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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Attentats de Bruxelles: qui s’en est félicité?

Une polémique sur les attentats de Bruxelles fait rage en Belgique, totalement occultée par la presse française: des membres de la communauté musulmane ont-ils dansé de joie en apprenant la tragédie? Le débat en dit long sur les malentendus que la radicalisation salafiste instille dans les opinions publiques européennes.

La presse française occulte le sujet

Impossible de trouver dans la presse française la moindre allusion à la polémique qui fait rage, et qui oblige pourtant le Premier Ministre belge, le grotesque Charles Michel, à prendre position. Les médias subventionnés ont préféré dégouliner de bons sentiments en couvrant la « marche contre la haine » à laquelle n’ont participé que 7.000 personnes, soit un échec patent. C’est tout juste si, dans la reprise de la dépêche AFP, la question est évoquée.

Une fois de plus, le traitement de l’information est soumis aux tabous ambiants et bisounoursiens selon lesquels le terrorisme n’a rien à voir avec l’Islam et ne s’appuie pas sur une radicalisation rampante dans les communautés existant sur le sol européen. Ce déni manifeste ne manque pas de faire sourire si l’on songe que l’écrasante majorité des terroristes qui ont organisé les attentats qui frappent la France et la Belgique depuis plus d’un an sont nés en Belgique et en France.

Les déclarations du ministre belge de l’Intérieur

Tout est parti des déclarations du ministre belge de l’Intérieur, Jan Jambon, le bien-nommé, au demeurant membre du parti flamingant NVA (qui constitue une sorte de paradigme du Front National), au journal belge De Standaard. L’intéressé a notamment dénoncé le fait que, dans les quartiers à forte immigration, certains avaient dansé en apprenant que des attentats avaient eu lieu.

Le ministre belge y voit le signe d’un échec des politiques d’intégration en Belgique.

Voici ce qu’il a déclaré:

« une partie significative de la communauté musulmane a dansé à l’occasion des attentats » (…)

« ils ont jeté des pierres et des bouteilles en direction de la police et de la presse au moment de l’arrestation de Salah Abdeslam (le seul survivant des commandos jihadistes du 13 novembre à Paris, interpellé le 18 mars dans sa commune bruxelloise de Molenbeek, ndlr). C’est ça le vrai problème ».

« Les terroristes, on peut les arrêter, les écarter de la société. Mais ils ne sont qu’une pustule. En dessous se trouve un cancer beaucoup plus difficile à traiter. Nous pouvons le faire, mais pas du jour au lendemain »

La grande erreur des Abdeslam et compagnie consiste sans doute à avoir frappé un pays (la Belgique) et une ville (Bruxelles) où un mouvement nationaliste est au pouvoir, avec une tradition politique peu encline à l’amabilité.

Le Premier Ministre confirme l’information

Face à la polémique suscitée par ces propos, le Premier Ministre belge, le libéral francophone Charles Michel, a dû intervenir. Il a, visiblement embarrassé, confirmé la situation:

« Je confirme qu’il y a eu des expressions de soutien aux auteurs des attentats », a affirmé M. Michel, interrogé dimanche soir par Belga sur cette controverse. « Le Conseil (national) de sécurité en a d’ailleurs été informé », a-t-il ajouté, sans identifier ces soutiens.

« Il s’agissait d’actes provenant de personnes minoritaires, et il ne convient pas de faire des généralisations », selon M. Michel.

« ce sont de faits interpellants, qu’il ne faut pas nier par une forme d’angélisme », a estimé le Premier ministre.

Manifestement, l’effet des attentats du 22 mars commence à peine en Belgique.

 

 

La Nuit Debout ou l’entre-soi ostraciste

Sur le place de la République où siège sans discontinuer depuis plusieurs jours le mouvement Nuit Debout, la douce odeur du goulag commence à dominer les effluves de merguez et de marijuana. Comme je l’ai déjà signalé, derrière les postures humanistes et l’éloge de la gentillesse, se dissimule un visage bien plus inquiétant: celui d’une tribu de l’entre-soi prête à ostraciser tous ceux qu’elle a désignés comme l’ennemi, coupable de ne pas lui ressembler. Hier soir, c’est Finkielkraut qui en a fait les frais.

La Nuit Debout pas loin de lyncher Finkielkraut

Alain Finkielkraut a eu la naïveté de croire à l’affichage de bons principes en vigueur sur la place. Il s’y est rendu, comme l’ex-ministre grec des Finances Varoufakis, pour écouter les débats. Grand mal lui a pris: la démocratie a des limites! La foule s’est faite menaçante et il a été évacué par le service d’ordre avant de recevoir des coups.

Il n’aura donc fallu longtemps pour que les masques tombent. Une fois de plus, les longues gnagnasseries en assemblée générale pour le bien universel peinent à dissimuler les intentions profondes: la place n’est ouverte qu’aux gens qui partagent un entre-soi intellectuel propre sur lui, c’est-à-dire de la gauche bobo confortable dans ses petites certitudes acquises. Cet exercice tient plus de l’apartheid que de toute autre chose, mais certainement pas de la démocratie.

On peut se demander dans quelle mesure on doit encore tolérer que la place de la République, voie publique et symbole de notre démocratie, soit occupée par des mouvements aussi liberticides.

