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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Rémunération des patrons: le dilemme…

Faut-il limiter la rémunération des patrons à 100 SMIC comme le propose l’Appel des 40? On mettra ici à part l’agaçante consanguinité et non-exemplarité des signataires de ce texte mobilisés par Libération (dans une sorte de vivier ou de réserve où ce sont toujours les mêmes qui se retrouvent à agiter les mêmes idées présentées comme nouvelles, inattendues… à peu près aussi inattendues que la moyenne des articles fournis par ce quotidien dont la foi en l’ouverture d’esprit gagnerait à être, de temps en temps, suivie de quelques actes), et on en viendra directement au fait.

Arrogance ou bêtise des patrons?

La question de la rémunération des patrons illustre quand même un étonnant paradoxe.

D’un côté, la presse française est pratiquement tout entière tombée entre les mains du grand Capital, comme disait le vieux Marx. Ceux qui sont visés par l’appel se sont donnés les moyens de mener une lutte idéologique destinée à préserver leurs intérêts. Les lecteurs de ce blog savent que je ne manque jamais de souligner que cette lutte est menée avec la complicité de l’Etat. Les subventions du ministère de la Culture aux danseuses des très riches sont extravagantes: plus de 15 millions d’euros pour le Monde ou pour le Figaro, par exemple.

L’appel des 40 fait vivre l’illusion que le meilleur rempart contre la boulimie des grands patrons s’appelle l’Etat. C’est évidemment une fiction, puisque l’Etat est un instrument entre les mains de ces grands capitalistes pour défendre une stratégie bien pensée: l’Etat finance la « solidarité » qui permet d’acheter l’ordre social en pompant les classes moyennes, mais en exonérant assez largement les plus riches.

Pour que la presse finisse par en appeler à une loi qui changerait la donne et qui plafonnerait les rémunérations des patrons, il faut vraiment que les abus soient grands ou alors la maîtrise de l’information très faible. Ou les deux. Dans tous les cas, on peut penser que les bénéficiaires de ces rémunérations extravagantes sont suffisamment grands pour défendre leur bout de gras tout seuls, et qu’ils n’ont pas besoin de nous pour leur faire l’article.

Que peut-on s’acheter avec 150.000 euros par mois?

Au demeurant, sur le simple plan de l’hygiène de vie, il faut quand même un jour entrer dans les « coulisses » de la richesse et mesurer ce que signifie percevoir une rémunération équivalente à 100 SMIC.

Premier point: l’honnêteté oblige à préciser que 150.000 euros bruts valent environ 120.000 euros nets, soit un disponible mensuel réel d’environ 50.000 ou 60.000 euros, une fois que les impôts sont passés par là. La bonne question est de savoir quel mode de vie on peut avoir lorsque l’on dispose d’une cagnotte nette de 50.000 euros chaque mois…

Pour ce prix, on peut disposer d’un appartement de 400m2, loué 10.000 euros par mois, à Neuilly, sur l’ile de la Jatte. Il reste donc 40.000 euros à dépenser. Comme nul ne sait de quoi demain peut être fait, rien n’empêche de faire un peu d’épargne. Disons qu’une somme de 10.000 euros par mois mise de côté permet de se constituer une petite cagnotte de précaution.

Restent encore 30.000 euros à dépenser. Comme il faut penser à un petit budget vacances, on ajoute 5.000 euros chaque mois dans la tire-lire petit cochon au-dessus de la cheminée pour se payer un peu de bon temps. Un budget annuel de 60.000 euros pour les vacances doit permettre de pourvoir à trois semaines en août et quinze jours en décembre.

Ne restent plus que 25.000 euros à dépenser. On part ici du principe que l’entreprise qu’on dirige pourvoit à la voiture, au chauffeur, au jet privé et autres faux frais. On décide donc, pour vider le portefeuille, d’aller au restaurant deux fois par jour avec sa femme et ses deux enfants. Soit environ 240 repas mensuels à 100 euros par personne. Ah! on atteint maintenant 24.000 euros de dépenses.

Zut! il ne reste plus que 1.000 euros pour les faux frais…

Finalement, c’est quand même un peu juste. Va falloir taper dans les économies pour tenir!

Le patronat peut-il se passer de l’Etat?

Blague mise à part, tout le sujet du grand patronat français tient évidemment à sa capacité à prendre conscience du rôle qui lui incombe dans la société. Nous connaissons tous la litanie sur la rémunération du risque et des responsabilités. Quelle que soit, aux yeux des bénéficiaires de ces rémunérations, la justification de ces choix, aucun patron ne peut prétendre qu’il est à la hauteur de sa mission s’il ne tient pas compte des ressentis de son environnement, et spécialement des ressentis de la société dans laquelle il s’inscrit.

Les grands patrons français ne peuvent donc légitimement ignorer qu’ils sont au pied du mur. Soient ils se décident à respecter de bonne foi le code AFEP-MEDEF qui encadre la pratique des rémunérations, et ils seront globalement à l’abri des intrusions du législateur. Soient ils rééditent les exploits de Carlos Ghosn, qui a fait donner son conseil d’administration contre son assemblée générale d’actionnaires en s’asseyant allègrement sur les prescriptions du code, et le pire est à craindre.

Dans la pratique, les grands patrons donnent le sentiment de ne pouvoir dominer leur cupidité et leurs appétits de pouvoir. Tout en eux appelle à la transgression des règles jusqu’à ce que l’Etat intervienne, sous la pression d’une opinion publique plus ou moins chauffée à blanc par des opportunistes aux visées électorales. C’est regrettable ou non, mais c’est ainsi, et le sens des responsabilités suppose de l’intégrer dans ses anticipations.

Le dilemme des entrepreneurs français

Pour beaucoup d’entrepreneurs français, cette affaire est ennuyeuse parce qu’elle constitue une sorte de douloureuse épine dans le pied. L’immense majorité des patrons français se verse une rémunération bien plus raisonnable, et souvent inférieure à la réalité de la valeur créée par l’entrepreneur lui-même. Le phénomène des rémunérations extravagantes concerne d’ailleurs beaucoup plus des managers, comme Carlos Ghosn, que des créateurs d’entreprise.

