Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Chez Mac Donald’s, ça se passe comme ça…

Pour ceux à qui cela aurait échappé, je signale l’information relayée par Ouest France.
Le 6 décembre, les Prud’hommes de Guingamp ont condamné un franchisé Mac Donald’s à payer 250.000 euros d’heures supplémentaires à une employée qui avait été licenciée pour inaptitude.

Mme GRINDA, licenciée après son burn out

Pendant quatre ans, cette manageuse avait travaillé de huit heures du matin à minuit, jusqu’à faire un burn out. Son employeur l’a alors licenciée pour inaptitude.

250.000 euros d’heures supplémentaires en 4 ans! Voilà un employeur qui aurait économisé une mauvaise image et un paquet de blé en recrutant tant qu’il était encore temps…

Je publie Au coeur du MEDEF, aux éditions Jacob-Duvernet

Vous trouverez dans les gondoles cette semaine mon nouveau livre Au coeur du MEDEF, aux éditions Jacob-Duvernet. Il s’agit d’une sorte de récit qui explique pourquoi j’ai choisi de quitter le MEDEF au mois de janvier 2011. C’est un texte écrit à froid, où les lecteurs trouveront beaucoup d’anecdotes sur les techniques d’influence et l’activité au jour le jour que l’on peut avoir dans une organisation professionnelle comme le MEDEF.

Pour l’essentiel, j’y reprends les trois années pleines que j’ai passées « autour » et « au coeur » du MEDEF, qui sont aussi un point de vue sur la vie sociale durant cette période. Mon sentiment est qu’une fenêtre de tir s’est ouverte, entre novembre 2007 et avril 2008 pour réformer la société française avec l’appui des partenaires sociaux. Cette période a permis de changer la donne de la représentativité syndicale, qui est une vraie réforme, avec la Position Commune d’avril 2008 et la loi du 20 août. Avec la crise de septembre 2008, cette porte s’est refermée et le MEDEF est revenu, selon moi, aux positions et tactiques de l’antique CNPF. J’ai trouvé cela dommageable car la crise de 2008 appelle à mon sens une remise à plat de toutes les grilles de lecture que nous pouvions avoir jusque-là, et le rôle d’une confédération professionnelle est, par essence, d’ouvrir ce débat.

Dans ce débat, il me semble indispensable de verser un certain nombre de sujets centraux. En particulier, la mise en place d’une véritable sécurité sociale professionnelle et une réflexion de fond sur l’avenir du salariat me paraissent des éléments de salubrité publique indispensables à notre temps. Trop de Français ont peur pour l’emploi et pour leur avenir. On ne peut longtemps gouverner démocratiquement un pays qui a peur. Il faut rassurer les Français et inventer de nouvelles solidarités pour garantir l’harmonie sociale et dédramatiser les vagues de chômage qui s’annoncent, sans quoi la porte sera ouverte à des aventures calamiteuses.

Pour mettre ces projets en oeuvre, il faudrait aujourd’hui une volonté de réformer en profondeur l’organisation sociale de notre pays, en abordant la question sensible de l’édifice de 1945 et de son adaptation aux besoins de notre temps. Dans la mesure où les grandes organisations syndicales, qu’elles soient patronales ou salariales, sont toutes plus ou moins dépendantes des organisations paritaires existantes pour assurer leur financement, l’examen de ces réformes est impossible. La clé de toute réforme sociale passe donc par la remise en ordre du financement des organisations syndicales, qu’elles soient salariales ou patronales. Il est urgent, pour les syndicats de salariés, de mettre en oeuvre un système de financement analogue à celui qui existe pour les partis politiques. Quant aux syndicats patronaux, le bon sens est de limiter leurs ressources à leurs seules cotisations, en excluant toute forme de subsides ou de rétrocessions des fonds du paritarisme.

Ces réformes sont-elles possibles sans un big bang patronal? Les quatre années qui viennent de s’écouler ouvrent la question. Le MEDEF prend aujourd’hui des positions d’un conservatisme extrême, là où il faudrait innover. Peut-être, et tout simplement, une structure créée en 1945 ne peut-elle raisonnablement réformer le système qui l’a vu naître et pour la gestion duquel elle a été créée. Il ne s’agit pas là d’une question de personne, mais d’une question de structure.

J’en profite pour dire qu’on ne trouvera dans mon livre aucun coup sous la ceinture, même si l’esprit de notre temps appelle à ce genre de méthode. Mon livre est une réflexion engagée, pas un combat de boxe.

Banques: a-t-on le droit de nationaliser?

