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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Paris Habitat et ses petits mensonges de Toit à Toit

Paris Habitat mérite-t-il (sans jeu de mots) le titre d’organisme le plus opaque de la Ville de Paris? Les innombrables révélations dont il fait l’objet le laissent à penser. L’office parisien de logement paraît une source inépuisable de petits mensonges et de gros arrangements qui transcendent les époques et les clivages politiques. De la droite à la gauche, le logement social subventionné constitue décidément un fromage à affinage long, et même très long.

Les petits mensonges de Toit à Toit

Paris Habitat s’est par exemple amusé la semaine dernière à communiquer sur son application mobile « De Toit à Toit » en délivrant une information sur la réalité de ses services dont on peine à identifier la traçabilité.

« A terme, l’objectif, c’est d’améliorer la relation client avec le locataire, poursuit le directeur des systèmes, d’économiser du papier et aussi de décongestionner les agences de proximité ». La mise en place a nécessité un investissement de 80 000 € d’investissement et six mois de travail avec un éditeur de logiciel.

80.000€ d’investissement et six mois de travail? Vraiment?

Cette description idyllique, qui laisse à penser que Paris Habitat est une start-up et fonctionne en mode projet ne paraît pas parfaitement conforme à la réalité.

Y a-t-il eu un marché public pour cette application?

Première interrogation: comment Paris Habitat a-t-elle contracté avec un éditeur de logiciels pour constituer cette application miracle à 80.000€ d’investissement? On a beau fouiller le Bulletin Officiel des Annonces des Marchés Publics, la trace de l’opération est complexe à suivre. En revanche, elle permet de reconstituer le fil des marchés lancés par Paris Habitat pour assurer ses relations avec ses clients – c’est-à-dire les locataires des logements sociaux.

On retrouve par exemple, en 2010, une prestation de conseil pour un réseau social de locataires. Cette opération, pour un montant de 152.000 euros, fut attribuée à Actimage. On le voit, et la date et le montant de l’opération excède largement la théorie de l’application montée en six mois pour 80.000 euros. En réalité, l’application de Paris Habitat couronne sous forme numérique et applicative une série d’investissements bien plus anciens et bien plus lourds que les chiffres avancés dans l’article du Parisien.

En fait, l’application « De Toit à Toit » entre dans les développements assurés par la société Sopra pour l’ensemble du progiciel Ikos et de l’Extranet de l’Office à destination des locataires. Cet Extranet, dont l’application mobile n’est qu’une face apparente et totalement marginale, constitue un investissement dans le temps extrêmement lourd.

Par exemple, en 2009, l’Office avait programmé les travaux de l’Extranet avec Sopra, pour un montant proche de 400.000 euros.

Ces montants n’ont rien d’irrégulier ni d’illégal et chacun en comprend l’utilité. En revanche, il n’ont rien à voir avec une opération qui se serait déroulée en six mois.

Sopra grand vainqueur de la compétition

Au demeurant, on s’amusera de voir comment Sopra s’est intelligemment constitué un fromage auprès de Paris Habitat. Sopra, éditeur français de logiciels, assure le développement du progiciel Ikos, qui sert de base à l’informatique client de Paris Habitat. Cette rente est assortie de quelques cadeaux discrets qui ne sont jamais de refus.

Par exemple, on lira avec amusement les conditions générales d’utilisation (datant de juin 2011… on est là encore loin d’une opération montée en six mois) du réseau social « De toit à toit ». Le chapitre consacré au traitement des données personnelles illustre bien tout l’intérêt du réseau pour l’éditeur de logiciels:

101. Les données traitées sont destinées au service habilité de Paris Habitat-OPH et à la société SOPRA pour les données la concernant.

102. Le membre reconnaît qu’il a parfaitement connaissance des caractéristiques du réseau internet et notamment celle tenant à la difficulté de contrôler l’utilisation qui pourrait en être faite par des tiers. (…)

105. Si le membre saisit dans ces espaces (champs ou zones de commentaires libres), certaines données sensibles telles que des données relatives à ses origines raciales ou ethniques, opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou à son appartenance syndicale ainsi que des données concernant sa santé ou vie sexuelle, le membre les rend publiques et accepte qu’elles soient traitées et visualisées. (…)

108. Paris Habitat-OPH se réserve le droit de sous-traiter ou de céder à un tiers les droits et obligations issues des présentes conditions générales d’utilisation.

Traduction: Paris Habitat se sert de son réseau social « De Toit à Toit » pour collecter des données privées sur ses utilisateurs que Sopra comme Paris Habitat peuvent revendre à des tiers. Officiellement, tous les locataires de Paris Habitat savent qu’il en va ainsi. Mais, bien entendu, si nul n’est censé est ignoré les conditions générales d’utilisation, l’empressement de Paris Habitat à faire savoir aux locataires ses petites dispositions entre les lignes est très modéré.

Mais on le sait depuis longtemps, l’office HLM de Paris, c’est l’opaque fait roi.

Paris Habitat: Anne Hidalgo fera-t-elle le ménage?

Paris Habitat a tangué ces dernières semaines, après une série de révélations sur les pratiques internes d’une maison déjà épinglée sous Jacques Chirac et Jean Tibéri pour ses dérives étranges. Cet établissement placé sous la tutelle de la Ville n’a toujours pas décidé de faire le ménage, par exemple sur les flagrantes disparités de traitement qu’il réserve aux associations subventionnées, en attendant d’autres révélations sans doute. Du coup, c’est peut-être Anne Hidalgo qui va ravaler la façade de l’établissement.

Le directeur général est-il vraiment sur le départ?

Les couloirs de la Ville ne bruissent que de cette information: Stéphane Dambrine, l’encombrant directeur général de l’établissement, devrait prochainement être écarté de ses fonctions et Anne Hidalgo aurait d’ores et déjà choisi son successeur. Cette information qui n’est pas surprenante fera sans doute les gorges chaudes du petit monde municipal.

