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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

L’Europe du Nord championne du chômage pour les étrangers

L’Europe du Nord peine à intégrer ses étrangers non-européens sur le marché du travail. C’est le résultat d’une étude d’Eurostat consacrée à ce sujet. Celle-ci compare notamment la différence de taux d’activité entre les nationaux de chaque Etat-membre et les étrangers, venant de l’UE ou de l’extérieur de l’UE. Le résultat synthétique donne ceci:

Europe du Nord
Source: Eurostat

Comme on le voit clairement, les Etats membres au-dessus de la moyenne de l’UE se situent tous dans le Nord de l’Europe: Benelux, Allemagne, Scandinavie… France, Royaume-Uni. En revanche, les pays du sud de l’Europe se situent sous la moyenne de l’Union. Certains réussissent même l’exploit de compter un taux t’activité plus élevé chez les étrangers que chez les nationaux.

Le tableau chiffré suivant est plus explicite:

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Ce tableau montre de façon étonnante que le taux d’emploi le plus bas pour les étrangers hors EU se rencontre en Belgique (59,4%) et aux Pays-Bas (59,7%), deux pays où l’extrême droite est au demeurant très bien implantée. Pour continuer dans le même ordre d’idée, le troisième pays où le taux d’activité des non-UE est le plus faible est la Finlande (61,5%), où le parti des Finlandais exerce aussi une influence importante sur la vie politique. La France se place en quatrième position avec 62,4%… on y connaît le poids du Front National.

On notera par ailleurs que le pays où le taux d’emploi des nationaux est le plus élevé est la Suède, avec 87% des personnes employées. Ce taux record permet également de décorréler le lien éventuel entre emploi des nationaux et inactivité des étrangers, puisque la Suède est aussi l’un des pays de l’Union où les étrangers, y compris les non UE, travaillent le plus.

On notera qu’en Grèce les nationaux travaillent à 72,6% quand les étrangers venus de l’Union ont un taux d’emploi de 75,6% et les hors UE de 80%. La Grèce est l’un des pays où les hors UE travaillent le plus.

Paris: la ville où plus rien n’est possible

Article écrit pour le Figaro et mis à jour le 8 juin à 20h45.

Il fut un temps où les Parisiens aimaient Paris non parce qu’elle était la capitale de l’entre-soi bien-pensant, mais parce qu’elle était une ville fourmillante où tout était possible.

Elle était en quelque sorte la terre promise des Rastignac, où l’on pouvait arriver avec de vieilles bottes sans chaussettes et espérer réussir par sa grâce et son talent. Elle était aussi bonne mère: une ville qui autorisait tout (et pas forcément le pire), où tous les modes de vie avaient droit de cité, sans que les bonnes âmes ne flicassent les libres penseurs et les libertins. On s’y mélangeait gaiment et respectueusement, riches et pauvres, milliardaires et culs-terreux, Chrétiens, Juifs et Musulmans, athées et bouddhistes, libres penseurs et cagots, laborieux, artistes et rentiers. Tout ce petit monde se partageait Paris avec le sentiment d’une immense chance: celle de participer à une grande aventure humaine, pleine de souffle, mais aussi de promesses et de souvenirs, où chacun était une brique dans un mur magique de plusieurs milliers d’années.

Peu à peu, Paris perd sa magie et se range dans le conformisme gris d’une petite bourgeoisie qui se croit originale mais qui confond le caprice immédiat et l’ambition, l’opinion des salons et la vision historique, le préjugé et l’intelligence, l’avenir collectif et la somme des projets individuels. Et sans qu’on n’y prenne garde, sans qu’on ne le voie, cette somme des projets individuels qui dirige la Ville devient le tout d’une impossibilité grandissante.

Traverser Paris quand on est banlieusard: bientôt impossible!

Par exemple, Anne Hidalgo a le projet de rendre aux piétons les berges de la Seine, projet anticipé par la crue impromptue du fleuve. À la fin du Paris Plages de cet été, les quais resteront fermés aux automobilistes, y compris le tunnel des Tuileries, rénové en 2010 pour 10 millions d’euros. Comme c’est beau! Paris libérée de ces banlieusards qui travaillent à la Défense ou dans le Triangle d’Or, et qui habitent un minable pavillon dans la banlieue Est. Quelle horreur! des traîne-misères, des gagne-petits qui viennent polluer la capitale!

Marie-Antoinette aurait dit: s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche! Anne Hidalgo répond: s’ils ne sont pas contents, qu’ils habitent à Paris!

Traverser Paris avec une vieille guimbarde: bientôt impossible!

Par exemple, Anne Hidalgo interdira bientôt les véhicules antérieurs à 1997 dans les rues de Paris. Comme c’est beau! On en finit enfin avec la pollution mortifère due aux voitures de plus de 10 ans. Ceux qui souillaient nos rues bien propres avec leurs vieilles guimbardes en seront pour leur grade. Et s’ils n’ont pas les moyens de suivre, tant pis pour eux. Qu’ils déménagent en banlieue, où la pollution au moteur brinquebalant est un sport national!

Et moi qui rêvais de fêter mon anniversaire de mariage en offrant à ma femme un Paris by night en Ford Mustang décapotée! encore raté. Et adieu le remake du travelling débridé d’À bout de souffle place de la Concorde.

Rencontrer une divorcée blanche dans les rues de Paris: bientôt impossible!

Par exemple, vendredi dernier, je croisai, au jardin d’enfants municipal (mais très cher) fréquenté par ma fille la maman quadragénaire et pleine de charme de l’une de ses copines. En papotant, je m’aperçois que cette maman est infirmière et divorcée. Son loyer l’étouffe et la met dans la gêne. Pourtant, elle travaille honorablement, mais la vie à Paris lui devient de plus en plus pesante et contraignante. Pour elle, la capitale est une nasse: avec son salaire, elle ne peut déménager dans un quartier où les écoles publiques sont fréquentables. Elle se sait condamnée désormais, sous peine de déménager loin de son travail, à inscrire sa fille de trois ans dans une école où le racket, la violence, la sous-éducation, la déstructuration des esprits, la tolérance quotidienne aux violences ethniques, sont le régime commun.

Travailler dans l’angoisse de retrouver chaque soir son enfant victime de violences, ou chômer loin de tout, tel est le dilemme de la classe moyenne parisienne contemporaine! Dans le plus grand mépris d’Anne Hidalgo et de son porte-flingues Bruno Julliard, pour qui cette mère est une suppôt potentielle du Front National, de la droite, de l’opposition, du fascisme en France, qu’il faut écarter le plus tôt possible des listes électorales.

D’ailleurs, aucun logement social n’est jamais proposé à cette maman qui vit aujourd’hui dans un studio et qui rêve de donner une chambre à sa fille.

Traverser une rue sans voir un enfant en bas âge dormir dehors: bientôt impossible!

Par exemple, depuis deux ans au moins, l’Est parisien est envahi par des familles qui dorment dans la rue, avec leurs enfants en bas âge (des nourrissons, des enfants de deux ou trois ans) qui dorment sur des matelas de fortune à même le sol, comme si, entre Paris et Bombay, il n’existait plus de différence. D’où viennent ces enfants des rues qui, d’un coup d’un seul, nous projettent dans les favelas brésiliennes? d’un camp de Roms? d’un réseau de mafieux? d’une déchéance globale de la capitale?

