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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

La déclaration commune Merkel-Hollande-Renzi

Je publie ici la déclaration commune de ce soir sur l’avenir de l’Europe, par Angela Merkel, Matteo Renzi et François Hollande.
BERLIN, 27 juin (Reuters) - La France, l'Allemagne et 
l'Italie estiment qu'il "n'y a pas de temps à perdre" pour 
répondre à la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union 
européenne, dans une déclaration commune diffusé à l'issue d'un 
sommet à trois à Berlin.  
    Voici ce texte : 
    "Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique a 
exprimé le souhait de quitter l'Union européenne. La France, 
l'Allemagne et l'Italie respectent cette décision. Nous 
regrettons que le Royaume-Uni ne sera plus notre partenaire au 
sein de l'Union européenne. 
    "Nous avons pleinement confiance dans le fait que l'Union 
européenne est assez forte pour apporter aujourd'hui les bonnes 
réponses. Il n'y a pas de temps à perdre. 
    "Aujourd'hui, nous exprimons notre ferme engagement pour 
l'unité de l'Europe. Nous sommes fermement convaincus que 
l'Union européenne est essentielle pour rendre nos pays plus 
forts en agissant ensemble, avec nos institutions communes, afin 
de garantir le progrès économique et social de nos peuples et 
d'affirmer le rôle de l'Europe dans le monde. 
    "Depuis près de soixante ans, l'Union européenne constitue 
une communauté unique de droits, de libertés et de valeurs 
communes. Elle nous permet de sauvegarder notre modèle social 
européen, qui associe à la réussite économique et la protection 
sociale. Elle nous permet de préserver la diversité culturelle. 
    "Le marché unique, nos politiques communes et l'euro n'ont 
pas d'équivalent dans le monde. Ces réalisations sont le 
fondement de notre prospérité.  
    "Ensemble nous défendons nos intérêts et des échanges libres 
et équitables dans le monde. Ensemble nous progressons dans 
notre politique énergétique et ensemble nous contribuons à la 
protection du climat au niveau mondial. Ensemble nous 
contribuons à la stabilité et au développement dans le monde et 
nous promouvons la liberté. 
    "Nous sommes tout aussi fermement convaincus que l'Union 
européenne ne peut à nouveau aller de l'avant que si elle 
continue à s'appuyer sur le soutien de ses citoyens. 
    "Pour cela, l'Union européenne doit répondre aux 
préoccupations exprimées par les peuples en clarifiant ses 
objectifs et son fonctionnement.  
    "Elle devrait être plus forte sur les priorités 
essentielles, là où les Européens doivent unir leurs forces, et 
moins présente là où les États membres sont mieux placés pour 
agir. Elle doit rester placée sous le contrôle démocratique de 
ses citoyens et doit être plus intelligible. Elle doit agir plus 
rapidement, en particulier pour mettre en œuvre des programmes 
et des projets qui apportent des bénéfices directs aux citoyens. 
    "Dans un monde qui change, l'Union européenne devrait 
préserver ses acquis essentiels et se concentrer sur les défis 
auxquels les Européens sont aujourd'hui confrontés, comme les 
migrations à l'échelle mondiale et les nouvelles menaces, en 
particulier le terrorisme international, qu'aucun État membre ne 
peut faire face efficacement seul.  
    "Elle doit également renforcer la capacité des Européens à 
répondre à une concurrence internationale qui s'accroit tout en 
renforçant l'économie sociale de marché européenne. 
    "En conséquence, nous proposons trois priorités essentielles 
pour une action renforcée et approfondie fondée sur des 
objectifs concrets : 
     
    "* La sécurité intérieure et extérieure : l'Europe est 
confrontée à des défis immenses ; ils  requièrent un 
renforcement de ses moyens communs afin de protéger ses 
frontières extérieures et de contribuer à la paix et à la 
stabilité dans son voisinage, en particulier en Méditerranée, en 
Afrique et au Moyen-Orient.  
    "Nous ne gagnerons la lutte contre le terrorisme en Europe 
que si nous agissons en étant unis. Le terrorisme ne sera vaincu 
que si nous montrons que nous sommes capables de reconstruire un 
esprit de communauté ; d'investir dans nos villes, contre la 
marginalisation sociale. 
    "Nous nous montrerons à la hauteur de nos responsabilités si 
nous développons notre défense européenne et prenons les 
engagements nécessaires pour nos opérations conjointes, ainsi 
que pour nos capacités et notre industrie militaires. Le 
potentiel d'une véritable politique étrangère, de sécurité et de 
défense commune n'a pas encore été pleinement exploité. 
     
    "* Une économie forte et une cohésion sociale forte : 
l'Europe doit tenir sa promesse de prospérité pour ses citoyens 
; il nous faut davantage de croissance pour lutter contre le 
chômage et créer des emplois, en particulier pour les jeunes, et 
davantage d'investissements pour assurer la force de nos 
économies dans la concurrence mondiale. 
    "Le succès du modèle économique et social européen, qui 
combine force économique et protection sociale, nécessite de 
définir le cadre de régulation approprié ; de meilleures 
politiques pour l'entrepreneuriat et la participation de tous à 
la vie active ; de renforcer la recherche, l'innovation et la 
formation, qui jouent un rôle clef car la richesse de l'Europe 
repose en premier lieu sur les connaissances et les capacités de 
ses citoyens ; de développer l'économie numérique en Europe pour 
de meilleurs services, une industrie modernisée et des emplois ; 
d'exploiter pleinement le potentiel des politiques énergétiques 
et climatiques qui protègent l'environnement. 
    "Pour les pays qui ont l'euro en commun, de nouvelles étapes 
seront nécessaires, pour renforcer la croissance, la 
compétitivité, l'emploi et la convergence, y compris dans les 
domaines social et fiscal. 
     
