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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Marisol Touraine, la Bécassine du gouvernement profond

C’est vrai qu’il est un peu facile de se moquer de Marisol Touraine, qui ne ménage ni son temps ni sa peine au service du petit capitaine de pédalo François Hollande, et de sa grande oeuvre planificatrice que les nostalgiques de l’Union Soviétique nous envient. Mais enfin… sa soumission aveugle aux technocrates de la direction de la sécurité sociale, éléments majeurs du gouvernement profond, est si risible.

Impossible de résister à la tentation de narrer ses derniers exploits.

Ce que Marisol Touraine devrait savoir sur la santé des seniors

Beaucoup ont oublié que, l’an dernier, François Hollande avait annoncé la généralisation de la complémentaire santé aux petits vieux. Ce petit cadeau à destination de la FNMF (Fédération Nationale de la Mutualité Française) constituait un véritable casse-tête. Les seniors sont en effet les plus gros consommateurs de soins.

Ce graphique tiré d’une note de 2010 du Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie le montre aisément:

Marisol Touraine

On voit facilement sur ces chiffres qu’à partir de 60 ans, les dépenses annuelles de santé s’envolent, jusqu’à dépasser les 7.000 euros.

Si l’on admet que les complémentaires santé remboursent en moyenne 25% de ces dépenses, cela signifie donc que le tarif d’équilibre pour une personne de 75 ans (qui consomme environ 6.000 euros par an), se situe entre 100 et 120 euros par mois. Si l’on y ajoute des frais de gestion d’au moins 10%, on sait qu’une complémentaire santé à 75 ans ne peut être facturée à moins de 130 euros par mois sans mettre l’assureur en difficulté financière.

Marisol Touraine version Lada de la santé

Malgré ces évidences mathématiquement incontestables, la direction de la sécurité sociale a demandé à Marisol Touraine de prêter son nom à un décret mis en consultation avant sa parution. Celui-ci devrait encadrer les tarifs autorisés pour les complémentaires santé. Voici ce qu’il prévoit:

Comme le texte l’indique en page 2, le tarif applicable pour les personnes de 75 à 79 ans ne pourra dépasser les 103 euros. Le prix de la formule d’appel est fixé à 67 euros, soit moitié moins que le tarif technique.
Précisons que ce tarif inclut une prise en charge du forfait journalier hospitalier sans limitation de durée.
Bref, les tarifs sont fixés beaucoup trop bas pour des prestations insoutenables. C’est le principe de la Lada: vous concurrencerez les voitures occidentales en ne dépassant pas un prix de vente ridiculement bas…
On connaît la suite.

Marisol Touraine veut tuer les complémentaires santé

Ce genre d’approche totalement soviétique devrait avoir un effet rapide. D’une part les bons assureurs, ceux qui sont sérieux, ne candidateront pas ou plus pour assurer les séniors. D’autre part, les candidats à ce système de label connaîtront dans les dix-huit mois des difficultés financières majeures sur les contrats qu’ils auront placés.

Bref, Marisol Touraine organise le marasme du marché par une logique d’économie dirigée. Sa réforme, voulue par le brillant François Hollande, raréfiera l’offre d’assurance santé pour les plus anciens. Et ceux qui parviendront à s’assurer auront droit à un service dégradé.

Marisol Touraine continue la blague avec les dentistes

Parallèlement, la direction de la sécurité sociale a demandé à Marisol de signer une instruction au directeur général de la caisse d’assurance maladie, Nicolas Revel, tout aussi finaude. La ministre s’est exécutée sans manifestement comprendre de quoi il retournait.

Dans la pratique, Marisol Touraine demande au directeur général de l’assurance maladie de négocier une baisse des dépassements d’honoraires des dentistes en 2017. Pour ce faire, elle revalorisera les tarifs des actes habituels, histoire de dissuader les dentistes de dépasser les plafonds de la sécurité sociale. Elle veut aussi mieux répartir les dentistes sur le territoire.

Bref, pour éviter les dépassements d’honoraires, on augmente les prix de tout le monde, donc les remboursements globaux. Et on commence à administrer la carte des médecins.

La santé dirigée version soviétique

Progressivement, la France glisse vers un système de santé totalement administré et dirigé depuis Paris. Les tarifs, les installations, les garanties des contrats complémentaires, sont totalement imposés par la direction de la sécurité sociale.

L’organisation des soins en France se transforme en une immense administration.

L’étatisation de la santé, une mort lente programmée

Doit-on rappeler ici le courrier récemment rédigé par un jeune médecin breton. Celui-ci avait épinglé les charges administratives trop lourdes qui pesaient sur les médecins libéraux. Loin d’en tirer des conséquences intelligentes, la direction de la sécurité sociale continue à empiler les dispositifs bureaucratiques.

Peu à peu, c’est la médecine de ville qui meurt sous les paperasses. Et les déserts médicaux qu’on organise. Probablement à l’insu de la ministre elle-même.

Quand le Monde aime la discrimination anti-familles

On se pince pour y croire! Le Monde a fièrement publié un article appelant à la discrimination contre les familles, intitulé: « Se reposer en paix : cinq hôtels interdits aux enfants« , rédigé par Yoanna Sultan-R’bibo, par ailleurs journaliste chez Grazia et auteur d’un livre sur le 11 septembre.