Nul ne sait. Mais Anne Hidalgo a décidé d’enkyster le mal, de l’étendre à l’ensemble de la capitale, en ouvrant les portes d’un camp de migrants sur le territoire même de la ville, dont on connaît la signification à court terme: pullulement d’enfants partout, partout et encore partout, profusion de réseaux mafieux qui organiseront le quadrillage des quartiers, la mendicité, la prostitution, le vol, à leur plus grand profit. Et bien entendu, profusion de maladies en tous genres, éradiquées il y a cinquante ans, et qui reviendront en masse, comme la tuberculose.

Rêver Paris: bientôt impossible!

Digne émule de Jean Tibéri, fidèle élève de cette école des seconds couteaux qui n’ont pas d’idées et se fient à la dernière mode dans les salons pour agir, Anne Hidalgo a entrepris d’achever le rêve parisien, largement mis à mal par la municipalisation de la Ville, par sa normalisation comme dirait François Hollande, alors qu’elle est tout sauf une cité normale.

Bientôt, Paris ne sera plus un rêve pour personne, plus le rêve interdit de ceux qui n’ont rien sauf leur faim au corps pour réussir, plus le rêve des talents et des espoirs, plus le rêve des appétits débordants, trop grands pour un monde trop petit. Elle sera simplement la morne résidence protégée des minorités petites bourgeoises qui jouent aux victimes discriminées, aux petites choses, et qui gouvernent tout à la hauteur de leurs vues victimaires. Pas de restaurants ouverts après 22h30. Pas de diversité sociale et ethnique dans les rues: les Blancs d’un côté, les autres dans leurs ghettos. Pas de banlieusards dans les rues. Pas de vieilles bagnoles qui font rêver. Pas de gens moyens: soit les riches, soit les pauvres.

Jour après jour, Paris perd son âme et son silence n’est plus troublé que par le concert électro des minorités homo, trans, ethniques, spécistes, végétariennes, qui nous érigent tant de statues de commandeurs que déambuler dans la magie de la Ville est devenu impossible.

 

La SNCF et le savoureux paradoxe de la branche du rail

L’empoisonnante grève à la SNCF est largement analysée comme une manoeuvre toxique de la CGT. Ce point de vue n’est probablement pas dénué de fondement, mais il fait l’étrange économie de la responsabilité patronale dans ce dossier.

La mystérieuse branche du rail

Le fait n’a pas été suffisamment expliqué au public, mais la raison première de la grève du rail est indissociable de l’organisation qui se met en place dans le secteur ferroviaire. Dans la perspective de l’ouverture (enfin!) du rail à la concurrence, à l’horizon 2020, la France a constitué une branche du rail en bonne et due forme. Celle-ci devait négocier une convention collective, avant que les entreprises du secteur (et singulièrement la SNCF, qui capitalise 148.000 salariés sur les 160.000 de la branche) ne se dote d’accords spécifiques.

On ne le dit pas assez, mais la constitution de la branche du rail (en remplacement du rôle social historique du ministère des Transports) est au coeur des problématiques qui expliquent les grèves aujourd’hui. Et sur ce point, la responsabilité patronale est écrasante, tant la méthode choisie pour négocier la convention collective était porteuse des conflits auxquels nous assistons aujourd’hui.

Une fédération patronale postiche

Pour négocier une convention collective nationale, il faut des patrons! Dans le cas du rail, le « patronat » ferroviaire, essentiellement constitué de fonctionnaires repentis, a fait le choix de se greffer sur l’Union des Transports Publics (l’UTP) devenue pour la cause, en 2006, l’Union des Transports Publics et Ferroviaires.

En réalité, la branche « ferroviaire » de l’UTP se rassemble autour de 11 entreprises, dont les plus importantes sont la SNCF, Eurostar (filiale de la SNCF), Keolis (filiale de la SNCF) et Transdev (filiale de la Caisse des Dépôts). Autrement dit, la branche du rail est d’abord le terrain de jeux de fonctionnaires qui adorent donner des leçons de responsabilité sociale aux employeurs privés et qui, cette fois, se retrouvent à la manoeuvre.

Et la démonstration qui est faite est très impressionnante!

9 ans pour négocier une convention collective

Premier élément très impressionnant: il a fallu pas moins de dix ans pour négocier la convention collective du rail!

Le premier accord de principe sur la convention collective du rail date du 6 juin 2007. Il fixait alors le périmètre de la branche. Le même jour, la branche signait un accord de méthodologie sur la négociation de l’accord.

C’est le 26 mai 2016 que la branche a décidé de clore les négociations sur cette convention collective, ouvert à la signature début juin. Bref, 9 années pleines ont été nécessaires, depuis la signature de l’accord de méthode, pour négocier la convention.

Des concessions maladroites

Entretemps, la branche n’est pas restée inactive. Elle en a profité pour négocier des accords qui paraissent autant de balles dans les pieds patronaux.

Dès 2008, un accord sur le temps de travail dans le fret ferroviaire intervient pour régler les problèmes soulevés par l’ouverture du secteur à la concurrence. L’accord pose la règle des 35 heures hebdomadaires et des 1607 heures annuelles. Il prévoit également 104 jours de repos périodiques contre 52 prévus par le code du travail.

Surtout, l’accord de branche prévoit qu’un accord d’entreprise ne peut lui être plus défavorable.

Dans la foulée, la branche négocie un accord sur le contrat de travail et les classifications, puis un accord sur la formation professionnelle. Ces accords applicables au fret ont évidemment constitué un « crantage » pour l’ensemble de la branche, qui agit aujourd’hui comme un ver dans le fruit.

Sur ce point, le patronat ferroviaire ne pouvait ignorer qu’en saucissonnant sa négociation, en la commençant par le fret, il faisait un précédent qui lui reviendrait mécaniquement dans la figure. C’est toute la stratégie de négociation qui est ici en cause.

Un laboratoire paradoxal pour la loi Travail

Le déroulement de la négociation illustre bien les risques portés par une réécriture de la loi Travail. Que nous montre en effet la négociation dans la branche du rail? que des négociateurs hors sol, soumis à des contraintes politiques, à un rapport de force déconnecté de l’entreprise qui devra appliquer les règles, sont forcément tentés de négocier des normes extrêmement favorables que peu d’acteurs du secteur peuvent suivre raisonnablement.

Qui plus est, le rail, en interdisant aux accords d’entreprise d’être moins favorables que la convention collective, montre bien le danger porté par une réécriture de l’article 2 selon les principes imaginés par le gouvernement. Le contrôle a priori, par la branche, des accords d’entreprise porte en germe cette terrible mécanique qui tuera tous les effets possibles de la réforme.

Bref, la négociation dans le rail montre tout ce qu’il ne faut pas faire, et que le gouvernement, pour sortir rapidement de la crise qu’il a ouverte, s’apprête à répéter.

