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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Cantonales: étonnante maturité des Français

Dans la masse des commentaires très pessimistes sur les résultats des cantonales, je me permets d’instiller une petite touche d’optimisme. A la  lecture des résultats, je trouve en effet que nous avons un certain nombre de raisons de nous réjouir des résultats finaux, qui manifestent somme toute une grande maturité des Français. Si tant est que nous dépassions les aspects purement partisans du scrutin.

Les Français ne se déplacent pas pour des élections inutiles

L’abstention aux élections est analysée comme un symptôme de maladie pour notre démocratie. L’excellent tableau: http://www.france-politique.fr/participation-abstention.htm permet de mettre les chiffres de l’abstention dans leur juste perspective. Certes, l’abstention à battu un record historique aux cantonales, avec un taux d’environ 55%. Il était d’à peine 45% en 2008 pour le même scrutin. Mais… il n’est guère plus élevé qu’au premier tour des régionales de l’an dernier. Et il reste inférieur aux élections européennes de 2004 et 2009.

Faut-il s’inquiéter de l’abstention aux cantonales? Depuis plusieurs années, l’existence des départements et des conseils généraux est fortement en suspens en France. Notre mille-feuilles administratif est une source d’embrouillamini pour les citoyens, surtout dans la dynamique intercommunale qui modifie les grands équilibres locaux. Entre la commune, la communauté de communes, le département, la région, le pays, qui retrouve ses petits? Comment s’étonner de la faible mobilisation citoyenne pour des échéances auxquelles personne ne comprend rien?

Ces points ne sont une surprise pour personne, puisqu’ils constituent l’essentiel de la loi du 16 décembre 2010. Celle-ci, en créant les conseillers territoriaux, a transformé nos cantonales en collector, où il est bien hypocrite de s’étonner que les citoyens ne se soient pas déplacés. La vraie question est de savoir pour quoi la loi n’a pas supprimé les cantons.

Si l’on revient aux sources de notre géographie administrative, on comprend  le caractère totalement désuet du canton, entité inventée par la révolution, en 1790, dans une France essentiellement rurale. La France d’aujourd’hui est essentiellement urbaine, et ses cantons appartiennent au folklore. La meilleure chose qui nous reste à faire est de les supprimer, pour passer au scrutin de liste proportionnelle dans les départements.

Sur le fond, le maintien de départements comme entités distinctes des régions est extrêmement contestable. A quoi servent-ils? Souvenons-nous des préconisations du rapport Mauroy, en 2000: http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/004001812/0000.pdf. Il n’aura fallu que 11 ans pour envisager de les mettre timidement en oeuvre, notamment en prévoyant la possibilité de fusionner, sur une base de volontariat, le département et la région (articles 26 à 29 de la loi du 16 décembre 2010).

En réalité, il y a trop d’instances de représentations en France, qui sont devenues trop dispersées, avec trop peu de pouvoirs. Nous sentons tous que ce manque de lisibilité sur le territoire, cette dilution des responsabilités, sont des freins à la modernisation du pays. Ils jouent un rôle d’amortisseurs d’alternance pour les partis de gouvernement. Quand l’un perd les législatives, il garde les territoires, et inversement. Mais gouverne-t-on un pays pour préserver ses élus ou pour promouvoir l’intérêt général?

En s’abstenant massivement, les Français ont clairement répondu à cette question.

Les résultats du Front National posent clairement le débat pour 2012

Fait amusant, pour ceux qui aiment l’humour noir en chemises brunes, les rares électeurs qui se sont déplacés au second tour ont infligé un cinglant camouflet aux apôtres du Front Républicain. Le FN est en effet passé de 600.000 voix au premier tour à 900.000 voix au second.

Rappelons cependant que Jean-Marie Le Pen avait recueilli près de 4 millions de voix en 2007, plus de 5,5 millions au second tour de 2002. Aux législatives de 2007, les candidats FN avaient engrangé 1,1 million de voix. Je ne cite pas ces chiffres pour minimiser la menace nationaliste en France. Simplement, il faut la placer dans ses justes proportions.

