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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Loi Travail: la France roule sur la jante

Article écrit pour le Figarovox.

La dixième journée de manifestations contre la loi Travail s’achève! Si elle a rassemblé moins de participants que le 14 juin, journée très chahutée et violente, les syndicats n’ont néanmoins pas à en rougir. Leur mobilisation se situe plutôt dans la fourchette haute des participations antérieures, en tout cas à Paris. Le match nul continue donc entre un gouvernement qui joue les inflexibles et des manifestants qui proclament vouloir aller jusqu’au bout.

Manoeuvres gouvernementales en coulisse

Les observateurs n’ont toutefois pas manqué de noter les signes de fatigue donnés par le Premier Ministre, et les récupérations de balles in extremis par ses défenseurs centraux. Après s’être crispé sur l’interdiction de manifester, Manuel Valls a en effet laissé jouer son coéquipier Bernard Cazeneuve qui a arrondi les angles en autorisant un parcours atypique et sinistrogyre depuis la place de la Bastille. On n’en attendait pas moins de la part de ce grand initié aux arcanes de la vie policière.

Que se serait-il passé si cette solution de compromis avait été repoussée et si Valls avait maintenu l’interdiction de manifester?

Le pire est imaginable. Très probablement des nuées de casseurs auraient-elles déferlé dans la capitale pour défier le pouvoir et dévaster de façon anarchique tout le mobilier urbain et les vitrines d’un parcours imprévisible. Les pires dérapages auraient pu avoir lieu, et Manuel Valls doit une fière chandelle à Cazeneuve de lui avoir évité ce désastre.

Faut-il en déduire que le gouvernement est divisé? qu’il a cédé? peut-être pas, mais il est acquis que certains mesurent les dégâts potentiels de la méthode Valls et savent proportion et raison garder.

La méthode reste désastreuse

Reste que la stratégie menée par le pouvoir repose sur une imagination minimale pour sortir de la crise. On impose une loi débile au sens propre, c’est-à-dire très affaiblie par les innombrables concessions déjà faites, et on attend que les adversaires s’épuisent. C’est en tout cas le visage officiel qui est donné. Là encore, en coulisse, les discussions vont bon train, et le rapporteur Sirugue devrait apporter au gouvernement les arrondis que la déficiente ministre du Travail (qui a le mérite de ne ménager ni son temps ni sa peine) ne lui a pas apportés pour trouver une majorité à l’Assemblée Nationale.

Là encore, tout se passe comme si la majorité oeuvrait dans le dos de son Premier Ministre pour inventer des noeuds discrets entre des bouts de ficelle pour que le radeau tienne le temps de la traversée. Tout le monde se demande quand même si le pire n’est pas à venir… En dernière minute, rien n’exclut des rafistolages dignes d’une partie de poker. Il faudra donc rester très vigilant sur l’issue du débat.

Dans tous les cas, la méthode n’est ni propre ni glorieuse. Elle souligne l’usure qui frappe le Premier Ministre, et, à de nombreux égards, l’usure qui frappe le pays: les contestataires n’ont pas envie de faire de compromis, et les « légalistes » ont envie de leur faire manger le sable de l’arène.

Ne faut-il d’ailleurs pas y voir la répétition d’une partie qui pourrait mal tourner?

Qui conteste encore la loi Travail?

Au demeurant, il suffisait de fouler le bitume fondant de la Bastille, cette après-midi, pour mesurer, dans le mouvement de contestation, la cruelle absence des salariés du secteur privé qui devront se soumettre à la loi, et l’intense présence des fonctionnaires qui en seront exonérés. Les syndicats mènent ici une lutte à front renversé. Ceux qui devraient se plaindre ne se plaignent pas, et ceux qui ont le moins à plaindre monopolisent le crachoir.

Bien entendu, les organisations syndicales répètent à l’envi que les salariés du privé ont peur et n’osent pas afficher leur opposition au texte. Dans les faits, une autre lecture est évidemment plus probable: les services publics sont ceux où la culture de la négociation est la moins avancée, et ceux où la culture de la contestation systématique domine. Les salariés du privé ont donc tout à gagner à voir les accords d’entreprise prendre de plus en plus d’importance.

Le gouvernement devrait en tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Le principal obstacle au dialogue social ne se situe manifestement pas dans le secteur privé mais dans les administrations. Plutôt que de multiplier des réglementations épuisantes pour rendre des entreprises vertueuses encore plus vertueuses, il devient urgent de prendre le taureau par les cornes et de mettre les services publics sur la voie de la révolution managériale.

Mais.. voilà un gros mot populiste qui vient d’être prononcé. Il vaut tellement mieux maintenir la fiction d’un Etat modèle et d’entreprises fautives…

Derrière la manifestation, l’ombre du financement syndical

Officiellement, la manifestation d’aujourd’hui témoigne d’une division syndicale intense. Les uns sont réformistes et ne défilent pas, les autres sont contestataires et battent le pavé. Les uns ne veulent pas entendre parler d’inversion de la hiérarchie des normes, les autres la soutiennent. Mais derrière ces paravents de la discorde, se cache une entente plus profonde, une coalition d’intérêts où la division syndicale n’a plus sa place et qui tient en un mot: le financement des syndicats.