Pourquoi Hollande a besoin de l’Euro 2016

Article écrit pour Atlantico.

François Hollande s’est fendu d’un passage à la radio pour parler de l’Euro 2016. Dans son cas, l’exercice était moins agréable qu’il ne pouvait l’espérer, puisqu’il a dû confesser qu’il maîtrisait très peu la situation du pays qu’il préside! entre risque terroriste et mouvements sociaux, la France donne la pire image d’elle-même dans la compétition mondiale. Raison de plus pour miser sur un sauvetage par le sport!

Le sport, cet opium du peuple

Face au naufrage en cours, François Hollande ne peut plus guère compter que sur les grandes messes sportives pour tenir.

De ce point de vue, l’Euro 2016 devient le (mauvais) prétexte pour cacher toutes les poussières sous le tapis. Qu’un Président de la République, aidé de son Premier Ministre et de sa première Ministre d’Etat, soit en position de supplier quelques fédérations syndicales contestataires de bien vouloir arrêter le conflit dans lequel elles se sont lancées depuis plusieurs semaines en dit long sur le désarroi du pouvoir et sur l’importance stratégique que François Hollande accorde à l’événement sportif.

Pour le Président, la grande messe de 2016 doit apporter plusieurs bénéfices. Un bénéfice inattendu d’abord, identique à « l’unité nationale » après le 7 janvier 2015: il faut mettre de côté tous les désaccords et se rassembler derrière le leader maximo pour assurer l’événement. Aucun des problèmes du pays n’est réglé, mais il ne faut plus s’en occuper.

Surtout, pendant que le peuple regarde des matches de football, il ne s’occupe plus de politique, de contestation ou de revendication. Du pain et des jeux! Et pour peu que l’équipe de France remporte des succès, rien n’exclut que la popularité du président en profite.

Voilà ce que Marx appelait l’opium du peuple.

Le football comme métaphore

François Hollande, dont le quinquennat s’achève dans une immense opération de communication dont la vacuité est totale, a bien compris l’intérêt de l’opium en situation de crise. Les ondes de France Inter lui ont donc permis de « faire peuple » en mettant la culture footballistique au service de ses intérêts.

Habitué aux figures rhétoriques, Hollande n’a pas hésité à filer la métaphore en comparant son mandat à un match de football.

«J’ai le poste qui est le plus important, celui permet à toute l’équipe, en l’occurrence la France, d’être en situation de réussir.»

Quel bonheur, de pouvoir exprimer une proximité avec le bon peuple des fans de football en donnant l’illusion d’une identité entre le spectacle qui se jouera dans quelques jours et la comédie du pouvoir! François Hollande a d’ailleurs eu ces mots remarquables:

« Il y a dans le sport une théâtralisation, jusqu’au coup de sifflet final on ne sait pas ce qui va se produire ».

La théâtralisation: le mot est prononcé.

Tourner la page des « sans-dents »

Politiquement, François Hollande devrait retirer un autre bénéfice induit de l’opération Euro 2016. En confessant qu’il aime le football et qu’il aurait voulu devenir footballeur, il joue un rôle habile où beaucoup pourraient le représenter en enfant des quartiers amoureux du ballon rond. L’occasion était trop belle pour ne pas être saisie: après un quinquennat où les Français ont beaucoup reproché au « président normal » d’être coupé de leur réalité, après un quinquennat marqué par l’expression « sans dents » sous laquelle François Hollande désignerait, dans l’intimité, nos concitoyens les moins fortunés, la sérénade du footballeur raté devenu président de la République est une grosse ficelle dont il ne faut surtout pas se priver.

C’est aussi à cela que sert le sport: à faire vivre l’illusion qu’un Président de la République partage les mêmes passions, la même culture, et la même vie que n’importe quel Français passionné de ballon rond. Là encore, la virginité se reconstitue à bon compte.

1 an de campagne pour garder son mandat

Alors que Nicolas Sarkozy avait entamé tardivement sa campagne électorale, jusqu’à perdre d’une courte tête face à son adversaire, François Hollande a la sagesse de la commencer très tôt et de se mettre en position de la gagner. Pour y parvenir, il applique avec constance les grands principes chiraquiens qui ont fait leur preuve.

Premièrement, il faut se camper dans la peau de l’homme « sympa ». L’exercice de ce soir en constituait un épisode et une illustration. Pour plaire, il suffit de faire des sourires et de faire des petites blagues.

Deuxièmement, il faut faire des cadeaux et des promesses aux électeurs, au besoin en mordant la ligne jaune. Par exemple, les chiffres du chômage tombent bien. Personne ne vérifie dans le détail la façon dont ils sont bâtis: tout le monde a envie d’y croire. Ajoutez-y les cadeaux à différents groupes d’électeurs (les enseignants, au hasard) et la cote de popularité a une chance objective de progresser.

Troisièmement, il faut communiquer à tout va en jouant sur la bonne volonté, et parier sur la chance. Les résultats économiques qui reviennent partiellement appuient ce raisonnement.

Hollande va-t-il renoncer à réformer?

Il existe toutefois encore et toujours une différence entre Hollande et Chirac. Le dernier avait bien compris que la réforme était une source inutile d’embarras. L’affaire du CPE le lui avait prouvé. Hollande fait encore mine d’agir. Mais, en bon chiraquien, il devrait y renoncer, peut-être à sa manière. Au lieu de retirer son projet de loi sur le travail, il pourrait choisir de le vider complètement de son contenu, non sans avoir épuisé son Premier Ministre à la tâche.

Les semaines à venir nous le diront, et confirmeront la probabilité d’une réélection à l’usure de François Hollande en 2017, non parce qu’il aura été le meilleur, mais parce qu’il sera le moins pire candidat de gauche.

Revenu universel: quand les « libéraux » combattent le libéralisme

Pourquoi des gens qui se prétendent libéraux s’acharnent-ils à combattre une vision libérale du revenu universel? Il fallait bien finir par poser ouvertement cette question sur laquelle les avertissements n’ont pourtant pas manqué.

La version libérale du revenu universel

Rappelons d’abord la version libérale du revenu universel, qui est extrêmement simple à comprendre: il s’agit de remplacer les cotisations sociales qui épuisent l’économie française par un impôt équivalent (environ 500 milliards par an) qui financera une allocation de 500 euros par mois permettant à chacun, tout au long de sa vie et sur une base égalitaire, de souscrire au contrat de protection sociale de son choix. Ce système limpide, évident, repose sur l’obligation de s’assurer socialement, mais sur la liberté de choix de l’assureur.

Pour le tempérer, l’Etat conserve une fonction: la prise en charge des maladies graves, pour laquelle il serait même possible d’augmenter les budgets (à titre personnel, je propose 100 milliards d’euros au lieu des 75 actuels).

Cette solution est compréhensible par tout le monde et a l’avantage de redonner à chacun des marges de responsabilité, tout en garantissant une stabilité de la pression fiscale.