    "Des programmes ambitieux pour la jeunesse : l'Europe ne 
réussira que si elle donne espoir à ses jeunes. Nous devons 
renforcer les initiatives européennes pour la formation, 
l'entrepreneuriat et l'accès à l'emploi dans toute l'Europe, 
tels que l'Initiative pour l'emploi des jeunes ou le programme 
Erasmus pour les étudiants, les apprentis et les jeunes 
professionnels. 
     
    "L'Union européenne représente nos valeurs communes : nous 
défendons la paix et la liberté, la démocratie et la primauté du 
droit, le respect mutuel et la responsabilité, la tolérance et 
la participation, la justice et la solidarité. Il est temps 
aujourd'hui de réaffirmer ces valeurs. 
    "Nous proposerons demain aux Chefs d'État et de gouvernement 
et aux Institutions européennes de lancer un processus, selon un 
calendrier strict et un ensemble précis d'engagements,  afin de 
répondre aux défis présentés par le résultat du référendum 
britannique et de développer des solutions concrètes pour un bon 
avenir aux Européens au sein de l'Union européenne. 
    "Une rencontre spéciale des dirigeants en septembre sera 
consacrée aux défis communs auxquels les 27 États membres sont 
confrontés et aux priorités essentielles sur lesquelles ils 
devront décider. Ils devraient aussi se mettre d'accord sur des 
projets concrets à réaliser en Europe dans les six prochains 
mois pour la croissance et la sécurité.  
    "Les travaux devraient débuter immédiatement afin de 
développer les initiatives nécessaires. Des contributions de 
personnalités internationales pourraient nourrir les discussions 
sur les perspectives de l'Europe dans un contexte global. 
    "Les réunions du Conseil européen d'octobre 2016 et de 
décembre 2016 devraient évaluer les progrès accomplis dans cette 
perspective et donner les directives nécessaires. 
    "Le  soixantième anniversaire du Traité de Rome le 25 mars 
2017 sera un moment important pour réaffirmer l'unité de 
l'Europe et notre engagement commun dans le projet européen."

Le cerveau des attentats de Paris est un espion des Anglais

Passée inaperçue à la faveur du Brexit, cette révélation du Times sur les attentats de Paris: Mohammed Abrini, soupçonné d’être le cerveau des massacres du 13 novembre, est un informateur des services secrets britanniques. Il aurait d’ailleurs pu s’expatrier en Grande-Bretagne et y changer d’identité.

Je livre ici la dépêche publiée par la presse belge:

L’information parue hier dans le «Sunday Times», l’édition dominicale du très sérieux «Times» attire l’attention. «First Isis supergrass helps UK terror police» est-il titré. «La première taupe de l’État islamique aide la police antiterroriste britannique». Selon le journal, l’homme au chapeau de Zaventem a aidé les officiers britanniques à recueillir des renseignements sur les complots terroristes présumés et les sympathisants djihadistes au Royaume-Uni.

Il aurait ainsi retourné sa veste. «Après des négociations secrètes entre l’Angleterre et la Belgique, les enquêteurs à Bruxelles ont posé des questions fournies par les autorités britanniques», peut-on ainsi lire.

Une information reprise notamment par l’édition électronique du «Daily Mail». On y précise qu’un «Supergrass», dans le jargon britannique, est un informateur, une taupe qui, en échange d’informations importantes impliquant un grand nombre de personnes, peut espérer une immunité au niveau des poursuites, voire une peine plus clémente ou, mieux encore, une nouvelle identité.

Ici, dans le cas qui nous occupe, il n’est bien sûr pas question d’accorder ces faveurs au Belgo-Marocain. L’homme a participé à l’attentat à l’aéroport de Bruxelles-National, le 22 mars avec Najim Lachraoui et Ibrahim El Bakraoui. Il n’avait pas pu, «voulu» dit-il, faire détonner ses explosifs.

Il avait été interpellé le 8 avril à Anderlecht. On se souvient des incroyables images des caméras vidéo diffusées par la police fédérale. On le voyait quitter l’aéroport et marcher jusqu’à Bruxelles où il s’était évanoui pendant deux semaines. Aujourd’hui, Abrini est en détention préventive à la prison de Bruges.

No comment, comme disent les Anglais.

Post-Brexit: le suicide européen continue

Trois jours après le fatal Brexit, la clique qui a mené l’Europe à cet état de délabrement semble plus que jamais décidée à achever son travail toxique. Le trio qui se réunit à Berlin devrait préparer les ingrédients de la potion létale ultime.

Mais pourquoi un sommet à Berlin?

On notera d’abord la folie qui consiste à accourir à Berlin pour sauver l’Europe. La capitale de la Prusse ne figure pas parmi les villes fondatrices de l’Union. Le fait que Renzi et Hollande y obéissent à la convocation d’Angela Merkel ne peut pas mieux illustrer le problème de l’Europe aujourd’hui, son vice systémique: le continent est conduit par une puissance qui n’appartenait pas au projet initial et qui ne prend aucun gant pour le redéfinir.

Par principe, on sait donc déjà, rien qu’à examiner la configuration de la réunion, que rien de bon ne peut en sortir. En particulier, la responsabilité de l’Allemagne dans le Brexit sera évacuée. C’est pourtant bien l’ouverture unilatérale des vannes migratoires qui explique pourquoi Cameron a dû proposer un referendum interne, et pourquoi ce referendum a consacré la rupture avec l’Angleterre.

Le fait que Merkel reste une puissance invitante montre bien l’incompréhension des dirigeants européens vis-à-vis de ce qui est en train de se produire…

Les idées saugrenues de François Hollande

De son côté, François Hollande arrive à Berlin avec quelques idées affolantes, mais jugées très intelligentes par ceux qui sont branchés en courant continu sur l’éloge sans nuance de l’Union Européenne. Il devrait plaider pour un surcroît d’intégration européenne pour ceux qui restent. Manifestement, depuis sa sortie de l’ENA, notre Président n’a pas fait évoluer son logiciel de compréhension de l’Europe. Comme beaucoup de décideurs politiques français, il est nourri à cette idée que l’Europe, c’est comme le crème fraîche: plus on en met dans les plats, meilleur c’est.

