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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La zone euro: le retour du Lebensraum?

J’ai choisi de vous livrer un billet au titre provocateur sur l’état de la zone euro, mais à l’issue du dernier conseil européen de Bruxelles, il m’a semblé impossible de ne pas tirer la sonnette d’alarme sur la mutation profonde qui affecte le projet communautaire. Ce conseil du 4 février a permis d’aborder la question du « pacte de compétitivité », qui est aussi celui de la gouvernance économique de l’Union. Depuis qu’a éclaté la crise de la dette grecque, les pays les plus affaiblis demandent en effet à l’Allemagne de faire un geste solidaire en leur faveur. La position allemande consiste à subordonner ce geste à une intégration des politiques économiques au niveau communautaire. Et cette intégration s’appelle: le pacte de compétitivité…

Le pacte de compétitivité? de quoi s’agit-il?

Selon une dépêche de l’agence Reuters du 4 février

(http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE7101N520110204?pageNumber=5&virtualBrandChannel=0), le pacte de compétitivité tient en 6 points: abolir partout dans l’Union l’indexation automatique des salaires sur l’inflation, limiter constitutionnellement dans chaque pays les déficits publics, lier l’âge de départ à la retraite à l’espérance de vie de la population, instaurer un taux minimum d’impôt sur les sociétés (mesures particulièrement hostile à l’Irlande), introduire des mécanismes de résolution des crises bancaires partout dans l’Union, et… harmoniser la reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles partout dans l’Union.

On notera avec intérêt que ce dernier point (l’harmonisation des diplômes) est l’un des moins discutés dans la presse. Ce qui appelle sans doute à une vigilance accrue, car on a du mal à comprendre, à ce stade, pourquoi ce point en apparence mineur fait partie du paquet de compétitivité réclamé par l’Allemagne. Il faudra notamment vérifier qu’il ne s’agit pas pour l’Allemagne d’obtenir une déréglementation de l’accès à certaines professions financières, pour faciliter la vente de produits allemands partout en Europe (pour mémoire, les marchés de la banque et de l’assurance sont encore très peu communautaires, notamment du fait des réglementations qui limitent l’accès aux professions de la distribution de produits financiers…).

Un pacte de compétitivité… qui ne parle pas de compétitivité

Pour ce qui concerne les autres points: indexation des salaires, équilibre des finances publics, résolution des crises bancaires, âge de départ à la retraite, fiscalité des entreprises, on peut s’interroger sur le rapport direct avec la compétitivité. La seule mesure portant directement sur la compétitivité économique a trait à la fiscalité des entreprises. Et dans ce cas, il s’agit précisément de réduire la compétitivité! puisque l’Allemagne veut interdire, dans son pacte, le dumping fiscal dont profitent les Irlandais et les Slovaques par un taux d’IS inférieur aux autres pays européens.

Dans la pratique, le pacte de compétitivité repose sur deux axes qui n’ont évidemment rien à voir avec la compétitivité économique, et tout à voir avec l’austérité budgétaire.

Premier axe: la réduction des coûts salariaux, par l’interdiction de l’indexation des salaires sur l’inflation. L’intention allemande est clairement de favoriser un décrochage de la rémunération du travail. Pourquoi l’Allemagne demande-t-elle cette mesure? L’enjeu consiste à limiter au maximum les facteurs inflationnistes dans l’Union. Et l’on sait que l’indexation des salaires sur l’inflation nourrit l’inflation. Ici, le premier rôle du pacte de compétitivité est de répondre à l’angoisse allemande face à cette inflation, en forçant les pays de l’Union à adopter des politiques sociales conformes à cet objectif si vivant depuis la république de Weimar. Il est d’ailleurs intéressant de rapprocher cette revendication allemande du discours récent de Jean-Claude Trichet, banalisant les poussées inflationnistes enregistrées dans l’Union.

Second axe: l’orthodoxie budgétaire. En proposant des règles constitutionnelles limitant les déficits publics, en demandant d’écrire les scénarios de sortie de crise bancaire (qui met généralement en jeu la garantie de l’Etat), en instaurant un lien fixe entre espérance de vie et âge de la retraite, les Allemands veulent contraindre leurs partenaires à s’engager dans des politiques budgétaires très restrictives. Il s’agit d’empêcher le recours à l’endettement public comme solution à la crise. Pourquoi? là encore le lien avec la compétitivité est très distendu. En revanche, l’Allemagne veut mettre un terme à l’alimentation continue des dettes publiques, qui l’oblige tôt ou tard à faire preuve de solidarité.

