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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

USA: on risque de ne pas être détrumpé tout de suite

Les USA vont-ils être le théâtre de la plus grande duperie électorale du siècle? Beaucoup y croient, qui parient déjà que Trump ne mettra pas en pratique le programme qui a permis son élection. Mais les premiers éléments qui nous parviennent des Etats-Unis nous montrent le contraire.

Trump s’obamise face aux travailleurs clandestins

Trump vient de donner une interview tonitruante à l’émission « 60 minutes » de CBS. Il y réaffirme son intention d’expulser les immigrés clandestins qui ont u casier judiciaire, soit deux à trois millions de personnes.

he said his priority was to deport two million to three million immigrants he characterized as dangerous or as having criminal records, a change from his original position that he would deport all of the estimated 11 million undocumented immigrants in the country. President Obama has deported more than two million undocumented immigrants during his time in office.

<il précise que sa priorité est d’expulser deux ou trois millions d’immigrants qu’il qualifie de dangereux ou ayant un passé criminel, un changement par rapport à sa position initiale d’expulser les 11 millions de clandestins présumés du pays. Le président Obama a expulsé plus de deux millions de clandestins durant son mandat>.

Eh oui! expulser deux millions de clandestins, c’est le bilan d’Obama (passé sous silence, bien entendu, par ceux qui voient dans Trump un dangereux fasciste lorsqu’il propose de continuer cette politique).

Les USA et le Watergate

Trump a en revanche eu quelques phrases détonnantes sur ses relations avec le FBI. Depuis l’affaire du Watergate, l’usage veut en effet que le Président ne soit plus informé des affaires sensibles par les « services ». Trump a expliqué qu’il ne se sentait pas forcément lié par cette tradition.

Rien n’exclut donc que Trump ne s’intéresse tout particulièrement aux affaires qui semblent pendre au bout du nez d’Hillary Clinton…

Trump peut s’attendre à une résistance des services

Rappelons que, durant la campagne, Trump avait plaidé pour un retour à des méthodes de renseignement musclées, incluant une légalisation de la torture dans certains cas.

Les « services » américains, ou une partie d’entre eux, devraient donc livrer une bataille perdue d’avance pour empêcher Trump de prendre possession de la machine étatique. Reste à savoir quelle complication cette bataille d’arrière-garde pourrait causer à la stratégie présidentielle.

Un conseiller de choc

Du même coup, Trump a décidé de construire une équipe de choc, qui devrait l’aider à installer sa politique. Il disposera donc d’un conseiller spécial appelé Stephen Bannon, propriétaire du Breitbart, accusé de complotisme et d’extrémisme. Bannon est le principal accusé de « populisme » dans l’entourage de Trump.

Il aura désormais un poids massif dans la politique américaine.

Pour l’instant, donc, pas de détrumpage aux USA.

Trump sortirait rapidement de l’Accord de Paris sur le climat

Trump mettra-t-il ses promesses électorales à exécution? Certains (généralement ceux qui considéraient la victoire de Trump comme inimaginable) le pronostiquent déjà. Mais… de premiers signes semblent leur donner tort.

Premières rumeurs sur l’Accord de Paris

Selon une dépêche Reuters, Trump chercherait dès aujourd’hui la meilleure façon de sortir de l’Accord de Paris.

Donald Trump is seeking quick ways of withdrawing from a global agreement to limit climate change, a source on his transition team said, defying widening international backing for the plan to cut greenhouse gas emissions.

<Donald Trump cherche en ce moment des solutions rapides pour se retirer de l’accord global qui vise à limiter le changement climatique, selon une source de son équipe de transition, lançant un défi au large soutien international à ce plan destiné à réduire les émissions de gaz à effets de serre>.

Cette information laisse donc à penser que Trump pourrait réellement passer à l’acte sur un certain nombre de sujets internationaux.

La faille juridique qui permet à Trump d’arriver à ses fins

Officiellement, l’article 28 de l’Accord de Paris prévoit un délai minimal de 4 ans pour qu’un pays signataire puisse quitter l’Accord de Paris. Mais, la rédaction dudit article a lié l’application de l’accord de Paris à la Convention des Nations Unies sur le sujet, signée en 1994.

Un pays qui quitte la convention de 1994 doit donc observer un simple délai d’un an pour quitter l’Accord de Paris.

Voilà une belle astuce qui pourrait permettre à Trump de quitter les traités internationaux sur l’environnement qu’il a dénoncés durant sa campagne électorale. Contrairement aux illusions que l’aristocratie parisienne nourrit encore en France (cette espèce de moment d’oxygène supplémentaire arraché au bourreau), Donald Trump pourrait donc passer à l’acte.

Parfois, le pire peut être sûr.

Macron refait la façade mais ne touche pas aux murs

Percuté par l’élection de Trump, le message passé cette semaine dans les colonnes de l’Obs méritait qu’on y revienne quelques instants. L’intéressé a d’ailleurs obtenu qu’un article gratuit fasse la synthèse de son interview (diffusée en payant), ce qui, en soi, témoigne d’une certaine lucidité sur le poids de la presse à abonnement et sur l’indispensable adresse gratuite aux internautes. Bref…

Macron et le Nouvel Obs

On a entendu, il y a quelques jours, Claude Perdriel dire à la radio tout le bien qu’il pensait de Macron. Daniel Schenidermann a assez justement fait observer que l’Obs encore entre les mains de Perdriel a conservé, depuis 2012, trois couvertures à Macron en le présentant chaque fois de façon très favorable. Les repreneurs de l’Obs (le fameux trio Niel, Bergé, Pigasse) partagent visiblement la même idée de Macron.