Une intersyndicale en pleine division

Il faut lire, dans les colonnes de la Tribune, la publication d’une lettre à Marisol Touraine signée par les cinq syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel, pour comprendre quelle unité les organisations syndicales sont capables de trouver dès qu’il s’agit d’assurer leur financement. La lettre porte bien la signature de Philippe Martinez, de Laurent Berger, de Jean-Claude Mailly, de Philippe Louis et du tout nouvel élu de la CGC François Hommeril. On rêve? Non, c’est bien vrai! alors que les centrales se déchirent sur la loi Travail, elles font, dans l’ombre, leur unité sur une question énigmatique pour le grand public: l’application de la loi du 11 février 1950 sur les pratiques conventionnelles en matière de protection sociale complémentaire.

Qu’en termes élégants et pudiques ces choses-là sont dites!

Un étrange amour pour les très petites entreprises

Dans leur courrier, les organisations syndicales jouent un étrange rôle de composition: elles parlent au nom des très petites entreprises. C’est bien connu! les syndicats de salariés, en France, sont là pour défendre les patrons et les employeurs, rôle qui ne revient pas du tout aux organisations patronales.

Donc, dans l’intérêt des très petites entreprises, ces petites choses en sucre qui ont besoin de la CGT et de la CFDT pour exprimer leurs revendications, la bande des 5 demande à la ministre de préserver les désignations en prévoyance, c’est-à-dire l’interdiction faite aux très petites entreprises de choisir elle-même l’assureur qui couvrent les risques de leurs salariés. Dans l’intérêt des très petites entreprises, il faut que le choix de l’assureur revienne aux négociateurs de branche et non aux entrepreneurs eux-mêmes.

La question du financement occulte des syndicats au coeur du sujet

Bien sûr, ce sujet (qui pèse 30 milliards environ dans l’économie française) est présenté dans l’intérêt des entreprises. Et, comme toujours quand on entend un syndicat de salariés parler au nom des entreprises, il cache une affaire de gros sous.

Car les syndicats ne précisent pas que les accords de branche que leurs représentants négocient en prévoyance complémentaire profitent à peu près systématiquement à un cartel de groupes de protection sociale… gouvernés par les syndicats eux-mêmes et qui sont pour ceux-ci de superbes pompes à phynances. Autrement dit, les syndicats viennent de demander à Marisol Touraine de préserver un système (dénoncé par l’Autorité de la Concurrence comme attentatoire à la libre concurrence) censuré par le Conseil Constitutionnel parce que contraire à la liberté d’entreprendre, aux seules fins de garantir la continuité de leur financement.

L’exemple de la CGC

Prenons au hasard l’exemple de la CGC.

Que trouve-t-on sur le site de la confédération? Par exemple ce bandeau publicitaire:

manifestation

On voit y apparaître le logo de Réunica, filiale d’AG2R, qui finance les syndicats et assure la prévoyance du travail temporaire. Au passage, Réunica compte un concurrent qui s’appelle la MACIF, dont les dirigeants pourraient être étonnés de voir que la CGC utilise son influence pour favoriser un tel ou un tel sur le marché.

Sur le site de la Fédération de la Chimie, dont François Hommeril, président de la CGC est issu, on trouve ce bandeau publicitaire:

manifestation

Là encore, AG2R, Humanis et Klesia, sont autant de groupes de protection sociale qui profitent ordinairement des accords de branche pour ramasser la mise, en reversant des sommes substantielles aux organisations syndicales qui les désignent comme acteurs dans leur secteur.

Une fois de plus, les Français, et singulièrement les salariés français, sont pris pour des idiots par leurs chers syndicats. Officiellement, ceux-ci se déchirent sur la loi Travail. En coulisses, ils se retrouvent pour défendre un système qui les fait vivre. Au nom des petites entreprises, bien entendu.

La France en plein décrochage sur le numérique

Le rapport annuel de l’OCDE sur le numérique mérite vraiment d’être lu. Il illustre le décrochage français dans les filières d’avenir, en parfaite contradiction avec le mensonge idéologique du « ça va mieux! ». Les analyses de l’OCDE sur la part du numérique dans la valeur ajoutée, et sur l’emploi des ingénieurs du numérique dans l’économie en sont les parfaites illustrations.

