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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Révélations du New York Times sur Fukushima

Je recommande la lecture de l’article: http://www.nytimes.com/2011/03/22/world/asia/22nuclear.html?_r=1&hp

du New York Times paru ce matin, à propos de Fukushima.

Le journal américain révèle que les autorités publiques japonaises ont autorisé il y a un mois à peine une prorogation de l’utilisation de la centrale pour une durée de 10 ans, tout en connaissant les risques afférents à la vétusté de la centrale:

– la fragilité des moteurs de refroidissement du réacteur 1 était connue

– les circuits de refroidissement étaient très peu vérifiés et maintenus

Les autorités de contrôle japonaises ont malgré tout consenti à une prorogation du site, en demandant toutefois à l’exploitant, selon un rapport de début février, de procéder à certaines opérations de maintenance sur l’étanchéité des réacteurs et la mesure du niveau d’eau dans les circuits de refroidissement.

Concernant le risque sismique, l’inspection diligentée par l’autorité nucléaire japonaise n’aurait duré que trois jours, ce qui semble trop court selon les spécialistes pour rendre des conclusions pertinentes.

Les questions posées par ce rapport

Ces informations nous interrogent sur les liens complexes entre opérateurs et autorités de contrôle.

Manifestement, ces dernières sont trop peu dotées en personnel et ne disposent pas de tous les moyens nécessaires pour mener efficacement leur mission. Il s’ensuit des décisions techniques insuffisamment préparées et étayées, qui exposent l’ensemble du public à un risque fort en cas d’accident.

D’autre part, l’indépendance de ces autorités de contrôle par rapport aux décisions économiques et politiques semble bien faible aujourd’hui. Nous comprenons tous qu’avant de décider de l’arrêt d’une centrale vétuste, l’autorité pèse savamment ses choix. Elle tient notamment compte de la dépendance énergétique du pays, et de l’inconvénient économique qu’un arrêt représente, au regard du bénéfice qu’un prolongement de l’activité procure. Ces considérations générales conduisent les experts à autoriser des activités qui devraient être interdites pour des raisons techniques.

Au-delà de ces dilemmes, c’est bien la question du développement durable et de la gestion de la pénurie énergétique qui est posée. L’épuisement progressif de l’énergie fossile nous expose de plus en plus à des risques létaux si nous voulons continuer sur le même schéma de développement. Et structurellement, ce choix-là doit être fait en toute connaissance des risques qu’il comporte.

Portugal: crise politique en vue à cause de la dette

AFP le 21/03/2011 à 21:48

Portugal : l’opposition inflexible, Socrates poussé vers la sortie

L’opposition portugaise a rejeté lundi les appels au dialogue du Premier ministre José Socrates, confirmant son intention de voter contre le nouveau programme d’austérité du gouvernement qui pourrait être contraint à la démission à la veille d’un sommet européen crucial.

Après avoir dramatisé toute la semaine les enjeux d’un plan d’austérité qui doit permettre d’éviter au pays un plan de sauvetage financier, M. Socrates s’était dit prêt à négocier « toutes les mesures proposées », à condition que les objectifs de réduction budgétaire « garantis » à Bruxelles soient respectés.

Lundi matin, après un entretien de 45 minutes avec le Premier ministre socialiste, le chef de l’opposition de centre-droit Pedro Passos Coelho a réaffirmé son rejet d’une « quelconque négociation avec le gouvernement », dénonçant une nouvelle fois un programme « socialement injuste », « concocté avec la Commission et la Banque centrale européennes » sans que l’opposition, les partenaires sociaux ni même le président n’aient été consultés ou informés.

Depuis un an, le Parti social-démocrate (PSD), principale force d’opposition, avait pourtant accepté d’endosser, en s’abstenant, les précédentes mesures d’austérité du gouvernement minoritaire, tout comme il avait permis à José Socrates d’échapper aux motions de censure présentées, à deux reprises, par la gauche antilibérale.

« C’est fini », a répété à plusieurs reprises M. Passos Coelho, qui n’a toutefois pas précisé si le PSD présenterait au Parlement une résolution contre le texte, comme a prévu de le faire le CDS, parti minoritaire de droite.

Pour être adoptée, une telle résolution nécessite le vote de l’ensemble de la droite parlementaire (102 élus contre 97 au PS), les 31 députés de la gauche antilibérale ayant annoncé qu’ils présenteraient leurs propres textes contre l’austérité.

