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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Prêtre égorgé: un des terroristes sortait-il de prison?

Dans l’affaire du prêtre égorgé, il va vraiment faire vilain pour l’exécutif. Selon les premiers éléments colportés notamment par une sénatrice, l’un des terroristes qui a égorgé un prêtre était sorti de prison, muni d’un bracelet électronique, le 22 mars.

L’un des terroristes de Rouen, d’après les premiers éléments de l’enquête, serait sorti de prison le 22 mars 2016 et serait passé par la Syrie. Que ce soit Merah, Coulibaly…, ils ont tous le même profil. Radicalisés, ils sont sortis de prison et passent à l’acte. Ce n’est pas acceptable, on ne peut pas laisser des gens sortir de prison sans les accompagner. On ne peut pas continuer à laisser des terroristes en liberté dans nos rues ! Il faut arrêter la politique compassionnelle. On ne peut pas vivre un attentat, un deuil national tous les 15 jours… Il faut se mettre au boulot.

On mesure immédiatement les complications explosives que ce dossier comporte pour François Hollande.

Le prêtre égorgé faute d’une réorganisation administrative?

D’emblée, le sujet qui sera posé tournera forcément autour de la capacité de l’exécutif à mettre ses fonctionnaires au travail. De fait, après l’affaire Merah, après l’affaire Coulibaly, après les affaires Kouachi, après les parcours de plusieurs islamikazes au Bataclan, le service public au sens large donne le sentiment de ne tirer aucune leçon de ses erreurs, et de se cantonner à une arrogance de mauvaise aloi.

Lire mon article sur les défaillances policières face au terrorisme...

Une fois de plus, l’articulation entre la justice, l’administration pénitentiaire et le renseignement ne s’est pas faite. C’est pourtant un point soulevé lors des attentats du 13 novembre, notamment devant la commission parlementaire.

L’exécutif tient-il ses fonctionnaires? Est-il capable de leur imposer les réorganisations indispensables? On a beaucoup entendu Cazeneuve critiquer ses prédécesseurs d’avant 2012… On attend qu’il montre de quoi il est capable.

Plutôt qu’une polémique, une politique!

La question est de savoir si l’exécutif est aujourd’hui capable de changer sa méthode et de manifester autre chose que du mépris pour les attentes de la société civile en matière de sécurité. Jusqu’ici, il a laissé peu d’espoir à ceux qui attendaient de lui une réponse à la hauteur des enjeux.

Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, l’exécutif apporte deux types de réponses au terrorisme. D’une part, un accroissement des moyens dont la commission parlementaire a montré qu’ils étaient parfois surdimensionnés par rapport à l’usage effectif qu’en fait la police. D’autre part, des postures de communication avec de grandes phrases patriotiques qui suscitent un rejet de plus en plus fort de la part de l’opinion publique.

Responsabiliser la hiérarchie policière

Une fois de plus, la France fait l’expérience de l’aberration que constitue le statut de la fonction publique. Conçu pour éviter la politisation des services, il obéit aux règles inverses aujourd’hui. La haute fonction publique, y compris dans la police, est politisée. Et, à l’abri du statut, elle donne libre cours à la connivence sans se soucier de son efficacité.

Le bon sens consisterait aujourd’hui, pour l’exécutif, à enjoindre à ses fonctionnaires de réussir. Sans quoi, la garantie de l’emploi ne devrait plus jouer.

Un besoin d’une riposte à la hauteur

Les appels lénifiants n’aideront pas l’exécutif à ramener la concorde dans le pays. Le peuple français n’a plus besoin de mots. Il a besoin de décisions suivies d’effets. Il a besoin d’avoir confiance dans ses forces de l’ordre. Il a besoin de ne plus se sentir méprisé ou accusé de « complotisme » lorsqu’il demande des comptes à ses fonctionnaires et à leurs ministres.

Cette inversion de la courbe du mépris va vite devenir vitale, parce que François Hollande risque de découvrir le second effet « kiss cool » de ses postures médiatiques. Tôt ou tard, face aux défaillances de l’Etat et à l’incapacité de les évoquer, des citoyens agiront par eux-mêmes. Et ce jour-là, la situation sera très très mauvaise…

Un prêtre égorgé dans une église normande… et après?

Ce qui devait arriver est arrivé. Deux hommes ont pris des otages dans une église et ont égorgé le prêtre qui s’y trouvait. Ils ont été abattus, semble-t-il.

Il faut à ce stade attendre confirmation exacte des faits. Il n’en reste pas moins que si cette information devait être vérifiée, elle constituerait un nouveau cap dans l’escalade de la terreur en France. Cette fois, ce sont des membres du clergé catholique qui sont explicitement visés.

Nul ne peut encore mesurer l’impact que ce tournant aura sur l’opinion publique française. Mais on peut craindre le pire…

Un prêtre égorgé réveillera-t-il une guerre de religion?

La question que tout le monde se pose, bien entendu, est celle de l’impact de ce nouvel acte potentiellement terroriste (restons prudents) sur l’état d’esprit en France.

L’attentat de Nice a montré que le gouvernement a mangé son pain blanc sur la question. Après le 11 janvier 2015, l’équipe Hollande a imaginé qu’elle disposait d’un blanc-seing et qu’elle pouvait allègrement repartir comme en 40, sans aucun compte à rendre aux citoyens. C’est la vieille doctrine des élus: le seul compte-rendu que nous devons, c’est tous les cinq ans, dans les urnes.

Face au péril imminent qui menace le pays, les citoyens ont clairement fait savoir qu’il ne voulait plus de cette incurie ni de cette opacité. Les attentes exprimées devant la Commission parlementaire sur le sujet l’ont montré.

Manifestement, le gouvernement n’a rien voulu entendre et s’est muré dans ses techniques obsolètes de gouvernance.

Et maintenant? le peuple français considèrera-t-il que la balle est dans son camp et qu’il doit se substituer au gouvernement pour agir? Rien ne l’exclut. L’inefficacité des forces de police, leur incapacité à garantir la sécurité au quotidien dans les quartiers ont porté l’opinion dans un état de ras-le-bol qui constitue désormais une donnée politique. Celle-ci pourrait bien faire irruption dans le débat. Et même remplacer le débat.

Les patrons français sont des délinquants

Les patrons français sont des délinquants. C’est en tout cas comme cela qu’ils se perçoivent eux-mêmes, selon les termes même de la délégation aux entreprises du Sénat qui vient de rendre un rapport sur son tour de France. On en recommandera la lecture à tous, et singulièrement aux entrepreneurs qui se sentiront moins seuls en lisant ces textes instructifs. J’en produis ci-dessous l’extrait d’une visite en Alsace. Elle me semble donner une bonne représentation de la réalité.