Le numérique joue un rôle secondaire dans la valeur ajoutée

L’OCDE  produit ce tableau saisissant sur la part du numérique dans la valeur ajoutée:

Source: OCDE
Source: OCDE

Le classement est sans ambiguïté, malheureusement pour la France. En moyenne, dans l’OCDE, le numérique représente environ 5,5% de la valeur ajoutée. Des pays comme la Corée, le Japon, l’Irlande, la Suède, « explosent » cette moyenne en dépassant les 6% de la valeur ajoutée. La France appartient à la deuxième partie du tableau, aux côtés de la Slovénie ou du Danemark. Avec à peine 4% de sa valeur ajoutée provenant du numérique, la France se situe en plein décrochage…

Un cataclysme numérique sur le marché du travail

Pire encore, les chiffres sur la place des « spécialistes de l’information et de la communication » sur le marché du travail sont accablants:

Source: OCDE
Source: OCDE

Alors que des pays comme la Finlande comptent parmi leurs salariés 6% de spécialistes des technologies de l’information et de la communication, la France se situe en queue de peloton, avec moins de 3% de salariés appartenant à ce secteur. Parmi les « grands pays », seule l’Italie et la Pologne font moins bien. On notera la liste des pays qui dépassent la France: l’Espagne, le Portugal, la Slovénie, l’Estonie, l’Islande, l’Australie… entre autres.

Si la France peut se targuer d’avoir amélioré son score global depuis 2011, certains pays ont fait beaucoup mieux. Le Portugal, par exemple, comptait, en 2011, beaucoup de spécialistes des TIC que la France. Mais une politique volontaire lui a permis de rattraper son retard.

Une fois de plus, ce qui est en cause n’est pas forcément le retard français, mais l’incapacité de la France à le combler. Mais, c’est vrai, « ça va mieux ».

La France, ce nain numérique: un regard macro-économique

L’OCDE a publié son rapport annuel très complet sur le numérique dans l’économie mondiale. La lecture de ce document est accablante pour la France et illustre parfaitement les propos déjà tenus sur ce blog à propos de la logique industrielle low cost déployée par François Hollande depuis son accession au pouvoir. Peu à peu, la France se recroqueville sur une conception appauvrie de son activité productive et perd (coupablement) du terrain par rapport à ses concurrents mondiaux.

Le numérique, cette activité accessoire en France

L’OCDE a le mérite de comparer la part du numérique dans la production globale de richesse.

Voici un tableau qui résume à merveille la problématique:

Source: OCDE
Source: OCDE

Le tableau compare la part de chaque pays dans l’exportation de services (et non de biens) de technologies de l’information et de la communication. Les chiffres sont sans appel: la France représente à peine 4% de ces exportations, quand l’Irlande en représente près de 14% et l’Allemagne (qui a dépassé les Etats-Unis…) en représente 10%. Nous sommes bien loin des déclarations triomphalistes habituelles sur le sujet.

On notera que le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) fait pratiquement le double de la France, avec une population qui n’en représente pas la moitié. Sur ce point, la position française est tout simplement cataclysmique et illustre un décrochage terrifiant.

Une recherche et développement peu tournée vers le numérique

Un autre tableau de l’OCDE donne la chair de poule:

Source: OCDE
Source: OCDE

Ce tableau illustre la part de la recherche et du développement dans le PIB des Etats membres de l’OCDE. Avec 1,5% du PIB en dépenses privées de recherche et développement, la France se situe après des pays comme la Slovénie, l’Autriche ou le Danemark. Surtout, la part de ces dépenses privées consacrées au numérique est ridiculement basse, et même inférieure aux performances de l’Islande, de l’Irlande, de la Finlande, de la Corée du Sud. Tous ces pays investissent dans l’avenir. Pas la France…

Jusqu’où peut aller l’affaire Kerviel?

L’affaire Kerviel fait partie de ces dossiers emblématiques à l’aune desquels on juge toute une époque. Elle est de la même trempe que l’affaire Calas ou, dans un ordre différent, l’affaire Dreyfus, ou encore le procès des Templiers sous Philippe le Bel. Au rythme où va la Société Générale, Kerviel deviendra bientôt l’emblème séculaire de l’inégalité de traitement entre les puissants et les faibles. La question qui est désormais posée n’est plus vraiment de savoir si la hiérarchie du trader connaissait ses frasques, mais jusqu’où ira la détonation lorsque le pot-au-rose sera révélé.

Kerviel et l’embarrassant avertissement d’Eurex

On se souvient que, dès janvier 2008, Eurex, bureau de surveillance du marché à terme, affirmait avoir prévenu la Société Générale des agissements de Jérôme Kerviel. À cette époque, la Société Générale avait répondu:

Dans une déclaration, la Société générale explique en substance que les alertes mentionnées par le témoin ne lui permettaient pas de prendre conscience du problème Kerviel.

Les explications avaient à moitié convaincu les initiés, semble-t-il, qui restaient sceptiques sur l’ignorance totale de la banque dans un contexte aussi tendu.

Kerviel affranchi de ses dommages et intérêts

On connaît les révélations qui sont intervenues, cette année, sur les dessous possibles de l’enquête judiciaire. Peu à peu a pris forme l’idée que les magistrats avaient pu subir des pressions pour faire plonger Kerviel et épargner la direction de la banque. Cette évolution sur le fond a probablement influencé la position du Parquet lors du procès au civil en appel de Kerviel contre sa condamnation à payer près 5 milliards € de dommages et intérêts. L’avocat général a en effet requis le rejet de la demande de la Société Générale.