Pourtant, il suffit d’entrouvrir un oeil pour comprendre que ce n’est pas le moment. Non seulement les peuples n’aiment pas ça, mais économiquement, la mutualisation des dettes et des déficits dont rêve François Hollande pourrait se terminer par une très méchante déculottée économique.

Bref, François Hollande part à Berlin avec des solutions qui devraient achever le malade encore plus vite que prévu. Celui-là, on l’aura vraiment bien choisi!

Ce raidissement européen qui vient

Comme un malheur ne vient jamais seul, l’Europe manifeste déjà les signes d’une impatience qui a du tout d’un raidissement dangereux.

D’une part, et selon toute vraisemblance, les Européens demanderont au sommet de mardi et mercredi, présidé par Donald Tusk, un engagement de la procédure de sortie au titre de l’article 50. Les Européens devraient donc presser les Britanniques de sortir de l’Union, ce qui ne fera que jeter de l’huile sur le feu.

D’autre part, la Prusse commence à se cabrer et poussera sans doute l’Europe, comme elle l’a fait depuis plus de cent ans, aux pires extrémités. Sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, vient par exemple d’apostropher la Russie en exigeant d’elle une information complète sur ses mouvements de troupe.

Nous n’en sommes qu’au début, et la température est déjà très élevée.

Les Musulmans sont-ils des Juifs qui s’ignorent?

Le poids des Musulmans en Europe sature le débat public. En grattant un peu, même le Brexit n’est pas sans lien avec cette problématique, dans la mesure où l’une des raisons du départ britannique est liée au poids de l’immigration que l’Europe accepte (notamment Angela Merkel, qui a imposé cette politique unilatéralement à l’Europe, rappelons-le).

Mais qui sont les Musulmans au juste? et d’où vient l’Islam? Il m’a semblé intéressant de profiter de l’été pour approfondir cette question.

L’hypothèse du judéo-nazaréisme

Une hypothèse largement répandue aujourd’hui est issue des recherches du père Edouard-Marie Gallez, lequel considère l’Islam comme une métamorphose de la secte des judéo-nazaréens. Gallez n’étant pas un professionnel de la communication, on ne se contentera pas de son labyrinthique site Internet pour comprendre le contenu de ses travaux. Celui-ci comporte toutefois un intéressant schéma:

Source: Edouard-Marie Gallez
Source: Edouard-Marie Gallez

Le schéma montre clairement les filiations religieuses qui ont pu exister au moment de l’apparition du christianisme. En particulier, Gallez soutient que l’Islam est le produit tardif d’une métamorphose des « nazoréens », présents dans la région de Lattaquié. Mahommet, le prophète, aurait été un initié de cette secte répandue dans la péninsule arabique et aurait marqué son érection en troisième religion du Livre: l’Islam.

Les racines juives et chrétiennes de l’Islam

Historiquement, l’Islam serait donc directement issue d’un judaïsme revu par les Chrétiens et ne s’en distinguerait pas fondamentalement.

Quelles étaient les croyances des judéo-nazaréens?

Ceux-ci pratiquaient un judaïsme distinct des Pharisiens, qui se regroupèrent à Yavné après la seconde destruction du Temple, en 70 après Jésus-Christ. Ils se distinguaient également des Chrétiens sans rejeter l’héritage christique (Jésus étant nommé Isa, dans l’Islam).

La doctrine nazaréenne est profondément marquée par la nécessité de libérer le monde du mal et des « fils des ténèbres ». Elle porte en elle une vision à la fois littérale et intégrale des textes, rejetant le mal et appelant sans nuance à son éradication. Pour le justifier, les nazaréens considéraient que le retour du Christ était imminent et supposait une reconquête non seulement de Jérusalem, mais du reste même de la terre.

On doit à Gallez d’avoir montré la filiation précise de ces idées avec l’Islam. D’une certaine façon, l’Islam serait l’expression « arabisée » de l’une des tendances historiques du judaïsme, largement ignorée pour les besoins de l’historiographie juive et chrétienne.

Les pistes offertes par la recherche

L’intérêt des études de Gallez réside, bien entendu, dans leur capacité à éclairer les circonstances et la visée téléologique musulmane autrement. D’une certaine façon, l’Islam, comme le christianisme tel qu’il fut exporté à ses débuts, sont des avatars des sectes juives qui avaient essaimé tout au long de l’Antiquité. Le judaïsme portait avec lui les développements des diverses formes de monothéisme fondées sur une Révélation divine telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Les recherches scientifiques sur le sujet méritent d’être approfondies, dans la mesure où elles permettent de mieux comprendre les intentions dont l’Islam et ses diverses formes sont porteuses. Contrairement à la doctrine du « Vivre ensemble » qui relativise tous les discours religieux (sauf le discours chrétien bien entendu), la compréhension historique de l’Islam permet de comprendre sa capacité à la porosité à l’égard des idées démocratiques.

Elle ouvre la voie à une indispensable laïcisation.

Je tâcherai de revenir, cet été, sur l’abord de l’étude historique de l’Islam.

Nous, les cons qui aimons le Brexit: une anthologie

Le Brexit n’a pas l’air de plaire au gouvernement profond. Celui-ci donne ses meilleurs chiens de garde pour expliquer que le referendum britannique n’est rien d’autre qu’un triomphe de la bêtise contre l’intelligence, une victoire épouvantable des cons sur les gens éclairés et capables de décider. Une tripotée d’amis qui se tiennent par la barbichette depuis des années pour capter les médias à leur profit et s’y auto-congratuler en infligeant au pays leurs idées toxiques (et lucratives) enrage de voir que les Anglais n’ont pas fait comme on leur avait dit de faire. Et les noms d’oiseaux fleurissent.

En hommage à tous ces cons auxquels je suis fier d’appartenir, je voulais aujourd’hui présenter une anthologie des meilleures marques de mépris reçus de la part de la caste des petits animaux rampant devant le gouvernement profond, et adresser une rapide réponse forcément très conne à leurs arguments forcément très intelligents.