Les bienfaits de la discrimination selon Le Monde

Je livre ici un florilège de cet article hallucinant qui en dit long sur le deux poids deux mesures dans la discrimination parmi les bien-pensants:

A quoi bon abandonner ses enfants pour les vacances, si c’est pour se coltiner ceux des autres dans la salle du petit déj’ et – horreur ! – autour de la piscine ? La solution : opter pour un hôtel « réservé aux adultes ». (…)

L’Hexagone semble avoir du mal avec l’étiquette « Interdit aux moins de 18 ans ». Discriminant, disent certains. (…)

Trois piscines en terrasse qui surplombent la mer Egée et la baie de Mirabello… le rêve. Qu’un enfant faisant des bombes dans l’eau viendrait forcément gâcher. (…)

« Les enfants qui sortaient de la piscine et couraient les pieds mouillés sur le sol en marbre, ça m’angoissait, raconte Ann, la propriétaire. Nous avons donc stipulé sur le site que l’endroit ne convenait pas aux jeunes enfants. » Depuis, l’élégante Villa St Maxime a fait de cette interdiction son fond de commerce. (…)

L’Algarve, au sud du Portugal, est en passe de devenir la destination préférée des Français. Pour éviter les familles nombreuses qui se pressent sur la côte, on s’isole dans les terres, entre oliviers et orangers.

Jusqu’où le Monde défendra-t-il la discrimination contre la majorité?

Pour mesurer l’ignominie de cet article paru dans le journal de Pierre Bergé, rappelons-le, inspirateur de Touche pas à mon pote! et grand défenseur de la cause gaie, je propose à Yoanna de remplacer dans ses phrases le mot « enfant » par le mot « juif » ou le mot « noir » ou le mot « arabe » ou le mot ‘homosexuel ».

L’article donne alors:

« Se reposer en paix: cinq hôtels interdits aux Juifs

« A quoi bon abandonner ses Juifs pour les vacances, si c’est pour se coltiner ceux des autres dans la salle du petit déj’ et – horreur ! – autour de la piscine ? (…)

L’Hexagone semble avoir du mal avec l’étiquette « Interdit aux Juifs ». Discriminant, disent certains. »

Tout simplement écoeurant.

Ces huit mois qui ont ébranlé le multiculturalisme

Le multiculturalisme est en crise. En France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Belgique, mais aussi aux États-Unis, l’idéologie selon laquelle la société doit être organisée autour d’une pluralité de langues, de communautés, de religions, connaît des ratés majeurs. En quelques mois, les certitudes diffusées depuis plusieurs décennies, tant en Europe qu’en Amérique, se sont fortement lézardées.

Le multiculturalisme américain au bord du gouffre

L’embuscade tendue à des policiers à Bâton Rouge montre à quel point l’idéal multiculturel aux États-Unis est en souffrance. Contrairement à tout ce qu’on avait pu croire depuis plusieurs années, le fossé entre Blancs et Noirs ne s’est pas rempli. Il s’est même creusé et enflammé.

Alors que les Afro-Américains représentent 13% de la population américaine, la politique de discrimination positive dont ils ont bénéficié ne semble pas véritablement avoir atteint son objectif.

D’un côté, le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) exacerbe fortement les tensions avec la police. Il illustre l’échec massif d’une politique de lutte contre les discriminations par les quotas.

D’un autre côté, la communauté WASP n’hésite plus, avec Donald Trump, a affirmé des valeurs de rupture avec cette politique héritée des années 70. On lira par exemple ce genre de message sur Twitter, qui en dit long sur l’état d’esprit émergent à l’occasion de la campagne présidentielle américaine:

 

Le multiculturalisme français après l’attentat de Nice

En France, la multiplication des campagnes officielles en faveur de « l’unité » prouve là encore que le sujet ne coule pas de source dans l’opinion. Incontestablement, la survenue d’attentats commis par des Français radicalisés, issus de l’immigration maghrébine, jette un puissant doute sur le multiculturalisme et ses bienfaits. L’absence de désapprobation claire de ces massacres par les Musulmans de France n’a pas aidé à dissiper le flou…

De fait, et depuis plusieurs mois, l’éloge du « multi » rassemble de moins en moins de partisans. Si ceux-ci restent majoritaires dans les médias, le discours dominant accepte de plus en plus l’idée d’une remise à plat du concept.

Cette prise de conscience devrait d’ailleurs contribuer à une mise en minorité du Front National. Celui-ci n’a plus le monopole du discours sur le sujet.

Le Brexit est-il un rejet du multiculturalisme?

Si la Grande-Bretagne a longtemps fait figure de poste avancé du multiculturalisme et du communautarisme en Europe, le Brexit semble avoir donné un sévère coup d’arrêt au phénomène. La majorité des Britanniques s’est exprimée contre une politique migratoire ouverte, imposée par l’Allemagne.

Comme l’ont souligné les eurolâtres, ce sont d’abord les ruraux et les plus âgés qui ont exprimé leur refus de voir la société britannique « se mélanger ».

L’Allemagne prend ses distances avec le modèle multiculturel

Les turpitudes de la Nuit de la Saint-Sylvestre, à Cologne notamment, ont modifié en profondeur la perception du modèle multiculturel en Allemagne. Angela Merkel peut se féliciter des disputes internes au mouvement AFD, et de la victoire du « Leave » en Grande-Bretagne. Le parti nationaliste allemand est en perte de vitesse.

Il n’en reste pas moins qu’Angela Merkel est désormais obligée de modifier son discours. Non seulement, elle a fermé ses frontières, mais elle prend de fortes distances avec Erdogan. La ligne pro-islamique est de moins en moins facile à tenir en Allemagne.