Comme le fait remarquer Jean-Marc Boyer dans son article de la Gazette de l’Assurance, ce réquisitoire risque d’embarrasser financièrement la Société Générale, déjà soumise à l’impôt dans ce dossier.

L’affaire de la subornation de témoin

Parallèlement, Kerviel a remporté une autre bataille judiciaire. Il a obtenu le placement de la Société Générale sous statut de témoin assisté dans une affaire de subornation de témoin. Le parquet semble ne pas exclure que la banque ait largement indemnisé le supérieur hiérarchique direct de Kerviel (1 million € d’indemnités) licencié pour faute après la révélation du scandale, en échange d’une déposition à charge contre le trader.

La banque conteste les faits, mais la situation est fâcheuse. Le supérieur de Kerviel s’est en effet désisté de son dossier aux prudhommes après la signature d’une transaction dont les détails promettent d’être croustillants.

La position très affaiblie de la Société Générale

Le dossier Kerviel n’est, après tout, qu’un dossier parmi d’autres dans un univers de connivences qui fait tache. On retrouve en effet la marque Société Générale dans toutes les affaires qui ont défrayé la chronique judiciaro-bancaire ces dernières années.

En avril 2016, les locaux de la banque ont été perquisitionnés dans le cadre du dossier des Panama Papers.  Tout laisse à penser que la Société Générale a facilité l’évasion fiscale, non sans que ses dirigeants aient juré aux parlementaires que ces opérations relevaient du passé. Ce qui ressemble à un parjure ressemble beaucoup à une énorme erreur stratégique dans un contexte kerviellien.

Mais faut-il rappeler ici, à titre d’autres exemples, les amendes infligées à la banque pour la manipulation des cours de l’Euribor (finalement réduite à 227 millions €), ou pour ses défaillances dans la lutte contre le blanchiment (500.000 € en 2012, infligée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel)?

Petit à petit, la Société Générale accumule les revers et le citoyen peut à bon droit s’interroger sur les protections dont ses dirigeants bénéficient…

Jusqu’où ira la déflagration?

Jusqu’ici, les dirigeants de la Société Générale ont adoré jouer les inflexibles, menaçant de poursuites et de sanctions tous ceux qui contestaient une version monolithique et manichéenne des faits. Cette stratégie pourrait très bien se retourner contre le monde bancaire, comme l’affaire Dreyfus, en son temps s’est retournée contre l’armée française promise, pendant les décennies qui ont suivi, à un silence de plomb.

Le contexte est d’autant plus gênant que le directeur général de la banque, Frédéric Oudéa, est aussi président de la Fédération Française des Banques (FFB). C’est moche pour les banquiers… car un glissement de terrain imprévu risque de balayer la superbe bancaire pour un bon nombre d’années. Mais il est vrai que le pire n’est jamais sûr.

 

Que cache la chiraquisation de François Hollande?

François Hollande est en pleine chiraquisation. Son inauguration du musée « Jacques Chirac » en lieu et place du musée du quai Branly, en a donné une nouvelle manifestation. Le prononcé du discours mérite d’être relevé, parce qu’il dévoile en un quart d’heure les multiples raisons de cette adhésion à une vision très caractéristique de la fonction présidentielle et de la doctrine républicaine.

Discours lors de l’inauguration de l’exposition… par elysee

Pourquoi François Hollande se chiraquise

On notera tout d’abord les bonnes raisons que François Hollande peut trouver de multiplier les références à Jacques Chirac et, plus généralement, aux héritiers plus ou moins proches du gaullisme. Après son passage à Colombey-les-Deux-Eglises, la référence à son anté-prédécesseur tient presque du parcours touristico-religieux.

La manoeuvre est limpide, et même grossière en phase pré-électorale: François Hollande drague les électeurs républicains désorientés par le durcissement du discours à droite, notamment parmi les émules d’Alain Juppé. S’afficher comme compatible avec le gaullisme à l’approche d’une campagne où la diminution du nombre de fonctionnaires devrait être un thème de clivage majeur peut être un bon calcul, après tout.

Chirac ou l’effet miroir

Au-delà du calcul tactique dont personne n’est dupe, François Hollande a d’autres bonnes raisons d’enjamber les scissions politiques pour retrouver la figure chiraquienne.

Tous les deux sont des énarques élus en Corrèze, dans des bastions ruraux où ils ont pu donner libre cours à une sorte de radical-socialisme fondé sur l’immobilisme et la culture du notable. L’un et l’autre appartiennent à cette France (des débuts) de la IIIè République, dont la vie, en état végétatif, est artificiellement prolongée à coups de subventions, de dotations grotesques de l’Etat (l’aéroport de Brive en est la preuve), de surfonctionnarisation et de facilités en tous genres.

