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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La folle semaine d’Angela M.

Difficile, ce week-end, de ne pas citer les tribulations d’Angela Merkel à travers l’Europe cette semaine. Depuis plusieurs mois, elle doit répondre aux accusations de ses voisins européens, qui prêtent à l’Allemagne une stratégie de passager clandestin: s’enrichir massivement en exportant au sein de l’Union après une forte modération salariale. Elle doit aussi repousser les sollicitations des membres de l’Union en situation difficile du fait de leur endettement public, et qui aimeraient que l’Allemagne partage avec eux les fruits de sa prospérité passagère.

L’EUROPE d’ANGELA M. DOIT FAIRE SES DEVOIRS

Ce jeudi, Angela s’est déplacée en Espagne pour expliquer au premier ministre Zapatero comment elle concevait la solidarité entre pays de l’Union. Cette visite tombait à point nommé, puisque l’Espagne adopte des mesures impopulaires pour éviter une dégradation de sa note par les agences de notation. Pour mémoire, le taux de chômage espagnol est supérieur à 20%.

Angela s’est montrée grande princesse. Elle n’a pas du tout rejeté le principe d’une solidarité avec l’Espagne. Elle en a simplement précisé les conditions: « Chacun doit faire ses devoirs à la maison », a-t-elle déclaré selon l’AFP. Elle a même ajouté: « L’Espagne a fait ses devoirs et se trouve sur un très bon chemin ». Elle s’est néanmoins sentie obligée d’ajouter à la télévision espagnole: « Je ne vais pas entrer dans la politique salariale de l’Espagne mais nous avons tous le devoir de ne pas dépenser plus que ce que l’on gagne chaque année ».

Le même jour, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, écrit dans Le Monde: « dans l’immédiat, l’Europe ne fera pas de grands pas en avant en matière institutionnelle ». Un discours clair, qui prépare le terrain du lendemain.

LE PACTE DE COMPETITIVITE

Dans cette perspective, le fameux pacte de compétitivité proposé par l’Allemagne et soutenu par la France prend tout son sens: en échange d’un élargissement et d’un renforcement du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) destiné à épauler les pays dont la dette devient problématique, l’Allemagne demande à chacun de mener une politique économique à l’allemande.

Vendredi 4 février, Angela M. arrive à Bruxelles, où elle retrouve Nicolas Sarkozy, au Conseil européen. C’est le grand jour du Pacte de compétitivité. L’idée est simple: si nous voulons rétablir la stabilité financière de l’Union, il faut que nous adoptions tous la même politique.

L’agence Reuters nous dévoile une partie du projet:

« Selon des documents de travail allemands vu par Reuters et selon plusieurs sources, l’Allemagne souhaite :

– Abolir toute règle d’indexation automatique des salaires sur l’inflation, qui existe dans plusieurs pays de la zone euro.

– L’inscription dans les constitutions nationales d’une règle limitant les déficits publics. La France et l’Espagne ont signalé qu’ils étaient disposés à étudier l’idée.

– Instaurer une règle liant l’âge de la retraite à l’évolution de la démographie en Europe.

– Un taux minimum d’impôt sur les sociétés.

– L’introduction des régimes de résolution des crises bancaires dans chacun des pays de l’UE.

– Une harmonisation accélérée des règles de reconnaissance mutuelle des diplômes et compétences professionnelles.

La France est d’accord avec Berlin sur ces grandes lignes, mais plusieurs pays ont annoncé qu’ils refusaient une ou plusieurs des propositions faites par Berlin. »

Radio Chine Internationale note avec malice: « Dans le pacte de compétitivité co-avancé par l’Allemagne et la France, l’abandon de l’indexation des salaires et le relèvement généralisé de l’âge des pensions font l’objet du litige. »

De fait, les réactions face à ce projet d’uniformisation économique sont très contrastées. Le Premier ministre belge a par exemple déclaré: « Il doit y avoir plus de coopération économique (au sein de l’UE), mais les Etats membres doivent avoir l’espace de mener leurs propres politiques ».