Paradoxalement, l’immense avantage de cette percée du Front National est de mettre chacun devant ses responsabilités avant l’échéance de 2012. Cet exercice est vertueux, car il permet de savoir d’ores et déjà, ce qui se passera entre les deux tours si Marine Le Pen obtient un bon score l’an prochain. Les querelles de l’UMP ont un air de répétition générale. On voit clairement la tentation qui s’insinue de passer des alliances tactiques avec le FN pour garder le pouvoir.

De ce point de vue, ce qui se passe en ce moment est un bon test élyséen pour voir comment l’opinion publique réagit à la banalisation du FN. Manifestement, la ligne qui se dessine à droite est de briser le front républicain et de durcir le discours pour mordre sur l’électorat lepéniste.

La seule conclusion qu’on peut en tirer aujourd’hui est plutôt simple: la crise de 2008 n’a pas tardé à radicaliser le discours politique dans notre pays. Après des décennies de relative sérénité, nous entrons dans le dur du projet républicain. L’heure vient de se mobiliser.

Trichet pour une politique budgétaire unique en Europe

Trichet avertit contre une inflation durablement élevée

lundi 28 mars 2011 19h28

PARIS (Reuters) – Des politiques économiques inappropriées, en creusant les écarts de compétitivité, entraînent des taux d’inflation durablement supérieurs à l’objectif de stabilité des prix, a déclaré lundi Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne.

Cette dernière pourrait relever ses taux d’intérêt début avril pour la première fois en près de trois ans, après que l’inflation dans la zone euro a atteint 2,4% en février, dépassant le seuil de 2% sous lequel la BCE entend la contenir.

« Des politiques économiques nationales inappropriées peuvent engendrer l’apparition d’écarts de compétitivité excessifs entre les membres de l’union monétaire », a dit Jean-Claude Trichet dans un discours prononcé à Paris.

« Les principaux symptômes de tels écarts sont en général de substantielles accumulations de divergences entre indicateurs de compétitivité en termes de prix et de coûts, et ceci entraîne notamment des taux d’inflation se maintenant durablement au dessus de la définition commune de la stabilité des prix dans la zone euro. »

Si des écarts entre les taux d’inflation des pays de la zone sont parfois parfaitement justifiés, quand ils sont temporaires et accompagnent un réajustement des niveaux de développement économique, « dans le moyen-long terme un taux d’inflation légèrement inférieur à 2% doit être la référence au niveau national également », a dit Jean-Claude Trichet.

« Les coûts unitaires de main-d’oeuvre et, par conséquent, les évolutions des rémunérations compte tenu des progrès de la productivité du travail (…) doivent permettre la réalisation de cette inflation moyenne, à moyen terme, sauf à prendre le risque d’une perte de compétitivité et donc d’une augmentation relative du chômage par rapport à l’ensemble de la zone euro », a-t-il ajouté.

Selon le président de la BCE, de nombreuses données suggèrent que l’effet de rattrapage lié aux différences de développement entre les pays de la zone a été surévalué pour expliquer les écarts d’inflation.

« Dans certains cas, ces différences n’ont pas découlé d’effets de rattrapage mais ont tenu largement à des politiques macroéconomiques inappropriées et à des phases d’expansion excessive de la demande intérieure financées par l’endettement », a-t-il dit.

Comme Jean-Claude Trichet, plusieurs dirigeants de la BCE ont laissé entendre ces dernières semaines que l’institut d’émission pourrait durcir sa politique monétaire dès sa prochaine réunion, le 7 avril, pour éviter des « effets de second tour » de la poussée inflationniste des derniers mois, c’est-à-dire entre autres des répercussions sur les salaires.

Le mois dernier, Jean-Claude Trichet avait déclaré qu’augmenter les salaires en réaction à la poussée inflationniste actuelle serait « la dernière des bêtises à faire ».

Fukushima: le point

Le Los Angeles Times dresse un bilan assez précis et intéressant de la situation à Fukushima: (http://www.latimes.com/news/nationworld/world/la-fg-japan-nuclear-20110329,0,2959576.story).

Pour l’instant, l’inquiétude majeure porte sur la dissémination de plutonium dans le sol et probablement dans l’océan.