Sur France Confiture aussi, la Nuit Debout ventile

L’expulsion brutale de Finkielkraut fait écho au débat scandaleusement biaisé organisé par France Culture, auquel participait Clémentine Autain, grand défenseuse (de gôche) des dîners mondains et des communautaristes musulmans (quel principe républicain ne vendrait-on pas en contrebande pour être élu?). Comme à son habitude, France Confiture avait décidé de mener une opération grossière de propagande en faveur de la critique contre le « système » en la maquillant en débat complètement truqué.

Le chroniqueur Brice Couturier a eu le bon sens de se sortir de ce guêpier puant en quittant le plateau.

On le voit, la Nuit Debout ne devrait pas tarder, à mesure qu’elle va mûrir, à concentrer toutes les méthodes gauchistes les plus putassières pour faire régner la terreur, à la plus grande satisfaction des sang-sues qui font profession de dénoncer un système sans lequel ils ne pourraient vivre.

La Nuit Debout pour encore combien de temps?

Les dérives et bavures du mouvement devraient commencer à se multiplier, dans la mesure où la vacuité des débats qui se déroulent sur la place vident peu à peu les citoyens ordinaires pour ne laisser la place qu’aux extrémistes décider à « récupérer la marque » Nuit Debout pour agir. Tôt ou tard se posera la question de l’évacuation des lieux, dans la mesure où rien ne justifie qu’une place de Paris soit confisquée aux Parisiens.

Taxation des CDD: mon débat sur LCI

Vendredi matin, j’intervenais sur LCI pour débattre de la taxation des CDD et de la prestation de François Hollande, la veille au soir sur France 2. C’était l’occasion de souligner ce qui, de mon point de vue, relève de la maladresse des organisations patronales concernant la loi Travail.

Celles-ci se sont en effet laissé enfermer dans un « corner » sur la barémisation, voire le plafonnement des indemnités de licenciement, sujet glissant et toujours perdant. L’importance donnée à ce point dans le débat est totalement disproportionnée à la place réelle qu’il occupe dans la vie des entreprises. Le temps passé à en souligner l’utilité se transforme en temps perdu: il donne le sentiment que le monde patronal n’a que la recherche de la précarité en tête, quand les enjeux sont tout autres. Ils portent sur la maîtrise de la dette sociale, sujet imposé par la réglementation et protecteurs pour le salarié. Toute entreprise qui recrute doit en effet s’assurer qu’elle dispose des actifs nécessaires pour payer sa masse salariale, y compris en cas de défaillance. La loterie que constitue aujourd’hui la juridiction prud’homale rend l’exercice délicat, voire totalement aléatoire. La jurisprudence sur les « coiffures pédé » l’a rappelé.

Au demeurant, la question du plafonnement des indemnités se discute forcément. Il n’est en effet pas du tout établi que ce plafonnement soit compatible avec une vision du monde cohérente où les règles cèderaient le pas à la négociation.

Là encore, les organisations patronales desservent les entreprises et leur objet en défendant des positions dont la profondeur, l’épaisseur et l’anticipation laissent à désirer. Je regrette une fois de plus le caractère à courte vue de ces prises de position syndicale qui entravent le débat et pénalisent la vision à long terme dont l’économie française a besoin pour se reconstruire, étant entendu que celle-ci ne pourra unilatéralement servir la soupe des employeurs.

En toute chose, l’équilibre est indispensable, surtout si l’on veut apprendre à se passer de l’Etat.

La Nuit Debout, dommage collatéral de l’université française?

La Nuit Debout nourrit beaucoup de fantasmes directement hérités du romantisme révolutionnaire cher à de nombreux journalistes. La presse subventionnée regorge de ces soixante-huitards attardés qui retrouvent, place de la République, le lointain souvenir de leurs années barricades. Peut-être même rêvent-ils d’y retrouver leurs années partouzes, leurs années festives, leurs années hippies.

En lisant l’intéressant article de la sociologue du CNRS Monique Dagnaud paru sur Slate, il n’est pourtant pas inutile de regarder, au-delà du stéréotype romantique (assez faux au demeurant, mais je ne reviendrai pas aujourd’hui sur ce point), les racines sociales du mouvement que j’ai déjà suggérées. Les étudiants français présentent en effet des caractéristiques originales qui expliquent probablement en partie les bizarreries de la contestation en France par rapport à ses homologues ou cousines étrangères.

Les étudiants français ou la génération déçue

Monique Dagnaud souligne à juste titre le paradoxe français en matière d’accès à l’université. D’un côté, la France est la championne de l’OCDE en matière d’ascension éducative:

40% des 25-34 ans ont atteint un niveau de formation plus élevé que leur parents –pour les deux tiers en passant par l’université– contre 32% en moyenne dans l’OCDE; 50 % ont un niveau de formation identique à celui le plus élevé atteint par leur parent, contre 52% en moyenne OCDE; et 10% seulement n’ont pas pu égaler le niveau de formation de leur parents, contre 16% en moyenne OCDE.

D’un autre côté, le taux de chômage parmi ces jeunes diplômés est le plus élevé de la banane bleue:

En 2014, le taux de chômage des 25-34 ans diplômés du supérieur est de 7%, soit à peu près celui de l’année 2000. Il est de 3,4% en Allemagne, de 2,9% en Grande-Bretagne et de 3,9% aux États-Unis: en France, ce plein emploi post-université est uniquement atteint par les recrues des grandes écoles.

Il existe donc un effet ciseau entre l’espérance de l’ascension sociale procurée par l’accès au diplôme d’une part, et la déception économique induite par les conditions d’insertion sur le marché du travail de l’autre. Ce phénomène se vérifie tout particulièrement pour les détenteurs d’une licence dont le taux de chômage est de près de 15% trois ans après l’obtention du diplôme, soit un taux équivalent au baccalauréat.