L’éducation plutôt que le multiculturalisme

Par quoi remplacer le multiculturalisme?

Les pays occidentaux ne feront pas l’économie d’une réflexion en profondeur sur l’importance d’un projet éducatif pour les allogènes. Accueillir, soigner, héberger, ne suffit plus. Il faut encore former, éduquer, intégrer culturellement.

Là encore, il est très probable que les technostructures actuelles ne soient pas « équipées » pour relever ce défi. Un séisme sera nécessaire pour régler le problème démographique global auquel nous sommes confrontés.

 

Terrorisme: déjouez les sophismes de la bien-pensance

Pour éviter les questions qui fâchent en matière de lutte contre le terrorisme, le gouvernement et les bien-pensants qui le soutiennent multiplient les sophismes, c’est-à-dire les raisonnements faux mais qui paraissent juste. En voici une petite anthologie illustrée.

Jean-Marie Colombani et sa pente savonneuse

Dans une tribune publiée par Slate (le pure player dirigé par Jacques Attali), Jean-Marie Colombani, qui reprend ici mot pour mot les propos de François Hollande, explique qu’il faut soutenir le gouvernement, sans quoi:

le danger est, cette fois, celui d’une dislocation de la société française

Ce type de sophisme s’appelle une pente savonneuse: si vous demandez des comptes au gouvernement, la société va voler en éclat. La technique consiste donc à ne pas répondre sur le fond, mais à laisser craindre le pire. Cette technique est proche d’une forme d’argumentum ad consequentiam appelée appel à la terreur: Continuez comme ça, et les 7 plaies d’Egypte s’abattront sur vous.

Comment répondre à la pente savonneuse?

Évaluez les politiques publiques en matière de terrorisme conduit-il à une dislocation de la société française? C’est plutôt le contraire qui la disloque: accepter sans broncher des politiques qui provoquent la mort de centaines d’innocents, et protéger les incompétents qui les mènent.

Mediapart et sa reduction ad hitlerum

Dans un article marqué du sceau de la modérationMediapart explique que les critiques contre le gouvernement émanent de la droite et de l’extrême-droite:

Dans la foulée du massacre de la promenade des Anglais, la droite et l’extrême droite ont dénoncé « l’impuissance de l’exécutif », et réclamé que « la vérité » soit enfin assumée.

La technique est simple et bien connue: elle consiste à suggérer que tous ceux qui demandent une évaluation de la politique anti-terroriste sont liés à l’extrême-droite, sous-entendu sont des avocats ou des suppôts du nazisme. Ce sophisme s’appelle la reductio ad Hitlerum, qui est une forme de déshonneur par association.

Comment répondre à ce sophisme?

L’argument est plutôt simple. Il consiste à rappeler que les démocrates ne peuvent indéfiniment laisser l’extrême-droite être la seule à utiliser les libertés publiques qui nous sont reconnues par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’article 15 de celle-ci garantit à chacun la possibilité de demander des comptes au gouvernement.

Valls et son argumentum ad odium

Dans une interview au Journal du Dimanche, Manuel Valls utilise deux types de sophisme:

«Chacun connaît ma détermination, l’autorité est pour moi une valeur essentielle. Mais remettre en cause l’État de droit, remettre en cause nos valeurs serait le plus grand renoncement». Et d’ajouter : «La réponse à l’État islamique ne peut pas être la « trumpisation » des esprits.»

Le premier, qui consiste à accuser ses détracteurs de remettre en cause l’Etat de droit, est une généralisation abusive. On s’arrêtera surtout sur la « trumpisation » des esprits, qui procède de l’argumentum ad odium. Tous ceux qui ne pensent pas comme moi sont « trumpisés ». La technique est proche du déshonneur par association.

Comment répondre à Valls?

Il faut inlassablement répéter que c’est l’absence de réponse sur le fond qui conduit à des effets indésirables comme la « trumpisation » des esprits. Si les politiques acceptaient de rendre des comptes sur leurs choix et leurs décisions, les esprits ne seraient pas obligés de se radicaliser.

Pariez sur une crise systémique à la rentrée

Faut-il craindre une nouvelle crise systémique ? Depuis la Grande Crise de 2008, la question est devenue une sorte de marronnier de l’été, tant l’incertitude est structurelle dans l’ensemble de l’appareil économique. En outre, peu d’étés se sont déroulés depuis cette date sans que des incidents graves ne surviennent.

Après la crise de l’euro en 2011, le monde a ainsi connu l’effondrement boursier en Chine, les quasi-faillites de la Grèce, etc. Ces incidents n’ont toutefois pas débouché jusqu’ici sur des mises en danger mondiales, même si nombre d’observateurs sont convaincus qu’un nouveau krach est inévitable.

Peut-il arriver cet automne? Plusieurs éléments le laissent à penser et des paris raisonnables peuvent être pris sur un événement douloureux entre septembre et novembre.

L’Europe toujours malade de ses banques

À la différence des États-Unis où le complexe militaro-industriel est plus puissant que le lobby bancaire, l’Europe s’est totalement jetée dans les bras de la finance sans se préoccuper d’industrie de défense. Ce suicide programmé s’est opéré il y a une quarantaine d’années environ, lorsque les élites continentales (et françaises au premier chef) ont décrété la ringardise de l’industrie et la modernité de la banque.