Notre journée a débuté par une table ronde à l’Agence de Développement Économique du Bas-Rhin (ADIRA) qui a réuni 12 entrepreneurs, représentatifs du savoir-faire et du dynamisme de l’économie alsacienne. Tous les secteurs étaient représentés : l’agro-alimentaire avec Alsace Lait, le secteur de l’automobile (L & L Products), celui de l’innovation industrielle (Entreprise Quiri spécialisée dans l’ingénierie hydraulique), celui du matériel agricole (Entreprise Kuhn) et du matériel électrique (Hager) sans oublier le secteur sensible du bâtiment et des travaux publics (Entreprises Wienerberger et Lingenheld) ou encore celui de la rénovation thermique et électrique (EBM thermique). Certaines de ces entreprises vous sont d’ailleurs certainement bien connues puisque figurait également à cette table-ronde l’entreprise Caddie, dont le nom est passé dans le langage courant pour désigner les charriots de supermarchés et qui, après avoir connu des années difficiles, a su renouer avec le succès international. Était également présente l’entreprise alsacienne de lavage de voiture Hypromat France que vous connaissez certainement sous son enseigne « Éléphant Bleu ».

Toutes symbolisaient la diversité et la spécificité du monde des entreprises alsaciennes, ancrées dans leur territoire, mais également ouvertes à l’extérieur et à l’international. Disposant toutes d’un lien ou d’un contact à l’étranger (par le biais de leurs maisons-mères, de leurs filiales, de leurs partenaires ou de leurs clients), elles étaient parfaitement à même d’établir des comparaisons et de nous présenter les avantages et les inconvénients d’une installation en France.

Et de fait, la discussion, qui aurait dû être centrée sur les spécificités des entreprises alsaciennes et l’attractivité de l’Allemagne, s’est très vite focalisée sur les freins à la croissance. Nous leur avions demandé de ne rien nous cacher et de nous dire tout ce qu’elles pouvaient avoir sur le coeur. La parole a été très libre et surtout très critique pour notre législation et notre réglementation. Une phrase prononcée par l’un des chefs d’entreprise à la fin de la réunion résume tristement l’ensemble des échanges que nous avons pu avoir : « En France, nous avons une culture de l’administration, pas une culture de l’entreprise ».

Si certains ont, malgré tout, salué l’action de l’État, leurs exemples se limitaient à l’accompagnement des entreprises en difficulté. Pour le reste, le discours était pratiquement unanime pour dénoncer les lourdeurs administratives, l’inadéquation de la législation fiscale et sociale et une prise en compte insuffisante des spécificités du monde de l’entreprise. Sur ces différents points, je vous propose de citer quelques exemples :

1) la lourdeur administrative et réglementaire : un des entrepreneurs nous a précisé ne plus être en capacité de lire l’ensemble des textes qui s’appliquent à son activité. Face au maquis réglementaire, qualifié d’inhumain, « nous sommes tous des délinquants en puissance » nous a-t-il déclaré. Le temps de traitement des dossiers par l’administration française, notamment sur les questions de permis de construire et d’installations classées, a notamment été dénoncé, allant jusqu’à 27 mois d’instruction en France contre 3 mois en Allemagne.

L’inflation des normes environnementales a été critiquée tant pour sa complexité que pour les coûts qu’elle engendre. Le prix des études préalables à la charge de l’entreprise dans le cadre d’appels d’offres est vécu comme exorbitant au regard du risque financier supporté par l’entreprise. Un des entrepreneurs nous a indiqué avoir dû payer 150 000 euros pour le transfert et la mise en conformité d’une machine qui fonctionnait parfaitement en Allemagne !

Toujours en matière environnementale, la surtransposition des directives européennes a été dénoncée comme un mal français qui nuit à notre économie comparativement aux autres pays de l’Union européenne. Les entrepreneurs ne comprennent pas l’obligation qui leur est faite d’analyser l’eau qui ruisselle sur leur parking ou, pire, de mesurer le bruit d’une usine qui fait moins de bruit que l’autoroute en face ! Ainsi, les nouvelles réglementations sur l’eau vont nécessiter pour une des entreprises présentes un surcoût d’investissement de 9,2 millions d’euros pour un gain environnemental qui ne semble pas avéré.

Cet environnement défavorable aux entreprises a pour conséquence de pénaliser la reprise économique en France. Un entrepreneur avait le choix entre une extension de son entreprise en Alsace ou la création d’une nouvelle usine à Prague avec 50 emplois de créés. Il a choisi la solution tchèque car en un an, il avait une usine opérationnelle qu’il n’aurait jamais pu obtenir dans le même temps en France, compte tenu des autorisations administratives préalables ;

2) la complexité du droit du travail français a unanimement été dénoncée. Un chef d’entreprise nous a déclaré qu’il avait besoin de trois fois plus de personnel dans son équipe dédiée aux Ressources Humaines en France qu’en Allemagne. Un autre nous a cité en exemple la simplicité de la législation du travail en Suisse qui, en rendant le licenciement plus simple, permet également de limiter les freins à l’embauche. Là-bas, un licenciement pour faute entraîne une réduction de l’indemnité chômage.

Le seuil des 50 employés que nous évoquons souvent au sein de la Délégation a encore une fois été dénoncé, avec l’exemple très concret d’une entreprise qui a fait le choix de s’installer en Allemagne plutôt qu’en France après avoir fait une analyse financière comparée des deux législations. Ce projet aurait pu créer 50 emplois supplémentaires en Alsace ;

3) la pression fiscale : le régime fiscal appliqué à la transmission des entreprises a unanimement été dénoncé comme une porte ouverte au démantèlement des entreprises françaises et de leur savoir-faire.

Les incitations fiscales ont été jugées largement insuffisantes ou contre-productives compte tenu des risques de contrôle fiscal, notamment concernant le Crédit Impôt Recherche. Les déductions fiscales liées au financement du secteur « Recherche et Développement » ont été jugées largement insuffisantes au regard de ce qui existe à l’étranger, le système français ne prenant en compte qu’une part des dépenses de recherche ;

4) une prise en compte insuffisante des besoins des entreprises : sur les délais de paiement, les entrepreneurs reconnaissent que la loi de modernisation de l’économie a amélioré les délais de paiement mais des niches continuent d’exister qui mettent à mal la trésorerie des entreprises. Par ailleurs, certains considèrent l’accompagnement du secteur bancaire et de la BPI comme pouvant être amélioré.