Comme il s’y était engagé, le gouvernement a remis lundi soir une version détaillée de son programme d’austérité au parlement afin qu’il puisse être débattu et voté mercredi, à la veille du sommet de l’UE qui doit finaliser la réponse européenne aux crises de la dette.

Ce programme, dans lequel le gouvernement reconnaît pour la première fois la probabilité d’une récession en 2011 (-0,9% du PIB), confirme les dispositions déjà annoncées et saluées par Bruxelles, à savoir des réductions de dépenses supplémentaires en 2011, puis pour les deux années suivantes un renforcement de l’austérité, avec notamment un gel des retraites et de nouvelles mesures fiscales, déjà vivement contestés par l’opposition.

Ces derniers jours, les dirigeants socialistes ont multiplié les mises en garde contre une « crise politique gravissime » pour le pays, évoquant le risque d’une « rupture immédiate du financement de l’Etat » alors que le Portugal doit faire face à d’importantes échéances de dette (plus de 9 milliards d’euros) d’ici au 15 juin.

Lundi, le ministre chargé des relations avec le Parlement Jorge Lacao a confirmé l’hypothèse d’une démission du gouvernement, déjà envisagée la semaine dernière par M. Socrates en cas de « rejet explicite » des nouvelles mesures d’austérité qui visent à « garantir » la réduction du déficit public à 4,6% du PIB en 2011 et 3% en 2012.

Depuis Bruxelles, le ministre des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a une nouvelle fois mis en garde » contre les conséquences de la « crise politique » qui, a-t-il estimé, « contribue à pousser le pays dans les bras de l’aide extérieure ».

Signaux inquiétants sur l’immobilier américain

Cercle Finance le 21/03/2011 à 15:07

USA : nouvelle chute des ventes de logements existants.

(CercleFinance.com) – Les ventes de logements anciens ont chuté de 9,6% aux Etats-Unis au mois de février, soit deux fois plus que prévu, a annoncé lundi la NAR.

En volume, les ventes de logements existants se sont établies à 4,88 millions, contre 5,40 millions en janvier, alors que les analystes attendaient 5,15 millions de transactions.

Le prix national médian des logements anciens s’est replié de 5,2% à 156.100 dollars, au plus bas depuis le printemps 2002.

Doutes sérieux sur les véritables risques liés à Fukushima

AFP le 21/03/2011 à 14:22

Fukushima : contamination locale « pendant des dizaines d’années »

Les rejets radioactifs de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima se poursuivent, avec une contamination locale que le Japon aura à traiter « pendant des dizaines et des dizaines d’années », a prévenu lundi l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

Les rejets radioactifs de la centrale japonaise « sont d’ores et déjà importants, ces rejets continuent. Il faut donc s’attendre à ce que le Japon ait à gérer durablement les conséquences de rejets importants sur son territoire, c’est un problème que le Japon aura à traiter pendant des dizaines et des dizaines d’années », a souligné le président de l’ASN, André-Claude Lacoste, lors d’un point de presse.

Ces rejets sont liés d’une part aux « décompressions volontaires » – des émissions de vapeurs contenant des particules radioactives – destinées à faire baisser la pression dans les réacteurs accidentés pour éviter que l’enceinte qui les entoure ne soit endommagée. Et d’autre part à « des fuites » dont l’origine est encore imprécise, selon l’ASN.

Etant donné l’ampleur de ces rejets, « les dépôts de particules radioactives au sol seront importants » autour de la centrale, a prévenu Jean-Luc Godet, directeur à la direction des rayonnements ionisants et de la santé (ASN).

« Les autorités japonaises n’ont pas établi, ou pas transmis de cartographie de ces dépôts, et il n’est pas illusoire de penser que cette zone (contaminée) s’étend au-delà de la zone des 20 km » à l’intérieur de laquelle les populations ont été évacuées, a-t-il expliqué.

« Compte tenu de la météo, il est probable que des contaminations aient eu lieu au-delà, jusqu’à une centaine de kilomètres », selon M. Godet.

L’ASN ne dispose que « d’informations très parcellaires sur la contamination des denrées alimentaires » mais certaines « montrent que des végétaux ont été contaminés », a-t-il dit.