Les banques sont devenues toutes puissantes en Europe, et notamment en France où la majorité des responsables politiques est fascinée par le pouvoir de l’argent, pendant que la technostructure rêve chaque matin en se rasant d’être recrutée à prix d’or par une grande banque ou par une banque d’affaires pour y monétiser son carnet d’adresses. Cette idolâtrie a ouvert des boulevards aux banquiers pour un grand n’importe quoi, et notamment des bilans gonflés à l’hélium avec des fondamentaux défaillants.

Le 29 juillet, l’autorité bancaire européenne doit publier le bilan des stress tests réalisés cette année. On sait que ces publications font d’ordinaire oeuvre de pudibonderie. Elles devraient néanmoins souligner l’insuffisance en fonds propres des banques italiennes. Beaucoup d’initiés pensent que le régulateur européen fera oeuvre utile en cachant pudiquement la situation dans un certain nombre d’autres pays européens.

Mais que se passe-t-il en Italie?

Certains avancent le chiffre de 340 milliards d’euros de créances douteuses pour les banques italiennes. Autrement dit, les banques italiennes ont accordé des crédits qui risquent de ne pas être remboursés pour un montant de cette taille, équivalent au budget de l’Etat en France.

Traduction: l’Italie pourrait avoir à faire face à un choc interne de même ampleur qu’une banqueroute de l’Etat en France.

Bien sûr, le financier sait que la peur fait venir le danger, et tout le monde s’emploie à conjurer l’un et l’autre en disant que tout cela n’est rien. L’Italien Angeloni, responsable de la supervision bancaire à la BCE, a cherché à minimiser le phénomène dans une interview à la presse italienne:

"Certaines banques sont handicapées par un niveau élevé de 
prêts non-performants. Le problème peut être géré mais ne doit 
pas être sous-estimé", a dit Angeloni à Il Sole 24 Ore dans un 
entretien publié vendredi.

« Le problème peut être géré »… Entendez: le contribuable doit mettre la main à la poche pour réparer les folies bancaires, comme d’habitude.

Ce faisant, la Commission Européenne a autorisé le gouvernement italien à actionner un fonds public de 150 milliards € pour garantir les liquidités bancaires. Les spécialistes savent que cette opération de passe-passe qui consiste à demander au contribuable de payer un impôt réinjecté sous forme d’argent au guichet fréquenté par le client des banques est une étape importante dans l’enfoncement au coeur des sables mouvants.

L’Allemagne n’est pas épargnée

En Allemagne, la situation n’est pas meilleure, contrairement aux délires prussophiles de l’élite française. Le FMI, il y a quelques jours, n’a pas hésité à mettre les pays dans le plat en publiant une étude sur les G-SIBs, c’est-à-dire les établissements bancaires de taille systémique, comportant ce texte:

« Au sein des G-SIBs, Deutsche Bank apparaît comme le plus plus important contributeur net en termes de risques systémiques suivi par HSBC et Credit Suisse », précise le FMI.

« Le poids relatif de Deutsche Bank souligne l’importance de la gestion des risques, de la supervision intensive des G-SIBs et du suivi rapproché de leurs expositions transfrontalières », poursuit le Fonds qui estime nécessaire de mettre en place rapidement des mesures pour assurer la liquidation des banques en difficulté.

S’agissant des « mesures à mettre en place », les banquiers de la Deutsche Bank ont leur idée. L’économiste en chef de la banque a donné une interview au Welt am Sonntag  où il demande un plan européen de sauvetage des banques de 150 milliards €.

« Europa ist schwer krank »: l’échec de la BCE

« L’Europe est très malade » dit ce chef économiste. Encore passe-t-il sous silence la dangereuse politique d’exposition au risque menée par la Banque Centrale Européenne depuis plus d’un an. Tout le monde se gausse de l’échec remarquable de cette politique qui a consisté à gonfler de 50% le bilan de la Banque sans aucun effet sur l’économie du continent.

On rappellera ici que la BCE a officiellement décidé de lâcher des liquidités (son fameux « Quantitative Easing ») pour réanimer une inflation mourante (le mandat de la BCE est de maintenir l’inflation autour de 2%). Voici l’histoire de l’inflation en Europe depuis 10 ans selon Eurostat:

crise systémique

Autrement dit, les interventions massives décidées en mars 2015 n’ont produit aucun effet notable, si ce n’est qu’elles évitent (peut-être) la déflation à prix d’or. La BCE chasse le moustique avec une enclume. Le résultat de cette politique est assez bien reflété dans le graphique produit par la banque Natixis:

crise systémique

La ligne mauve montre bien que, depuis mars 2015, les liquidités en Europe ont littéralement explosé sans que ce déluge d’euros n’ait le moindre impact manifeste sur l’activité.

En revanche, cette folie a un inconvénient: en cas de retournement sévère du marché, amplifié par l’expansion du shadow banking, la BCE sera incapable de réagir. Son bilan sera en effet alourdi par des créances douteuses et elle ne pourra jouer son rôle de créancier en dernier ressort.

Bref, les banques européennes sont au bord de l’effondrement, et la BCE n’a aucune marge de manoeuvre pour les soutenir.

En route vers la crise systémique

Ces éléments ne signifient pas qu’une crise systémique interviendra à coup sûr à la rentrée. Ils signifient en revanche que la probabilité que cette crise survienne est encore plus forte que les années passées, et que la crise sera d’autant plus violente qu’elle aura tardé à survenir.

Il ne faut pas ici sous-estimer l’impact politique de cette crise, qui pourrait intervenir au pire moment pour le continent.