Quel camp choisir dans ces injonctions complexes?

Le drame absolu consisterait sans doute à accepter le précédent fâcheux d’une loi fixant la politique de rémunération des entreprises. Chacun sait quand commencent les précédents et nul ne sait où ils se terminent. Statistiquement, il est en tout cas démontré qu’ils se terminent généralement mal pour les petits patrons.

En revanche, tout patron responsable sait qu’il ne sera pas indéfiniment possible de demander des réformes de structure rigoureuses et difficiles sans que les patrons ne fassent la police dans leur rang, et ne s’engagent à respecter les règles qu’ils se sont eux-mêmes fixées. A commencer par la règle première du capitalisme: celle du pouvoir des actionnaires, qui a été bafouée chez Renault.

Un avion d’Egyptair détourné il y a un mois

La disparition de l’avion d’Egyptair au départ de Paris soulève évidemment beaucoup de questions, et le monde entier retient son souffle pour qu’il ne s’agisse pas d’un nouvel attentat. Dans ce cas de figure, les circonstances de son organisation poseront forcément question. Le gouvernement français a, au passage, annoncé que trois officiers de police étaient à bord de l’avion…

Pour Egyptair, en tout cas, le dommage est sérieux. La compagnie sortait à peine d’une grève des pilotes, qui réclamaient une augmentation de salaires. Surtout, le 29 mars, la compagnie avait défrayé la chronique, puisque l’un de ses avions avait été détourné sur Chypre par un passager muni d’une fausse ceinture d’explosifs.

Les autorités de Chypre et d’Egypte s’étaient alors entendues pour soutenir que le passager était un déséquilibré qui avait commis son acte dans un moment de désespoir amoureux. Bien sûr, bien sûr. C’est bien connu, quand on a un chagrin d’amour, on se fabrique une fausse ceinture d’explosifs et on détourne un avion pour crier sa douleur, en se faisant passer pour un kamikaze.

L’affaire a paru tellement grotesque aux autorités chypriotes que le pirate est toujours en détention, et toujours interrogé par la police. La période n’est décidément pas faste pour l’Egypte, qui peine à tourner la page de son Printemps Arabe, et apparaît une fois de plus comme infectée de terroristes salafistes.

On se rappellera également que le 31 octobre 2015, un Airbus d’une compagnie russe avait explosé peu après son décollage de Charm-El-Cheikh… Une bombe avait été placée à bord durant l’escale à l’aéroport.

 

La Belgique victime d’un complot maçonnique?

La vie politique, en Belgique, est décidément pleine de surprise. Le président du parti catholique flamand vient d’accuser les loges maçonniques de manoeuvrer pour transformer la Belgique en Etat laïque, après les attentats du 22 mars!

Les catholiques flamands ou le monde à l’envers

C’est décidément le monde à l’envers. On sait que le terrorisme belge s’est nourri du communautarisme organisé par Philippe Moureaux, le bourgmestre socialiste de Molenbeek. Tout prêterait donc à croire que les forces catholiques du pays se mobilisent pour contrer le salafisme en Belgique. Rappelons ici que la Belgique, Etat inventé de toute pièce (Etat synthétique en quelque sorte) par les Prussiens et les Anglais pour affaiblir la France (et qui a démontré le 13 novembre dernier toute son efficacité dans cette mission), n’est non seulement pas un Etat laïque, mais s’offre même le luxe de subventionner les cultes.

Dans un retournement de situation tout à fait curieux, ce sont les socialistes (francophones) et les libéraux (toutes communautés confondues) qui réclament la reconnaissance de la laïcité comme principe constitutionnel. Les catholiques flamands s’y opposent, et les Flamingants de la NVA souhaitent une voie médiane.

Un complot maçonnique en Belgique?

Le président du parti catholique flamand, Wouter Beke, n’a donc pas hésité à soutenir, dans une interview au magazine Knack, à propos des aspirations à la laïcité:

Dat lijkt mij duidelijk: wij worden geconfronteerd met een logeagenda.

(Ce me semble clair: nous sommes face à un agenda des loges maçonniques)

Voilà qui n’y va pas de main-morte, et laisse transparaître une véritable dégradation du climat politique belge après les attentats de mars. Dans le même temps, en effet, la NV-A, pourtant héritière du catholicisme nationaliste flamand tel qu’il s’exprime au sinistre mémorial de Dixmude, a reproché à l’enseignement catholique belge de favoriser le communautarisme musulman.

Au passage, les Belges se demandent s’ils doivent ou non indiquer dans leur Constitution que l’appartenance religieuse ne peut placer personne au-dessus des lois. Un débat anachronique, à la limite de l’absurde, qui interroge sur le destin occidental.

Comment Valls a utilisé la police pour casser la contestation

Article écrit pour Atlantico

Manuel Valls a sans doute beaucoup de défauts, mais il a une compétence incontestable: l’utilisation discrète, mais redoutablement intelligente, de la police pour neutraliser le « mouvement social » qui lui fait barrage. L’histoire de la loi Travail en a donné un exemple particulièrement abouti. À de nombreux égards, la maîtrise du Premier Ministre, et de son ministre de l’Intérieur, excèdent ici le simple savoir-faire pour flirter avec le talent, et peut-être même le génie.

Valls et la Nuit Debout: un premier tour de force

Qu’on le veuille ou non, la première marque de génie de notre Premier Ministre dans la gestion de la contestation s’appelle la Nuit Debout. Bien entendu, celle-ci s’appuie sur un fond réel et spontané de mécontentement qui occupe beaucoup nos étudiants universitaires fâchés avec les diplômes, et un certain nombre de bobos dont la prolétarisation rampante nourrit les palabres.

