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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Black M et la soumission de la gauche

L’affaire Black M montre comment la gauche de gouvernement ne cherche même plus à cacher son goût pour le communautarisme. Subrepticement, c’est bien à un remplacement des valeurs républicaines par les valeurs communautaires que le Parti Socialiste procède. Ce remplacement procède de la lente soumission annoncée par Michel Houellebecq.

La fête communautaire à la place de la commémoration patriotique

Dans le silence absolu de la droite, trop occupée à préparer ses primaires, la mairie de Verdun a eu la curieuse idée d’inviter le rappeur Black M à commémorer la bataille qui fut une hécatombe en 1916. Ce choix, validé en comité interministériel, ne pouvait résonner que comme une provocation et prêtait forcément le flanc à une critique sans concession.

Il suffisait de lire ses propos en réponse à ses détracteurs avant l’annonce du concert:

« Qu’ils aiment ou pas ma musique : on va s’amuser », avait-il lancé.

Manifestement, Black M ne sait pas ce que fut la bataille de Verdun. Ou, s’il le sait, il n’y a vraiment aucun scrupule à avoir d’annuler son concert. Comment imaginer que l’on puisse rendre honneur à nos morts en présentant la commémoration de Verdun comme une fête?

Black M et le communautarisme

Avoir voulu transformer la commémoration de Verdun en une fête communautaire constitue un signal faible émis par la gauche sur sa soumission progressive aux valeurs des minorités qui n’aiment pas la République.

Black M s’est en effet illustré par des paroles de chanson qui se passent de tout commentaire.

Dans la chanson « Dans ma rue », reprise de Doc Gyneco, il lançait : « Les youpins s’éclatent et font les magasins ». C’est du direct.  Pas besoin de faire un dessin. Dans « Désolé », tube du groupe Sexion d’Assaut, hymne d’une francophobie décomplexée, on l’entend balancer tout de go : « Je me sens coupable quand je vois ce que vous a fait ce pays de kouffars ». Les « kouffars », en arabe, ce sont des mécréants. On voit le genre. Dans « On t’a humilié », un autre membre du groupe, Maître Gims, chante : « Je crois qu’il est grand temps que les pédés périssent. Coupe-leur le pénis, laisse-les morts, retrouvés sur le périphérique ». Question poésie, on est plus proche de Daech que de Rimbaud.

Ce rappeur a manifestement beaucoup d’audience dans les « quartiers ». Il est curieux que ce chantre de l’intolérance soit choisi pour célébrer la bataille de Verdun. On ne l’a en effet jamais entendu, jusqu’ici, regretter publiquement des paroles qui sont l’apologie d’un salafisme rampant dont les dégâts sont aujourd’hui bien connus des Français.

La soumission subreptice de la gauche

Il fallait entendre ou lire les réactions du gouvernement à la polémique pour comprendre l’étendue de la soumission dans laquelle la gauche est entrée.

Premier point: aucun ministre n’a pris la peine de rappeler qu’un comité interministériel avait validé la programmation des célébrations. Courageux mais pas téméraire, le gouvernement a évité d’assumer ses responsabilités, et préfère se réfugier dans une critique de la « fachosphère » à l’origine de la polémique. Mais il lui appartenait de maintenir le concert s’il jugeait l’annulation inopportune.

Deuxième point: le sous-ministre des Anciens Combattants, élu lorrain au demeurant, Jean-Marc Todeschini, a allègrement franchi un point Godwin en déclarant:

« C’est vraiment le fascisme qui nous attend »

Bien sûr: considérer qu’une commémoration patriotique ne doit pas servir à la légitimation officielle du communautarisme islamiste, c’est forcément du fascisme.

Troisième point: les propos de la ministre de la Culture Azoulay sur « l’ordre moral nauséabond ». On s’étonne là encore de voir un membre du gouvernement légitimer des chansons contraires à la République en stigmatisant ceux qui s’en indignent.

Comment fonctionne la soumission?

Ce qui est particulièrement intéressant dans cette affaire, c’est l’anatomie grandeur nature à laquelle nous pouvons nous livrer sur le phénomène de la soumission au communautarisme salafiste. On lira ici avec intérêt l’article de blog rédigé par la secrétaire nationale du MRC à l’éducation:

Doit-on confier le souvenir français aussi ancien et mythique à un homme validant les thèses indigénistes de la culpabilité coloniale? Je me surprends moi-même à répondre: Oh que oui. Après tout, nous avons voté les lois mémorielles rappelant les fautes de la France.

Tout est dit sur le fonctionnement de la soumission: la France est coupable de toute éternité et l’a reconnu. Il est donc normal, juste, que son organisation sociale soit aujourd’hui dominée par les indigènes de la République à qui elle a fait tant de mal.

Contester cette soumission aux indigènes, c’est le fascisme et l’ordre moral nauséabond.

Quel rapport de force aujourd’hui?

Dans toute cette affaire, la gauche explicitement et la droite implicitement abandonnent à la « fachosphère » le soin de lutter contre la soumission. C’est un choix lourd de sens par ce qu’il annonce.

D’une part, gauche et droite de gouvernement accordent toujours plus de champ d’action au Front National et aux « dissidents » de la fachosphère en faisant d’eux les porte-paroles officiels d’une conscience qui concernent de plus en plus de Français. Les partis de gouvernement souhaiteraient légitimer le rôle de la fachosphère en conscience républicaine qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

D’autre part, la fachosphère a marqué un point essentiel cette semaine en obtenant l’annulation du concert. La décision prise par la mairie de Verdun en dit long sur la recomposition politique qu’Internet permet. Si la mécanique des partis empêche toujours les « dissidents » d’arriver au pouvoir, en revanche Internet leur donne la puissance de faire barrage aux mauvaises décisions publiques.

Voilà qui en dit long sur les alliances tactiques à nouer demain pour redresser le pays.

Palestine: le calvaire oublié

Je publie aujourd’hui Des témoignages donnés à un colloque organisé au sénat sur la vie quotidienne en Palestine.

M. Jehad Abu Hassan : Bonjour à tous. Je voudrais d’abord remercier Monsieur le Sénateur Gilbert Roger et son équipe, qui m’ont aidé à sortir de la bande de Gaza et à venir jusqu’ici pour vous voir ce qui, comme vous l’avez compris, n’est pas chose aisée. Lorsque nous devons quitter la bande de Gaza, nous devons non seulement avoir un permis côté israélien, mais également un permis émis par l’Autorité à Gaza et, enfin, un permis côté jordanien. Parfois, on a bien l’un mais pas l’autre, donc c’est compliqué. Cette situation pose beaucoup de problèmes aux habitants de Gaza, notamment parce que le point de passage de Rafah vers l’Égypte est fermé. Les autorités égyptiennes ouvrent le passage tous les deux, trois mois pour un ou deux jours, permettant en général le passage d’au maximum 1 000 personnes, alors qu’il y a des dizaines de milliers de personnes qui attendent. Je vis à Gaza, je suis né à Gaza, je suis de Gaza, mes parents sont originaires d’un autre village à côté d’Ashkelon et je travaille à Gaza depuis 5 ans maintenant avec Première Urgence Internationale. Notre travail est surtout axé sur l’aide aux fermiers qui se trouvent dans la zone d’accès restreint. Ce matin, pendant la présentation de M. Imseis, vous avez pu voir une carte de la bande de Gaza qui montrait également que la zone accessible aux pêcheurs palestiniens était réduite, selon la volonté des autorités israéliennes, à 6 milles nautiques, mais en réalité, les pêcheurs ont beaucoup de difficultés au-delà de 3 milles nautiques. En ce qui concerne l’accès à la terre, que je vais traiter maintenant, la zone de non-construction et de non-accès était distante de 50 mètres de la frontière à l’époque du processus d’Oslo, puis elle s’est élargie jusqu’à constituer une bande de 300 mètres de large. Ce sont des « zones d’exclusion » (no go zones), indiquées en rouge sur cette carte. Les fermiers notamment ne peuvent pas y travailler et, de 300 à 1 500 mètres, l’accès est risqué. Dans les faits, la zone d’exclusion s’étend jusqu’à 500 mètres. Dans le village de Khuza’a, dans le gouvernorat de Khan Younès, dans le Sud de la bande de Gaza, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) veille aussi, en coordination avec les autorités israéliennes, à laisser passer quelques fermiers pour pouvoir cultiver leur terres dans la zone de 300 mètres.

