Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

France Telecom, le marché et la souffrance des salariés

Encore un jour funeste pour France Télécom: un salarié a choisi de s’immoler sur son lieu de travail, après avoir dénoncé les dégâts de la privatisation. Car c’est un secret de Polichinelle: le malaise des salariés de France Télécom est d’abord et essentiellement dû aux objectifs de diminution des coûts salariaux imposés aux fonctionnaires de la maison depuis l’ouverture des télécommunications à la concurrence. Ceux qui n’ont pas voulu quitter l’entreprise à ce moment-là s’entendent régulièrement répéter qu’ils sont des inutiles, des boulets, dont la seule perspective est de partir.

Dans ces conditions, comment s’étonner que les « boulets » peu à peu désespèrent jusqu’à commettre des actes exacts sur leur lieu de travail?

Le suicide et le stress

Je voudrais ici réfuter un effet de mode que j’ai bien connu lorsque j’arpentais les couloirs du MEDEF, et les coulisses de la négociation sur le stress, en 2008 et 2009. Beaucoup soutiennent en effet que le lien entre le suicide et le stress est difficile à établir. Certains ajoutent même que le taux de suicide chez France Télécom est conforme à la moyenne nationale, et que l’entreprise ne peut être tenue pour responsable de la détresse psychologique de certains de ses salariés.

Toutes ces arguties, qui utilisent la psychiatrie pour justifier l’indéfendable, m’agacent. Elles nous rappellent trop ces hygiénistes du 19è siècle qui expliquaient la forte mortalité chez les ouvriers par des pratiques individuelles malsaines, en niant toute cause professionnelle aux méfaits de la misère. Plus personne n’oserait reprendre à son compte le discours d’alors, du « on peut être pauvre, mais digne et propre », qui justifiait à cette époque le refus de prendre en compte collectivement la détresse engendrée par l’exploitation abusive des ouvriers. Bien entendu, que les salaires bas et les conditions de travail cassaient les salariés. Bien entendu qu’il était ignoble d’imputer à ces salariés la responsabilité de leur propre dégradation.

Dans cent ans, la même indignation se fera jour dans l’esprit de ceux qui liront les affirmations péremptoires d’aujourd’hui sur l’innocence de l’entreprise face à la souffrance psychologique de certains de ses salariés.

Que l’on me comprenne bien! je n’affirme pas qu’un patron est personnellement responsable du suicide d’un salarié. Si la prévention du suicide était si simple, nous ne serions probablement pas l’un des champions du monde de cette funeste pratique. Je ne soutiens pas non plus que la prévention du suicide est une tâche aisée. Je dis simplement que, dans une entreprise où le stress existe, le risque de suicide sur le lieu de travail est fort. Ce phénomène ne peut être nié.

Suicide et privatisation

Dans le cas de France Télécom, il est évidemment que la privatisation a conduit à sacrifier toute une génération de salariés, soumis au quotidien à des vexations et des pressions plus ou moins claires, destinées à les dégoûter de leur métier et à les pousser subrepticement vers la porte de sortie.

Fallait-il empêcher la privatisation pour éviter de mettre les fonctionnaires de France Télécom dans cette situation?

Je ne suis pas sûr que cette question qui vient assez spontanément à l’esprit soit pertinente.

En réalité, dès lors que France Télécom était privatisée, et dès lors qu’elle devait affronter une concurrence nouvelle, il fallait en tirer toutes les conséquences sociales. Autrement dit, il fallait avoir le courage politique de mener un vaste plan »de sauvegarde » pour permettre aux salariés « en trop » de partir dans de véritables conditions négociées. C’était leur offrir une vraie chance de rebondir.

Je ne nie pas la difficulté de cet exercice que j’ai moi-même connu, à une toute petite échelle, lorsque j’étais président de l’APEC, au moment de la cession de Courrier Cadres. Le choix de recourir au « plan de sauvegarde de l’emploi » est particulièrement délicat en général. Il l’est encore plus dans le cas d’une entreprise publique en voie de privatisation, et dotée de plusieurs milliers de fonctionnaires. Il était évident que l’annonce d’un plan social comme conséquence immédiate  de la privatisation aurait singulièrement compliqué l’exercice. Et l’aurait probablement empêché.