Les difficultés internes de l’Europe connaissent en effet un tournant, ou une rencontre de séries différentes comme aurait dit le philosophe de l’Histoire Cournot. D’une manière globale, le gouvernement profond européen se raidit d’autant plus qu’il est fortement contesté par les peuples. D’autre part, une menace nouvelle liée aux mouvements démographiques apparaît. Enfin, les tensions militaires existent, notamment avec la Russie.

Qui paiera la crise systémique? Vous!

Je ne pouvais évidemment finir cet article sans glisser la petite remarque qui tue. En cas de crise bancaire majeure, l’Union n’a pas formalisé de règle pour les garanties de dépôt. Autrement dit, un scénario à la chypriote où les faillites bancaires seraient évitées par une mobilisation totale ou partielle des avoirs des clients n’est pas exclue. Un récent rapport du Sénat fait un point utile sur le sujet:

Dès l’origine, la proposition de garantie des dépôts a fait l’objet d’une forte contestation de la part de certains États membres, dont l’Allemagne et la Finlande, qui ont déploré l’absence d’analyse d’impact initiale de la part de la Commission et contesté la base juridique retenue (l’article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Une contestation identique de la base juridique avait été formulée lors de la négociation du deuxième pilier sur la résolution et conduit à l’élaboration d’un accord intergouvernemental pour traiter du Fonds de résolution unique. À nouveau, les arguments avancés présentent la proposition non pas comme un rapprochement des législations mais comme un transfert de ressources et, partant, comme un sujet de nature fiscale nécessitant un vote à l’unanimité. Cette contestation est de nature à soutenir la demande de recours à un accord intergouvernemental au motif qu’un règlement sur la base de l’article 114 ne peut valablement autoriser un transfert budgétaire.

Bref, en attendant que l’Allemagne cède (son angoisse est de demander aux épargnants allemands de financer les faillites des autres, l’inverse ne la gênant bien entendu pas), chaque pays agira selon son bon vouloir. Et rien n’empêcherait une saisie directe des avoirs des particuliers par les Etats.

Bon été à tous!

Terrorisme: les très embarrassants dénis de Cazeneuve et de sa police

La police française (au sens large) échoue-t-elle à améliorer ses performances dans la lutte contre le terrorisme? C’est évidemment la question qui est dans tous les esprits, et qu’une démocratie normale se poserait. D’ailleurs, rappelons que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prévoit, dans sa grande sagesse et son article 15: « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. »

Simplement, la dérive aristocratique française, qui veut que l’administration et ses marquis soient au-dessus des lois, rend cette demande de compte de moins en moins possible. Et c’est bien dommage…

La lutte contre le terrorisme avant Charlie Hebdo

Avant l’affaire Charlie Hebdo, les renseignements français sont pris deux fois en situation d’échec: une fois dans l’affaire Merah, une fois dans l’affaire Nemouche (attentat au musée juif de Bruxelles):

Il n’empêche, pour le « Washington Post », la France a été au centre des plusieurs affaires qui témoignent d’une « défaillance ». Le quotidien rappelle ainsi que Mehdi Nemouche, l’auteur présumé de la fusillade meurtrière du Musée juif de Bruxelles, en mai 2014, était lui aussi connu des services français pour un séjour effectué en Syrie.

De même, Mohamed Merah, l’auteur des tueries à Toulouse et Montauban en 2012, figurait, au même titre que les frères Kouachi, sur la liste noire des personnes interdites de vol, en provenance et à destination des États-Unis. Objet d’une fiche S dès 2006, le jeune homme fut interrogé par la police en 2011 sur ses différents voyages effectués en Afghanistan et au Pakistan notamment. Avant d’être relâché.

Lorsque l’attentat contre Charlie Hebdo survient, personne n’ignore donc les failles du renseignement français, notamment son incapacité à coordonner les informations que reçoivent les différents services. Et surtout, mettons les pieds dans le plat, cette terrible déresponsabilisation administrative qui consiste à appliquer des procédures plutôt qu’à obtenir des résultats.

La lutte contre le terrorisme au moment de Charlie Hebdo

Mettons à part l’affaire du marché de Nantes en décembre 2014, dont l’auteur, Sébastien Sarron, s’est suicidé en avril 2016, dans sa prison, et qui apparaît aujourd’hui comme la préfiguration d’une terrible suite d’actions (bien plus) meurtrières.

Reprenons la chronologie sanglante depuis le massacre de Charlie Hebdo.

terrorisme

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi, fichés S par les renseignements, mais dont la surveillance s’est étrangement arrêtée quelques mois auparavant, entrent dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo et y tuent onze personnes. L’opération est facilitée par l’arrêt de la surveillance permanente des locaux quelques semaines auparavant.

Deux jours plus tard, Amedy Coulibaly, qui est probablement l’auteur d’au moins une fusillade (la veille) où une policière trouve la mort, prend d’assaut un supermarché casher dans Paris et tue 4 personnes. Coulibaly était fiché S.

Il avait été contrôlé par la police dans les rues de Paris quelques jours auparavant sans que la hiérarchie policière ne suive la procédure habituelle pour l’interroger. C’est un loupé parmi d’autres: alors que Coulibaly avait purgé une peine de 5 ans de prison pour avoir cherché à libérer un des terroristes de 1995, l’administration pénitentiaire avait signalé sa radicalisation. Mais les services de renseignement ne l’ont pas mis sous surveillance à sa sortie de prison.