Incontestablement, Macron est l’homme sur qui la gauche caviar parie, et elle ne manque pas de le faire savoir. L’élection de Trump vient de montrer que ce genre de soutien pouvait parfois se retourner contre celui qui en bénéficie.

Un programme ou une ébauche de programme

Ce que l’Obs présente comme huit propositions-choc met un peu mal à l’aise. Certes, il s’agit de propositions, et elles sont bien huit. Mais enfin, remarque n°1: elles ne constituent quand même pas le choc du siècle. Et surtout, remarque n°2: elles restent quand même lacunaires et très incomplètes au regard de ce qu’un citoyen peut attendre d’un candidat à une élection présidentielle. Les mauvaises langues remarqueront d’ailleurs qu’elles ne font l’objet d’aucun chiffrage, ce qui gêne un peu aux entournures lorsqu’il s’agit de retraite ou d’école.

La question de la carte scolaire

Tiens! prenons la question scolaire. Macron propose deux mesures sur ce sujet, et on en reste un peu pantois.

Première mesure: réformer la carte scolaire.

Emmanuel Macron défend une vraie réforme de la carte scolaire. « On doit absolument la faire évoluer », affirme-t-il (…)

L’intention, tout le monde la partage et peut la comprendre. Mais ce sujet revient sur le tapis depuis 10 ans, et les multiples réformes qui interviennent régulièrement n’ont jusqu’ici rien changé à la réalité. Cet immobilisme, pour aller vite, s’explique par une raison simple: les réformes ont toujours été trop timides et la notion même de carte scolaire pose problème.

Alors quelle réforme de la carte scolaire Macron propose-t-il? Mystère et boule de gomme. On en saura pas plus, et c’est bien ce qui crée le malaise dans cette interview: on peine à transformer les « propositions choc » en programme effectif. Macron donne le sentiment de repeindre la façade pour mieux garder les murs intacts.

Le candidat nous annonce-t-il déjà un grand immobilisme social sous le vernis du changement?

La question de l’autonomie des établissements primaires

Parallèlement, toujours dans le domaine éducatif, Macron propose une autonomie pédagogique dans les établissements primaires.

« une vraie autonomie pédagogique pour les établissements »

Cette tarte à la crème donne là encore l’illusion du changement… pour mieux garder les meubles. Sans entrer dans la complication de la réforme éducative, on rappellera ici que Luc Ferry avait, en son temps, imaginé de réformer le système scolaire en commençant (logiquement en apparence, mais en apparence seulement), par le premier degré. Il se réservait le temps de réformer par la suite le collège, le lycée, puis l’université.

L’expérience (jamais clairement tirée de cet échec) montre pourtant que la pédagogie du premier degré est façonnée par les degrés supérieurs. On prépare les élèves à quelque chose. Tant qu’on ne réforme pas ce quelque chose, on ne change rien à l’école.

Une proposition novatrice sur l’école consisterait donc à réformer l’université et le lycée pour entraîner le reste de la machine. On sait d’ores et déjà, donc, que le projet de Macron échouera. D’autant que le sujet de fond n’est pas celui de l’autonomie pédagogique, mais bien celui de l’autonomie administrative des établissements, sujet abondamment traité par la Cour des Comptes, avec beaucoup de clairvoyance, depuis trois ans.

Bref, on peine à lire dans le programme de Macron, en l’état, le séisme que ses amis de l’Obs y voient.

Les retraites, un sujet non évalué par Macron

On dira pire encore du discours de Macron sur les retraites. L’intéressé propose en effet une formule Canada Dry qui laisse vraiment sur sa faim:

Partir à la retraite « à 60 ans, à 65 ans ou à 67 ans », en fonction des individus, des métiers exercés, des situations personnelles, pour Emmanuel Macron, tout doit être possible :

« Il faut pouvoir moduler selon les individus et les situations. Si on se contente d’appliquer des critères de pénibilité de manière arbitraire, on ne fera que recréer des régimes spéciaux. »

Tout doit être possible? soit partir à 60, 65 ou 67 ans? Là, pour le coup, on est très loin de ce qui est possible. Dans un système de retraite par points, on peut partir avant 60 ans et ou après, à une date de son choix. Mais, dans le flou de la proposition macronienne, on ne touche pas à la technique actuelle de constitution des droits. On en reste, semble-t-il, à un système à prestation définie.

Alors, comment finance-t-il cette réformette-choc, Macron? Probablement en pratiquant des décotes pour les salariés qui choisissent de partir plus tôt. Mais il faudra l’expliquer clairement à tout le monde, au risque de créer une forte déception. Et, pour le coup, le système existe déjà. Il n’a rien de révolutionnaire.

Un sentiment d’impréparation

Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire? Attendre plusieurs mois pour accoucher de solutions déjà cramées et qui sont en réalité d’être loin d’être des réformes audacieuses pour finalement lancer des idées dont on peine à voir les modes de financement ou de réalisation: c’est prendre le risque de décevoir le jour en tendant à ses adversaires des bâtons pour se faire battre.

Et c’est bien dommage pour Macron, puisqu’on sent bien qu’il existe une frange de l’opinion qui attend avec impatience de libéralisme de gauche sur lequel le candidat joue sur du velours pour avancer.

Macron trop soutenu par la gauche caviar?

Une chose est sûre en tout cas: on sait à quoi sert aujourd’hui le rachat des grands titres nationaux par les tycoons du capitalisme français. Tous ces organes de presse sont autant de porte-avions qui servent, le jour J, à lancer des armadas de soutien à un candidat aux présidentielles, qu’on fabrique de toutes pièces de préférence pour qu’il doive tout s’il est élu, qu’il ait une dette colossale à rembourser tout le temps de son mandat. Macron est l’homme choisi par la gauche caviar pour occuper ce costume de l’obligé qu’on a aidé à devenir président de la République, et qui, en contrepartie, ne doit pas toucher aux subventions aux medias ni aux réglementations qui favorisent les petits copains.