Chaque jour amène son lot de nouvelles consternantes sur l’état de nos banques, et l’extrême division des banquiers face aux ripostes nécessaires. Ainsi, une dépêche AFP du 25 septembre nous apprend que le gouvernement aurait proposé, le 14 septembre, une recapitalisation des banques françaises. C’est la BNP qui l’a refusée.
A n’en pas douter, et au rythme de dégradation des marchés, l’intervention du contribuable dans la capitalisation des banques risque fort de s’imposer comme la seule solution pour juguler une explosion systémique. Là encore, il faudra probablement qu’un certain nombre d’étapes évitables, mais habituelles (celles qui consistent à attendre que chaque acteur privé ne puisse plus faire autre chose que reconnaître l’évidence: le système s’effondre et seule la garantie du contribuable est capable de remettre de l’ordre), soient franchies pour que la décision politique soit prise.
Beaucoup ont semé le doute sur la compatibilité des nationalisations avec le droit de propriété et la liberté du commerce garantis par nos institutions. Il est intéressant de disséquer cette question à partir des quelques précédents que nous connaissons, notamment la réaction du conseil constitutionnel à la la loi de nationalisation de 1982.

La question du droit de propriété
Lorsque le gouvernement Mauroy avait mis à exécution le projet socialiste de nationalisation en légiférant quelques mois après son arrivée au pouvoir, une légion de parlementaires de l’opposition avait à l’époque saisi le conseil constitutionnel sous divers motifs, dont la contradiction entre les nationalisations et le droit de propriété (articles 2 et 17 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui a valeur constitutionnelle en France, et proclame notamment: « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment et sous la condition d’une juste et préalable indemnité »).
Sans faire de mauvais esprit, rappelons quand même que, parmi les parlementaires qui avaient alors saisi le Conseil, figurait notamment François Fillon. Il y aurait une certaine ironie de l’histoire à voir le même Fillon proposé trente ans plus tard ce qu’il dénonçait à ses débuts.
Bref, le Conseil Constitutionnel avait eu à se pencher sur la conformité des nationalisations à nos grands principes constitutionnels. Il avait rendu deux décisions majeures sur le sujet: l’une en date du 16 janvier 1982 (DC 81-132) qui constitue une décision essentielle puisqu’elle porte sur le principe même de la nationalisation, l’autre en date du 11 février 1982 (82-139), qui porte surtout sur les règles d’indemnisation. Ces décisions sont consultables sur: http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/1982/les-decisions-de-1982.2441.html

Comme cela vient d’être mentionné, il faut d’abord dire l’évidence: la question se pose depuis 1789, et est même réglée depuis cette date. La nationalisation est possible, à condition que la nécessité publique l’exige, ce qui suppose une procédure législative, et que les propriétaires soient justement et préalablement indemnisés. La Constitution de la Vè République ne dit pas autre chose, puisque, dans son article 34, elle précise: « La loi fixe également les règles concernant les nationalisations d’entreprises et les transferts de propriété d’entreprises du secteur public au secteur privé. » Reste alors au gouvernement en place de satisfaire au deux conditions majeures de toute nationalisation:
le constat légal d’une nécessité publique justifiant les nationalisations
– une juste et préalable indemnité pour les expropriés.

La nécessité publique

Sur ce point, il apparaît assez vraisemblable que le législateur n’aura guère de difficulté à établir la nécessité publique d’une nationalisation des banques. Si l’on en juge par les considérations du conseil constitutionnel à l’époque, l’affaire est assez vite bouclée. Le Conseil avait alors noté:

« il ressort des travaux préparatoires de la loi soumise à l’examen du Conseil constitutionnel que le législateur a entendu fonder les nationalisations opérées par ladite loi sur le fait que ces nationalisations seraient nécessaires pour donner aux pouvoirs publics les moyens de faire face à la crise économique, de promouvoir la croissance et de combattre le chômage et procéderaient donc de la nécessité publique au sens de l’article 17 de la Déclaration de 1789 » (considérant 19 du 16 janvier 1982).

Sur ce point, le Conseil Constitutionnel a exercé à l’époque un contrôle dit de l’erreur manifeste d’appréciation, c’est-à-dire qu’il s’est contenté de juger que le gouvernement n’avait pas manifestement détourné la loi pour nationaliser en dehors de toute nécessité publique. Et dans son considérant n°20, il avait tranché:

« il n’est pas établi que les transferts de biens et d’entreprises présentement opérés restreindraient le champ de la propriété privée et de la liberté d’entreprendre au point de méconnaître les dispositions précitées de la Déclaration de 1789 ».

Plus compliquée fut l’explication donnée au choix de nationaliser certaines banques et pas d’autres. Le Conseil a ici tenu un raisonnement en plusieurs temps, qui ne manquera sans doute pas d’inspirer les futurs législateurs de la prochaine nationalisation de nos banques.
D’abord, le Conseil retient la grande liberté du législateur en matière de nationalisation:

« le législateur avait le pouvoir d’apprécier quelle devait être l’étendue des nationalisations de banques pour la réalisation des objectifs qu’il assignait à ces nationalisations » (considérant n°27 du 16 janvier 1982).

