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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Les marchés financiers comme table de poker couverte de tricheurs

Dans ma série le monde tel qu’il tourne, je voudrais m’attarder sur les principes fondateurs des marchés financiers. La pensée unique aime à nous répéter: les marchés financiers sont rationnels, faisons confiance à la rationalité des marchés. De fait, le mot « rationalité » (je renvoie mes lecteurs au premier chapitre de mon livre sur ce point) constitue probablement la clé principale qui a permis d’ouvrir la voie de la réconciliation, ces trente dernières années, entre les opinions publiques et l’économie de marché. Car, par la rationalité du marché, la pensée unique établit une filiation directe entre la philosophie des Lumières et le néo-libéralisme économique. Puisque le marché est rationnel, les héritiers de Voltaire, de Rousseau et de Kant sont naturellement favorables à son développement.

En réalité, il s’agit d’une supercherie: les marchés sont irrationnels, et qui plus est, ils sont animés par des tricheurs.

Les marchés sont irrationnels

Je vais redire ici des choses bien connues, à savoir que les marchés sont des tables de poker.

Les marchés fonctionnent autour de principes de mimétisme: je prends une décision, parce que tous les autres prennent la même, ou parce que je pense que tous les autres vont prendre la même. Par exemple, je vends mes actions à la baisse, parce que tout le monde va probablement jouer la baisse.

Cette mécanique est très largement orchestrée par les agences de notation, qui donnent des indications terribles sur l’avenir. Par exemple, l’abaissement de la note de la Grèce par les trois grandes agences à l’automne 2009 avait donné le signal d’une crise majeure dont les Grecs ne se remettent pas.

On me répondra que les agences font leur travail d’évaluation des risques de façon objective. Dans Jusqu’ici tout va bien, je prends le temps de montrer factuellement comment cette confiance dans les agences de notation est totalement usurpée. En réalité, les agences ne savent pas mieux que n’importe quel analyste financier l’état des risques encourus auprès de tel ou tel emprunteur. Et les coulisses de ces agences valent leur pesant de cacahuètes.

Le système entier se fonde donc sur une imposture permanente, qui fait prendre la folie spéculative pour de la raison.

Les tricheurs à la table de poker: l’exemple du Flash Crash

Le 6 mai 2010, le Dow Jones enregistre pendant quelques minutes la plus lourde perte en un jour de son histoire, avant de se rétablir. On frôle la catastrophe systémique.

Explication? le High Frequency Trading (HFT). Il s’agit d’une technique de spéculation par ordinateur, qui permet de passer des ordres en bourse pendant un temps infime, très inférieur à une seconde, proche de la micro-seconde.  Je recommande sur tous ces points la lecture de (notamment page 17):

http://www.bankofengland.co.uk/publications/speeches/2010/speech445.pdf

Grâce au HFT, les opérateurs de marché, c’est-à-dire les traders, peuvent sonder la tendance des cours en un temps tellement bref que personne ne s’en rend compte. Cette technique évite de prendre des risques inconsidérés, et de jouer à coup sûr, là où les petits porteurs prennent forcément des risques.

La Banque d’Angleterre estime que 70% du marché actions aux Etats-Unis, de 30 à 40% en Europe, sont tenus par cette technique qui consiste à utiliser la technologie pour tricher sur les cours.

Ces chiffres montrent bien qu’il est loin, le temps vanté du capitalisme populaire où les cours se décidaient à la corbeille. La décision, prise en 1998, d’autoriser les échanges électroniques, a profondément modifié la nature de l’achat en bourse. Il n’est plus aujourd’hui le fait d’apporteurs de capitaux qui souhaitent s’engager dans un investissement à plus ou moins long terme. Il relève d’une industrie à haute valeur ajoutée technologique, qui manipule les cours à son gré et ne se préoccupe plus d’investir dans l’économie. Son objet est de dégager de la rentabilité à court terme, quelles que soient les conséquences systémiques de sa volatilité.