– des eaux extrêmement radioactives se sont accumulées dans le réseau de tunnels qui passent sous les réacteurs. L’un de ces tunnels est relié aux turbines du réacteur n°2, d’où pourrait provenir la fuite. Cette eau s’est répandue sous les trois premiers réacteurs, ce qui complique singulièrement le travail des techniciens qui doivent pomper l’eau.

– par ailleurs, des traces de plutonium sont présentes dans le sol et ont été détectées à cinq endroits. Seul le réacteur n°3 (celui qui contient du MOX) est alimenté en plutonium. Donc, il devient évident que la cuve de réacteur est ébréchée. Mauvaise nouvelle pour l’environnement et pour notre santé, puisque le MOX est éminémment cancérigène.

– les câbles électriques ont été tirés pour remettre le système de refroidissement en route, mais tant que de l’eau stagnante est présente, la remise en route ne peut intervenir. Les techniciens tentent donc de pomper l’eau. Le stockage de cette eau devient un vrai problème car, compte tenu de sa forte radioactivité, elle ne peut être rejetée dans l’océan. Elle présente une radioactivité de 1 sievert/h, 4 fois la dose maximale à laquelle les techniciens peuvent être soumis. Cette circonstance devrait retarder considérablement (de plusieurs semaines) le rétablissement de l’électricié dans les réacteurs.

L’industrie française pénalisée par le Japon

AFP le 28/03/2011 à 18:15

Industrie : difficultés d’approvisionnement liées au Japon en avril

Certains secteurs industriels comme l’automobile ou l’électronique vont connaître des difficultés d’approvisionnement en avril de produits venant du Japon, conséquence du séisme dans le pays, a indiqué lundi le ministre français de l’Industrie Eric Besson.

« Il semble qu’il n’y ait pas de difficultés majeures aujourd’hui, mais des difficultés potentielles à partir de fin avril », a déclaré M. Besson lors d’une réunion avec les grandes fédérations industrielles françaises sur les difficultés d’approvisionnement liées à la catastrophe qui a frappé le Japon le 11 mars.

« Ce lundi, la situation est plutôt rassurante, les situations avérées de pénurie restant limitées à ce jour », mais « des difficultés d’approvisionnement sont à prévoir dans les semaines à venir, probablement (…) fin avril si rien n’est fait d’ici là », a-t-il ajouté.

M. Besson a jugé « probable que l’industrie française soit touchée par des baisses de production dans les prochaines semaines dans l’électronique et l’automobile », qui utilise aussi beaucoup de composants électroniques.

La première filière concernée est l’électronique, étant donné que « le Japon produit 20% de l’électronique mondiale ».

Le secteur de la chimie et des matériaux n’est « pas à l’abri non plus », a-t-il ajouté.

Trichet joue les pères fouettards avec les Etats de l’Union

AFP le 28/03/2011 à 16:42

Déficits : Trichet veut des sanctions plus rapides et automatiques

Les sanctions pour les pays de la zone euro qui ne respectent pas les engagements en matière de déficits et de compétitivité devraient être plus rapides et plus automatiques, a déclaré lundi à Paris le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet.

« Un degré beaucoup plus élevé d’automaticité me paraît indispensable dans le fonctionnement concret de la surveillance macroéconomique », a-t-il affirmé lors d’un discours devant l’Académie des sciences morales et politiques.

Selon lui, il ne faut « pas prévoir de dérogation à l’imposition de sanctions » car « un important pouvoir discrétionnaire du conseil (des chefs d’Etat et de gouvernement européens) constitue un risque pour la crédibilité du mécanisme de surveillance ».

De la même manière, « les sanctions financières prévues par le cadre de surveillance macroéconomique doivent être appliquées à un stade plus précoce », « dès le premier manquement », a estimé le Français, « alors que les propositions actuelles ne prévoient des amendes qu’après un manquement répété par le pays concerné de se conformer aux recommandations du conseil ».