Ce pouvoir d’appréciation se heurte toutefois aux limites du principe d’égalité: le gouvernement ne peut choisir de façon arbitraire les entreprises qu’il nationalise, et celles qu’il ne nationalise pas. Fidèle à sa jurisprudence habituelle, le Conseil pose:

« le principe d’égalité ne fait pas obstacle à ce qu’une loi établisse des règles non identiques à l’égard de catégories de personnes se trouvant dans des situations différentes, mais qu’il ne peut en être ainsi que lorsque cette non-identité est justifiée par la différence de situation et n’est pas incompatible avec la finalité de la loi ».

Autrement dit, il est possible de traiter les banques différemment dans une démarche de nationalisation, à condition que cette différence de traitement se justifie au regard des finalités de la loi. Un choix arbitraire ne peut donc passer la rampe de la constitutionnalité. A ce titre, le Conseil avait censuré, en 1982, les dérogations dont les banques mutualistes et coopératives avaient bénéficié.
Au vu de tous ces principes, il est donc très envisageable que, le moment venu, le législateur français pourra sans difficulté majeure nationaliser les banques dont la capitalisation ne permet plus de soutenir les engagements. En revanche, il n’aura guère le choix: il devra nationaliser massivement et ne pourra choisir d’en laisser l’une ou l’autre au bord de la route.

Les indemnités justes et préalables

La question de l’indemnisation des propriétaires est elle beaucoup plus épineuse que la question du droit à la nationalisation. A partir de quel moment l’indemnité est-elle réputée juste?
Pour reprendre le précédent de 1982, la loi avait estimé que l’indemnité se calculait sur la moyenne des cours de bourses avant la victoire de la gauche. L’élection de François Mitterrand avait en effet assuré les marchés financiers qu’une nationalisation interviendrait, et les cours étaient partis à la baisse. Le principe d’une indemnité juste supposait donc que le montant de celle-ci neutralise l’effet dépressif des élections de 1981.
Sur ce point, le Conseil s’était alors livré à un contrôle extrêmement méticuleux des règles d’indemnisation, en affirmant notamment:

« en ce qui concerne les actions des sociétés cotées en bourse, la méthode de calcul de leur valeur d’échange conduit à des inégalités de traitement dont l’ampleur ne saurait être justifiée par les seules considérations pratiques de rapidité et de simplicité ; que ces inégalités de traitement se doublent, dans nombre de cas, d’une sous-estimation substantielle de ladite valeur d’échange ; qu’enfin, le refus de reconnaître aux anciens actionnaires le bénéfice des dividendes attachés à l’exercice 1981 ou de leur accorder, sous une forme appropriée, un avantage équivalent, ampute sans justification les indemnités auxquelles ont droit les anciens actionnaires. » (considérant n°57)

Sur le sujet de l’indemnisation des porteurs, le Conseil vérifie donc en détail que la méthode de calcul ne crée pas d’inégalité de traitement.
En revanche, le Conseil avait validé l’exclusion de la période postérieure à l’élection de François Mitterrand dans le calcul de l’indemnité, dès lors que la spéculation s’était donné bon train sur les nationalisations à venir. Il est très probable que cet effet ne jouerait pas dans une nationalisation en 2011 consécutive à une dégradation des ratios bancaires. En effet la chute des cours est imputable aux seuls risques de marché, et rien ne justifierait que le contribuable ne paie de sa poche une indemnité couvrant ces risques.
Pour compléter l’examen de ce point, on retiendra toutefois une décision bien plus récente rendue par le Conseil constitutionnel, dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Il s’agit de la décision n° 2010-87 QPC du 21 janvier 2011, qui porte sur la réparation du préjudice en cas d’expropriation. La question était simple: le préjudice à réparer en cas d’expropriation (dont l’une des formes est la nationalisation…) se limite-t-il au préjudice économique, ou englobe-t-il aussi le préjudice moral? Dans ce cas, le coût de la nationalisation est bien plus élevé…
Il s’agit en fait d’appliquer l’article 13-13 du code de l’expropriation. Le Conseil Constitutionnel a répondu à la question de façon suivante:

« La décision du 21 janvier 2011 précise qu’il n’existe aucune exigence constitutionnelle imposant que la collectivité expropriante soit tenue de réparer la douleur morale éprouvée par le propriétaire à raison de la perte des biens expropriés pour cause d’utilité publique. Si l’exigence d’une juste indemnisation posée par l’article 17 de la Déclaration de 1789 ne saurait permettre d’exclure du droit à réparation un élément quelconque de préjudice indemnisable, le dommage moral n’entre pas dans le périmètre du préjudice dont l’indemnisation
est exigée par cet article. »

http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank/download/201087QPCccc_87qpc.pdf
Cette décision très récente est plutôt rassurante pour les partisans de la nationalisation, et décevante pour ceux qui en seront victimes. Il y a fort à parier pour qu’une nationalisation des banques se fasse a minima, avec une indemnité calculée au plus juste, et sans pris ene compte d’un préjudice moral.