Peut-être même trouvera-t-on chez François Hollande un pincement pour cette époque où il présidait le conseil général de Corrèze (qu’il a mis en quasi-faillite), à l’abri de la pression présidentielle – le temps béni où il pouvait caresser le cul des vaches et serrer la pogne des paysans en se jetant des canons. Quelle était simple, cette France des années 90, où l’endettement public protégeait sans limite la professionnalisation d’une classe politique sans envergure, hyper-professionnalisée et nourrie au sirop de l’immobilisme facile.

L’espérance fétichiste de la réélection

La ressemblance ne s’arrête pas là! Comme Chirac, Hollande a aimé jouer la carte du bon gars qui ne se prend pas trop au sérieux, qui reste sympathique, bon vivant, dans l’adversité. Comme Chirac, il a mené une politique erratique, opportuniste, avec des revirements, des mesurettes, de l’esbroufe, des postures de communication sans envergure et sans vision à long terme.

L’invocation des esprits chiraquiens aujourd’hui répond manifestement à la croyance magique qu’une bonne transe sous hypnose en invoquant les dieux corréziens lui permettra le même tour de force que Chirac en 2002: celui d’une réélection inattendue avec un deuxième tour face au Front National. C’est le côté superstitieux de François Hollande.

L’invocation de l’antiracisme comme doctrine politique

Comme par hasard, c’est sur la doctrine floue et variable de l’antiracisme que Hollande a choisi de célébrer Jacques Chirac, le fondateur du musée du quai Branly. Ah! les arts premiers, symbole de l’égalité de toutes les cultures, de leur relativité au fond.

Incidemment, une doctrine républicaine nouvelle se diffuse à travers la célébration de ces arts premiers: la France n’est plus universelle, comme par le passé, parce qu’elle montre la voie de la civilisation. Elle est universelle parce qu’elle sait que toutes les cultures se valent et qu’elle leur fait, à chacune, une place égale sur son sol. Là où la France existait en donnant l’exemple, elle devient le réceptacle de l’exemple donné par les autres. Autrefois, la France tenait le flambeau. Aujourd’hui, elle tient un miroir.

Tiens! le délire terranovien du grand melting-pot métissant français a commencé.

L’ahurissante récupération diplomatique

Avec François Hollande, l’invocation de Chirac sert aussi à une récupération sans scrupule du topique « multiculturaliste » à des fins diplomatico-militaires. Il paraît que nous faisons la guerre à Bachar El-Assad parce que nous aimons les arts premiers et l’égalité entre toutes les civilisations. C’est pourquoi nous faisons la guerre aux dictateurs. Il fallait l’oser celle-là! Du Chirac dans le texte.

Dans le même temps, Hollande ne parle pas des autres dictateurs à qui il rend visite, notamment aux émirs saoudiens. Il fait en revanche l’éloge de l’antenne du Louvre qui doit ouvrir à Abu Dabi prochainement, comme preuve de l’attachement de la France à l’égalité de toutes les cultures et à l’amour de l’Humanité tout entière. Que des opposants soient régulièrement emprisonnés dans cet émirat islamiste ne pose toutefois pas problème à notre Président défenseur des Droits de l’Homme, que le chantier du Louvre ait été réalisé par des quasi-esclaves non plus. Sans parler de la censure morale qui reste très loin de notre mode de vie « universel ».

Immobilisme et opportunisme sont les deux mamelles du chiraquisme

Bref, François Hollande ne se gêne plus pour courtiser l’aile gauche des Républicains et se chercher une nouvelle vertu en invoquant tous les démons du chiraquisme, en particulier une capacité à tout justifier par n’importe quoi, et une résistance structurelle au changement.

L’avantage avec Hollande, c’est qu’une fois réélu on saura par avance dans quel état se trouvera le pays à la fin de son second quinquennat.

Quand l’INSEE occulte les problèmes des TPE

Les Très Petites Entreprises (TPE), c’est-à-dire les entreprises de moins de 10 salariés, n’intéressent pas l’INSEE (ni le reste des pouvoirs publics) et c’est bien dommage. Une étude d’Eurostat sur les emplois vacants dans l’Union Européenne vient de le prouver.

Alors que les salariés des TPE représentent 20% de l’emploi salarié total (soit 3 millions de personnes), l’INSEE « oublie » de mesurer parmi eux le nombre d’emplois vacants. C’est bien dommage, car ce chiffre illustre à merveille la tension sur le marché du travail: plus le nombre d’emplois vacants est élevé, plus le marché s’approche du plein emploi. L’oubli de l’INSEE rend donc impossible la comparaison effective des performances françaises avec celles de ses voisins.

À titre d’exemple, les statistiques d’Eurostat donnent les chiffres suivants sur l’ensemble de l’Union:

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Comme on le voit sur ce tableau, la Belgique, la République Tchèque, l’Allemagne, la Suède, la Grande-Bretagne, la Finlande, les Pays-Bas, ont entre un poste sur quarante et un poste sur cinquante qui est vacant…

En revanche, des pays semblent totalement sinistrés du point de vue de l’emploi: la Grèce, le Portugal, l’Espagne, la Pologne, l’Irlande, entre autres.