Les dirigeants européens ont adopté la semaine dernière un « Pacte pour l’euro » destiné à améliorer leur compétitivité. Concrètement, ils s’engagent à réformer leurs économies et leurs systèmes de retraite si nécessaire, à limiter strictement le niveau de leur dette publique et à pratiquer la modération salariale.

Ils ont également apporté leur soutien à un ensemble de mesures pour renforcer la discipline budgétaire, approuvées par leurs ministres des Finances et qui doivent être négociées avec le Parlement européen.

Elles prévoient notamment des punitions d’un nouveau type (dépôt bloqué pouvant se transformer en amende) pour les mauvais élèves en matière de déficit et de dette. Ces amendes s’appliqueront de manière plus rapide et plus automatique que jusqu’à présent, mais de manière encore jugée insuffisante par M. Trichet.

Fukushima: les Japonais appellent les Français à la rescousse

AFP le 28/03/2011 à 08:49

Japon : Tepco a demandé l’appui d’EDF, Areva et du CEA (Besson)

L’exploitant de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima, Tepco, a demandé « l’appui » de groupes industriels publics français pour faire face à la crise sur ce site, a déclaré lundi le ministre français de l’Industrie, Eric Besson, pour qui la situation est « critique ».

Connaître le Front National: le Front, la jeunesse et l’éducation

Vue la désagrégation rapide de notre vie politique, une petite analyse du programme du Front National s’impose. Exercice salutaire pour savoir à quoi nous devons résister à l’avenir.

Il m’a semblé intéressant de m’attarder un peu sur les propositions du Front National en matière d’éducation et de jeunesse. Histoire de comprendre quel projet le Front avait pour la France de demain. Et franchement, c’est pas triste.

Le Front National et la fin de l’Education Nationale gratuite

D’une manière générale, le programme du FN est axé sur un développement à outrance de la concurrence entre établissements scolaires, au nom de la sainte émulation. Jusque-là, rien de bien différent des discours libéraux habituels. Mais… en lisant une proposition-phare entre les lignes, on commence à comprendre de quoi il s’agit:

« L’État doit veiller à l’égalité d’accès à l’école comme à l’université. Ainsi, au nom de l’égalité de moyens, il permettra, par la mise en place du chèque scolaire, le libre choix de l’école à tous les parents. La carte scolaire sera progressivement supprimée. Calculé par rapport au coût moyen de scolarité d’un élève, le chèque scolaire n’entraîne aucune dépense supplémentaire pour l’État dans l’enseignement public : les parents deviennent simplement le passage obligé pour le financement des établissements.

Le chèque scolaire prendra en charge les salaires des personnels hors enseignants (qui ne sont pas pris en charge par l’État) des 10 000 établissements de l’enseignement privé sous contrat.

C’est le seul surcoût engendré puisque ce dispositif – indépendamment du rétablissement de l’égalité d’accès entre Public et Privé sous contrat – doit avant tout permettre aux parents du Public de choisir, pour leurs enfants, l’établissement qu’ils jugeront le meilleur. »

Traduction de ce charabia: chaque famille recevra un « chèque », c’est-à-dire une somme correspondant au coût moyen des études, et devra se débrouiller pour payer la scolarité de ses enfants, dans un univers où l’école sera payante. Finie la gratuité du service public éducatif. Vous avez bien entendu: le Front National propose la fin de l’école publique gratuite et son remplacement par un système fumeux de chèque dont personne ne dit s’il permettra de couvrir intégralement le coût des études. On peut même imaginer que les écoles les plus demandées feront monter les tarifs. Ceux qui ne disposeront que de leur chèque pour payer les études de leurs gamins se contenteront des moins bonnes écoles. Tout ceci au nom de l’égalité, bien entendu.

On notera que le chèque permettra d’augmenter les moyens alloués aux établissements privés. Belle opération technique pour instaurer de la discrimination entre établissements, au nom du libre choix des parents.

Ces propositions d’un néo-libéralisme inconnu jusqu’ici se doublent d’un discours larvé sur la massification des études, qui mèneraient à l’échec.