Tout le génie du pouvoir policier consiste non pas à combattre ce type de mouvement, mais « à faire avec » intelligemment pour donner l’illusion de son indépendance, tout en neutralisant ses effets néfastes. Dans le cas de la Nuit Debout, la première intuition géniale de Manuel Valls a consisté à comprendre que des contestataires cantonnés tous les soirs sur une place de Paris étaient moins dangereux que des contestataires livrés à eux-mêmes tous les jours dans les rues.

La sédentarisation du mouvement, sa fixation en une zone géographique délimitée, a permis de le circonvenir, de le neutraliser, et de l’éroder sans stress majeur.

Comment Valls a circonvenu la Nuit Debout

Si le gouvernement n’est pas à l’origine de la Nuit Debout (opération planifiée plusieurs semaines à l’avance par l’équipe qui a réalisé Merci Patron!), Valls a eu l’intelligence d’en mettre la prolifération sous contrôle. La création très rapide d’un site Internet dédié à l’événement par des proches du Parti Socialiste a permis de mettre l’ensemble de l’expression du mouvement en pilotage automatique.

On se souvient ici que le nom de domaine « Nuit Debout » est géré par l’agence RAIZ dont le patron est un certain Baki Youssoufou. On n’a peut-être pas assez dit que Youssoufou est le fondateur de Wesignit, une plate-forme de pétitions en ligne.

Il se trouve que Wesignit n’est pas complètement née de la seule volonté de Youssoufou. Cette plate-forme est une émanation (un spin-off pour les bobos) de la Netscouade, l’agence du très socialiste Benoît Thieulin. Rappelons que ce dernier fut le responsable de la campagne Internet de Ségolène Royal, et, en récompense de ses bons et loyaux services, fut nommé en janvier 2013 président du conseil national du numérique.

Le site de la Nuit Debout tenu par un proche du pouvoir socialiste, amusant non?

Comment neutraliser la Nuit Debout?

Pour neutraliser en douceur la Nuit Debout, le pouvoir n’a pas manqué d’idées astucieuses. La première a consisté à ne jamais dénigrer le mouvement, et même à lui accorder une sorte de capital de sympathie. La deuxième a essentiellement résidé dans une stratégie d’attrition. En interdisant l’installation du mouvement en dur (proscription des tentes, des installations pérennes, des « constructions au sol »), la préfecture de police a condamné les bobos du mouvement à reconstruire chaque soir ce qu’ils avaient dû déconstruire en partant.

Cette décision simple était un coup de génie, car elle s’appuyait sur la conviction, étayée par l’expérience, que le bobo parisien aime la prolétariat mais n’en partage ni la persévérance, ni l’ardeur. L’effort que cette reconstruction quotidienne demandait a vite épuisé les palabreurs du mouvement.

Une autre tactique a consisté à mettre en évidence, en permanence, la nécessaire délibération spontanée au sein de la Nuit Debout. Chaque jour, une masse de gens anonymes a donc défilé pour paralyser tout processus de décision. D’emblée, le mouvement était donc condamné à pourrir sur place, installé dans une précarité et une indécision qui ne pouvait que lasser les plus assidus.

La mise en avant des casseurs

Tout aussi astucieusement, le pouvoir a régulé les interventions policières dans les cortèges de manifestants pour dégrader l’image du mouvement et dissuader les militants syndicaux de se mêler à des défilés de plus en plus risqués.

On notera qu’il a fallu attendre cette semaine pour que les préfets interdisent à des « casseurs » identifiés de se mêler aux manifestations. Au demeurant, la justice administrative n’a pas fait grand cas de ces interdictions qui sont devenues toute symbolique. Mais preuve est donc faite qu’en plein état d’urgence, la police a identifié un certain nombre de fauteurs de trouble et les laisse délibérément en liberté. Le fait mérite d’être relevé: manifestement, les renseignements généraux, dont on connaît les défaillances en matière de terrorisme, sont restés très efficaces pour tout ce qui touche à la politique intérieure.

Dans le maintien de l’ordre, la police a en outre fait le choix de laisser agir les casseurs le temps qu’il fallait pour justifier des dispersions à coups de gaz lacrymogènes et de coups de matraques. Pour l’opinion publique, la contestation contre la loi Travail est apparue comme une opportunité de désordres inutiles. Pour les manifestants, cette stratégie a posé un rapide dilemme: qui a envie de perdre une journée de salaire en protestant contre une loi qui passe au forceps et qui ne rapporte que des coups de bâton?

Une parfaite maîtrise du calendrier

Dans cette stratégie, il existait un point de risque: la journée du 1er mai, où syndicalistes et contestataires auraient pu s’unir. Valls avaient d’ailleurs mis en garde tous les participants contre des dérapages ce jour-là. Une fois la « convergence des luttes » passée à l’as, plus rien ne s’opposait à un passage en force par le 49-3. Valls avait efficacement fait son oeuvre pour épuiser la contestation.

Un fâcheux rififi au MEDEF de Dunkerque

Personne n’en parle, mais beaucoup doivent y penser: le MEDEF de la Côte d’Opale connaît un véritable tremblement de terre, révélé par Le Phare Dunkerquois. Le président du conseil de surveillance de la « Maison Flamande » a démissionné de ses fonctions après que des soupçons sur des attributions illicites de marché aient pris de plus en plus d’ampleur.

Voici un florilège de l’article qui révèle l’affaire:

Le 2 mai dernier, Philippe Debernardi-Catrix a démissionné de son poste de président du conseil de surveillance d e la Maison Flamande après avoir quitté son poste de président de la commission d’appel d’offres.

Cette démission a été fortement encouragée par les instances locales du Medef, qui est l’un des deux principaux actionnaires de la maison flamande.

Patrick Gheerardyn, le directeur général du Medef dit avoir lancé cette démarche suite aux révélations de plusieurs entrepreneurs locaux du bâtiment, qui disent avoir été démarchés par un intermédiaire de M. Debernardi pour adhérer au Medef en échange de l’attribution de certains marchés.