La zone d’accès restreint représente pratiquement 35% de la terre arable à Gaza. Le ministère de l’agriculture estime les pertes résultant de cette situation à près de 60 millions de dollars chaque année. M. Duquesne disait tout à l’heure que le secteur agricole pouvait soutenir l’économie palestinienne. Malheureusement, il est très touché, particulièrement depuis la dernière guerre de Gaza : ces 51 jours ont été très dévastateurs, notamment dans cette zone à accès restreint du fait du passage des chars israéliens. L’opération terrestre, qui a eu lieu au mois de juillet 2014, n’a rien épargné, ni les infrastructures, ni les puits, ni les cultures. C’est donc une perte très conséquente pour les fermiers palestiniens. Cela s’ajoute à la situation économique, qui est déjà très difficile à cause du blocus qui restreint les possibilités d’exporter ou d’importer des biens. La fermeture de tunnels côté égyptien a également eu des conséquences : les fermiers vivant dans la zone à accès restreint ont été obligés, par exemple, de changer de type de culture car ils n’ont plus le droit de cultiver des cultures qui ont une hauteur de plus de 80 cm. Ils n’ont pas le droit d’investir, de construire des infrastructures, de réparer les puits. C’est donc un problème aussi lié à l’accès à l’eau pour l’irrigation. Ils ont interdiction d’aller cultiver leurs terres avant le début de la journée. Ils doivent partir dès que la nuit tombe. Les fermiers sont souvent sous le feu de coups de sommation et on dénombre parfois des blessés. Après la guerre de 2012, la guerre de 8 jours, les autorités israéliennes ont annoncé que les fermiers pourraient désormais aller jusqu’à 100 mètres de la clôture et cultiver leur terre. Après deux mois, ils ont changé d’avis en décrétant qu’ils devraient maintenant aller jusqu’à 300 mètres. Officiellement, il n’y a pas de dessin réel de la zone à accès restreint. Les Israéliens ne sont pas clairs là-dessus. D’après l’agence des Nations Unies pour les Droits de l’Homme en Palestine en 2013, 60 personnes ont été blessées dans ces zones. Sur les 60 personnes blessées, 9 étaient des fermiers. Ces pressions économiques affectent aussi toute la famille : la violence se développe au sein de la famille, il y a des conséquences sur le genre, le mariage précoce. Et les enfants sont parfois obligés de quitter l’école pour pouvoir aider leur famille économiquement. Comme vous le savez, 80% des Gazaouis vivent de l’aide humanitaire. On observe également que les gens consomment de plus en plus de nourriture de mauvaise qualité. Certains sont aussi contraints à manger en plus faible quantité ou à se séparer de certains effets personnels afin de subvenir à leurs besoins. Les gens font face à des difficultés car leurs dettes s’accumulent. C’était l’accès aux terres qui permettait de générer un revenu convenable pour la population. Avant la Première Intifada de 1987, étaient alors exportés beaucoup de produits agricoles palestiniens vers Israël, la Cisjordanie et la Jordanie. Les fermiers sont aujourd’hui confrontés à des difficultés quotidiennes. Ils risquent leur vie chaque jour lorsqu’ils tentent d’accéder à leurs terres pour les cultiver.

Notre association, Première Urgence, les aide. Nous avons aidé un paysan possédant une terre à l’Est de la ville de Khan Younès. Nous lui avons donné, après la guerre de 2012, des engrais, des réseaux d’irrigation, des semences et également une formation technique. Il a pu cultiver sa terre et tout allait bien. Après la guerre de 2014, ses cultures ont été arrachées, ses réseaux d’irrigation aussi. Même si cette personne pouvait générer un revenu en cultivant sa terre, la guerre est revenue et tout est perdu à nouveau. C’est malheureusement le cas d’environ 70% des fermiers que nous avions aidés. Avec trois guerres en trois années, la situation à Gaza est catastrophique.

M. Benjamin Sèze : Merci Monsieur Abu Hassan, je vous propose qu’on passe à l’exposé de votre collègue Monsieur Léopold qui va dresser un portrait complet de la situation sur l’ensemble des Territoires palestiniens et nous passerons ensuite aux questions.

M. Gaël Léopold : Avant de vous parler de la Cisjordanie, je voudrais rajouter quelques mots sur Gaza. La guerre de l’an dernier a détruit environ 17 500 maisons et mis à la rue 100 000 personnes. Un an après, ce que nous constatons sur le terrain est validé par les chiffres des institutions autorisées pour en parler. La reconstruction n’a toujours pas lieu. Il s’agit d’une conséquence directe du blocus malgré la tentative de mettre en place le GRM (Gaza Reconstruction Mecanism), un système tripartite entre le gouvernement israélien, le gouvernement palestinien et les Nations Unies, qui ne fonctionne pas. Les Israéliens éditent une dual used items list, une liste d’articles à utilisation double qui peuvent avoir non seulement une utilisation civile mais également une utilisation militaire. Dans cette liste, vous trouvez absolument tout, par exemple des billes d’acier de plus de 6 mm de diamètre, des poteaux en bois d’un certain diamètre ou d’une certaine résistance, des ciments d’un certain type etc. Cela réduit considérablement l’approvisionnement en matériaux de construction.