Un porte-parole du gouvernement japonais a annoncé lundi que le lait et deux sortes de légumes verts produits dans quatre préfectures proches de la centrale nucléaire de Fukushima avaient été interdits à la vente en raison d’un niveau anormalement élevé de radioactivité.

Des traces d’iode radioactive et de césium ont également été trouvées samedi dans l’eau du robinet de Tokyo et ses environs dans des proportions inférieures aux limites légales. Un niveau d’iode radioactif plus de trois fois supérieur à la limite légale a également été relevé lundi dans l’eau d’un village situé à 40 km de la centrale.

Inquiétudes pour l’Irlande et le Portugal

Accord sur le fonds « zone euro », l’Irlande inquiète

lundi 21 mars 2011 21h05

BRUXELLES (Reuters) – Un accord a été trouvé lundi entre ministres des Finances européens sur la structure de capital du futur fonds permanent de soutien à la monnaie unique, l’une des dernières questions encore en suspens dans la définition d’une réponse « globale » à la crise.

Mais la situation au Portugal, où le gouvernement menace de démissionner si l’opposition n’approuve pas les dernières mesures budgétaires annoncées, et en Irlande, où une enveloppe financière supplémentaire pourrait être nécessaire pour venir en aide aux banques nationales, continue d’inquiéter.

Selon l’accord trouvé lundi, le fonds permanent de soutien à la zone euro – le Mécanisme européen de stabilité (MES) – aura une structure de capital de 700 milliards d’euros, dont 620 milliards en garanties et capital souscris et 80 milliards en capital émis, a annoncé le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

Cette structure permettra au MES, qui se substituera en 2013 au Fonds européen de stabilité financière (FESF), de se voir attribuer la note de crédit maximale – AAA – tout en disposant d’une capacité effective de prêt de 500 milliards d’euros.

Les taux d’intérêt des prêts émis par le MES sera calculé en fonction des coûts d’emprunts du mécanisme calculés sur l’Euribor auquel s’ajouteront 200 points de base pour les prêts allant jusqu’à trois ans et 300 points de base pour les sommes non remboursées au delà de cette période.

La ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, a par ailleurs précisé que le capital émis serait abondé au mécanisme en deux temps : 40 milliards le 1er juillet 2013 puis 40 milliards au cours des trois ans suivants.

La contribution française sera « légèrement supérieure » à 16 milliards d’euros et sera elle-aussi versée en deux temps, a-t-elle poursuivi.

IRLANDE, PORTUGAL

Les ministres des Finances de la zone euro ne sont cependant pas parvenus à un accord sur le relèvement des capacités effectives de prêt du FESF des 250 milliards d’euros actuels aux 440 milliards d’euros envisagés lors de sa création en mai.

Plusieurs ministres ont déclaré au cours des derniers jours que cela pourrait être réalisé en relevant les garanties apportées au mécanisme mais, a dit Christine Lagarde, « cette question n’a pas été tranchée ».

Ces discussions interviennent alors que plusieurs sources européennes ont dit à Reuters que l’Irlande pourrait devoir solliciter une aide supplémentaire de l’UE pour soutenir son système bancaire.

Ces sources ont précisé que les membres de la zone euro seraient prêts à fournir une nouvelle aide au delà des 35 milliards d’euros déjà agréés en novembre mais exigeraient que Dublin fournisse une image claire de la restructuration en cours de son secteur bancaire.

« Il ne suffit pas de remettre de l’argent et que l’on continue comme avant. Ce n’était pas ça l’accord. Si vous lisez bien les engagements, il fallait une vraie restructuration du système bancaire irlandais. On attend toujours », a dit l’une des sources, tout en précisant que si cette rallonge était nécessaire, « l’Europe ferait son devoir ».

Au Portugal, la principale formation d’opposition a indiqué qu’elle ne soutiendrait pas les mesures d’austérité envisagées par le gouvernement minoritaire.

Après un entretien avec le Premier ministre, le socialiste José Socrates, Pedro Passos Coelho, leader du PSD, a dit que son parti soutenait les objectifs de consolidation fiscale présentés à l’Union européenne mais pas les mesures gouvernementales destinées à les atteindre.

Un vote sur les dernières mesures d’austérité ne devrait pas avoir lieu avant mercredi au parlement portugais. Il pourrait aboutir à la chute du gouvernement et déboucher sur une crise politique alors que le Portugal tente d’éviter de solliciter l’aide financière de l’Union européenne pour résorber sa dette.