Des faits plus graves pourraient être révélés par l’enquête policière. (…)

L’affaire aurait débuté avec la faillite d’une de ces entreprises du BTP. En épluchant ses comptes, on relève plusieurs irrégularités, dont certaines impliquent un intermédiaire en lien avec M. Debernardi. L’entrepreneur aurait admis avoir versé 5 000 euros à cet intermédiaire, en échange de l’assurance -verbale, ça va de soi- de remporter le chantier. Parallèlement, une seconde entreprise du BTP aurait fourni aux policiers des éléments de preuve de faits similaires.

Deux témoignages qui sonnent comme des pavés dans le marigot dunkerquois, et qui n’ont pas manqué de parvenir aux oreilles du directeur général du Medef Côte d’Opale, Patrick Gheerardyn et de son président, Thierry Malot. Et qui va amener les instances dirigeantes du Medef, par ailleurs actionnaires à 20 % de la Maison flamande, à prendre leurs distances avec un Philippe Debernardi devenu persona non grata… Patrick Gheerardyn témoigne : « C’est un peu délicat car les informations que nous avons sont verbales. Mais il y a un certain faisceau de circonstances qui ont conduit le Medef Côte d’Opale et son président Thierry Malot, à prendre des mesures de sauvegarde à l’égard d’agissements qui nous ont été rapportés oralement par un certain nombre d’entreprises. » Philippe Debernadi a été fortement invité à quitter la présidence de la commission d’appel d’offres de la Maison flamande : « Et comme le faisceau de circonstances est venu se préciser, Thierry Malot lui a enjoint de démissionner purement et simplement de la Maison flamande. »

Mais quels sont ces « faisceaux de circonstances » assez inquiétants pour que le Medef prenne ainsi le taureau par les cornes ? « Plusieurs entreprises, nous ont rapporté que M. Debernadi demandait à un tiers, que je ne connais pas personnellement de prendre contact avec des entreprises pour les faire rentrer dans un système et de les faire adhérer au Medef Côte d’Opale car cela fait partie du package. C’est inadmissible. » (…)

Un élu du Dunkerquois assure que selon ses informations, Philippe Debernardi et son intermédiaire auraient amassé un demi-million d’euros en échange de leur bienveillance envers certain bâtisseurs dunkerquois. Une autre source estime, « sans incriminer personne, je ne fais que relayer les rumeurs qu’on entend » qu’il s’agissait « de faire monter la marge de certains contrats pour empocher la différence… » Quant à la destination finale de ces sommes, alors là… ni notre élu ni les autres sources ne s’avancent. Les élus ne sont probablement pas assez bêtes pour empocher ce genre de commission directement. Interrogé, Patrick Gerrardyn a sa petite idée : « Ce qu’on va vraisemblablement trouver, c’est que certaines entreprises ont participé au financement de clubs ou associations liées à certaines municipalités. Ce qui en soi n’a rien d’illégal… si c’est fait volontairement par l’entreprise. » Et pas un chèque signé sous la pression pour remplir le carnet de commandes…

90% des migrants victimes d’un réseau criminel

Les migrants sont-ils les grandes victimes d’une manipulation criminelle? Un rapport commun d’Interpol et d’Europol sur les migrants en Europe met en lumière le caractère totalement artificiel du phénomène et les réseaux d’intérêt qui tirent profit de ce mouvement. On notera en particulier dans ce précieux document de synthèse que 90% des migrants sont aidés par des réseaux à caractère criminel. Ce trafic est lucratif: il aurait rapporté de 5 à 6 milliards de dollars aux trafiquants pour la seule année 2015.

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Selon Interpol et Europol, ces réseaux s’appuient sur un maillage de 250 camps à travers l’Afrique et le Moyen-Orient où se rassemblent les candidats au voyage. Celui-ci est organisé par des réseaux mafieux qui se livrent à une polyactivité (drogue, trafics en tous genres, etc.)

La carte des 250 « hotspots » est la suivante:

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On le voit, ces camps ne concernent pas que des pays en guerre.

Selon Europol et Interpol, 800.000 migrants attendent en Libye la possibilité de passer en Europe.

Le retour des migrants en 2016?

Rien n’exclut donc que la crise des migrants reviennent très vite en Europe cette année. Les risques de conflit ouvert en Libye pourraient attiser le phénomène. Celui-ci risque d’être accru dans l’hypothèse où la Turquie considèrerait l’Europe comme trop rigide dans ses règles d’adhésion et lui refuserait la suppression sans condition des visas pour ses ressortissants.

Dans tous les cas, la politique migratoire de l’Union devrait être affectée. De deux choses l’une: soit l’Union supprime les visas pour les ressortissants turcs, et elle s’expose au risque d’une arrivée massive de ce pays. Soit elle refuse de supprimer les visas, et tout laisse à penser que le président Erdogan relancera le flux de réfugiés sur les routes européennes.

La loi Travail veut tuer les franchises

À rebours du discours officiel, les réseaux de franchise devraient payer un prix très élevé à la loi Travail. Là où le gouvernement avait annoncé une simplification de la vie des entreprises, les franchisés devraient désormais se traîner de très lourds boulets qui posent un vrai problème: pourquoi le gouvernement sert-elle autant la soupe aux grandes entreprises, et pourquoi pénalise-t-il autant les plus petites d’entre elles?

La franchise, une excellence française

Le grand public connaît mal le système de franchise. Il constitue pourtant un fleuron français… que le Frondeurs devaient bien s’ingénier à bombarder sans coup férir. Quand une chose marche dans l’économie française, pourquoi ne pas la soumettre à des épaisseurs colossales de réglementation pour la tuer dans l’oeuf?

On le regrettera. La franchise, qui consiste à permettre à un petit commerçant d’exploiter, moyennant une redevance, une marque qu’il n’a pas créée, pèse en France plus de 50 milliards d’euros. En dix ans, le chiffre d’affaires du secteur a augmenté de 25%. En dix ans, le nombre de points de vente a été multiplié par 5 (pour dépasser les 60.000). Le secteur emploie près de 350.000 salariés. Cette réussite insolente valait bien une bonne punition, qui vient à point nommé puisque la France est leader mondial de la franchise! Cette situation anormale ne pouvait durer et il était du devoir des frondeurs d’y mettre bon ordre.