En attendant que Macron dévoile ses propositions économiques, on restera donc sur sa faim. Avec beaucoup d’étonnement, car on découvre que la République peut propulser à des postes aussi brillants, et aussi vite, des gens qui, finalement, n’ont pas beaucoup d’idées sur ce qu’il faut faire pour relever le pays. Et qui pensent qu’une réfection de façade suffit à sauver un édifice.

Macron veut fluidifier le marché du travail – le cas de la démission

Article écrit pour Atlantico.

Emmanuel Macron, dans son interview au Nouvel Observateur (dont l’effet a souffert de l’élection de Trump aux Etats-Unis), dévoile une partie de son programme. Entre autres propositions techniques qui pourraient faire réagir, on notera cette idée d’autoriser le versement d’allocations chômage aux salariés qui démissionnent. L’idée correspond bien au personnage: débloquer de façon pragmatique des situations qui n’ont plus beaucoup de sens.

La démission et ses tabous historiques

Aujourd’hui, les salariés qui démissionnent n’ont pas droit à l’allocation chômage. Cette dernière est en effet versée aux salariés involontairement privés d’emplois. Or les salariés qui démissionnent n’entrent pas, à bon droit, dans cette catégorie. La démission est donc privatise d’allocation chômage.

En proposant de revenir sur ce mécanisme, beaucoup accuseront Macron de faire entrer un gros ver gourmand dans un fruit déjà pourri par les déficits. Le régime chômage (que Macron propose par ailleurs de nationaliser) cumule en effet une dette supérieure à une année de prestations, et il n’existe pas d’unanimité (parmi les partenaires sociaux) pour enrayer le phénomène. En proposant d’accroître les situations où les indemnités peuvent être versées, Macron élargit donc le déficit au lieu de le réduire.

Une dégradation de la valeur travail?

Contre cette mesure, on entend déjà les critiques existentielles. Comment peut-on indemniser un salarié pour une situation qu’il a choisie. L’indemnisation est en effet, en droit « vulgaire », la réparation d’un dommage subi. En démissionnant, le salarié ne subit rien. Au contraire, il agit.

La proposition de Macron apparaît donc bien comme un encouragement discret à quitter son emploi pour des raisons totalement intéressées. Les employeurs ont tous en tête l’exemple de ces salariés qui ont suffisamment d’ancienneté pour être indemnisés et qui cherchent la petite bête pour être licenciés: l’indemnisation qu’ils espèrent après leur licenciement est un élément de motivation… pour rompre le contrat de travail.

Cette attitude sera évidemment nourrie par la proposition du candidat Macron.

Des effets pervers non désirés

Mais il est vrai qu’en privant les démissionnaires de toute indemnité, la réglementation en vigueur produit de véritables effets pervers.

C’est le cas pour tous ceux qui s’ennuient au travail, ou qui ne s’y sentent pas bien, ou qui sont en conflit avec leur environnement. Leur appétence pour l’entreprise qui les emploie baisse au point que quitter son emploi devienne une obsession, un souhait profond.

On sait, en l’état du droit, comment se solde cette situation dans la plupart des cas: le salarié cherche des prétextes pour partir, essaie de pousser l’employeur à la faute, et la situation dégénère. Parfois les deux parties s’entendent sur une rupture conventionnelle, qui permet au salarié de partir en gardant le bénéfice de l’allocation chômage. L’absence d’allocation chômage pour les démissionnaires peut donc pousser à des comportements contentieux qui  déstabilisent la vie de l’entreprise.

Le pragmatisme Macron

En ce sens, la proposition de Macron peut éviter des moments désagréables au chef d’entreprise, et désengorger les prud’hommes. Rappelons que plus de la moitié des ruptures de contrats de travail s’explique par des démissions. C’est dire l’ampleur financière de la proposition de Macron (mal valorisée aujourd’hui) et l’impact qu’elle peut avoir sur la vie en entreprise.

Dans la pratique, on saluera son pragmatisme. Certes, intellectuellement, elle est choquante au premier abord, dans la mesure où elle « renverse » les valeurs. Mais elle aborde un sujet de préoccupation important pour les Français et elle pourrait modifier la face des relations de travail en entreprise. Au lieu de chercher la faute pour partir dans des conditions financières acceptables, le salarié malheureux pourra partir dans des conditions claires et des délais rapides.

On assiste ici au combat du pragmatisme contre la morale, et il est probable que Macron doive tôt ou tard clarifier sa position sur ce sujet.

De l’assurance contre le risque à la sécurité sociale professionnelle

En fait, Emmanuel Macron propose, sans le dire clairement, que le régime d’indemnisation du chômage perde son caractère assurantiel de protection contre le risque chômage, au profit d’une logique sensiblement différente qui tient en un mot simple: fluidifier les ruptures de contrat.

La proposition ne manque pas d’intérêt. Elle illustre une démarche pragmatique d’un « insider ».

Reste à savoir combien elle coûte pour un régime déjà exténué financièrement. Sur ce point, Macron ne dit rien, mais l’idée qu’il promeut de sécurité sociale professionnelle mise en place de façon somme toute volontaire, mais discrète, avec des droits attachés au contrat et non à la personne, a un inconvénient: elle n’est pas chiffrée budgétairement.

Trump fera-t-il la guerre au gouvernement profond?

Article écrit pour économie matin.