On se souvient en effet qu’une des raisons pour lesquelles l’intéressé n’avait pas été éjecté immédiatement après les révélations sur son salaire hors norme (qu’il jugeait pour sa part très moyen) tenait au parachute doré qu’il prévoyait en cas de licenciement. La maire de Paris a-t-elle considéré que les révélations successives sur l’établissement donnaient un prétexte à un licenciement pour faute déliant la Ville de ses obligations en matière de parachute? ou bien Anne Hidalgo a-t-elle considéré que le contribuable parisien pouvait bien payer pour mettre ailleurs un gêneur dans la perspective des élections?

Il serait intéressant de voir si, au titre de la transparence, la lumière ne pourrait pas être faite sur les conditions de la transaction.

Dambrine étouffe les affaires jusqu’au bout

Dans les casseroles que le directeur général se traîne derrière lui, il y a notamment cette ténébreuse affaire de logistique et d’inventaire imprécis, qui ont valu deux licenciements pour insuffisance professionnelle en interne. L’audit réalisé sur le sujet risque bien de devenir l’Arlésienne de Paris Habitat. Voici ce qui en a été dit lors du dernier Comité d’entreprise ordinaire:

Paris Habitat

Chacun appréciera une fois de plus l’étrange art oratoire du directeur général de Paris Habitat dont les mots trahissent la pensée. Que veut dire en effet l’expression idiomatique: « faits délictueux au sens propre du Code Pénal »? Cette formulation en elle-même en dit long sur les résultats d’un audit qui n’a pas été communiquée au Comité d’Entreprise. Si le directeur général prend soin de préciser que les faits relevés ne sont pas « délictueux au sens propre », c’est bien parce qu’ils sont délictueux « au sens impropre ».

Manifestement, la définition des faits pose problème ou en tout cas a suscité et suscite débat. D’ordinaire, la qualification pénale des faits est le propre du juge, pas des audits internes. Les contribuables parisiens apprécieraient donc que le procureur soit saisi et que Paris Habitat laisse le Parquet faire son oeuvre de qualification des faits.

Le gros bazar de Paris Habitat dans sa flotte de véhicules

Ce signalement au Parquet aurait d’autant plus de sens que le « gros bazar » reconnu par le directeur général touche à des questions dont tous les responsables savent qu’elles donnent toujours de belles surprises lorsqu’on gratte la couche de vernis. Dans le cas de figure de Paris Habitat, le « bazar » touche, de l’aveu du directeur général, la gestion de stocks, l’achat de fournitures et la gestion de la flotte automobile.

On aimerait en savoir un peu plus? Certains salariés de Paris Habitat ont-ils confondu les stocks de l’entreprise avec des stocks privés? ont-ils fait un usage privé des véhicules de l’établissement? Des achats de fournitures ont-ils été détournés de leur objet, ce qu’on appelle couramment du coulage?

Personne n’en sait rien, mais c’est désagréable, quand même, ce sentiment d’une justice d’Ancien Régime où des pairs se jugent entre eux sans intervention de la Justice.

Dambrine continue les demi-aveux

On s’amusera des excès de parole de Dambrine, qui a étrangement répondu de la façon suivante à une remarque faite sur cette logique de l’entre-soi aristocratique.

Paris Habitat

On notera là encore la superbe formulation: « il n’y a pas des centaines de milliers d’euros qui ont été détournées tout de même ». Si aucun argent n’a été détourné, pourquoi ne pas le dire clairement?

Si l’on admet l’hypothèse que la communication sert à préciser ce qui ne va pas de soi, on en déduit que l’affaire évoquée en interne n’a pas concerné (c’est explicite) plusieurs centaines de milliers d’euros, mais une somme inférieure. Si Dambrine éprouve le besoin de préciser que ce ne sont pas « plusieurs centaines de milliers », il laisse ce faisant entendre que « plusieurs milliers d’euros » ont été détournés. Si tel est le cas (ce qu’on ne sait pas, mais un peu de transparence ferait du bien), c’est quand même une jolie somme qui mérite de déférer à la justice.

Une affaire gênante pour Anne Hidalgo

Touts ces histoires sont évidemment très gênantes à l’approche des élections. Rappelons qu’Anne Hidalgo éprouve toutes les peines du monde à être élue députée dans une circonscription traditionnellement à droite. Le bilan de Hollande risque de ne pas l’aider à améliorer son score habituel.

Ce n’est donc pas le moment d’être attaquée sur la gestion interne de la Ville. Pourtant (et ce blog y contribue modestement), la qualité du service public à Paris peine à s’améliorer. De toutes parts, les échecs sont patents. La ville de Paris est aujourd’hui dominée par une technostructure importée de Bercy, qui, avec ses réflexes aristocratiques et son mépris du quotidien, dégrade la proximité du service public.

La campagne 2017 pourrait être agitée à Paris.

Les secrets de la Nuit Debout se dévoilent peu à peu

La Nuit Debout, grand mouvement de foule spontané exprimant la volonté et l’intérêt général? C’est évidemment l’apparence que le mouvement voudrait se donner. Les révélations se multiplient toutefois sur la face cachée de ce qui apparaît de plus en plus comme une opération joliment téléguidée.

Le rôle bien connu de François Ruffin

François Ruffin est le réalisateur désormais bien connu du documentaire Merci Patron! Il est aussi à l’origine du mouvement Nuit Debout, avec le journal Fakir et Frédéric Lordon.