Comme l’écrit la Banque d’Angleterre, dans le document cité: « In response, market-makers and liquidity-providers withdrew. (…) Trading in securities generated trading insecurities. The impatient world was found, under stress, to be an uncertain and fragile one. » (page 18) <En réponse (au flash crash), les décideurs et les apporteurs de capitaux se sont retirés. (…) Le marché des actions a créé l’inaction du marché. Le monde impatient s’est découvert, sous la pression, être incertain et fragile. »

Qu’appelle-t-on la fabrique du consentement?

Pour répondre à un commentaire laissé sur ce blog, je voudrais aujourd’hui m’appesantir sur la notion de « fabrique du consentement ».

Cette expression est la traduction du « Manufacturing Consent » de Chomsky et Bernays (première édition en 1988). Leur ouvrage traite essentiellement de l’industrie médiatique, de son rapport au pouvoir et à l’objectivité. Il cherche à montrer comment l’industrie médiatique répond à une fonction de propagande plutôt qu’à une fonction d’information. L’objectif principal des médias consiste alors à obtenir un consentement citoyen à des décisions qu’une élite souhaite imposer sans recourir à la force.

De cette logique, nous avons eu un exemple caricatural avec la seconde guerre en Irak, en 2003. Cette guerre « préventive » selon le président américain George Bush, visait à empêcher la prolifération d’armes de destruction massive en Irak. Souvenez-vous, les journaux ne cessaient de nous montrer des images de ce genre:

pour nous persuader que Saddam Hussein disposait de canons à portée intercontinentale capables de toucher l’Europe avec des obus remplis de bactéries mortelles ou de produits chimiques monstrueux. Cette propagande intensive a très largement contribué à justifier et à faire accepter par les opinions publiques une intervention militaire sans aucun fondement autre qu’économique et financier. L’Irak Survey Group a d’ailleurs montré en 2004 que l’Irak ne disposait plus d’aucune arme chimique depuis 1991.

Ce processus de propagation par les médias de fausses nouvelles, de rumeurs en tous genres habillées en vérité scientifique, est à l’oeuvre pour l’ensemble de l’économie de marché et de ses prétendus bienfaits pour les populations.

J’ai repris dans mon billet précédent l’exemple de la sortie de crise, qui permet à une ministre de l’économie de répéter à l’envi que tout va beaucoup mieux, de préférence avant l’éclatement d’une nouvelle secousse. A croire qu’il faut désormais s’attendre au pire chaque fois qu’elle intervient pour rassurer.

J’aurais tout aussi bien pu prendre l’exemple du coût du travail, qui constitue là aussi une formidable opération de propagande. J’ai rappelé dans un billet précédent, dans ce blogue, que le coût du travail en France est moins élevé qu’en Allemagne. Je tiens mes chiffres d’un rapport officiel de juin 2010. Il n’empêche, un véritable matraquage a lieu pour dire le contraire. On en comprend l’intérêt: l’enjeu est de diminuer les charges des employeurs, et de les faire endosser par les citoyens, c’est-à-dire d’abord par les salariés. Cette opération de passe-passe est de toute première importance pour ceux qui estiment payer trop de charges aujourd’hui.

Dans mon livre, je cite le lien étroit entre les médias et les élites, en prenant l’exemple de la France. L’ensemble de la presse quotidienne fait l’objet d’une prédation de la part de quelques grandes fortunes, ou de quelques grands groupes financiers. La presse écrite n’est pourtant pas immédiatement lucrative: sa rentabilité est faible. En revanche, elle permet de diffuser dans l’opinion les théories farfelues qui permettent de transférer sur l’ensemble de la population les charges qui pèsent sur l’élite.

Cette opération est subtile. En démocratie, les manoeuvres de type Ben Ali et la prise de possession d’un pays sont difficiles à réaliser. Sans un important travail de subordination des opinions, par la persuasion, par la propagande, la plus habile possible, les élites démocratiques ne pourraient réussir à se dégager de plus en plus des contraintes qui pèsent sur elles, pour les imposer à la majorité.

C’est bien l’enjeu de la fabrique du consentement.

Tchernobyl et les subprimes

Le premier chapitre de mon livre est intitulé Tchernobyl et les subprimes, ou l’économie de marché comme ruse de la déraison.