Trump vient d’être élu président des Etats-Unis malgré une extraordinaire campagne de dénigrement orchestrée par le gouvernement profond et ses thuriféraires habituels que sont les grands médias subventionnés. Cette campagne a probablement marqué un tournant dans l’histoire contemporaine, puisqu’elle ne fut pas seulement menée aux Etats-Unis, mais dans l’ensemble des démocraties libérales. La presse subventionnée en France s’en est largement fait l’écho et n’a pas ménagé sa peine pour mériter son salarie à force d’injures, d’ordures dont elle a pu couvrir l’impétrant.

Reste maintenant à savoir quelle stratégie va mener Trump pour délivrer sa promesse: va-t-il entrer en conflit frontal avec le complexe militaro-industriel américain, qui constitue le noyau dur du gouvernement profond Outre-Atlantique, ou va-t-il chercher un modus vivendi pour ne pas être barré dans sa présidence?

La question n’est pas anodine, dans la mesure où elle constitue un intéressant laboratoire pour l’Europe, et singulièrement pour la France.

Les deux ruptures entre Trump et le gouvernement profond

Si le gouvernement profond s’est mobilisé autant qu’il a pu pour conjurer la candidature Trump, l’explication tient à deux points de programme qui constituent autant d’impossibilité majeures aux Etats-Unis.

D’abord, Trump a pris son parti dans la crise du multilatéralisme mondialisant que nous traversons. Il a annoncé son intention de rompre avec la doctrine du libre-échange et avec les accords globaux qui le structurent aujourd’hui. Du même coup, il remet en cause les rentes constituées par les grands groupes transnationaux. On se souvient que la stigmatisation dont le mot « nation » souffre aujourd’hui s’explique largement par cette visée transnationale.

Ensuite, Trump fait les yeux doux à la Russie de Poutine, ce qui constitue une ligne rouge pour le complexe militaro-industriel, jamais avare d’une intervention armée dans le monde pour maintenir son chiffre d’affaires.

Sur ces deux points, Trump a déclaré la guerre aux forces qui aiguillonnent la politique américaine depuis plus de 70 ans.

Face à la victoire…

Voici Trump au pouvoir, ou, en tout cas, près d’y accéder, et personne ne sait combien de temps pourra tenir sa stratégie de rupture. La situation en est d’autant plus passionnante qu’elle concerne l’ensemble des pays qui sont entrés, malgré la volonté populaire, dans des dispositifs multilatéraux qui les étreignent. On s’amusera d’ailleurs à voir que les principaux adversaires de Trump en Europe partagent pourtant beaucoup de ses vues sur le commerce international. Mais, on est bien d’accord, se prétendre vertueux n’empêche pas d’être manipulé…

Pour Donald Trump, la situation est très simple: soit il « fore droit » et entre en conflit direct avec les lobbies qui ont cherché à lui faire barrage. Soit il renonce à cette ascension de l’Everest par la face Nord et il se ménage des possibilités de compromis pour stabiliser la situation.

Le scénario du conflit

À quoi s’expose Trump en cas de conflit ouvert avec le gouvernement profond? La tentative de sauvetage d’Hillary Clinton par le FBI dans la dernière ligne droite de la campagne électorale a donné une bonne illustration des manoeuvres qui se jouent en coulisses quand on veut abattre un gêneur ou sauver un allié. On fouille dans les dossiers, les archives, les vies privées, et on exhume le document qui va bien pour déstabiliser l’adversaire.

Trump le sait et a d’ailleurs remercié les services secrets dans son premier discours. Ce sont les seuls services qu’il ait nommé clairement, avec les 200 généraux qui l’auraient soutenu durant la campagne. Ces petites pensées de début de mandat ne sont évidemment pas anodines: Trump sait qu’un président américain n’est rien sans l’appareil de sûreté nationale qui tient le pouvoir. Le dossier Kennedy est là pour le rappeler.

Si Trump entrait en conflit ouvert avec le gouvernement profond, il s’exposerait donc à des mesures de rétorsion qui auraient un fort impact sur l’économie mondiale et sur la situation politique américaine. Il serait intéressant de voir s’il pourrait en sortir vainqueur.

Le scénario du compromis

Assez raisonnablement, Trump devrait donc choisir un moyen terme, car le rapport de force existant ne lui en laisse probablement pas le choix. Il devrait souhaiter mener des réformes intérieures en priorité pour accroître sa légitimité, et prendre du temps pour modifier les grands éléments de la politique américaine, à savoir le multilatéralisme et la stratégie frontale avec la Russie.

Dans ce scénario, Trump se présentera en « meilleur gardien du camp », occupé à la viabiliser et à la remettre sur le rails après des années de désinvestissement public. Absorbé par son « New Deal », il attendra son heure (ou pas) sur la scène internationale, conscient que des (dés)équilibres patiemment construits depuis la chute du mur de Berlin ne peuvent être bouleversés du jour au lendemain.

Trump va-t-il décevoir rapidement?

Dans cette hypothèse, rien n’exclut qu’il y ait rapidement, au moins dans l’opinion mondiale, une déception Trump. Tous ceux qui souhaitent une remise en cause de l’ordre mondial tel qu’il existe, pour des motifs souvent très différents, risquent de rester sur leur fin. Paradoxalement, c’est peut-être le danger le moins grand que Trump court sur la scène intérieure, mais le danger le plus grand que nous courons sur la scène internationale.