Il y a en Allemagne un réel accompagnement des entreprises pour leurs projets d’installation et d’extension qui n’existe en France que lorsque l’entreprise est déjà en difficulté. De fait, le seul entrepreneur reconnaissant un accompagnement efficace de l’État a cité le cas de la reprise de Caddie, au moment où l’entreprise était au plus mal. Or, il serait plus intéressant d’assurer la prévention plutôt que la guérison.

Les entreprises présentes ne souhaitaient pas nécessairement un médiateur qui se rajouterait entre les entreprises et l’enseignement ou les administrations mais plutôt des espaces de rencontres. Ils ont ainsi cité en exemple les enseignants qui font la démarche d’aller directement voir les entreprises et de travailler avec elles. Concernant le soutien à l’apprentissage, ils ont rappelé que 200 apprentis traversent le Rhin pour faire leur apprentissage en Allemagne. Il serait temps d’inverser cette courbe.

L’Union européenne et l’attitude de certains de nos partenaires ont également été dénoncées lors de la table-ronde. L’Allemagne pratiquerait, sans le dire, un certain protectionnisme qui limiterait notre capacité à y acquérir des parts de marché alors même que la France semble plus ouverte aux entreprises allemandes. Un entrepreneur expliquait devoir présenter des prix 20 % à 25 % moins chers pour pénétrer certains marchés de nos voisins européens. Le manque d’harmonisation fiscale et sociale au sein de l’Union Européenne a clairement été identifié comme un frein à l’expansion des entreprises françaises concurrencées par leurs collègues européens.

Après avoir dressé ce constat relativement pessimiste, les entreprises présentes nous ont suggéré quelques aménagements législatifs ou réglementaires plus favorables au monde de l’entreprise et à l’emploi. Certaines nécessiteront de notre part une analyse plus approfondie mais je vous présente quelques-unes des propositions qui nous ont été soumises :

1) exonérer la transmission d’entreprises jusqu’à 100 % en contrepartie d’un engagement de conservation de l’entreprise et de ses salariés sur 12 ans. Les chefs d’entreprise regrettent en effet une double imposition qui les oblige à vendre leur entreprise plutôt que de la transmettre à leurs enfants ;

2) assouplir la loi sur le temps partiel afin de prendre en compte les spécificités des entreprises qui ont une activité cyclique et très variable dans le temps, avec une attention particulière sur le travail le dimanche ;

3) mettre en place des études d’impact sur l’économie avant tout vote d’une loi nouvelle pour vérifier la soutenabilité financière des nouvelles normes pour les entreprises concernées ;

4) favoriser l’embauche des plus de 50 ans en permettant aux entreprises de les recruter sans risque de prise en charge de leurs maladies ;

5) encourager les collectivités à utiliser les possibilités offertes par les délégations de service public afin de favoriser les PME locales ;

6) modifier le décret du 14 mai 2014, dit décret « Montebourg », soumettant dès le premier euro les investissements étrangers dans certains secteurs à une procédure d’autorisation préalable pénalisant les petits projets locaux ;

7) permettre à la loi de modernisation de l’économie d’obtenir tous ses effets en matière de délais de paiement ;

8) de manière plus spécifique, un entrepreneur nous a évoqué la nécessité de répondre aux difficultés propres à l’Alsace-Moselle qui dispose d’un droit local qui, parfois, se surajoute à la complexité administrative française, avec notamment des jours de congés supplémentaires.

Plus globalement, les entrepreneurs nous ont reproché collectivement, élus et gouvernement, de ne pas savoir communiquer positivement sur la France. Sur la situation économique de notre pays, certains chefs d’entreprise n’ont pas été tendres : « Vous êtes collégialement responsables de la situation dans laquelle on est (…) Vous n’avez pas fait le job pour lequel vous avez été élus », a-t-on pu entendre !

Les autres pays font davantage confiance à l’entreprise en mettant en place des procédures de contrôle a posteriori et non a priori, simplifiant ainsi largement les démarches d’installation. Un entrepreneur a ainsi cité le cas concret d’une implantation d’une unité de production qui avait, en France, subi un retard de plus de deux ans, comparé à la création d’une usine similaire au Canada.

De nos différents échanges, on a retenu un sentiment de malaise parmi nos entreprises en France. Un entrepreneur expliquait qu’il était vu aux États-Unis comme une star, en Allemagne comme un héros et en France comme un voyou. Or, l’entreprise, ce n’est pas seulement un patron, c’est également des salariés, des fournisseurs, des clients. Retrouver la confiance, c’est aussi pour les entrepreneurs que nous avons rencontrés, changer cette mentalité française et faire en sorte de travailler ensemble dans la même direction en « cordée française » pour reprendre l’expression d’Emmanuel Macron citée lors de la table-ronde.

Pour résumer, une seule des entreprises présentes a annoncé la fermeture de son implantation allemande en expliquant que l’avantage comparatif de notre voisin outre-rhin s’essoufflait, notamment à la suite de la création du salaire minimum en Allemagne. Les autres entreprises présentes ont, au contraire, reconnu que leur fidélité à l’Alsace et à la France tenait plus à des raisons familiales et historiques qu’à des raisons sociales ou fiscales qui les inciteraient plutôt à s’implanter à l’étranger.

Terrorisme: quand la gauche la joue Totem et tabou

Article écrit pour Atlantico.

Ces derniers jours, la gauche multiplie les appels au silence dans les rangs. Le plus caractéristique d’entre eux fut celui de Jean-Marie Le Guen, qui considérait que les critiques incessantes sur le fonctionnement des services de l’Etat étaient une mise en danger de la démocratie. On aurait bien tort de limiter cette stigmatisation de la prise de parole à un simple accès d’autoritarisme. Elle révèle un malaise plus profond, l’expression d’un besoin de tabou caractéristique des univers en crise.

Il faut protéger le papa Etat

La gauche en dit long sur ce que l’Etat représente à ses yeux lorsqu’elle demande de ne pas le critiquer ou, pire, lorsqu’elle accuse ses détracteurs d’être des ennemis de la démocratie. On comprend bien l’argument qui est donné en creux: remettre l’Etat en cause, c’est saper le fondement de l’ordre, du sens, c’est défier la loi.

Il est très symptomatique de voir que la gauche a atteint ce stade antérieur à la pensée démocratique où la loi et l’Etat se confondent, comme si la norme en démocratie se résumait à l’expression de puissance comprise dans toute forme de bureaucratie.

Inconsciemment, bien sûr, c’est l’Etat comme figure du père qui se dessine dans ces propos. L’appel de Jean-Marie Le Guen au silence dans les rangs ne dit pas autre chose: arrêtez de critiquer le papa Etat! sinon, c’est le principe même de l’autorité qui va disparaître.