Médaille d’or à BHL

Pour redonner du sens à une situation où la nomenklatura française a perdu le nord, le troisième quotidien le plus subventionné de France: Le Monde, a appelé à la rescousse le plus brillant (et le plus désintéressé) philosophe de notre époque, Bernard-Henri Lévy, qui a écrit:

Ce Brexit, c’est la victoire, non du peuple, mais du populisme. (…)

C’est la victoire, autrement dit, du souverainisme le plus rance et du nationalisme le plus bête.

C’est la victoire de l’Angleterre moisie sur l’Angleterre ouverte sur le monde et à l’écoute de son glorieux passé.

C’est la défaite de l’autre devant la boursouflure du moi, et du complexe devant la dictature du simple. (…)

C’est la victoire des casseurs et des gauchistes débiles, des fachos et hooligans avinés et embiérés, des rebelles analphabètes et des néonationalistes à sueurs froides et font de bœuf. (…)

Ce sera, toujours, la victoire de l’ignorance sur le savoir.

Ce sera, chaque fois, la victoire du petit sur le grand, et de la crétinerie sur l’esprit. (…)

J’en passe et des meilleures, ce texte étant la longue répétition de la même phrase sous toutes ses formes: les cons ont battu les génies.

Je suis heureux d’avoir lu ce très grand texte de BHL (et je me félicite que le contribuable file 13 millions d’euros au Monde pour publier ce texte plein de reconnaissance pour les « cons »), grâce auquel j’ai compris pourquoi je n’aurais jamais eu l’agrégation de philosophie si je l’avais tentée, et grâce auquel je sais enfin pourquoi certains passent en boucle à la télévision pour y exposer leurs idées. Ils sont intelligents, et moi je suis con. Je suis un rebelle analphabète, voire un hooligan embiéré, en plein boursouflure du moi. Ceux qui, comme BHL, sont contre le Brexit et pour le « Remain » appartiennent en revanche à « l’esprit », au « complexe ». Moi qui suis soumis à la « dictature du simple », je ne peux pas comprendre leurs raisonnements.

C’est d’ailleurs parce que je suis très con que je ne suis convaincu par aucun des brillants arguments de BHL.

Médaille d’argent à Quatremer

Sous la plume d’un Jean Quatremer qui nous a habitué à mieux sur Libération (sixième quotidien le plus aidé de France), on lira des considérations d’une ironie facile sur le choix des Britanniques.

Amis Anglais et Gallois, merci, du fond du cœur. Vous avez su résister à tous les arguments, des plus rationnels aux plus apocalyptiques, de ceux qui militaient pour le remain. (…) Vous avez pris le risque de diviser pour longtemps votre société entre, d’une part, jeunes, diplômés et urbains, massivement «remain», et, d’autre part, vieux, peu diplômés et ruraux, massivement «leave», une fracture sociale pour longtemps béante.

Vouloir le Brexit, ce n’est évidemment pas poser la question du fonctionnement de l’Union Européenne et de sa rationalité économique. C’est seulement appartenir à la catégorie peu ragoûtante des « vieux, peu diplômés et ruraux ». On continue:

Votre sursaut churchillien restera dans l’histoire ! Car vous savez ce qui vous attend : après la Seconde Guerre mondiale, vous vous êtes enfoncé dans la dépression économique au point que le FMI a dû voler à votre secours, comme une vulgaire Grèce. Votre PIB, lors de votre adhésion en 1973, était l’un des plus bas de la CEE, et c’est pour cela que vous avez rejoint un projet qui vous répugnait.

Bien entendu, l’appauvrissement de la Grande-Bretagne en 1973 n’a rien à voir avec son excès de réglementation et tient uniquement à son absence de la Communauté Européenne à l’époque. Et le retour de la Grande-Bretagne à la prospérité ne doit rien aux réformes lancées par Margaret Thatcher, mais doit tout à sa simple adhésion à l’Union.

Là encore, nous les cons, nous n’avons rien compris et nous devrions nous élever vers la lumière en acceptant sous coup férir une argumentation émise avec beaucoup de finesse par des gens beaucoup plus intelligents que nous.

Médaille de bronze à Jacques Attali

Comme toujours en phase de stress, les bobos du Monde convoquent tous leurs meilleurs amis des salons parisiens pour expliquer ce qu’il faut penser. Plus subtile que BHL, Attali s’est senti obligé d’ouvrir le débat de façon drolatique, et avec un total manque de clairvoyance (puisqu’il prédisait la victoire du « Remain » au matin du referendum):

J’ai toujours pensé que les Britanniques rejetteraient le « Brexit ». La sortie de l’Union européenne serait un suicide pour le Royaume-Uni. Il existe, dans l’histoire, des cas où des nations se sont suicidées, mais je ne crois pas que ce soit la tentation des Britanniques.

On mesure là encore les dégâts que l’influence exercée par Attali peut provoquer sur les politiques français. Les partisans du « Leave » justifient en effet leur position par leur volonté de préserver leur Etat-nation face au système communautaire. Réponse d’Attali: vouloir survivre, c’est être suicidaire. La mécanique de renversement des évidences à l’oeuvre chez BHL est ici aussi en marche. Simplement, elle se fait plus discrète, moins directement insultante.

Au passage, on notera que dans cet entretien du 23 juin au matin où Attali prédisait la victoire du « Remain », il se livrait à une autre prédiction tout aussi fiable:

Depuis longtemps, je prédis que la troisième guerre mondiale, si rien ne change, est pour 2025-2030. Tout semble se mettre en place.

Irma Attali.

Prix spécial du jury à Slate

Puisque je parle d’Attali, je ne voulais pas manquer une occasion de parler de l’un des médias dont il est actionnaire (comme beaucoup d’autres adeptes ou acteurs du gouvernement profond): Slate. Ce pure player a mené une campagne hostile au Brexit dont l’argumentation essentielle a reposé sur la logique exposée ci-dessus: d’un côté la lumière, de l’autre l’obscurité.