Le 23 février, on a donc organisé une rencontre publique à la Bourse du travail qu’on a baptisée : « Leur faire peur ». L’idée, c’était de faire converger des luttes dispersées, qu’il s’agisse de celle contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, de celle des ouvriers de Goodyear, de celle des profs contre la réforme des collèges, etc. On avait convié des syndicalistes, des militants, des intellectuels… Dans la salle, il y avait près de mille personnes. En deuxième partie de soirée, après les interventions publiques, est venu le temps des interventions officieuses. Des tas de gens sont venus s’agglutiner autour de Loïc Canitrot, de la Compagnie Jolie Môme, de Johanna Silva de Fakir et de moi-même, avec une question : « et maintenant, on fait quoi ? »

Contrairement aux idées reçues, le mouvement n’est donc pas apparu spontanément le 31 mars, à l’issue d’une projection du film de Ruffin. L’idée de se servir d’une projection pour créer un mouvement d’émotion à l’occasion de la journée de manifestation du 31 mars contre la loi El-Khomri avait germé bien avant…

Le Front de Gauche aux avant-postes

Si l’intervention de Ruffin, appuyée par Lordon, le Savonarole de la révolution prolétarienne, commence à être bien connue, d’autres éléments plus diffus permettent de comprendre peu à peu que tous ceux qui s’intéressent à Nuit Debout sont loin d’être des loups solitaires. Par exemple, Nuit Debout n’explique pas clairement que la déclaration en préfecture du rassemblement place de la République est quotidiennement faite par une certaine Leila Chaïbi.

Curieusement, personne ne précise que l’intéressée était la porte-parole de Jean-Luc Mélenchon en 2012. La voici sur une vidéo de campagne à l’époque:

Bien joué, non?

Les intermittents du spectacle en embuscade

Dans la foulée de ces interventions sous-jacentes, évaluées à un pôle d’une quinzaine d’organisateurs, on trouve par exemple un certain Iwan Lambert, intermittent du spectacle, qui se définit sur son site Internet comme « en lutte ».

Iwan Lambert a notamment joué au Théâtre du Soleil, la scène d’Ariane Mnouchkine, constituée en SCOP, mais qui apprécie les généreuses subventions de l’Etat ou des collectivités locales. On peut détester le capitalisme et le système tout en profitant de ses bienfaits…

Iwan Lambert s’est illustré par des prises de position radicales sur la ligne à suivre dans Nuit Debout. Il est l’un des principaux adversaires de la tendance « molle » du mouvement.

Les « centristes » de Nuit Debout

Baki Youssoufou et Noémie Toledano sont les figures les mieux identifiées de la tendance « centriste » de Nuit Debout, celle qui privilégie la délibération au détriment de l’action. Ces deux inconnus ont fondé l’agence RAIZ, qui détient les noms de domaine de la Nuit Debout:

Nuit Debout

Baki Youssoufou n’est toutefois pas un total inconnu de la scène sociale. Il fut notamment président de la Confédération Etudiante, syndicat étudiant aujourd’hui disparu, mais qui se définissait comme réformiste. Si, à titre personnel, Youssoufou s’est défini comme « anarcho-syndicaliste« ,  son engagement l’avait conduit à renouveler le partenariat avec la CFDT.

Au passage, Youssoufou a beaucoup lutté contre la circulaire Guéant concernant les étudiants étrangers. Il n’est pas donc un inconnu non plus pour le Ministère de l’Intérieur. La Préfecture de Police a donc dû être relativement rassurée en apprenant que cet élément localisé dans son paysage avait déposé les noms de domaine.

Lutte fratricide au sein du Mouvement

Entre les gauchistes révolutionnaires pilotés par le Front de Gauche et animés par Lordon et Ruffin d’un côté, et les centristes réformistes qui adorent délibérer, la cohabitation risque fort d’être éphémère. Les coups de force auxquels nous assistons en ce moment le montrent. Les gauchistes veulent du sang, de la sueur et des larmes, quand une majorité préfère une logique beaucoup plus pacifique et consensuelle.

Le défilé du 1er mai devrait constituer un bon test sur le rapport de force interne au mouvement – en coulisse, bien sûr, puisque, selon un discours officiel de moins en moins tenable, la Nuit Debout n’est noyautée par personne. Baki Youssoufou

Les afters chahutés de la Nuit Debout

Article écrit pour Atlantico.

Le noyautage de la Nuit Debout par les mouvements gauchistes, à l’approche du 1er mai, a-t-il signé la fin d’une première phase pour les happenings de la République, et le gouvernement s’apprête-t-il à reprendre le contrôle des opérations? Les évolutions des dernières heures le laissent penser.

La Nuit Debout noyautée en bonne et due forme

Depuis plusieurs semaines, la Nuit Debout se perd en palabres interminables dont les débouchés politiques sont nuls. Cette vacuité correspond d’ailleurs au désir d’une majorité: les participants considèrent que leur mobilisation doit d’abord produire du sens plutôt que de l’action.

Cet attentisme exaspère tous ceux qui rêvent d’un mouvement social à la mode marxiste-léniniste, annonciateur d’un Grand Soir, de la grève générale accompagnée d’une expropriation de la propriété privée des moyens de production. Des orateurs comme Frédéric Lordon n’ont jamais caché que leur objectif était celui-là.

Depuis plusieurs jours, François Ruffin, réalisateur de Merci patron!, multiplie les manoeuvres grossières pour attirer la foule des Nuits Debout dans le piège de la « convergence des luttes ». Cette formule alambiquée ne cache rien d’autre que la récupération du mouvement par les marxistes-léninistes orthodoxes. Les ficelles qu’il a utilisées étaient tellement burlesques qu’elles ont été contre-productives.

Jeudi soir, toutefois, il a convaincu plusieurs syndicalistes de prendre la parole sur la place, dont Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, qui a appelé à la grève générale. Voilà ce qui s’appelle du noyautage en bonne et due forme, bien loin des décisions collégiales prises en assemblée délibérante.

Comment Martinez instrumentalise la Nuit Debout

Pour Philippe Martinez, ce rapprochement tardif avec la Nuit Debout ressemble beaucoup à une manoeuvre de la dernière chance. Le secrétaire général sort d’un congrès, à Marseille, où son bilan a fait l’objet d’un vrai désaveu de la part de la base. La radicalisation de Philippe Martinez vise à maintenir son appareil sous pression, mais elle est minoritaire. Le congrès a donné lieu à de nombreux appels totalement téléguidés à un Grand Soir de conserve avec la Nuit Debout.