Le FN développe ici un éloge très pétainiste pour le travail manuel, qu’il faut revaloriser (étant entendu que les filières professionnelles doivent naturellement bénéficier aux enfants les plus défavorisés…). On lit par exemple: « Face à une école démantelée et massifiée (cf. le criminel objectif de 80 % d’une classe d’âge au bac) dont le niveau ne cesse de baisser, face à la dévalorisation des diplômes et au nombre croissant de jeunes sortant du système scolaire sans qualification, des changements profonds s’imposent. » L’amalgame entre l’accès au baccalauréat pour tous et les difficultés de notre système scolaire est grossier, mais ça marche toujours. Tout est bon pour limiter l’accès au savoir.

Le bruit des bottes dans les écoles

Tout aussi gênantes, les propositions claires et nettes du Front National pour remettre le pays au pas.

Ici, trois grands sujets à retenir.

D’abord, la remise au pas des enseignants, qui se trouve détaillée dans le chapitre « jeunesse » du programme. Par exemple: « Le développement de l’absentéisme, la contestation des enseignants et, dans des établissements de plus en plus nombreux, la montée de l’insécurité, accélèrent cette désorganisation de l’école. » Cette contestation des enseignants mérite donc une bonne reprise en main. Le FN propose donc, de façon très générique, de « Lutter contre la politisation de l’Éducation nationale, en interdisant les manifestations politiques d’étudiants ou d’enseignants organisées pendant les heures de cours. » On voit comment les libertés publiques passeront vite à la casserole si Marine était élue. Pour garantir ce serrage de vis, un encadrement expresse est prévu (bien entendu non financé) par des inspecteurs, qui auront un pouvoir accru sur les carrières, et dont le nombre doit quintupler! « Le corps des inspecteurs sera réformé et augmenté (1 inspecteur pour 150 enseignants, contre 1 pour 700 actuellement). Issus du corps enseignant expérimenté, les inspecteurs exerceront leur métier dans une autre région, pour une plus grande neutralité. »

A l’université, « Le fonctionnement des conseils d’administration ne doit plus être entravé par des représentations injustifiées (syndicats d’étudiants, personnel administratif, etc.). »

Parallèlement, la remise au pas des élèves, avec quelques mesures phares. Le retour de la discipline justifie de:

-« Exiger une tenue vestimentaire sobre de la part des élèves, ce qui permettrait d’estomper les différences sociales et d’éviter les rackets ;

– interdire les téléphones portables dans l’enceinte des collèges et des lycées. »

Outre ce retour à l’ordre, le destin des élèves sera un peu mieux dirigé. Ainsi, l’orientation deviendra un pivot de l’avenir des élèves.

Quand on connaît les dégâts de l’orientation et des corps d’inspection à l’Education nationale depuis des décennies, les propositions du FN laissent vraiment songeurs, à moins qu’elles ne soient concoctées par un groupe de travail réunissant des inspecteurs et des conseillers d’orientation. Ceci expliquerait cela.

Enfin, troisième axe, le pire: la reprise en main des savoirs. Ici, nous touchons du doigt à une logique digne de Pétain 1942. D’une manière générale, le FN déplore ceci: « Quant aux valeurs de travail et de discipline, elles sont remises en cause au même titre que l’autorité des professeurs. »

Le cadre général de la réflexion étant posé, le FN ajoute (chapitre jeunesse, toujours): « La politisation des manuels scolaires ou des enseignements est également un souci, l’Histoire de France étant trop souvent réduite, par exemple, à des épisodes « honteux », comme l’esclavage, la collaboration, ou la torture en Algérie. Les heures de cours sont désormais prétexte à toutes sortes d’opérations de sensibilisation (ex : sécurité routière, secourisme, etc.), parfois tendancieuses (ex : Journée contre le racisme, initiation à l’Europe, etc.). » On a tous bien noté que la journée contre le racisme est une démarche tendancieuse, qui rejoint la politisation de l’école et des savoirs, contre laquelle il faut lutter. Et ici s’ouvre un abîme sous nos pieds, car le FN propose tout simplement de revenir à l’école des années 40.