On sent bien que les habits du monde, taillés en 1945 et retaillés dans les années 90 pour tenir compte de l’implosion soviétique, ne sont plus adaptés aux réalités contemporaines. La Syrie, l’Afrique, sont autant de volcans qui témoignent de l’activité sismique qui agite le monde. Dans la pratique, la rente pétrolière accordée à quelques monarchies islamistes est devenue un cancer qui supposera tôt ou tard une chimiothérapie brutale. Et nous avons tous bien compris que Poutine se voit volontiers en radiologue en chef.

La politique étrangère annoncée par Trump constitue probablement la dernière porte de sortie pacifique avant que Poutine ne se décide à agir. Un renoncement de Trump pourrait nous coûter très cher.

La mort programmée de l’Europe

Pour l’Europe, en effet, la situation est critique.

Soit Trump met à exécution sa stratégie de retour au bilatéralisme et à l’alliance avec la Russie par-dessus l’épaule de l’OTAN, et c’est la mort de l’Europe. Trump demandera alors à ses alliés locaux de payer pour la couverture militaire qu’il leur accorde. L’Allemagne en sera la première victime et sera la grande perdante du nouveau jeu des puissances. On prend d’ores et déjà les paris sur le réveil du nationalisme allemand (déjà bien entamé). Merkel pourra nous reprocher éternellement de n’avoir pas signé le TAFTA avant le départ d’Obama et pourra rejeter sur nous le poids de la révolution nationaliste allemande qui se prépare.

Soit Trump renonce à ses promesses pour ne pas déclarer la guerre à son gouvernement profond, et il accepte de nous livrer tout crus aux conflits continentaux qui se préparent. Poutine ne restera pas éternellement dans les postures face aux déséquilibres de moins en moins tenables qui frappent sa sphère d’influence.

Dans les deux cas, le multilatéralisme européen deviendra un boulet trop lourd à traîner.

Un laboratoire pour la France

Mais, en attendant que ces plans sur la comète ne se mettent en place, les Français ont évidemment tous la même question en tête.

Les médias subventionnés, dans leur servilité à courte vue, ont identifié Trump et Marine Le Pen. Les deux candidats ont subi et subissent encore les mêmes accusations de populisme, de démagogie, d’incompétence, d’extrémisme, de racisme, de sexisme, et autres calembredaines dont l’opinion publique n’est plus dupe. La même logique de bannissement a agi.

Mais alors… si Trump peut gagner aux Etats-Unis en ne reniant rien de ses aspérités, pourquoi Marine Le Pen ne gagnerait-elle pas en France?

Forcément, le parallèle est fait, et la capacité de Trump à prendre le contrôle effectif de la machinerie gouvernementale aux Etats-Unis tiendra lieu de campagne électorale pour Marine Le Pen. En réalité, ce qui se joue en France en 2017 commence aux Etats-Unis aujourd’hui. Pour le Front National, la réussite de Trump sera cruciale. Que Trump donne le sentiment de réussir d’ici mai 2017, et Marine Le Pen n’aura pas besoin de faire campagne pour remporter le scrutin. Qu’il se plante, et Marine Le Pen n’a plus aucune chance.

À quoi, parfois, tient le destin des peuples…

Une chose est sûre: la démocratie représentative entre dans une profonde mutation.

Qui disait: « Trump ne sera jamais élu! »?

Tiens! En désaveu à toutes les affirmations infligées aux Français pendant un an sur le mode du « Trump le vulgaire! », « Trump le bouffon! », « Trump le facho… », Trump crée une divine surprise aux Etats-Unis. L’occasion était trop belle pour ne pas faire une petite rétrospective des chiens de garde français qui ont fait croire, de ce côté-ci de l’Atlantique, qu’un séisme électoral n’était pas possible, et n’était surtout pas souhaitable.

Les experts! l’exemple de Nicole Bacharan

Chercheuse associée à la Fondation nationale des sciences politiques (Sciences Po), Nicole Bacharan a notamment tenu ces propos au mois de mai:

À l’heure actuelle, au début de la campagne, il ne peut pas être élu président des États-Unis. Son pari est de ramener aux urnes les électeurs blancs en colère contre le système politique et les élites et qui ne votent pas. Il est possible qu’il y parvienne et gagne des voix dans cet électorat. Mais il s’agit d’une minorité, qui ne permet pas de compenser le rejet qu’il suscite à la fois chez les femmes, les hispaniques, les noirs, les Asiatiques, les diplômés. Il a fait le plein de ses vrais électeurs et aura du mal à recueillir 51 % des suffrages.

Les experts! l’exemple de Pierre Guerlain

Professeur à l’université de Nanterre, Pierre Guerlain a couvert, au mois d’août, Trump d’injures et de vomi. Il a notamment écrit:

Chaque jour, il s’aliène des groupes ou des individus qu’il devrait conquérir ou fidéliser, comme les anciens combattants ou les militaires. Les sondages montrent qu’il dévisse et, à moins d’une surprise d’octobre qui pourrait venir de révélations compromettantes pour Clinton, il a déjà perdu l’élection. Il souffre d’un syndrome d’échec.

Un grand visionnaire, ce Guerlain!

La finance… L’exemple de la Bourse de New-York

Fin septembre 2016, l’ancien vice-président de la Bourse de New York l’assurait: Trump ne pouvait pas être élu!

Georges Ugeux, actuel président de la banque d’affaires Galileo Global Advisors à New York, estime mercredi dans le Journal du matin de la RTS que l’élection est déjà jouée, même si on cherche à dire le contraire. Et de citer le vote des Noirs, des latinos et des femmes pour Hillary Clinton, alors que c’est surtout le « vieil homme blanc » qui va voter pour Donald Trump.

En outre, à ses yeux, si l’on regarde la situation Etat par Etat, Hillary Clinton a déjà dépassé la majorité de grands électeurs et ne peut plus perdre. « Mais personne ne le dit et comme il y a beaucoup d’argent à gagner en maintenant la tension pour les prochains mois, le show va continuer », ajoute-t-il.

