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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Exclusif: pourquoi Martinez doit bloquer l’Euro 2016!

Depuis plusieurs jours, tout le monde se demande si Philippe Martinez, le patron de la CGT, domine ses troupes, ou si c’est l’inverse qui est à l’oeuvre. Après sa phrase sibylline sur: « la meilleure image de la CGT » liée ou non au blocage de l’Euro 2016, beaucoup se sont demandés si ses paroles étaient du lard ou du cochon, et s’il ne fallait pas le soumettre d’urgence à une expertise psychiatrique.

La réaction interne à la CGT ne s’est pas faite attendre. En découvrant ces propos dans la presse, certains ont pressenti que le camarade Martinez entreprenait une nouvelle arabesque de danseuse et s’apprêtait à lâcher le mouvement. Le pressentiment était d’autant plus juste que, dans la foulée, le gouvernement annonçait qu’une rencontre entre la ministre et Martinez était prévue le 17 juin, et même avancée à la date choisie par le secrétaire général.

Il n’en fallait pas plus pour susciter ce courrier aux militants de sa part:

CGT

CGT

Voilà qui s’appelle un beau grand écart. Oui, je suis pour les grèves, mais je suis aussi pour l’euro, pour le blocage de l’euro, mais pour que l’euro soit une fête, et que tout se passe bien pour tout le monde. Et embrassons-nous Folleville!

Une certitude est désormais acquise: Martinez ne contrôle plus rien à la CGT et c’est désormais une partie de la base qui a pris le pouvoir. Le gouvernement perd globalement son temps en discussions oiseuses avec le secrétaire général de la Confédération. Le problème ne se pose plus porte de Montreuil, mais dans les syndicats d’entreprise ou locaux qui font la pluie et le beau temps.

Une seule conclusion s’impose aujourd’hui: la CGT en tant que structure organisée n’existe plus vraiment, et le gouvernement doit composer avec une bande de francs-tireurs plus ou moins encadrés par une organisation approximative. Cette évolution, déjà forte sous Thierry Lepaon, est une donnée brute à intégrer dans l’algorithme des anticipations rationnelles.

La crise ne fait-elle que commencer à la CGC?

La CGC a-t-elle, avec l’élection de François Hommeril à sa présidence, clos sa crise interne, ou l’a-t-elle relancée? Les bruissements de couloir de toutes parts, ces derniers jours, dont la presse se fait écho, obligent à poser la question, qui est très loin d’être neutres pour l’évolution du dialogue social en France.

Hommeril, l’homme de l’apaisement

Facialement, le choix de François Hommeril à la présidence de la CGC, à la tête d’un ticket où figuraient la banque (en la personne d’Alain Giffard) et le transport aérien (Franck Zid, devenu trésorier), pouvait donner le sentiment d’un apaisement après la douloureuse éviction de Carole Couvert. Hommeril est un candidat de compromis, choisi avec l’accord de la métallurgie, qui continue à se tenir à l’écart de la direction confédéral après l’avoir dirigée pendant plusieurs années. Hommeril a recueilli 90% des voix au Congrès. C’est une belle performance et si, lors de son ultime discours, Carole Couvert ne s’était pas apesantie pendant 15 minutes en propos polémiques et revanchards sur sa propre fédération, la réconciliation eut été parfaite.

Hommeril, l’homme qui n’a pas compris le rôle de la CGC

Une fois ce portrait idyllique dressé, la réalité revient au galop. Ainsi, dès le vote consommé, et la poussière des urnes volant encore après leur ouverture, Hommeril a improvisé une conférence de presse dans le dos de ses grands électeurs pour expliquer qu’il ne serait pas le toutou du gouvernement et qu’il rejoignait le front du refus de la loi Travail. Du coup, ce ralliement sans coup férir fait basculer la majorité syndicale du côté du retrait: FO, CGT et CGC représentent en effet une nette majorité de salariés.

Mais personne ne lui a dit, au petit père Hommeril, que la loi de 2008 sur la représentativité syndicale avait intégré une disposition sur les syndicats catégoriels spécialement pour sauver la CGC en contrepartie d’un engagement à signer les accords à vie? Personne ne lui a dit qu’avant son élection, le destin des présidents qui ont refusé de jouer le jeu a toujours été tragique? Van Crayenest avait fini assassiné par Couvert, qui a fini assassinée par sa propre fédération, aux mains du gouvernement. Cette dernière avait eu la bonne idée de retirer la signature de la CGC sur le pacte de responsabilité, puis de négocier absurdement son ralliement à l’accord sur les retraites complémentaires exigé par Bruxelles. La réponse n’a pas tardé: EDF a organisé son éviction.

Ces points d’histoire n’ont manifestement pas été clairement expliqués au nouveau président.

Déjà des murmures dans les rangs

Comme à la parade, la réplique ne s’est pas faite attendre. Les barons qui ont fait de Hommeril un roi ont commencé à jeter des petits cailloux pour réexpliquer à l’impétrant les règles du jeu: pas question que la confédération échappe au contrôle de la banque et de la métallurgie. Et si Hommeril a paru un homme de paille crédible, ce n’est pas pour ses sorties gauchistes, mais pour ses qualités de porte-flingues (il avait servi à éliminer Danièle Karniewicz en son temps).