Je prends au hasard quelques articles:

Brexit

Bravo, Slate, pour cette brillante contribution à l’intelligence contre la toxicité des populistes idiots que nous sommes.

En tant que con fini pleinement assumé, je voulais ajouter un seul point sur ce constat. Manifestement, les partisans de la construction communautaire qui prétend être l’Europe s’obstinent à ne pas voir que le referendum britannique a d’abord consacré un rejet de l’arrogance, et une hostilité profonde à cette confiscation de la démocratie par une élite avaricieuse qui prétend la faire fonctionner seule, et qui attend qu’on lui dise « merci » avec le sourire.

Comment le Brexit va tuer l’Europe

Vous avez aimé la crise des réfugiés l’an dernier? Vous aimerez le Brexit cette année, avec son torrent d’angoisses, de larmes, de haine, de mépris et de détestation. Pour comprendre la suite des événements, il faut se poser un peu et regarder attentivement la situation des Européens.

Le premier effet Brexit

Dès potron-minet après l’annonce des résultats, ce vendredi, les bourses ont donné un premier aperçu du souffle causé par la déflagration. En pleine torpeur estivale (soulignons cet événement exceptionnelle: il faisait chaud dans nos rues ce jour-là), le CAC40 s’est offert une petite chute de 10% au pire moment de la journée, et a tout de même clôturé à -8%. Face à la panique ambiante, les dirigeants européens ont donc prié nos anciens amis britanniques de prendre rapidement leurs clics et leurs clacs et d’aller dormir chez leur mère, en attendant que les formalités du divorce soient fixées.

L’incertitude sur les modalités de sortie de la Grande-Bretagne constitue un véritable poison lent mais violent pour l’économie européenne. Il faut dire, et tout le monde le sait, que Londres est la première place financière dans le monde, l’un des tout premiers paradis fiscaux, et il y a gros à perdre si chacun ne met pas d’eau dans son vin sur la garde des enfants.

Le deuxième effet Brexit est encore à venir

Les 4 Grands de l’Union Européenne poussent les Anglais à lancer des négociations dans le cadre de l’article 50 du traité de l’Union. Cette information seule explique largement le Brexit: ces 4 Grands ne sont autres que Jean-Claude Juncker, qu’on connaît un peu, Martin Schulz, qu’on connaît beaucoup moins, Donald Tusk, qui est totalement inconnu, et Mark Rutte, dont on n’avait jamais entendu le nom. C’est pourtant lui qui préside le Conseil.

Ces quidam quasi-totaux viennent d’ordonner à Cameron de lancer la procédure de divorce, au nom de la démocratie, bien entendu.

Le problème est que ladite procédure est tout sauf simple et rapide. Voici ce que dit l’article 50:

1.   Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

2.   L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

3.   Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

Contrairement à ce que j’ai lu ici ou là, l’article 50 ne fixe pas un délai maximal de deux ans pour conclure les négociations de sortie. Celles-ci peuvent très bien s’éterniser. Le délai de deux ans n’est applicable que si les parties ne trouvent pas un meilleur accord.

Le divorce peut donc être long, et alterner les périodes de réconciliation et de déchirement. Tout cela pour le plus grand bonheur du reste de la planète.

Les partisans du Brexit n’ont pas de plan A

Si le Brexit était un événement habituel et parfaitement anticipable, il ne poserait pas de problème. Mais il se trouve qu’aucun pays n’a jusqu’ici voulu sortir officiellement de l’Union, et les Britanniques eux-mêmes, jusqu’à la dernière minute, l’étaient manifestement pas sûrs de le vouloir.

On découvre donc, le lendemain de la cuite, que les partisans du « Leave » avaient probablement un plan B, mais absolument pas de plan A. Sur ce point, il ne faut absolument pas manquer l’article édifiant de Business Insider, assorti d’une vidéo croustillante de Nigel Farage qui reconnaît avoir menti durant la campagne sur l’utilisation qu’il ferait de l’actuelle contribution britannique à l’Union Européenne.

En réalité, les partisans du Brexit ne savent pas trop quoi faire de leur victoire, et s’empressent de ne pas se presser pour réagir au cataclysme. D’un revers de la manche, ils ont balayé quarante ans de construction communautaire et doivent désormais repenser le pays dans un tout autre monde.

Tout laisse à penser que les Britanniques vont jouer la montre et faire durer le plaisir, au risque de menacer les équilibres qui peuvent encore être trouvés. On sait en tout cas que Cameron ne démissionnera pas avant octobre, et que son probable successeur, l’ancien maire de Londres Boris Johnson, ne se précipite pas sur la patate chaude.

Les Anglais voudront le beurre et l’argent du beurre

Tout le monde n’a pas compris, en Grande-Bretagne, que le Brexit permettait de supprimer les inconvénients de l’Union, mais supposait de renoncer à ses avantages. Or des voix se font déjà entendre pour préserver les circuits de financement qui faisaient plaisir à recevoir.

Le Premier Ministre gallois a par exemple demandé à conserver les financements agricoles et les fonds régionaux qui permettent à sa région de se reconvertir économiquement. On a du mal à croire qu’une telle demande soit encore possible, et pourtant, elle existe!

Elle illustre à merveille l’importance du deuil que les Britanniques doivent commencer désormais: celui du renoncement au confort de l’Union, dont, quoi qu’ils en disent, ils profitaient bien.

Le Brexit va causer des turbulences durables en Europe

Pour les dirigeants européens, la période qui s’ouvre sera d’autant plus délicate qu’ils devront expliquer à ceux qui restent la règle du jeu qui s’impose quand on part. Soit ils veulent limiter les dégâts et ils risquent d’apporter la démonstration qu’une sortie de l’Union n’est pas aussi dramatique qu’ils ne voulaient bien le dire pendant la campagne. Soit ils veulent dissuader les autres pays de suivre le même chemin, et les secousses économiques et financières consécutives risquent d’être suffisamment douloureuses pour que tout le monde veuille quitter l’Union.