UN SOMMET LES 24 ET 25 MARS POUR TRANCHER

Résultat: un sommet européen doit se tenir les 24 et 25 mars pour évoquer cette question. On peut parier que les rencontres bilatérales vont aller bon train d’ici là pour orienter autrement ce projet très allemand.

Salaires et profits à long terme

Pour mémoire, je livre à la réflexion pour ce week-end un graphique représentant à long terme l’évolution des salaires et des taux de marge des entreprises en France:

Ce graphique montre plusieurs évolutions fortes depuis 1949:

1) depuis 1982, le taux de marge des entreprises, autrement dit la part de profit qu’elles dégagent sur la vente d’un produit, se maintient entre 30 et 35%. Le fantasme d’une perte de compétitivité française ne tient donc pas la route.

2) depuis 1979, l’évolution annuelle des salaires est inférieure à 3%, et régulièrement égale ou inférieure à 0. Là encore, le fantasme d’un coût du travail trop élevé ne tient pas.

3) le différentiel entre évolution de salaires et taux de marge n’a jamais été aussi favorable. Avant 1982, les importants taux de marge des entreprises donnaient lieu à une redistribution sous forme de salaires. Depuis 1982, ce phénomène ne se vérifie plus. La modération salariale persiste, quel que soit le taux de marge.

Conclusion: le fantasme du coût du travail est invalidé par l’analyse sur période longue de l’évolution des salaires et des profits. Globalement, les marges des entreprises aujourd’hui sont moins redistribuée qu’auparavant en augmentations salariales…

Panne de l’emploi aux Etats-Unis

(AOF) – 36 000 emplois ont été créés aux Etats-Unis au mois de janvier là où le marché attendait 145 000 créations. 121 000 postes ont été créés en décembre, contre 103 000 annoncés en première estimation Le taux de chômage est ressorti à 9% contre 9,4% en décembre. Les analystes attendaient un chiffre de 9,5%.

La guerre des dettes souveraines aura-t-elle lieu en 2011?

Derrière les annonces rassurantes colportées par nos élites sur l’amélioration de la situation financière mondiale, une rapide lecture de la littérature grise produite par les financiers eux-mêmes permet de nuancer très fortement… voire même d’infléchir en profondeur le discours ambiant.

Les abaissements de note continuent

Rappelons d’abord que les pays industrialisés sont victimes d’abaissements de notes, qui passent un peu inaperçus dans le flot d’informations contradictoires dont nous sommes abreuvés.

Ainsi:

– abaissement de la note du Japon le 26 janvier

– abaissement de la note de l’Irlande le 2 février

– mise sous surveillance de la dette américaine le 30 janvier.

Hier, la France a emprunté 8 milliards € avec des taux en hausse. Signe que les marchés se méfient.

Les banquiers centraux envoient des signaux d’inquiétude

Dans ce contexte, les discours des grands banquiers centraux ne passent pas inaperçus.

Malgré une pression inflationniste, Jean-Claude Trichet a annoncé un maintien du taux directeur de la BCE à 1%. Les analystes y voient la reconnaissance implicite d’une inquiétude sur la reprise. Et la volonté de maintenir l’Union Européenne dans une phase de perfusion monétaire pour éviter une nouvelle récession.

Ben Bernanke, président de la FED, a pour sa part déclaré ce jeudi que la reprise n’était pas encore « vraiment établie », notamment faute d’une véritable reprise du marché de l’emploi.  La politique monétaire américaine reste toujours sous la coupe du Quantitative Easing, destiné à doper l’activité par de la création monétaire à bon compte.

Les financiers s’inquiètent plus ouvertement

Deux lectures officielles valent la peine pour décoder cette morosité.

D’abord le Rapport sur la stabilité financière dans le monde publié en janvier par le FMI:

http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/fmu/2011/01/0111f.pdf

Cet intéressant document rappelle que les éléments fondamentaux qui ont conduit aux différentes crises de dettes n’ont pas été modifiés. En particulier, le FMI souligne que l’effort de réduction des déficits publics enregistré en 2010 devrait se ralentir en 2011, notamment à cause des réactions populaires que ces efforts entraînent. Pendant ce temps, les bilans des banques restent vérolés par des actifs fortement sur-évalués.