Le grief que l’on peut formuler est ici: personne ne dit jamais clairement qu’une privatisation et une ouverture à la concurrence devrait se traduire mécaniquement par des suppressions d’emploi au sein de l’opérateur qui perd son monopole d’exploitation. Sauf à maintenir artificiellement des sur-effectifs que l’on pousse au désespoir au fil des ans.

Politiquement, il est beaucoup plus rentable de mentir par omission. Privatiser et repousser, par omission, de quelques années, la gestion sociale de la décision est une solution tentante pour un décideur. Cette omission est d’autant plus désagréable pour ceux qui en font les frais qu’elle les prive de conditions de sortie favorables.

Pour un traitement social du stress

Tout cela nous montre bien que les employeurs de ces salariés en souffrance ne peuvent raisonnablement dédouaner leur entreprise de sa responsabilité dans cet état de fait.

Pour crever l’abcès, il faut que ces anciennes entreprises publiques se comportent en conformité avec le droit du travail. Si des salariés sont en trop chez France Télécom, et si l’entreprise n’a plus les moyens de leur donner un travail en rapport avec leurs qualifications, il faut en tirer toutes les conséquences, c’est-à-dire le dire, l’expliquer, et offrir des solutions de reclassement qui sortent enfin ces victimes de la spirale infernale où elles se trouvent.

En revanche, si France Télécom a besoin de ces salariés, ceux-ci doivent pouvoir travailler dignement.

Là encore, que l’on m’entende bien. Je ne plaide pas pour un plan social chez France Télécom. Je plaide pour un discours de vérité sur les entreprises publiques, sur le coût humain des privatisations, et sur l’avenir de la fonction publique elle-même. On nous dit que le service public coûte trop cher. Si cela est vrai, prouvez-le nous. Et si vous nous le prouvez, tirez-en les conséquences: assumez vos responsabilités sociales.

Mais il n’est absolument pas admissible qu’une autre politique soit menée: celle qui consiste à taire les choses, et à contourner les procédures légales pour traiter la question des sureffectifs. En stressant les salariés jusqu’à les pousser à la démission. Ou au suicide.

La Grèce emprunte désormais à 25%

LONDRES (Reuters) – Le rendement des obligations d’Etat grecques a atteint mercredi un nouveau plus haut depuis la création de l’euro alors que le marché anticipe une restructuration de la dette du pays.

Ce sont les rendements de dette de plus courte échéance qui ont progressé le plus. Les rendements de la dette à deux ans augmentaient mercredi de 30 points de base (pdb) à 25,17%, ceux de la dette à cinq ans gagnaient 53 (pdb) à 22,47%.

Le rendement de la dette à 10 ans progressait de 29 pdb à 15,86%.

Les swaps de défaut de crédit (CDS) à cinq ans ont également augmenté. Ils étaient en hausse de 37 pdb à 1.375 pdb, selon les données Markit.

Emelia Sithole-Matarise, Marius Zaharia, Catherine Monin pour le service français, édité par Danielle Rouquié

L’inflation inquiète l’Allemagne: nouvelle hausse des taux en vue

par Christiaan Hetzner

BERLIN (Reuters) – L’inflation en Allemagne s’est accélérée en avril pour atteindre son plus fort rythme annuel depuis deux ans et demi, ce qui conforte les anticipations d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt dans la zone euro durant l’été.

Selon les données provisoires publiées mercredi par l’Office fédéral de la statistique, l’indice des prix à la consommation a progressé de 2,4% l’an contre 2,1% en mars.

D’un mois sur l’autre, les prix ont augmenté de 0,2% en Allemagne en avril. Les données mensuelles et annuelles sont exactement conformes aux prévisions.

En données harmonisées, les prix ont augmenté de 0,2% mensuellement et de 2,6% annuellement, ce qui est là encore exactement conforme aux attentes.