Les mois qui s’annoncent seront particulièrement divertissants, puisque les intégristes de l’Union sont désormais pris à leur propre piège. Je renvoie ici à l’impressionnante interview de Moscovici il y a un an, qui expliquait qu’un referendum est toujours un risque après avoir prononcé ces mots d’un autisme total:

Les dernières élections européennes constituent un signal. Les députés anti-européens sont nombreux au Parlement européen. Je pense aussi aux jugements parfois sévères exprimés par les opinions publiques sur la construction européenne. L’euro est un des seuls éléments de satisfaction dans les baromètres européens, mais c’est bien maigre pour se contenter du statu quo. Si dans cinq ans la Commission et plus généralement les institutions européennes n’obtiennent pas de résultats, il faudra s’attendre à une montée encore plus forte des nationalistes et craindre un désenchantement fatal à l’endroit du projet européen.

Un Commissaire français qui se donne cinq ans pour obtenir des résultats… et qui trouve que l’euro est une grande réussite. Une fois de plus, cette caste de visionnaires et de décideurs de haute volée mène l’Europe vers des succès fulgurants.

20% des entrepreneurs gagnent 1.000 euros par mois

L’INSEE a publié hier une intéressante (quoique fragmentaire) étude sur la rémunération des entrepreneurs en 2012 et 2013. Celle-ci permet de remettre à plat le niveau réel de rémunération de cette catégorie mal aimée de la population active qui ne représente plus, rappelons-le, que 2 millions de personnes (hors auto-entrepreneurs) contre 4,5 millions en 1970. Ce « sociocide » des entrepreneurs a quelques explications quand on examine le revenu des impétrants.

20% des entrepreneurs gagnent 1.000 euros par mois

Je produis d’abord cet intéressant tableau qui fait le point sur le sujet:

Source: INSEE
Source: INSEE

Première remarque sur ces statistiques: elles incluent les professions de santé, qui font évoluer les moyennes et les médianes vers le haut. Vérification faite, conformément à son insupportable habitude, l’INSEE restreint l’accès à ses données brutes, et il n’est donc pas possible de recalculer au plus juste la rémunération des entrepreneurs hors personnels de santé dont on conviendra qu’ils exercent une activité d’une autre nature qu’un commerçant ou un maçon.

Remarquons toutefois que, sur 2 millions de personnes, ces indépendants de la santé représente environ 400.000 personnes, soit 20% des effectifs totaux. Une cotte mal taillée permet donc d’inférer que, hors médecins de tous types, la rémunération des entrepreneurs est plus proche, pour les 20% les moins riches, de 800 euros par mois que de 1.060 euros comme indiqué ci-dessus.

Quant à la rémunération médiane des entrepreneurs, elle se situe à 2.190 euros mensuels. Là encore, en appliquant notre cotte mal taillée, nous tombons sur un chiffre emblématique: 50% des entrepreneurs gagnent moins de 2.000 euros par mois.

Les auto-entrepreneurs durement touchés

Autre point emblématique: les auto-entrepreneurs gagnent en moyenne 440 euros par mois. Cette rémunération a baissé de près de 5% entre 2012 et 2013. Ces quelques chiffres expriment bien la précarité forte de la position des chefs d’entreprise et des auto-entrepreneurs au cours du temps. Il est en tout cas acquis que le changement de majorité en 2012 ne leur a guère été profitable.

Après le Brexit, le Franxit?

Brexit! Les Anglais ont osé! ils ont eu les attributs masculins qu’il fallait pour dire: « on s’en va » ! Pendant plusieurs semaines, les « intellectuels », les « experts », les gens qui savent mieux que nous se sont pourtant relayés pour leur promettre les sept plaies d’Égypte s’ils allaient jusqu’au bout. Et malgré ces pressions, malgré les menaces, malgré les ultimatums, ils ont dit « We leave ». Pour tous ceux qui sont épouvantés par ce peuple nourri de panse de brebis à la menthe, ce seul acte de courage résonne comme un moment de réconciliation éternelle. Les Anglais ont montré la voie.

Les Anglais quittent le Lebensraum prussien

En posant un magistral « Leave », ce n’est pas l’Europe que les Anglais quittent, mais sa pâle imitation, son fantôme germanisé, cette mascarade où une Commission de pacotille brasse de l’air à Bruxelles quand les vraies décisions sont prises à Berlin.

Et c’est tout le sujet de ce referendum: que voulait dire rester? quel était le sens du « Remain »? Certainement pas marquer un attachement à l’Europe, mais bien plutôt se soumettre, accepter une règle du jeu qui ne profite qu’à l’Allemagne et qui entrave tous les autres. Et accessoirement, accepter une conception du continent berlinocentrée qui nous mène à notre perte et à des guerres en série.

Rappelons-le. Qui a déstabilisé le continent en ouvrant brutalement ses portes à des flots de migrants abusivement présentés comme les réfugiés d’une guerre que nous avons nous-mêmes provoqué ? L’Allemagne. Qui exaspère nos relations avec notre alliée russe traditionnel ? L’Allemagne. Qui pousse à signer coûte-que-coûte un traité transatlantique qui clive ? L’Allemagne. Qui exige des politiques budgétaires qui épuisent l’esprit européen ? L’Allemagne.

C’est bien le Lebensraum allemand que les Anglais quittent.

Après le Brexit, le moment de préparer un Franxit

Depuis une trentaine d’années, le gouvernement profond et ses thuriféraires vante les mérites de l’Europe comme source de prospérité. Tout argument contraire donne lieu à un réflexe pavlovien: si les recettes européennes ne marchent pas, c’est parce qu’il faut encore plus d’Europe.

L’euro est la caricature de ce mystère selon lequel quand il y a trop d’Europe, il en faut toujours plus. L’euro devait apporter la prospérité. Quinze ans après son lancement, tous les pays qui en sont dotés, sauf l’Allemagne (bizarre, comme c’est bizarre!) sous-performent et souffrent d’une croissance atone. Malgré tout, le gouvernement profond nous soutient qu’il faut encore plus d’intégration européenne pour assainir la situation.