Le titre fait allusion à la très grande distance entre le discours officiel et la réalité économique. Souvenez-vous! à l’époque de l’explosion de la centrale de Tchernobyl, les officiels français avaient soutenu que le nuage radioactif qui s’était échappé dans l’atmosphère contournerait la France. Vaste blague évidemment, que nous avons entendue au printemps 2008 à propos de la crise américaine des subprimes: elle nous toucherait pas la France.

Voici l’anecdote que je raconte dans mon livre. Elle se passe à la commission « économie » du MEDEF, au printemps 2008:

« le chef économiste d’une grande banque française est intervenu assez longuement, de son accent chantant du sud, pour rassurer tout le monde. La crise des subprimes n’atteindrait pas l’Europe, et certainement pas la France, qui avait des fondamentaux solides, et autres assertions. Mon voisin de table, qui avait bourlingué pendant des décennies dans les milieux de la finance, me donna un coup de coude et me glissa: «Ces gens du sud, ils parlent toujours trop.» Ce baroudeur de la sphère financière ne partageait évidemment pas cette théorie du nuage de Tchernobyl qui allait contourner la France et ne polluer que les étrangers. Il avait visité des banquiers et des assureurs américains quelques années auparavant, et selon son propre aveu, il avait constaté le désastre: des dirigeants d’entreprise dont le seul tableau de bord est le cours de la Bourse, soumis en permanence à la dictature court-termiste de la spéculation. Il savait que cette obsession du cours boursier avait touché la France. Lui-même avait perdu son poste de directeur financier d’une multinationale dont le siège est à Paris, parce qu’il refusait de céder à cette méthode de travail où l’on passe plus de temps à se renseigner sur l’état des marchés que sur les dossiers et les affaires de l’entreprise. »

Quelques semaines plus tard, la crise éclatait.

L’anecdote m’a semblé utile, parce qu’elle montre que, même dans les contreforts du pouvoir économique, la parole officielle est difficile à combattre. Individuellement, chacun autour de la table, s’il était un minimum lucide, savait que la théorie de Tchernobyl appliquée aux subprimes était une ineptie. Mais un consentement à dire publiquement le contraire était fabriqué, continue à être fabriqué.

L’enjeu du livre est de briser ce consentement.

LA FABRIQUE DU CONSENTEMENT FONCTIONNE ENCORE: l’exemple de Christine Lagarde et la crise des dettes souveraines

Pourquoi dis-je que le consentement continue à être fabriqué?

Je reprends ici quelques déclarations officielles de notre bien-aimée ministre de l’économie, qui donne un exemple amusant du décalage entre la parole officielle et la réalité économique.

Le 10 novembre 2009, Christine Lagarde déclarait officiellement: « Nous sortons d’une crise sans précédent. » (discours sur le Grand Emprunt, à la Maison de la Chimie).

Le 8 décembre 2009, l’agence Fitch abaissait la note de la Grèce, ouvrant le début de la crise de la dette grecque, qui est une crise majeure.

Mais… le 9 mars 2010, devant le monde de la finance réuni pour l’inauguration de la nouvelle Autorité de Contrôle Prudentielle (ACP), chargée de surveiller les banques et les assurances, Christine Lagarde en remet une couche: « Votre deuxième objectif est de réussir la sortie de crise. 2010 est une année transformationnelle pour la banque et l’assurance. »

Entre-temps, l’Union Européenne a pris un vague engagement à aider les Grecs, qui ne résout rien.

Avec un certain réalisme, Christine Lagarde nous fait un joli aveu: « On me suspecte régulièrement d’être trop optimiste. Je le reste et je suis convaincue que l’avenir nous donnera raison si nous arrivons à tous les échelons –international, européen, national, à relever les défis d’un marché mieux régulé et d’une action politique coordonnée. » (discours du 20 septembre 2010 à la maison de la Chimie).

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques passages du discours de la belle Christine, prononcé le 8 octobre 2010:

« Les institutions de Bretton Woods se trouvent en 2010 dans une année-charnière. Elles ont joué un rôle crucial dans la réponse aux crises successives. Elles continuent d’accompagner une reprise qui s’avère pleine d’aléas. (…) la crise mondiale que nous venons de traverser fut certainement la plus importante depuis celle des années trente. (…) A côté du G20, les institutions de la 19ème rue ont joué un rôle central dans une telle sortie de crise ».