L’université et le déclassement social

On ne peut évidemment comprendre la contestation étudiante en France, qui est au coeur de la Nuit Debout, sans avoir à l’esprit le poids du plafond de verre qui bloque la promotion sociale et dont la réaction nobiliaire constitue l’autre versant. Plus que jamais, l’accès à l’élite et aux postes de décision s’est crispé autour des anciens élèves des grandes écoles, dont la fonction de reproduction sociale est farouchement préservée. L’accès à un diplôme universitaire ne permet ni de rebattre les cartes efficacement, ni d’améliorer de façon décisive le niveau de vie par rapport à celui de ses parents, ni de préserver du chômage.

L’université est au coeur du déclassement social qui crée le malaise de notre jeunesse. De ce point de vue, les analogies entre mai 68 et la Nuit Debout sont biaisées. Mai 68 était un mouvement de jouisseurs optimistes. La Nuit Debout est un mouvement de frustrés angoissés par l’avenir. La Nuit Debout ne veut pas changer la société pour échapper à ses contraintes, elle veut la changer pour pouvoir s’y insérer.

D’une certaine façon, la Nuit Debout constitue l’avatar d’une société déceptive où l’amélioration moyen du niveau d’études ne délivre pas les promesses dont elle était porteuse. Le sentiment qu’il faut désormais être titulaire d’un « bac + 5 » pour occuper un emploi subalterne est au coeur de la contestation.

Réformer l’université pour renouer les liens avec la jeunesse

Dans ses discours électoraux, François Hollande avait mis l’amélioration du sort de la jeunesse en tête de ses préoccupations. Quatre ans plus tard, son bilan parle de lui-même. Son erreur a d’abord consisté à imaginer qu’il pouvait faire abstraction d’une réforme en profondeur de l’université, entamée par Sarkozy avec la loi sur l’autonomie, mais demeurée largement inachevée.

Le sujet essentiel de l’université tient à la professionnalisation intelligente qui y devient cruellement indispensable. L’université française souffre en effet de deux maux majeurs qui constitueront autant de handicaps de moins en moins surmontables dans les années à venir.

Le premier mal s’appelle l’absence de sélection. Il conduit les universités à consacrer des moyens importants à des filières sans avenir où les étudiants s’entassent dans des amphithéâtres lépreux en attendant l’attrition naturelle, puis l’obtention d’un diplôme inutile. Alors que la France manque cruellement de scientifiques, de mathématiciens, de linguistes, les unités de psychologie sont bondées.

Le deuxième mal s’appelle l’incurie des universités en matière d’insertion professionnelle. Alors que la loi Pécresse leur avait confié cette mission, les universitaires s’estiment toujours aussi étrangers à la question de l’insertion de leurs étudiants sur le marché du travail, et les préparent toujours aussi peu à la vie en entreprise. D’où la réticence des employeurs à intégrer en toute confiance de jeunes diplômés qui sont autant d’extra-terrestres étrangers aux logiques de rentabilité et de productivité.

Comment réformer l’université?

Ces constats ne sont malheureusement pas nouveaux. Ils présidaient déjà à la loi Devaquet en 1986, qui fut tuée dans l’oeuf par la mort du jeune Malik Oussekine lors d’une manifestation. Trente ans plus tard, la situation s’est dégradée, et ces trois décennies sont autant de temps perdu dans le sursaut français.

Une question est évidemment incontournable ici: l’université, dans son format actuel, est-elle capable de se réformer? Je me souviens ici d’un pédocrate qui m’expliquait qu’une bonne réforme ne pouvait se faire en moins de dix ou quinze ans, sans quoi elle suscitait trop d’oppositions. Dans un système ultra-administré aux proportions gigantesques, l’effet taille des structures interdit probablement de faire mieux.

Tout notre sujet est de savoir si nous avons encore le temps de passer dix ans pour faire la moindre réformette. Peut-être sont-ce les structures et les tailles qu’il faut changer.

Hollande: contre la Nuit Debout, l’Ennui Assis

Article écrit pour le Figarovox.

Lors de sa très ennuyeuse prestation télévisuelle d’hier soir, Hollande, comme muré dans son château, a prononcé un terrible « ça va mieux » qui suscite l’hilarité sur les réseaux sociaux. En apparence, la phrase résonne comme un terrible déni de réalité. Mais, replacée dans son contexte, elle est surtout très révélatrice de la posture de Hollande, de son ambition pour le pays et de son angle d’attaque pour la prochaine présidentielle.

Hollande et le déni de réalité

Il faut être gonflé pour affirmer devant les Français que « ça va mieux », sans pouffer.

Rappelons que dès le mois de février 2013, Hollande assurait que la croissance reviendrait presque par magie. L’influence de Moscovici et de sa bande d’économistes à trois balles, dont certains siègent à l’Assemblée Nationale, faisait alors des ravages. En toute bonne foi, Hollande était convaincu qu’ils avaient raison: on pouvait indéfiniment augmenter les impôts, les contraintes, les rigidités du marché du travail, rien n’empêcherait le retour de la croissance.

Depuis le début de son mandat, en réalité, Hollande ne croit pas qu’il puisse agir sur l’économie. Il est en revanche pénétré de l’idée que les cycles économiques agissent quelle que soit la politique menée. Il suffit de tomber au bon moment pour gouverner, et les choses se font toutes seules. Alors que l’Allemagne connaît le plein emploi, le désastre du chômage en France permet de mesurer l’étendue cataclysmique de son erreur.