Face à cette situation, les Français doivent suivre l’exemple anglais. Ils doivent comprendre que l’Europe est une notion trop grande, trop vaste, pour être réduite à cet instrument de domination prussienne qu’on appelle faussement Union Européenne. Le moment est venu de dénoncer cette imposture.

Que doit dire Hollande à Merkel?

Lorsque François Hollande, qui a absurdement accepté qu’un sommet des Etats fondateurs se tienne à Berlin, ville qui n’appartenait pas à l’Europe en 1956, au moment du traité de Rome, il avait en tête un renforcement de l’intégration européenne. Il faut que les Français lui fassent savoir qu’il doit inverser la courbe de ses erreurs et de son incompétence en expliquant à Merkel que nous exigeons un changement immédiat des règles du jeu, sans quoi, nous passeront au Franxit.

Ce changement, quel est-il?

Premièrement, il faut immédiatement entamer une profonde réforme de la Banque Centrale Européenne, qui doit être dotée d’un mandat incluant la recherche du plein emploi, et plus seulement le maintien d’une inflation à 2%. La BCE doit quitter Francfort et s’installer au Luxembourg.

Deuxièmement, il faut poser un principe de parité de voix entre la France et l’Allemagne au sein du Conseil Européen. La réunification allemande a donné un poids trop important à la Prusse.

Troisièmement, le poids des pays fondateurs doit être renforcé dans les votes au Conseil Européen par la mise en place d’un mécanisme de veto qui leur soit spécifique dans les décisions.

Quatrièmement, la France doit annoncer la mise en place d’une coopération spécifique avec la Belgique et le Luxembourg, qui mette le premier doigt dans l’engrenage d’un rapprochement territorial.

Cinquièmement, la France doit obtenir de ses partenaires une contribution spécifique à son effort de défense.

Sixièmement, la France doit exiger un plan d’investissement public effectif d’au moins 500 milliards d’euros pour contrer les effets dépressifs du Brexit.

Septièmement, la France doit interrompre les sanctions contre la Russie et doit chercher avec celle-ci une issue intelligente au conflit en Syrie. Elle doit préparer avec la Russie une intervention directe en Libye pour rétablir l’ordre.

Huitièmement, la France doit entamer une réflexion sur la transformation de l’euro en monnaie-or et la réintroduction de monnaies locales pour desserrer l’étau de la pression monétaire.

Moyennant ces ajustements qui sont un prémice de l’empire français, nous pouvons envisager de rester dans l’Union.

Loi Travail: et maintenant, que vont-ils faire?

Article écrit pour atlantico.

Après la manifestation de la Bastille, le gouvernement et les syndicats contestataires peuvent considérer qu’ils sont sur un match nul sur le terrain de la loi Travail. Le gouvernement affirme n’avoir pas cédé, et n’avoir pas à céder, les syndicats peuvent revendiquer un maintien raisonnable de la mobilisation dans le pays, même si de sérieux tempéraments peuvent être apportées à cette idée au vu du demi-échec enregistré à Paris. Quel est désormais le scénario qui sera suivi d’ici à l’adoption définitive de la loi par l’Assemblée Nationale le 5 juillet?

Le scénario improbable d’un retrait de la loi Travail

Selon toute vraisemblance, il est acquis aujourd’hui que le scénario du pire, celui d’un retrait de la loi, n’aura pas lieu. Aucun élément majeur ne devrait intervenir, au train où vont les choses, justifiant une mesure de cet ordre. Néanmoins, par goût de la pure spéculation intellectuelle, on peut continuer à penser que la prochaine journée de mobilisation, mercredi prochain, pourrait convaincre le gouvernement d’abandonner son combat et sa réforme pour préserver la paix sociale dans le pays.

Pour que cette option soit choisie, il faudrait évidemment que François Hollande, par une illumination soudaine, se dise qu’il a tout à gagner à sacrifier Manuel Valls, ou encore qu’il a plus à y gagner qu’à y perdre. Rappelons que, sur ce point, beaucoup peuvent considérer que la loi Travail, lorsqu’elle sera adoptée, laissera une tache indélébile à gauche.

Le scénario de l’incident imprévisible

En l’état, François Hollande peut toutefois considérer qu’abandonner la loi Travail si près du but lui vaudrait plus d’inconvénients que d’avantages, dans la mesure où il dévoilerait sa faiblesse et où il se brouillerait définitivement avec tous ceux qui lui reprochent d’être versatile, imprécis et de ne pas savoir où il va.

À moins que… à moins qu’un incident dramatique n’émaille une manifestation, ou qu’un événement imprévu ne permette au camp de la contestation de jouer les martyrs et de faire basculer le débat dans une émotion irrépressible. Dans cette hypothèse dramatique, François Hollande, magnanime, pourrait décider de revenir en arrière, de transformer Manuel Valls en fusible, et de rassembler la gauche autour d’un grand feu de joie et d’amour fraternel.

Le scénario du passage en force intégral

Un autre scénario paraît plausible mais aussi improbable: celui d’une promulgation de la loi en l’état et sans amendement nouveau qui serait de nature à en modifier l’économie interne. Certes, Manuel Valls jure ses grands dieux que c’est ce scénario-là qui se réalisera. Il a en particulier assuré que l’article 2 ne serait pas modifié.

Ce chemin paraît toutefois semé de nombreuses embûches.

D’une part, il est porteur d’une forte tension parlementaire. Dans la perspective d’une éventuelle primaire, et à la recherche d’un important soutien de la part de Martine Aubry, François Hollande n’a pas intérêt à suivre une route aussi frontale. Le bon sens commande donc de lâcher un peu de lest pour reprendre de la hauteur et de l’oxygène.