Son intervention place de la République, sur le principe de laquelle le flou a été maintenu durant toute la journée de jeudi, constitue une évidente fuite en avant. Après avoir défendu, à Marseille, une ligne appelant à la grève reconductible, Philippe Martinez est acculé: la mobilisation contre la loi Travail s’essouffle parmi les salariés du secteur privé, et il ne peut plus guère compter que sur les bobos de la Nuit Debout pour tenir.

Les violences compliquent le jeu

Dans ce contexte d’évidente dérive du mouvement Nuit Debout, la multiplication des séquences violentes n’est peut-être pas un hasard. Elles contribuent à entamer le capital de sympathie que le mouvement pouvait inspirer aux Français. Elles mettent en exergue la frange la plus radicale du mouvement et légitiment peu à peu une interdiction des occupations.

Ces violences constituent donc une aubaine pour le gouvernement. Si Manuel Valls devait craindre un défilé unitaire le 1er mai, rassemblant les Noctambules et les syndicalistes contestataires, les affrontements réguliers avec la police lui donnent l’occasion d’intervenir officiellement pour déloger la place de la République. Cette stratégie, au moins durant les premiers jours de mai, pourrait lui permettre d’épuiser le mouvement jusqu’au bout tout en apparaissant comme un garant de l’ordre républicain.

Hallali ou début d’autre chose?

Reste à savoir si la conjugaison des forces, entre une Nuit Debout qui tourne en rond, et les gauchistes contestataires du POI sur lesquels Philippe Martinez s’appuie pour tenir la CGT, est une opportunité politique ou un hallali. Il est encore trop tôt pour le dire, et la dextérité avec laquelle Manuel Valls gèrera le maintien d’ordre pèsera beaucoup dans la survenue ou non d’une réaction « chimique » entre les manifestants et l’opinion publique.

Selon toute vraisemblance, le ralliement d’un Martinez affaiblit devrait ajouter de l’évanescence à l’évanescence et achever le mouvement.

Toutefois, il suffirait d’un dérapage policier malheureux, d’un débat à l’Assemblée Nationale sur la loi Travail qui tourne mal, pour que la donne change et que le mouvement reporte sur le constat d’une menace nouvelle ou d’un martyr symbolique. Ainsi en va-t-il du destin des « mouvements sociaux »: leur naissance est toujours aléatoire, et leur intensité dans le temps ne tient qu’à un fil.

Pour Manuel Valls, comme pour Philippe Martinez, le week-end sera critique.

RSI: libérez les entrepreneurs!

Article écrit pour Atlantico.

Dans les vrais débats de notre époque (ceux qui passent inaperçus mais qui comptent structurellement), l’avenir du RSI est une pépite particulière que le grand public ignore injustement. Les projets du gouvernement profond concernant ce régime de sécurité sociale conçu pour les indépendants (et contre les indépendants) illustre bien, en effet, la pulsion d’étatisation permanente qui domine nos responsables de droite comme de gauche, en dépit du bon sens.

Le RSI et la pulsion d’étatisation jusqu’à l’absurde

Quelques rappels historiques d’abord.

1941: Vichy jette les bases de la sécurité sociale telle que nous la connaissons en créant la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse.

1945: De Gaulle et son gouvernement provisoire étendent par ordonnance le système de sécurité sociale inventé par Vichy.

1947: les indépendants (comme les Cheminots, ou les cadres…) refusent d’être absorbés par la sécurité sociale.

2005: Philippe Bas et Renaud Dutreil, ministres du gouvernement Raffarin, créent le RSI, préparation à l’intégration des indépendants dans le régime de sécurité sociale, conformément au plan de 1945.

2010: le RSI affirme avoir perdu la trace d’un milliard € de cotisations.

2015: face aux ratés du RSI (appels de cotisations indus, erreurs dans les remboursements, rigidités de la gestion), le gouvernement diligente des rapports parlementaires prônant un glissement en pente douce vers la fusion du RSI avec le régime général comme ce fut imaginé en 1945.

2016: le gouvernement prépare l’absorption du RSI par l’ACOSS, l’Agence Centrale des Organismes de Sécurité Sociale, avec un rapport rendu le 26 avril favorable à une fusion des régimes.

Bref, l’énarchie de 2016 est en passe de réussir ce qui échoua soixante-dix ans auparavant du fait de la mobilisation des indépendants. Historiquement, il existe donc, à travers les régimes, les gouvernements, les clivages politiques, une pulsion d’étatisation qui parcourt le champ social.

Le RSI et l’ethnocide des indépendants

En 1970, la France comptait environ 4,5 millions d’indépendants. En 2015, ils n’étaient plus que 2,5 millions. Durant la même période, le nombre de salariés a augmenté de 7 millions. Autrement dit, le demi-siècle qui vient de s’écouler en France est d’abord l’histoire d’un ethnocide du travail indépendant. Peu à peu, année après année, l’esprit d’entreprise recule au profit d’une logique salariale qui permet de « normaliser  » (mode Jaruzelski dans la Pologne de 1980) l’organisation économique et sociale française.

Les sous-jacents de cette politique sont bien connus: parce que le rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de bénéficiaires des prestations de sécurité sociale ne cesse de se dégrader, le « système » a besoin d’une augmentation permanente du nombre de salariés qui cotisent à la sécurité sociale. Les indépendants sont donc les victimes expiatoires d’une logique de mutualisation publique en expansion constante du risque social.

Le RSI et ses inconvénients participent d’une politique globale d’ethnocide du travail indépendant pour renflouer la protection sociale des salariés.