Un banquier euro-américain qui s’exprime en Suisse pour exprimer que les jeux sont faits. Une fois de plus, les financiers nous prouvent qu’ils ne comprennent rien à la démocratie.

La gauche bien-pensante! l’exemple des Inrocks

Penser vrai, on le sait, n’est pas l’enjeu de la gauche bien-pensante. Elle préfère le penser comme il faut. Les Inrocks, concernant Trump, ont servi une soupe au diapason de l’incrédulité et du mépris, qui annonçait aussi sa défaite.

Et si Donald Trump n’était qu’une farce depuis le début de sa campagne, et ne désirait pas vraiment devenir Président des Etats-Unis ? Ce scénario, digne d’une comédie hollywoodienne, n’est peut-être pas aussi improbable qu’il en a l’air.

La gauche bien-pensante! l’exemple de Libération

On lira cette perle, dans Libération, qui date… du 17 octobre 2016, c’est-à-dire il y a 3 semaines, sous la plume de Guillaume Gendron:

Isolé, distancé et acculé, Donald Trump semble avoir fait une croix sur la présidence des Etats-Unis. En chute libre dans l’opinion depuis que les accusations de harcèlement et d’agression sexuelle se multiplient à son encontre, il a quasiment officialisé sa défaite tout au long du week-end en hurlant, trois semaines avant le scrutin, à «l’élection truquée».

Une analyse brillante! on comprend pourquoi le ministère de la Culture file autant de millions à ce journal que plus personne ne lit, mais qui continue à infliger des leçons d’indépendance d’esprit à la planète entière.

La gauche bien-pensante! l’exemple du Monde

Si le Monde a évité de prendre trop de risques dans ses pronostics, on relira avec surprise cet éditorial (non signé) qu’il a produit le 10 octobre 2016, dont voici les meilleurs extraits:

Voilà un homme qui a érigé son ignorance crasse de tous les dossiers en preuve de sa non-appartenance aux « élites », situation qui lui conférerait une supériorité naturelle sur ses concurrents ! Voilà un homme qui ment tellement qu’il a en quelque sorte neutralisé la notion même de mensonge : dans l’univers de Donald Trump, les faits eux-mêmes sont « élitistes » et ne doivent pas venir entraver la vision du monde que veut nous imposer ce roi de la télé-réalité. (…)

Il s’agit de capter l’attention en repoussant toujours plus loin les limites de la vulgarité. Au nom du « parler vrai » et de la lutte contre le « politiquement correct », on fait reculer le seuil de l’inacceptable. (…)

Trump normalise l’obscénité et banalise la violence verbale en politique. C’est toujours « pour rire », bien sûr, et toujours au nom de la lutte contre la pensée unique. (…)

Les Etats-Unis sont l’une des plus vieilles et la plus grande des démocraties du monde. Ce qui s’y passe préfigure souvent ce qui va arriver ailleurs. Trump en campagne a dégradé la démocratie américaine. A la Maison Blanche, il ferait plus encore, il la menacerait.

La démocratie selon Le Monde, l’objet des gens bien élevés menacés par les gens vulgaires. Bien sûr!

Paris: Stalingrad attend son nouveau camp de réfugiés

La place Stalingrad, à Paris, a pris d’étranges airs de siège comme en creux ou en ombre chinoise. Après le démantèlement de la jungle à Calais, elle est un rendez-vous contrarié pour tous les migrants qui errent dans les rues comme privés de boussole. Désormais barricadée par la police qui empêche l’accès aux terres-pleins sous le métro aérien, elle ressemble à un immense chantier vide et à l’abandon.

Source: Eric Verhaeghe
Source: Eric Verhaeghe

Partout, ces barrières mobiles entravent la circulation et la police surveille le respect des consignes. Une seule obsession règne: empêcher coûte-que-coûte la reconstitution d’un camp qui donnerait l’image cataclysmique d’une jungle en plein coeur de la Ville. C’est à cet endroit que l’on comprend enfin pourquoi la jungle de Calais a survécu si longtemps: elle était le meilleur rempart contre une occupation de la capitale.

En quelque sorte, on a sacrifié Calais pour sauver Paris.

En dehors du périmètre d’exclusion, la police se mobilise pour trier les migrants et leur offrir une solution alternative. Un commissaire veille au grain. Plusieurs fourgons sont prêts à intervenir.

Source: Eric Verhaeghe
Source: Eric Verhaeghe

De façon assez curieuse, la police est mobilisée de façon ordonnée, respectueuse, soucieuse d’éviter les incidents. Les migrants s’adressent donc sans crainte aux policiers pour obtenir des consignes et savoir où aller. Un service est mis en place pour organiser les circuits de déplacement. L’opération humanitaire fonctionne.

Stalingrad parcourue par des ombres

Malgré ce bel ordonnancement, partout dans le quartier, dans les rues avoisinantes, sur les trottoirs, on croise des mines hagardes, des personnages comme venus d’ailleurs, comme si Paris soudain était devenue irréelle, ou étrangère à elle-même. Et partout ces silhouettes qui parlent des langues inconnues de nous se croisent et s’entre-croisent à la recherche d’une issue, d’un événement inconnu de nous qui décidera de leur destin.