En mars, les prix (harmonisés) avaient augmenté de 0,6% en mars et de 2,3% annuellement.

« Toute mauvaise surprise comme celle-ci rend encore plus probable que la Banque centrale européenne (BCE) augmente à nouveau ses taux plus rapidement que prévu », juge Dirk Schumacher, économiste chez Goldman Sachs.

« Nous anticipons toujours un relèvement de 25 points de base en septembre, mais avec une telle statistique, le marché va intégrer dans les cours la possibilité significative d’une hausse en juin. »

L’inflation en zone euro s’est établie à 2,7% en mars après 2,4 en février, des chiffres qui restent bien supérieurs à l’objectif de la Banque centrale européenne, situé un peu en-dessous de 2%.

Selon François Cabau, économiste chez Barclays Capital, la statistique allemande d’avril suggère que l’estimation flash de l’inflation en zone euro, attendue vendredi, sera stable à 2,7% l’an.

Le Chypriote Athanasios Orphanides, membre du conseil des gouverneurs de l’institut d’émission, a prévenu mercredi que des ajustements supplémentaires des taux d’intérêt seraient nécessaires si la perspective inflationniste se dégradait.

« Si le tableau que nous avons sur l’inflation dans la zone euro se détériore par rapport à ce que nous avons connu ces derniers mois, alors il faudra certainement davantage d’ajustement », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Nicosie.

Les chiffres définitifs de l’inflation en Allemagne doivent être publiés le 11 mai.

Comment les cours de la Bourse sont truqués…

Evidemment, le grand fantasme du marché en concurrence libre et parfaite, qui fixe rationnellement les cours, chacun sait qu’il n’est que mensonge, bourrage de crâne et nourriture low cost pour les grands naïfs d’une idéologie de moins en moins soutenable. Le problème est de le prouver… Le journal Les Echos nous y aide singulièrement aujourd’hui, en publiant un document confidentiel de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) sur le High Frequency Trading (HFT): http://www.lesechos.fr/medias/2011/0427//0201328884858_print.pdf.

En quoi consiste le HFT? Le document l’explique de façon un peu absconse: il distingue le Trading algorithmique et les algorithmes d’exécution. Très simplement, il s’agit de faire tourner des ordinateurs qui analysent sans arrêt les marchés (c’est le trading algorithmique) pour détecter des opportunités, puis pour les saisir (ça, ce sont les algorithmes d’exécution). La version papier des Echos affirme que ces algorithme permettent d’émettre des « essaims d’ordres » grâce auxquels, pendant des temps inférieurs à la seconde, les donneur d’ordres testent la réaction des marchés. Les achats ne sont passés que s’ils sont gagnants pour l’investisseur. Une bonne façon de truquer les cours, puisque les joueurs de poker ne restent dans la partie qu’après avoir soulevé les cartes de leurs adversaires, en quelque sorte.

Le document de l’AMF fait des révélations fracassantes.

D’abord sur le poids des HFT dans les transactions du CAC 40: 50% des ordres sont passés en HFT, par trois opérateurs: Citadel Securities, Getco et Knight Capital Group. Déjà trèsb implantés aux Etats-Unis.

Ensuite sur l’agressivité de cette pratique: jusqu’à 600 messages par seconde peuvent être transmis aux marchés, dont 5% se transforment en ordre.

Il ne s’agit donc plus de financer des entreprises, mais de transformer la bourse en bandit manchot.

L’AMF décrit habilement les « pathologies du trading haute fréquence »: « risque systémique et perturbations du mécanisme de formation des prix », « abus de marché » (notamment par le layering et le spoofing… qui consistent à « faire semblant de vendre avant d’acheter »).