Nationalisation des banques: combien ça coûterait?

Dans le grand débat qui occupe l’opinion publique sur la nationalisation des banques, et pour répondre à des questions de lecteurs, un petit point sur le coût probable d’une éventuelle opération de ce genre me paraît bien inutile. Je redis que, personnellement, je ne crois pas que la nationalisation des banques résolve le problème de l’instabilité financière. Celle-ci tient beaucoup plus à la taille des banques, à la nature des risques que celles-ci prennent, et au mélange permanent des genres entre banque de dépôt et banque d’investissement, qui permet d’engager des sommes folles sur les marchés, avec la certitude qu’en bout de course, le contribuable, qui est aussi un client, acceptera de payer pour réparer les pertes spéculatives. En outre, quelques-unes des plus grandes banques mondiales (les banques chinoises) sont nationalisées et il faudrait prouver que leur nature étatique les rende différentes de nos bonnes vieilles banques capitalistes. Là, je suis pris d’un doute. Enfin et surtout je ne puis m’empêcher de me souvenir de la dernière faillite bancaire en France: celle du Crédit Lyonnais, qui était une nationalisée.

Bref, ce préambule posé, combien coûterait la nationalisation des banques françaises?

Si j’en crois Laurence Parisot, la nationalisation de la BNP, de la Société Générale, du Crédit Agricole et de Natixis « engloutirait pratiquement tout le PIB français d’une année » (citée par La Tribune: <a href=« http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110913trib000648911/laurence-parisot-rejette-toute-idee-de-nationalisation-des-banques-francaises.html »>). Soit une opération à environ 2.000 milliards d’euros. Evidemment, le chiffre paraît tellement immense qu’il est dissuasif.

Face à cette rumeur catastrophiste, selon laquelle la nationalisation des banques est impossible, un petit « arrêt sur images » s’impose.

La nationalisation, c’est quoi?

Le mot « nationalisation » ne veut pas dire autre chose que le transfert de la propriété privée à l’Etat. Il ne dit rien sur les conditions de ce transfert. Ainsi, une nationalisation peut s’opérer sous forme de confiscation, c’est-à-dire sans contrepartie et sans indemnité pour la personne qui est dépossédée. A priori, cette technique expéditive, pratiquée en Russie en 1917, n’entre dans les intentions de personne, en dehors de quelques cercles groupusculaires.

Les nationalisations pratiquées en 1982 sous la gauche ont procédé d’une autre manière. La loi du 11 février 1982 (consultable sur: http://legifrance.gouv.fr/) a prévu un transfert d’actions vers l’Etat, en échange d’une attribution d’obligations selon la technique suivante:

« Les détenteurs d’actions transférées à l’Etat reçoivent, dans un délai de trois mois à compter de la publication de la présente loi, en échange de leurs actions, des obligations émises par la caisse nationale de l’industrie créée par l’article 11 de la présente loi et dont le service en intérêts, amortissements, frais et accessoires est garanti par l’Etat. » (article 4 de la loi).

La valeur de ces obligations était fixée selon la règle suivante:

« La valeur d’échange des actions de chacune des sociétés est égale à la somme, majorée de 14 p. 100 :
– du produit du nombre d’actions émises au 31 décembre 1981, par la moyenne des premiers cours cotés sur le marché du terme ou à défaut du comptant, la plus élevée de celles de chacun des six mois, d’octobre 1980 à mars 1981. Les cours sont ajustés pour tenir compte des opérations ayant affecté le capital de la société considérée au cours de la période allant du 1er octobre 1980 au 31 décembre 1981 ;
– et du montant des sommes distribuées sous forme de dividendes au titre de l’exercice 1980.
La valeur d’échange de chaque action est égale à la somme ainsi déterminée divisée par le nombre d’actions émises au 31 décembre 1981 éventuellement augmenté du nombre de titres attribués gratuitement aux actionnaires entre le 1er janvier 1982 et la date de publication de la présente loi. Les dividendes et les acomptes sur dividendes éventuellement versés au titre de l’exercice 1981 aux actionnaires seront déduits de cette somme. » (article 5 de la loi).

Autrement dit, la méthode de calcul pour indemniser les actionnaires dont la propriété était nationalisée était la suivante:

1°) on retient la moyenne des cours des actions la plus favorable sur une période donnée avant la nationalisation (6 mois, ou un an, comme on veut);
2°) on ajoute les dividendes versés pendant cette période
3°) on majore le tout d’un pourcentage équivalent à une indemnisation (14% du temps de la gauche),
et on obtient un total.