Les inconvénients de l’ethnocide social français

Malgré la diminution permanente du nombre d’indépendants, et l’augmentation constante (chômage ou pas) du nombre de salariés, les comptes de la sécurité sociale ne cessent de se dégrader. Depuis 1975, les années où la sécurité sociale n’a pas connu de déficit se comptent sur les doigts d’une main après un attentat à la bombe remplie d’écrous (avec moins de cinq doigts, donc).

Parallèlement, le recul de l’esprit d’entreprise est patent, et la croissance française est globalement inférieure à celle des grands pays européens.  L’une des explications de ce phénomène tient bien entendu à la chape de béton que la sécurité sociale française fait peser sur les entrepreneurs. Le coût de leurs cotisations et de leur régime social spécifique constitue l’un des empêchements majeurs au choix de devenir indépendant.

Il existe en France un encouragement institutionnel à devenir salarié, et un inconvénient institutionnel à devenir entrepreneur.

Comment libérer les entrepreneurs?

Face aux inconvénients graves, majeurs, du RSI, système ubuesque créé artificiellement par les énarques du gouvernement Raffarin, le gouvernement pourrait faire un choix de bons sens consistant à revenir en arrière et laisser les entrepreneurs choisir librement leur régime de sécurité sociale. Avec malice, le gouvernement Valls fait le choix inverse. Il instrumentalise les difficultés du RSI pour justifier son absorption (conçue en 1945) par le régime général.

Les inconvénients de ce choix sont bien connus. Le régime général gérera mal et absurdement la protection sociale de travailleurs indépendants dont les ressources fluctuent beaucoup plus (par principe) que celles des salariés. Cette absorption sera en revanche irréversible ou presque.

Il serait infiniment plus rationnel de rétablir les libertés accordées aux travailleurs indépendants avant la funeste expérience Raffarin. L’obligation d’affiliation à la sécurité sociale devrait disparaître au profit de la liberté d’assurance pour les entrepreneurs.

Le RSI ou le triomphe posthume de la technocratie

SI l’intérêt général préconise de laisser les entrepreneurs s’affilier librement à l’organisme de leur choix, il est manifeste que la technostructure française a fait une affaire personnelle de la remise au pas des travailleurs indépendants. Dans une France où le tissu des petites et moyennes entreprises absorbe chaque année des chocs réglementaires systémiques qui causent une forte attrition dans les rangs des entrepreneurs, l’objectif de la technostructure française est de mettre le pays en coupe réglée, de le transformer en jardin à la française où la concurrence laisse à la place à un système de cartel déguisé entre quelques « gros » qui tiennent le haut du pavé.

Il est bien dommage que les indépendants n’aient plus la force de s’unir pour mettre ce projet en échec. Rassemblés, ils y parviendraient.

Pourquoi il faut privatiser la SNCF

La SNCF, tout le monde la connaît pour ses grèves corporatistes qui ont encore sévi cette semaine, et empoisonné la vie de millions d’usagers pris en otage d’un combat purement égoïste.

Rappelons en effet que les salariés de la SNCF bénéficient, depuis 1937, d’un statut à part, et depuis 1970 d’une convention collective particulièrement favorable. Ces textes, conçus à une époque où le travail sur les voies était pénible, n’ont évidemment pas suivi l’évolution profonde du rail. Ils datent tous d’un monde où le train à grande vitesse n’existait pas.

La SNCF face au marché unique ferroviaire

La mise en place à retardement (car la SNCF résiste) d’un marché unique ferroviaire oblige à une révision du statut protecteur dont les agents de la SNCF bénéficient. C’est pour cette raison que les syndicats de la SNCF organisent des grèves à répétition. L’ouverture salutaire du marché ferroviaire dans l’Union devrait en effet permettre à des agents de compagnie étrangère de desservir des gares françaises pour le transport de voyageurs.

Cette irruption de la concurrence suscite des résistances vives, conflictuelles, que l’actuel directeur de la compagnie, l’usé qui se croit inusable Guillaume Pépy, ne parvient pas à juguler, même en arrosant ses organisations syndicales favorites. Reste une question: l’ouverture du chemin de fer à l’ouverture de la concurrence européenne est-il une bonne chose?

Il faut un séisme salutaire à la SNCF

Même les plus grands adversaires de la privatisation ne pourront le nier: il est urgent, indispensable, vital, que la vieille dame SNCF se réveille, tant la qualité des services qu’elle délivre est proche du zéro absolu.

Je prends l’exemple de ma mésaventure, malheureusement fréquente, de ce jour.

Je me destine à prendre un billet pour Lyon à 14h50, départ à 14h59. L’automate m’indique que le train est complet. C’est désagréable, ces voyages en deuxième classe à 100€ l’aller simple où le train est complet une fois sur deux. Je prends un billet pour le train suivant. L’automate me demande de faire le code de ma carte bleue, m’indique que la transaction est enregistrée mais qu’il ne peut imprimer mon billet…

Je cherche donc un agent pour m’aider. J’arrive à 14h55 à la salle des billets, où une hôtesse qui trouve la situation normale me dit qu’elle prévient un agent qui va intervenir. Votre train part dans une heure, « ça va », me dit-elle. Je rêve. Pas un mot d’excuse, pas un mot d’empathie, rien que du normal.

À 15h15, je n’ai pas de nouvelle et je m’en inquiète. L’hôtesse m’indique qu’elle a suivi la procédure et qu’elle ne peut rien faire de plus. Le fameux « nous n’y sommes pour rien Monsieur ». Bien sûr, j’ai sorti 100 euros pour aller à Lyon, je n’ai pas mon billet du fait de la SNCF, je n’ai pas un mot d’excuse et on ne peut rien faire de plus.

À 15h17, le préposé chargé des incidents arrive, nonchalant. Pas un « bonjour », pas un « je suis désolé de l’attente Monsieur ». À chaque oreille, il porte des boucles en forme d’anté-Christ, tout le monde trouve ça normal. Et moi, si je portais des caricatures du Prophète en boucle d’oreilles, il dirait quoi? Il m’indique que finalement je n’ai rien payé et que je dois racheter des billets. Point.