Source: Eric Verhaeghe
Source: Eric Verhaeghe

Et soudain, l’un d’eux vient vous parler, comme si la misère humaine qui se concentre là, échouée d’on ne sait où, avait besoin de mettre des mots sur sa souffrance. « Je viens d’Afghanistan, je suis réfugié, j’aime la France. Oui, il y aura un camp ici demain. »

Et bientôt l’on comprend que la démantèlement de la jungle n’a évidemment rien résolu. Elle est juste une étape, un faux-semblant, un nettoyage d’hiver avant les élections. Dans quelques mois, ces ombres si proches de la désincarnation, ces fantômes de l’histoire contemporaine, seront encore quelque part dans nos rues, dans nos campagnes. Dans le froid ou dans la chaleur de l’été, ils continueront leur chemin d’errance comme si aucun bout n’avait été inventé à leur tunnel.

Jérôme, patron: « Oui, le burn out du patron existe »

Le burn out du patron, harassé par la complexité réglementaire et la pression fiscale, la rigidité du droit du travail et le stress du chiffre d’affaires, ça existe. En voici un témoignage franc et direct, donné par Jérôme, le patron du restaurant « Camarade Boris », quai de la Loire à Paris.

J’aime bien cette adresse où l’on mange de façon conviviale et assez goûtue pour une addition légère. Le cadre y est sympathique et l’atmosphère décontractée. C’est l’une de ces adresses mi-quartier mi-branchées où l’on est sûr de ne pas être déçu. La viande y est de qualité, et la carte des vins à prix très abordables réserve toujours de bonnes surprises. Ce n’est pas tous les jours que, pour 17,50€ à Paris, on peut faire entrée, plat et dessert en sortant content de ce qu’on a mangé et en se disant: Tiens! c’était bon…

Mais… il est vrai que j’avais harponné Jérôme avant l’été parce qu’il m’avait refusé à 22h30, en prétextant que la cuisine était fermée. J’avais même sorti, à l’époque, un papier sur la dérive petite-bourgeoise à Paris, ville où l’on se couche de plus en plus tôt et où l’atmosphère est de moins en moins festive.

Je suis retourné aujourd’hui au Camarade Boris et je me suis expliqué de cet incident avec Jérôme. Voici ce qu’il m’en a dit:

Trump, ou la preuve que les élites françaises ne comprennent rien aux dynamiques mondiales

Trump sera-t-il élu? Personne ne le sait, mais pendant des mois la nomenklatura française n’a pas raté une occasion de dire tout le mal qu’elle en pensait, et tout le rejet que le bonhomme lui inspirait. Beaucoup juraient même que son élection était impossible (comme le Brexit, d’ailleurs…). Et une fois de plus, les petits marquis des beaux quartiers ont asséné des conneries avec l’air arrogant de tous ceux qui professent la démocratie pour mieux l’exécrer et la refuser.

Ce que BHL disait de Trump

Fidèle à mon habitude, je pioche dans la littérature de ces dernières semaines, et je trouve cet article de BHL sur Trump, datant d’août 2016, qui commence par cette phrase hallucinante:

Le problème, si Donald Trump venait à être élu, ce serait, bien entendu, son insondable vulgarité (l’Amérique a vu bien des choses, mais pas encore un président évoquant la taille de son pénis lors d’un débat télévisé).

Ah! elle est belle, la République et son esprit démocratique. Elle permet de donner des leçons au monde entier sur tout et rien, en expliquant, en exorde de son discours, que seuls peuvent être élus des gens distingués (entendez: appartenant à la nomenklatura des petits marquis). Les gens vulgaires devraient être inéligibles.

Quelques autres BHLeries

J’extrais quelques perles de cet article serpillère pour illustrer comment la suffisance de BHL et cette certitude d’être un intellectuel qui sait tout mieux que tout le monde est emblématique du boulet que la France dans la compétition mondiale: celui d’une élite hautaine qui ne comprend rien aux nouvelle dynamiques mondiales.

le pire du pire, le problème le plus sérieux et le handicap le plus préoccupant pour un homme qui aspire à devenir le chef de la première puissance mondiale, c’est encore le catalogue d’idées simples, voire simplistes, qui semblent lui tenir lieu de vision géopolitique.

Trump ne partage pas la vision géopolitique russophobe et europhile (au sens d’amour déraisonné pour le bidule communautaire) de BHL et des élites françaises, il n’admire pas le libre-échange multilatéral, donc il est simple, et même simpliste.

Les dénis de BHL

On lira en conclusion de l’article de BHL cette phrase impressionnante:

Et il n’est visiblement plus exclu que le parti d’Eisenhower et de Reagan se soit laissé abuser par un démagogue véreux dont le style, la vie et le credo vaudraient trahison, non seulement des idéaux, mais des intérêts du pays.

Encore une considération divertissante. On se référera au livre de Davet et Lhomme pour appliquer la même phrase à François Hollande. Mais ce dernier est russophobe et europhile, il est courbé devant la nomenklatura française, donc il est exclu de reconnaître les innombrables trahisons de nos intérêts auxquelles il s’est livré.

Les élites parisiennes assument de mieux en mieux leur cynisme

Que nous dit BHL lorsqu’il parle de Trump? Que la démocratie file un mauvais coton parce qu’elle n’obéit plus à ses élites. BHL porte haut et fort les réflexes de caste qui expliquent pourquoi, depuis plusieurs mois, les médias subventionnés accablent les Français d’une vision systématiquement partiale et stigmatisante de Trump. Trump est un candidat de rupture, il refuse le multilatéralisme et promeut une nouvelle relation avec la Russie qui inquiète le complexe militaro-industriel américain, que nous pourrions appeler le gouvernement profond.

Et cette perte de pouvoir-là est vécue comme une crime de lèse-majesté par nos petits marquis. Ainsi donc, ce qu’on appelle la démocratie représentative est devenue le faux nez d’une hégémonie exercée sur la société par une élite avaricieuse.