En 1982, les nationalisations avaient coûté 39 milliards de francs (une quarantaine de banques et cinq groupes industriels étaient nationalisés), soit 6 milliards d’euros. Je note que l’IFRAP, think tank très peu partisan de la nationalisation, rappelle que le coût prévisible de la nationalisation de 1982 était de 80 milliards de francs sur 15 ans, soit une douzaine de milliards d’euros (cf. http://www.ifrap.org/Vers-une-nationalisation-des-banques,11657.html).
Tous ces chiffres nous éloignent singulièrement d’une opération à 2.000 milliards d’euros pour quatre banques, présentée par Laurence Parisot.

La capitalisation bancaire aujourd’hui

Pour calculer le coût d’une nationalisation des banques, il faut donc simplement évaluer la somme globale que représentent les actions des banques, et calculer leur coût de transfert à l’Etat, avec une indemnité éventuelle de 15% pour les actionnaires.
Ce calcul est plutôt simple à faire, puisque ce qu’on appelle couramment la capitalisation boursière (c’est-à-dire la valeur totale des actions en circulation émises par une entreprise donnée) est l’objet d’un classement régulier.
Par commodité, je prends le premier qui me tombe sous la main, celui de 2010: http://www.fb-bourse.com/le-classement-des-banques-2010.

Une lecture simple montre que la capitalisation boursière:
– de la BNP était de 80 milliards de dollars (soit un montant bien supérieur à celui d’aujourd’hui, vu la dégringolade du titre)
– de la Société Générale était de 41,5 milliards de dollars
– du Crédit Agricole était de 34 milliards de dollars.

Autrement dit, dans l’hypothèse la plus pessimiste où l’Etat déciderait de nationaliser ces trois banques au tarif de 2010, qui est très supérieur au cours actuel des actions, un transfert de 100% du capital de ces entreprises avec une indemnité de 15% coûterait:
– 155 milliards de dollars au titre du transfert;
– 22 milliards de dollars au titre de l’indemnité;
soit 177 milliards de dollars.

Soit autour de 200 milliards d’euros. Soit 90% de moins que le montant annoncé par Laurence Parisot.

Ce chiffre est évidemment surestimé.
D’abord parce que la capitalisation boursière de ces banques s’est effondrée depuis quelques semaines. Il n’y a donc aucune raison objective pour que le contribuable finance un transfert d’actions à des tarifs en vigueur l’an dernier.
Ainsi, la capitalisation boursière du jour de la BNP se situe entre 35 et 40 milliards d’euros. Il suffirait donc de sortir 40 milliards, avec un coup de pouce pour l’indemnisation des actionnaires, et la BNP serait nationalisée. Soit la moitié du coût des niches fiscales actuelles, pour donner un simple ordre de grandeur.
En réalité, les banques françaises pourraient être nationalisées pour un coût maximal de 100 milliards d’euros, en choisissant de transférer à l’Etat 100% du capital.

L’étrange tactique de Laurence Parisot

Ce matin paraît Un piège bleu Marine, ouvrage co-écrit par Laurence Parisot et sa coach, peu connue du grand public, Rose Lapresle. Cet ouvrage de 144 pages, publié chez Calmann-Lévy, est essentiellement consacré à Marine Le Pen et à la digne filiation qui l’unit à son père. C’est évidemment une démarche plutôt inhabituelle que de voir une personnalité du monde social interférer dans le débat politique d’autant que, selon Marc Landré (http://blog.lefigaro.fr/social/), l’analyse économique y tient une très faible part. L’essentiel de l’ouvrage traite de la grande proximité et ressemblance entre Le Pen père et Le Pen fille, autant dire d’un sujet essentiellement politique sans lien direct avec le MEDEF. Laurence Parisot ne le publie pas au titre de ses fonctions de présidente du MEDEF, même si elle a pris soin d’informer la commission exécutive du mouvement patronal de son initiative.

Une démarche inhabituelle

Ce livre étonne, d’abord parce que la tradition française, partagée autant dans le monde patronal que dans le monde salarial, est de toujours bien distinguer le militantisme social et le militantisme politique. Laurence Parisot a manifestement décidé de rompre avec cet usage. Certes, il s’agit de combattre un extrême, et non un parti politique de gouvernement. Il n’en demeure pas moins que le cloisonnement du social et du politique est ici enfreint.

Ce cloisonnement tient à deux raisons historiques typiquement françaises, même si les mouvements patronaux, dans les pays industrialisés s’abstiennent généralement d’afficher clairement leurs préférences politiques.