La gauche en pleine terreur primitive

Cette évolution de la sémantique politique n’a rien de très rassurant. Elle dévoile un pouvoir aux abois, déstabilisé dans son fondement, et en pleine perte de repère. Ce n’est plus un débat démocratique qui a lieu, avec une délibération rationnelle sur la performance des services de l’Etat ou sur la rationalité des choix opérés en matière de sécurité.

Peu à peu, nous avons glissé vers un débat d’une autre nature, où le pouvoir (auquel on aurait pu confier un grand « P ») exprime sa peur de perdre le contrôle de la situation. Il demande au village de se rassembler autour du Totem républicain et de redire sa foi dans les tabous traditionnels.

Non! il ne faut pas blasphémer! oui! il faut respecter silencieusement les grandes règles qui font les soubassements de la société. Ces grandes règles, on les connaît: ne pas défier l’autorité du papa Etat, accepter les lois traditionnelles, reconnaître l’autorité des chefs désignés selon la coutume.

Certains s’amuseront de voir que ce rappel au tabou primitif survient au moment où une femme remet en cause la parole d’un ministre. Comme si cet acte-là agissait symboliquement et inconsciemment comme une remise en cause de l’ordre ancestral tout entier.

Le besoin d’un ordre autoritaire?

En réponse à cette grande angoisse primitive exprimée par ceux qui sont chargés de l’autorité sur la communauté, faut-il craindre une fête expiatoire où seront désignés les boucs-émissaires du désordre intérieur? C’est un vieux réflexe primitif, en effet, de canaliser les peurs collectives sur une victime désignée pour exorciser tout ce dont on ne veut pas.

Incontestablement, la société française se trouve bien à cette croisée des chemins où, pour conjurer la peur d’une dislocation, la désignation d’un ennemi à l’origine de tous nos maux est tentante. Le problème est que personne pour l’instant ne s’est mis d’accord sur le nom du coupable. Mais il est incontestable que la société française a commencé à le chercher, et on peut craindre qu’elle ne finisse par en désigner un d’office.

Pour le vaincre, la gauche, on le sent bien, appelle de ses voeux un épisode autoritaire où le gouvernement ne serait plus embarrassé par cette masse de contestataires.

C’est dans ces moments-là qu’il faut rester le plus vigilant sur la question des libertés.

La gauche et la dictature

Plus que jamais, la gauche flirte avec des discours liberticides, où la bien-pensance tient lieu de censure. L’année des présidentielles ne devrait pas calmer le jeu. On voit bien le discours qui se prépare: Hollande ou le chaos.

Décidément, de la société primitive à la démocratie, il y a bien des changements de forme ou de sophistication institutionnelle. Mais les règles du débat public restent les mêmes.

Financement syndical: le Conseil d’Etat provoque un tsunami

La France est malade de son financement syndical. Pour compenser un taux d’adhésion très faible (et donc un manque de recettes apportées par les salariés), les syndicats français sont obligés de trouver des expédients ou des voies détournées. Le Conseil d’Etat vient de frapper un grand coup pour interdire l’une d’entre elles: la désignation.

Le financement syndical et la complémentaire santé

Dans la galaxie des circuits occultes grâce auxquels le rachitique syndicalisme français se finance, la protection sociale complémentaire occupe historiquement une place privilégiée. Lorsque les partenaires sociaux, en 1947, ont en effet décidé que 1,5% de la rémunération des cadres devait être consacrée à la prévoyance, ils ont ouvert la boîte de Pandore. C’est à cette époque que prend naissance un grand mouvement qui va lier le financement du syndicalisme à la protection sociale complémentaire.

La CONVENTION COLLECTIVE NATIONALE DE RETRAITE ET DE PRÉVOYANCE DES CADRES DU 14 MARS 1947 ET DÉLIBÉRATIONS PRISES POUR SON APPLICATION est d’abord un exercice de résistance à la mise en place de la sécurité sociale. Signée par les syndicats de cadre quelques mois après la mise en place du régime général, elle vise à redonner une marge de liberté à une catégorie socio-professionnelle qui ne souhaite pas se dissoudre dans un système de protection sociale monopolistique. L’article 7 de la CCN de 1947 prévoit que 1,5% des salaires des cadres est versé, par les employeurs, « à une institution de prévoyance ou à un organisme d’assurance ». Ce système préfigure les désignations qui ont permis à quelques acteurs de capter des branches entières en prévoyance et en santé.

Depuis 1947, les syndicats ont pris l’habitude d’obtenir des financements substantiels de la part des institutions de prévoyance désignées par des accords de branche comme assureurs de cette branche.

Initialement, la généralisation de la complémentaire santé, prévue par la loi du 14 juin 2013, devait abonder ce système en permettant aux branches professionnelles d’imposer un seul assureur (qui aurait « touché le gros lot ») par branche. Mais le Conseil Constitutionnel s’y est opposé par sa décision du 13 juin 2013, au nom de la libre concurrence.

Un violent conflit qui dure depuis plusieurs années

Le système de la désignation a commencé à devenir problématique lorsque certains acteurs du marché comme AG2R ont décidé d’en abuser pour accélérer artificiellement leur développement. À cette fin, AG2R a notamment multiplié les clauses de migration obligatoire dans les désignations.

La désignation consiste à désigner un assureur unique en santé ou en prévoyance pour l’ensemble d’une branche en interdisant aux entreprises de celles-ci de chercher un contrat moins cher ou plus avantageux que celui négocié par la branche elle-même.

La migration obligatoire oblige une entreprise de la branche a dénoncé un contrat santé ou prévoyance, même si elle l’a négocié avant la conclusion de la désignation. Cette dénonciation est obligatoire même si le contrat de l’entreprise est plus avantageux que le contrat de branche.

Depuis de nombreuses années, une série de contentieux a déchiré le paysage de la protection sociale complémentaire pour savoir si ce système était conforme au droit de la concurrence et au droit communautaire.

Les boulangers et la désignation

La boulangerie fait partie des branches où le recours obligatoire à un assureur unique (en l’espèce AG2R) a suscité les conflits les plus violents. Ceux-ci mêlent haines électorales au sein de la Confédération Nationale de la Boulangerie et conflits d’intérêt.

L’interview de Jean-Pierre Vallon, à Voiron, le rappelle:

Dans la pratique, c’est en 2007 que la Fédération des Boulangers a décidé de désigner AG2R comme assureur unique et obligatoire de la branche, avec un contrat dont le prix était jugé exorbitant par tous les connaisseurs du marché.

Comme l’indique Jean-Pierre Vallon, AG2R s’est livré à une véritable guerre juridique pour obliger les quelques centaines de boulangers (sur un total de plus de 25.000) qui avaient préféré un contrat plus avantageux à obéir à la désignation.