Ajoutons que, selon toute vraisemblance, les armes de Coulibaly furent achetées auprès d’un indicateur de la gendarmerie qui aurait dû, au minimum, signaler les agissements de l’impétrant.

Bref, le 11 janvier, lorsque plusieurs millions de Français descendent dans les rues pour dire leur émotion, la police a un immense travail de remise en cause à mener.

On augmente les moyens, mais on ne change pas les méthodes

Dans la foulée de ces massacres, la police française, brillamment conduite par le psychorigide Bernard Cazeneuve, va nous sortir la soupe au déni qui ne va plus quitter les fourneaux jusqu’à aujourd’hui, et qui repose sur deux principes simples. Premièrement, les policiers ne ménagent ni leur temps ni leur peine, donc ils n’ont rien à se reprocher ni rien à améliorer. Deuxièmement, ils ne sont pas assez nombreux et sont entravés par la protection des libertés publiques, qui nuit à leur efficacité.

Se met donc en branle dès le mois de janvier 2015 une logique de déni qui déporte tous les problèmes vers le manque de moyens et l’excès de liberté, et qui interdit de poser la question de l’organisation interne des services. Tous ceux qui s’y essayent sont immédiatement taxés de complotisme ou d’esprit de discorde, ce qui équivaut à une exécution en place de grève.

Le 24 juillet 2015, la liberticide loi relative au renseignement est promulguée. Dès la fin janvier, Manuel Valls avait annoncé 450 millions d’euros supplémentaires et 2.500 emplois…

Et patatras, le Bataclan arrive

Le 6 novembre, le psychorigide Bernard Cazeneuve fait une annonce stupéfiante qui passe inaperçue:

« Pendant un mois, nous allons établir des contrôles aux frontières », a déclaré le ministre, évoquant « un contexte de menace terroriste ou de risque de trouble à l’ordre public ».

Quelques jours plus tard, Salah Abdeslam et Mohammed Abrini effectuent un premier voyage de repérage à Paris, avant de convoyer les équipes qui vont commettre les attentats du 13 novembre, dans le 11è arrondissement, dont le massacre du Bataclan, et à Saint-Denis.

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Stupeur: les terroristes du 13 novembre ont tous ou presque fait l’objet des mêmes failles que Coulibaly et les frères Kouachi quelques mois auparavant: surveillances parcellaires, défaillantes, contrôles judiciaires non suivis, défaut de transmission d’informations entre services, porosité manifeste des frontières.

Pire! alors que les frontières sont officiellement fermées, Salah Abdeslam parvient à s’exfiltrer le 14 novembre au matin, alors même que des policiers l’arrêtent et l’interrogent. Mais la hiérarchie, une fois de plus, donne l’ordre de le laisser repartir.

Les ahurissants dénis de Bernard Cazeneuve

Dans une démocratie normale, une répétition amplifiée des échecs connus et parfaitement analysables du 7 janvier n’aurait pas forcément conduit à la démission du ministre de l’Intérieur, mais elle aurait mené à une remise en question des certitudes acquises. Dans la république bananière française, il en va autrement. Lors de son audition par la commission parlementaire sur le sujet, Bernard Cazeneuve a fait toute la démonstration de sa psychorigidité et de son incapacité à sortir de la posture politique pour s’occuper de l’intérêt général.

« L’exercice consistant à pointer des failles avant de démontrer leur existence est extrêmement facile », a-t-il déclaré, affirmant vouloir s’attacher « à la vérité ». (…)

Bernard Cazeneuve a finalement vanté les réformes sur les renseignements et les moyens des services antiterroristes lancées depuis le début quinquennat et a égratigné celle de 2008, engagée lors de la majorité précédente. « Bernard Cazeneuve est toujours dans l’autosatisfaction et dans le jeu politique, profitant de la commission pour critiquer le gouvernement précédent », a dénoncé, sur Twitter, l’association de proches de victimes et rescapés, 13 novembre: Fraternité et vérité.

Chassez la vérité, elle revient au galop

Pourtant, et malgré un combat de tous les instants, les vérités bien huilées de Bernard Cazeneuve prennent l’eau.

Par exemple, les réactions des proches des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo ont commencé à faire tache.

Dès le 18 octobre 2015, la véritable compagne de Charb relate divers détails sur les moments qui ont précédé sa mort et qui suggèrent une nuance substantielle entre la version admise de l’attentat et ses motivations plausibles.

Après le réveil, Charb est parti chercher des croissants à la boulangerie. En revenant, il avait l’air soucieux : il m’a raconté avoir repéré en bas de son immeuble une voiture noire aux vitres teintées, de marque Peugeot ou Renault, je ne me rappelle plus précisément. Il n’était pas du genre à s’inquiéter pour rien, mais là, ça le perturbait. Il répétait : « C’est bizarre cette voiture. » (…)Qui était dans cette voiture ? Les frères Kouachi ? Des complices ? J’ai parlé de cet épisode aux policiers qui m’ont entendue, et j’ai écrit à la juge chargée du dossier cet été pour lui rappeler cet élément, mais je n’ai aucun retour depuis.