Et sans les TPE, la France en queue de classement

Pour ce qui concerne la France, le taux officiel pour les entreprises de plus de 10 salariés est de 0,8% de postes vacants, soit un poste libre pour 120 postes à peu près, un score trois fois moindre qu’en Belgique ou en Allemagne. Cette statistique en dit long sur les ravages du marché du travail en France où la vacance d’emplois est rare.

On apprécierait néanmoins de connaître le taux de vacances en intégrant les TPE, puisqu’à une époque le MEDEF soutenait que la France disposait de plus de 500.000 emplois non pourvus alors que le gouvernement soutenait qu’il en existait 300.000. En extrapolant les chiffres partiels de l’INSEE, l’estimation juste semble plutôt de l’ordre de 150.000, chiffre avancé en son temps par François Hollande.

Dans tous les cas, ces estimations à vue d’oeil montrent bien l’insuffisant dynamisme du marché du travail en France.

La révolution aura-t-elle lieu vendredi?

Tiens! une bonne révolution ce vendredi… vous en diriez quoi? Ce samedi, François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis se tapaient dans les mains, sur les côtes et dans le dos à l’idée de leur grande manoeuvre tactique supposée brillantissime consistant à annoncer une primaire en janvier 2017. Mais d’ici là, certains caps risquent de se révéler très difficiles à passer. Par exemple celui de jeudi.

Que faire face à une manifestation interdite?

Après le remarquable échec des discussions entre l’inexpérimentée ministre El-Khomri et le moitié expérimenté syndicaliste Martinez, vendredi dernier, le pire est à craindre. La CGT organise une nouvelle manifestation jeudi, interdite par le ministre de l’Intérieur. Et maintenant on fait quoi?

Les précédentes manifestations ont déjà attiré tout ce que la France compte de gamins décérébrés mais décidés à taper du flic. Il y a peu de chances que celle-ci échappe au même sort. Bien au contraire: comme le Préfet de Police a dit sa préférence pour un rassemblement statique place de la Bastille (quel symbole hasardeux!), l’occasion devrait être idéale pour que les Black Blocks s’acharnent à faire sauter les barrages de police empêchant de rejoindre la place de la Nation.

Les ingrédients sont donc réunis pour une nouvelle séquence d’émeutes qui démontrera toutes les tares que l’on peut reprocher au gouvernement: absence de concertation, manque d’imagination dans les alternatives au conflit, passage en force, incapacité à « tenir » le pays.

On n’ose même pas imaginer à quoi ressemblera le pays le lendemain. Le gouvernement osera-t-il traîner Martinez en justice? Dans tous les cas, la CGT aura banalisé le climat quasi-insurrectionnel qui existe dans une partie grandissante du pays.

Ce n’est donc que cela, l’insurrection?

Au passage, et à la lecture des manuels d’histoire dans notre enfance, nous pouvions imaginer les insurrections comme des grands moments où tout le pays retenait son souffle, ou plus rien d’autre que l’insurrection ne se passait pas. En réalité, les grands soirs n’existent pas et les révolutions ne concernent qu’une part marginale de la population. Lorsqu’elle se produit, on s’en rend à peine compte. C’est plus tard, bien plus tard, qu’on en prend la mesure.

Probablement sommes-nous engagés sur cette pente où, un jour, des historiens verront dans le printemps 2016 les prémisses d’un bouleversement de grande ampleur.

Si cette hypothèse devait se vérifier, nous pourrons nous en féliciter: la Vè République est devenue invivable, étouffante.

Et le Brexit dans la foulée?

L’ironie de l’Histoire veut que, le même jeudi, les Britanniques aient rendez-vous dans les urnes pour choisir de rester ou non dans la construction communautaire européenne, que je me refuse de confondre avec l’Europe. L’Europe, ce grand destin. L’Union Européenne, ce ratage complet.

Les commentateurs annoncent déjà le pire. Le samedi 25 juin, les dirigeants des pays fondateurs de la CEE se retrouveront à Berlin pour aviser de leur réponse aux résultats. C’est évidemment une imposture complète puisque Berlin ne faisait pas partie du projet initial de la Communauté Européenne. Pour que la France accepte de se retrouver en Allemagne deux jours après le referendum britannique, il lui faut une fameuse dose de soumission.

Dans tous les cas, Angela Merkel, en provoquant cette rencontre en Prusse deux jours après un événement aussi fatidique, envoie un message clair sur son intention de renforcer la domination prussienne en Europe, et sur son incompréhension profonde des causes du Brexit. Si celui-ci devait se réaliser, ce serait d’abord à cause de la politique migratoire unilatéralement décidée par Berlin… et même, disons-le, à cause du caractère unilatéral de cette politique.

Une fois de plus, la Prusse est prête à sacrifier l’Europe à ses intérêts immédiats et à ses lubies hégémoniques.