Dès cette semaine, une première mise en garde filtrait dans les colonnes de la Lettre A, qui se faisait un plaisir de rappeler que le duo Dos Santos (banque) et Artero (métallurgie) avait éliminé tous les alliés possibles de Hommeril de la direction confédérale. Celle-ci est entièrement tenue par les deux fédérations dominantes. De leur côté, les informateurs habituels de la presse soulignaient que Carole Couvert avait réalisé un excellent travail et avait des prises de position nuancées en son temps. Le seul reproche qui expliquait son éviction était de n’avoir pas envoyé au CESE des membres de sa fédération.

Voilà quelques rappels sur les règles du jeu qu’Hommeril devrait d’autant plus et mieux prendre au sérieux qu’Alain Giffard, son numéro deux, a pendant un temps caressé l’espoir de prendre la présidence de la confédération. Un accident dans les escaliers est si vite arrivé!

Hommeril est-il capable de comprendre les règles du jeu?

Hommeril a expliqué qu’il resterait à Chambéry, sa ville d’origine et de résidence, pendant son mandat. L’annonce ne manque pas de surprendre. Sera-t-il suffisamment présent pour tenir les rênes d’une maison moins facile qu’il ne le croit peut-être? Que va devenir l’appartement du 8è arrondissement loué par la confédération pour le président? A-t-il bien mesuré les contraintes liées à la charge, qui s’accommodent mal de l’idéalisme gauchiste dont il fait preuve aujourd’hui? Toutes ces questions sont ouvertes et n’excluent pas une crise rapide de gouvernance à la tête d’une maison qui a eu l’espoir un peu naïf de se rabibocher pour pas cher.

Hollande: mon interview dans la presse russe

La radio russe m’a interrogé sur la réforme constitutionnelle prônée par François Hollande.

François Hollande veut (presque) supprimer le poste de Premier ministre

Cette annonce n’est rien qu’une opération de communication à la veille des élections présidentielles pour détourner l’attention du bilan de son quinquennat, estime l’écrivain et publiciste Eric Verhaeghe.

RT France : Dans des propos rapportés par Europe 1, François Hollande a déclaré qu’il souhaitait une réforme visant à supprimer le poste de Premier ministre et la reformation du Parlement français. Qu’en pensez-vous ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : Je pense que la première analyse qu’on peut faire, c’est que François Hollande est dans une posture de communication. François Hollande a lancé sa campagne pour sa réélection en 2017 et donc il commence à égrainer les promesses ou les suggestions de campagne, des insinuations pour convaincre les Français de ses bonnes intentions. Je crois qu’en réalité il faut s’attendre à une longue série de mois où il va à chaque fois inventer une nouvelle idée, proposer un nouveau débat qui va faire le buzz, qui va occuper l’opinion mais qui a très peu de prise avec la réalité. L’objectif aujourd’hui de François Hollande c’est de détourner l’attention du bilan de son mandat. Pour François Hollande il y a un risque, c’est qu’on s’occupe de son bilan, c’est qu’on juge ce qu’il a fait. Donc il a besoin d’occuper le terrain en lançant des idées qui sont des postures de communication comme il avait dit à une certaine époque «mon principal ennemi c’est la finance», il est en train de dire «je vais réformer les institutions» parce que quelqu’un lui a dit que ce serait populaire. Mais en réalité, c’est de la culture hors sol, ce n’est pas enraciné dans la terre.

Les Français aiment bien avoir l’idée que l’incarnation du pouvoir est au-dessus de l’action quotidienne

RT France : Pour vous, le fait qu’il fasse cette déclaration maintenant n’est pas anodin ?

E.V. : Non, c’est un discours de campagne. De fait, en France il y a une demande très large de réforme des institutions, beaucoup de Français disent qu’il faut réformer, qu’il faut changer le Parlement, qu’il faut changer les règles du jeu parce que beaucoup de Français estiment à juste titre qu’il y a une rupture entre le peuple et le pouvoir, que le gouvernement est coupé des réalités. Donc beaucoup de Français disent qu’il faut changer les règles du jeu, qu’il faut changer les règles de la démocratie. François Hollande l’a entendu et il en profite pour faire une proposition de surenchère, toujours plus loin, toujours plus fort. Il sait qu’elle n’aboutira pas mais elle va faire parler et pendant qu’on parle de ça, pendant qu’on parle de l’Euro, on ne parle pas des grèves, on ne parle pas des problèmes structurels, on ne parle pas de ses échecs et pour lui c’est toujours ça de gagné.

On s’aperçoit que l’hyperprésidence française dépasse les individus, ça dépasse la volonté des présidents, c’est quelque chose qui est structurel

RT France : Est-ce que Manuel Valls le gène ?