Hollande soutient que la croissance revient. Il devrait plutôt trembler dans ses braies. Si la France n’est pas en récession, il faut d’abord y voir l’effet des centaines de milliards que la Banque Centrale Européenne déverse discrètement sur nos économies. En principe, avec le remède de cheval qui est utilisé par Mario Draghi, la France devrait connaître une inflation à 5% et une croissance d’au moins 3%. Le fait que le PIB croisse à peine de 1% et provoque ainsi la béatitude présidentielle confirme que François Hollande ne comprend vraiment rien au fait économique et qu’il est complètement dépassé par sa charge.

Combien de citoyens sont dupes? Fort peu, probablement, ce qui prouve une fois de plus que la vérité est dans le peuple français, que le populisme tant décrié constitue la seule façon durable de sortir de la crise.

Hollande se dévoile

Chercher dans le « ça va mieux » un jugement raisonnable sur la réalité n’a pas de sens, et il n’est même pas sûr que François Hollande commette un véritable déni en le prononçant. Lui-même n’y croit nullement et ne cherche probablement pas à nous faire croire que « ça va mieux ». Il est beaucoup plus évident que sa phrase s’adresse plutôt à lui-même, avant de s’adresser aux électeurs.

Hollande dit « ça va mieux », comme le malade du cancer dit « ça va mieux » après une opération qui lui a enlevé des organes infectés par les tumeurs. Il ne dit pas « ça va bien », mais seulement « je ne suis toujours pas mort » et j’ai même gagné quelques semaines de vie supplémentaires. Il est très probable que le président ne puisse surmonter l’épreuve de sa profonde impopularité et de son immense incompétence qu’en se convainquant que tout aurait pu être bien pire. Le fait qu’il soit encore en poste, que le pays n’ait pas « explosé » après les attentats du 13 Novembre montre que « ça va mieux ».

C’est ici que le Président normal donne la pleine mesure de sa normalité. Non, il n’a pas la prétention d’être un super-héros qui transformerait la France en un pays heureux, prospère, moderne, rayonnant. Ces grands rêves ne sont pas pour lui, et il ne faudrait sans doute pas beaucoup le pousser pour qu’il soutienne que ce rêve-là est inaccessible, ou qu’il soit le fait de fous prétentieux, de dangereux démagogues.

Le truc de Hollande, c’est plutôt le plaisir simple de se dire: nous ne sommes toujours pas morts! bon, c’est vrai, nous sommes nuls, nous n’avons pas d’idée, pas de vision, pas de compétence. Mais qui, parmi tous ceux qui sont bien plus brillants que nous, aurait fait mieux?

Hollande, un héros flaubertien candidat à sa réélection

Les amateurs de Flaubert auront reconnu dans François Hollande une réincarnation à l’état pur du pharmacien Homais de Madame Bovary. Sa posture n’est pas de réussir. Elle est de montrer que la médiocrité est la moins pire des solutions et que l’échec n’est pas si dramatique. Même dans un naufrage, les survivants qui se retrouvent sur une plage déserte finissent par se dire: « ça va mieux ». Au moins, quand on n’a aucune ambition pour son pays, on est à peu près sûr de ne pas être déçu, et on ne peut pas être taxé d’avoir complètement menti.

C’est évidemment cette stratégie que François Hollande nous propose en 2017, face à un Sarkozy ou à une Marine Le Pen. Il y aura les aventuriers qui proposeront des grands projets haletants, avec des étoiles dans les yeux, du sang, de la sueur et des larmes. Et puis il y aura François Hollande qui se contentera de dire: « Je suis ennuyeux, incompétent, sans imagination, je suis l’homme du bricolage. Mais au moins je ne vends aucune illusion et avec moi, vous êtes sûrs de ne pas vous embarquer dans une aventure incertaine. »

Au fond, Hollande nous demande de choisir entre les dangers de l’épopée et les certitudes du roman de gare. Et son argumentation tout entière se concentre dans les vertus de ce dernier: pas de rêve, certes, pas d’ambition, pas de grandeur, mais un projet peinard, où on limitera la casse et où on vivotera le plus longtemps possible sans stress et sans bruit, en attendant la mort.

L’ennui assis contre la nuit debout

Alors que les bobos de la Nuit Debout se réunissent sans se lasser pour réfléchir indéfiniment sur ce que serait un monde meilleur, François Hollande propose la démarche exactement inverse: celle de l’Ennui Assis. Tu te mets dans ton fauteuil, tu ouvres une canette de bière, tu allumes ta télé, et tu ne te poses pas de question en regardent le foot jusqu’à ce que la mort arrive. De temps en temps, tu réponds à des questions en enfilant des banalités et en bafouillant quelques excuses de ne pas arriver à faire mieux.

Et c’est bien le dilemme de la France aujourd’hui. Elle sait qu’au train où elle va, elle est en sursis. Mais elle préfère peut-être mourir certainement, mais lentement, plutôt que d’affronter le risque de renaître.

3 raisons de voter Hollande en 2017

François Hollande a de nouveau donné le spectacle de la vacuité fabuleuse qui caractérise le pouvoir présidentiel depuis son élection. En écoutant les litanies auxquelles il s’est livré dans un contexte de désillusion et d’impopularité forte (confirmées par les réactions en ligne sur les réseaux sociaux), il devient évident que tous ceux qui attendent la chute du régime ont trois bonnes raisons de voter Hollande aux prochaines présidentielles.