Entretemps, le monde aura changé. En cas de victoire du « Leave », les marchés financiers auront subi les pires secousses et le monde financier aura perdu sa boussole.

Le vendredi de tous les dangers

Le monde changera-t-il vendredi? Et singulièrement la France? Personne ne peut en être sûr, mais personne ne peut l’exclure. Et c’est bien la caractéristique dominante de notre époque: tout est désormais possible, même le pire.

Soumission: pourquoi les femmes portent le voile…

Cet article est un témoignage anonyme et non authentifié publié par Katibin.fr en avril 2016. Les titres intermédiaires ont été ajoutés par mes soins.

Le voile…

Le sujet de tous les débats de nos jours en France. Tout le monde a son mot à dire, mais on entend que peu ce que les principales concernées ont à dire à ce sujet.

Alors j’écris ça à toutes les personnes qui m’ont déjà demandé pourquoi je portais le voile, et à toutes celles qui ont voulu le faire mais qui n’ont jamais osé. La compréhension apporte la tolérance et l’acceptation de l’autre. Elle combat la peur de l’inconnu.

Le voile, un commandement de Dieu

Avant d’en arriver aux raisons même, aux bénéfices ou aux points positifs, j’aimerais commencer par dire que la raison première qui m’a poussée au port du voile est la volonté d’obéir à un commandement de Dieu. Quand on a la foi, on a confiance en Dieu, et on sait que quand Il nous commande de faire quelque chose, ça ne peut être qu’un bien pour nous, même si on ne voit pas tout de suite la sagesse derrière.

C’est un peu comme ne pas manger de porc, on ne sait pas exactement quelles sont les raisons à cette interdiction –même si on en a une idée aujourd’hui, scientifiquement, quand on voit l’hygiène de cet animal et bien d’autres choses qui pourraient nous nuire- mais on ne le fait pas quand même.

Certains diront : mais pourquoi Dieu voudrait-il que vous vous couvriez la tête ?

Dieu nous a commandé la pudeur, aux hommes et aux femmes, et il nous a prescrit une manière d’arriver à cette pudeur. Tout comme il nous a prescrit la prière cinq fois par jour, d’une certaine manière précise, pour pratiquer notre spiritualité et nous rapprocher de Lui.

Le voile est un mode de vie, une attitude

Maintenant, ce qu’il faut comprendre, c’est que le voile n’est pas un tissu qui sert à couvrir les cheveux. C’est un mode de vie, c’est une attitude, c’est un concept. Il s’agit de se couvrir le corps, la tête, de s’habiller de manière qui ne laisse pas apparaître les formes du corps. Mais il s’agit aussi d’avoir l’attitude de pudeur et de modestie qui va avec. Et ce sont d’importants principes dans notre religion.

Pourquoi Dieu nous a-t-il commandé cela ? N’est-ce pas dégradant pour la femme ?

Dans le verset où le voile est prescrit, Dieu commence par s’adresser aux hommes en leur demandant de baisser leur regard et de garder leur chasteté. Donc avant même de parler de la femme, couverte ou pas, l’homme lui doit le respect, n’a pas le droit de la regarder de manière indécente, comme si c’était une simple source de plaisirs pour lui. Dieu donne de la valeur et de la dignité à la femme en lui demandant de se couvrir et de n’exposer ses atouts qu’aux personnes les plus proches. Son corps n’est pas un objet, sa beauté n’est pas un moyen de rentabiliser des produits ou d’attirer les regards sur des spots publicitaires. La femme est bien plus que cela, elle a bien plus de valeur.

« Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines […] » [Coran S24 :V30-31].

Pour moi, être féministe, ce n’est pas s’exposer à moitié nue pour réclamer ses droits. Etre féministe c’est avoir le contrôle sur qui je suis, sur mon identité en tant que femme, sur ce que je veux exposer ou non de mon corps ou de ma beauté. Pour moi, être féministe c’est réclamer que chaque femme puisse faire le choix de vie qu’elle veut, le choix vestimentaire qu’elle veut. Et réclamer le respect de la femme dans tous les cas.

Agresser verbalement ou physiquement une femme à moitié habillée est pour moi tout aussi inacceptable qu’agresser une femme voilée. Souvent, j’ai eu à faire à des personnes qui me méprisaient et presque m’insultaient pour mon port du voile, parce que selon elles la femme doit être libérée et s’est battue pour ses droits. Eh ben, personnellement, je me sens plus libre que jamais en me couvrant et en n’exposant mon corps qu’à certaines personnes. Et si des femmes se sont battues pour « leurs droits », le fait que je porte un voile n’invalide en aucun cas ces combats. Ce n’est pas incompatible.

Je ne suis soumise à personne, j’obéis à un commandement divin

Je ne suis soumise à personne, personne ne m’a forcée à me couvrir. Et faire le choix de se couvrir est un droit, lui aussi, à part entière. Justement on m’a déjà demandé si quelqu’un m’avait imposé de porter le voile. C’est mon choix personnel et réfléchi, c’est une obéissance à un commandement divin, c’est la pratique de ma religion. Et je suis même convaincue du sens de la chose et du bien que ça m’apporte intérieurement et dans la vie de tous les jours.