D’autre part, il n’est pas absurde, après le temps de la confrontation, de chercher à la crise une voie de sortie par le haut. Sur ce point, le rapporteur Sirugue a commencé à dévoiler quelques cartes et il est très probable que l’entourage du Premier Ministre souhaite arrondir quelques angles. Manuel Valls peut probablement quitter Matignon dans une situation de complète fâcherie avec ses amis politiques, mais tout le monde à gauche n’a pas forcément les mêmes intérêts.

Le scénario d’un probable compromis de dernière minute

Tout plaide donc pour que les apparences soient sauvegardées, mais que les lignes bougent. Discrètement, certes, mais efficacement et en bonne intelligence avec les organisations syndicales.

La bonne intelligence dicte sans doute une sorte de bouquets de concessions, dont certaines seront dans la loi Travail (comme le droit de veto des branches sur les accords d’entreprise), et d’autres à l’extérieur, par exemple dans la prochaine loi de financement de la sécurité sociale où les syndicats ne diraient pas non à une réglementation protectrice de leur financement.

La discrétion commandera sans doute d’opérer ces manoeuvres en toute dernière minute, par le jeu de passe-passe des amendements récupérés ou non au moment du vote bloqué. Cette technique de vote, qui évite le 49-3, permet au gouvernement d’extraire certains amendements, de repousser les autres, et de faire adopter le texte d’un coup.

Dans la confusion de cette opération, tout pourrait devenir possible…

Loi Travail: la France roule sur la jante

Article écrit pour le Figarovox.

La dixième journée de manifestations contre la loi Travail s’achève! Si elle a rassemblé moins de participants que le 14 juin, journée très chahutée et violente, les syndicats n’ont néanmoins pas à en rougir. Leur mobilisation se situe plutôt dans la fourchette haute des participations antérieures, en tout cas à Paris. Le match nul continue donc entre un gouvernement qui joue les inflexibles et des manifestants qui proclament vouloir aller jusqu’au bout.

Manoeuvres gouvernementales en coulisse

Les observateurs n’ont toutefois pas manqué de noter les signes de fatigue donnés par le Premier Ministre, et les récupérations de balles in extremis par ses défenseurs centraux. Après s’être crispé sur l’interdiction de manifester, Manuel Valls a en effet laissé jouer son coéquipier Bernard Cazeneuve qui a arrondi les angles en autorisant un parcours atypique et sinistrogyre depuis la place de la Bastille. On n’en attendait pas moins de la part de ce grand initié aux arcanes de la vie policière.

Que se serait-il passé si cette solution de compromis avait été repoussée et si Valls avait maintenu l’interdiction de manifester?

Le pire est imaginable. Très probablement des nuées de casseurs auraient-elles déferlé dans la capitale pour défier le pouvoir et dévaster de façon anarchique tout le mobilier urbain et les vitrines d’un parcours imprévisible. Les pires dérapages auraient pu avoir lieu, et Manuel Valls doit une fière chandelle à Cazeneuve de lui avoir évité ce désastre.

Faut-il en déduire que le gouvernement est divisé? qu’il a cédé? peut-être pas, mais il est acquis que certains mesurent les dégâts potentiels de la méthode Valls et savent proportion et raison garder.

La méthode reste désastreuse

Reste que la stratégie menée par le pouvoir repose sur une imagination minimale pour sortir de la crise. On impose une loi débile au sens propre, c’est-à-dire très affaiblie par les innombrables concessions déjà faites, et on attend que les adversaires s’épuisent. C’est en tout cas le visage officiel qui est donné. Là encore, en coulisse, les discussions vont bon train, et le rapporteur Sirugue devrait apporter au gouvernement les arrondis que la déficiente ministre du Travail (qui a le mérite de ne ménager ni son temps ni sa peine) ne lui a pas apportés pour trouver une majorité à l’Assemblée Nationale.

Là encore, tout se passe comme si la majorité oeuvrait dans le dos de son Premier Ministre pour inventer des noeuds discrets entre des bouts de ficelle pour que le radeau tienne le temps de la traversée. Tout le monde se demande quand même si le pire n’est pas à venir… En dernière minute, rien n’exclut des rafistolages dignes d’une partie de poker. Il faudra donc rester très vigilant sur l’issue du débat.

Dans tous les cas, la méthode n’est ni propre ni glorieuse. Elle souligne l’usure qui frappe le Premier Ministre, et, à de nombreux égards, l’usure qui frappe le pays: les contestataires n’ont pas envie de faire de compromis, et les « légalistes » ont envie de leur faire manger le sable de l’arène.

Ne faut-il d’ailleurs pas y voir la répétition d’une partie qui pourrait mal tourner?

Qui conteste encore la loi Travail?

Au demeurant, il suffisait de fouler le bitume fondant de la Bastille, cette après-midi, pour mesurer, dans le mouvement de contestation, la cruelle absence des salariés du secteur privé qui devront se soumettre à la loi, et l’intense présence des fonctionnaires qui en seront exonérés. Les syndicats mènent ici une lutte à front renversé. Ceux qui devraient se plaindre ne se plaignent pas, et ceux qui ont le moins à plaindre monopolisent le crachoir.

Bien entendu, les organisations syndicales répètent à l’envi que les salariés du privé ont peur et n’osent pas afficher leur opposition au texte. Dans les faits, une autre lecture est évidemment plus probable: les services publics sont ceux où la culture de la négociation est la moins avancée, et ceux où la culture de la contestation systématique domine. Les salariés du privé ont donc tout à gagner à voir les accords d’entreprise prendre de plus en plus d’importance.

Le gouvernement devrait en tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Le principal obstacle au dialogue social ne se situe manifestement pas dans le secteur privé mais dans les administrations. Plutôt que de multiplier des réglementations épuisantes pour rendre des entreprises vertueuses encore plus vertueuses, il devient urgent de prendre le taureau par les cornes et de mettre les services publics sur la voie de la révolution managériale.

Mais.. voilà un gros mot populiste qui vient d’être prononcé. Il vaut tellement mieux maintenir la fiction d’un Etat modèle et d’entreprises fautives…