Quand je proteste, en expliquant qu’attendre vingt minutes de cette manière pour ce résultat, c’est fort de café et qu’une bonne privatisation ferait du bien à tout ce petit monde qui ne semble vraiment pas débordé, je m’entends dire: « En Angleterre, la privatisation c’est nul, mais ils sont moins cons que vous là-bas » et un « on va appeler la sécurité ».

Eh bien oui, pour toute cette désastreuse absence de la culture du service, il est urgent de taper un grand coup dans la fourmilière et de privatiser le rail sans aucun état d’âme.

Hollande et le grand capital: un coup d’Etat permanent

Hollande est-il le meilleur ami du grand capital, dans des proportions qui eussent fait honte à n’importe quel président de droite, et dont peu de gens de gauche ont pris la mesure? Les débats sur la représentativité patronale, dont je me suis fait écho la semaine dernière, et la façon dont ils sont verrouillés par l’exécutif, Myriam El-Khomri comprise, autorisent de poser la question dans toutes ses dimensions, qui vont jusqu’au poids du gouvernement profond dans les décisions politiques quotidiennes.

Le rideau de fumée de la loi Travail

Bien sûr, il y a les mesures qui font polémique et grâce auxquelles des ludions à la recherche d’un poste dans le prochain exécutif (celui de 2017) ou la prochaine opposition peuvent dresser des écrans de fumée. C’est le cas de tous les agitateurs qui se focalisent sur le plafonnement des indemnités prudhommales ou sur les motifs de licenciement économique – tous sujets qui ne concernent qu’une part marginale des situations professionnelles.

Sur tous ces points, la loi Travail n’est pas sans intérêt, mais il est fascinant de voir qu’aucun des révolutionnaires en action ne relève les questions qui fâchent véritablement dans la loi. Celles-ci portent sur le rôle qu’un gouvernement de gauche entend faire jouer au MEDEF sans qu’aucune justification ne puisse y être trouvée.

Le retour de la présomption irréfragable de représentativité

Personne (et c’est agaçant) ne prend soin de rappeler qu’en 2008 les partenaires sociaux et le Président en place (Nicolas Sarkozy) avaient permis un grand progrès de la démocratie sociale.

De 1966 à 2008, en effet, pour contourner la CGT, les exécutifs successifs avaient accordé une présomption irréfragable de représentativité à la CFTC, à la CGC, à FO et à la CFDT. Cette tactique du « diviser pour mieux régner » était simple: il fallait, coûte-que-coûte, d’autres interlocuteurs dans les entreprises et les branches professionnelles que la CGT, dussent-ils ne représenter que quelques pourcents de salariés.

Le mérite de Nicolas Sarkozy a consisté à supprimer cette présomption irréfragable en fondant dorénavant la représentativité sur la mesure de l’audience de chaque syndicat. Pour mettre tout le monde d’accord, les résultats aux élections en entreprise furent l’indicateur retenu pour mesurer cette audience. Il n’y avait pas plus démocratique.

Très longtemps, Laurence Parisot s’est opposée à la transposition du même exercice pour la représentativité patronale. Cette résistance avait une raison profonde: le MEDEF compte très peu d’adhérents directs, et la mesure de la représentativité par l’audience risquait d’affaiblir fortement ses positions.

Depuis le début de son mandat, il est fascinant de voir que Hollande et ses équipes ne ménagent aucun effort pour donner au MEDEF ce que Laurence Parisot n’avait pas osé rêver pour lui: une présomption irréfragable de représentativité sans mesure de son audience réelle. Il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat permanent qui se prépare.

François Hollande, le Laurent Blanc de la représentativité patronale

Si François Hollande se contentait de dire (et d’écrire dans une loi) que le MEDEF resterait représentatif, donc capable de négocier des accords et d’être l’interlocuteur du gouvernement, même dans l’hypothèse où il perdrait tous ses adhérents, au fond, la situation différerait peu de l’état actuel des choses. Mais le choix de Hollande va beaucoup plus loin que ce cadeau pourtant très important qu’il pourrait se contenter de faire. Ce que propose l’équipe Hollande consiste à passer du 5-3-2 au 6-3-1 ou au 6-2-2. Que veut dire ce charabia?

Non, il ne s’agit pas de tactique fouteballistique concoctée par Laurent Blanc avant un match contre une équipe anglaise, mais de pondération des voix dans les conseils d’administration des organismes paritaires.

Aujourd’hui, le MEDEF détient 50% des voix dans le monde patronal, la CGPME en détient 30% et l’UPA 20%. C’est le 5-3-2.

François Hollande s’est mis en tête de gonfler le nombre de voix accordées au MEDEF, en lui en accordant 60% du collège patronal au lieu de 50%. Il faut donc priver l’une des deux autres organisations patronales d’une voix pour mieux servir le MEDEF. Cette arithmétique en apparence anodine peut s’exprimer de façon plus intelligible: pour accorder plus de poids au grand capital, faut-il taper dans les sièges accordés aux entreprises de taille moyenne ou dans les sièges accordés aux artisans?

Bref, faut-il faire un 6-3-1 (formule négociée aujourd’hui entre le MEDEF et la CGPME dans le dos de l’UPA) ou un 6-2-2 (formule voulue par l’UPA)?

Le gouvernement profond et le grand capital

Cet immense cadeau fait au MEDEF en dehors de toute rationalité pose évidemment la question des ressorts à l’oeuvre au sein du gouvernement sous la présidence de Hollande. Dans la pratique, ce cadeau va bien au-delà de l’attribution de postes supplémentaires dans les conseils d’administration. Il se traduit au jour le jour par des réunions de concertation où ne siège plus que le MEDEF comme s’il incarnait à lui seul tout le monde patronal et qu’en dehors de lui plus personne n’existait.