E.V. : Il y a une vieille histoire en France, c’est que l’invention du Premier ministre ça date en réalité – on pourrait faire une longue archéologie du Premier ministre en France – du régime bonapartiste. Quand Bonaparte s’occupait de faire la guerre à l’étranger, par exemple lorsqu’il envahissait la Russie, il laissait en France l’équivalent d’un Premier ministre qui était Cambacérès et qui gérait les affaires à sa place. Cela fait donc 200 ans en France qu’il y a la figure du Premier ministre de façon plus ou moins assumée. On pourrait même aller plus loin avant, on a eu Richelieu, on a eu Mazarin, on a eu des figures qui incarnaient le pouvoir politique à la place du roi. Il y a donc une vieille tradition en France d’avoir un rôle politique entre le roi, le monarque ou le pouvoir tout puissant et l’exécutif, à la différence du système américain qui est un système présidentiel où entre le président des Etats-Unis et le peuple américain il n’y a personne d’une certaine façon.

En France depuis 200 ans au moins dans les institutions non monarchistes, mais depuis plus longtemps si on regarde la monarchie, il y a bien la figure d’un personnage qui incarne le pouvoir, qui n’est pas le roi et qui est celui qui incarne l’action temporelle de l’Etat. François Hollande peut décider d’abandonner la tradition française pour rejoindre la pensée américaine ou la philosophie américaine. On retrouve bien là l’idée du young leader – puisque François Hollande a fait partie du programme de l’ambassade des Etats-Unis des young leaders qui consiste à envoyer ou à former des Français aux Etats-Unis pour les américaniser. Mais évidemment c’est tout à fait contraire à des centaines d’années d’Histoire de France.

Je pense que cette idée n’a aucune chance d’aboutir et je pense que c’est précisément pour ça que François Hollande la propose

RT France : Comment cette réforme peut-elle être accueillie ? A-t-elle des chances d’être votée ?

E.V. : En réalité, François Hollande n’a fait aucune réforme constitutionnelle. C’est une idée dans le vide de plus. C’est d’ailleurs très probablement pour ça qu’il la propose, c’est qu’il est convaincu qu’elle ne fonctionnera jamais et qu’elle n’aboutira jamais donc ça le met très à l’aise pour la proposer. Mais je pense qu’en France il y a une tradition d’avoir un Premier ministre. Les Français aiment bien avoir l’idée que l’incarnation du pouvoir est au-dessus de l’action quotidienne. L’action quotidienne, l’action ordinaire c’est le Premier ministre et c’est lui qui fait le sale boulot. Les Français aiment bien distinguer la figure de la République au-dessus du quotidien et l’homme qui fait le travail au jour le jour. Je pense que cette idée n’a aucune chance d’aboutir et je pense que c’est précisément pour ça que François Hollande la propose.

RT France : François Hollande justifie cette idée en disant que «réformer sous un quinquennat c’est long, c’est double», et «tout remonte de toute façon au président». Etes-vous d’accord ?

E.V. : D’abord, je constate que lors de sa campagne électorale, François Hollande avait fait un long discours pour expliquer que l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy c’était fini et que lui allait être un président normal et un président qui n’allait pas être hyperprésident. On s’aperçoit en fait que l’hyperprésidence française ça dépasse les individus, ça dépasse la volonté des présidents, c’est quelque chose qui est structurel.

Tout le monde sait que la fonction de Premier ministre c’est de s’épuiser, de se fatiguer, de se salir les mains, pendant que le président gouverne au-dessus de la mêlée

Maintenant François Hollande sait pertinemment qu’il a besoin d’un fusible, c’est-à-dire de quelqu’un qui s’épuise à la tâche pour lui permettre de garder les mains propres. Tout le monde sait que la fonction de Premier ministre c’est de s’épuiser, de se fatiguer, de se salir les mains, pendant que le président gouverne au-dessus de la mêlée. François Hollande sait très bien que c’est structurel et qu’il ne pourra pas le remettre en cause de façon populaire, il n’y aura pas de majorité sur ce point.

Climat social: sommes-nous à l’aube de l’été français?

Officiellement, l’Euro 2016, cet opium du peuple, devrait déboucher le climat social et endormir toutes les consciences dans l’euphorie des victoires footballistiques à venir. Mais le scénario concocté par Iznogoud Hollande (d’un retour au calme forcé pour le déroulement pacifique des matches de football) ne se passe pas exactement comme prévu: une série de micro-mouvements pullule, profitant tous de l’opportunité offerte par l’événement sportif pour se faire connaître du monde entier et attirer l’attention des voisins européens sur la dure condition des prolétaires français.

Peu à peu, la question s’impose: sommes-nous face aux prémisses d’un été français?

Bien suivre la rencontre de Martinez avec El-Khomri

Deux théories coexistent aujourd’hui.

L’une sous-entend que le leader de la CGT Philippe Martinez est un grand Manitou qui a tout prévu et qui contrôle la situation. Ce faisant, il rencontrera prochainement la ministre El-Khomri, obtiendra toutes les concessions qu’il demande en cachette depuis des semaines, et annoncera la fin de la grève – décision à effet immédiat.