Je suis bien d’accord qu’il y a des maris qui obligent leur femme à porter le voile, et qu’il y a toutes formes d’excès dans certains pays. Ces hommes ne font que cela qu’au nom de leur bêtise et de leur complexe psychologique et personnel. Un peu comme ceux –musulmans ou non- qui battent leur femme. Dans la religion, personne ne peut forcer quelqu’un à faire quelque chose. On ne peut pas imposer la foi, ni sa pratique. Ce n’est pas les croyants qu’il faut juger, car ce sont des êtres humains, ils n’incarnent pas parfaitement la religion qu’ils pratiquent.

Si on est sincèrement à la recherche de compréhension, c’est au le Livre Saint qu’il faut ouvrir son cœur.

Certains se demandent pourquoi Dieu imposerait-il le voile aux musulmanes, et pas aux autres religions. Eh bien, à l’origine, le voile est prescrit dans toutes les religions monothéistes. Ce verset de l’Ancien Testament en témoigne :

« Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile » (1 Corinthiens 11 :6).

Un Dieu, plusieurs prophètes, un message

Un Dieu, plusieurs prophètes, un message, c’est le fondement même de notre croyance. Les fidèles des autres religions pensent que c’était valable pour cette époque-là, mais que maintenant on vit dans les temps modernes, ce n’est plus pareil. Eh bien, nous musulmans, on pense simplement que la parole de Dieu n’a pas été révélée pour une période précise. Si Dieu l’avait voulu, Il aurait précisé un temps ou une période pour ses prescriptions. Il sait mieux que nous, on ne se permet pas de changer ou d’adapter Ses paroles.

Dans aucun des Livres saints il n’y a écrit que le voile est réservé à une certaine période. Et pour nous, le Livre Saint est un guide pour tous les âges et toutes les générations.

Certains se demandent aussi pourquoi certaines femmes musulmanes, parfois pratiquantes, ne portent pas le voile. Souvent ces femmes savent et reconnaissent bien que c’est un acte prescrit par la religion mais chaque personne est différente, chaque personne en est à un certain stade spirituellement, chaque personne avance à son rythme.

Interdire le voile parce qu’il opprime la femme est pour moi illogique. Ça revient à interdire à certaines femmes de vivre selon leur choix de vie, leurs principes. Ça revient à obliger la femme à adhérer à des ‘principes’ de la société, à accepter des idées qui ne sont pas les siennes, au nom de son « émancipation » et de sa « libération » qu’elle ne voit pas du tout de la même manière. Ne pas permettre à la femme de faire les choix qu’elle veut et de vivre de la manière qu’elle veut, n’est-ce donc pas cela que d’opprimer la femme ?

S.M. 23/04/16

1 salarié sur 7 n’a pas de limite horaire

1 salarié à temps complet sur 7, en France, n’est officiellement pas soumis aux 35 heures, et dispose d’une organisation de sa durée du travail dite aux forfaits-jours. L’étude ACEMO du ministère du Travail vient de remettre les chiffres à jour.

Voici les chiffres produits par cette enquête annuelle:

salarié

13,7% des salariés à temps complet sont soumis aux forfaits-jours.

Cette proportion moyenne connaît de forts écarts, avec un très faible recours à ce dispositif dans le service public et l’action sociale (3,9%), dans les transports (3,8%) ou la restauration (4,4%).

En revanche, plusieurs secteurs sont de véritables champions du recours au forfait-jour. Dans l’industrie chimique, le taux de recours est de 20%, il est de 26,8% dans l’information et la communication, mais aussi dans l’industrie. La proportion atteint presque le tiers des salariés dans la banque et l’assurance.

Ces chiffres illustrent de façon limpide les questions qui sont régulièrement posées sur la durée du travail, et que la loi éponyme eût dû régler. En particulier, sur 16 classes d’activités différentes, l’amplitude des régimes horaires va pratiquement du simple au décuple. Pourquoi imposer un régime horaire unique dans un univers aussi divers et aux contraintes aussi différentes?

Pourquoi, pour le reste, interdire aux très petites entreprises de recourir à cette formule par décision unilatérale de l’employeur? Cette réforme-là est la seule qui permettrait de créer de l’emploi de façon simple et dynamique, dans la mesure où ce sont les entreprises les plus créatrices d’emplois qui bénéficient aujourd’hui des contraintes horaires les plus lourdes.

On notera d’ailleurs que le ministère du Travail évite de donner trop de publicité à ce dispositif simple. Les informations statistiques sur le sujet sont parcimonieuses, alors qu’on aimerait savoir concrètement comment se présente le recours au forfait-jour dans les entreprises. Cette extrême discrétion est un signe supplémentaire de la lutte sourde engagée pour niveler le travail sur un modèle simple, pauvre et uniforme.