Fin octobre, la crise irlandaise éclate.

LES DEMOCRATES DOIVENT REAGIR FACE AUX MENSONGES OFFICIELS

Si nous étions en situation ordinaire, ces petits arrangements avec la vérité ne seraient pas gênants. La difficulté, c’est que nous vivons une situation exceptionnelle: les crises financières qui frappent les pays industrialisés les uns après les autres ont des impacts puissants sur la vie quotidienne des citoyens. Dans la pratique, ces crises se traduisent par une dégradation forte des conditions de vie, et une pression fiscale accrue.

L’exigence démocratique impose aux élites de tenir un discours de vérité, sans quoi… la démocratie elle-même sera en danger.

Les idées de Jusqu’ici tout va bien!

Alors que Jusqu’ici tout va bien est en cours de réimpression, et en rupture de stock dans beaucoup d’endroits, je voudrais en présenter quelques éléments de contenu dans ce blog, autour de trois ou quatre thèmes qui guideront mes prochains billets:

– le monde tel qu’il tourne

– l’aristocratie comme noblesse d’Ancien Régime

– l’Etat comme instrument de domination

– les impostures de la croissance et de la mondialisation

Dans chacun de ces billets, je présenterai un extrait du livre, en le commentant avec des éléments d’actualités…

Bonne lecture à tous! et merci de vos nombreux commentaires, auxquels j’essaie de répondre chaque fois.

La note du Japon abaissée à cause de la dette publique

AFP le 27/01/2011 à 09:30

Le yen chute après l’abaissement de la note du Japon par Standard and Poor’s :

Le yen a chuté jeudi face au dollar et à l’euro, après l’abaissement de la note de la dette à long terme du Japon par l’agence de notation Standard and Poor’s.

L’agence Standard and Poor’s a abaissé la note du Japon d’un cran à AA-, la quatrième meilleure sur 22, citant le lourd niveau d’endettement du pays.

La FED continue sa politique accommodante, faute d’une reprise suffisante

La banque centrale des Etats-Unis (Fed) a indiqué mercredi que la reprise économique lui semblait toujours insuffisamment forte et a maintenu en conséquence tout son soutien à la croissance.

"La reprise continue", mais son rythme reste "insuffisant pour entraîner une amélioration importante de la conjoncture sur le marché de l'emploi", indique le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) dans un communiqué publié à l'issue de deux jours de réunion à Washington.

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Nouveau record du déficit US

Associated Press le 26/01/2011 à 18:35

Le déficit budgétaire américain devrait battre un nouveau record en 2011 :

Le déficit budgétaire américain devrait atteindre un nouveau record lors de l’exercice 2011 pour approcher des 1.500 milliards de dollars (1.096 milliards d’euros), selon un estimation du Bureau du budget du Congrès américain, publiée mercredi au lendemain du discours sur l’état de l’Union prononcé par le président Barack Obama.

Le déficit budgétaire devrait encore dépasser la barre des 1.400 milliards de dollars (1.023 milliards d’euros) franchie en 2009. Cela veut dire que le gouvernement américain continuera d’emprunter 40 cents pour chaque dollar qu’il dépense.

Selon les projections du Bureau du budget du Congrès, l’économie américaine devrait connaître une croissance de 3,1% cette année, mais le chômage devrait demeurer au-dessous des 9%. L’agence estime qu’au moment des élections présidentielle et législatives de 2012 il se situera à 8,2% de la population active. AP

Important (et incendiaire) discours du gouverneur de la banque centrale britannique

http://www.bankofengland.co.uk/publications/speeches/2011/speech471.pdf

Discours prononcé le 25 janvier à Newcastle.

En voici un florilège (avec mes traductions personnelles):

“When it comes to measuring success, don’t count money, count happiness”.  The advice, not of a Government monitor of our wellbeing, but Ken Dodd in 1964.  Unfortunately, happy is not the word to describe the global economic scene. »

(« Quand vient le temps de mesurer sa réussite, ne comptez pas vos sous, comptez votre bonheur. » Ce conseil ne vient pas d’un expert public en bien-être, mais de Ken Dodd, en 1964. Malheureusement, heureux n’est pas le mot pour décrire le contexte économique global.)

