plaider mon dossier. Mais il est clair que la nécessité de réindustrialiser la France ne s’est pas encore imposée comme une évidence.

Je puis le comprendre d’ailleurs. Après tout, nous n’avons pas tranché collectivement la stratégie que nous voulons défendre. Il n’en demeure pas moins que la réindustrialisation du pays n’est envisageable qu’avec un engagement fort de l’Etat, notamment sous forme de garanties en cas de prêt bancaire ou d’encouragement à des financements longs.

Des salariées de Lejaby protestent contre la délocalisation


Si un jour nous nous décidons à réunir ces conditions, alors, nous pouvons imaginer de développer une conception de la société et de l’économie fondée sur deux axes.

Premier axe: l’association effective du travail au capital en accordant une très large place aux salariés dans les conseils d’administration, en développant l’épargne salariale, et en donnant aux institutions représentatives du personnel un vrai rôle dans le partage de la valeur ajoutée.

Deuxième axe: une conception de l’entreprise tournée vers un rapport au temps beaucoup moins court-termiste et vers une réponse durable au besoin de cohésion sociale. Plonger les salariés dans une exigence quotidienne de sacrifice avec la menace  constante de supprimer leur emploi ne peut en aucun cas constituer un modèle de société. De ce point de vue, nous devons forger une autre conception de notre rapport au coût du travail. Rémunérer les gens qui produisent n’est pas un handicap, mais un élément de construction normale d’une société.

Je ne pouvais pas, évidemment, ne pas conclure par ce point. Dans le cas de Lejaby, le coût du travail n’est pas problématique par rapport à l’Allemagne, mais par rapport à la Tunisie. Imposer une TVA sociale ne fera qu’aggraver la situation. La TVA sociale renchérira les produits Lejaby, sans combler le différentiel avec les salariés tunisiens, qui sont payés quatre ou cinq fois moins chers qu’en France. L’ajustement de 5 ou 10% sur le coût du travail à Yssingeaux n’y changera rien. Au contraire. En augmentant le prix des produits, la TVA sociale obligera les producteurs français à délocaliser encore plus pour reconstituer leurs marges.

Discrimination syndicale: des délégués CGT d’Arcelor obtiennent 500.000€

11 représentants du personnel CGT à ArcelorMittal, à Fos, près de Marseille, viennent d’obtenir réparation pour le préjudice que le juge a reconnu dans leur parcours de carrière.

En comparant le déroulement de carrière de ces représentants avec l’ensemble du personnel, le juge a reconnu qu’ils avaient subi une discrimination liée à l’exercice de leur mandat. Une amende de 494.000€ a été infligée.

http://www.laprovence.com/article/a-la-une/fos-arcelormittal-devra-verser-494-000-€-a-la-cgt

La couverture santé complémentaire: l’état des acteurs

La DREES publie une intéressante étude sur la situation financière des organismescomplémentaires assurant une couverture santé, consultable sur http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_oc_2011.pdf.

L’étude dresse un état du secteur en 2010, et mérite quelques approfondissements.

Le secteur de la complémentaire santé

Ce tableau montre utilement comment le phénomène de concentration économique connu dans le secteur bancaire et dans l’assurance de dommages aux biens affecte peu à peu les assurances complémentaires de santé. Celui-ci reste dominé par les mutuelles relevant du Code de la Mutualité, en nombre d’acteurs: 719 mutuelles sont encore actives. Elles étaient 50% plus nombreuses il y a 4 ans! Globalement, le nombre d’acteurs a diminué de 25% en 5 ans, ce qui est considérable.

Les institutions de prévoyance dégagent les plus fortes marges de profit

Le tableau ci-dessus compare de façon intéressante la marge de profit que chaque type d’organisme dégage en moyenne dans le domaine de la complémentaire santé. Si l’on examine le résultat net, les institutions de prévoyance paraissent, talonnées par les sociétés d’assurance dites non-vie, les plus rentables, avec une marge de 4% par rapport aux primes en 2010, ce qui est plutôt confortable. En 2007, les institutions de prévoyance avaient dégagé la considérable marge de plus de 10% par rapport aux primes.

Les mutuelles, bien plus nombreuses, sont aussi les acteurs les moins rentables, avec une marge d’à peine 2% des primes en 2010. Ce chiffre s’améliore toutefois par rapport à 2009, où la marge était inférieure à 2%. Le résultat technique avait même été négatif cette année-là.

Le tableau ci-dessus dévoile l’un des secrets des institutions de prévoyance pour améliorer leurs marges. Alors que leurs frais de gestion sur prestations sont globalement comparables à ceux des autres structures, et que leurs frais d’administration sont plus élevés que ceux des assureurs, l’efficacité de leur modèle vient leurs faibles coûts de commercialisations: moins de 5% des primes, alors que les sociétés d’assurances dépensent jusqu’à 15% des primes pour acquérir de nouveaux clients, notamment dans l’assurance individuelle.

Le secret du modèle paritaire?