Quelque chose cloche dans cette théorie: l’Euro commence vendredi et l’invitation lancée par Myriam El-Khomri à Martinez date de mercredi. Le calendrier est donc probablement beaucoup moins machiavélique qu’on a envie de le croire (il est tellement rassurant de se dire que la démocratie est gouvernée par des gens rationnels), ce qui plaide pour la deuxième théorie: rien n’est concerté, le bordel règne, et personne ne contrôle les sections syndicales qui se mettent en grève. Le gouvernement commence à paniquer et se trouve réduit à croiser les doigts pour que tout marche comme il le faudrait.

Il faudra dans tous les cas suivre la rencontre entre le leader de la CGT et la ministre pour savoir si oui ou non il existe une forme de coordination responsable entre les mouvements qui prennent de l’ampleur.

L’inquiétante génération spontanée de mouvements corporatistes

Les mouvements qui se développent présentent deux particularités majeures.

La première tient à leur nature: les appels à la grève se développent dans le secteur public, pas dans le secteur privé. Encore une fois, démonstration est faite que la conflictualité sociale est beaucoup moins forte chez les horribles capitalistes exploiteurs que chez les gentils responsables publics qui défendent l’intérêt général. Ce point est d’autant plus marquant que, pour le secteur public, la loi Travail est une préoccupation romantique et pas professionnelle, puisqu’elle ne s’appliquera pas au secteur public.

La deuxième particularité tient au caractère microscopique ou morcelé des mouvements, qui instrumentalisent tous la loi Travail pour défendre des revendications autres.

Le foisonnement de ces mouvements ne manque pas de poser question et d’inquiéter. La réalité est qu’il existe un fond de contestation qui se durcit. Tout le monde a la conviction qu’il se terminera, tôt ou tard, par un big bang, un rejet global des institutions. La vision gauchiste aime bien croire à un Grand Soir. Rien n’exclut que se produise plutôt une succession de petites soirées dont l’agrégation conduise à un big bang sociétal.

Rien n’exclut que nous n’assistions aux premiers actes de ce phénomène.

Le rejet global du système par les Français

Toutes ces petites secousses sismiques surviennent dans un pays usé, dominé par un régime politique auquel ne croient plus guère que les élus qui en tirent bénéfice. Quel Français croit encore à la capacité des élus, des responsables politiques au sens large, à sortir le pays du marasme moral où il se trouve?

Beaucoup de Français se disent que les grèves qui fleurissent peuvent être l’occasion de faire le « boulot » de nettoyage qu’ils aspirent de leurs voeux. Cela ne signifie pas qu’ils partagent le combat de la CGT. En revanche, ils y voient à la fois un signal et une possibilité de changement politique majeur.

Dans tous les cas, l’utilisation de l’Euro 2016 comme levier pour forcer les grévistes à terminer leur mouvement relève d’un choix politique hasardeux, qui peut très bien conduire à une issue inattendue pour le gouvernement: à force d’avoir tiré sur la corde des manipulations et des postures de communication en tous genres, le retour de manivelle pourrait se révéler brutal.

Philippe Martinez bientôt danseuse étoile à l’opéra de Paris?

L’agilité de Philippe Martinez depuis son arrivée à la tête de la CGT, il y a un plus d’un an, révèle un caractère hors du commun. Après avoir « dealé » avec Thierry Lepaon, dont les communistes historiques du syndicat voulaient la peau, il s’est fait le chantre d’un gauchisme digne des années 30, avant de chercher aujourd’hui une sortie de crise. Mais le gauchisme sur les braises duquel il a tant soufflé semble l’avoir désormais dépassé. Ses capacités à multiplier les grands écarts le qualifient en tout cas pour un prochain ballet à l’opéra.

L’arabesque pour succéder à Lepaon

Jusqu’à l’arrivée de Lepaon à la tête de la CGT, Philippe Martinez s’était essentiellement illustré par son passage au comité d’entreprise de Renault où il avait dû gérer l’affaire Vilvoorde. Il était ensuite passé à la fédération de la métallurgie, qui n’est pas la plus puissante de la confédération. Il y faisait un bonhomme de chemin sans histoire, ni s’illustrant pas par un caractère particulier susceptible d’attirer l’attention sur lui.

Lorsque l’affaire Lepaon a éclaté, l’homme s’est tapi dans l’ombre et a attendu son heure. Qu’importe si le secrétaire général était la victime expiatoire d’une vieille garde agacée par ses caprices de diva et ses décisions prises à la légère, comme celle de déstabiliser les pompes à finances du parti! Le bureau mythique de la porte de Montreuil vaut bien une messe.

Martinez aurait alors dealé un soutien transitoire à Thierry Lepaon en l’échange d’une promesse de lui succéder. Pour la plus grande chance de Martinez, la manoeuvre fut éventée, agaça, et l’opération dut se réaliser plus vite que prévu. Et voici ce grand guerrier gaulois mal connu du public à la tête d’une confédération qui ne l’attendait pas vraiment, et dont les plaies suppuraient encore de la guerre ininterrompue entre les chefs depuis plusieurs mois.