Ne nous trompons donc pas. Le pacte de compétitivité ne cherche absolument pas à améliorer la compétitivité de l’Europe ou des entreprises européennes. En revanche, il vise bien à colmater les principales brèches par lesquelles les pays de l’Union s’endettent et à cause desquelles ils sollicitent l’intervention allemande.

Un pacte au service de l’euro fort

L’enjeu du pacte consiste en définitive à soutenir l’euro et son cours élevé. Celui-ci est en effet menacé par deux phénomènes dangereux:

– la montée de l’inflation, qui ronge peu à peu la valeur de la monnaie

– l’endettement public, qui pousse les Etats à dévaluer la monnaie pour alléger le fardeau de la dette.

Conformément à l’esprit de l’euro, qui est aussi l’esprit du mark, les Allemands craignent comme la peste ces déterminants de la dévaluation monétaire. Alors que les Allemands ont obtenu une gouvernance de l’euro par la Banque Centrale Européenne totalement conforme à leurs objectifs: préservation de la stabilité monétaire, banque centrale indépendante, c’est-à-dire hors du contrôle citoyen, et installation à Francfort, ils s’inquiètent maintenant des politiques budgétaires des Etats qui peuvent contraindre à une dévaluation monétaire.

En ce sens, le pacte de compétitivité constitue une réponse forte à une stratégie monétaire dogmatique: préserver l’euro fort en adaptant le seul élément économique qui dépende encore des citoyens, à savoir les politiques budgétaires nationales.

Le pacte de compétitivité contre la compétitivité? faut-il dévaluer l’euro?

Si le pacte de compétitivité est adopté, quelles conséquences économiques pour l’Union?

Dès lors que l’objectif du pacte est de préserver la politique de l’euro fort, il n’y a aucune surprise à avoir: les produits européens demeureront chers à l’exportation.

Pour mémoire, voici un graphique cité sur Wikipédia, qui compare les cours de l’euro et du dollar depuis 10 ans:

Alors que, en 2001, l’euro valait moins de 0,9 dollar, sa valeur monte jusqu’à 1,6 dollars en 2008… Autrement dit, le prix d’une marchandise européenne à 1.000 euros est passé de 850 dollars en 2001 à 1.600 dollars en 2008, et 1.400 dollars environ au cours du jour. Comment s’étonner que, grâce à cette politique monétaire, les produits européens se vendent moins bien qu’avant?

Source: les Echos.fr

Le graphique ci-dessus montre l’évolution de la balance commerciale allemande depuis 1980. Il est très intéressant à plus d’un titre. D’abord, il montre clairement que l’excédent commercial allemand ne cesse d’augmenter depuis 1991. Mais il faut attendre la naissance de l’euro pour le voir atteindre des sommets historiques. Dans la pratique, l’excèdent allemand suit fidèlement le cours de l’euro, à tel point que les deux courbes peuvent se confondre.

Source: les Echos.fr

Inversement, la balance commerciale française, présentée ci-dessus, suit la courbe directement opposée à celle de l’euro. Notre commerce extérieur était excédentaire en 2002, année où l’euro enregistrait ses cours les plus faibles. Et il a fortement décroché en 2008, année où l’euro était le plus fort.

Traduction: si l’euro fort profite à l’Allemagne, il pénalise fortement la France. Le pacte de compétitivité renforcera l’Allemagne, et affaiblira la France. La seule solution durable pour la France, c’est la dévaluation de l’euro.

Le pacte de compétitivité transforme-t-il la zone euro en Lebensraum allemand?

Le plus étrange, dans le pacte de compétitivité, c’est la volonté allemande de transformer cette affaire économique en affaire politique. De transformer un problème monétaire en symbole d’une victoire politique allemande sur le projet européen.

Dans la pratique, si le pacte de compétitivité émerge, il instaurera un ordre extrêmement dangereux en Europe:

– l’ensemble des pays de l’Union sera soumis à une politique budgétaire restrictive qui tuera toute forme de croissance et épuisera peu à peu les peuples. Car n’imaginons pas qu’en réduisant une consommation déjà atone par des hausses d’impôt et des coupes sombres dans les dépenses sociales, nous parviendrons à retrouver une bonne santé économique;

– l’Allemagne sera la seule à prospérer, notamment parce qu’elle sera la seule à exporter et à s’enrichir grâce à l’euro fort.

D’une certaine façon, la géographie européenne préconisée par l’Allemagne, c’est un centre allemand qui prospère pendant que la périphérie s’appauvrit pour enrichir le centre. Mauvais souvenirs…

Les Allemands peuvent-ils raisonnablement imaginer que cet ordre peut durer?

Début d’une crise immobilière en France?