Autrement dit, et pour être clair, c’est un gouvernement socialiste qui pratique la subordination la plus complète et la mieux consentie aux intérêts du grand capital. Cet asservissement volontaire est d’autant plus étonnant que le MEDEF ne l’a jamais demandé et qu’il suscite de fortes oppositions dans les milieux patronaux. Simplement, avec le zèle des nouveaux convertis, les hiérarques socialistes, et singulièrement les énarques qui entourent François Hollande, se sentent obligés de prôner une mise du dialogue social sous la tutelle (pourtant déjà excessive) des grandes entreprises.

La question est de savoir pourquoi (et pour quoi, d’ailleurs). La réponse demandera des décennies de débats entre historiens.

À ce stade, l’explication qui me parait la plus plausible tient d’abord à la détestation de la démocratie et à l’autoritarisme éclairé dont la réaction nobiliaire à laquelle nous assistons en France depuis plusieurs années est porteuse, et dont la gauche hollandaise est un fer de lance beaucoup plus efficace et assumé que la droite sarkozyenne. Le pouvoir de Hollande a largement consisté à renforcer l’emprise d’un gouvernement profond exercé par une technostructure qui ne supporte pas le pluralisme sur la société française à transformer en un jardin à la française – un tout ordonné autour d’une géométrie simple, et aucune tête qui dépasse.

La formulation de cette doctrine se trouve dans la bouche d’un énarque proche de François Hollande: « dans toute démocratie, il faut un référent social unique ». Il aurait pu ajouter, pour aller jusqu’au bout de sa pensée: « la démocratie, c’est le parti unique ». La technostructure française, on ne le dit pas assez, est le gouvernement profond le plus hostile au monde au pluralisme, et le plus nostalgique de l’efficacité soviétique.

Le chômage a-t-il baissé?

Le chômage, fléau du siècle. Les chiffres du chômage, notre prière quotidienne. Jamais un gouvernement n’avait développé une telle religion de la statistique: la fameuse inversion de la courbe est une pluie que l’on implore chaque mois avec force danses tribales et simagrées à gri-gris. Et Mazal’Tov! la courbe aurait baissé ce mois-ci de 60.000 chômeurs.

Comme cela m’arrive régulièrement (mais, n’étant pas religieux ni complètement superstitieux, pas tous les mois), je livre donc mon petit commentaire sur les chiffres du chômage.

Combien de chômeurs en moins?

Rappelons d’abord que la baisse de 60.000 chômeurs porte sur la catégorie A, c’est-à-dire les demandeurs d’emploi inscrits et tenus de chercher un emploi. Ils étaient, fin mars, 3,531 millions, contre 3,591 millions un mois auparavant. Il y a un an, ils n’étaient « que » 3,514 millions. Autrement dit, la forte baisse du mois ne gomme pas la hausse du chômage en un an.

Une forte hausse des premières entrées

Comme toujours, la question principale est de savoir pour quelle raison le chômage a baissé. Sur ce point, deux chiffres (donnés, malheureusement, avec moins de précisions qu’auparavant par la DARES) sont annonciateurs de mauvaises nouvelles. D’une part, les fins de contrats à durée déterminée ont fortement baissé (-5,3% par rapport à l’an dernier), pendant que les premières entrées explosaient (+17%). La baisse du chômage n’empêche pas sa hausse parmi les « insiders ».

Le développement des stages pour inverser la courbe

Mais la véritable explication de la « baisse du chômage » est à chercher dans la « formation » des chômeurs annoncée à grands cris par François Hollande durant l’automne. En trois mois, les entrées en stage (donc les « sorties » des files d’attente) ont augmenté de 10%, pendant que les reprises d’emploi déclarées ne progressaient que 1%. Le mois dernier, 50.000 demandeurs d’emplois sont entrés dans un stage qui leur permet d’échapper à la comptabilité de la catégorie A.

Les « défauts d’actualisation » (qui peuvent cacher une reprise d’emploi aussi bien qu’une fin de droit) ont pour leur part concerné 225.000 personnes, soit une hausse de 8% en trois mois.

Le taux d’emploi reste bas

Mais, comme toujours et redisons-le, ces chiffres sont friables et ne concernent qu’une partie minoritaire des demandeurs d’emplois, dont beaucoup ne sont pas indemnisés.

Le chômage endémique qui touche la France explique que le taux d’emploi des Français entre 20 et 64 ans stagne à 70% quand il atteint 76,5% en Allemagne. Signalons là encore que seulement 66,5% des Françaises entre 20 et 64 ans ont un emploi, alors que la très conservatrice Allemagne a porté ce taux à 73,6%.

Intermittents: pour un service minimum de la culture

Article écrit pour le Figarovox.

Les intermittents du spectacle menacent à nouveau d’empêcher des représentations de se dérouler, à l’image de ce qui s’est passé ces derniers jours à l’Odéon, avec l’annulation de Phèdre, ou à la Comédie Française, avec l’annulation de Lucrèce Borgia. Ces mouvements qui sont autant de coups de force pour peser sur des négociations entre partenaires sociaux posent un vrai problème: celui du libre accès des citoyens à des manifestations largement subventionnées par l’impôt.

La culture peut-elle être l’otage d’intérêts catégoriels?

On peut le prendre par tous les bouts et faire la langue de bois qu’on veut: empêcher un spectateur d’assister à la représentation d’une oeuvre littéraire, surtout lorsqu’elle appartient au répertoire classique, est toujours une défaite de la culture et de l’égalité. Qu’on le veuille ou non, il existe un droit imprescriptible d’avoir accès au savoir et au beau, pour tous et en tous lieux. Tous ceux qui entravent ce droit déshonorent par nature l’un des piliers du pacte républicain, celui qui se fonde sur l’accès aux Lumières.

On comprend bien ici l’argument pseudo-révolutionnaire des intermittents, qui ont l’idée originale de limiter la Révolution prolétarienne et leur « mouvement social » à la négociation de leur propre régime d’assurance-chômage, et de très vite rentrer dans le rang lorsqu’ils ont obtenu satisfaction. C’est en luttant qu’on obtient.