L’amendement des frondeurs devrait tuer le secteur

La fine équipe des justiciers, composée des incontournables Robiliard, Germain, Cherki, Carrey-Conte, Juanico et autres idéologues de la solidarité fantasmée, ont mis leurs forces en commun pour produire un amendement délirant qui oblige le franchiseur à créer une sorte de comité d’entreprise de derrière-les-fagots. En voici la description:

« Art. L. 23‑121‑1. – Les dispositions du présent titre sont applicables aux réseaux de franchise.

« Art. L. 23‑121‑2. – Dès lors qu’un réseau de franchise compte au moins cinquante salariés dans les franchisés et qu’il est reconnu, soit dans le cadre du protocole d’accord prévu à l’article L. 23‑121‑5, soit par décision du tribunal d’instance, le franchiseur a la charge de la mise en place d’une instance de dialogue dans les conditions prévues au présent titre.

« Art. L. 23‑121‑3. – Sur demande d’au moins une entreprise du réseau ou d’une organisation syndicale représentative au sein de la branche ou ayant constitué une section syndicale au sein d’une entreprise du réseau, le franchiseur doit procéder au plus tard dans les quinze jours à la convocation de la négociation du protocole d’accord prévu à l’article L. 23‑121‑6.

« En l’absence d’ouverture de négociation dans le délai de quinze jours, ou en l’absence d’un tel accord conclu dans un délai de trois mois, l’organisation syndicale mentionnée à l’alinéa précédent ou l’entreprise la plus diligente saisit le tribunal d’instance qui statue sur la reconnaissance et le périmètre des entreprises du réseau. Il fixe également les modalités d’organisation des élections des représentants des salariés élus à l’instance de dialogue.

Le tribunal d’instance compétent est celui du siège du franchiseur.

« Art. L23‑121‑4. – L’instance de dialogue comprend des représentants des salariés élus, un représentant des franchisés, assisté éventuellement d’un collaborateur ayant voix consultative, et est présidée par un représentant du franchiseur, assisté éventuellement d’un collaborateur qui a voix consultative.

« Jusqu’à 999 salariés, au moins un siège est réservé aux salariés élus au sein du franchiseur. Au delà de 999 salariés, ce nombre est porté à deux sièges.

« Art. L. 23‑121‑5. – L’invitation à la négociation du protocole préélectoral a lieu en application de l’article L. 2324‑4 du code du travail adaptées au niveau de l’ensemble des entreprises du réseau de franchise.

« Art. L. 23‑121‑6. – La validité du protocole est subordonnée à sa signature d’une part par la majorité des organisations syndicales ayant participé à sa négociation et à la signature par les organisations syndicales représentant plus de 50 % des suffrages au niveau de la branche, et, d’autre part, par le franchiseur, enfin par des franchisés qui comptent au moins 50 % des salariés du réseau ou constituent plus de la moitié des franchisés du réseau.

« Les modalités d’élections des membres représentants les salariés sont identiques à celles applicables au comité d’entreprise prévues à la section 2 du chapitre IV du titre II du livre III de la deuxième partie du code du travail et appréciées au niveau de l’ensemble des entreprises du réseau.

Comment tuer ce qui marche?

Le succès du système de franchise tenait à son extrême souplesse. L’inventeur d’une marque, au lieu d’ouvrir directement des magasins pour commercialiser ses produits, proposait à des commerçants de s’emparer de sa marque pour ouvrir leur propre magasin. Cette façon d’externaliser son réseau de distribution permettait donc à de petits commerçants d’ouvrir leur première boutique tout en assurant la prospérité du franchiseur.

En établissant de fait un lien de dialogue social entre le franchiseur et les salariés des franchisés, la loi Travail tue la souplesse du dispositif existant. D’une part, elle oblige le franchiseur à intervenir directement dans l’organisation interne des franchisés, ce qui revient à nier l’indépendance de ceux-ci. D’autre part, elle oblige à tuer la flexibilité du système en imposant des normes communes à tous les franchisés, alors que le système permet précisément des différenciations concurrentielles.

Les faux prétextes des Frondeurs

Pour justifier cet alourdissement considérable de nos sprinters commerciaux, les Frondeurs n’ont pas lésiné sur les arguments misérabilistes:

La France est présentée comme le «  leader européen de la franchise  ». Les derniers chiffres concordants mentionnent près de 350 000 salariés dans les réseaux de franchise, 70 000 points de vente et plus de 2800 réseaux différents. La forte augmentation de ces chiffres sur les dix dernières années confirme le développement de ce modèle économique.

Le chiffre d’affaires serait de plus de 53 milliards d’euros, et pourtant les salariés de ces réseaux connaissent les réalités sociales des salariés des TPE-PME, sans pouvoir bénéficier de la représentation du personnel, de la présence syndicale et des avantages sociaux que permet un comité d’entreprise.

Cet amendement a donc pour objet l’amélioration de la situation des 350 000 salariés de ces réseaux de franchise, notamment par la mise en place d’une représentation dont ils sont actuellement injustement privés.

Les affaires marchent, donc elles sont injustes et au détriment des salariés!

Aucun des Frondeurs ne prend évidemment la peine de souligner que la franchise est un bon moyen d’assurer la promotion sociale de beaucoup de salariés qui souhaitent ouvrir leur boutique. 75% des franchisés sont en effet d’anciens salariés. Chacun d’entre eux emploie en moyenne 7 salariés.

En rigidifiant les contraintes du secteur, c’est donc à un effet de désincitation par l’accès à la franchise que les Frondeurs se destinent. Punir les salariés qui « s’en sortent » et récompenser ceux qui ne sortent pas de leur case. Bel exemple de justice sociale!