AFP le 08/02/2011 à 11:40

Les taux des crédits immobiliers poursuivent leur remontée en janvier :

Les taux d’intérêt des crédits immobiliers se sont établis en moyenne à 3,47% en janvier, poursuivant leur remontée après un plus bas depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à 3,22%, atteint en novembre, selon une étude de l’Observatoire Crédit Logement/CSA publiée mardi.

« Il est vrai que le marché a connu un emballement exceptionnel en fin d’année 2010″, notent les auteurs de l’étude. Au début de l’année 2011, la demande s’est réduite, écrit Crédit Logement, ajoutant qu' »en termes de volume, c’est d’un trou d’air dont il s’agit et dont l’ampleur reste à évaluer ».

La durée moyenne des prêts s’est réduite en janvier de l’ordre de 5 mois, à 206 mois, mais la différence est marquée entre le neuf où la durée s’allonge à 239 mois et l’ancien, où elle baisse à 217 mois.

Le coût relatif moyen des opérations réalisées recule à 3,77 années de revenus, contre 3,95 années de revenus en novembre 2010.

La Chine prépare les mauvais jours: achat de terres rares

AFP le 08/02/2011 à 08:01

La Chine se dote de réserves stratégiques de terres rares :

La Chine a commencé à constituer des réserves stratégiques de terres rares qui pourraient lui permettre de contrôler encore davantage l’approvisionnement de ces métaux indispensables à la fabrication de nombreux produits de haute technologie, rapporte mardi le Wall Street Journal.

Les capacités de stockage mises en place ces derniers mois en Mongolie intérieure (nord) sont plus importantes en volume que l’ensemble des exportations chinoises en 2010, qui se sont élevées à 39.813 tonnes métriques, d’après le quotidien économique.

Le Wall Street Journal ajoute toutefois que « les détails du plan de stockage n’ont pas été rendus publics ».

La Chine assure plus de 95% de la production mondiale de ce groupe de 17 minerais. Selon un rapport publié en novembre par l’US Geological Survey, le pays disposait en 2009 de 36% des réserves mondiales de terres rares.

Les prix ayant bondi de 130% en moyenne l’an dernier, des sociétés comme Lynas en Australie ou Molycorp aux Etats-Unis ont décidé d’intensifier leurs opérations dans ce domaine, mais démarrer une nouvelle mine peut prendre une décennie et l’essentiel de la production mondiale devrait rester concentrée en Chine dans les années à venir, précise le Wall Street Journal.

Les terres rares servent notamment à la production de téléphones portables, d’éoliennes et de piles à combustible pour voitures électriques.

Pour consolider le secteur, la Chine a annoncé le mois dernier le placement de 11 mines sous contrôle étatique, après avoir décidé en décembre de réduire de 35% les quotas d’exportation pour le premier semestre 2011.

Par ailleurs, une association regroupant les 90 principales entreprises d’extraction et de raffinage de terres rares sera formellement mise sur pied en mai prochain, a rapporté fin janvier le quotidien Huaxia Shibao.

Conjointement avec le ministère de l’Industrie, cette association présidera à la restructuration du secteur, précise le journal.

L’extraction des terres rares qui sont le plus souvent mélangées à d’autres matières dans la nature fait appel à des procédés chimiques qui dégradent l’environnement.

Cette raison et le coût élevé de l’extraction font que des pays développés comme les Etats-Unis ont longtemps laissé inexploitées leurs réserves de ces minerais aujourd’hui de plus en plus recherchés.

Les taux continuent à monter pour la France: crise de la dette en vue?

Voici une dépêche AFP du jour.

A noter: l’augmentation vertigineuse des taux d’emprunt de la France, signe que les marchés s’inquiètent…

« L’Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette française, a levé au total 8,921 milliards d’euros d’obligations assimilables du Trésor (OAT) à 5, 9, 10 et 12 ans, après prise en compte d’offres non compétitives (ONC), selon un communiqué.

Sur la ligne d’OAT à 5 ans, à échéance le 25 avril 2016,, les ONC se sont établies à 323 millions d’euros, portant le montant total de l’adjudication à 1,403 milliard d’euros, au taux moyen pondéré de 2,76%.

Sur la ligne d’OAT à 9 ans, à échéance le 25 octobre 2020, les ONC se sont établies à 78 millions d’euros, portant le montant total de l’adjudication à 2,658 milliards d’euros, au taux moyen pondéré de 3,61%. Lors de la dernière adjudication comparable, le 6 janvier, le taux moyen pondéré s’est établi à 3,36%.

Sur la ligne d’OAT à 10 ans, à échéance le 25 avril 2021, aucune ONC n’a été enregistrée et le montant total de l’adjudication s’est élevé à 1,725 milliard d’euros, au taux moyen pondéré de 3,61%.