Ainsi, « Il convient de repenser les rythmes scolaires, en supprimant notamment les « heures de vie de classe ». Le contenu des enseignements doit être organisé de manière structurée et chronologique, pour développer le sens critique et le raisonnement des élèves. La méthode syllabique doit être complètement et définitivement réhabilitée. Parallèlement, le collège unique sera abandonné. » Voilà qui est clair. On revient sur quarante ans de construction scolaire.

Qu’on m’entende bien! notre école a bien entendu besoin de réformes. C’est même devenu une question vitale. Mais là où l’enquête PISA nous montre un besoin de développer les compétences dans l’enseignement des élèves, le FN nous propose de revenir à l’état antédiluvien de l’école, à l’époque où seul le savoir comptait, sans se préoccuper de l’utilisation que nos élèves en feraient. Alors que nos concurrents développent utilement la capacité des jeunes à s’adapter tout au long de leur vie professionnelle, le FN nous propose un retour à l’enseignement dogmatique le plus étroit.

La haine de l’égalité des chances

Difficile de conclure ce billet sans évoquer le rejet profond de toutes les mesures favorables à l’égalité des chances. Ainsi, il faut « Supprimer les passerelles ZEP pour l’accès aux grandes écoles. » Je passe ici rapidement sur la lutte contre l’islamisme, et sur les « réformes courageuses » rendues nécessaires par l’immigration, mais que le FN ne détaille pas. Il serait intéressant de comprendre de quoi il s’agit.

Plus globalement, le FN pose un principe simple: « Si l’éducation relève avant tout des familles, il appartient à l’État d’instruire ses enfants. » Autrement dit, l’éducation appartient à la sphère privée. L’Etat doit instruire, comme sous la IIIè République. Le retour à l’Instruction publique, voilà la mesure fondamentale que prône le FN. La vision d’avenir pour notre pays.

La crise spirituelle de l’Occident et la dette publique

Voici l’essentiel de mon intervention à Colmar, jeudi dernier, où je m’étais rendu à l’invitation de l’association Espoir:

http://www.association-espoir.org/

J’en profite pour remercier le président Bernard Rodenstein et son équipe pour leur accueil et leur engagement pour les bonnes causes.

L’essentiel de mon intervention visait à tirer quelques traits saillants de notre modèle à bout de souffle.

On voit bien que, de toutes parts, le schéma sur lequel nous avons bâti notre développement depuis soixante ans ne peut plus durer. Du point de vue écologique par exemple, les ressources naturelles ne sont pas suffisantes pour étendre ce modèle aux populations qui n’y ont pas encore eu accès. L’instabilité financière liée à la financiarisation de notre économie nous expose collectivement au risque constant de crise et de chocs économiques. Surtout, la montée des exclusions montre bien le défaut d’éthique inhérent à notre modèle de civilisation.

Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est essayer de comprendre les raisons profondes de notre mal-développement, et imaginer les piliers sur lesquels nous pourrons fonder un autre modèle.

La crise spirituelle de l’Occident

L’élément premier de notre crise n’est ni économique, ni financier, ni même politique. Il est spirituel.

Depuis plus de soixante ans, l’Occident a déserté ses fondements philosophiques les plus viscéraux. Souvenons-nous du modèle de société profondément humain que Platon avait développé dans La République, et qui a guidé la construction occidentale à travers le temps. Ce modèle est bâti autour de l’idée simple selon laquelle la société est un tout organisé par la raison, où chacun a une place, et où chacun prend sa part d’effort. Dans l’esprit platonicien, cette part est forcément plus important pour les élites que pour le peuple. C’est à cette seule condition que la société peut être harmonieuse.

L’avènement du capitalisme financier nous place à rebours de cette tradition. Il a consacré la prédominance d’une technocratie où la compétence technique a remplacé la raison. D’où l’omnipotence des experts qui nous expliquent sans relâche que le destin collectif est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux simples citoyens. L’obsession technique est l’habillage d’un système où l’élite financière a mis en coupe réglée l’ensemble de l’organisation sociale, avec son cortège d’exclusions et d’abandons sur le bord de la route.