Cantonales: comment la bergerie est venue au loup

En lisant les résultats des cantonales, je pense à tous ceux qui ont souffert des ravages de l’extrême droite en Europe, spécialement au siècle passé. Se retournent-ils dans leur tombe, s’ils sont morts? Gardent-ils souvenir de leur effroi, de l’effroi de leurs parents à l’évocation de ce que fut la France des années 30 et de la guerre, s’ils sont encore vivants? Il me semble impossible de ne pas interrompre nos occupations quotidiennes pour réagir à cette étrange nouvelle: la France est officiellement contaminée par la vague extrémiste qui a touché l’Europe depuis plusieurs années. La propagation couvait, elle est maintenant admise par les résultats électoraux.

Nous en avions eu les prémisses en 2002, avec ce second tour des présidentielles où Jean-Marie Le Pen avait supplanté Lionel Jospin. Nous avons désormais une sorte d’installation dans la maladie, avec un score proche de celui du parti au pouvoir dans un scrutin local, et surtout… surtout! une sorte d’accoutumance générale à cet état de fait. Autant les élections de 2012 avaient donné lieu à une réaction républicaine forte, autant la place du Front National fait aujourd’hui partie des évidences, des données brutes et des calculs politiciens.

La bergerie est allée au loup

La classe politique française, et les partis de gouvernement en particulier, portent une écrasante responsabilité dans cette affaire.

D’abord, aucun d’entre eux ne prend la mesure du rejet viscéral que les Français portent en eux face à une république décadente, confisquée par une élite avaricieuse et moralisatrice. Les thèmes essentiels de la vie quotidienne: la vie chère, le chômage, l’accès aux soins et au savoir, sont traités avec le plus grand des mépris. Il est vrai qu’aucun professionnel de la politique n’est directement touché par ces fléaux. Depuis la banquette arrière de sa limousine, il est difficile de comprendre les préoccupations de l’homme de la rue.

Ensuite, aucun d’entre eux n’est parvenu à traiter de façon démocratique la question de la sécurité. Certains l’occultent. D’autres l’attisent avec des visées électorales, tout en supprimant les postes de flics dans les quartiers les plus difficiles. Tous se sont plus ou moins laissés embarquer dans un amalgame idiot (et souvent suggéré) entre immigration et insécurité, voire entre islam et insécurité. De ce point de vue, la politique gouvernementale est lourdement fautive, puisqu’elle consiste, au moindre pépin sur n’importe quel sujet, à désigner un étranger comme bouc-émissaire, et à le persécuter officiellement pour tenter de refaire l’unité dans la troupe. L’affaire des Roms en constitue un exemple cataclysmique: au lieu de laisser la police s’occuper des délinquants, on l’a mise au service d’une manoeuvre politicienne de la plus totale bassesse, dont aucun Français n’a été dupe.

Et pendant ce temps, personne ne prône de projet républicain à la hauteur des attentes citoyennes.

La classe politique a servi, depuis des années, la soupe du Front National.

Et pourtant le peuple français est républicain

Le plus rageant reste que l’attachement à la République est une donnée fondamentale du peuple français. Je suis d’ailleurs persuadé que l’engouement pour le Front National se fait à défaut d’autre chose, et avec une crainte sourde face aux dérives dont Marine Le Pen sera tôt ou tard la sombre héroïne.

Je retiens que le Front National a quelques avantages comparatifs dans son programme, qui expliquent probablement sa victoire électorale:

– sa capacité à revendiquer une certaine image de la France, en assumant le risque d’arrêter la construction européenne

– son audace à prôner la sortie de l’euro – un sujet de fond qui cristallise beaucoup de questions: la vie chère, l’indépendance nationale, le pouvoir des banquiers, la compétitivité de la France

– son choix d’intégrer à l’identité française des valeurs comme la laïcité. Je n’en ai pas la même conception, mais je remarque que les Français considèrent que la laïcité est aujourd’hui une valeur essentielle à défendre

– sa vision rassurante de la dette et de son coût pour l’ensemble des Français; le Front proposant de fausses solutions à de vrais problèmes.