Parallèlement, je recommande à tous la lecture du dernier hebdomadaire économique de la banque Natixis, dont l’éditorial est très utile.

http://www.natixis.com/upload/docs/application/pdf/2011-01/eco_hebdo_28-01-11.pdf

Intitulé « VERS UN TOURNANT DES POLITIQUES MONETAIRES EUROPEENNE ET AMERICAINE ? », cet éditorial pose les questions de fond de l’année 2011.

Notamment: « Si la volonté de sortir des politiques extraordinaires (« exit strategies ») a souvent été mentionnée par les banques centrales européenne et américaine, le chemin vers la normalisation a été semé d’embûches en 2010. Aux Etats-Unis, le redémarrage de la croissance n’a pas été aussi fort qu’anticipé et surtout ne s’est pas accompagné d’une amélioration du marché du travail. Parallèlement, l’inflation sous-jacente a sensiblement baissé et a atteint des plus bas historiques en octobre 2010 (0,6%). Pour lutter contre le risque de déflation, la Fed a donc finalement amplifié les mesures de politique monétaire en 2010 avec la mise en place du QE2 (900Md$ d’achats de titres publics), permettant la monétisation du déficit public de façon à éviter une remontée des taux longs. La BCE, quant à elle, confrontée à la crise des dettes souveraines, a été obligée de prolonger les mesures exceptionnelles d’allocation de la liquidité illimitée à 1%. Elle a également été contrainte à mettre en place le SMP pour acheter des titres de dettes de pays fragilisés par la crise. Précisons toutefois que ces achats, contrairement à la Fed, sont stérilisés par la BCE, donc n’impliquent pas de hausse de la base monétaire. »

Et comme la situation ne s’améliore guère, voici la conclusion de l’économiste de Natixis:

« nous continuons de penser qu’il sera très difficile pour la BCE comme pour la Fed de sortir des politiques économiques expansionnistes dès cette année, ce qui devrait conduire selon nous à une correction des anticipations de hausse de taux par les marchés. »

Traduction: la reprise économique ne devrait pas arriver en 2011, malgré une politique inflationniste de la FED et des taux bas de la BCE. Donc, tôt ou tard, les marchés arrêteront de jouer la reprise et corrigeront la bulle spéculative qui s’est créée depuis 2 ans.

La France emprunte 8 milliards avec une forte hausse des taux

AFP le 03/02/2011 à 12:29

La France lève 8,495 milliards d’euros, très forte demande, taux en hausse :

L’Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette de la France, a levé jeudi 8,495 milliards d’obligations assimilables du Trésor (OAT) à 5, 10 et 12 ans, l’opération rencontrant une très forte demande des investisseurs mais faisant ressortir des taux en hausse.

Sur la ligne d’OAT à 2,50% à échéance le 25 octobre 2010, 2,580 milliards ont été adjugés au taux moyen pondéré de 3,61%, un niveau assez sensiblement supérieur aux 3,36% obtenus lors de la dernière émission d’échéance comparable, le 6 janvier.

Sur la ligne d’OAT à 3,75% à échéance le 25 avril 2021, 1,725 milliard a été adjugé au taux moyen pondéré de 3,61%. Aucune comparaison de taux n’a été fournie par l’AFT.

Sur la ligne d’OAT à 4,25% à échéance le 25 octobre 2023, 3,110 milliards ont été adjugés au taux moyen pondéré de 3,80%, très nettement supérieur aux 3,04% obtenus lors de la dernière opération comparable, le 4 novembre 2010.

La crise alimentaire guette

AFP le 03/02/2011 à 10:57

Nouveau pic historique des prix alimentaires en janvier :

Les prix alimentaires mondiaux ont atteint un nouveau pic historique en janvier pour le septième mois d’affilée, selon l’index des prix de la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, publié jeudi à Rome.