Le grand écart vers les gauchistes

Après cette superbe arabesque qui le porte au pouvoir, Martinez entreprend de se tapir à nouveau. Il prend son bâton de pèlerin et fait le tour des syndicats locaux. Il enchaîne les visites de terrain. Les plaies ne se ferment pas. Les douleurs restent malgré quelques piqûres de morphine.

Un peu partout, la CGT recule, comme à la SNCF. Un peu partout, sa voix devient inaudible face à une CFDT omnipotente, omniparlante, et omniconsultée par le gouvernement. Lorsque le gouvernement sort de son chapeau la loi Travail, on entend que Mailly, de FO.

Le malaise est perceptible et, au congrès de la CGT de cette année, en avril, le bilan du secrétaire général est adopté à moins de 60%. C’est une impressionnante contre-performance qui illustre bien la difficulté, au sein de la CGT, de pratiquer la danse classique quand la tradition penche plus vers la boxe ou la lutte gréco-romaine.

Martinez tente alors une opération risquée: il laisse les gauchistes noyauter le congrès et martèle des appels à la grève reconductible. Le grand écart est parfait: l’ancien allié de Lepaon s’appuie désormais sur l’aile la plus contestataire de son syndicat.

Martinez a réveillé les démons de Montreuil

Cette très belle figure chorégraphique à laquelle le port d’une grosse moustache n’enlève rien sonne comme un réveil pour les gauchistes du syndicat. La grève reconductible! le Grand Soir! la Révolution! la dictature du prolétariat! que de noms vibrants, d’évocations à vous tordre les boyaux emplis de pastis sur le Vieux Port, auxquelles personne ne peut résister. C’est l’appel à la Résistance sur Radio Londres. L’un y entend le feu vert pour envahir le MEDEF, l’autre pour retirer le compteur électrique de la villa de Gattaz, un autre encore l’appel à manifester sous les fenêtres de Myriam El-Khomri, sans parler de la pression pour publier dans la presse un éditorial torche-cul du nouveau petit père des peuples.

Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place!

Pour Martinez, cette situation devient compliquée. Un bon secrétaire général de la CGT a besoin de savoir finir une grève (c’est pour cela que la CGT est la CGT: pour canaliser les instincts grévistes du petit peuple). Manifestement, Martinez a bien compris le fonctionnement du bouton « on », mais n’a pas encore acquis la maîtrise du bouton « off ». La manivelle de la Lada devrait lui revenir prochainement dans la figure.

Martinez débordé par la base cheminotte

Pour le gouvernement, la situation est agaçante. Il est en effet très probable que Valls ait lâché un certain nombre de concessions pour finir cette grève. Il doit donc moyennement apprécier, en se branchant sur France Inter le matin, d’apprendre que les assemblées locales continuent la grève, que les poubeliers parisiens s’y mettent, quand le camarade secrétaire général, la veille, a raflé la mise.

Nous touchons ici aux limites du grand écart, et de la danse classique en général, à la CGT. Le gauchiste révolutionnaire a un esprit carré binaire. Il ne comprend rien à l’arabesque, aux petits pas et au grand écart. Avec lui, c’est soit on y va, soit on n’y va pas. Après avoir entendu pendant de longs mois la danseuse étoile lui dire « on y va », il aura beaucoup de mal à comprendre qu’il faut désormais faire le contraire.

Il faut donc maintenant regarder le temps que prendra la remise en ordre, si elle est encore possible.

Conflits sociaux: mon interview pour la télé hollandaise

Je me permets de signaler à tous l’interview que j’ai donnée à la télévision néerlandaise, la semaine dernière, sur les conflits sociaux en France. Les questions ne manquaient pas de piquant, puisqu’elles cherchaient à éclairer les raisons pour lesquelles la France a tant de mal à se réformer.

Voici le lien vers l’interview:

http://nos.nl/uitzending/15847-nieuwsuur.html

Malheureusement, le documentaire ne peut être embeddé (les images commencent à la 35è minute).

On notera au passage l’image désastreuse que les conflits sociaux donnent de la France dans les autres pays européens. La perspective de mouvements symboliques durant l’Euro 2016 devrait encore noircir la perception de notre pays à l’étranger.

Sur le fond, mais j’y reviendrai dans un prochain billet, il me semble important de s’interroger aujourd’hui sur le rapport si spécifique de la France à la réforme et à la révolution. Mes lecteurs le savent: ma conviction est que la France ne s’adapte aux évolutions du contexte économique par à-coups brutaux. Toute la question est de savoir quand le prochain à-coup interviendra.

Mes lecteurs savent aussi ma conviction sur l’utilité profonde d’avoir un à-coup rapidement pour réformer le pays.