La Cour des Comptes révèle quelques secrets sur l’assurance-vie

La Cour des Comptes publie un rapport d'évaluation sur les avantages fiscaux de l'assurance-vie. Elle montre que l'assurance-vie contribue peu au financement long de l'économie, et que les en-cours de l'assurance-vie sont surtout concentrés dans le dernier centile de revenus.

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Pourquoi le sommet du 18 janvier ne pouvait pas aboutir

Beaucoup d’observateurs semblent déçus par le contenu du sommet social qui s’est tenu hier à l’Elysée. Comme si, en période de crise pour les finances publiques, l’Etat avait la faculté de dégager une enveloppe colossale pour mener une politique de l’emploi totalement novatrice. En réalité, en phase de contrainte financière, les marges étaient très faibles.
Qui plus est, comme le montre le diagramme ci-dessous, les possibilités POLITIQUES de négociation étaient étroites.

Ce schéma simplifié montre les zones d’accord possibles entre les différentes parties en présence.

1° Le gouvernement et le patronat pouvaient s’accorder sur une réforme du financement de la protection sociale et sur des mesures de flexibilité en faveur du marché du travail. Ces deux axes politiques correspondent aux aspirations de chacune des parties, notamment parce qu’elles peuvent contribuer à améliorer les finances publiques. En réalité, l’impact, sur les ratios de dette publique, de la TVA sociale et des fameux accords de compétitivité dans les entreprises n’est pas prouvé. En revanche, ils peuvent donner aux marchés financiers l’illusion que la France est capable de se réformer, ce qui ne peut être négatif. En revanche, pour les entreprises, ces mesures sont évidemment positives, puisqu’elles diminuent les cotisations patronales et la part des salaires dans la valeur ajoutée. Elles permettent donc de préserver les dividendes versés aux actionnaires.

En revanche, ces mesures étaient inadmissibles pour les organisations syndicales, dès lors que celles-ci avaient décidé de préserver les acquis des salariés dans les entreprises et avaient clairement expliqué leur refus de céder du terrain sur ces questions.

2° Le gouvernement et les syndicats de salariés pouvaient se rapprocher sur des mesures de protection favorables à l’électorat populaire du président de la République. En particulier, le développement des mesures de protection face au chômage était un champ privilégié pour orienter le Sommet. Ce qui explique largement les annonces sur la réforme de la formation professionnelle ou sur la création de postes à Pôle Emploi. Tout cela ne sert pas à grand chose et relève largement ou de la prospective à long terme ou de la gestion courante d’un organisme public, mais a le mérite d’occuper le terrain…

3° Les syndicats de salariés et le patronat pouvaient mettre en valeur l’accord transitoire signé à la sauvette il y a quelques jours sur le chômage partiel, qui a posé le principe d’un maintien de l’effort acquis en 2009, et d’une réflexion à long terme sur la rationalisation du dispositif.

4° le seul point de convergence simple entre les trois parties consistait donc à annoncer un maintien de l’effort dans le domaine du chômage partiel, sans surprise donc. Ce qui, en théorie des jeux, s’appelle un accord sous-optimal, faute d’une vraie coopération entre les parties.

A quoi aurait pu ressembler un accord optimal?

Avec un peu de coopération entre les acteurs, un accord plus ambitieux aurait pu intervenir, notamment dans le domaine de la flexibilité du travail. Si les employeurs, c’est-à-dire le MEDEF et la CGPME, avaient lâché du terrain sur la réforme du chômage partiel, notamment en lui accordant des moyens nouveaux par l’affectation de cotisations patronales, nul doute qu’il aurait pu obtenir un accord majoritaire dans les organisations syndicales sur la mise en place d’accord de flexibilité dans les entreprises. Mais cela supposait de miser sur une coopération fiable avec les organisations syndicales.

Qu’a-t-il manqué aux acteurs du Sommet pour coopérer?

Il me semble que deux explications majeures s’imposent ici, complémentaires l’une de l’autre.

1° le MEDEF a préféré se reposer sur une coopération à long terme avec le gouvernement pour obtenir satisfaction, sans négocier directement avec le partenaire le plus bloquant dans ce jeu à plusieurs: la CGT. De façon significative, la CGT n’a d’ailleurs pas signé l’accord sur le chômage partiel. Tant que les employeurs français ne se décideront pas à négocier avec la CGT, nous resterons dans un jeu sous-optimal.

2° l’arbitrage final de l’Etat fausse systématiquement le jeu de la coopération entre partenaires sociaux. Employeurs et salariés comptent in fine sur l’Etat pour obtenir satisfaction dans leurs revendications à un prix plus intéressant que la négociation directe entre eux. De ce point de vue, le modèle allemand, qui exclut l’intervention de l’Etat, est beaucoup plus performant.

Un modèle à suivre en France?

Le chômage partiel en Allemagne

Se tient aujourd’hui une nouvelle réunion de négociation entre partenaires sociaux, au siège du MEDEF, sur l’adaptation du chômage partiel.
Le thème est intéressant car il donne une bonne occasion d’illustrer les différences fondamentales d’approche d’un même sujet entre Français et Allemands.
Beaucoup d’analystes ont en effet considéré que la bonne résistance de l’emploi en Allemagne en 2008-2009 avait tenu au chômage partiel. D’où l’idée défendue par certains d’importer la méthode en France, qui consiste à ne pas rompre le contrat de travail pendant une période d’inactivité brève.
Un rapport de la Cour des Comptes publié au printemps a permis de remettre quelques idées en place sur ce sujet, qui expliquent très largement pour quoi le patronat français se montre très frileux quant à une importation du système allemand en France.