Les Français les plus riches: deux ou trois choses que l’on sait d’eux

Ce billet un peu long retire de l’étude de l’INSEE: Les très hauts revenus : des différences de plus en plus marquées entre 2004 et 2007, publiée en novembre 2010, les éléments les plus saillants concernant les 0,01% les plus riches de la population française. Il faut d’ailleurs saluer ce travail, car la situation des très très hauts revenus a longtemps fait l’objet d’une impasse statistique officielle.

Le rapport est consultable sur:

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/REVPMEN10e.pdf


A quoi reconnaît-on un très très riche?

Pour son rapport, l’Insee s’est intéressée au 1% de la population qui dispose des plus hauts revenus, soit 84.500 € déclarés annuellement par unité de consommation (= 1 adulte par ménage). Surtout, l’INSEE donne des indications sur les 0,01% de la population les plus riches (le dernier dix-millime dit-on en statistique). Ce sont ceux-là qui sont visés par ce billet.

Cette catégorie comprend 5.800 personnes, dont les revenus déclarés par unité de consommation vont de 688.000€ à 13 millions € annuels. Autrement dit, pour appartenir à cette catégorie, il faut qu’au moins un adulte dans le ménage perçoive une somme supérieure à 688.000 € annuels.

Le revenu moyen déclaré de ces 0,01% est de 1,2 million € par an.

Quels sont les revenus perçus par les très très riches?

Les 0,01% de la population françaises perçoivent 0,6% des revenus déclarés en France.

98% de ces 0,01% perçoivent des revenus d’activité (comme tous les Français). Mais 98% perçoivent aussi des revenus du patrimoine, alors qu’un tiers seulement des 90% des Français les moins riches en perçoivent. 2/3 des très très riches perçoivent en plus des revenus exceptionnels, notamment des plus-values, alors que 1% seulement des Français en touche.

Le revenu moyen des très très riches se décompose donc comme suit:

Revenus d’activité: 1.475.000€

Revenus du patrimoine: 991.000€

Revenus exceptionnels: 562.000€

Les très très riches et l’impôt

On notera avec intérêt que 53% des très très riches payent un impôt inférieur à 25% de leurs revenus. Seuls 27,8% sont imposés à plus de 35%.


Portrait-robot du très très riche

Le très très riche a 55 ans, il est marié (75% des cas) et a un enfant à charge. Dans 4/5 des cas, il est propriétaire de son logement, et dans 2/3 des cas, il habite en Ile-de-France. Dans 10% des cas seulement il est divorcé. Dans 85% des cas, c’est un homme. Son logement fait entre 180 et 260 m2.

Dans 1 cas sur 2, il n’appartenait pas à la catégorie des très très riches avant 2006.  Il faut dire qu’entre 2004 et 2007, le nombre de personnes déclarant plus de 500.000€ de revenus a augmenté de 70%.

Quelle dynamique des très très riches en France?

Je cite une perle du rapport de l’INSEE:

« Alors que les revenus d’activité n’ont progressé que de 11% entre 2004 et 2007, les revenus du patrimoine et les revenus exceptionnels ont connu des progressions beaucoup plus fortes (46% pour les revenus du patrimoine, 55% pour les revenus exceptionnels). L’évolution de ces deux types de revenus, majoritairement touchés par les personnes les plus aisées, et principalement tirés de la possession de patrimoine, contribue ainsi à une hausse des inégalités dans le haut de la distribution. » (page 57)

Entre 2004 et 2007, les revenus des très très riches ont augmenté de 39%, alors que les revenus de la population française ont augmenté en moyenne de 9%. Cette tendance de fond explique l’accroissement des inégalités « par le haut ».


La note de l’Irlande à nouveau baissée

AOF le 02/02/2011

Standard & Poor’s a dégradé de nouveau les notes de l’Irlande d’un cran, de « A » à « A- » pour le long terme et de « A-1» à « A-2 » pour le court terme. L’agence de notation a justifié sa décision par les incertitudes entourant les besoins en capitaux du secteur financier du pays. Selon S&P, l’endettement des banques irlandaises représente plus de 170% du PIB du pays. La note reste sous surveillance avec implication négative.