Première raison: dans notre mentalité jacobine, la politique ne peut être l’affaire de corps intermédiaires. Elle suppose un lien direct et exclusif entre le citoyen et ses élus. A moins que Laurence Parisot ne prépare une reconversion politique en 2012 (ce qui est possible après tout), sa position de présidente d’un mouvement non-politique rend donc délicate et sensible son intervention dans le champ partisan.

Deuxième raison: depuis le congrès d’Amiens de 1906, tenu par la CGT, les forces sociales, patronales comme salariales, respectent par accord tacite une neutralité politique. Même à l’époque où la CGT était très proche du PCF, les leaders syndicaux évitaient de prendre des positions partisanes. De ce point de vue, le précédent de Laurence Parisot pourrait donner des idées à ses camarades de jeu, et singulièrement compliquer la donne. Que ferons-nous si la CGPME prend un contre-pied fulgurant? si la CGT et la CFDT entrent à leur tour en campagne? Pas sûr que, dans les abîmes économiques où nous sommes, cette novation soit de nature à apaiser les tensions.

Légitimation du Front National

Le plus dangereux me semble-t-il reste que Laurence Parisot ne peut ignorer ce qu’elle incarne à tort ou à raison: le grand patronat, la France d’en-haut, le capital dans ce qu’il a de plus puissant et de plus agissant. En prenant (ou)vertement parti contre le Front National, elle accroît un peu plus cette béance sur laquelle Marine Le Pen joue astucieusement: celle du petit peuple victime des puissants.

Dans cette stratégie paranoïde, le Front National tire aujourd’hui habilement ses marrons du feu. Voici d’ailleurs ce que le FN écrit sur le livre de Laurence Parisot (non! je ne ferai pas de lien direct vers le site du FN sur ce blog!): « Laurence Parisot, c’est l’incarnation de l’argent roi qui écrase les peuples et les soumet à la dictature des marchés. C’est la représentante parfaite d’une caste qui éprouve un plaisir assez pervers à toujours enfoncer les petits, ceux qui n’ont que leur salaire ou leur retraite pour vivre. »

Ces quelques lignes montrent comment Laurence Parisot a collectivement fait entrer les patrons dans un engrenage qui sera à mon avis compliqué à gérer. Car, on le sait, les patrons proposent des réformes impopulaires pour rétablir la compétitivité de l’économie, notamment des efforts de flexibilité et de diminution des dépenses publiques. En affichant son opposition au Front National, Laurence Parisot vient de (très peu) subtilement transformer celui-ci en principale force d’opposition à ces réformes dont l’opinion ne veut pas vraiment, voire vraiment pas. Marine Le Pen, j’en suis sûr, n’en demandait pas tant.

Confirmation des rumeurs

Implicitement, ce livre confirme les rumeurs qui circulent dans Paris depuis plusieurs mois: certains éléments patronaux sont prêts à suivre le Front National. Le fait que la présidente du MEDEF se colle à l’exercice montre bien que chacun, sur son bord, se sent obligé de préciser ses positions.

Beaucoup disent depuis pas mal de temps que la CGPME agite régulièrement la crécelle du: « on va voter Marine. » Certains avaient même soutenu que la menace fut clairement brandie l’an dernier, au moment où le gouvernement avait déposé un texte pour développer le dialogue social dans les Très Petites Entreprises et les Petites et Moyennes Entreprises.

Mon petit doigt me dit que, même dans les rangs du MEDEF, certains patrons se posent des questions. Est-on sûr que certaines familles influentes ne murmurent pas aujourd’hui qu’une reprise en main du pays serait souhaitable? et que les dérives « sociétales » du MEDEF sous l’ère Parisot, qui ne sera jamais leur tasse de thé, ne correspondent guère aux problématiques d’une économie en proie à une crise cataclysmique?

Toujours est-il que, en plein milieu de la tourmente financière, au moment où certains parlent de récession, le MEDEF s’occupe du Front National.

Sommes-nous déjà dans la récession en W?

Face aux nouvelles alarmantes qui viennent des marchés financiers, un petit tour d’horizon des analyses économiques produites par les « gens de la place », les vrais experts qui déterminent les stratégies financières des sociétés d’assurances et des banques, n’est pas totalement inutile.

Du côté des assureurs, Eric Chaney, chef économiste d’Axa Investment Managers, considère que le risque de « double dip recession » augmente. Selon lui, la zone euro est déjà en récession parce que la crise de la dette a contaminé l’économie réelle.
Voir sur: http://www.axa-im.fr/index.cfm?pagepath=espacepresse/research/eric_chaney_economic_view&CFNoCache=TRUE&servedoc=61EF9CE4-1708-7D7E-1B54AD778696A91E

Il considère toutefois que le risque systémique est encore évitable, notamment grâce à la vitalité des marchés émergents et à la solidité de l’économie réelle dans les pays industrialisés. Selon lui, les Etats-Unis seront contraints de continuer la politique monétaire de « Quantitative easing » menée depuis plusieurs mois par la Réserve Fédérale, ce qui rend inévitable le retour de l’inflation. En zone euro, la seule solution consiste à accepter les euro-bonds et la recapitalisation des banques, qui, à ce stade, semble politiquement compliquée.