Enfin, sur la ligne d’OAT à 12 ans, à échéance le 25 octobre 2023, les ONC se sont élevées à 25 millions d’euros portant le montant total de l’adjudication à 3,135 milliards d’euros à un rendement de 3,80%. Lors de la dernière adjudication comparable, le 4 novembre 2010, le taux moyen pondéré s’est établi à 3,04%.

Le règlement sur ces quatre lignes aura lieu jeudi. »

Bientôt une crise de la dette française?

Conseil européen du 4 février: déclaration officielle

Voici l’extrait de la déclaration officielle à l’issue du Conseil du 4 février qui a discuté du pacte de compétitivité. Comme vous pouvez le constater, il faut lire entre les lignes pour comprendre que le sujet a été abordé…

« DÉCLARATION DES CHEFS D’ÉTAT OU DE GOUVERNEMENT DE LA ZONE EURO ET DES INSTITUTIONS DE L’UE

Dans le prolongement de leur déclaration de décembre 2010, et réaffirmant qu’ils sont prêts à mettre tout en œuvre pour assurer la stabilité de la zone euro dans son ensemble, les chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro et les institutions de l’UE ont fait le point sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la stratégie globale visant à préserver la stabilité financière et à faire en sorte que la zone euro sorte plus forte de la crise.

Cette stratégie comprend la série de mesures législatives sur la gouvernance économique, les tests de résistance et le rétablissement du secteur financier ainsi que la mise en œuvre du semestre européen. En outre, les chefs d’État ou de gouvernement et les institutions se sont mis d’accord sur les mesures suivantes, qui font partie d’un ensemble à parachever au mois de mars:

– Poursuite de la bonne mise en œuvre des programmes existants avec la Grèce et l’Irlande;

– Évaluation, par la Commission, en liaison avec la BCE, des progrès accomplis dans les États membres de la zone euro en ce qui concerne la mise en œuvre des mesures adoptées pour renforcer la situation budgétaire et les perspectives de croissance;

– Propositions concrètes de la part de l’Eurogroupe concernant le renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF) de manière à garantir l’efficacité nécessaire pour fournir un soutien approprié;

– Mise au point, sous la direction du président de l’Eurogroupe, des caractéristiques opérationnelles du Mécanisme européen de stabilité, conformément au mandat convenu en décembre.

En s’inspirant du nouveau cadre pour la gouvernance économique, les chefs d’État ou de gouvernement prendront des mesures supplémentaires visant à donner une qualité nouvelle à la coordination des politiques économiques dans la zone euro pour améliorer la compétitivité, ce qui conduirait à un degré de convergence plus élevé sans porter atteinte au marché unique. Les États non membres de la zone euro seront invités à prendre part à cette coordination. Le président du Conseil européen engagera des consultations avec les chefs d’État ou de gouvernement des États membres appartenant à la zone euro et rendra compte de ces entretiens en indiquant les moyens concrets permettant d’aller de l’avant, conformément au traité. À cet effet, il travaillera en étroite coopération avec le président de la Commission. Il veillera à ce que les chefs d’État ou de gouvernement des États membres intéressés qui n’appartiennent pas à la zone euro soient associés de manière appropriée à ce processus. »

Traduction: même les Etats qui n’appartiennent pas à la zone euro seront invités à la convergence économique avec l’Allemagne.

Encore des tricheries à Wall Street?

AFP le 05/02/2011 à 22:56

USA : enquête sur des violations du réseau informatique du Nasdaq

La Bourse électronique américaine Nasdaq a reconnu samedi que son système informatique avait été infiltré et que cette intrusion faisait l’objet d’une enquête des autorités américaines.

« Dans le cadre de nos contrôle de sécurité routiniers, nous avons détecté des fichiers suspects sur nos serveurs aux Etats-Unis […] et nous avons conclu que notre logiciel en ligne Directors Desk avait été potentiellement touché », indique la société Nasdaq OMX dans un communiqué.

Cette annonce a été faite après la publication d’un article dans le Wall Street Journal de samedi indiquant que le système informatique du Nasdaq avait été violé plusieurs fois en 2010 et qu’une enquête fédérale était en cours pour tenter d’identifier les responsables de ces intrusions.

Le Nasdaq indique avoir « lancé immédiatement une enquête » après la découverte des fichiers suspects et avoir fait appel à des experts extérieurs et aux autorités fédérales.

« Il n’y a à ce stade aucune preuve que des pirates informatiques aient pu accéder aux données des clients de Directors Desk où s’en emparer », ajoute le communiqué.