So should we in the United Kingdom be happy or unhappy?  There is no shortage of voices reciting reasons for unhappiness.  And today’s GDP figures remind us that, as I said last year, the recovery will be choppy.  Of more immediate concern to the Monetary Policy Committee is that we are experiencing a period of uncomfortably high inflation.

(Devrions-nous être heureux ou malheureux au Royaume-Uni? Il ne manque pas de voix égrenant les raisons du malheur. Et les chiffres du PIB aujourd’hui nous rappellent, comme je l’ai déjà dit l’an dernier, que la reprise sera houleuse. Au premier chef dans les préoccupations du conseil de politique monétaire se trouve la période inconfortable d’inflation élevée.)

So why is there so much unhappiness about inflation at present?  The answer is clear. The three factors I described – higher import and energy prices and taxes – have squeezed real take-home pay by around 12%. Average real take-home pay normally rises as productivity increases – money wages normally rise faster than prices.  But the opposite was true last year, so real wages fell sharply. And given the rise in VAT and other price rises this year, real wages are likely to fall again.  As a result, in 2011 real wages are likely to be no higher than they were in 2005.  One has to go back to the 1920s to find a time when real wages fell over a period of six years.

(Pourquoi l’inflation d’aujourd’hui constitue-t-elle un si grand malheur? La réponse est claire. Les trois facteurs que j’ai décrit – prix plus élevés des importations, de l’énergie, hausse des taxes – ont diminué le salaire net réel d’environ 12%. Le salaire net réel moyen augmente d’habitude avec la productivité – les salaires nominaux augmentent d’habitude plus vite que les prix. Mais l’inverse s’est produit l’an dernier, les salaires réels ont fortement baissé. Et vu la hausse de la TVA et d’autres prix cette année, les salaires réels vont vraisemblablement continuer à baisser. Le résultat, c’est qu’en 2011 les salaires réels ne devraient pas être plus élevés qu’en 2005. Il faut revenir aux années 20 pour trouver une époque où les salaires réels ont baissé sur une période de six ans.)

Le reste du discours vaut la peine d’être lu, notamment pour ses considérations sur l’inflation et la politique monétaire à mener.

Spectre de la récession en Grande-Bretagne

AFP le 26/01/2011 à 09:17

La presse britannique craint un retour du pays dans la récession :

La presse britannique s’inquiétait mercredi de du recul totalement inattendu de l’économie britannique fin 2010, annoncé la veille, qui relance les craintes d’un retour du pays dans la récession et place la politique d’austérité budgétaire du gouvernement en porte-à-faux.

« Craintes d’un retour de la récession », s’alarmait le Times, qui, comme la plupart des journaux britanniques, consacrait l’essentiel de sa Une à la nouvelle « choc » de la contraction de 0,5% du Produit intérieur brut au quatrième trimestre 2010.

« Le spectre d’une récession en double creux (c’est-à-dire d’un retour dans la récession, après celle entraînée par la crise financière, ndlr) ressurgit après la chute brutale » du PIB, renchérissait le Daily Telegraph.

Une très mauvaise nouvelle qui, pour certains titres, sème le doute sur la validité de la stratégie du gouvernement dirigé par le conservateur David Cameron, qui a fait de l’assainissement des finances publiques sa priorité, devant la croissance et de l’emploi.

« Pendant que l’économie se rétrécit, le débat politique enfle », observait dans un jeu de mots le Financial Times, affirmant dans un éditorial que la panne de croissance « a plus de conséquences pour la politique que pour l’économie », tant elle place le gouvernement en position délicate, et donne du grain à moudre à l’opposition travailliste.

Le tabloïde Daily Mirror moquait le ministre des Finances George Osborne, qui a imputé l’arrêt de la croissance à la vague de froid qui a frappé le pays en novembre-décembre. Le quotidien populaire, proche des travaillistes, relevait qu’il avait « accusé le mauvais temps à 24 reprises durant une interview de 3 minutes », soit « une excuse toutes les sept secondes ».