Le ralliement de la gauche étatiste à cette solution

Dans une note récente évoquée sur ce blog, la Fondation Jean Jaurès, bien plus à gauche que le think tank Terra Nova, a rallié cette idée, au moins partiellement, en soutenant que le revenu universel pourrait se substituer à l’assurance maladie. On remarquera que l’idée est ici moins solidaire que celle que je défends, puisqu’elle ne prévoit pas que les graves maladies demeurent dans l’escarcelle de l’Etat, ce qui me semble une erreur.

Mais on notera en tout cas que l’utilisation du revenu universel comme levier pour accroître la responsabilité des individus dans la prise en charge de leur destin a fait une sérieuse percée à gauche.

Le combat des libéraux contre la responsabilité individuelle

Assez curieusement, des mouvements qui se sont prétendus libéraux ont vu rouge lorsqu’une entité proche du Parti Socialiste les a débordés sur leur droite et s’est montré beaucoup moins frileux qu’eux dans une volonté d’émancipation vis-à-vis du papa Etat tout puissant qui prend tout en charge et qui pense à tout pour l’avenir de ses enfants.

On trouve donc un hallucinant article sur le site des bien-pensants membres du Mouvement Français pour un Revenu de Base, intitulé: « Rapport de la fondation Jean Jaurès : vigilance sur la protection sociale« . On lit dans cet article:

Le MFRB rappelle que sa charte indique que « l’instauration d’un revenu de base ne doit pas remettre en cause les systèmes publics d’assurances sociales, mais compléter et améliorer la protection sociale existante. » Ainsi le revenu de base doit être un pilier supplémentaire de la protection sociale, et non pas un pilier qui viendrait se substituer à tous les autres.

L’erreur de la Fondation Jean Jaurès vient de leur postulat de départ suivant lequel un revenu de base doit être mis en place sans augmenter la dépense publique. Les auteurs reprennent à leur compte l’engagement du Président de la République à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires, en supposant que cela risquerait de dégrader le consentement à l’impôt des contribuables aisés. Or, ce n’est pas l’augmentation d’impôt qui compte pour ces contribuables, mais leur revenu disponible à la fin du mois, après avoir payé les impôts et reçu leur revenu de base. Il existe justement des propositions de revenu de base où les contribuables voient l’augmentation d’impôt qu’ils supportent compensée par le revenu de base qu’ils perçoivent : cela dépend des paramètres fiscaux choisis.

Que des gens proposent de financer le revenu universel par une usine à gaz fiscale me paraît tout à fait respectable même si j’en combats l’idée. Simplement, il faut avoir l’honnêteté, lorsqu’on défend cette position, d’assumer les deux postulats qui en découle: oui, on souhaite une augmentation de la pression fiscale (même si l’impôt prélevé est ensuite redistribué), non, on n’aime pas le libéralisme quand on prône cette doctrine.

Le lobbying à l’ancienne des étatistes

Qu’il me soit permis ici de mettre les pieds dans le plat, car j’ai toujours trouvé insupportable le discours de ceux qui prétendent faire du neuf avec des méthodes à l’ancienne. En l’espèce, la méthode consiste à avancer des propositions étatistes derrière une série de masques mensongers poussés auprès de tous les puissants incompétents de ce monde.

Le MFRB n’a donc lésiné devant aucun sacrifice pour influencer la décision publique dans des conditions d’opacité qui prouvent une fois de plus que bien-pensance et manipulations font très bon ménage.

Par exemple, le MFRB s’est livré à un manège de coulisses extravagant avec le candidat à la primaire des Républicains Frédéric Lefebvre, qui a même déposé un amendement favorable au revenu de base à l’Assemblée Nationale, sans qu’on soit sûr qu’il ait bien compris de quoi il s’agissait. De l’aveu public même du très habile et clairvoyant Lefebvre, le lien avec le MFRB tient d’abord à une relation historique entre le candidat républicain et le co-fondateur du mouvement, Marc de Basquiat, qui aurait plaidé, en son temps, pour la désastreuse et très étatiste garantie des risques locatifs. Ce dernier aurait convaincu Lefebvre de l’intérêt de sa proposition, ce qui prouve une fois la différence entre les Républicains et le libéralisme.

Le même Marc de Basquiat est par la suite devenu président de l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence, dont je dirai quelques mots, et a co-écrit avec Gaspard Koenig, gourou auto-proclamé libéral du think tank Générations Libres, installé à Londres, et ancienne plume de Christine Lagarde, un ouvrage sur le revenu universel. Il continue à expliquer sur le site de Générations Libres que le revenu universel ne doit pas servir à réformer le financement de la protection sociale.

Voilà ce que j’appelle du lobbying à l’ancienne: percoler des idées d’un bord politique, ou d’une certaine vision politique, dans des structures qui prétendent défendre des visées aux antipodes de celles qu’on défend.

L’AIRE et ses paradoxes de faux-monnayeur

Sur ce point, on ne manquera pas relever la masse de sophismes utilisés par Marc de Basquiat pour « vendre » sa soupe. J’en reprends juste quelques-uns dans une interview au Figaro:

Il me semble indispensable d’avoir un système plus simple pour des questions d’efficacité mais également de transparence. (…)

Je préconise le versement d’un revenu de base à tous les Français sous la forme d’un crédit d’impôt. Le montant pourrait être de 470 euros par mois et par adulte, de 200 euros pour les enfants de moins de 14 ans et de 270 euros pour les enfants de 14 à 18 ans.

En contrepartie, les impôts seraient simplifiés, tout le monde contribuerait à hauteur de 25% de ses revenus. Ainsi, le prélèvement et le crédit d’impôt se compenserait. (…)

Après, j’envisage la mise en place d’un impôt sur le patrimoine et une refonte de la CSG. De fait, la CSG qui est aujourd’hui de 7,5% des revenus d’activité salariée passerait à 13% de tous les revenus, ce qui permettrait de financer toute la santé.

Les taxes telles que la TVA et la TIPP pourraient également être maintenues.

Chacun aura constaté que le système « simple » qui est proposé consiste à compenser « le prélèvement et le crédit d’impôt » (notion à laquelle je n’ai personnellement toujours rien comprise), à créer un impôt sur le patrimoine et à faire passer la CSG à 13%. Malgré ces évidences, j’ai entendu, lors de mon débat à Versailles, un représentant du MFRB soutenir publiquement que les impôts n’augmenteraient pas avec cette solution.

Sophismes, mensonges, contradictions, démagogie, il est une fois de plus dommageable de voir des esprits intelligents et bien élevés se compromettre dans ces méthodes peu ragoûtantes. En tout cas, proposer une telle hausse de la fiscalité, une telle étatisation, en se produisant sur des sites libéraux relève d’une imposture peu flatteuse.

Le gouvernement profond veut récupérer le revenu universel

Ces simagrées s’expliquent de façon rationnelle. Comme je le répète souvent, la sécurité sociale, en France, permet d’asservir la société en brisant les reins du sentiment de responsabilité et en emprisonnant les forces vives dans un système baptisé solidaire, qui n’est rien d’autre qu’un système de mise en dépendance. La perspective du revenu universel permettant à chacun d’accéder librement à une protection sociale rénovée remet en cause cet asservissement par l’euphorie de la protection.