Quelques semaines plus tard (après le 13 novembre donc), c’est la femme du policier chargé de la sécurité de Charb qui porte plainte. Bernard Cazeneuve, qui n’ignore pas la persistance des trous dans la raquette policière après le Bataclan, continue néanmoins les dénis:

Interrogé par ailleurs sur une «guerre des polices» dans la lutte contre le terrorisme, Bernard Cazeneuve a assuré que de «nouvelles méthodes de travail de décloisonnement des services» avaient été mises en place, dont un état-major autour de lui «pour que les gens se parlent». Il y a eu «énormément de décisions et d’actions», a-t-il souligné, citant le démantèlement de dix-huit filières de recrutement de jihadistes depuis 2013, l’arrestation de onze groupes «s’apprêtant à commettre des attentats» et «six attentats déjoués depuis le printemps».

Malheureusement, Cazeneuve oublie de citer l’immense raté du 13 novembre…

Le GIGN confirme l’incompétence du commandement

Dans le même ordre d’idées, la polémique de ces derniers jours sur la quasi-mutinerie au sein du GIGN contre le colonel Bonneau souligne bien que, ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le médiocre commandement des services de sécurité, tous politisés, tous proches du pouvoir, mais avec des compétences approximatives.

En elle-même, l’information sur l’inaction du GIGN n’est pas nouvelle. Dès le 15 décembre, la presse avait souligné l’étrange attentisme du groupement le soir du Bataclan. Les gendarmes du groupement ont, depuis, exprimé leur colère face aux erreurs de commandement ce soir-là.

terrorisme

Comme d’habitude, le ministère de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve compris, ont affirmé que les procédures avaient été respectées, donc que tout allait bien.

Certes, l’assaut contre le Bataclan, tenu par deux terroristes, a duré plus de quatre heures. Certes, des dizaines de personnes sont mortes ce soir-là. Mais tout va bien!

Même les juges administratifs reconnaissent la responsabilité de l’Etat

Le problème de tout ce petit monde est évidemment qu’il est mû par des problèmes partisans, et certainement pas par le souci d’améliorer durablement les performances de la police française pour éviter d’autres attentats. Les sujets sont donc systématiquement abordés sous l’angle: est-ce utile à notre réélection.

Les défauts de la police, ses failles, ses incompétences, et surtout sa paresse à les corriger sont pourtant tellement flagrants que même la justice administrative, qui est aux ordres du gouvernement, ne peut plus « faire comme si ». Dans le cadre de l’affaire Merah, le tribunal administratif de Nîmes vient, par exemple, de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la mort de l’une des victimes du terroriste.

Face aux décisions absurdes des services de renseignement, qui ont arrêté la surveillance de Merah alors qu’il revenait manifestement d’un entraînement militaire en Afghanistan, aucun juge ne peut plus admettre que la police ne connaisse pas de graves dysfonctionnements qui ne sont certainement pas réglés depuis l’arrivée de la gauche. Et ce n’est pas en recrutant à tour de bras que l’on empêchera un policier paresseux de ne pas ordonner le suivi d’un suspect à l’issue d’un interrogatoire où les évidences s’imposent. C’est plutôt en le manageant, métier qu’aucun officier de police ne semble plus avoir envie de faire.

La cohésion, prétexte à l’incompétence

Après l’attentat de Nice, qui repose les mêmes problèmes d’organisation de la police (notamment sur la fameuse trajectoire de deux kilomètres en zone interdite avant d’être arrêté), François Hollande a trouvé la parade: il ne faut pas de polémique inutile, il faut rester soudés.

Bien sûr. Les paresseux ne font pas le boulot, les Français tombent comme des mouches, mais il ne faut pas poser de question, ni demander de compte (ce qui est pourtant notre droit fondamental).

C’est bien ce qui nous embarrasse dans les dénis de Bernard Cazeneuve: au lieu d’agir en homme d’Etat capable de poser les problèmes par-delà les polémiques partisanes, sa seule argumentation est de nier et de ramener le débat à un niveau indigne. Et pendant ce temps, la France sombre.

Affaire Merah: l’arrêt sanglant des juges administratifs

Alors que Nice pleure ses morts, il n’est pas inutile de lire, dans l’affaire Merah, le texte du jugement rendu le 12 juillet (par une triste coïncidence) par le tribunal administratif de Nîmes. Il résume parfaitement les fautes de la police, et singulièrement des services de renseignement, reprochés aujourd’hui à l’Etat.

Comment l’Etat est responsable de l’affaire Merah

On lira tout particulièrement, dans ce texte, le considérant qui jette un pavé dans la mare:

5. Considérant qu’à son retour à la fin du mois d’octobre suivant, Y a été convoqué au sein des locaux de la direction des services de renseignement, le 14 novembre 2011 à Toulouse ; qu’il ressort du rapport de l’inspection générale de la police nationale établi au cours du mois d’octobre 2012, que les agents des services centraux ayant conduit cet entretien n’avaient eu, à l’époque, ni un accès complet à l’enquête locale ni une formation adaptée et pas davantage la disposition de moyens adéquats à la conduite de ce type de rencontres ; que Y leur a alors affirmé pratiquer un islam modéré et indiqué avoir fait, tant en Afghanistan qu’au Pakistan, des voyages touristiques ; qu’il n’a donné pourtant, s’agissant notamment de son séjour très récent au Pakistan, que des explications particulièrement peu précises et confuses ; que le compte-rendu de cette rencontre, au demeurant établi seulement deux mois plus tard et transmis encore un mois après aux services toulousains, conclut cependant qu’elle n’a pas « permis de faire le lien entre Y et un éventuel réseau djihadiste » et, malgré son profil et le caractère hautement suspect de son comportement, établi depuis plusieurs années et renforcé par ses récents voyages, que l’intéressé est apparu « comme quelqu’un d’assez malin et ouvert qui pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur » ; qu’il n’est pas contesté que, dans les suites immédiates de cet entretien, au lieu de renforcer les mesures de surveillance de Y ou, a minima, de les maintenir, tout suivi de celui-ci a été abandonné ; que cette décision constitue, au vu de l’ensemble des circonstances rappelées ci-dessus et malgré la difficulté des tâches qui leur sont imparties, une faute commise par les services de renseignement dans l’exercice de leur mission de prévention des actions terroristes et de surveillance des individus radicaux, ce qu’a d’ailleurs reconnu publiquement le ministre de l’intérieur au début de l’année 2013 ; que cette faute est de nature à engager la responsabilité de l’Etat.