La presse consacrait également de nombreuses colonnes au gouverneur de la Banque d’Angleterre Mervyn King, qui a lui même noirci le tableau mardi, en soulignant dans un discours que les ménages britanniques faisaient face à la pire baisse de leur niveau de vie « depuis les années 1920 », avec une inflation qui ne cesse de grimper tandis que les salaires sont sous pression.

« Notre pays approche du bord du précipice », Paul Ryan (leader conservateur au Congrès US)

AFP le 26/01/2011 à 06:37

Obama appelle les Etats-Unis à innover face à un ordre économique mondial changé :

Le président des Etats-Unis Barack Obama a affirmé mardi que l’ordre économique mondial avait changé en une génération et appelé son pays à investir et à innover pour être à la hauteur du défi de puissances montantes comme la Chine et l’Inde.

Entamant son discours sur l’état de l’Union par une analyse sans concession des réalités économiques, M. Obama a souligné que de nombreux Américains se souvenaient de l’époque, avant la mondialisation, où il suffisait de travailler dur pour obtenir un salaire et des avantages sociaux décents.

Mais « le monde a changé et, pour beaucoup, le changement a été douloureux », a indiqué M. Obama lors de ce discours devant le Congrès, point d’orgue de l’année politique américaine.

« Les règles ont changé. En une génération, des révolutions technologiques ont transformé la façon dont nous vivons, travaillons et commerçons », a encore remarqué le président.

Face à la montée de nouvelles puissances industrielles comme l’Inde et la Chine, M. Obama a appelé ses compatriotes à ne pas se décourager, soulignant que les Etats-Unis possédaient toujours l’économie la plus prospère du monde.

« Oui, le monde a changé. La lutte pour les emplois est réelle. Mais cela ne doit pas nous décourager. Cela doit nous galvaniser », a déclaré le président, en appelant ses adversaires républicains à soutenir les investissements pour « innover, éduquer et construire mieux que le reste du monde ».

Il a souhaité que ses adversaires, désormais majoritaires à la Chambre et toujours dotés d’une solide minorité de blocage au Sénat, assument la « responsabilité partagée » de gouverner. « De nouvelles lois ne seront adoptées qu’avec le soutien de démocrates et de républicains. Nous progresserons ensemble, ou pas du tout », a-t-il prévenu.

Au moment où les républicains se sont dits décidés à réduire drastiquement les dépenses de l’Etat fédéral, M. Obama a aussi cherché à les apaiser en proposant un gel d’une partie des dépenses budgétaires pendant cinq ans, deux ans de plus que précédemment annoncé.

Mais l’opposition a semblé camper sur ses positions, le président de la commission du Budget à la Chambre, le républicain Paul Ryan, accusant M. Obama d’avoir engagé les Etats-Unis, qui ploient sous le poids d’une dette record de 14.000 milliards de dollars, dans une spirale ruineuse.

« Notre pays approche du bord du précipice. Nous sommes arrivés à un moment où si la croissance du gouvernement n’est pas maîtrisée, le meilleur siècle des Etats-Unis aura été le dernier », a-t-il accusé dans la réponse républicaine officielle au discours présidentiel.

L’intervention de M. Obama, qui vient d’entamer la seconde partie de son mandat et prépare déjà sa campagne de réélection en 2012, s’inscrit dans le contexte d’une reprise économique encore timide. Le chômage de 9,4% constitue un point noir du bilan de l’administration démocrate.

Les récents appels de M. Obama à l’unité rencontrent toutefois un écho positif auprès des Américains, en particulier les cruciaux électeurs indépendants; les sondages récents montrent une amélioration sensible de la cote de confiance du président, au-dessus de 50%.

M. Obama a aussi mentionné la fusillade du 8 janvier en Arizona (sud-ouest), dont plusieurs protagonistes, en particulier les parents de la petite fille de neuf ans fauchée lors du drame, assistaient à son discours.

M. Obama a rapidement évoqué les sujets de politique étrangère en manifestant la solidarité de son pays avec les Tunisiens, en se félicitant des pressions internationales pour forcer l’Iran à abandonner son programme nucléaire et en appelant la Corée du Nord à la dénucléarisation.

Mais il a passé sous silence le processus de paix israélo-palestinien, où les Etats-Unis ont subi de récents revers.