Comment Hollande symbolise l’impuissance du pouvoir politique

Une fois de plus, François Hollande a donné le spectacle d’un pouvoir totalement incapable de modifier la réalité du pays et totalement incapable de le reconnaître. Face aux difficultés sociales, politiques, économiques, les Français qui avaient encore un espoir sur ce qu’ils pouvaient attendre du pouvoir sont cette fois définitivement fixés: après quatre ans de mandat, François Hollande est plutôt satisfait de son bilan, et personne non seulement ne le croit ni le comprend, mais ne peut même imaginer qu’il ne partage pas le bon diagnostic sur le désastre en cours. Manifestement, le gouvernement ne peut rien pour nous.

Pourtant, les éléments du diagnostic sont assez faciles à relever. Le chômage explose alors qu’il diminue chez nos voisins, la croissance stagne, le pays se paupérise. Partout, la contestation monte et la recherche du sens est immense.

Voter Hollande en 2017, c’est, sur tous ces points, le choix sûr de continuer à se mentir. Le navire continuera à s’enfoncer, mais le commandant de bord répétera inlassablement des messages rassurants aux passagers coincés dans la cale.

Comment Hollande symbolise la réaction nobiliaire

Il fallait entendre Hollande répondre à la cheffe d’entreprise sur les questions micro-économiques pour mesurer une fois de plus la rupture entre le pouvoir politique et la réalité des Français. Là encore, si certains imaginaient que l’occupant de l’Elysée avait la faculté de comprendre leurs préoccupations, ils ne peuvent plus avoir aucun doute aujourd’hui. Ce qui fait la vie quotidienne des Français est un mystère structurel pour le Président de la République. Ce n’est pas une question de mauvaise volonté, c’est une question d’ignorance.

Ainsi va la Vè République: les élus sont loin du peuple, au-dessus du peuple, et n’en connaissent pas la condition. Ils s’en portent très bien.

Donc… voter Hollande en 2017, c’est se promettre une longue continuité dans ce ton condescendant, méprisant, cette surdité mal cachée, ces regards évasifs et ennuyés lorsque les élus, dignes héritiers des aristocrates d’Ancien Régime, sont sommés de répondre aux questions portant sur la vie quotidienne des citoyens. Se salir les mains, quelle horreur!

Comment Hollande symbolise la médiocrité

Il fut une époque où la fonction présidentielle était revêtue d’un prestige, d’une autorité, d’une forme de sacralité, dont la familiarité avec laquelle les participants à l’émission se sont adressés au Président a montré qu’elle était réduite à néant. Hollande ne s’en était pas caché: il serait un Président normal, c’est-à-dire un homme sans qualité pour ce poste. Les Français seraient donc mal venus à jouer les surpris: l’impétrant les avait prévenus. Ils savaient à l’avance les sorties chez sa maîtresse avec un casque de Vespa sur la tête, le manque de charisme, l’absence de vision, le vide des idées, la soumission à l’Allemagne.

Voter en Hollande en 2017 permet de précipiter la chute du régime, parce qu’elle désacralise le pouvoir, l’affecte d’une terrible banalité. À ce jeu-là, Hollande est d’ailleurs en position de force. Sa médiocrité impose une sorte de baisse générale du niveau politique français, et oblige tous ses concurrents à s’aligner sur une sorte d’offre au rabais, où le calcul tactique compte plus que le projet politique.

Continuons avec lui: s’il parvient à terminer son premier mandat, il est acquis qu’il ne terminera pas le suivant, et qu’il aura précipité la chute du régime.

10 propositions pour me situer

Plusieurs lecteurs me demandent de formuler des propositions pour mieux comprendre mes prises de position. Sans vouloir fonder un programme, qui serait prétentieux et ne m’intéresse pas vraiment, je glisse ici 10 idées-propositions majeures auxquelles je crois pour que chacun puisse me situer dans son échiquier.

1 – réformer la vie publique

Je reprends ici les propositions que j’ai déjà éparpillées dans mes écrits:

  • interdire plus d’une réélection à un même mandat (ce qui permet d’éviter le cumul dans la durée)
  • fusionner les communes (il en faut environ 10.000) et supprimer la nébuleuse des intercommunales
  • abandonner la réforme des régions
  • fusionner le Sénat et le Conseil Economique et Social, l’ouvrir à des mandats transitifs (mandats provisoires accordés à des experts sur des sujets précis)
  • supprimer le détachement des fonctionnaires dans les fonctions électives (la mise en disponibilité doit être obligatoire), et dans les cabinets ministériels
  • transparence obligatoire des revenus et des patrimoines des élus tout au long de leurs mandats
  • transparence de toutes les données publiques, conformément à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

2 – réformer l’Etat

Là encore, je reformule des propositions éparpillées:

  • supprimer le statut de la fonction publique pour les directeurs d’administration
  • licencier les directeurs d’administration qui n’atteignent pas les objectifs de performance fixés par le Parlement
  • supprimer la fonction publique hospitalière
  • supprimer la justice administrative et la fusionner avec la justice judiciaire, en créant des chambres administratives dans les juridictions
  • limiter le rôle du Conseil d’Etat au conseil du gouvernement, le supprimer en tant que cour contentieuse

3 – restaurer les libertés publiques

Ici, je précise quelques idées que j’ai laissées traîner, en y ajoutant de nouvelles:

  • supprimer les subventions aux médias
  • privatiser Radio-France et France Télévision
  • supprimer la loi sur le renseignement
  • limiter les pouvoirs du juge d’instruction
  • limiter la détention provisoire au strict nécessaire, en faire l’exception
  • ouvrir les données publiques et circonscrire le droit d’auteur
  • libéraliser la consommation de cannabis

4 – assainir les finances publiques

Ces propositions sont exposées dans mon livre Jusqu’ici tout va bien:

  • publier la liste nominative des détenteurs de la dette
  • revenir à un budget en équilibre primaire (hors charge de la dette)
  • pratiquer le « hair cut » en cas de choc externe (interruption du paiement de la fraction marginale de la dette en cas de déséquilibre temporaire)
  • limiter la pression socio-fiscale à 40% du PIB
  • limiter les prélèvements sociaux à 30% du PIB
  • réformer la fiscalité locale en créant une flat tax pour les personnes physiques et une autre pour les entreprises
  • modifier le mandat de la BCE en l’élargissant à la lutte contre le chômage

5 – gagner la bataille du savoir et de l’innovation

La France se contente d’une stratégie économique low cost. Elle doit viser à l’excellence scientifique et technique.

  • pratiquer un big bang de l’éducation en supprimant le budget de l’Education Nationale et en le transformant en chèques scolaires pour les enfants scolarisés
  • dématérialiser tous les examens
  • supprimer l’orientation scolaire
  • instaurer une liberté de programme pendant 10 ans pour enrichir les pratiques pédagogiques
  • instaurer une sélection à l’entrée de l’université
  • réformer l’alternance en fusionnant la professionnalisation et l’apprentissage, supprimer les cotisations sociales pour ces dispositifs
  • exonérer les Jeunes Entreprises Innovantes de l’impôt sur les sociétés pendant leurs cinq premières années
  • créer un Internet européen neutre
  • simplifier le recrutement des doctorants en entreprise

6 – gagner la bataille de l’emploi

Sur ce point, je livre quelques idées peu exposées jusqu’ici:

  • créer des zones franches de travail: toute commune (fusionnée) où le taux de chômage est supérieur de 50% à la moyenne nationale peut demander à être reconnue zone franche de travail – l’application du Code du Travail y est suspendue pour dix ans, et seules s’appliquent les normes de l’OIT
  • supprimer les cotisations sociales
  • financer de droit deux ans de formation professionnalisante entre 25 et 55 ans
  • supprimer Pôle Emploi
  • accorder un chèque « recherche d’emploi » de 2.000 euros à tout demandeur d’emploi (au maximum tous les deux ans)
  • défiscaliser les transactions entre salarié et employeur
  • instaurer un contrat unique avec possibilité de licencier pour motif économique allégée

7 – relancer nos filières industrielles

Voici un point que je n’aborde pas suffisamment d’ordinaire:

  • supprimer la BPI
  • concentrer les participations de l’Etat sur les secteurs stratégiques: défense nationale, haute innovation technologique
  • créer un téléphone mobile français
  • créer des fonds d’investissement technologiques exonérés de toute fiscalité, strictement contrôlés par l’Etat
  • implanter la fibre sur tout le territoire

8 – responsabiliser le travail

Je reprends ici les points que j’aborde d’ordinaire sur le paritarisme et la protection sociale:

  • supprimer l’affiliation obligatoire au régime général de sécurité sociale
  • supprimer le RSI
  • supprimer les cotisations sociales
  • instaurer un revenu universel financé par l’impôt d’un montant d’environ 600 euros mensuels, versé de la naissance à la mort
  • supprimer le paritarisme et les institutions paritaires, créer un régime de retraite par points
  • interdire la présence de fédérations de fonctionnaires dans les syndicats du secteur privé
  • interdire les grèves pour motif politique
  • supprimer le niveau interprofessionnel de négociation collective
  • généraliser un mandatement simplifié dans les TPE (sans section syndicale)

9 – rétablir la concorde religieuse

Ces points concernent évidemment les questions de relation avec l’Islam.

  • interdire le voile et les tenues religieuses dans l’espace public, sauf le jour hebdomadaire consacré
  • interdire les prêches en langues étrangères
  • financer les cultes dans des limites transparentes, créer un clergé musulman
  • créer une liste limitative de premier prénom autorisé, faciliter la francisation des patronymes
  • lancer un plan de lutte contre le décrochage scolaire
  • créer un service civique obligatoire de trois mois pour tous dont l’un des objectifs sera d’intégrer les enfants issus de l’immigration
  • généraliser les cours d’alphabétisation pour l’ensemble des adultes

10 – pour une Europe française, pour une France rayonnante

Impossible de ne pas terminer par ces points qui me sont chers:

  • renforcer notre effort de Défense nationale, conserver l’arme nucléaire et nous doter d’une véritable force d’intervention continentale
  • facturer 50% de notre budget de Défense révisé à l’Union Européenne
  • diminuer le droit de vote de l’Allemagne dans l’Union
  • installer la Banque Centrale Européenne à Luxembourg
  • préparer un accord de coopération renforcée avec la Belgique
  • élargir l’Union Européenne aux pays méditerranéens
  • bannir les OGM
  • interdire les farines animales et poser des normes strictes d’encadrement à l’agriculture intensive
  • ouvrir les marchés chinois à la libre concurrence
  • rendre Internet neutre

Ces idées ne sont bien entendu pas exhaustives et certaines peuvent évoluer…

Le voile, l’Islam, la CGT et les Lumières

Mais pourquoi les bouffeurs de curé invétérés sont-ils aussi bienveillants vis-à-vis de l’Islam, le pire opium du peuple qui existe? Si les sociétés occidentales subissent une défaite aujourd’hui, elle est d’abord dans cet abandon des Lumières qui consiste à combattre le catholicisme, mais à protéger l’Islam, pourtant issue du même livre.