La position absurde du gouvernement

Il se trouve que le gouvernement a validé, par le 49-3, cet article inique. En cherchant dans ces détails de la loi (en l’espèce cet article 29 A nouveau), la loi Travail allègera donc fortement les contraintes des grandes entreprises, et augmentera fortement celles des petites, soit en leur interdisant de déroger à la loi, soit en les obligeant à endosser des contraintes dont la loi débarrasse les grandes entreprises.

C’est le paradoxe du système Valls: fort avec les faibles, faible avec les forts. Le cas des réseaux de franchise est flagrant, au point d’être disproportionné. On se demande comment une manoeuvre aussi visible peut même passer. Bien au-delà des discours sur la flexibilité des entreprises, la loi Travail apparaît ici comme un nouveau jeu d’obstacles placé sur le chemin des petites entreprises.

Valls fort avec les faibles, faible avec les forts

Au total, la loi Travail devrait donc, sous couvert d’aider les entreprises, introduire d’importantes distorsions de concurrence entre les grandes entreprises, délivrées de contraintes anciennes, et les petites entreprises, alourdies de contraintes nouvelles. Cette logique nauséabonde soulève un vrai problème, si l’on se souvient que le cabinet El-Khomri comme celui de Valls refusent systématiquement d’écouter les organisations patronales sauf le MEDEF.

Manifestement, Myriam El-Khomri et Manuel Valls ont choisi leur camp: celui des grandes entreprises qui ont besoin de normes réglementaires nouvelles pour reconstituer leurs marges au détriment des petites entreprises peu capitalisées, indépendantes de l’Etat, mais agiles et donc très concurrentielles.

Contrairement au discours de la gauche de la gauche, la loi Travail n’est pas une loi contre le droit du travail ou contre les salariés, elle est une loi contre les plus petites entreprises et en faveur des plus grands capitalistes, liés à l’Etat par de multiples connivences.

À chacun, aujourd’hui, de choisir son camp.

Ulysse et les racines européennes de l’Eglise

Jean-Louis Poirier, qui fut mon professeur de philosophie, vient de consacrer un ouvrage saisissant à Ulysse, intitulé « Ne plus ultra ». J’en recommande vivement la lecture, même si elle s’adresse à un public intéressé par la philosophie, car elle éclaire, à sa façon, le débat en cours sur les « racines chrétiennes de l’Europe », qu’il serait plus juste de transformer en débat sur les racines européennes du christianisme.

Ulysse et la méfiance des Chrétiens

Ulysse est une figure mythologique qui a traversé les siècles et reste, aujourd’hui encore, un puissant paradigme de l’imaginaire occidental. Pour illustrer sa pérennité, on rappellera simplement que les virus informatiques sont régulièrement qualifiés de « Troians » en anglais, référence directe au cheval dont Ulysse eut l’idée pour s’introduire dans Troie sans combattre. Que l’emblème de la fourberie pour les geeks de Californie soit directement tiré de la guerre de Troie et de l’Iliade, oeuvre collective attribuée à un certain Homère qui vécut probablement il y a 2.700 ans en dit long sur la capacité du héros à traverser les siècles.

Après l’épisode de la guerre de Troie, Ulysse entreprend un voyage initiatique raconté dans l’Odyssée, que certains identifient comme l’ouvrage fondateur de la société civile. Le héros refuse en effet l’immortalité proposée par la nymphe Calypso, préfère retourner chez lui et construire politiquement, au milieu des mortels, une société heureuse. Cette préférence pour la cité des hommes ne pouvait qu’inspirer une profonde méfiance au monde chrétien.

Le phénoménologie ulysséenne de Jean-Louis Poirier

On doit à Jean-Louis Poirier d’avoir mis en lumière cette méfiance, ou ce trouble, en reprenant le passage que Dante consacre, au tournant du 14è siècle, à Ulysse, qu’il retrouve en enfer. Les amateurs de phénoménologie husserlienne retrouveront dans l’ouvrage la puissance de la méthode grâce à laquelle l’auteur explore patiemment les différents visages qu’Ulysse pouvait avoir dans la pensée médiévale.

Lorsque Dante évoque la figure d’Ulysse, il n’a pas lu l’Odyssée, il vit encore dans le monde clos d’un Moyen-Âge qui s’apprête à connaître le choc démographique de la grande Peste de 1349. La crise économique sévit. Si chacun comprend à l’époque (en ce sens, les années 1320 ressemblent beaucoup aux nôtres) que les frontières du monde sont trop étroites, une grande peur de les voir s’ouvrir s’empare des esprits.

Assez logiquement, l’Ulysse de Dante apparaît donc comme un héros déchu. Les tentatives d’exploration d’un monde nouveau qui brise les frontières et les croyances du cosmos médiéval ne lui valent que désillusion et destruction. Telle est la perception que Dante pouvait avoir d’Ulysse l’explorateur. Il faudra attendre plus d’un siècle pour que le monde occidental réhabilite la figure de l’explorateur à travers Christophe Collomb, dont Jean-Louis Poirier montre bien qu’il portait aussi en lui la figure du missionnaire.

C’est toute l’ambiguïté des relations historiques entre le christianisme et la pensée païenne. D’une certaine façon, au tournant de la modernité, l’Eglise s’est sublimée en acceptant de passer d’un monde clos à un univers infini à condition de pouvoir évangéliser cette infinité.

Christianisme européen ou Europe chrétienne?

Le débat est évidemment sans fin pour savoir si les racines de l’Europe sont chrétiennes ou si les racines du christianisme sont européennes. Il est en tout cas acquis, et Jean-Louis Poirier le montre brillamment, que la découverte d’un monde qui ne serait pas ordonné par Dieu a longtemps suscité la crainte et l’angoisse de l’Eglise. Celle-ci a donc « enjambé » la figure d’Ulysse pour s’appuyer sur la cosmologie aristotélicienne.