Depuis quelques mois, on peut seulement observer la reconstruction de quelques maisons. C’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins gazaouis actuels. Ceci est véritablement une conséquence directe du blocus. Pour rendre concret ce qu’est le blocus pour la population palestinienne, voici un exemple que m’a donné un collègue qui était à Rafah. Il m’a raconté qu’il essayait de passer les checkpoints en utilisant son réseau. Il m’a ensuite dit : « J’ai abandonné quand, à côté de moi, une personne qui avait développé une gangrène à la main, en était à sa sixième tentative de passage. C’était désormais une amputation du bras qui l’attendait ». C’est la réalité du blocus. C’est de ça dont on parle concrètement. Pour passer côté Cisjordanie, ce n’est pas forcément de meilleures réjouissances. Un de nos bailleurs principaux m’a dit, quand je suis arrivé à Jérusalem : « il n’y a pas de crise humanitaire en Palestine ». Je suis un peu l’actualité et j’étais déjà en poste sur place voici une quinzaine d’années. J’ai quand même été assez étonné par cette assertion. Je comprends qu’il plaçait la Palestine dans un contexte global en la comparant à la Syrie, à l’Irak. Effectivement, si on compare à ces crises humanitaires, la crise humanitaire en Palestine est très différente. Mais il y a une réalité humanitaire en Palestine qui est très diverse. À Ramallah, l’économie est relativement florissante avec un taux de croissance décent, autour de 3,5% cette année. Cependant, dès que vous sortez de Ramallah et que vous allez dans les petits villages du Nord de la Cisjordanie ou du Sud, qui sont constamment encerclés par les colonies, la situation est absolument différente. Il y a des zones rurales, des zones urbaines et ensuite il y a ce qu’on appelle la zone C. Ce matin nous vous avons montré sur la carte que la zone C représente à peu près 62% de l’intégralité de la Cisjordanie. Et dans ces 62% on retrouve à peu près 530 lieux d’habitation. Il s’agit de contextes ruraux, semi-ruraux. Cela représente jusqu’à 300 000 personnes. Les chiffres ne sont pas clairs et varient entre 180 000 personnes et 300 000 personnes qui vivent en zone C. Et dans cette même zone, on compte entre 335 000 et 350 000 colons israéliens. Comme vous pouvez le voir sur la carte, la zone C s’étend essentiellement dans la vallée du Jourdain mais pas seulement. C’est une zone qui, en fait, morcelle complètement la Cisjordanie, même dans la partie Ouest. Les zones A et B sont souvent des îlots perdus dans un océan de zone C. Il n’y a donc pas de continuité administrative ou territoriale entre les différentes zones A et B qui constituent la Cisjordanie. Dans la zone C, les communautés font face à des frustrations, des restrictions, imposées par le gouvernement israélien. Il n’y a, pour ainsi dire, aucun permis de construire délivré aux Palestiniens. Il me semble que seulement 3% des demandes de permis de construire sont approuvées par l’autorité israélienne. On constate des restrictions d’accès aux terres, que cela soit des terres agricoles ou des terres de pâturage. Dans ces zones-là, l’économie est essentiellement agricole et souvent basée sur l’élevage. L’accès aux terres de pâturage est donc restreint. Les restrictions portent sur tout type d’infrastructure, que ce soit des écoles, des maisons ou des abris pour les animaux. Dès que vous construisez un glacis de béton et de parpaings, il faut une autorisation. Si c’est fait sans autorisation, le risque est qu’à terme la structure soit détruite par Israël. Plusieurs éléments font que les populations qui vivent dans la zone C ont une perspective de développement quasiment inexistante. Leur perspective est plutôt une perspective de redéveloppement.

On parle beaucoup en ce moment de 46 communautés de Bédouins. Je parle ici de Bédouins sédentarisés qui historiquement pouvaient être des Bédouins nomades. Ils sont installés dans des structures assez éphémères, des maisons en tôle construites avec du bois, du plastique. Ce sont des maisons très rudimentaires. Ces 46 communautés risquent un transfert forcé, forcible transfer, qui est défini dans la Convention de Genève comme étant, potentiellement, un crime de guerre. Ces populations sont menacées d’un transfert car elles gênent le développement des colonies israéliennes. Effectivement, elles sont souvent localisées à proximité de colonies, elles reçoivent donc régulièrement des ordres de démolition ou des ordres d’arrêt de travail. Ces ordres de démolition sont accrochés dans les arbres ou laissés sous une pierre avec un délai pour y répondre. Souvent, les personnes concernées ne découvrent que trop tardivement ces ordres qui permettent à l’autorité israélienne de venir et de détruire les structures concernées. On compte 459 structures qui ont été démolies entre le 1er janvier et le 30 septembre de cette année 2015. Cela inclut, comme je le disais tout à l’heure, des maisons mais aussi des abris pour animaux, pour les outils etc. Ceci incite forcément la population concernée à partir. Nous pouvons alors parler de transferts forcés. D’après les Nations Unies, environ 6 000 personnes se sont déplacées depuis 2008. Ces déplacements ne se font pas manu militaripuisque les Israéliens ne les poussent pas physiquement à partir mais ils les y incitent fortement puisqu’il n’y a plus de moyens de subsistance à l’endroit où ces personnes étaient installées. Du fait de leur déplacement vers les zones A et B, les personnes libèrent des terres qui sont ensuite accaparées par Israël. Parfois Israël propose des lieux de relocalisation qui ne correspondent pas du tout aux standards culturels ou traditionnels de la population. Bien sûr, ces lieux ne répondent pas à la problématique des moyens de subsistance puisque ces personnes qui vivaient de leurs terres sont démunies de moyens de subsistance lorsqu’elles se retrouvent en ville.

Je vais vous donner un exemple très concret. Dans une communauté qui s’appelle Al Hadidiya, dans le nord de la vallée du Jourdain, vivent 82 personnes dont 35 enfants, dans 13 maisons. La communauté n’est ni connectée à l’eau ni à l’électricité, et sa principale source de revenu est le pâturage, l’élevage. Un des représentants de la communauté disait déjà en 2011 que d’après lui, depuis 1997 et à la suite de toutes ces restrictions qui sont imposées sur sa communauté, environ 40 familles ont quitté la communauté pour aller s’installer en zone A et B, ou ailleurs, afin d’essayer d’avoir une vie un peu plus décente et un meilleur futur. La semaine dernière, les ordres de démolition qui avaient été petit à petit délivrés dans cette communauté ont été en partie mis à exécution. Israël a détruit 14 structures dans la communauté et, de fait, 15 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile pour aller s’installer ailleurs. Une des réponses que nous apportons à travers un consortium d’ONG est une réponse en termes d’hébergement. Nous fournissons, bien que cela puisse sembler dérisoire, des caravanes, des mobil-homes, des tentes pour que ces personnes restent sur place et éviter qu’elles ne partent trop loin afin qu’elles ne libèrent pas complètement la terre. Cela peut être une solution temporaire pour leur permettre de réagir et de reconstruire pour rester sur place. C’est absolument dérisoire et, à terme, la situation se répète : cette communauté a déjà subi des destructions dans le passé. Il y en a eu l’année dernière et il y en en aura forcément dans le futur. Nous aidons, et Israël revient démolir ce qu’on avait installé la veille ou l’avant-veille avec le consortium d’ONG. C’est la réalité de la vie dans la zone C de Cisjordanie.

Je voulais ensuite évoquer le problème de la violence des colons. C’est une thématique sur laquelle nous travaillons énormément et qui impacte fortement la population palestinienne, pas uniquement en zone C mais aussi en zone A et B. Ce qu’il faut comprendre, c’est que même si vous habitez en zone B, vos terres sont souvent situées en zone C. C’est là que vous avez vos animaux, vos oliviers, une partie de votre héritage culturel et familial. On a pu observer la violence des colons avec ce qui s’est passé le 31 juillet 2015 à Douma. Elle peut se concrétiser par du harcèlement, de l’intimidation. Par exemple, cela peut être un colon qui passe avec son quad tous les vendredis matin à pleine vitesse à travers un village pour faire peur à tout le monde. Bien sûr, il est souvent armé. Cela peut prendre la forme d’attaques physiques concrètes, comme on l’a vu à Douma où des cocktails Molotov, lancés dans une maison, ont provoqué la mort de trois personnes dont un bébé de 18 mois. Cela peut aussi prendre la forme de champs brûlés, de champs de céréales qui étaient prêts pour la récolte notamment, cela peut être le déracinement d’oliviers, etc.