SNCF: Vas-y Guillaume, fais ton referendum

Les grèves à la SNCF sont en passe de s’ancrer dans la vie politique et sociale française comme une donnée brute contre laquelle personne ne peut lutter. Contrairement au discours dominant, qui incriminie volontiers les seuls syndicats contestataires dans ce conflit, il paraît difficile aujourd’hui d’exonérer la direction de l’entreprise de ses responsabilités dans le pourrissement du conflit.

La CGT et sa responsabilité

Certes, depuis le départ de Bernard Thibault, la CGT Cheminots traverse une phase difficile. Ses leaders successifs ont peiné à renouveler leur genre et c’est aujourd’hui un syndicalisme en roue libre qui agite le communisme ferroviaire (puisque celui-ci existe encore). Didier Le Reste, qui avait succédé à Thibault (tout en restant officiellement contrôleur dans les trains, son métier d’origine), puis l’actuel secrétaire de la Fédération, Garrel, n’ont pas l’étoffe de leur illustre prédécesseur et s’appuient sur une logique de clientèle pour mener leur combat: ne pas fâcher les militants.

Cette conception est certes toxique et illustre le déclin de l’intérêt général dans le syndicalisme contestataire. C’est un fait: l’esprit de 1947 où la CGT avait renoncé à la grève pour reprendre la production n’existe plus.

Mais cet abandon n’explique pas tout.

La surenchère due à la loi de 2008

Les conflits réguliers à la SNCF (quand ils ne sont pas nationaux, ils sont régionaux) sont aussi l’un des effets secondaires indésirables de la loi de 2008 qui a lié la représentativité aux scores électoraux dans les entreprises. Cet effet couperet pousse chacun à « caricaturer » sa ligne pour optimiser ses résultats au scrutin suivant.

A la SNCF, le sujet est extrêmement délicat, puisque, de façon constante depuis 10 ans, le poids des organisations contestataires ne cesse de diminuer et une luttre fratricide entre syndicats fait gicler le sang sur les murs pour la conquête de la majorité. Lors des dernières élections (19 novembre 2015), l’alliance objective entre la CGT et Solidaires a conservé sa majorité absolue (51,1% des voix) qui lui permet de s’opposer à tout accord dont ils ne seraient pas signataires. Toutefois, un an plus tôt, les mêmes disposaient encore d’une majorité de 52,7%.

L’acuité du conflit s’explique largement par cette tendance. Les syndicats réformistes, qui ne cessent de progresser, font le pari que leur stratégie de négociation avec la direction leur permet d’améliorer leur score. Les contestataires sont convaincus que leur stratégie conflictuelle leur permet d’enrayer un déclin structurel, lié à la modification du paysage sociologique de l’entreprise. Chacun surjoue sa partition pour des raisons de tactique électorale.

Les arcanes cachées de la négociation d’entreprise

Sur le fond, on se demande évidemment pourquoi deux syndicats qui disposent d’un droit d’opposition font une grève alors qu’il leur suffit d’annoncer l’exercice de ce droit le moment venu pour infléchir le cours de la négociation. En l’espèce, l’accord est déposé à la signature et les discussions sont closes. Malgré cela, les fédérations ont décidé de laisser les assemblées locales choisir la poursuite ou non de la grève.

Cette stratégie s’explique par des raisons intrinsèques. L’accord national est en effet globalement très favorable par rapport à l’accord de branche. Il prévoit une durée du travail et des systèmes de repos beaucoup plus favorables que ce qui existera dans la branche. Cette particularité explique la difficulté, pour la CGT comme pour Solidaires, de faire usage de leur droit d’opposition. S’opposer à un accord aussi favorable, c’est aussi s’exposer au mécontentement d’une majorité de salariés qui considéreraient (lors du prochain scrutin d’entreprise) que les contestataires vont trop loin et les privent d’un accord intéressant. Mieux, dans ce cas, contester, critiquer, mais laisser faire.

En revanche, la SNCF a introduit un cheval de Troie dans son projet d’accord: l’article 49, qui permet de déroger négativement, au niveau local, à l’accord d’entreprise pour répondre à des appels d’offres régionaux. Cette disposition est logique: l’accord d’entreprise est beaucoup moins compétitif que la convention de branche. Dans le cadre de l’ouverture du rail régional à la concurrence, la SNCF sera donc « alourdie » par son accord d’entreprise face aux concurrents étrangers. Les syndicats contestataires font aujourd’hui grève contre cette souplesse offerte aux directeurs régionaux.

Une simulation grandeur nature de la loi Travail

Ce dernier point est intéressant, parce qu’il montre sur quels écueils la loi Travail réinventée par les frondeurs buttera. L’imbrication d’accords de branche et d’accords d’entreprise est en effet central pour la compétitivité du travail. Des normes d’entreprise plus « concurrentielles » que des normes de branche accordent un avantage immédiat à l’entreprise qui peut négocier un accord de ce genre. Inversement, en situation de concurrence forte, les entreprises négocient peu « au-dessus » de la branche car elles ne veulent pas se freiner par rapport à leurs concurrents.

L’expérience SNCF montre donc avant l’heure quelles difficultés la loi Travail ouvre, et dans quelle mesure une hiérarchie stricte entre accords de branche et accords d’entreprise a un impact immédiat sur la compétitivité de chacun.