L’Islam et la CGT, une histoire mal comprise

L’anarcho-syndicalisme, dont la CGT est issue, fut l’un des courants de pensée les plus athées, les plus anti-religieux, les plus anti-catholiques qui existent. Pourtant, quand je lis cet article du Parisien, je suis médusé:

Islam

Comment peut-on être déléguée syndicale CGT et porter le voile? Voilà un bel oxymore. Le syndicat qui a mené la lutte la plus rude contre l’Eglise catholique en soutenant, en coeur avec Karl Marx dans sa Critique de la Philosophie du droit de Hegel, l’idée que la religion était l’opium du peuple, désigne désormais comme déléguées des femmes voilées, symbole d’une obédience religieuse.

Quelle défaite intellectuelle a-t-il fallu pour que les suppôts de l’irréligion soient à ce point noyautés par les principes religieux?

Les musulmans, ces nouveaux prolétaires

Le mécanisme à l’oeuvre dans la bienveillance vis-à-vis de l’Islam au sein des milieux les plus anti-catholiques et les plus militants de l’athéisme est assez bien connu. Majoritairement, l’Islam est répandue dans ce qu’on pourrait appeler le « nouveau prolétariat ». On peut en effet assez facilement admettre l’hypothèse selon laquelle les prolétaires autochtones ont été, par l’immigration importante depuis les années 60, remplacés par allochtones.

Ce remplacement (mesurable et incontestable) des ouvriers français par des ouvriers étrangers n’est pas un phénomène nouveau. Dès la fin du XIXè siècle, les Flamands de Belgique venaient régulièrement oeuvrer dans le Nord de la France, avant que les Polonais et les Italiens ne peuplent massivement les mines de nos bassins houillers. L’arrivée d’immigrés musulmans a simplement continué ce mouvement, même si la différence d’obédience religieuse en a changé le visage.

Il n’en reste pas moins que le prolétariat ouvrier si cher aux marxistes est aujourd’hui majoritairement musulman. Cette novation est largement occultée dans les discours de gauche, ce qui est une erreur parce que l’Islam porte en elle une vision politique qui est lourde de conséquence dans le jeu syndical et social.

La CGT et l’élite ouvrière

Face à l’arrivée d’un prolétariat musulman, les relais habituels de la gauche ne fonctionnent plus. Par exemple, le Parti Communiste avait fondé une école des cadres qui permettait, à une époque, de forger une élite ouvrière. Cette école servait aussi à la CGT. Elle diffusait la doctrine marxiste, dont le principe, souvenons-nous, reposait sur l’émancipation du prolétaire par le combat contre la religion et l’accès au savoir.

Très longtemps, le poids de la « gauche de la gauche », comme on dirait aujourd’hui, s’est fondé sur cette capacité à élever l’Homme, à le libérer de ses chaînes par l’ouverture à l’autre. On peut, rétrospectivement, en penser beaucoup de mal (puisque la porte du savoir se fermait dès que la question des Droits de l’Homme dans le bloc communiste était abordée). Mais il est un fait que le communisme s’est longtemps pensé comme ayant structurellement besoin de forger une élite ouvrière détachée des préjugés religieux.

Cette ambition de créer une élite ouvrière manque cruellement aujourd’hui. Le prolétariat musulman manque de repères politiques, et en dehors de l’idéologie des Frères Musulmans, on ne voit guère vers qui elle peut se tourner.

Le comble du voile à l’université

Ce silence de la « gauche de la gauche » sur l’Islam et l’indispensable laïcisation des masses laborieuses qui y adhèrent crée un déséquilibre majeur dans le débat public. C’est par exemple un comble de voir Manuel Valls aujourd’hui plaider pour l’interdiction du voile à l’université.

Bien entendu qu’il faut interdire le voile à l’université (publique)… Comment peut-on imaginer que ces lieux où le savoir libre devrait triompher à chaque instant puisse être pollué par le port d’insignes religieux ostentatoires parmi les étudiants? Le fait que cette proposition émane de « la droite de la gauche » montre bien l’incapacité des marxistes historiques à faire vivre leur corpus doctrinal face aux problématiques contemporaines.

La France malade de sa gauche de la gauche

Et notre problème est là. La gauche de la gauche est sclérosée. Elle porte ses doctrines comme les anciens d’Austerlitz portaient leurs étendards: des souvenirs oui, de l’action, non. Pour les post-marxistes, le discours de Marx est un corps embaumé dans la naphtaline. Il est un objet de recueillement, figé une fois pour toutes, et qu’on ne peut plus toucher.

Cet immobilisme ouvre paradoxalement la porte à un puissant retour du religieux dans les classes populaires.

Nuit Debout: petit bréviaire de la terreur

Officiellement, la Nuit Debout est un mouvement sympathique, plein de bons sentiments, qui dénonce la violence en ce bas monde et promeut des idéaux humanistes. Et puis il y a la face cachée des bobos qui adorent professer le bonheur universel en public: il y a le côté pile, le côté privé, où, bien à l’abri d’un anonymat qui en dit long sur le courage et l’honnêteté des impétrants, toute pensée différente fait l’objet de menaces, d’injures, d’expressions haineuses.