Des constats qui soulignent qu’aucune conséquence sérieuse n’a été tirée de la crise de 2008. Rappelons que, le 6 mai 2010, Wall Street a dévissé de 30% pendant un quart d’heure à cause du HFT…

Démocratie et entreprise: mon expérience de l’Inspection du Travail

Quelques mots pour expliquer ce dont la presse a transmis la rumeur (http://www.lexpress.fr/actualite/indiscrets/bernard-spitz-perd-la-bataille_986504.html): l’Inspection du Travail a rendu, le 15 avril, une décision empêchant mon employeur de procéder à mon licenciement après la parution de mon livre.

Pour aider quelques lanternes mal ou peu éclairées, je crois utile de donner un compte-rendu à peu près factuel des événements qui se sont enchaînés depuis quelques mois maintenant dans ma vie professionnelle.

Novembre 2010: je demande à mon employeur, sur tous les tons et tous les modes, de préparer une rupture conventionnelle de mon contrat de travail, ce qu’il refuse très très fermement. Il en a parfaitement le droit.

Décembre 2010: dans une interview aux Echos, je parle de l’immobilisme brejnévien du MEDEF. Beaucoup d’interlocuteurs ne trouvent pas la méthode très correcte, mais personne ne conteste le fond. Ceux qui connaissent le détail de mes relations avec la technostructure du MEDEF ne sont d’ailleurs guère surpris de la tournure que ces événements prennent. Je reçois un coup de téléphone de Benoît Roger-Vasselin, le vendredi 17 décembre, qui m’indique que, par amitié pour moi, il a dissuadé Laurence Parisot de me destituer sur le champ. Mais il serait bon que je démissionne. Je lui propose la mi-janvier 2011, réunion la plus proche du bureau du conseil d’administration de l’APEC. Le lundi 20 décembre, Benoît Roger-Vasselin m’indique que, pour Laurence Parisot, la mi-janvier, c’est trop tard. Mais qu’en pense mon employeur (la FFSA)? Personne ne sait. Il ne paraît pas vouloir se mouiller.

12 janvier 2011: comme j’en avais prévenu le MEDEF depuis près d’un mois, je démissionne de mes mandats.

13 janvier 2011: mon livre Jusqu’ici tout va bien! paraît. Beaucoup glosent sur le coup de communication que je viens de m’offrir. En réalité, le choix (si tant est qu’il y ait un vrai choix…) de rapprocher démission et parution n’est guère habile. Il donne à mon livre un tour polémique, un côté brûlot, qui ne correspond pas à son contenu. Je suis convoqué à la FFSA pour me faire notifier ma mise à pied (la presse l’a apprise avant moi!) et convoquer à un entretien préalable à un éventuel licenciement.

25 janvier 2011: la FFSA revient sur ma mise à pied et procède à l’entretien préalable à un éventuel licenciement.

11 février 2011: la FFSA, qui s’est rendue compte que mes mandats d’administrateur de la sécurité sociale me confèrent le statut de salarié protégé, demande, comme la loi l’y oblige, à l’Inspection du Travail, l’autorisation de me licencier. Elle fournit à l’appui de sa demande un mémoire de 11 pages expliquant que mes démissions de mandats MEDEF et la parution de mon livre rendent impossible la poursuite de mon contrat de travail.

8 mars 2011: je suis auditionné dans les locaux de l’Inspection du Travail. Je prends connaissance sur place de la demande motivée de mon employeur. Une séance de 3h30 sans concession commence. Très éprouvant. Je dois répondre point par point à des attaques que je découvre. Sans commettre d’impair juridique. J’en ressors vidé.

15 mars 2011: l’Inspectrice du Travail se rend dans les locaux de la FFSA pour auditionner Bernard Spitz. Je peste contre ce déséquilibre: moi, j’ai dû me déplacer. Et lui peut répondre à des arguments que j’ai avancé dans l’urgence, sans vraiment le temps de me retourner. Du coup, le soir, j’envoie un mémoire de 24 pages dont la rédaction m’a mis sur les genoux. Sans compter les 56 pages d’annexe que j’ai jointes.