On recense depuis le début de l’année 210 attaques de colons en Cisjordanie, ce qui incite la population concernée à se réfugier à l’intérieur des zones B et A en libérant ainsi l’espace pour un accaparement éventuel du gouvernement israélien, essentiellement pour des raisons d’extension de la colonisation. Je vais terminer avec un dernier point sur cette violence des colons. Une de nos collègues deYesh Din, une ONG israélienne de défense des droits de l’homme, a enquêté sur les plaintes déposées par les victimes de violences de la part des colons israéliens. Lorsqu’un Palestinien est sujet à des attaques de colons israéliens, il doit se rendre dans l’équivalent d’un commissariat pour porter plainte. Or, le commissariat se trouve dans la colonie, il est donc compliqué de s’y rendre car les gens ne sont pas forcément autorisés à entrer dans la colonie. L’ONG Yesh Din est à l’origine des chiffres suivants.

91,6% des dépôts de plainte des victimes ne débouchent ni sur l’ouverture d’une enquête, ni sur une mise en examen. Sur les 8,4% restant, il y a seulement 1,9% de l’ensemble des plaintes qui débouchent sur une condamnation. Ces chiffres font état de l’échelle de l’impunité dont jouissent les colons israéliens en Cisjordanie. La situation humanitaire que connaît la Palestine n’est pas celle de la Syrie, de pays africains, ou de l’Irak. Cependant, il y a assez de restrictions dans les déplacements, dans les conditions économiques, pour que, dans ce pays qui pourrait fleurir économiquement, et je suis toujours aussi sidéré de voir que malgré tout ils arrivent à développer leur économie, 27% de la population vive en situation d’insécurité alimentaire. La population ne meurt pas de faim, mais elle est en situation d’insécurité alimentaire, ce qui signifie que le moindre aléa climatique, le moindre problème comme un champ brûlé, peut amener une famille à être complètement dépendante de l’assistance alimentaire internationale.

L’accumulation de tous ces facteurs fait qu’entre 2008 et aujourd’hui, 6 000 personnes ont laissé leur terre, leur maison, leur terrain pour se mettre en sécurité et essayer de se construire un avenir meilleur.

Martine Aubry: charité bien ordonnée commence par soi-même

Article écrit pour Atlantico.

Martine Aubry n’a rien perdu de son sens de l’humour très « pince-sans-rire » – tellement à froid qu’on se demande si elle a conscience d’être hilarante. Elle a notamment déclaré vendredi:

Il était donc possible de trouver une majorité parlementaire de gauche. Le choix d’utiliser l’article 49-3 n’est pas, dans ce contexte, acceptable. Il prive le Parlement du nécessaire débat démocratique auquel les Français avaient droit.

Oh! les belles déclarations de Martine Aubry en faveur du débat démocratique! Pousser aussi loin le comique de situation relève d’un exploit qui mérite d’être salué.

Aubry et la démocratie: une mémoire courte

Le plus plaisant, dans les discours de Martine Aubry sur la démocratie, tient évidemment à l’espèce d’ironie anti-phrastique dont ils sont forcément revêtus. Il suffit de se souvenir de la loi sur les 35 heures: certains parmi nous l’ont gardé en mémoire… (car, si cette loi paraît sortie toute droite de la Pré-histoire, elle ne fut adoptée qu’en 1999, et les dinosaures, contrairement à ce que croient nos enfants, avaient disparu depuis longtemps lorsque Martine faisait adopter sa loi éponyme).

À l’époque, Martine Aubry s’était assez peu préoccupée de « démocratie » au sens où nous l’entendons. Elle avait même allègrement berné le CNPF de l’époque en approuvant face à ses partenaires le principe d’une négociation par entreprise et en annonçant, à la sortie de la réunion à Matignon, une mesure d’autorité imposée par la loi. Ce bel exemple de démocratie en est un parmi d’autres qui légitime totalement et indéfectiblement Martine Aubry dans tout éloge de la concertation et du débat transparent.

Au passage, dix-sept ans plus tard, le débat sur la négociation du temps de travail en entreprise n’a pas évolué d’un pouce. Le marqueur est utile pour rappeler que la France aura perdu une génération (et de nombreux points de PIB) dans l’impossible adaptation de son droit du travail et dans la toujours inaccessible réparation des dégâts causés par l’expérience Jospin.

Les aubrystes ne sont pas en reste

Dans la secte aubryste, Martine n’est pas la seule à pratiquer des incantations en faveur de la démocratie, avec des airs de gourou halluciné, un couteau à la main et le coeur d’un boeuf arraché vivant dans l’autre.

Jean-Marc Germain, son VRP multi-cartes quasi-officiel à l’Assemblée Nationale, avait déjà donné un aperçu de son talent en 2013 en rapportant avec une fidélité variable la loi sur la sécurisation de l’emploi. Alors que les partenaires sociaux avaient signé un accord interprofessionnel garantissant aux entreprises la liberté de mettre en place leur régime de protection sociale complémentaire, Jean-Marc Germain avait tenté de faire passer, pour satisfaire quelques organisations syndicales, une mise en place réglementée. Le Conseil Constitutionnel avait finalement « cassé » son dispositif.

La méthode Germain avait à l’époque laissé des traces. Le député aubryste n’avait reçu en audition que les partisans de système réglementé et avait fait la sourde oreille aux partisans de la liberté. Cette divertissante conception de la « démocratie », et de ce qui est acceptable ou inacceptable en son sein ne manquait décidément pas de piment.

Les aubrystes ont bloqué la motion de censure

Fais ce que je dis, mais ne fais ce que je fais semble être la devise immortelle du camp Aubry. Le recours de Valls au 49-3 l’a démontré une fois de plus.

Admettons que le recours au 49-3 n’était pas « acceptable ». Beaucoup pencheront plutôt pour l’idée que le Premier Ministre a utilisé des forceps pour arracher une cacahuète coincée dans la gorge. Les « amendements » pratiqués avant la présentation du texte en Conseil des Ministres l’ont en effet tellement affadi que l’arme du 49-3 est disproportionnée par rapport à l’enjeu réel que constitue encore cette loi. Mais supposons…

Pourquoi les aubrystes n’ont-ils pas alors rejoint la motion de censure que 56 de leurs petits camarades avaient déposé pour faire tomber le gouvernement? Cette façon de baisser sa culotte au moment de passer à l’acte, tout en tempêtant sur le caractère inacceptable de la ligne gouvernementale, reste quand même difficile à comprendre.

Germain a encore gaffé sur les raisons de sa défection

Irrésistible gaffeur (ses phrases sur la concurrence l’avaient déjà montré), Jean-Marc Germain a délicieusement vendu la mèche sur sa désertion en pleine bataille du 49-3:

« La réflexion que j’ai eue, était de me dire que si la motion avait été votée, il y aurait dissolution de l’Assemblée nationale », lance-t-il. « Le risque serait que de nombreux députés PS perdent leur siège et que la droite repasse au pouvoir. Le courage en politique c’est de réfléchir aux conséquences pour les personnes que l’on défend », avance-t-il.

Mais Martine, dis-lui de se taire! Car tout le monde aura bien compris que les Frondeurs adorent la Fronde tant qu’elle ne met pas leur fromage en danger. La révolution, oui! mais à condition de ne pas perdre son poste… La morale, le prolétariat, la justice sociale, oui! mais uniquement si on conserve ses émoluments, son bel appartement à Paris, et sa voiture avec chauffeur.

L’aubrysme, ou le courage du gougnafier

On saluera donc bien bas les leçons de courage politique données par Martine Aubry et ses affidés. Le courage politique, c’est « réfléchir aux conséquences pour les personnes que l’on défend ». Entendez par là: ne pas mettre en danger les copains députés qui risqueraient de perdre leur siège à cause d’une fausse manoeuvre.