A la suite de mon article sur le « Crépuscule des bobos« , voici un petit florilège des réactions sous la ceinture que j’ai reçues, et qui en disent long sur les dérives potentielles de ceux qui se cachent derrière des masques (rappelons que, en assemblée générale, les intervenants ne dévoilent jamais leur nom: on est « hyper-courageux », mais y a des limites à tout, même à l’engagement).

Ainsi, de la part d’un certain Antoine Massiani (je reconnais à celui-ci la franchise de dévoiler un patronyme…):

J’ai passé plusieurs heures place de la République cet après-midi. L’article que vous avez écrit dans le Figaro est à la fois faux et débile.

Plus vicieux, celui de Victor, qui cache son patronyme:

Bonjour monsieur, après avoir lu votre tribune à charge dans le Figaro, j’ai acquis l’intime conviction que vous n’êtes en fait jamais venu place de la République cette semaine.
Je comprends votre envie de vous faire mousser sur un mouvement populaire dont vous ne saisissez pas les enjeux ni la portée, mais l’honnêteté intellectuelle eût été de vous déplacer pour constater de vos yeux ce qu’il en est. Je ne vais pas revenir point par point sur les inanités que vous avez commises, mais je pense chacune des personnes présentes sur cette place serait heureuse d’en discuter avec vous afin de vous démontrer à quel point vous avez tort.

Citoyennement,

Victor (banlieusard, étudiant, salarié)

L’intéressé, qui me donne des leçons d’honnêteté intellectuelle, n’a évidemment pas pris la peine de regarder les multiples photos que j’ai prises sur place, ni même le film que j’ai « capté » avec l’intervention de Frédéric Lordon appelant à la dictature du prolétariat et à la diversification sociale du mouvement.

La Nuit Debout et la nostalgie du goulag

Mais la palme de la haine et de la lâcheté revient à un bouffon dont l’adresse est: ernest.guevar@free.fr, qui écrit:

Sujet: votre vomissure

un jour proche tu vas t’étouffer tout seul avec ton vomis… à moins que ton pauvre neurone ne comprenne enfin ce qui se passe…
et que tu finisses par te rendre compte que tu fais partie de la petite minoroté de goinfres sauvages et cruels qui parasitent cette planète.
heureusement pour toi, nous préservons la biodiversité et tu as autant ta place à nos côtés que le ténia ou les tiques de ma chienne.
on va juste t’empêcher de nuire en te retirant le superflu sur tes comptes banquaires ou bien le pauvre patrimoine de merde pour lequel tu dois te battre comme un chacal depuis des années.
abolition de la propriété lucrative et salaire à vie pour tous, même toi, hé ! hé ! on te confisque ta boîte et finis les soucis !
tu sais quoi man ? tu vas même très certainement être bien plus heureux et épanoui !
c’est-ti-pas beau la révolution ?

Ah! le bon temps des mines de sel en Sibérie pour punir tous les Koulaks d’avoir un petit lopin de terre…

 

 

Fiscalité: comment la France étrangle les classes moyennes

La fiscalité française est organisée autour d’un immense vase communiquant: les classes moyennes sont accablées d’impôts qui servent officiellement à financer la solidarité avec les plus pauvres. Dans la pratique, cette politique fiscale vise surtout à constituer un grand tout homogène où les « moyens » sont désincités à réussir, à emprunter l’ascenseur social. Une étude de l’OCDE vient encore de le montrer.

La fiscalité accable les classes moyennes

Le tableau fourni par l’OCDE permet de faire quelques comparaisons rapides.

Il montre qu’un célibataire gagnant 67% du salaire moyen consacre 43,5% de ses revenus à l’impôt. C’est un chiffre important, mais qui est loin de positionner la France en tête des pays de l’OCDE. La fiscalité pour cette catégorie sociale est en effet plus lourde en Hongrie, en Autriche, en Belgique ou en Allemagne.

En revanche, pour les célibataires gagnant 167% du salaire moyen, l’effort fiscal passe à 54,3% des revenus, soit moins que la Belgique (60,7%), mais un niveau équivalent à celui de l’Italie (54,6%).

L’effet est encore plus flagrant pour les familles.

Un célibataire vivant en France avec deux enfants et gagnant 67% du salaire moyen est le champion de l’OCDE en terme de pression fiscale: 35,9% des revenus consacrés à l’impôt. Un couple marié avec deux enfants et deux salaires équivalents à 167% du salaire moyen voit son effort fiscal grimper à 43,1% de ses revenus (2è position après la Belgique). Autrement dit, l’effort fiscal du célibataire gagnant 67% du salaire moyen est égal à l’effort fiscal des familles avec deux enfants.

Ces quelques chiffres illustrent bien les grands traits de la logique fiscale française, qui épargne les plus bas revenus, mais qui est sans pitié pour les classes moyennes avec enfant, et avec les familles monoparentales.

Curieusement, la fiscalité française est la plus lourde pour les familles avec deux enfants gagnant le salaire moyen mais où l’un des deux conjoints ne travaille pas, mais beaucoup plus clémente pour les familles avec deux enfants dont l’un des conjoints gagne le salaire moyen et l’autre 33% seulement de celui-ci. Autrement dit, la fiscalité française pénalise les familles où la femme s’arrête de travailler, mais encourage les familles où la femme travaille à temps partiel.

Il ne serait pas inutile de « conscientiser » le paradigme social qui se cache derrière ces choix techniques.