Les désignations et la question des conflits d’intérêt

Les jeux troubles qui ont entouré cette affaire sont au demeurant bien connus, au moins pour leur aspect le plus superficiel. Dans le cas de la boulangerie, l’accord qui a désigné AG2R comme assureur unique de la branche en santé (soit un marché annuel d’environ 300 millions d’euros) date de 2007. Il avait été négocié par Jean-Pierre Crouzet, président de la Confédération Nationale des Boulangers.

Pour comprendre le lien entre le financement syndical et les désignations, relisez mon article sur le sujet.

Le même Jean-Pierre Crouzet était alors administrateur d’Isica Prévoyance, l’institution de prévoyance membre du groupe AG2R qui gérait et gère le contrat des boulangers. Deux ans plus tard, en 2009, Crouzet est devenu président de l’Isica. Bref, le fournisseur et le client étaient les mêmes.

Sans surprise, on trouve donc sur le site de la Confédération un très bel encart publicitaire en faveur d’AG2R:

financement syndical

Elle est pas belle la vie?

Une lutte farouche contre les désignations

Face à l’accélération déraisonnable de ce système à la fin des années 2000, la résistance s’est organisée, et les contentieux ont commencé à fleurir dans un climat délétère. Longtemps tenus en échec par une jurisprudence communautaire en apparence défavorable, les adversaires de la désignation ont remporté quelques victoires majeures.

Le 29 mars 2013, l’Autorité de la Concurrence pointait la violation du droit de la concurrence par ce système de désignations. Le 13 juin 2013, le Conseil Constitutionnel affirmait que la liberté de l’entreprise était bafouée dès lors que le chef d’entreprise devait souscrire obligatoirement à un contrat qu’il n’avait pas négocié. Une décision préjudicielle de la Cour de Justice de l’Union Européenne du 17 décembre 2015 déclarait également qu’une désignation était contraire au droit communautaire si elle n’était pas précédée d’une publicité adéquate.

La décision du Conseil d’Etat

L’arrêt du Conseil d’Etat du 8 juillet 2016 a franchi un cap supplémentaire dans ce conflit juridique, en posant de façon claire une phrase qui clôt un important débat:

il ressort des pièces du dossier que le montant annuel des cotisations des employeurs et des salariés à ce régime est de l’ordre de 70 millions d’euros, soit 350 millions d’euros sur la durée de l’avenant ; qu’eu égard à l’importance du montant des cotisations et des prestations en jeu, à la taille nationale du marché considéré et à l’avantage que représente la désignation pour proposer d’autres services d’assurance, l’octroi du droit de gérer ce régime présente, en dépit de la nécessité pour les entreprises intéressées de s’adapter aux contraintes réglementaires existantes, un intérêt transfrontalier certain ; que, d’ailleurs, dans son arrêt C-437/09 du 3 mars 2011, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé que si AG2R Prévoyance devait être regardée comme une entreprise exerçant une activité économique en tant qu’elle gère le régime de remboursement complémentaire de frais de soins de santé du secteur de la boulangerie artisanale française, ce qui est vérifié en l’espèce, elle détiendrait un monopole sur une partie substantielle du marché intérieur

La dernière phrase de la citation est importante. Elle souligne bien toute la dimension que prend désormais le dossier. Dans son arrêt, le Conseil d’Etat reconnaît qu’AG2R exerce une activité économique concurrentielle, et qu’à ce titre, la position monopolistique doit être combattue.

Voilà qui sent le roussi pour le financement syndical.

Le financement syndical après les désignations

Tout l’enjeu est aujourd’hui de savoir quelle sera la riposte syndicale sur ce sujet. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 comportera probablement une ou deux dispositions qui devraient chercher à sauver les meubles.

Il n’en demeure pas moins que, en l’état du droit, une époque bénie pour le financement syndical risque bien de disparaître.

Terrorisme: Merkel rétablit la PropagandaStaffel

On s’en délecte! Dans le genre PropagandaStaffel pour traiter l’information du public en matière de terrorisme, Angela Merkel a convoqué les vieux démons allemands qui démontrent, une fois de plus, que les gouvernants français ne sont que des comiques dans l’art officiel de mentir.

Une vague de terrorisme en Allemagne…

Rappelons quand même quelques faits simples, évidents, incontestables.

Le 18 juillet, un réfugié afghan attaque les passagers d’un train, en Bavière, avec une hache. Il blesse gravement quatre personnes. L’acte est revendiqué par Daesh.

Le 22 juillet, un jeune germano-iranien tue neuf personnes à Munich, à coups de revolver Glock.

Le 24 juillet, un réfugié syrien poignarde, dans le Bade-Wurtemberg (sud de l’Allemagne), trois personnes, dont une femme qui décède.

Le 24 juillet toujours, un autre réfugié syrien se fait exploser à Ansbach, toujours en Bavière. L’attentat fait douze blessés, dont trois graves.

… que les autorités allemandes ne veulent pas voir

À la manière des autorités françaises au début des vagues terroristes, les autorités allemandes se livrent à une grande oeuvre de déni face aux évidences. Le cas de la fusillade de Munich, par exemple, est très instructif.

À peine la fusillade a-t-elle eu lieu que les pouvoirs publics allemands ont entrepris une opération de propagande: rassurer la population en expliquant qu’il ne s’agissait pas d’un attentat terroriste. La France a testé pour nous, avec sa théorie des loups solitaires dépressifs qui agissent sur un coup de tête.

Quelques jours avant Munich, le gouvernement français nous servait la même soupe: un dépressif isolé à tuer à Nice. Des journaux comme Libération s’en sont abreuvé. Puis, l’enquête montre qu’on a cherché à ne pas se faire peur. Finalement, on découvre que le grand dépressif préparait son coup depuis des mois et bénéficiait de nombreuses complicités.

Le même mécanisme se met en marche en Allemagne, où le jeune terroriste, d’abord qualifié de maniaque déséquilibré d’extrême-droite admirateur de Breivik et victime de harcèlement de ses petits camarades, a agi avec préméditation. On découvre maintenant que la police allemande arrête un probable complice du tueur de Munich, un Afghan âgé de 16 ans.

On peut prendre les paris: on s’apercevra dans quelques semaines que le tueur de Munich a été grossièrement instrumentalisé par les milieux islamistes pour tuer.

Merkel prise au piège de sa politique

On comprend pourquoi le gouvernement allemand, CSU comprise, a besoin de nier les évidences: les « réfugiés » qui sont liés à ces attentats lorsqu’ils ne les perpètrent pas eux-mêmes sont une bombe à retardement. Lorsqu’Angela Merkel a décidé de remplacer les flux d’immigrés balkaniques par des Syriens et autres, elle a pris une responsabilité probablement mal mesurée. Les loups sont, cet été-là, entrés dans la bergerie.