Très longtemps, la vision médiévale chrétienne de l’univers a trouvé ses racines dans une partie de la tradition philosophique grecque. Celle-ci soutenait que l’univers était un « cosmos », c’est-à-dire un ordre conçu, réfléchi, doté d’un sens. C’est en dépassant cet enfermement philosophique que le Moyen-Âge s’est finalement libéré de ses frontières et a accepté le principe d’une conquête de l’univers.

Dante constitue probablement l’un des penseurs de ce basculement. Son Enfer a bien « ramassé » les figures illustrant à la fois les peurs, les risques, les espérances et les illusions d’un monde débarrassé de ses vieilles croyances sur la présence de Dieu parmi les hommes. Ulysse en constitue probablement le point d’orgue.

Dans cette imbrication étroite entre la vision païenne et la vision théologique, l’histoire de l’Europe apparaît comme celle d’un syncrétisme progressif où le missionnaire réconcilie l’explorateur et le cosmos. Imaginer que le christianisme puisse s’affranchir, en abandonnant ses racines européennes, de cette volonté subreptice de conquête spirituelle constitue donc une plus ou moins douce illusion, puisque l’Eglise n’a pu survivre au traumatisme de l’héliocentrisme que par une volonté systématique d’évangéliser ce qui ne l’était pas encore.

L’illusion d’un christianisme sans pastorale

D’une certaine façon, la figure d’Ulysse a obligé l’Occident chrétien à repenser sa relation au monde. Le passage à un univers infini, et infiniment vide, a déplacé le champ de la théologie vers une incontournable pastorale, substitut obligé à un monde vidé de son sens.

C’est peut-être cette donnée historique qui manque à l’Eglise d’aujourd’hui pour comprendre l’origine de ses valeurs. Dans le flot des événements historiques, l’évangélisation fut indissociable de la colonisation. Et l’une ne pouvait être sans l’autre. Si l’une n’absout pas l’autre, il n’en demeure pas moins que si un pape existe encore aujourd’hui comme chef d’un Etat puissant et respecté, c’est bien parce qu’à une époque la dualité de cette réalité fut pleinement assumée.

 

Uber: le coup d’Etat de l’URSSAF Ile-de-France

Le gouvernement hésitait depuis longtemps à attaquer Uber en légiférant sur le lien de subordination que les chauffeurs entretiendraient avec la plate-forme. Autrement dit, des voix avaient penché à gauche depuis longtemps en faveur d’une reconnaissance du statut de salarié aux chauffeurs. C’est la méthode la plus simple pour tuer l’innovation: considérer que le travail libre des chauffeurs est en réalité un contrat de travail qui doit être soumis à cotisations sociales.

Le gouvernement a finalement renoncé, et l’URSSAF l’a fait. Une dépêche annonce que l’URSSAF Ile-de-France a saisi les tribunaux sur la requalification des liens entre chauffeurs et plate-forme. En l’espèce, c’est une procédure pour travail dissimulé qui est lancée au Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale (TASS) et au pénal. La très grande classe pour un organisme de sécurité sociale supposé protéger ses cotisants!

L’URSSAF a bien compris la menace Uber

Sans surprise, le Léviathan de la Sécurité Sociale a aussi peur que faim. Faim de cotisations qui lui échappent avec le développement (encore embryonnaire) de nouvelles formes de travail non soumises à cotisation. Peur de perdre le contrôle de la société. L’URSSAF est en effet en charge du recouvrement des cotisations sociales de l’ensemble du secteur privé.

Toute entorse à l’universalité des compétences urssafiennes constitue en effet un crime de lèse-sécurité sociale et une menace potentielle. Rien n’effraie plus la sécurité sociale que de voir interrompu son mouvement d’expansion permanente.

Qui a décidé à l’URSSAF Ile-de-France?

Reste que personne ne sait clairement, à ce stade, quelle mouche a piqué l’URSSAF Ile-de-France. S’agit-il d’une décision politique prise par le président MEDEF de cette URSSAF régionale? S’agit-il d’une décision validée par la tutelle ministérielle, exercée par Marisol Touraine? S’agit-il d’une décision prise par la seule technostructure de l’URSSAF?

Chacun de ces scénarios donne une portée différente à la décision. Selon l’implication plus ou moins grande des instances politiques dans le choix d’attaquer en justice la plate-forme californienne, on voit bien que l’impact est différent pour l’ensemble du système.

L’URSSAF, ce gouvernement profond

Une hypothèse très vraisemblable est celle d’une insistance forte de l’URSSAF auprès de sa tutelle à passer à l’action au nom des prérogatives qui lui sont données par le code de la sécurité sociale. Bien entendu, ce code ne prévoit en aucune manière la possibilité laissée à une union régionale de se substituer au gouvernement pour définir l’attitude à tenir face à l’économie numérique. En revanche, il légitime l’URSSAF dans les actions contentieuses pour récupérer les cotisations qui lui sont dues.

On voit comment, dans ce cas de figure, l’URSSAF tord les textes pour servir le gouvernement profond: protéger coûte-que-coûte le monopole de la sécurité sociale face à de nouvelles formes de travail.

L’utilité politique de la sécurité sociale

On sait en effet depuis longtemps que le monopole de la sécurité sociale n’est pas un enjeu social mais politique.

Socialement, les prestations offertes par la sécurité sociale sont fortement dégradées par rapport à des systèmes de protection sociale plus enclin à gérer le risque de façon efficace. En revanche, elle permet de « tenir » le petit peuple en lui offrant sans efforts des prestations de solidarité financées par les classes moyennes.

C’est pour cette raison que le gouvernement profond et ses technocrates favoris défendent avec autant d’ardeur notre système de protection sociale. Les Juppé, les Lemaire, adorent ce mécanisme d’équilibrage de la société qui permet d’arrondir les angles en préservant une égalité toute factice mais très populiste.

L’URSSAF en service commandé pour Marisol Touraine?