Dormez tranquilles, ouvriers et prolétaires de France. Vous êtes défendus par des gens de bien, des gens d’honneur, qui ne reculent devant aucun sacrifice pour vous épargner les horreurs du libéralisme triomphant. Vous devriez même vous cotiser pour nourrir ces héros de la résistance au capitalisme… Car, comme chacun le sait, le petit marquis de gauche est le meilleur allié du sans-culotte.

Les Frondeurs représentent moins d’1 million d’électeurs

Les Frondeurs adorent prendre en otage la majorité parlementaire et tartiner des tonnes de leçons morales à l’adresse de tous les Français. Eux défendent les valeurs de la gauche, eux défendent le bien sur terre face aux méchants.

Dans la pratique, les choses sont un peu différentes, et l’on peut reprendre ici les interrogations déjà posées sur l’inefficacité des institutions de la Vè République, désormais incapables de dégager des majorités représentatives du pays. Pour en avoir le coeur net, j’ai fait réaliser par Ousmane Diamanka, stagiaire en statistique chez Tripalio, ce tableau synthétisant les voix effectivement recueillies par les Frondeurs.

Les Frondeurs historiques

Pour dresser cette liste, j’ai choisi de revenir aux premières heures de la Fronde, c’est-à-dire les 41 qui avaient refusé, en 2014, de voter le pacte de responsabilité. Ce choix peut être contesté dans la mesure où il ne recouvre pas exactement ceux qui ont tenté de déposer une motion de censure contre la loi Travail. Jean-Marc Germain, par exemple, avait refusé de voter le pacte de responsabilité, mais ne semble pas s’être associé à la motion de censure de cette semaine.

L’inconvénient de la Fronde est qu’elle est mouvante. Il faut donc bien un jour faire une photographie de l’existant et se demander quel en est le noyau dur. Pour cette raison, j’ai choisi la photo de 2014, celle qui regroupe les premiers à s’être désolidarisé du gouvernement Valls.

Voici ce que le tableau donne:

Frondeurs de 2014

On le voit, ces 41 députés représentent à eux seuls un corps électoral de 3,4 millions d’électeurs. Sur ce total, ils ont obtenu 20% des inscrits au premier tour des législatives de 2012 et 27% au second tour. Sur l’ensemble du scrutin, ils n’ont à aucun moment atteint le million d’électeurs.

Les Frondeurs et la faillite de la Vè République

C’est quand même un sacré problème! Désormais, une loi qu’on peut abondamment critiquer, mais qui s’est prétendue essentielle pour la vie économique et sociale, est prisonnière d’un chantage organisé par des députés qui ont obtenu leur majorité et donc leur siège au bénéfice du très fort taux d’abstention aux élections. Si la vie démocratique fonctionnait normalement en France, et donc si les électeurs votaient parce qu’ils auraient la conviction que le vote est utile, ces députés ne seraient probablement pas présents à l’Assemblée Nationale.

Prenons l’exemple de Pouria Amirshahi, qui nous saoule régulièrement avec ses considérations moralisatrices. L’intéressé avait par exemple prétendu lancer l’an dernier un mouvement citoyen.

Il est « indispensable pour notre démocratie d’engager dès maintenant un mouvement national citoyen de type nouveau, qui ne se résume pas à la résistance nécessaire aux graves dangers qui menacent l’humanité et le vivant », écrit ce député.

Bravo! mais qui est-il pour lancer des idées pareilles? Un député élu avec 10.000 voix sur 100.000 inscrits en 2012. Bonjour le candidat citoyen!

Mais le plus beau trophée reste celui d’Arnaud Leroy, député d’Andorre et de Monaco, qui ne manque vraiment pas de sens de l’humour. Cet obscur député s’était abstenu sur le pacte de responsabilité. Mais, en 2016, il réalise le grand écart en rejoignant le mouvement En marche! d’Emmanuel Macron. Voilà qui s’appelle avoir de la suite dans les idées…

Suis-je devenu partisan du « ni droite ni gauche » auquel on essaie de réduire cette initiative ? Non. Je crois simplement que l’heure est venue d’assumer devant les Français la possibilité de mener de concert des chantiers de long terme pour le pays, ces grands projets qui réclament un large consensus et une stabilité face aux alternances.

Ben voyons! après avoir frondé contre le pacte de responsabilité, supprimons les élections pour éviter les alternances.

On relira avec délectation l’oublié Appel des 100 de 2014 où le député Leroy avait apporté sa signature à des mesures dont on sait qu’elles sont aux antipodes des propositions d’Emmanuel Macron. Eh bien oui! ce sont eux, ces calculateurs opportunistes à la petite semaine qui prennent la démocratie en otage.

Tirez-en les conséquences!

La moitié des syndiqués est prof ou soignant

La DARES vient de publier des chiffres (insuffisants) sur les syndiqués en France. On y apprend que le taux de syndicalisation dans le secteur public est deux fois et demi plus important que dans le privé. On y apprend aussi que près de la moitié des syndiqués appartient aux secteurs de l’enseignement, du social et de la santé.

Les chiffres insuffisants de la DARES

On a beau demander, comme dans toute démocratie qui se respecte, des données publiques de qualité (c’est-à-dire complètes, accessibles et réutilisables), les fonctionnaires de la DARES opposent une farouche résistance aux principes du droit. Ils continuent à garder pour eux l’essentiel des données qu’ils collectent au titre des obligations de service public.

Le lecteur devra donc se contenter, pour comprendre les statistiques de la DARES, des extractions choisies par les DARES, sans accès aux données brutes. Par exemple, le nombre total de syndiqués n’est disponible (et cité en bas de page une seule fois dans l’étude) et certainement pas fourni par la DARES sous format Excel. On devra donc se satisfaire de l’interprétation de la réalité imposée par la DARES, sans accès aux données d’origine.

Il est quand même temps que la paresse ou l’obstruction des fonctionnaires face à la démocratie cesse!

Moins de 3 millions de syndiqués en France

Au total, les syndicats en France compteraient 2.995.000 adhérents. Ce chiffre inclut environ 400.000 retraités. La France compterait donc 2.600.000 salariés en activité adhérents d’un organisation syndicale, plus un certain nombre d’adhérents à des syndicats autonomes.

Rappelons que l’addition des salariés du secteur privé (16 millions), des fonctionnaires (5 millions) et des demandeurs d’emploi (3 millions) place le taux de syndicalisation moyen à moins de 11%.

Un taux de syndicalisation élevé pour les fonctionnaires d’Etat

L’intérêt des statistiques de la DARES est de montrer les différences de taux de syndicalisation par statut. Ce sont les personnels les moins précaires qui se syndiquent le plus! Ce phénomène explique largement les raisons pour lesquelles les « insiders » ont plus de facilité à imposer les normes qui les servent, et les « outsiders » tant de mal à obtenir des améliorations de leur condition.

syndiqués

Le graphique ci-dessus montre que le taux de syndicalisation moyen dans la fonction publique est de près de 20%, alors qu’il n’est que de 8,7% dans le secteur privé. Il atteint presque les 25% dans la fonction publique d’Etat, avec des taux important dans l’éducation, la police et les impôts.

4% de syndiqués dans le bâtiment et l’hôtellerie

À l’inverse, la syndicalisation est très faible dans certains secteurs du privé:

syndiqués

Si la syndicalisation atteint les 18% dans le transport, les 12 ou 13% dans les banques et l’industrie, elle est quasi-inexistante dans le commerce, le bâtiment, l’agriculture ou la restauration.