Sur tous ces points, il y a bien matière à construire un projet politique avec une France forte dans une Europe sociale et démocratique, en préservant nos valeurs humanistes et éclairées.

Là encore, le fait que les partis de gouvernement laissent le Front National occuper seul ces créneaux est cataclysmique.

Un fascisme français?

Quel risque représente aujourd’hui le Front National?

Celui d’un épisode fasciste? Probablement pas, en tout cas pas au sens mussolinien du terme. Il n’existe pas à ce stade une détresse telle dans notre pays qu’une majorité de nos concitoyens consentiraient à une expérience de ce type.

Celui d’une fin de l’Europe? Probablement pas. Le Front National au pouvoir n’aurait pas la légitimité pour faire mieux que ses prédécesseurs démocratiques qui ont voulu faire bande à part dans le concert des nations. Je pense ici à l’expérience du gouvernement Mauroy qui a dû battre en retraite face aux risques économiques que son programme suscitait. En deux ans, le Front National reviendra au droit chemin néo-libéral, après avoir vendu de la poudre de perlin-pin-pin à ses électeurs.

Une menace sur les libertés publiques? Très certainement, et de ce point de vue, le quinquennat Sarkozy a ouvert la voie: mise au pas de la presse dépendante des subventions publiques, contrôle du pouvoir au sens large par des policiers, utilisation de la police à des fins personnelles, gardes à vue à tout-va, chasse aux étrangers, intimidations à tous bouts de champ; bref, sécurité à tous les étages, au sens le plus bas du mot: sécurité intérieure, destinée à intimider les citoyens honnêtes sans forcément se préoccuper des voyous. Et des amis jet-setters qui font des affaires impunément.

C’est peut-être ça, le fascisme à la française.

Transparence du gouvernement japonais?

A la lecture des diverses dépêches qui viennent du Japon, tout porte à émettre des doutes sérieux sur la transparence avec laquelle le gouvernement japonais se comporte sur le dossier du nucléaire.

Des équipements dont tout le monde savait qu’ils étaient vétustes et dangereux

Wikileaks révèle que l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), qui dépend des Nations-Unies, avait mis les Japonais en garde contre l’état de leur équipement: (http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110317.OBS9815/l-aiea-avait-averti-le-japon-des-risques-d-accident-nucleaire.html). Il est manifeste que la contrainte budgétaire a pesé sur la sécurité. Autrement dit, par souci d’économie, l’exploitant japonais n’a pas pris en temps utile les mesures nécessaires à une prévention efficace de la crise que nous connaissons.

Ce point doit vraiment retenir notre attention, car la France peut très bien se trouver dans cette situation. EDF sous-investit dans la maintenance des équipements, malgré la propagande officielle, et maintient certaines centrales dans une situation d’insupportable exposition au risque.

Les autorités japonaises distillent des informations très rares sur la situation exacte à Fukushima

De façon grandissante, un fossé sépare l’information alarmiste relayée par les Occidentaux, et l’information rare mais rassurante diffusée par les autorités japonaises sur l’état du péril nucléaire à Fukushima.

Je vous recommande la lecture du New York Times, qui couvre très bien l’événement et donne quelques informations très instructives sur ce fossé entre Occidentaux et Japonais: http://www.nytimes.com/2011/03/19/world/asia/19japan.html?_r=1&hp

Entre autres, on apprend que:

– mardi ont eu lieu les premières véritables émissions de radioactivité sur le site, malgré cela les autorités japonaises n’ont pas voulu étendre le périmètre d’évacuation

– l’aspersion d’eau sur le site pourrait favoriser une « recriticalité », c’est-à-dire un processus de fission nucléaire à partir des déchets

– le sol de la piscine du réacteur n°4, ainsi que les parois, seraient fissurées, ce qui rend inopérante la manoeuvre de remplissage tentée par les autorités. En outre, un incendie serait peut-être encore actif sur le réacteur n°4.

– les autorités japonaises ont interrompu, sans donner d’explication claire, l’opération d’aspersion d’eau par les canons à eau

– les experts américains considèrent que les Japonais ont sous-estimé et continuent à sous-estimer le risque nucléaire. En outre, ils n’ont constaté aucune baisse de température dans les réacteurs privés d’eau de refroidissement.

Ces éléments ne sont guère encourageants. Manifestement, des considérations politiques influencent fortement les autorités japonaises, et biaisent la transparence à laquelle nous avons droit.