Le nécessaire recours à un referendum

Reste que, du point de vue du simple bon sens, il faut maintenant évoquer la question de la responsabilité patronale dans ce conflit. Evidemment, la direction de la SNCF a instrumentalisé l’Euro 2016 pour pousser la CGT dans ses retranchements. L’Euro 2016 et sa solidarité nationale nécessaire était le prétexte tout trouver pour « casser » le mouvement et neutraliser les contestataires. La ficelle est grosse et peut se comprendre d’un point de vue tactique. Du point de vue de l’intérêt général, la méthode n’est pas propre et laisse à penser que, dans les grandes entreprises nationales, même privatisées, la culture du dialogue social mériterait d’être en pratique de la même façon que dans les entreprises concurrentielles.

Le bon sens serait aujourd’hui de constater le désaccord syndical fort sur les accords d’entreprise et de sortir par le haut de cette opposition en organisant un referendum d’entreprise. La future loi Travail le prévoit et c’est la solution la plus saine à appliquer. Il est vrai que, dans ce cas de figure, la direction couperait l’herbe sous le pied des organisations réformatrices qu’elle cherche à légitimer année après année (UNSA et CFDT en particulier). Mais les grèves qui se succèdent montrent que c’est la collectivité nationale dans son entier qui est prise à partie dans ce dossier. Il n’est donc aberrant que les tactiques d’arrière-boutiques pour jouer un syndicat contre l’autre soient mises entre parenthèses (vu leur faible productivité depuis 10 ans) au profit d’un recours salvateur (et définitif, sur un sujet central) à la voix de tous les salariés de la SNCF.

Milliardaires: où planquer votre argent?

Les milliardaires n’ont pas une vie aussi facile qu’on ne le croit. Le dernier rapport du Boston Consulting Group en donne une nouvelle preuve: beaucoup d’entre eux sont obligés de recourir à l’off-shoring, c’est-à-dire à l’évasion fiscale pour échapper à l’impôt. Celle-ci représente 10.000 milliards de dollars, soit 15% de la richesse mondiale.

En voici la répartition en 2015:

Milliardaires

L’Europe de l’Ouest et l’Asie sont les principales sources géographiques de l’évasion fiscale, rebaptisée pudiquement off-shoring. On notera que le Japon et les Etats-Unis sont les moins producteurs d’évasion fiscale.

La Suisse demeure la principale destination de l’argent des milliardaires (lorsqu’elle n’est pas la destination des milliardaires eux-mêmes). Elle compte néanmoins plusieurs sérieux challengers: Singapour, Panama, la Grande-Bretagne et les îles de la Manche.

En 2015, selon le Boston Consulting Group, le volume total de richesses installées dans les paradis fiscaux a baissé de 3%. Le phénomène, contraire à la tendance globale à l’échelle mondiale, d’une augmentation de la richesse des milliardaires, s’explique par le rapatriement dans les pays développés d’une partie des placements dans leur pays d’origine.

Les banques aiment les milliardaires

Il est en revanche très significatif de voir qu’une part importante du capital est mondialisée et installée dans des paradis spécifiques. Le Boston Consulting Group en déduit trois axes majeurs d’action pour les grandes banques productrices d’offshoring:

  • la réduction des risques de poursuite par les régulateurs
  • la recherche de la taille critique, qui suppose une croissance des activités
  • la spécialisation sur le coeur de métier.

Autrement dit, l’offshoring est très loin d’être un phénomène en déclin, même s’il est affecté par diverses vicissitudes circonstancielles. En réalité, nous assistons à une industrialisation de cette activité et à une professionnalisation grandissante des techniques d’évasion fiscale. N’en déplaise à ceux qui, à la lecture des Panama Papers, ont eu l’illusion que les coups portés à ce système étaient de nature à le mettre en danger. Il ne devrait pas « s’inverser », bien au contraire.

Sa faiblesse en Amérique du Nord montre que l’une des clés pour éviter l’évasion fiscale reste la baisse de la pression fiscale.

Pariez sur la réélection de François Hollande en 2017

Beaucoup donnent Hollande comme complètement grillé pour 2017 et, dans son propre camp, certains ne donnent pas cher de sa peau. Pourtant, ses capacités de résilience font de lui le candidat le plus crédible pour des présidentielles qui risquent de donner lieu au spectacle le plus affligeant vécu en France depuis la Quatrième République.

Le moins pire candidat de gauche pour une réélection

La plus grande chance de François Hollande tient d’abord au désert qu’il laisse derrière lui à gauche.

Hors du Parti Socialiste, il a habilement neutralisé toutes les candidatures, sauf celle de Jean-Luc Mélenchon. Finie, Cécile Duflot, héroïne d’un parti écologiste lessivé. Finie, Christiane Taubira, mise sur la touche après son passage au ministère de la Justice. Reste à savoir quel engagement le parti communiste accordera à Mélenchon, dans la perspective d’une lutte fratricide aux législatives: le PC sait qu’il perdra tous ses élus si le PS aligne des candidats face aux siens.