On comprend mieux, là encore, la conflictualité sociale en France. En réalité, il faut des syndicats pour organiser les grèves. Et la récurrence des grèves dans les transports, par exemple, ou dans certaines usines, trouve son explication dans une meilleure implantation syndicale.

Les cadres du public plus syndiqués que les ouvriers du privé

La répartition catégorielle de la syndicalisation ne manque elle non plus pas de piquant. Elle montre que, dans la fonction publique, ce sont les cadres qui affichent le plus fort taux de syndicalisation, alors que, dans le privé, c’est la catégorie la moins engagée:

syndiqués

Ce phénomène tient largement à la syndicalisation des enseignants.

Inversement, les employés sont les moins syndiqués dans le public et dans le privé (exception faite des cadres). Là encore, une clé est donnée sur la physionomie des mouvements sociaux en France…

Profs et soignants en tête de la syndicalisation

Par métier, ce sont les enseignants et les soignants qui sont les plus syndiqués:

syndiqués

Alors que l’industrie est « écrasée » par sa faiblesse démographique, ce sont donc les secteurs les moins soumis à la concurrence qui sont aujourd’hui les plus enclins à adhérer à une organisation syndicale. Ce sont aussi les secteurs les plus avares de modernisation…

CQFD.

Revenu universel: en débat le 26 mai

Je me permets de vous signaler à tous le débat auquel je participe le 26 mai à Versailles, avec Frédéric Lefebvre et Benoît Hamon, sur le revenu universel. Cet événement sera l’occasion de réexpliquer que le revenu universel n’est ni une façon d’augmenter les impôts, ni une façon de désinciter au travail. Au contraire, en remplaçant les cotisations sociales par un impôt qui sera directement reversé aux citoyens de la naissance à la mort, le projet de revenu universel est une façon d’assurer une meilleure protection sociale pour tous, et de pratiquer une véritable solidarité en garantissant à tout le monde un accès véritable aux prestations sociales.

Le revenu universel: un projet simple

L’intérêt de ce projet tient à son extrême simplicité. Le volume de cotisations sociales resterait le même. En revanche, il se présentera sous forme d’impôt et permettra une rétrocession d’environ 2.500 euros mensuels par couple avec deux enfants. Cette somme permettra à chacun de choisir librement sa couverture maladie et retraite.

Le projet peut être couplé à une transformation de notre système de retraite en un régime par points avec compte notionnel. Bref, rendez-vous pour tout le monde le 26 mai à Versailles, à 20 heures, au Bistrot du Boucher.

Le Crédit Agricole et les Panama Papers

L’économie sociale et solidaire! la coopérative! que de doux noms qui chantent comme des promesses de bonheur dans un horrible monde capitaliste rongé par l’argent, le profit, l’usure, la laideur, la méchanceté. Il vaut tellement mieux se réclamer des « valeurs » de coopération, de partage, de solidarité. Combien d’hommes politiques de gauche n’avons-nous pas entendu vanter la supériorité de ce modèle sur le capitalisme mortifère et moribond?

Je cite par exemple Benoît Hamon:

Sur les dix dernières années, 23 % d’emplois nouveaux ont été créés dans l’ESS contre 7 % dans l’économie traditionnelle. Et, pour prendre l’exemple des Scop, 82,5 % de celles créées il y a trois ans poursuivent aujourd’hui leur activité, contre 66 % pour les entreprises classiques. L’ESS fait donc la preuve de sa robustesse et de son potentiel économique.

Outre les valeurs que porte le secteur, je crois qu’il s’agit là du meilleur argument pour comprendre pourquoi notre gouvernement se mobilise pour créer de véritables politiques publiques en faveur du développement de l’ESS.

La robustesse! le potentiel! les valeurs!

Le Crédit Agricole, la coopérative qui prend l’eau sans sombrer

L’un des meilleurs exemples donnés en appui des propos tenus par Benoît Hamon est sans doute celui du Crédit Agricole. La banque mutualiste coche en effet à toutes les cases qui viennent d’être énumérées.

La robustesse? Elle est avérée puisque la banque a englouti 7 milliards d’euros pour la seule année 2012 sans faire faillite. Bien entendu, personne ne précise jamais les appoints discrets dont la banque coopérative a bénéficié de la part des pouvoirs publics pour échapper à la faillite.

Le potentiel? Rappelons ici que la structure faîtière (capitaliste) de la banque avait déjà perdu plus d’un milliard d’euros en 2011, épongés par les caisses régionales (mutualistes). Voilà le potentiel de l’économie sociale solidaire: rembourser l’argent perdu par des copains du pouvoir qui échappent à tout contrôle.

Les valeurs? Parlons-en.

Le Crédit Agricole et les Panama PAPERS

Côté « valeurs », le Crédit Agricole n’est pas en reste. L’affaire des Panama Papers a permis d’illustrer la raison pour lesquelles les caisses régionales, renflouées par les petits paysans français et autres crève-la-faim assommés par la crise, avaient été mises à contribution. L’implication du Crédit Agricole dans les paradis fiscaux pour hyper-riches est telle que même le très soumis ministre des Finances Michel Sapin a trouvé à y redire.

Le ministre des Finances Michel Sapin a annoncé mercredi avoir demandé des « explications » aux présidents de BNP Paribas et de Crédit agricole après un article du Monde évoquant les montages financiers de sociétés offshore effectués par les deux banques pour le compte de leurs clients.

Une banque coopérative, éprise de valeurs de solidarité, qui perd des milliards en Grèce et qui en planque aux Bahamas! voilà qui mérite bien, comme disait Benoît Hamon, des politiques publiques en faveur du développement de l’ESS! Elle est pas belle la vie? Ce n’est pas avec les méchants capitalistes libéraux sans scrupule et sans valeur que tout cela arriverait.

Les amitiés éclectiques du Crédit Agricole

Si le Crédit Agricole peut réaliser autant de délires avec l’argent de ses coopérateurs (jamais consultés, bien entendu, sur les décisions stratégiques du groupe, au nom de la démocratie mutualiste), c’est d’abord parce qu’il compte de nombreux amis au sein de la technostructure, et que ces amis lui veulent du bien.

Prenons, au hasard, la Présidente de la Fédération nationale des Sociétés Coopératives d’HLM, la sénatrice socialiste frondeuse (dont l’ennemi est la finance) Marie-Noëlle Lienemann. Celle-ci déclarait dans un discours de 2013:

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, on nous avait annoncé, lors des fameux G20 de 2008 et de 2009, qu’on allait moraliser le capitalisme et réguler l’économie, en particulier bancaire. La réalité, c’est que tout continue comme avant ! (…) Ainsi, le montant global des actifs des hedge funds n’a-t-il jamais été aussi élevé dans l’histoire. Il atteint 2 300 milliards de dollars, dont 1 395 milliards offshore. En 2000-2001, on n’en était qu’à 750 milliards de dollars, dont 500 milliards offshore. Certes, ces chiffres ont reculé en 2008, mais pour mieux reprendre leur ascension, et bien plus fortement qu’auparavant. La spéculation continue, les produits dérivés se multiplient et le système français n’est, hélas, pas en reste.

Quel constat vertueux! mais alors, on dirait que, dans la technique du offshore, le Crédit Agricole était passé maître…

Pourtant, l’année précédente, Marie-Noëlle Lienemann s’était fendue d’un rapport d’information au Sénat où elle reprenait à son compte un certain nombre de revendications directes du Crédit Agricole.