Il n’est donc pas étonnant que les thuriféraires du gouvernement profond, dont la carrière professionnelle dépend du bien vouloir des puissants, mènent aujourd’hui un tir de barrage pour récupérer et remettre à leur sauce une idée qui les menace. Le revenu universel semble prendre de l’ampleur. Il faut donc apprivoiser la bête et en faire un outil d’asservissement plutôt que d’émancipation.

Le plus surprenant est que, malgré les dizaines de milliers d’euros engouffrés dans Générations Libres, son influence sur le sujet soit si faible.

Baupin et l’hystérie féministe

L’affaire Baupin embaume décidément de toutes les odeurs les plus rances, les plus moisies, les plus écoeurantes, qu’on puisse inhaler dans les cuisines et les arrière-cours de la terreur bobo parisienne. S’il devait se vérifier que l’ancien vice-président de l’Assemblée Nationale a considéré que sa position sur le perchoir lui donnait un droit de cuissage sur ses congénères, il faudrait le punir sans pitié. Mais que dire de ce torrent de sueurs charrié par les transes extatiques de toutes les hystériques féministes qui profitent de cette triste occasion pour castrer encore un peu plus tous les mâles blancs de plus de dix-huit ans ayant la moindre influence dans la société française?

Le grand délire de l’ordre moral version Catwoman

Le texte produit par deux blogueuses sur la différence entre drague et harcèlement en constitue un exemple pour ainsi muséal.

On y lit ce petit guide totalement démentiel:

Source: Paye ta shnek
Source: Paye ta shnek

On le voit, la seule forme de « drague » autorisée se résume à « exprimer poliment, dans un contexte adapté, son envie de connaître une personne ou de la revoir ». Toute autre forme d’entrée en relation relève du harcèlement, voire de l’agression.

La France, cet enfer de harcèleurs

Donc, on relèvera par exemple que, lorsque vous croisez une collègue au bureau avec une nouvelle jupe achetée en soldes et que vous lui dites: « Cette jupe te va très bien, tu as bien fait de l’acheter », vous commettez en bonne et due forme un harcèlement sexuel qui relève (rappelons-le) de la correctionnelle. À moins que vous n’alliez dans une soirée avec votre femme et des copines et que, à l’occasion d’un rock endiablé, vous disiez à sa meilleure amie: « Tu te balances vraiment très bien ». Là aussi, harcèlement! Et à l’autre de ses meilleures amies qui revient du Sénégal avec un teint hâlé: « Tu es magnifiquement bronzée! », là aussi harcèlement.

D’autres items produits par celles qui confondent féminisme et rigorisme version moralisme chrétien de l’âge classique ont le mérite de rejeter dans l’hérésie harceleuse une grande partie des mâles de ce pays.

Par exemple: « prendre le refus d’une personne pour de la timidité ». Manifestement, les auteures du texte sont très mal informées sur la pratique habituelle de la séduction, qui veut qu’une femme aime faire monter ses émotions et son excitation en disant plusieurs fois « non » aux assauts d’un homme avant de céder. Et elles ne connaissent rien, semble-t-il, à l’intensité du désir si souvent, si ordinairement dirais-je, nourri par le temps à parcourir depuis les premières approches jusqu’au consentement.

On dira la même chose de tous ces harceleurs qui insistent « après un refus ou une absence de réponse ». Mais si la séduction n’était pas fondée sur ce jeu, jamais nous n’eussions connu le dicton sur la différence entre une femme et un diplomate: « Lorsque le diplomate dit oui, cela veut dire peut-être, lorsqu’il dit peut-être ça veut dire non, alors que, lorsqu’une femme dit non, cela veut dire peut-être, et lorsqu’elle dit peut-être, cela veut dire oui. »

Heureusement que ces féministes n’ont pas encore légiféré. Je me permettrai juste ici de confier que, l’une des premières fois où j’ai parlé à celle qui est devenue quelques mois plus tard ma première épouse, elle m’avait expliqué vivement: « Jamais vous ne coucherez avec moi, même pas en rêve ». Et la seconde m’avait, quelques années plus tard exactement la même chose, et dans les mêmes conditions.

Comme moi, j’imagine, plusieurs millions de Français, en lisant le délire de ces carmélites modernes rebaptisées féministes, comprennent qu’avec ces furies au pouvoir, non seulement ils n’auraient jamais pu épouser la femme de leur vie, mais ils auraient même fini en prison pour avoir essayé de les séduire.

Féminisme ou culpabilisation du désir?

On voit bien que la chasse aux harceleurs ordonnée par les grandes prêtresses du féminisme n’est certainement pas guidée par le souci de protéger les femmes contre la violence sexiste, mais par une culpabilisation maladive du désir masculin. Le mâle! vous savez, celui qui est doté d’une boursouflure immonde sous la ceinture appelée phallus!

Le projet féministe n’a rien à voir avec une reconnaissance d’égalité entre les hommes et les femmes. Il procède d’une autre logique, fonctionne sur un autre ressort: celui de l’interdiction du désir. Il a les apparences d’une recherche d’égalité, mais son fondement se limite à un seul paramètre: la culpabilité portée par l’humain d’avoir croqué la pomme.

Les moralistes d’il y a quatre cents ans nous expliquaient que le désir pour l’autre avait justifié la déchéance de l’homme, son expulsion du paradis. Les féministes nous expliquent aujourd’hui tout le vice que représente la concupiscence. Dans leur esprit, toute relation humaine fondée sur le désir, est en réalité fondée sur le vice, sur la violence faite à l’autre, sur la monstruosité de laisser les conventions sociales au placard, de lâcher prise et de laisser s’exprimer l’attirance.

Féminisme et Islam

Ce rejet du désir, cette obsession des conventions, des règles morales et même moralisatrices, cette volonté d’organiser la société autour de principes purement formels et expurgés d’un désir si maléfique, ne se trouve pas seulement chez les féministes. D’autres forces politiques minoritaires sont mues par la même quête.

Les salafistes, par exemple, ont organisé en France des agences matrimoniales tout à fait respectueuses des principes exprimés ci-dessus par nos deux féministes. Le mariage est arrangé par un imam entre un garçon et une jeune femme qui ne se connaissent pas et qui se contentent de se « draguer » en acceptant ou en refusant la proposition qui leur est faite. Ainsi, pas d’insistance, pas de harcèlement, pas de dîner de séduction où la femme dit non mais suggère le oui, jusqu’à ce que son partenaire, n’y tenant plus, ne l’embrasse passionnément au moment où elle s’y attend le moins. Avec l’intervention de l’imam, Dieu soit loué, aucun de ces harcèlements, aucune de ces agressions n’a lieu!

On comprend mieux la proximité morale qui existe entre les féministes et les islamistes, entre une Clémentine Autain et un Tariq Ramadan. Cette proximité n’est pas qu’une posture. Elle repose sur une culpabilité identique du désir, transposée à l’ordre social.

Preuve est faite, ici, que les féministes peuvent très bien s’accoutumer d’un ordre où la femme est soumise. Elle sera soumise, mais pas harcelée. Et c’est bien le sujet du féminisme: son problème n’est pas celui de l’égalité homme-femme, mais celui de la moralité de la société. Dût-elle reposer sur la soumission de la femme.