Pour comprendre la politique migratoire de Merkel, lire mon article de l’an dernier sur le sujet.

Reconnaître que ce choix fut mortifère est aujourd’hui très difficile. Il signerait une débâcle de la CDU-CSU aux prochaines législatives. Même en Allemagne, le calcul politicien est au coeur du pouvoir.

La piste turque tient toujours

Certains se demanderont pourquoi les islamikazes infiltrés il y a parfois plus d’un an en Allemagne à l’occasion de la grande hémorragie migratoire ont mis autant de temps à passer à l’acte.

Personne ne dispose aujourd’hui d’une réponse sûre. Mais mes lecteurs savent que je penche pour une explication très pragmatique que la réalité corrobore à ce stade: les islamikazes sont les bras armés d’Erdogan en Europe, qui les utilise pour déstabiliser nos démocraties. Et comme par hasard, cette vague d’attentats mal préparés survient immédiatement après qu’Angela Merkel a déclaré refuser définitivement l’entrée de la Turquie dans l’Union.

Lire mon article sur l’origine turco-saoudienne des attentats.

Le douloureux temps du réveil

L’Allemagne doit désormais entreprendre le même douloureux travail que le nôtre: celui du réveil. Ah! qu’il était doux et bon de s’imaginer à l’abri du terrorisme. Et comme il est pénible de comprendre qu’on en devient une cible, qu’il peut frapper partout.

Dans ce cheminement, le gouvernement allemand semble bien décider à freiner des quatre fers pour des raisons purement politiciennes. Et pour y arriver, une impressionnante machine de propagande interne se met en place.

Réjouissons-nous de tout cela! même avec des équipements perfectionnés pour sa police politique appelée DCRI, et des millions d’argent public déversés chaque année sur des médias aux ordres, la France reste, par rapport à l’Allemagne, un grand pays de liberté et de transparence.

L’attentat de Nice en passe de devenir une affaire d’Etat

Après l’attentat de Nice, ça craint méchamment du boudin pour Bernard Cazeneuve, lampiste officiel de François Hollande et de Manuel Valls. Même les petits cire-pompes du régime comme Slate, le site de Jacques Attali, sont en train de le lâcher en plein vol et sans parachute. L’atterrissage risque d’être douloureux!

Mais que s’est-il passé après l’attentat de Nice?

Petit à petit, c’est un imbroglio officiel qui se dessine – un de plus diront les mauvaises langues! pour une majorité parlementaire dont la cacophonie est une marque de fabrique. Il devient d’ailleurs de plus en plus difficile de comprendre ce qui s’est passé dans les heures qui ont suivi l’attentat.

Ce qui est acquis, à ce stade, est que les caméras de vidéosurveillance ont bien fonctionné à Nice, et qu’elles regorgent d’images de l’attentat. Le spectacle est si convainquant que François Hollande s’en est fait personnellement envoyer une copie du best-of le samedi qui a suivi la tragédie. Dès le week-end suivant le drame, l’Elysée pouvait donc constater l’épaisse différence entre les propos soutenus par son ministre de l’Intérieur (qui a toute sa confiance) et la réalité.

Dans la foulée, la Sous-Direction de l’Anti-Terrorisme (SDAT) a envoyé deux policiers auprès de Sandra Bertin, chef du centre de supervision urbain de la ville de Nice, pour regarder les images. La SDAT, sous le contrôle du Parquet (donc de François Molins), a demandé à Sandra Bertin de rédiger un rapport sur le dispositif présent ce soir-là, puis a demandé la destruction des images.

Les accusations de Sandra Bertin

Selon Sandra Bertin, cette opération a essentiellement visé à dissimuler la vérité sur les carences de la police nationale au moment de l’attentat, et à empêcher de les démontrer. Elle soutient que le cabinet du ministre lui-même a fait pression pour maquiller les faits. Voici ses propos:

« Le lendemain des attentats, le cabinet du ministre de l’Intérieur a envoyé un commissaire au CSU (centre de supervision urbain) qui m’a mise en ligne avec la Place Beauvau », raconte Sandra Bertin (…).

La chef du CSU dit avoir « eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte-rendu signalant des points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité ». (…)

« Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos. Cette personne m’a alors demandé d’envoyer par e-mail une version modifiable du rapport, pour +ne pas tout retaper+. J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran. A tel point que j’ai dû physiquement renvoyer du CSU l’émissaire du ministère! », poursuit Mme Bertin.

« J’ai finalement envoyé par e-mail une version PDF non modifiable et une autre modifiable. Puis, quelques jours plus tard, la sous-direction antiterroriste m’a demandé d’effacer les bandes des six caméras que j’ai mentionnées dans mon rapport, celles qui ont filmé la tuerie. On nous a demandé, pour les besoins de l’enquête, d’extraire huit jours de bande sur 180 caméras. Et maintenant il faudrait en effacer certaines pour empêcher leur diffusion au public », ajoute-t-elle.

Voilà qui commence à faire sérieusement tache. Entre les demandes de trucage des positions et l’ordre de détruire les images en possession de la ville de Nice, on dirait que le Parquet n’est pas très loin de l’affaire d’Etat.

À ce stade, on notera que François Molins prend sur lui la responsabilité de ces demandes. Son insistance montre bien dans quel pétrin se trouve l’Elysée, et comment François Hollande multiplie les pare-feux pour éviter la contagion de l’incendie jusqu’au Château.

Cazeneuve patauge dans la salade niçoise

Pour Bernard Cazeneuve, à qui la clique socialiste a redit sa confiance et son amitié, comme un avant-goût de discours mortuaire, la situation va vite devenir intenable. Toujours psychorigide, notre brillant ministre de l’Intérieur a organisé son propre piège: il a déposé plainte pour diffamation contre la fameuse Sandra Bertin. Voilà ce qui s’appelle se tirer une balle dans le pied.

En effet… c’est donc un magistrat du siège qui va devoir jugé si oui ou non les accusations de la policière municipale contre le Parquet sont justifiées. Et le plaignant n’est autre que le ministre de l’Intérieur lui-même. Dans le remake de David contre Goliath, du gentil pot de terre face au méchant pot de fer, cette affaire devrait trouver une place digne d’Hollywood.

On s’amuse par avance des polémiques que la mairie de Nice pourra lancer à foison contre l’alliance des puissants qui veut étouffer une vérité qui la dérange. Personne ne sait quel peut-être l’abruti qui a proposé à Cazeneuve d’apporter une réponse judiciaire à l’attaque, mais il mérite en tout cas une médaille de premier ordre.