Donc, à son retour d’Afghanistan, Merah est interrogé par les services de renseignement. Il est évident, à l’issue de l’interrogatoire, que l’intéressé n’a pas fait un voyage touristique. Et… la police décide de ne plus le surveiller.

Logique non?

Coup d’Etat en Turquie: les images chocs

Le coup d’Etat en Turquie semble avoir échoué. Il a donné lieu à une multitude d’images amateurs dont je montre ici quelques moments-clés. On retiendra qu’à l’issue de cette soirée et cette nuit chaotique, il est fort probable qu’Erdogan ait renforcé son pouvoir et sa légitimité dans le pays.

Un avion de combat survole Ankara

Un hélicoptère tire sur la foule

Assez rapidement, des civils semblent s’être rassemblés pour s’opposer au coup d’Etat. Les militaires auraient alors tiré sur la foule.

Des tirs et bombardements sur le palais présidentiel

Lynchage de putschistes à la télévision turque

Des militaires arrêtés par des policiers

Des Turcs envahissant l’aéroport au chant d’Allah Akbar

 

Turquie: l’armée en train de renverser Erdogan?

Mise à Jour à 22h50

Les nouvelles qui arrivent de Turquie ne manquent pas de surprendre. Selon diverses informations concordantes, un coup d’Etat serait en cours dans le pays et l’armée préparerait le renversement d’Erdogan.

Des coups de feu entendus en Turquie, notamment à Ankara

À 20h56, heure de Londres, des coups de feu ont été entendus à Ankara. Diverses sources indiquaient que des hélicoptères et des avions survolaient la capitale, ainsi qu’Istanbul.

La Turquie coupée en deux: le Bosphore fermé

Quelques minutes plus tard, diverses sources ajoutaient que le Bosphore était fermé et que la gendarmerie se déployait dans les rues d’Istanbul. On parle de l’instauration de la loi martiale. Le Premier Ministre affirmait qu’une partie de l’armée tentait un coup d’Etat militaire.

L’armée annonce sa victoire

Dans le désordre ambiant en Turquie, l’armée annonce sa victoire, alors que le Premier Ministre marginalise les événements.

Pour le reste, on dispose d’encore assez peu d’informations. La survenue d’un coup d’Etat constituerait une nouvelle étape majeure dans le délitement du Proche-Orient et dans les répercussions que nous constatons à sa suite.

Je tâcherai de suivre avec précision ces événements dont les implications risquent d’être extrêmement importantes pour l’ensemble de l’Union Européenne et de l’OTAN. Rappelons que la Turquie d’Erdogan est en train de rompre avec le passé laïque initié par Ataturk au début du vingtième siècle. Cette rupture s’est notamment traduite par un soutien à l’Etat Islamique.

En France, la production industrielle s’effondre en mai

Ça va mieux! forcément! sauf que la production industrielle de l’Union est retombée en mai 2016, selon Eurostat. Démonstration est une nouvelle fois faite qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, et que rien ne prouve que l’année 2016 ne sera pas une année terrible. Malgré les affirmations triomphales de François Hollande, on regardera donc avec attention l’indicateur suivant:

production industrielle

L’Europe en plein sinistre industriel

Premier point, le plus évident: la production industrielle aujourd’hui reste inférieure de 5 points à ce qu’elle était en 2008. Autrement dit, l’Europe n’a toujours pas pansé ses plaies, ni économiques, ni industrielles. En données corrigées des variations saisonnières, la production industrielle bute en tout cas sur un indice de 105, avec une base 100 en 2010.

Donc, en admettant même que « ça va mieux », le mouvement est loin d’être linéaire et euphorique.

La France, 3è pire performance européenne

Pour compléter ce tableau, on lira avec attention les chiffres de production par pays:

production industrielle

Cette impressionnante matrice permet de mesurer les impressionnants écarts existant en Europe. Ainsi, par rapport à 2010, la Slovaquie a augmenté sa production industrielle de 42%, l’Irlande de 35%, la Roumanie de près de 34%. Les Pays-Bas ont perdu près de 13%, soit une performance pire que la Grèce, qui n’a vu sa production industrielle reculer « que » de 12% en 6 ans.

On notera que l’Allemagne a amélioré sa production de 6%… quand la France réalisait la troisième pire performance après la Grèce et les Pays-Bas, avec une chute de 4 points de la production. L’effet est particulièrement sec d’avril à mai où la baisse, en un mois, est de 8 points. Pendant ce temps, l’Italie connaissait un mouvement exactement inverse, avec une hausse de sa production industrielle de 8 points en un mois.

Ces quelques petits rappels ne sont pas inutiles pour mesurer la désindustrialisation du pays et la façon dont ce phénomène déstabilise l’ensemble de la vie politique française.