Pourquoi il n’y a pas eu de Podemos français

Pourquoi n’y a-t-il pas de Podemos français? c’est-à-dire de parti politique émanant plus ou moins spontanément de la société civile. Cette question qui revient régulièrement dans l’actualité trouve bien entendu des réponses dans des éléments de contexte « macro »: l’existence d’une offre « plébéienne » (Front National, Front de Gauche) concurrente en constitue l’une des explications.

Mais certains éléments plus « micro » doivent aussi être pris en compte. J’en propose une illustration ici avec le récit d’une tentative à Bayonne de montage de la Nuit Debout remarquablement mise en échec par des techniques éprouvées que j’avais déjà pu voir à l’oeuvre au Parti Pirate.

Comment noyauter une initiative

Je reprends ici les meilleurs moments du récit de Sophie Hautenauve:

Donc, pour en revenir à Nuitdebout, comme j’ai des compétences en marketing internet, à une sortie de réunion où « ils » avaient encore une fois dit que ça ne marcherai jamais à Bayonne, on va boire un pot à 5 et je dis « bon ben comme d’habitude les syndicats et les politiques nous ont trahis, chiche on fait une nuitdebout sans eux, et voilà qu’on commence à faire un rétroplanning pour une opération de com qui nous mène au 13 avril et je rajoute deux jours pour être sûre (en plus le 15 ça tombait un vendredi je trouvais ça mieux) et allons-y alonzo, on décide de lancer un événement Facebook…

J’ai créé la page entre 2 et 4 heures du matin et le temps que je mette quelques images et paramètre quelques trucs il y avait déjà 12 personnes (de moi inconnues) qui s’étaient inscrites à l’événement, parce que, comme je l’avais pressenti, les gens ici avaient vraiment envie de s’exprimer… (…)

On a du faire beaucoup de papiers aussi, avec je ne sais quel organisme de la sécurité intérieure et la préfecture qui demandait quelqu’un qui se porte garant sur ses biens en cas de dégradation et la police qui nous avait interdit la sono ce qui fait qu’on s’était équipé en mégaphones etc, ce qui nous est revenu quand même un peu cher, pour des pauvres. (…)

À quelques jours de l’événement on se sentait un peu dépassé par l’événement, avec des messages arrivant de toute part et des interviews partout, y compris sur les chaînes espagnoles et les radios basques locales.
Bing certains journalistes m’informent qu’il y a un mec qui repasse derrière moi dans les rédactions et qui dit que je ne suis pas habilitée à parler, que c’est lui le porte parole de notre événement, qu’il s’appelle Joseph Boussion (mais il a d’autres pseudos), que c’est un parisien qui a une maison de vacances dans le coin. Effectivement quelqu’un de ce nom m’avait contactée pour me dire que si je le laissais gérer la page Facebook il m’ajouterait sur la Google map (^^) de Nuitdebout.fr – de toutes façons on avait plein de gens qui voulaient participer et que je laissais rentrer dans la page Fbook ou dans le Twitter et qui pétaient les plombs de voir que je les mettais que « admin » et pas « superadmin », mais j’ai vu tant de censure dans tant de causes je m’étais promis de rien lâcher, donc ce type, je n’y ai pas trop prêté attention, ça m’irritait juste.
Ma copine s’est renseignée, c’est un politicard professionnel, il était porte parole de Nouvelle Donne pour les européennes, puis il a démissionné pour être aux régionales sous l’étiquette « la vague citoyenne » et autre chose pour les départementales (et là il vient de monter un autre parti mardi dernier « construisons notre avenir » pour être candidat aux législatives, ‪#‎lasoupeestbonne‬)…

Comme j’avais peur des débordements (il me semblait qu’on allait quand même être nombreux) j’avais écrit à toutes les orgas et associations pour demander un coup de main mais soit on ne me répondait pas, soit on me disait que personne n’était disponible ce jour-là, on verra dans la suite du récit que ce n’était pas vrai… (…)

Donc le 15, notre grand soir, le 46 mars, on arrive sur la place à une demi douzaine avec nos trois mégaphones autorisés par la police et des tableaux et des feutres et des prospectus à distribuer en basque et en Français, avec l’odj et les gestes à connaître en assemblée…
On arrive donc avec une heure d’avance , et oh, divine surprise, il y avait une sono qui crachait du reggae à fond la caisse, sono qui appartenait (on l’a photographiée) à un syndicat qui nous avait refusé un coup de main, et un service d’ordre, en la présence du groupe (qui lui aussi officiellement n’était pas disponible ce jour là) soit-disant anarchiste « Indar Beltza » représenté par Monsieur Alain Thirion, un retraité de l’armée qui fume des cigares à 30 euros pièces et bien sûr monsieur Joseph Boussion aux commandes…. (…)

En plus personne n’y comprenait rien, des amis me disaient « ah, finalement tu as eu l’autorisation pour une sono, c’est bien » moi j’étais perdue, pour parler il fallait s’inscrire à une liste, et ils n’autorisaient pas tout le monde, la première prise de parole c’était le syndicat CGT cheminot, j’ai poussé une gueulante en disant que c’était un mouvement qui venait d’internet mais bon, que pouvais-je faire ? Il y avait vraiment beaucoup de monde et des gens qui ne viennent jamais dans les manifs (la presse a dit 200 personnes mais mon ex a compté plus de 300) j’ai immédiatement essayé de joindre le TCHAT nuitdebout qui m’a dit de me démerder… Les gens qui avaient le contrôle de leur sono faisaient passer qui ils voulaient à condition (on a enregistré l’audio) une même personne (un homme bien sûr) est passé 4 fois au nom de 4 causes différentes mais toutes représentées par des associations subventionnées (par contre le porte parole du Dal nouvellement créé n’a pas eu le droit de parler, ni les lgbt) bref… À 18h30 monsieur Boussion a annoncé que les prises de paroles c’était fini pour aujourd’hui et que si l’on voulait encore parler il faudrait venir le lendemain à la gare où les cheminots en lutte avaient besoin de notre soutien.

Mais qui a peur d’un Podemos français?

Chacun pense, bien évidemment, ce qu’il veut d’un Podemos français. Simplement, à la question: pourquoi n’a-t-il pas « poussé » en France, il me semble que le récit de Sophie Hautenauve apporte des réponses simples et factuelles.

Premièrement: la préfecture refuse à certains le droit de se réunir avec de la sono, mais en autorise d’autres. On le prendra comme on voudra, mais il existe une partialité et une préférence de l’Etat, et singulièrement de la police, pour des mouvements structurés et contrôlés.

Deuxièmement: ces mouvements structurés sont farcis de gens qui présentent ce que j’appelais au Parti Pirate des « anomalies statistiques ». Dans le cas cité par Sophie Hautenauve, l’anomalie statistique s’appelle Boussion ou Thirion. Tous ces gens ont des parcours personnels étonnants, et cumulent généralement des contraires, comme être ancien militaire reconverti dans un mouvement anarchiste et menant un train qui surprend ses interlocuteurs.