Le mouvement de la coopération agricole a fait part à votre rapporteur de son inquiétude concernant la manière dont les autorités en charge du respect des règles de la concurrence, tout particulièrement au niveau national, appliquent certaines notions du droit de la concurrence. La nécessité de prendre en compte la spécificité coopérative dans l’application de ce droit étant reconnue par la CJUE elle-même, il serait regrettable que les autorités nationales aillent au-delà du nécessaire et fassent preuve d’un rigorisme excessif.

Mais oui, les faits parlent d’eux-mêmes: le contrôle auquel le Crédit Agricole est soumis est d’un « rigorisme excessif »…

Deux ans plus tard, la même Marie-Noëlle Lienemann signait avec le même Crédit Agricole une convention de financement pour le logement social.

Ce partenariat vise le développement des coopérations entre les Caisses régionales de Crédit Agricole et les sociétés coopératives d’HLM dans la diversité des métiers qu’elles exercent. Il doit permettre de favoriser le financement d’opérations d’accession sociale sécurisée dans lesquelles les ménages à revenus modestes bénéficient de la sécurisation Hlm.

On avait peut-être oublié de le dire, mais l’argent du Crédit Agricole sert au financement des projets de Marie-Noëlle Lienemann dans le domaine du logement social. On peut imaginer, dès lors, la totale indépendance de la présidente du mouvement HLM dès lors qu’il s’agit de critiquer le Crédit Agricole et ses montages fiscaux acrobatiques à Panama.

Ne soyons pas mesquins! entre gens qui défendent de valeur, ce genre de compromissions ne doit pas accepter. Il faut forcément être un méchant libéral capitaliste pour imaginer que la gauche de la gauche fraie avec le grand capital sur le dos des petits épargnants.

Complémentaire santé: qui sont les plus responsables?

Qui sont les acteurs les plus responsables de la complémentaire santé et du remboursement de soins? L’étude de la DREES publiée fin avril donne quelques indications utiles sur les stratégies de remboursement par type d’acteurs. Les résultats ne manquent pas de poser quelques questions essentielles.

L’optique et le dentaire au coeur de l’inflation

L’intérêt de cette étude est d’abord de cibler les postes qui font l’augmentation de la dépense pour les complémentaires santé depuis une dizaine d’années. Le graphique ci-dessous permet d’y voir rapidement clair:

complémentaire santé

Depuis 2006, certains remboursements sont à la baisse, comme les médicaments. Le seul poste qui augmente de façon caractéristique est celui des « autres biens médicaux », qui englobe essentiellement les prothèses (y compris dentaires) et les lunettes.

Autrement dit, l’inflation des dépenses de santé pour les complémentaires n’est pas due à une recrudescence des maladies ou à une augmentation de l’aléa sanitaire. Elle tient d’abord au développement de la prise de charge de risques non assurantiels parce que quasi-certains: les problèmes dentaires et ophtalmologiques.

Ces données posent donc le problème crucial de l’adéquation de nos politiques de santé avec celui du véritable accès aux soins « aléatoires », c’est-à-dire dus à des maladies imprévisibles.

Qui sont les acteurs les plus responsables?

Dans cette stratégie de dépense sanitaire tournée vers le risque quasi-certain, les acteurs de la complémentaire santé ne jouent pas tous la même partition:

complémentaire santé

Comme le précise la DREES, les sociétés d’assurance sont les acteurs de la complémentaire santé qui consacrent la plus grande part de leurs dépenses au remboursement des aléas médicaux: les dépenses hospitalières et les soins de ville. Ce sont aussi les acteurs qui consacrent le moins de dépenses aux prothèses dentaires et aux dépenses optiques.

Les institutions de prévoyance, gouvernées de façon paritaire par les organisations syndicales, et souvent dirigées en solitaire par des directeurs généraux ou des délégués généraux qui s’arrogent de nombreux pouvoirs, sont les acteurs qui consacrent la part la plus importante de leurs remboursements à des dépenses certaines.

La complémentaire santé est-elle une prestation d’assurance?

Ces différences s’expliquent d’abord par des considérations philosophiques. Les assureurs pratiquent une « mitigation » du risque qui les conduit à minimiser les remboursements de risque certain. Les institutions de prévoyance s’inscrivent plus volontiers dans une logique de transfert qui les conduit à rembourser plus largement des dépenses qui ne relèvent pas de la maladie.

D’un point de vue assuranciel, en effet, l’optique ou le dentaire relèvent assez peu du champ des remboursements. Compte tenu de la quasi-certitude de la survenue de ces risques, l’assurance assume plus, vis-à-vis de ces garanties santé, un rôle de « banquier » qui conserve une épargne le temps que le risque survienne, plutôt qu’un rôle d’assureur proprement dit chargé de couvrir le risque aléatoire qui pourrait atteindre l’assuré.

Démonstration est en tout cas faite qu’une gestion responsable du risque dépend d’abord d’une stratégie en management du risque, et certainement pas d’une réglementation aveugle, comme celle inventée par Marisol Touraine il y a un an et demi.

Juppé et Lemaire, candidats du gouvernement profond

Alain Juppé et Bruno Lemaire ont dévoilé leurs programmes pour la primaire des Républicains. L’un et l’autre se situent dans le même sillage: celui des positions fondatrices qui inspirent le gouvernement profond en France. Avec eux, pas d’inquiétude donc: la République restera sur les rails qu’elle suit depuis des décennies, et qui favorisent son déclin.

Europe, ma belle Europe

Sans surprise, Bruno Lemaire comme Alain Juppé partagent les mêmes refrains sur l’Europe.

Pour Alain Juppé:

Pour retrouver son rôle historique et ne pas laisser à l’Allemagne seule l’initiative, Alain Juppé indique pour notre pays un certain nombre de pistes, à commencer par ce qui constitue aujourd’hui le « noyau dur » de l’Europe : la zone euro. « Sa consolidation exige une harmonisation fiscale progressive et la mise en cohérence de nos systèmes de protection sociale »

L’harmonisation fiscale et sociale fait partie de cette espèce de musique de fond sur l’Europe qu’on entend depuis les tréfonds du gouvernement profond. Les mêmes mots se trouvent dans la bouche de François Hollande, comme dans ceux de Bruno Lemaire:

Sur la monnaie commune comme sur Schengen, nous faisons le plus facile et nous laissons sans réponse les questions les plus difficiles : la coordination économique de la zone euro ou le contrôle des frontières extérieures.

La coordination économique de la zone euro: un autre gimmick que François Hollande adore prononcer. On voit bien que Juppé, comme Lemaire, comme Hollande, ne se sont pas guéris de l’euro-angélisme contracté à l’ENA. Quand l’Europe pose problème, ce n’est évidemment pas parce qu’elle est trop présente, mais parce qu’elle ne l’est pas assez! Vous faites une indigestion européenne? Reprenez-en une rasade, ça ira mieux!

La même frilosité sur la protection sociale

Juppé et Lemaire portent au demeurant le même conformisme sur les questions de protection sociale. On peut comprendre qu’Alain Juppé se montre réticent sur le sujet. Mais il est divertissant de constater qu’au-delà du traumatisme de 1995, il « verrouille » la conception oligarchique d’un système de protection sociale permettant d’asservir l’opinion publique par le versement de prestations de solidarité financées par les classes moyennes.