Ajoutons que dans le bourbier niçois où Cazeneuve saute à pieds joints, Sandra Bertin est aussi déléguée syndicale. Tous les ingrédients sont donc réunis pour un enlisement du ministre dans les sables mouvants. Même un bleu n’aurait pas agi de la sorte.

L’imposture Cazeneuve démasquée

Si Cazeneuve fait propre sur lui et se montre docile aux intérêts du gouvernement profond, son imposture apparaît de façon grandissante.

On se souvient ici de ses dénis sur l’affaire de Sivens, de sa façon de manquer d’empathie pour les victimes, de cette froide hostilité pour tous ces gêneurs qui demandent une police au service du citoyen. Mais, à l’époque, Cazeneuve faisait peur aux medias qui se sentaient obligés de lui cirer les pompes. L’exercice est de plus en plus difficile à mener.

Tant que les attentats du 13 novembre n’étaient pas survenus, on pouvait encore ranger dans la catégorie paranoïaque de « complotistes » tous ceux qui pointaient les circonstances troublantes de l’attentat contre Charlie Hebdo ou contre l’Hyper Casher. Depuis le 13 novembre, à mesure que les mois passent, cette disqualification des esprits critiques est de plus en plus difficile à justifier.

Cazeneuve ne l’a pas compris, et a continué à sortir ses salades comme si de rien n’était après l’attentat de Nice.

Le 16 juillet, Cazeneuve annonçait ainsi à la presse que l’auteur de l’attentat de Nice s’était radicalisé rapidement. Le Parquet (indépendant du pouvoir, bien entendu) était en charge de l’affaire, mais c’est le ministre de l’Intérieur qui commente le dossier. Pour dire une bêtise puisque, dès les premières heures, les enquêteurs comprenaient que le terroriste préméditait son acte depuis plusieurs mois.

Le 21 juillet, Cazeneuve accusait Libération de « complotisme », après des révélations sur les failles de la police. Le voilà, l’argument! tous ceux qui demandent des comptes à la police sont des complotistes.

Cette fois-ci, Cazeneuve devrait avoir droit au repas qu’il mérite: il mangera son chapeau. Et, souhaitons-le pour tous ceux qui en ont assez de cette caste au pouvoir pleine de morgue, il démissionnera.

Jean-Marie Le Guen bientôt conseiller d’Erdogan?

Jean-Marie Le Guen a commis, sur RTL, un nouvel argument, bien au-delà du sophisme habituel. Jusqu’ici, l’équipe Hollande s’était contentée de dire que demander des comptes à l’Etat sur sa gestion du terrorisme était une atteinte à l’unité nationale. Ce sophisme bien connu des rhétoriciens est d’ailleurs le discours que l’on tient d’ordinaire lorsqu’on n’a plus rien à dire.

Cette fois, Le Guen a franchi une sorte de mur du son dans le déni de démocratie en expliquant:

« Je veux bien qu’on aille sur ce terrain-là, mais dans ce cas, il n’y a plus d’État de droit dans le pays. Si un certain nombre de journalistes, de commentateurs, de responsables politiques mettent en cause le fonctionnement de la justice et des services administratifs de l’État, alors c’est une thèse qui est extrêmement dangereuse pour la démocratie » a estimé Jean-Marie Le Guen.

Le Guen, bonimenteur en chef de l’exécutif

L’équation est amusante: mettre en cause le fonctionnement de l’Etat, c’est contraire à la démocratie. Autrement dit, la démocratie, c’est obéir à l’Etat et ne lui demander aucun compte. La tyrannie survient au contraire quand les citoyens se mettent à critiquer l’Etat et ne plus lui obéir.

On rappellera juste les articles 14 et 15 de ce monument de tyrannie qu’est la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui brisa le très démocratique Ancien Régime et sa merveilleuse monarchie absolue:

Art. 14. –

Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Art. 15. –

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

Allez, Jean-Marie, relis ce texte! puisque tu semblez l’avoir oublié.

Le Guen bientôt conseiller d’Erdogan?

Au rythme où il va, Le Guen pourra en tout cas retrouver un job en or en juin 2017, s’il devait ne pas être réélu. Avec sa conception brillantissime de la démocratie, il sera sans doute recruté à prix d’or par Erdogan. Le président turc a en effet un besoin urgent d’esprits éclairés pour le guider dans la vie de tous les jours.

Manifestement, Erdogan était trop enclin à la tyrannie et a laissé trop de libertés aux ennemis de la démocratie. Voilà qui lui a donné chaud au popotin et a failli lui coûter une destitution par l’armée. Heureusement, la démocratie reprend provisoirement son cours en Turquie, avec des milliers d’arrestations dans les milieux fascistes et plus de 10.000 confiscations de passeport, en attendant mieux.

Manifestement, Erdogan aura besoin de grands démocrates comme Le Guen pour rétablir durablement la démocratie et interdire à tous les fascistes de critiquer l’Etat.

Le Guen, symptôme de la réaction nobiliaire en France

Donc, un ministre de la République peut, sans démissionner dans la minute, expliquer que la démocratie, c’est ne pas critiquer l’Etat. Après l’avalanche d’insultes et de haine contre le suffrage universel à l’issue du referendum britannique, la classe politique française franchit une nouvelle étape dans son dévoilement. Elle ne se cache plus pour dire que, selon elle, la démocratie consiste à ne pas critiquer la classe dirigeante. Et que toute critique contre la classe dirigeante est la manifestation de la tyrannie.

Sous l’Ancien Régime, cette inversion des vérités s’était appelée la réaction nobiliaire. Menacée par une société nouvelle, l’aristocratie française, dans les années 1770 et 1780, s’était raidie sur ses privilèges en vilipendant le tiers état.

Merci, Jean-Marie, d’illustrer aussi parfaitement la nouvelle réaction nobiliaire.

 

L’hôpital public paie beaucoup mieux ses salariés que le privé

L’hôpital français est-il mal géré? En particulier, a-t-il une politique salariale globalement généreuse pour une productivité trop faible de son personnel? C’est que le panorama annuel de la DREES sur les établissements de santé en France laisse entrevoir.

L’hôpital public malade de sa politique salariale?

Mettons les pieds dans le plat: la politique salariale de l’hôpital public paraît singulièrement déséquilibrée et sous-optimale.

hôpital

Comme on le voit, la différence moyenne de salaire entre les hôpitaux publics et les cliniques privées lucratives est d’environ 10% au bénéfice des salariés de l’hôpital public. Une fois de plus, ce sont les personnels qui bénéficient de la garantie de l’emploi qui perçoivent les rémunérations les plus élevées.

Sur l’ensemble des catégories de personnel, ces différences se vérifient, sauf sur les cadres de direction où les cliniques privées font le choix de rémunérer leurs managers environ 15% de plus que dans le public.