On imagine d’ailleurs assez mal que Marisol Touraine n’ait pas été au moins informée des intentions belliqueuses de l’URSSAF d’Ile-de-France. Le directeur de celle-ci sait trop qu’il risque beaucoup dans ce dossier pour n’avoir pas, au préalable, obtenu la protection de sa ministre.

Une fois de plus, la politique du gouvernement socialiste est donc indécodable. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre. À moins que personne, dans les cabinets entourant nos ministres, n’ait saisi la portée de ce qui se tramait au sein de l’URSSAF de Paris.

Dans tous les cas, on suivra avec attention la riposte d’Uber. Nous pouvons d’ores et déjà leur glisser quelques suggestions amicales. Par exemple, il y a sans doute beaucoup à creuser du côté de la régularité des statuts de l’URSSAF et du respect des procédures internes. En outre, l’article du Code de la sécurité sociale fixant les prérogatives des URSSAF mérite probablement un bel examen critique avec quelques questions prioritaires de constitutionnalité à la clé sur le droit qu’une instance de recouvrement peut avoir à décider de sanctions et de saisines judiciaires.

Dans les URSSAF, il existe des pouvoirs élargis qui flirtent avec la méconnaissance des libertés publiques fondamentales.

Et pourquoi des entrepreneurs ne se joindraient-ils pas à cette action pour renverser les bien trop gourmandes et puissantes URSSAF?

L’implosion universitaire, une tragédie française

C’est à une véritable implosion universitaire que nous assistons. Jointe à l’effondrement éducatif, la faillite complète de nos universités, après 4 ans de quinquennat voué à la « jeunesse », est un acte majeur de la tragédie française contemporaine.

Hollande, qu’as-tu fait de la jeunesse?

Faut-il rappeler que le candidat Hollande avait affirmé, en 2012, que la jeunesse était sa priorité? Dans un déni absolu des évidences et des réalités, il l’a d’ailleurs répété cette semaine:

La semaine dernière, les universités parisiennes ont annoncé qu’elles procéderaient par tirage au sort pour choisir leurs étudiants en médecine. Cette procédure inéquitable par principe (puisqu’elle donne autant de chance aux bons élèves qu’aux moins bons) existe déjà dans de nombreuses filières comme les STAPS (éducation physique et sportive). Pour la première fois dans notre histoire, elle devrait être mise en place pour nos futurs médecins:

« Il est difficile de dire à des bacheliers qui souhaitent s’engager dans des études très difficiles qu’ils ne pourront même pas tenter leur chance, déplore Rémi Patrice, vice-président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) chargé des études médicales. De plus, le tirage au sort élimine d’office des étudiants qui ont statistiquement le bon profil pour réussir, c’est catastrophique. » Sans compter qu’une fois éliminés au tirage, les étudiants n’auront pas de deuxième chance : l’année prochaine, le portail APB les considérera comme des étudiants en réorientation et non comme des nouveaux bacheliers, si bien qu’ils ne seront plus prioritaires.

Confier au hasard et non au mérite la sélection des étudiants: voilà qui en dit long sur l’impasse dans laquelle l’hypocrisie morale du hollandisme met la jeunesse elle-même.

L’hypocrisie du refus de la sélection à l’université

On le sait, depuis longtemps, la gauche refuse la sélection à l’université. Pourtant, les murs ne sont pas extensibles, les budgets (déjà importants) sont contraints. La meilleure solution consiste donc à mettre en place une sélection raisonnée et régulée à l’université: elle seule permettra aux meilleurs d’intégrer les filières où ils réussiront.

Au nom d’une idéologie égalitariste ahurissante, la gauche impose une procédure beaucoup plus injuste: le tirage au sort, qui permet à des « touristes » d’occuper le strapontin de ceux qui se sont préparés à des études. Comment imaginer meilleur moyen de dévaluer la formation universitaire au profit des grandes écoles beaucoup plus sélectives socialement? Comment imaginer meilleur moyen de décourager les lycéens à travailler, puisque leur sort sera réglé par le hasard?

La gauche refuse la sélection par le mérite pour imposer une sélection par la chance. Ce choix est écoeurant pour tous ceux qui viennent de milieux défavorisés et qui ne comptent que sur leur cerveau pour réussir.

Grand rabais sur la philosophie à l’université

Dans le même ordre de pratiques tendant à décourager les étudiants d’étudier, la décision prise à l’université Paris 8 de « donner » le semestre à tous les étudiants est tout simplement scandaleuse et affolante.

Les manifestations contre la loi Travail mobilisent moins. Malgré cela, la contestation se poursuit encore dans quelques établissements scolaires. Face au blocage, une décision étonnante a été prise à l’université Paris 8. Les partiels de philosophie sont purement et simplement annulés et l’examen va donc être donné aux étudiants.

Tous ceux qui connaissent des enseignants à l’université en ont plein les oreilles sur la baisse de niveau des étudiants et sur le déclin universitaire français. En même temps, et c’est toute l’injonction paradoxale des enseignants en France, aucun ne perd une occasion de contribuer au déclin qu’il condamne.

À Paris 8, la contribution annuelle consistera à évaluer de la même façon ceux qui ont suivi les cours, les ont travaillés et ont progressé, et ceux qui sont allés bavarder place de la République toutes les nuits sans rien apprendre.

Là encore, le paradoxe triomphe. Si l’on admet que la contestation dans les universités est nourrie par la précarisation des étudiants due à la baisse de niveau des études, on voit comment le diagnostic contribue à aggraver le mal.

L’université française dans l’impasse

C’est l’ensemble de notre système universitaire qui prend l’eau aujourd’hui, dans une indifférence complète des pouvoirs publics. Il est vrai que toute réforme de l’université expose à une grogne, surtout s’il s’agit de remettre en cause l’immense laxisme qui y règne. Electoralement, il vaut beaucoup mieux ne toucher à rien et laisser faire, surtout si l’électorat que l’on drague se trouve d’abord dans la sphère de l’enseignement.

En terme d’intérêt général, cette indifférence aux problèmes est tout simplement suicidaire pour le pays, et nous le paierons cher… et longtemps.