Troisièmement: ces poissons pilotes d’on ne sait qui, qui bénéficient de la part de la police d’une véritable bienveillance, sont toujours aidés par les mêmes. A Bayonne, c’est la CGT Cheminots qui vient prêter main forte aux noyauteurs pour verrouiller la prise de parole. A Paris, j’ai suffisamment évoqué le rôle du Front de Gauche et de proches du Parti Socialiste.

Quatrièmement: les noyauteurs commencent leur métier par coeur. Il y a un poste stratégique à tenir en réunion, celui de secrétaire de séance, qui distribue la parole.

Ces quelques indices mettent sur la piste des vieilles techniques qui expliquent concrètement pourquoi les Podemos qui auraient pu apparaître en France sont tous morts dans l’oeuf.

Les employeurs financent seuls 36% de la sécurité sociale

Les employeurs, si honnis et vilipendés en France, financent tout de même à eux seuls 36% de la sécurité sociale en France, comme l’indique une étude publiée par la DREES hier.

Celle-ci précise en effet le détail des sources de financement de la sécurité sociale:

Source: DREES
Source: DREES

Les cotisations employeurs représentent donc une dépense de 244 milliards, quand les salariés apportent au système 85 milliards. Je mets ici de côté les cotisations au RSI de 25 milliards, qui représentent environ 30% des cotisations salariales… quand la France compte 12% à peine d’indépendants (2,5 millions d’indépendants et 16 millions de salariés…).

Comme on le voit, le financement de la protection sociale en France est largement assuré par les employeurs. L’impôt représente moins de 25% des ressources de la sécurité sociale…

Les employeurs français, recordmen d’Europe de la pression sociale

On notera avec un amusement teinté de désolation que la France est le seul pays européen à soumettre ses employeurs à une telle curée. Le tableau produit par la DREES sur la comparaison entre pays européens le montre de façon fulgurante:

Source: DREES
Source: DREES

Alors que, dans l’Union Européenne, la part des cotisations employeurs représente environ 7 euros de l’heure, il en représente le double en France, ce qui fait d’elle la championne toutes catégories de la cotisation employeurs.

Pour les salariés, ce traitement représente une véritable curée. Un salarié moyen coûte en France près de 35 euros de l’heure, mais le salarié ne perçoit que 22,5 euros sur cette somme. Le reste est affecté au financement de la protection sociale. En Allemagne, le coût horaire moyen est inférieur à 32 euros, mais le salaire effectivement versé au salarié est proche de 25 euros.

Les salariés français seraient donc gagnants si la France entreprenait de repenser la structure de coût de sa sécurité sociale, afin de moins pénaliser l’emploi, de moins alourdir la charge de recrutement, et de redonner de l’air au salaire réel. Mais, pour cela, il faudrait éviter le conflit d’intérêt dans le combat syndical. Rappelons que les syndicats de salariés s’opposent à cette logique car ils sont administrateurs de la sécurité sociale… et que la fiscalisation de celle-ci privera la gouvernance syndicale de toute légitimité.

L’Etat belge pour le port du voile en entreprise

Malgré les attentats du 22 mars 2016, l’Etat belge prend une position stupéfiante: il délègue un avocat, aux frais du contribuable, pour combattre devant la Cour de Justice de l’Union Européenne l’interdiction du port du voile en entreprise.

L’Union Européenne accepte l’interdiction du voile en entreprise

Rappelons d’abord cette décision de la Cour de Justice de Luxembourg dans le cadre d’une question préjudicielle posée par la Chambre de Cassation belge, concernant une salariée licenciée parce qu’elle portait un voile islamique dans son entreprise:

Dans ses conclusions de ce jour, l’avocat général Juliane Kokott estime que l’interdiction faite à une travailleuse de religion musulmane de porter au travail un foulard islamique ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion, dès lors que cette interdiction s’appuie sur un règlement général de l’entreprise interdisant les signes politiques, philosophiques et religieux visibles sur le lieu de travail et ne repose pas sur des stéréotypes ou des préjugés relatifs à une ou plusieurs religions déterminées ou aux convictions religieuses en général. Dans un tel cas, il n’y a en effet pas de traitement moins favorable fondé sur la religion.

On ajoutera ici les considérations pleines de bon sens exposées par l’avocate générale:

Cependant, alors qu’un travailleur ne peut pas « laisser au vestiaire » son sexe, sa couleur de peau, son origine ethnique, son orientation sexuelle, son âge ni son handicap dès qu’il pénètre dans les locaux de son employeur, on peut en revanche attendre de lui une certaine retenue pour ce qui concerne l’exercice du culte au travail, que ce soit en matière de pratiques religieuses, de comportements motivés par la religion ou, comme en l’espèce, de tenue vestimentaire. L’étendue de la retenue qui peut être attendue d’un travailleur dépend de l’examen global de tous les éléments pertinents du cas d’espèce.

La clarté de cette prise de position se passe de tout commentaire. Reste à savoir quelle position la Cour de Justice retiendra in fine.

L’Etat belge pour le port du voile en entreprise

C’est donc avec la plus grande stupéfaction que la presse belge nous révèle que l’Etat belge, frappé il y a moins de trois mois par des attentats épouvantables revendiqués par des salafistes, a décidé de dépêcher un avocat pour contrer la position de l’avocate générale de la Cour de Justice.

Le ministère belge des Affaires étrangères a envoyé un avocat devant la CJUE pour défendre la position préparée par l’administration de l’Emploi, qui stipule qu’il s’agit en l’occurrence d’une discrimination directe.

Aucun des ministres contactés par L’Echo n’a souhaité commenter la position belge dans ce dossier.

Rappelons qu’une loi belge interdit le port du voile pour les fonctionnaires en service. Une fois de plus, on ne peut que s’interroger sur la dissociation d’attitude entre l’Etat employeur et l’Etat législateur, en Belgique comme en France. Pourquoi exiger des entreprises qu’elles accèdent à certains droits dont les fonctionnaires s’exonèrent?

La Belgique, inutile et toxique

Tout le monde se souvient que la Belgique est une création de la Prusse et de l’Angleterre de 1815 destinée à amputer la France de ses territoires naturels pour l’affaiblir après l’épisode bonapartiste. Cette fiction allègrement maintenue vivante depuis 200 ans à force de récits fabriqués de toutes pièces sur « les Belges » montre, année après année, sa toxicité pour la France.

Par une faiblesse coupable liée au naufrage français totalement imputable à une élite décadente, la France n’a pas décidé, le 14 novembre 2015 au matin, de reprendre en main les quartiers de Bruxelles passés sous contrôle islamiste. Pire: une part non négligeable de l’élite française continue à se comporter comme une cinquième colonne en pariant sur le salafisme pour assurer sa réélection. Les dernières décisions d’Anne Hidalgo l’ont montré.

Placés sous l’hypnose de médias abondamment subventionnés par l’Etat, l’opinion publique s’entend à longueur de temps dire que tous ceux qui contestent ce travail de sape sur nos valeurs laïques sont de dangereux extrémistes fascistes. Quand les effets de l’hypnose se dissiperont, il sera sans doute trop tard.