La flambée du yen inquiète les Occidentaux

AFP le 18/03/2011 à 01:39

Japon : le G7 va mener une « intervention concertée » sur le marché des changes (officiel)

Les banques centrales des pays du G7 vont mener dès vendredi « une intervention concertée sur les marchés des changes » en réaction à la flambée du yen qui a suivi le séisme et l’accident nucléaire au Japon, selon un communiqué publié dans la nuit de jeudi à vendredi.

« En réponse aux récents mouvements du taux de change du yen associés aux événements tragiques survenus au Japon, et à la demande des autorités japonaises, les autorités des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, du Canada et la Banque centrale européenne se joindront au Japon, le 18 mars 2011, pour une intervention concertée sur les marchés des changes », ont déclaré les grands argentiers du G7 à l’issue d’une réunion téléphonique, selon ce texte publié par la France, qui préside actuellement cette instance.

« Comme nous l’avons souligné depuis longtemps, la volatilité excessive et les mouvements désordonnés des taux de change ont des conséquences négatives pour la stabilité économique et financière. Nous continuerons à suivre avec attention l’évolution des marchés des changes et à collaborer si nécessaire », ont ajouté les ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales des sept pays les plus industrialisés de la planète (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni).

La réforme de la PAC ne sera pas égalitaire

AFP le 17/03/2011 à 18:44

L’UE refuse de plafonner les aides agricoles aux grands exploitants :

Une majorité des ministres européens de l’Agriculture a opposé jeudi une fin de non recevoir au projet de plafonner les aides agricoles aux grands exploitants, tout en trouvant un difficile compromis sur le rééquilibrage des aides européennes entre l’Est et l’Ouest de l’UE.

Au total, 20 Etats sur 27 ont voté en faveur d’un texte sur la réforme de la Politique agricole commune, qui reprend dans l’ensemble les grandes lignes dessinées à l’automne dernier par la Commission européenne, selon plusieurs ministres européens.

Il s’agit « d’une bonne base pour discuter autour d’un paquet législatif » dans les prochains mois, s’est réjoui le commissaire européen en charge de l’Agriculture, Dacian Ciolos.

L’une de ses propositions concernant le plafonnement des aides aux grandes exploitations y est toutefois sèchement recalée. Le texte « prend note de l’opposition significative des Etats à l’introduction d’un plafond pour les paiements directs reçus par les grandes fermes individuelles ».

Lorsqu’il avait fait cette proposition, le commissaire l’avait justifiée par la nécessité de donner une plus grande crédibilité à la PAC.

« Quand des exploitations touchent des centaines de milliers d’euros, voire des millions d’euros dans certains Etats, il est très difficile d’expliquer à l’extérieur du monde agricole qu’on paie autant pour soutenir le revenu de quelques agriculteurs », avait-il notamment confié à l’AFP.

Jeudi, M. Ciolos a maintenu son attachement à cette proposition « qui me semble refléter les attentes du contribuable européen », assurant qu’elle ne porterait pas atteinte à la « compétivité » des exploitants.

Le ministre hongrois de l’Agriculture Sandor Fazekas, dont le pays occupe la présidence de l’UE, s’est réjoui du soutien de l’ensemble des Etats européens à près de 90% des propositions contenues dans le texte.

Le compromis trouvé réunit une majorité qualifiée d’Etats européens sur des propositions ambitieuses pour la PAC, a renchéri son homologue français Bruno Le Maire: « Le signal politique est là qu’une majorité d’Etats soutiennent une PAC forte après 2013″.

Le texte approuvé fait état d' »un large soutien au fait que la future PAC doit rester une politique commune forte, et en ce qui concerne le budget de l’UE, qu’elle devrait être dotée de ressources financières proportionnelles à ses objectifs, sans préjuger des décisions » sur les perspectives financières du budget communautaire au-delà de 2013.

Certains Etats, notamment le Royaume-Uni, plaident régulièrement pour une réduction substantielle de la place de la PAC dans le budget de l’UE (40% aujourd’hui).

Le texte souligne que les aides directes « contribuent actuellement à assurer un niveau de vie équitable à la communauté agricole » et constate un « large soutien » pour qu’elles « restent un élément essentiel » de la PAC à l’horizon 2020.