Generali donne également un panorama frileux de la situation. Dans sa lettre de la semaine dernière, Generali Investments écrivait: « Dans cet environnement chahuté, la réunion, vendredi et samedi, des ministres des Finances du G7 à Marseille aurait pu être l’occasion de calmer la fièvre ambiante mais chacun est resté sur ses positions, réitérant seulement les engagements passés. Les jours qui viennent seront cruciaux. Les investisseurs surveilleront de près tout ce qui pourrait accréditer l’hypothèse d’un défaut de la Grèce et d’une restructuration « dure » de sa dette. D’autre part, l’agence Moody’s pourrait dégrader les notes de certaines banques françaises, ce qui contribue à alimenter les craintes. »

http://www.generali-investments.fr/contenuti/file/Lettre_Hebdo_N332_du_09092011.pdf

Toutefois, l’idée d’une récession en W n’est pas clairement affirmée.

Du côté d’Allianz, une note du 29 août 2011, en anglais:

https://www.allianz.com/static-resources/en/economic_research/images_englisch/pdf_downloads/monthly/v_1314697162000/fmo082011e.pdf

écarte le risque immédiat d’un credit crunch, d’une crise du crédit interbancaire, et d’une faillite du type Lehmann Brothers. En revanche, les économistes de l’assureur allemand s’inquiètent d’une forte exposition des banques aux dettes souveraines et considèrent que la seule façon d’assainir la situation est de juguler les déficits publics.

Du côté des banques, le discours sur le retour de l’inflation est à peu près ouvert et assumé.

Natixis par exemple multiplie les études sur l’impact de la monétisation de la dette, en considérant que seule une politique monétaire non-conventionnelle peut nous sauver du désastre, c’est-à-dire un soutien artificiel aux prix de l’immobilier et une entrée massive des banques dans le capital des entreprises dont les cours s’effondrent. Je recommande notamment la lecture de ce document très alarmiste:

http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=59888

Sur son blog, la Société Générale publie aujourd’hui un article sur le rugby. Et ne publie rien de récent sur la crise, ce qui laisse un peu perplexe.

Dans une note du 9 septembre:

http://research.bnpparibas.com/applis/www/RechEco.nsf/navigation/homepageInter

la BNP soutient en revanche que, malgré un « été meurtrier » et une « grande fatigue des marchés », la croissance est au rendez-vous.

Dans sa note de la semaine dernière:

http://etudes-economiques.credit-agricole.com/medias/PH32_20110909.pdf

le Crédit Agricole se montrait plutôt pessimiste, pronostiquant un ralentissement économique, notamment en France.

Concrètement, les assureurs sont donc enclins à annoncer que, d’ores et déjà, nous sommes en récession. Les banquiers hésitent, mais se montrent curieusement désespérés quant aux possibilités d’en sortir. Dans de bonnes conditions s’entend.

Crise de la dette grecque: pourquoi il faut un nouveau Glass-Steagall

La rumeur se répand d’une faillite prochaine de la Grèce. Les marchés s’effondrent, et l’appel à la nationalisation des banques se fait plus pressant. Que faut-il en penser? Quelle solution proposer face au désastre annoncé? Il est probablement utile de rappeler quelques vérités de bon sens que l’obsession de l’actualité fait oublier.

1°) l’effondrement des marchés n’est pas une surprise.

D’abord, la faillite de la Grèce, au moins partielle (le fameux « haircut » régulièrement discuté par les économistes) est une quasi-certitude pour les milieux avertis depuis 2009. Seule une question de temps se posait. Sur le fond, tout économiste débutant sait qu’un plan de rigueur qui ne s’accompagne pas d’une dévaluation de la monnaie est producteur de récession, donc de diminution des recettes publiques, donc d’aggravation des déficits. Pour sauver la Grèce, il fallait dès le début lui permettre de sortir de la zone euro, ou accepter une dévaluation de notre euro en adoptant une politique du taux zéro à la BCE. Les Allemands n’en ont pas voulu, tout en chipotant sur l’aide accordée aux Grecs. La route vers le défaut de paiement était donc ouverte.