Cette situation paradoxale crée un différentiel symptomatique. Dans le public, la différence entre la rémunération moyenne des cadres administratifs et celle des médecins s’élève à près de 16.000 euros annuels. Autrement dit, un médecin de l’hôpital public gagne en moyenne 33% de plus que son directeur général. Dans le privé, les managers sont mois payés que les médecins, mais ce différentiel est réduit à moins de 10% et tend à l’égalité.

L’élitisme médical de l’hôpital public en cause?

Si l’hôpital public paie moins bien ses médecins que les établissements privés à but non lucratif, il n’en reste pas moins qu’il leur accorde une situation extrêmement privilégiée. Un médecin de l’hôpital public gagne, en moyenne, 5.000 euros de plus qu’un médecin d’une clinique privée.

Cette situation un peu inattendue pose probablement un sujet de fond: l’hôpital public perd-il de la rentabilité et de l’efficacité en accordant trop de poids aux médecins et en minorant la fonction managériale? Le sujet mériterait d’être approfondi.

Terrorisme: l’histoire de l’Europe s’accélère

Article écrit pour atlantico, mis à jour le 23 juillet à 8h20.

L’histoire de l’Europe connaît en ce moment même une accélération comme on en connaît rarement au cours d’une génération. Il est trop tôt, bien sûr, pour en comprendre le sens et la nature, et pour en anticiper l’orientation finale. Et il est malheureusement très probable que la tragédie ne fasse que commencer.

Pas de répit après le Brexit

Assez curieusement, c’est par la démocratie même que la démocratie européenne a connu l’un de ses premiers bouleversements historiques. Avec le Brexit, l’Europe s’est réveillée brutalement d’un rêve heureux. Et soudain, elle a compris qu’elle avait mangé son pain blanc.

Désormais, les peuples ne dissimulent plus leur sentiment d’un excès d’inconvénients de l’Union Européenne qui surpasse la masse de ses avantages. L’Europe, cette évidence d’hier, cette grande allée toute droite dans le destin des peuples et de la civilisation, est devenue un labyrinthe incertain.

Et puis le terrorisme revient.

Nice et l’agonie du multiculturalisme

Après l’attentat de Nice, la réaction des populations s’est faite incertaine. Le « pas d’amalgame » semble avoir vécu. Les langues se délient. La prise de conscience se fait. Les mots viennent pour dire les choses qui dérangent. Le projet politique de l’Islam est interrogé. La capacité de l’Etat à assurer la sécurité est passée au crible. L’idéologie de l’unité à tout prix ne prend plus.

Rapidement, chacun sent bien que nous sommes à un tournant de notre histoire. Peu à peu, le sanglot de l’homme blanc s’assèche et fait place à une réaction identitaire encore timide, mais prometteuse: la civilisation européenne doit résister à la barbarie. Elle doit affirmer ses valeurs, ne plus céder de terrain. Et ceux qui s’y installent doivent les accepter.

Munich et ses inconnues

La tuerie dans un centre commercial de Munich n’a pas fini de produire ses effets. Pendant un temps, l’Allemagne a cru que trois hommes au moins y avaient passé la nuit après avoir tiré sur la foule. Les Allemands s’éveillent dans un univers où la tragédie peut se reproduire partout.

Quel impact cet épisode de peur peut-il avoir sur la lecture que les Allemands feront de l’ensemble européen? de la coopération communautaire? Personne ne le sait encore, mais la réaction pourrait être terrible. Au-delà des antiennes répétées par les germanophiles en France sur le mode « les Allemands ont changé », personne en réalité ne peut savoir si ses démons se réveilleront ou non.

L’Europe va-t-elle se réveiller?

D’une certaine façon, cette tragédie est une forme contemporaine d’ordalie, cette administration de la preuve prévue par le droit franc et germanique qui consistait à mettre une barre de fer rougi dans les mains du suspect pour lui faire avouer ses vérités. La tragédie du terrorisme, c’est l’épreuve de la conscience européenne.

L’Europe est-elle un idéal d’intellectuels et de technocrates animés par des vues théoriques coupées des réalités? Ou bien est-elle un présent vivant, un enjeu pour ses peuples? Ceux-ci exigeront-ils que l’Europe réagisse de façon concertée à la menace qui pèse sur elle? Les peuples demanderont-ils une transformation en profondeur du projet européen: moins de bureaucratie, plus d’action et de sécurité?

Les semaines à venir le diront.

L’Europe, au bord du gouffre, doit se réveiller

Incidemment, l’Europe n’a plus guère le choix. La construction communautaire, avec son cortège de bureaucrates, a endormi l’esprit combatif des Européens. Ce sont pourtant eux, les Européens de la rue, qui seront les derniers remparts contre la menace qui pèse désormais.

Il existe, dans la conscience européenne, une couche basse de la mémoire, une sorte de souvenir des vingt-cinq siècles qui se sont écoulés avant le nôtre. Cette mémoire est celle d’un promontoire prospère niché aux confins du territoire asiatique, ouvert sur un océan tempéré, généreux, où les peuplements ont souvent dû se défendre pour survivre face à de nouveaux arrivants.

Les Européens d’aujourd’hui se souviendront-ils de cet héritage? Le perpétueront-ils? Il le faut et nous devons l’y aider.

L’Europe connaît l’Islam depuis longtemps

D’ailleurs, la relation douloureuse avec l’Islam n’est pas un fait nouveau pour la conscience européenne. L’invasion de l’Espagne, la bataille de Poitiers, puis la menace ottomane, ont rôdé pendant plusieurs siècles la riposte chrétienne au Jihad. Nous avons su nous forger des certitudes et une détermination à agir au cours des siècles.

Certes, cette détermination a parfois pris des chemins détournés ou inverses. Il n’en reste pas moins que l’émergence d’un projet politique islamique sur le territoire européen n’est pas inédit et nous savons que nous pouvons y résister.

Les Européens doivent agir

Cette résistance suppose que l’Europe passe un cap. Celui-ci repose sur l’affirmation d’une conscience européenne, d’une nature aussi ancestrale que nouvelle. Les Européens n’ont plus le choix. Ils doivent tourner le dos à leur idéal d’une construction politique désincarnée, abstraite, et pacifique. Ils doivent assumer la tragédie d’habiter un appendice prospères aux confins d’un monde misérable.

Les Européens doivent oublier la construction communautaire et retrouver la mémoire durable d’un vrai projet continental, fondé sur le respect des libertés individuelles et sur la préservation de leur modèle de développement. Nous savons aujourd’hui que nous préférons le défendre dans la paix, mais que les rumeurs de la guerre commencent à nous parvenir.