En évoquant l’idée d’une harmonisation des systèmes de protection sociale en Europe, Alain Juppé considère implicitement que la solution au déficit de la sécurité sociale passe par plus de sécurité sociale et non par sa réinvention.

Sur la protection sociale, « je ne veux pas casser la baraque », a souligné Alain Juppé en allusion à François Fillon.

Surtout, ne touchons pas au joujou qui permet de tenir les Français. Le même ton est présent chez Bruno Lemaire, qui s’est fendu d’une laborieuse proposition de loi pour améliorer le fonctionnement du RSI. Alors que tout le monde sait que le problème du RSI est de vouloir faire entrer au chausse-pied les indépendants dans un système conçu pour les salariés, Lemaire va jusqu’à proposer:

Afin d’améliorer le calcul et le recouvrement des cotisations sociales, l’article 7 étend la possibilité pour le RSI de passer des conventions avec les Urssaf afin que celles-ci se chargent de cette mission, comme elles le font déjà aujourd’hui avec les autoentrepreneurs.

De même que Juppé dit: quand la sécu est en déficit, il faut plus de sécu, Lemaire dit: quand la sécu ne sait pas faire avec les indépendants, il faut plus de sécu.

Sur ce point, les deux énarques ont bien la même approche. La sphère publique doit être en expansion permanente, et tous les prétextes sont bons pour le justifier, même les plus absurdes.

On notera, qui plus est, que les deux candidats proposent de fixer la retraite à 65 ans.

Quelques mesures spéciales pour l’élite

Guidés par le même paradigme, Juppé et Lemaire proposent accessoirement des mesures qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Par exemple, Alain Juppé propose une suppression de l’ISF:

Alain Juppé s’est engagé à la suppression de solidarité sur la fortune (ISF) en 2018. Une loi de programmation fiscale serait votée à l’automne 2017 qui détaillerait les mesures fiscales sur cinq ans.

Bruno Lemaire propose lui aussi la même mesure.

Sur le capital, Alain Juppé propose la réduction du taux d’imposition à 25%.

En matière fiscale, il envisage une imposition forfaitaire des plus-values dégressive en fonction de la durée de détention et qui descendra jusqu’à 25% (prélèvements sociaux inclus) au bout de six ans.

Bruno Lemaire propose une baisse de la fiscalité sur le capital à 25%.

Une même vision du code du Travail

En poussant l’analyse jusqu’au bout, d’autres similitudes apparaissent, notamment sur le code du Travail.

Alain Juppé s’attaque par exemple aux 35 heures, en affirmant:

Les entreprises auront deux ans pour négocier, en fonction de leurs besoins, la durée de travail à 36, 37, 38 ou 39 heures « en augmentant proportionnellement les salaires ». En l’absence d’accord, la durée de référence de 39 heures s’appliquera.

Bruno Lemaire propose là encore une mesure jumelle, qui est de:

Laisser à chaque entreprise la liberté de négocier le temps de travail et le déclenchement des heures supplémentaires.

Ces quelques rapprochements ne sont pas exhaustifs. Mais ils montrent comment, sur des points-clés, les deux candidats des Républicains issus de l’énarchie, loin de renouveler le genre, garantissent une immense continuité des politiques publiques par rapport à celles qui sont menées depuis plus de trente ans…

Un libéralisme sérieux ?

Selon ses propres termes, Alain Juppé développe un « libéralisme sérieux », sous-entendant que les autres ne le sont pas. Chacun en pense ce qu’il en veut, mais, factuellement, il est évidemment très difficile de soutenir que le programme des Dupont et Dupond Républicains soit complètement libéral. L’un et l’autre ont l’ambition d’imposer des normes européennes dans des domaines où elles n’existent pas encore, et ils prennent bien soin de ne pas inverser la courbe d’expansion des politiques publiques, notamment dans le domaine social.

Ce point est intéressant car il montre comment il existe une confusion dans l’opinion publique entre des logiques libérales et un système de domination propagé par le gouvernement profond. Les premières sont, à de nombreux égards, hostiles au second, dans la même proportion que ce qui oppose le sérieux ou bouffon.

Sauf, bien entendu, que nous ne plaçons pas le sérieux dans le même camp qu’Alain Juppé.

Loi Travail: 30 députés prennent les entreprises en otage

30 députés! c’est ce qui manquait au gouvernement pour trouver une majorité, à l’Assemblée Nationale, capable d’adopter la loi Travail. Faute de ces 30 voix, Manuel Valls a finalement décidé de recourir au 49-3, procédure peu populaire et risquée compte tenu de la grogne que suscite le texte dans certaines fractions de l’opinion, mais moins désastreuse politiquement que le retrait du texte dans la peur de le voir rejeté à l’Assemblée.

Les députés: une faillite de la Vè République

Si le recours au 49-3 est un échec politique pour le gouvernement, qui n’est pas parvenu à maîtriser sa majorité, il constitue une faillite encore plus grave pour les institutions de la Vè République. Ce sont en effet 30 députés aujourd’hui qui ont la capacité de bloquer les réformes. En regardant le dossier de plus près, on en reste pantois.

Prenons l’exemple de Christian Paul, animateur des frondeurs. L’intéressé fut élu en 2012 avec 65% des voix, certes. Mais il a recueilli 31.471 voix au second tour sur un total de 86.663 inscrits. Autrement dit, sa représentativité réelle dans sa circonscription est d’à peine 36%… Est-il raisonnable de laisser des gens aussi minoritaires prendre en otage le pays lui-même? et le livrer à leurs caprices idéologiques et leurs calculs politiciens?

Le fait que les institutions de la Vè République accordent autant de poids à des gens qui représentent si peu illustre une fois de plus la nécessité de changer de régime.

Un désastre politique

Sur le fond, et si l’on admet l’idée que la réalité ne se réduit pas à des calculs machiavéliques, on peut tous constater le désastre politique que constitue cette opération « foirée » par Manuel Valls. S’il avait adopté d’emblée la voix du 49-3, le texte soumis au vote serait bien plus consistant et réformateur qu’il ne l’est aujourd’hui. Manuel Valls a cru pouvoir échapper à la voix autoritaire en amendant le texte jusqu’à le dénaturer et à le transformer en texte augmentant les protections des salariés et accordant des dérogations aux seules grandes entreprises.

Alors que ce sont les petites entreprises qui ont le plus besoin de « souffler » et de desserrer l’étau réglementaire, elles seront les seules à ne tirer aucun bénéfice du texte… Le 49-3 soumet en effet au vote de confiance un texte édulcoré sur lequel le gouvernement ne pourra plus revenir.

Le coup de massue pour les PME et les start-up

Pour les petites entreprises, et en particulier pour les start-up, le coup de massue est terrible. Beaucoup peuvent se plaindre d’un désavantage compétitif du fait des réglementations qui laissent peu de place à l’unilatéral. Mais au moins les limites apportées aux dérogations à la loi sont-elles identiques pour tout le monde. Dans le texte porté par le gouvernement, la situation s’aggrave. Les grandes entreprises pourront déroger à la loi et aux accords de branche. Les petites entreprises ne le pourront pas, faute d’une taille critique suffisante pour négocier les accords majoritaires qui le permettent.

Alors que le tissu des PME a besoin d’être soutenu, la loi qui passe va les achever en les désavantageant par rapport aux « gros » du marché.

Pour les entrepreneurs, il est probablement temps de se rendre aux évidences. La Vè République est toxique pour le développement économique du pays. Il devient indispensable que les entrepreneurs prennent leurs responsabilités et fassent ce qu’il faut pour le régime tombe.