La crise économique est le révélateur de cette crise spirituelle

La crise est devenu la principale caractéristique de notre modèle de développement. En opposition complète à l’harmonie platonicienne, ce modèle s’illustre par une instabilité constante, évidente depuis la crise de 2008. Notre avenir, si nous continuons sur cette voie, est une suite de crises systémiques.

Cette transformation radicale de notre modèle de développement est étroitement liée à la captation de notre démocratie par une élite financière, qui souhaite préserver coûte-que-coûte ses taux de profit. Comment expliquer autrement que, depuis trente ans, l’endettement public soit systématiquement choisi pour financer des politiques de croissance dont personne ne voit les effets?

En réalité, depuis trente ans, nos gouvernements multiplient les avantages fiscaux pour les possédants (ce qu’on appelle l’incitation fiscale en faveur de l’offre), ce qui diminue d’autant les recettes de l’Etat. La conséquence est simple: l’Etat s’endette, jusqu’à s’approcher de la faillite. Cette inquiétude inspirée par les Etats est le principal ferment de l’instabilité financière qui nous agite.

Si l’élite financière avait le souci de préserver l’harmonie sociale en prenant sa part d’effort dans la construction de la société, nous échapperions à cette instabilité.

Que faire? Le pire n’est jamais sûr

Face à cette programmation structurelle de l’instabilité et de la crise, sommes-nous démunis? Le pire est-il irrémédiable?

La réponse est non. Certaines décisions d’une clarté politique confondante peuvent être prises rapidement pour revenir à l’harmonie sociale:

–  abandonner le remboursement de la dette: le prix social à payer pour le remboursement de la dette est exorbitant, et ne garantit en rien le retour à la prospérité. Tous les pays qui remboursent s’enfoncent dans la récession, alors que ceux qui s’exonèrent du remboursement renouent avec la prospérité. Cela ne signifie pas qu’il faille donner libre cours au laxisme dans la gestion des finances publiques. Il faut une gestion sérieuse. Mais rappelons que, dans le cas de la France, le budget de l’Etat serait excédentaire hors remboursement de la dette. L’Etat est donc bien géré.

restructurer le secteur bancaire: si les gouvernements n’avaient pas autorisé ce qui avait été interdit après la crise de 1929, notamment la constitution de géants financiers plus puissants que les Etats, nous n’aurions pas connu la crise de 2008. Revenons donc à des pratiques saines, et démantelons les konzerns financiers.

revaloriser le travail: tant que nous ne reviendrons pas au plein emploi et à des niveaux de salaires décents, permettant à chaque salarié de vivre dignement, notre société connaîtra un malaise et du mal-développement. L’emploi doit être au coeur des préoccupations. Il faut augmenter les salaires, et entamer une vraie réflexion sur l’avenir de la notion même de salariat.

refonder le pacte républicain sur la société du savoir: l’ambition républicaine est devenue majoritaire en France du jour où la République s’est associée au savoir et à l’école. Notre école est malade, notamment parce qu’elle est une fabrique d’inégalités. Nous devons rapidement rebâtir une école de l’égalité des chances et de la diffusion des savoirs.

Dans tous les cas, le pire n’est jamais sûr, et le pire n’est pas écrit. Si les peuples reprennent la conduite des affaires publiques, nous pourrons ensemble rebâtir un espoir républicain.

La BCE s’équipe pour faire face à une nouvelle crise bancaire en Europe

La BCE annoncera une nouvelle facilité de crédit bancaire/Source

dimanche 27 mars 2011 15h11

FRANCFORT, 27 mars (Reuters) – La Banque centrale européenne met la dernière main à une nouvelle facilité de crédit visant à donner de la liquidité aux banques de la zone euro, notamment aux banques irlandaises en difficulté, apprend-on de source de la BCE.

Ce plan, conçu à l’origine « sur mesure » pour l’Irlande, devrait être annoncé la semaine prochaine pour coïncider avec le résultat de nouveaux stress tests sur les banques irlandaises, a-t-on expliqué samedi sous le sceau de l’anonymat. Les résultats sont attendus le 31 mars.