Ensuite, les banques n’ont pas procédé à un véritable nettoyage de leur bilan. Elles ont cherché à échelonner au maximum les dépréciations de leurs actifs (un financier me disait: encore trois ans, et on aura passé le cap de la crise sans trop de dégâts en « lissant les pertes »), sans véritablement modifier leurs comportements sur les marchés financiers. Forcément, en continuant à afficher dans les comptes des actifs notamment immobiliers à leur valeur d’achat d’avant la crise… on donne le sentiment de prendre l’ombre pour la proie. Là encore, tout le monde le sait, comme tout le monde sait que les fameux stress tests de juin sont des maquillages organisés pour cacher la misère.

Aucun financier ne peut en tout cas raisonnablement affirmer qu’il ne connaissait pas le risque.

2°) la nationalisation des banques est-elle une solution?

Il est aujourd’hui à peu près acquis qu’il va falloir sauver les banques, et que le contribuable y sera de sa poche.

En réponse, beaucoup préconisent une nationalisation. Je comprends l’argument moral: en 2008, le déficit budgétaire a explosé pour sauver une économie mise à genoux par les pratiques délirantes des banquiers. Trois ans après, nous en sommes revenus au même point. Cela commence à bien faire. Sanctionnons, et reprenons en main ce qui nous rend exsangue.

Sur le fond, la nationalisation ne réglera rien. La crise bancaire ne survient pas à cause de l’appartenance des banques à l’économie privée. Et l’illusion qu’une banque publique ne pourrait pas produire des phénomènes analogues à ceux dont nous sommes témoins est une illusion. La faillite du Crédit Lyonnais au nez et à la barbe de Bercy, dans les années 90, en constitue une preuve éclatante. Elle a coûté cher au contribuable français, et n’en finit pas, avec l’affaire Tapie, de mettre tout le monde en difficulté.

3°) l’urgence d’un Glass-Steagall

Le vrai sujet consiste aujourd’hui à repenser le métier bancaire, en réinstallant les pare-feus que la loi de 1984 avait supprimé en France, comme d’autres lois l’ont fait dans l’ensemble des pays industrialisés. Autrement dit, il faut revenir à l’esprit de la loi Glass-Steagall, comme je le propose dans Jusqu’ici tout va bien, qui interdisait à une banque de dépôt de mener des opérations sur les marchés financiers.

Il faut cantonner l’argent des contribuables dans des zones étanches et interdire aux banques qui spéculent en bourse de recevoir les dépôts des particuliers.

Cette mesure présente deux puissants pare-feus contre les crises financières (de fait, nous n’en avons pas eu tant que le Glass-Steagall fonctionnait, et nous en avons eu à répétition, d’une gravité grandissante, dès que le Glass-Steagall a été supprimé).

D’abord, elle évite la mise en danger des liquidités des particuliers en cas de faillite d’une banque, ce qui limite singulièrement l’impact de cette faillite, et la cantonne à la seule sphère financière.

Ensuite, elle limite fortement la taille des bilans des banques et présente donc l’intérêt de limiter les pouvoirs des banquiers. Rappelons que les principales banques françaises (BNP, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE) ont inscrit à l’actif de leurs bilans l’équivalent de 4 fois la production nationale française annuelle (8.000 milliards de $). Ces sommes extravagantes font du patron de l’une de ces banques un homme plus puissant qu’un chef d’Etat. Ce seul point explique que les banquiers fassent une poussée de prurit à la seule évocation du Glass-Steagall.

4°) Les Anglais s’y mettent

On notera avec intérêt que la commission Vickers vient de publier un rapport, que je décortiquerai calmement pour ce blog, sur le retour au Glass-Steagall en Grande-Bretagne: http://bankingcommission.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2010/07/ICB-Final-Report.pdf

Ce rapport propose en revanche de laisser chaque banque adapter la mise en place de cette réglementation à son activité. Les Anglais ont raison de prendre de l’avance sur une réglementation qui est inévitable. Ils seront prêts avant nous. Mais, ne nous leurrons pas, ce passage au Glass Steagall est inévitable.

L’immobilier américain de nouveau en crise

Le New York Times publie un intéressant article sur la chute des prix de l’immobilier: http://www.nytimes.com/2011/04/30/business/economy/30charts.html?_r=1&ref=economy

Ceux-ci sont revenus à leur niveau historiquement bas d’avril/mai 2009.

Voici une citation de l’article:

« The Standard & Poor’s/Case-Shiller index of home prices ended February 3.3 percent below where it was a year earlier, and just 0.5 percent above the low reached in May 2009. The Moody’s/REAL Commercial Property Price Index was reported to be down 4.9 percent over the last 12 months, but still 0.8 percent above its low, reached last August.

In both cases, sales volumes are far below what they were when the markets were booming, and a large proportion of the properties that are being sold were in trouble before the sale. The National Association of Realtors estimates that about 40 percent of existing homes that changed hands in March were either in foreclosure or were so-called short sales in which the house was sold for less than was owed on the existing mortgage.«