Mais les discussions les plus ardues ont porté jeudi sur le rééquilibrage des aides directes d’un Etat à l’autre. Actuellement fondées sur des références de production historiques, elles désavantagent les Etats ayant récemment rejoint l’UE par rapport aux Etats fondateurs et peuvent varier du simple au triple.

Le texte « reconnaît le besoin d’une répartition plus équitable des aides directes en réduisant par étapes le lien aux références historiques ».

L’Allemagne, qui a beaucoup à perdre dans ce rééquilibrage, était très réticente. « L’Allemagne a accepté pour la première fois de parler des références historiques. Et la Pologne, pour la première fois, a accepté de renoncer » à un niveau unique d’aide à l’hectare dans toute l’Europe, a commenté Bruno Le Maire.

Les négociations sur les modalités précises de ce rééquilibrage seront toutefois « très dures », a convenu le ministre français.

Post-scriptum à l’affaire Renault

Dans l’effroi jeté par les calamités japonaises, nous avons perdu de vue quelques autres drames, dont le moindre n’est pas l’écrasement de la révolte libyenne. Dans notre silence, qui vaut presque consentement.

Mais je voudrais aujourd’hui revenir sur l’affaire Renault, qui constitue la meilleure illustration des débordements patronaux que notre époque accepte avec une passivité totale.

La violation de la vie privée sur le lieu de travail

Toute cette affaire est partie d’un droit qu’un employeur s’est arrogé: celui d’espionner ses salariés jour après jour, en mettant en place un service spécial dédié à cet usage, animé par d’anciens militaires ou d’anciens barbouzes.

Cette pratique seule est un scandale.

Qu’une entreprise décide de protéger ses secrets est une chose. Il existe de nombreuses méthodes pour y arriver sans difficulté, surtout pour les salariés en charge de dossiers sensibles. Par exemple, il est tout à fait imaginable de mettre en place un traçage de l’ensemble des documents qui circulent dans l’entreprise, de telle sorte que toute manipulation soit identifiable.

Dans le cas de l’affaire Renault, la méthode est différente: elle consiste à payer des détectives privés pour fouiller dans la vie des salariés. De quel droit?

Le fait que l’employeur ne démissionne pas alors que cet usage est révélé montre le degré de tolérance auquel on nous a ramollis, vis-à-vis de pratiques totalement contraires aux libertés publiques. Car, rappelons-le, en droit du travail, le salarié est l’égal de son patron. Sauf que l’un peut « fliquer » l’autre sans aucune sanction ni inquiétude.

L’accusation sans preuve comme méthode managériale

De façon extravagante, trois salariés manifestement honnêtes et attachés à leur entreprise ont été emportés sans crier gare dans une tourmente: mis à pied, désignés à la vindicte nationale, objet d’une publicité quotidienne dans tous les grands médias. Pour être blanchis avec de simples excuses et une promesse d’indemnité.

Comment, en démocratie, peut-on admettre qu’un employeur traite ainsi ses collaborateurs? On notera d’ailleurs que la nature du différend est privée: il s’agit d’un soupçon d’un employeur vis-à-vis de son salarié. Avec une violence inouïe pour les salariés concernés, ce différend a justifié l’intervention des services de la DCRI, entièrement publics, mobilisés pour découvrir le contraire même de l’accusation lancée par l’employeur: non, l’espionnage n’a pas eu lieu, mais si, l’employeur a été victime de ses propres services de sécurité.

Cette affaire illustre la dérive grandissante des pratiques patronales: celles d’un asservissement de plus en plus poussé des salariés qui « doivent être heureux d’avoir encore un travail ». L’épouvantail du chômage justifie des violences de moins en moins compatibles avec notre fonctionnement démocratique.

Sanctionner les employeurs

Il est nécessaire d’imposer aujourd’hui des sanctions aux employeurs fautifs. Des sanctions plus lourdes que le renoncement volontaire à une part de son bonus (rappelons que l’essentiel de la rémunération de Carlos Ghosn est attribuée par Nissan, et non par Renault).

Le sujet de la violence patronale, comme l’accusation sans preuve, n’est pas un sujet financier, ni social. Il est un sujet politique. L’entreprise ne doit pas échapper aux principes démocratiques. Accepter le contraire est déjà un premier et grave glissement vers la tentation autoritaire.

Carlos Ghosn doit démissionner.