Bref, sauf à voir Mélenchon le devancer au premier tour, François Hollande devrait arriver en tête de la gauche au premier tour des présidentielles, et rassembler sur son nom les voix de la gauche de la gauche au second tour.

L’hypothèque Mélenchon

Il faudrait un séisme majeur pour que Mélenchon devance Hollande au premier tour 2017. Statistiquement, le phénomène n’est pas impossible, mais il est très peu probable.

Une première raison l’explique: Mélenchon ne pourra s’appuyer sur un parti aussi stable et structuré que François Hollande. La loyauté du Parti Communiste vis-à-vis de lui est loin d’être acquise et sera de toute façon monnayée cher. En bout de course, le jeu des appareils devrait faire la différence.

Une deuxième raison tient au programme de rupture du candidat. Historiquement, la possibilité de dégager une majorité sur ce genre de programme clivant relève de la gageure.

La droite, meilleure chance de Hollande

Une autre opportunité pour François Hollande au premier tour devrait tenir à la faiblesse des Républicains. En l’état, les deux favoris du parti, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, peinent à faire entendre leur discours sur les grands sujets d’actualité. Par exemple, aucun d’entre eux n’a été audible sur les contestations contre la loi Travail.

L’un des deux candidats émergera à l’issue des primaires. Dans l’hypothèse d’une nomination de Sarkozy, la réédition en 2017 du duel de 2012 risque de prouver l’incapacité de la droite à se renouveler. Dans l’hypothèse d’une nomination de Juppé, Hollande ne manquera pas d’arguments pour enfoncer ses clous: droite à bout de souffle, programme trop « libéral », mauvaise expérience de 1995, rigidité, manque d’empathie, etc.

Sur le fond, le programme d’Alain Juppé apparaît déjà comme maladroit et mal ajusté.

Contrairement aux prévisions, rien n’exclut donc que François Hollande ne devance les candidats républicains au premier tour l’an prochain.

L’inconnue Front National

Reste l’inconnue du Front National qui risque de changer la donne jusqu’à la dernière minute. Le positionnement politique de Marine Le Pen est encore incertain, notamment sur la question de l’euro, sur laquelle il est trop tôt pour y voir clair. Les résultats du Brexit devraient éclaircir quelques questions sur la capacité des peuples à faire le choix d’une rupture vis-à-vis de l’Union.

En l’état, en tout cas, le silence relatif du Front National et les fractures autour de la question de l’euro soulignent toute la difficulté pour Marine Le Pen et sa formation de dépasser le plafond de verre majoritaire.

La chance économique de François Hollande

Pour François Hollande, un facteur essentiel pourrait modifier radicalement la donne: le semblant d’éclaircie économique, qui pourrait donner aux Français le sentiment artificiel d’un retour à la croissance dû à la politique économique du Président. Cet effet-là pourrait être redoutable et bien plus fort que toutes les postures politiques.

Loi Travail: le rapport schizophrénique du Sénat

La sénatrice Annick Billon (UDI, Pays de Loire) vient de rendre un rapport utile à la loi Travail, au nom de la délégation aux entreprises. Sa lecture met bien en avant le besoin manifesté par les entreprises de voir la réglementation et les contrôles hostiles profondément remaniés et simplifiés pour leur donner de l’oxygène dans leur activité quotidienne. À quelques jours de la discussion en séance publique de la loi Travail, sa lecture soulève des questions sur la cohérence du pouvoir politique entre les diagnostics établis et les mesures concrètement proposées.

Le cas des TPE-PME face au dialogue social

Pour reprendre l’un des thèmes favoris de ce blog, on examinera ici la cohérence du dispositif gouvernemental avec l’excellent constat dressé dans les TPE par la Sénatrice:

Interrogées sur ces sujets, les entreprises consultées ont jugé comme prioritaires :

– la possibilité de négocier directement des accords avec des représentants du personnel pour les TPE et PME ne disposant pas de délégués syndicaux (14 %) ;

– la possibilité de valider un accord par referendum, dans la même situation (15 %).

Nous sommes tous bien d’accord sur ce constat: il faut que les TPE et les PME ne disposant pas de délégation syndicale puissent négocier des accords d’entreprise, à l’égal des grandes entreprises.

Malheureusement… la loi Travail ne propose absolument rien sur ce sujet. Le seul dispositif permettant de remédier efficacement à cette situation s’appelle le mandatement. Or, la loi Travail ne propose pas de modifier son fonctionnement actuel, prévu par le Code du Travail. Celui-ci le limite aux entreprises de plus de 10 salariés où personne ne se serait dévoué pour se présenter aux élections.

On restera donc sur sa faim. On aimerait tellement que la loi Travail innove en ouvrant le mandatement à toutes les entreprises de moins de 50 salariés… y compris à celles qui ne comportent qu’un salarié. Voilà la seule façon de mettre les TPE sur un pied d’égalité, en termes de droit du travail, avec les grandes entreprises.