Nos élites ne comprennent pas le changement du monde

Que retirer de cette longue campagne de dénigrement menée en France contre Trump? sinon que nos élites qui orchestrent ce discours, souvent avec efficacité, ne comprennent rien aux nouvelles dynamiques du monde. De fait, depuis vingt ans, la France empile les mauvais choix internationaux.

Il y a d’abord eu ce consentement donné à la reconstitution du Reich (dont l’histoire montre qu’il a toujours été funeste) et à sa domination, avec l’acceptation du traité de Maastricht. Il y a cette obsession du couple franco-allemand. Il y a ce marquage à la culotte par la diplomatie américaine. Il y a ces guerres déclarées à nos alliés arabes historiques: la Libye en partie, la Syrie toujours. Mais on dira la même chose de l’abandon de la Tunisie, de la Palestine, et des chrétiens d’Orient que nous protégions traditionnellement aux côtés des Russes.

Il y a aussi cette insane politique en Afrique, où nous laissons le champ libre aux Chinois, aux Américains et à d’autres, à force de ne plus assumer l’influence que nous avons exercée sur ce continent.

Partout le monde change, et la France se sclérose. Partout le monde se modernise, et les élites archaïsent la France. Elles demeurent de façon indélébile attachées aux doctrines qu’elles ont apprises dans des écoles compassées qui vivent à côté, à l’écart du progrès.

Le rayonnement français suppose un renouvellement des élites

La conclusion de ce joyeux désordre est bien connue. La France, historiquement, ne parvient jamais à se réformer de façon rationnelle de l’intérieur. Elle a toujours besoin d’un choc exogène suivi d’une implosion pour se régénérer, avec des élites nouvelles.

Allez, on retourne le sablier et on compte les minutes.

Comment la primaire de la droite tue le « politique autrement »

La primaire de la droite a une vertu et un résultat très efficace: ceux qui imaginaient une remise à zéro du logiciel de l’ex-UMP ont perdu aujourd’hui toute illusion. Ceux qui se présentent au suffrage en 2017 n’ont tiré aucune conséquence des échecs passés, et demeurent stables dans une étrange continuité des mêmes mauvaises pratiques.

La primaire de la droite et le cas accablant de NKM

La leader de la droite parisienne a fait l’objet d’une révélation tout à fait cocasse. Le Monde vient de révéler une conversation que l’élue parisienne avait eue avec Bernard Squarcini, ancien patron des services secrets reconverti dans la sécurité pour les grands de ce monde. On en reste bouche bée, puisque NKM, en pleine campagne pour les municipales parisiennes, déclare, en réponse à la sollicitation de « tuer Rachida Dati » à la demande de Squarcini:

« Je vais te dire, le meilleur moyen de la tuer, c’est d’éteindre. […] Et Fillon, c’est pareil, faut pas le tuer publiquement, faut l’éteindre. »

La veille au soir, NKM avait méchamment accroché Nicolas Sarkozy lors du deuxième débat télévisé de la primaire. Une réponse d’un berger à une bergère, sans doute. Mais NKM aura désormais beaucoup de mal à faire illusion sur sa capacité à sortir des règles politiques habituelles et des vieilles pratiques du RPR.

Le clan Sarkozy en pleine haine

Dans la même semaine, Davet et Lhomme révélaient que, dans le cadre des écoutes téléphoniques ordonnées pour faire la lumière sur le financement libyen de la campagne de Sarkozy, les enquêteurs avaient mis la main sur un SMS de Rachida Dati à Brice Hortefeux (datant de 2013) qui en dit long sur les coulisses de la Sarkozie:

je vais dénoncer l’argent liquide que tu as perçu pour organiser des rdv auprès de Sarko lorsqu’il était président, des relations tout aussi liquides que tu as eues avec Takieddine, l’emploi fictif de ton ex à la Caisse d’Epargne grâce à Gaubert, et l’emploi illégal de ta compagne actuelle au Parlement européen (…)

Donc, on en apprend de belles sur les petits avantages reçus ou tirés par Brice Hortefeux de sa carrière politique. Et ça, c’est mortel pour le Français moyen qui compte chaque sou à la fin du mois.

Juppé et l’identité bientôt désenchantée

De son côté, Alain Juppé parvient à se tenir (provisoirement) à l’écart des affaires de mauvais goût. Mais le ralliement de Valérie Pécresse accentue le sentiment de malaise laissé par sa candidature. L’intéressée soutient-elle Alain Juppé parce que celui-ci lui a promis Matignon en cas de victoire? La question agite tous les esprits, et les coulisses de la campagne devraient nourrir ce trouble ainsi que le sentiment diffus que les connivences opaques prennent le pas sur les choix idéologiques ou politiques.

Par exemple, lors de sa prestation de dimanche sur BFM, Valérie Pécresse était accompagnée, dans le public, par Geoffroy Didier, son ancien porte-parole de campagne, et accessoirement vice-président du Conseil Régional d’Ile-de-France. L’intéressé avait défrayé la chronique en 2013 pour avoir varié de position sur le mariage gay, et pour avoir soutenu Pierre-Yves Bournazel, porte-parole… d’Alain Juppé.

Le monde est petit…

La primaire de la droite tuera-t-elle la droite?

Ce climat d’ensemble est évidemment extrêmement lourd pour l’ensemble de la droite française. Les candidats avaient pourtant promis une campagne digne avant les vacances. Mais la concurrence fait rage et les boules puantes devraient s’intensifier jusqu’au scrutin final. Voire au-delà: personne ne peut garantir que la proclamation finale des résultats évitera à un candidat déçu de se présenter malgré tout au scrutin.