Benzema à l’assaut de la laïcité

L’affaire Benzema n’est pas seulement l’illustration d’une habituelle (et agaçante) victimisation en vigueur dans certaines communautés issues de l’immigration – victimisation bien connue de tous ceux qui habitent les quartiers sensibles et qui s’entendent reprocher leur prétendu racisme à tous bouts de champ. Elle s’intègre dans un mouvement beaucoup plus inquiétant de contestation qui vise la laïcité et qui rencontre de nombreux émules au sein de la gauche bien pensante.

Benzema ne chante pas la Marseillaise, mais veut représenter la France…

Le tabou règne sur les mécanismes qui ont poussé un joueur de football d’origine algérienne à expliquer sa non-sélection dans l’équipe de France par le racisme des Français.

Voilà quand même un homme de trente ans, né à Lyon, qui a bénéficié de la formation apportée par l’Olympique Lyonnais, grâce à laquelle il gagne aujourd’hui 7 millions d’euros par an, soit plus que la plupart des patrons quinquagénaires diplômés de grandes écoles. Victime de ce traitement épouvantablement raciste et discriminatoire, Benzema s’est senti obligé de faire chanter un de ses coéquipiers pour gagner quelques centaines de milliers d’euros de plus. On a bien conscience que ce sont les Français qui l’ont poussé à ce comportement de voyou et que lui-même n’y est pour rien.

Au passage, Benzema s’était illustré par son refus de chanter la Marseillaise

Donc, voilà un joueur dont la France a détecté le talent, qu’elle a formé, qui est riche à millions, qui ne respecte pas les lois, qui se montre pour le moins indélicat vis-à-vis du maillot de l’équipe nationale, et qui reproche aujourd’hui un racisme foncier à un pays dont il aimerait pourtant être le représentant. Benzema, l’enfant roi qui découvre que la planète ne tourne pas autour de lui et que lui aussi doit accepter les règles de la vie en collectivité…

Toutes les règles sont racistes si elles sont impartiales

La question est de savoir pourquoi un acteur comme Jamel Debbouze a pu voir, dans ces agissements d’enfant gâté qui a besoin d’être remis à sa place, un symbole de la discrimination infligée aux enfants issus de la communauté algérienne:

Ces gamins représentent en plus tellement de choses, notamment en banlieues. N’avoir aucun de «nos» représentants en équipe de France… Quand on vient des quartiers, on a une mécanique qui nous est propre. Avec un mélange de joie, de frustration et d’envie, on veut bouffer la terre entière mais avec nos potes et notre famille. Tant qu’on ne permet pas aux quartiers d’évoluer et qu’on en fera pas des Sillicon Valley, qu’on ne leur permettra pas de s’épanouir humainement, socialement et économiquement, on «leur» en voudra toujours d’être ce qu’ils sont.

Là encore… Voir dans Benzema l’illustration d’un jeune des quartiers que la France a empêché de s’épanouir est un foutage de gueule intégral, révélateur du ressenti spécifique aux enfants issus de l’immigration algérienne vis-à-vis du racisme. Entend-on un seul Asiatique en France revendiquer une représentation chinoise ou viêtnamienne dans l’équipe de France? Entend-on un seul Asiatique expliquer cette absence par un prétendu racisme des Français?

Sur le fond, il faut avoir le courage de dire que l’immigration algérienne a un rapport malsain à la loi et à la règle: toute loi est raciste dès lors qu’elle contrevient à la volonté individuelle, toute règle est discriminatoire dès lors qu’elle limite le désir au lieu de l’accomplir. Qu’un entraîneur d’obédience chrétienne écarte un jeune issu de l’immigration algérienne pour un faisceau d’indices objectifs et de bon sens, et c’est forcément la preuve qu’il est raciste.

Dans ce réflexe, on retrouve bien l’idée que la règle sociale doit être organisée autour de la satisfaction individuelle du mâle dominant qui doit avoir tous les droits, et non autour de critères objectifs et rationnels, impartiaux et argumentés.

Dans la réaction identitaire des Debbouze et Benzema, on ne dit pas assez que c’est le principe de l’impartialité de la règle, le fondement de l’Etat de droit qui est remis en cause.

Quand la partialité du droit devient un projet politique

Beaucoup de (faux) bisounours de gauche (qui misent sur les « communautés » pour être élus et aller à la gamelle) font semblant de répéter avec sérieux que la question identitaire est un paravent pour occulter la question sociale. Tout le monde qu’il n’y a pas plus de réaction identitaire en France qu’il n’y a de beurre en branche dans la campagne normande.

Le sujet est en revanche de savoir si oui ou non la revendication religieuse du prolétariat musulman peut être reçue comme telle en France, avec toute la dimension politique qu’elle comporte. Quand Debbouze parle de « nos représentants » en équipe de France, il exprime bien un projet politique de fait consistant à mettre l’Etat au service d’une communauté dont la vision du monde s’appuie sur une doctrine religieuse. Je n’entends pas ici dire que Debbouze est un salafiste. En revanche, il est évident que les valeurs qui fondent l’identité du « nous » se distinguent d’abord par une foi dans l’Islam dont la conception politique entre en collision frontale avec les principes de la laïcité.

Les (faux) bisounours porteront une lourde culpabilité pour refuser d’entendre que le prolétariat musulman ne revendique pas la dictature du prolétariat, ni la lutte des classes, mais une modification fondamentale des règles en vigueur dans l’Etat de droit au profit d’une doctrine étrangère à la démocratie libérale.

Haro sur la laïcité et la liberté de penser

Ce qui fait froid dans le dos, c’est la complicité naturelle qui se dégage de plus en plus souvent entre le projet politique des Benzema, qui repose sur une subordination de l’Etat de droit aux magouilles individuelles, façon FLN et Bouteflika, et la fascination suicidaire des bisounours pour une religion qui les hait structurellement.

Je prends ici l’exemple d’un article produit par Slate, sous la plume d’Aude Lorriaux, consacré à la laïcité. J’en extrais un florilège:

Car, depuis plusieurs années, les critiques à l’encontre de la conception française de la laïcité se multiplient, et plus généralement des critiques accusant le pays de racisme et d’islamophobie. Dans le viseur, tout particulièrement, les différentes lois sur le voile, qui ont progressivement restreint les libertés religieuses des musulmans. (…)

La France est de plus en plus perçue par une partie de l’opinion publique mondiale comme hostile aux immigrés et particulièrement aux musulmans. (…)

Ces critiques ne concernent pas d’ailleurs que les opinions publiques de pays musulmans, ou que les opinions publiques tout court. Elles gagnent aussi le milieu intellectuel des pays développés. (…)

Mais son objectif <du site du ministère des Affaires Etrangères> n’est de toute façon clairement pas de présenter un tableau objectif des discriminations et du racisme en France mais bien de mettre en valeur l’action du gouvernement sur le sujet, pour contrer l’isolement du pays, seul dans le monde à défendre sa «laïcité». Une laïcité de plus en plus virulente et perçue par le reste de la planète comme le cache-misère d’un racisme diffus.

Certains sont manifestement impatients d’importer la conception anglo-saxonne de la liberté religieuse… qui s’appelle le communautarisme.