15 avril 2011: je reçois enfin le recommandé de l’Inspection du Travail. J’étais convaincu qu’elle autoriserait le licenciement. Et, surprise! elle déboute point par point mon employeur. Il avait formulé sept griefs pour justifier de mon licenciement. Aucun n’est retenu… Quelques motivations importantes sur le thème « démocratie et entreprise », puisque l’Inspection rappelle que démissionner d’un mandat protecteur ne peut être une cause de licenciement, dès lors que ce mandat n’est pas prévu dans le contrat de travail. Je m’appesantirai dans un papier ultérieur sur les intéressantes remarques concernant la représentativité du MEDEF. En tout cas, l’Inspection note que les intérêts du MEDEF ne résument pas les intérêts de ses adhérents. Et même qu’entre les uns et les autres des divergences peuvent exister…

Surtout, l’Inspection note que la publication d’un ouvrage sans référence à son employeur relève de la liberté d’expression et ne peut être la cause d’un licenciement.

18 avril 2011: mon employeur, médusé, me voit réapparaître sur mon lieu de travail. Il m’indique que je peux rester chez moi en attendant les résultats du recours qu’il prépare contre la décision de l’Inspection (« Ce serait sympa de votre part si vous reveniez plus tard, et que vous faisiez profil bas en attendant… »). Mais il refuse de me l’écrire…

Comme disait Confucius: « Attaquer par le mauvais bout, c’est courir au désastre » (II, 16).

Après un long silence, reprise des émissions…

Vous avez été nombreux à me demander pour quelle raison je gardais le silence depuis si longtemps sur ce blogue. Surtout en des temps d’actualité chargée, et même brûlante.

Quelques éléments de réponse.

D’abord, un important événement personnel: j’ai déménagé, pour m’installer dans le 19è arrondissement. Avec un temps certain pour récupérer une connexion Internet, que j’inaugure ce soir.

Ensuite, un autre événement, professionnel celui-là: l’inspection du travail a refusé à mon employeur l’autorisation de me licencier. Et me voici reparti pour de nouvelles aventures, un peu croquignolesques, dans une Fédération patronale. Du coup, une légère adaptation de mon emploi du temps s’impose.

Enfin, des projets: sur le feu, la rédaction d’un ouvrage (mon éditeur tient beaucoup à 350 pages… je lui transmets mes amitiés), et la préparation d’un documentaire qui me donne beaucoup de plaisir. Je ne sais ce que cela deviendra, mais en attendant, c’est agréable à préparer.

Tout cela prend du temps, et continuera à m’en prendre, j’en suis désolé.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’ajoute que, en plus de ce programme bien chargé, je planche, pour mon enrichissement personnel, sur quelques leçons de Confucius à ses disciples, et c’est une vraie source de bonheur.

Merci à tous ceux qui ont continué à me visiter régulièrement pendant mon absence…

Côte d’Ivoire: la Françafrique a encore de beaux jours devant elle

Selon l’ONG Caritas, au moins 1.000 civils ont été massacrés dans l’ouest de la Cote-d’Ivoire, à Douékoué. Si la responsabilité de ces massacres n’est pas éclaircie, ils semblent toutefois imputables aux troupes d’Alassane Ouattara, présenté en Europe comme l’incarnation du pouvoir démocratique, face au tyran Laurent Gbagbo. Rappelons d’ailleurs que la France depuis plusieurs mois (le second tour de l’élection présidentielle en Côte-d’Ivoire s’est tenu le 28 novembre 2010), a manifesté son soutien sans équivoque à Ouattara, et a demandé constamment à Gbagbo de quitter le pouvoir.

Je ne résiste pas à l’ironie de rappeler les propos de Ouattara lors de son discours de Noël (http://www.ivoirtv.net/index.php/news/54-politique/874-noel-la-declaration-du-chef-de-letat-ivoirien-alassane-d-ouattara-), alors qu’il accusait les partisans de Laurent Gbagbo d’avoir commis des atrocités: « la justice sera saisie pour faire la lumière sur ces actes odieux. Une commission d’enquête nationale sera constituée ; les résultats seront rendus publics et les auteurs seront sanctionnés ». Difficile de ne pas rapprocher ces paroles généreuses des démentis actuels du même Ouattara sur l’implication de ses forces dans les massacres. Tout nous laisse penser aujourd’hui que, au-delà des grandes tirades qui conviennent pour donner bonne conscience à la communauté internationale, Ouattara ne se montrera pas plus démocrate que son prédécesseur.