En l’espèce, l’argument de la lutte est un peu biaisé, puisque celle-ci consiste surtout à empêcher sporadiquement des manifestations culturelles – gestes dont la couverture médiatique est nourrie, grossie, amplifiée, par tous les organes qui utilisent des intermittents. Rappelons ici que les plus grands consommateurs de précarité sont les spectacles vivants relevant du service public, dont Radio France, qui adore donner des leçons de vertu, mais qui n’en pratique elle-même que très peu. L’expression « coup d’éclat » pour faire parler de soi auprès de médias complaisants et intéressés est donc mieux adaptée que « lutte ».

Reste que faire l’apologie de la culture subventionnée comme source de civilisation, en empêchant le public d’y avoir accès constitue un geste bien singulier, un étrange « mouvement social ». Dans la pratique, la lutte des intermittents ne pénalise certainement pas les bourgeois parisiens, qui ont tout loisir de prendre une place pour une autre représentation. Elle pénalise ceux qui vont rarement au théâtre et n’ont pas la possibilité de venir au Français aussi facilement que les habitants de Passy ou de Saint-Germain-des-Prés.

Pour cette seule rupture d’égalité dans les coups d’éclat, il serait naturel qu’un service minimum de la culture, lorsqu’elle est subventionnée, soit garanti. On ne relèvera même pas que ces parangons de solidarité auto-proclamés que sont les intermittents n’ont aucun problème à causer beaucoup plus de dommages aux classes populaires qu’aux bourgeois.

Le grotesque des occupations de salle

Il est d’ailleurs très étonnant de voir quelles salles sont touchées par les occupations d’intermittents. Curieusement, ceux-ci n’empêchent pas le déroulement des émissions débilitantes qui occupent l’espace télévisuel, où les intermittents sont légion. Ils n’empêchent pas le tournage de ces productions effrayantes où des sommes considérables sont absorbées pour divertir les Français, c’est-à-dire pour les maintenir à un niveau de conscience très limité et dans une aliénation intellectuelle et culturelle dont Karl Marx n’aurait pas pu imaginer le début dans le pire de ses cauchemars.

Bref, les intermittents du spectacle ne s’attaquent pas à ces consortiums privés qui dégagent des marges importantes grâce au système de l’intermittence (que tous les salariés du privé, redisons-le, subventionnent). Ils préfèrent s’en prendre à des salles publiques: l’Odéon et le Français, qui sont des scènes nationales, financées par le contribuable, par l’impôt, par l’argent d’un public qui se trouve privé, sans en être prévenu, des spectacles qu’il a financés par ses contributions et par l’achat d’un billet.

Je sais que les intermittents fulmineront encore, mais on ne sera jamais assez sardonique vis-à-vis de ces révolutionnaires de pacotille qui sacrifient à la facilité, à la posture, à l’affectation, au manque de talent, jusque dans leurs luttes. Les intermittents qui colonisent la Nuit Debout pourraient s’offrir un périlleux voyage dans les banlieues où poussent les studios des productions intellectuellement indigentes mais financièrement lucratives qu’ils dénoncent. Mais ils préfèrent manifestement limiter leur champ d’intervention aux salles publiques situées dans un rayon d’un kilomètre autour de la place de la République, et encore, de préférence en direction du centre de Paris.

Se battre pour un régime d’indemnisation d’accord, mais pas trop loin de chez soi.

Pour un service minimum de la culture

En réalité, les intermittents du spectacle n’assument pas leur objectif fondamental: obtenir une fonctionnarisation de la culture, sa bureaucratisation complète, et son encadrement financier par l’Etat. C’est un comble d’ailleurs de voir ces libertaires en carton-pâte réclamer la prise en main de leur métier par un régime administré où le talent et même le génie comptent beaucoup moins que le décompte des droits à la fin du mois.

Au demeurant, cette bureaucratisation réjouit l’Etat qui, comme toute machine en expansion permanente, adore étendre son domaine d’action. La ministre Azoulay l’a confirmé: le régime des intermittents est une forme de subvention au spectacle vivant. Assumons-le, donc: le spectacle vivant, en France, est une politique publique financée par des subventions directes ou indirectes. Alors légiférons, et admettons que les règles de la lutte doivent être encadrées pour garantir les droits fondamentaux des citoyens.

Il fut une époque où les mouvements qui soutiennent les intermittents dénonçaient la mutualisation des pertes et la privatisation des bénéfices dans les politiques industrielles. Ce qui valait à l’époque dans l’industrie manufacturière, doit aussi valoir pour l’industrie culturelle. Manifestement ce n’est pas le cas. Les intermittents jugent légitime un système qui privatise les bénéfices des productions audio-visuelles, et mutualise les pertes des petits théâtres. Si tel est le principe qu’ils défendent, qu’il soit défendu, au moins, dans le respect de règles minimales où les scènes publiques doivent rester ouvertes.

Brain Drone Race: la révolution du pilotage psychique

L’Université de Floride a organisé une Brain Drone Race, une course futuriste de drones directement pilotés par le cerveau des candidats. Ce projet fascinant risque de donner la victoire à une candidate venue de Singapour.

Qu’est-ce que la Brain Drone Race?

Chaque candidat porte un casque qui perçoit son activité cérébrale. Grâce à cette méthode, le candidat pilote le drone uniquement par ses représentations psychiques, sans aucune intervention manuelle. La technologie permet donc d’utiliser les données cérébrales pour domestiquer et commander une machine, par l’intermédiaire d’un ordinateur qui interprète les représentations mentales de l’humain.

Les utilisations de cette technologie sont évidemment très importantes. Elles permettent en particulier d’espérer une meilleure prise en charge du handicap, en garantissant la mobilité de fauteuils roulants par simple décodage de la volonté de la personne.

Elles supposent que la personne qui porte le casque multiplie les représentations psychiques imagées pour guider le mouvement du drone.