De fait, le graphique ci-dessus permet de montrer comment, en 2009, le chômage partiel allemand a joué le rôle d’amortisseur social.
Face aux nouvelles vagues de chômage qui s’annoncent, avons-nous intérêt à implanter un système équivalent en France?

1° le système allemand de Kurzarbeit investit beaucoup plus fortement dans le chômage partiel.

Ainsi, en 2009, l’Agence fédérale pour l’emploi a évalué à 3 milliards d’euros le surcoût lié au chômage partiel en Allemagne.

Si l’on compare ce chiffre aux 150 millions d’euros dégagés par l’UNEDIC en France en 2009 pour financer le surcroît de chômage partiel au-delà de la 50è heure (jusqu’à ce plafond, seul l’Etat intervient), on mesure très vite le différentiel colossal d’effort entre la France et l’Allemagne dans les politiques de l’emploi. La Cour des Comptes estime que l’effort de la France en 2009 pour le chômage partiel s’est élevé à 600 millions d’euros au total.

Le tableau ci-dessous, cité par la Cour des Comptes (rapport consultable sur ), permet de mesurer la différence d’effort entre les différents pays européens.

2° le système allemand est entièrement pris en charge par les partenaires sociaux

A la différence de ce qui existe en France, où l’Etat se substitue prioritairement et partiellement aux entreprises pour rémunérer les salariés pendant la période d’inactivité, l’Allemagne a confié la gestion de ce système aux partenaires sociaux. C’est donc l’UNEDIC allemande qui intervient.

En France, l’intervention de l’UNEDIC ne se produit qu’au-delà de la 50è heure chômée, ce qui explique largement la forte sous-consommation de l’enveloppe en 2009.

La différence entre les deux systèmes n’est pas que formelle.

En jouant d’abord l’intervention de l’Etat, les employeurs français font appel à la solidarité nationale, en évitant de jouer la solidarité des entreprises. Si le système devait être totalement confié à l’UNEDIC, il obligerait les entreprises à mutualiser entre elles le risque de chômage partiel. Dans la mesure où l’industrie est la principale bénéficiaire du dispositif, ce système obligerait les entreprises financières à cotiser pour sauver les emplois industriels français, ce dont le MEDEF ne veut pas.

3° le système allemand est moins coûteux pour la protection sociale

En France, les heures prestées au chômage partielle font l’objet d’une exonération de charges sociales. Elles contribuent donc au « trou de la Sécu. » La cour des Comptes estiment le manque à gagner à 300 Millions d’euros en 2009.

En Allemagne, les employeurs ne versent pratiquement plus de rémunération à leurs salariés, mais ils continuent à payer les charges sociales sur les heures qu’ils ne versent pas. Une façon pratique de préserver l’effort collectif des entreprises.
En France, l’intervention

Le budget social allemand

C’est devenu une mode, en France, de citer l’Allemagne à tout bout de champ, comme si la vie Outre-Rhin devait être l’alfa et l’oméga de notre existence. La TVA sociale par exemple, constitue le paragon le plus frappant de cette petite manie germanophile. Il n’est donc peut-être pas inutile de revenir à quelques fondamentaux sur cette Allemagne qui suscite tant de fantasmes.

Aujourd’hui, je propose donc une rapide comparaison entre les budgets publics allemand et français en matière sociale. J’exclus ici la sécurité sociale pour ne retenir que les budgets étatiques (budget fédéral en Allemagne, budget en LFI en France).
Comme l’indique le graphique ci-dessus, la masse la plus importante du budget fédéral allemand est constituée par le travail et les affaires sociales. Cette appellation relativement large regroupe les politiques de l’emploi et certaines politiques d’aide sociale. Dans cette masse de 126 milliards d’euros, la politique de l’emploi représente environ 80 milliards d’euros.

En France, la simple lecture du tableau ci-dessus permet de mesurer d’un simple coup d’oeil l’approche diamétralement opposée des politiques sociales. Le budget du Travail et des Affaires Sociales atteint péniblement les 10 milliards d’euros.
Cette comparaison optique explique assez rapidement la différence de taux de chômage entre les deux pays. D’un côté, la lutte pour l’emploi est une priorité nationale qui mobilise des moyens considérables. En France, l’engagement public est bien moindre.
Loin de moi l’idée que, en décuplant les moyens publics en faveur de l’emploi, nous réduirions mécaniquement le chômage de moitié.
En revanche, là où beaucoup imaginent que l’Allemagne a trouvé le plein emploi en libéralisant son marché du travail et en privatisant l’effort, un petit retour à la réalité s’impose. En réalité, le budget public allemand de l’emploi est très important, et notre voisin germanique fait tout sauf abandonner ses salariés à leurs sorts. Le contribuable allemand investit massivement pour préserver l’emploi.