Mon propos n’est pas de prendre la défense de Laurent Gbagbo. Cet homme est un dictateur comme tant d’autres en Afrique, et il ne mérite guère de tendresse. J’ajouterais toutefois qu’il a eu une forme de courage: celui de défier la Françafrique, en faisant de réguliers pieds de nez aux gouvernements français, et en jouant assez astucieusement le pouvoir économique et financier contre le pouvoir politique. Cette indépendance de Gbagbo par rapport aux puissances étrangères, et sa volonté de se servir d’elles plus qu’elles ne se servaient de lui, comptent pour beaucoup dans l’hostilité occidentale à son égard aujourd’hui.

Ce point me paraît important à rappeler. Avec Ouattara, la Françafrique va reprendre ses droits en Côte d’Ivoire. Les récents succès militaires de ses troupes l’augurent tristement. Comment, en effet, cet homme totalement isolé dans son hôtel il y a quatre mois, qui n’a dû son salut qu’à la protection armée apportée par la communauté internationale, a-t-il pu retourner la situation en sa faveur en si peu de temps? L’avenir nous dira en détail les soutiens dont il a bénéficié pour en arriver là. Ces soutiens se mesureront aux « services » que le président Ouattara rendra une fois arrivé au pouvoir.

D’ici là, voici un président élu démocratiquement, paraît-il, qui, avant même d’avoir exercé le pouvoir, associe son nom à des massacres de civil. Pour ma part, j’ai du mal à y voir un succès pour la démocratie.

Irlande: un sauvetage bancaire ruineux…

Les banques irlandaises ont besoin de 24 milliards de plus

jeudi 31 mars 2011

DUBLIN (Reuters) – Les quatre banques irlandaises ont besoin de lever 24 milliards d’euros supplémentaires pour pouvoir résister à d’autres pertes potentielles en cas d’aggravation de la situation économique, a annoncé jeudi la Banque centrale d’Irlande.

Publiant les résultats des « tests de résistance » qu’elle a fait passer aux établissements, la Banque d’Irlande a précisé qu’elle avait travaillé sur un ratio core Tier 1 – principale mesure de solvabilité des banques – d’au moins 6%.

Elle a toutefois ajouté que les banques ne devaient pas se lancer dans un mouvement frénétique de ventes d’actifs pour lever les fonds requis.

Portugal: de mal en pis

Le déficit du Portugal a atteint 8,6% du PIB en 2010

jeudi 31 mars 2011

LISBONNE (Reuters) – Le déficit budgétaire du Portugal est ressorti à 8,6% du produit intérieur brut en 2010, alors que le gouvernement visait 7,3%, a annoncé jeudi l’institut national de la statistique (INE) portugais.

Ce chiffre accroît la pression sur les rendements obligataires portugais, qui ont une nouvelle fois atteint des plus hauts historiques depuis la création de l’euro.

L’institut impute notamment le montant du déficit à l’enregistrement des pertes d’une banque nationalisée et de trois sociétés de transport qui a grevé les comptes publiques.

Les pertes de la banque nationalisée BPN se sont ainsi élevées à 1,8 milliard d’euros, estime l’institut.

L’INE table sur un déficit budgétaire de 4,6% du PIB portugais en 2011, conformément aux prévisions du gouvernement.

En 2009, le déficit budgétaire avait atteint 10% du produit intérieur brut.

Le ratio dette/PIB portugais s’est élevé à 92,4% en 2010 et devrait croître pour atteindre 97,3% cette année.

Le chef du gouvernement José Socrates a jeté l’éponge la semaine dernière après le rejet par le Parlement d’un nouveau plan d’austérité visant à réduire le déficit portugais.