« Cela remplacera l’ELA (Emergency Liquidity Assistance) fournie actuellement par la banque centrale irlandaise », explique-t-on. « Ce sera sans doute semblable au SMP (le programme de rachat d’obligations de la BCE, NDLR) dans la mesure où il ne comportera pas de délai Si on avait mis une date-butoir de cinq ou dix ans, les personnes concernées aurait pu être tentées d’ignorer le problème jusqu’à l’approche de la date butoir. »

Bien que conçu pour les banques irlandaises, ce schéma sera disponible pour l’ensemble des établissements de la zone euro.

Il sera sous le contrôle du conseil des gouverneurs de la BCE. Les modalités des prêts octroyés seront fixées au cas par cas.

Le plan de sauvetage mis au point l’an dernier par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) n’a pas réussi à résoudre la crise bancaire irlandaise. Les banques du pays, confrontées à des fermetures de comptes et au refus des autres banques de leur prêter de l’argent, restent dépendantes de la banque centrale pour leur opérations au quotidien.

L’encours des prêts octroyés par la BCE et la banque centrale irlandaise aux six banques du pays était estimé à 150 milliards d’euros fin février.

Le nouveau gouvernement irlandais, élu pour renégocier le plan de sauvetage UE/FMI, est en discussion avec la BCE depuis plusieurs semaines sur un financement de moyen terme pour les six banques.

A côté d’une recapitalisation der banques, le gouvernement irlandais veut imposer à certains détenteurs d’obligations émises par les banques irlandaises de prendre leur part des pertes, a indiqué dimanche le ministre irlandais de l’Agriculture, Simon Coveney.

Les analystes interrogés par Reuters s’attendent à ce que les stress tests, prévus par le plan de sauvetage UE/FMI, montrent que Bank of Ireland, Allied Irish Banks, Irish Life & Permanent et EBS Building Society aient besoin d’environ 25 milliards d’euros.

Le plan de sauvetage EU/FMI a mis de côté 35 milliards d’euros pour les banques irlandaises. Selon le quotidien The Irish Independent de samedi, Allied Irish Banks, nationalisée de fait, pourrait avoir besoin de plus de dix milliards d’euros, Bank of Ireland de moins de cinq milliards d’euros et Irish Life & Permanent et EBS Building Society de moins de dix milliards.

Les victimes de la faillite de Lehman Brothers partiellement remboursées

AFP le 27/03/2011 à 13:30

Lehman Brothers : accord pour remboursement des milliers d’épargnants floués

Les banques de Hong Kong qui ont vendu des produits financiers liés à Lehman Brothers, à la faillite retentissante en septembre 2008, ont accepté de rembourser des dizaines de milliers d’investisseurs, ont indiqué dimanche les autorités financières du territoire.

Les seize banques vont racheter une large partie des titres, baptisés mini-obligations, garantis par la banque d’affaires américaine et vendus à quelque 40.000 investisseurs avant que leur valeur s’effondre avec la faillite de l’établissement.

La valeur totale de ces titres, avant la faillite de Lehman, était de 15,7 milliards de dollars de Hong Kong (1,43 milliard d’euros).

Cet accord permettra « à tous les clients de retrouver une partie substantielle de leurs investissements », ont déclaré dimanche la Commission des opérations de Bourse de Hong Kong (SFC) et de l’Autorité financière de Hong Kong (HKMA).

« Cette solution aurait semblé impossible au cours des mois suivant l’effondrement de Lehman et souligne la valeur d’autorités financières efficaces dotées de réactions fermes lorsque les choses vont mal », a ajouté Martin Wheatley, le directeur de la SFC.

La HKMA estime que les épargnants se verront rembourser de 85 à 96,5% de leurs investissements, contre 60 à 70% seulement lors d’un accord préalable.

L’accord doit encore être approuvé par 75% des investisseurs concernés, ont indiqué les administrateurs judiciaires de PricewaterhouseCoopers (PWC).

Cette annonce devrait mettre fin à une saga qui a vu des milliers de petits épargnants perdre une bonne partie de leurs économies alors qu’ils pensaient avoir investi leur argent dans des placements de père de famille.

Parmi les 16 banques figurent Bank of China (Hong Kong), Bank of Communications Co (Hong Kong) et Bank of East Asia.