Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Une association bidon financée par Paris Habitat?

Paris Habitat vient de créer, en janvier 2016, une Fondation d’entreprise qui devrait dépenser 2 millions d’euros d’ici aux législatives de 2017 pour des « projets en faveur de la jeunesse ». Cette somme s’ajoutera aux subventions habituelles pour les associations de tous poils.

Les bailleurs sociaux avant des élections cruciales

Comme l’a précisé le directeur général Dambrine, bien connu des lecteurs de ce blog, dans une note interne, l’heure est aux subventions:

Paris Habitat

Le décodage de ce sabir suppose quelques petits rappels.

Les bailleurs sociaux peuvent bénéficier d’un abattement sur la taxe foncière sur les propriétés bâties afin de financer de « traiter les besoins spécifiques des quartiers prioritaires de la politique de la ville », selon l’expression officielle. Les mauvaises langues noteront d’ailleurs que, jusqu’en 2015, ce dispositif était réservé aux zones urbaines sensibles (ZUS). Mais, sous l’influence du maire de Sarcelles, M. Pupponi, grand amateur de communautarisme, la mesure a été étendue (et prorogée en 2016) aux « quartiers prioritaires » (ce qui permet à Paris Habitat de mettre le dispositif en oeuvre).

Grâce à cette astuce, les bailleurs sociaux peuvent accorder des subventions aux associations locales qui luttent pour la « qualité de cadre de vie, de cohésion sociale, et de développement social ». En période de stress électoral, ces petits cadeaux sont toujours bienvenus, et en plus ils sont financés par le contribuable!

La Fondation de Paris Habitat

Aux sommes prévues par l’abattement sur la taxe, Paris Habitat ajoute un effort grâce à sa toute nouvelle fondation d’entreprise. Rappelons ici que le recours à une fondation permet d’obtenir un abattement de 60% sur les sommes consacrées au mécénat, dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires.

Paris Habitat

Autrement dit, le million annuel supplémentaire que Paris Habitat compte consacrer à ses bonnes oeuvres (cette fois-ci en faveur des jeunes) devrait être financé, là encore et dans une large mesure, par le contribuable.

Nous retrouvons ici la terrible doctrine de l’incitation fiscale qui consiste à baisser les recettes de l’Etat au bénéfice de quelques-uns, avant de demander aux autres un effort pour payer l’addition.

Les zones électorales sensibles privilégiées

Pour l’instant, la Fondation n’est pas encore complètement opérationnelle. On attend la nomination d’une directrice, semble-t-il, et les services ont juste été priés d’identifier, dans les subventions antérieures, les montants dédiés aux « jeunes » qui basculeront sur la Fondation.

L’analyse des subventions apportées par Paris Habitat au titre des sommes notamment débloquées par l’abattement fiscal ne manque pas de faire sourire.

Paris Habitat

Sur un montant de 435.000 euros en 2015, les opérations en faveur des « jeunes » en ont représenté environ 25%. L’introduction des budgets de la Fondation devrait permettre un quasi-décuplement de l’effort. Redisons-le: à l’approche des élections législatives (et accessoirement présidentielles), après un quinquennat dont la promesse qui s’adressait aux jeunes a été bafouée, la perfusion de cash pour les associations locales devrait avoir l’effet d’un baume régénérant.

Les mauvaises langues noteront que Paris Habitat a découpé six directions territoriales (DT) pour répartir ces sommes. En 2015, ce sont les DTES, DTNE et DTNO qui ont capté les deux tiers du magot. Les Parisiens seront contents d’apprendre que la DTES regroupe les quartiers de Ménilmontant dont les députés sont Fanélie Carrey-Conte (frondeuse, proche de Benoît Hamon), Sandrine Mazetier, Cécile Duflot et David Assouline. La DTNE est essentiellement concentrée dans le 19è arrondissement sur les circonscriptions de Cambadélis et de Vaillant, avec un petit bout à la strauss-khanienne Dagoma. La DTNO s’étend jusqu’à la circonscription de Christophe Caresche.

Les petits gestes en faveur des « jeunes » de ces quartiers permettront de rendre visible l’action concrète des députés locaux, essentiellement financée par le contribuable. Les mêmes députés ne manqueront sans doute pas de vitupérer contre les fraudeurs fiscaux, bien entendu.

La subvention, outil de proximité

La subvention constitue un moyen commode de faire de la politique. Elle permet de s’attacher la fidélité d’une clientèle de terrain qui fait votre promotion au jour le jour. Elle permet aussi d’envoyer des petits gestes d’amitié aux copains.

Par exemple, dans la zone Nord-Ouest, Paris Habitat a consacré 10.000 de ses 80.000 euros de subvention à l’association d’insertion « Halage », présidée par une conseillère municipale divers gauche de l’Ile-Saint-Denis, petite commune de 7.000 habitants dont le maire n’est autre que l’époux de la présidente. Ce petit geste est évidemment bienvenu.

Dans la zone du 19è arrondissement, l’association qui reçoit l’aide la plus importante (8.000 euros) est la Petite Rockette. Cette particularité fait sourire: l’association n’est pas du tout installée dans le 19è arrondissement, et on se demande bien pourquoi cette « ressourcerie solidaire » n’est pas financée par sa zone de rattachement.

Les mystérieuses subventions à Sevia

Mais les plus grandes surprises se trouvent évidemment dans la zone de Ménilmontant, où les montants de subvention sont les plus élevés. Une association attire tout particulièrement l’attention, parce qu’elle a reçu 27.000 euros des mains de Paris Habitat, soit 15% des montants alloués pour le quartier: Sevia.

Cette association présente toutes les caractéristiques de l’association bidon. Créée en septembre 2014, elle bénéficie des largesses subites de Paris Habitat. Voici comment le Journal Officiel la présente:

Paris Habitat

27.000 euros pour ça? Bizarre…

La somme est d’autant plus étonnante que cette association toute nouvelle n’a pas de site Internet, et n’est pas référencée par les Pages Blanches au 77, rue de La Mare, son adresse officielle. Cette association de « stimulation écologique » paraît en tout cas assez peu stimulée par la transparence.

L’annuaire des associations fournit par le site de la ville n’est pas plus loquace:

Paris Habitat

Pourtant la même association a reçu 1.000 euros de subvention de la part de la ville en 2015. L’opération pour laquelle la Ville avait donné son soutien était présentée ainsi:

Il s’agit principalement de proposer des ateliers individuels ou collectifs afin de replacer les personnes âgées dans la dynamique du quartier.

Voilà qui ne manque pas d’étonner! une association de « stimulation écologique » à peine créée, sans dirigeant déclaré, sans site Internet, sans téléphone pour la joindre, sans aucune trace en quelque sorte… et qui reçoit une aide de 27.000 euros de la part d’un bailleur social.

Il serait quand même intéressant d’en savoir un peu plus…

 

Xavier Bertrand: mon intervention sur Europe 1

Vendredi, j’étais invité, pour évoquer « l’augmentation de salaire » de Xavier Bertrand, sur Europe 1, par Jean-Michel Apathie. J’en livre le podcast ci-dessous en ajoutant quelques mots sur le fond de l’affaire.

Xavier Bertrand a perdu sa rémunération de député, plus de deux fois supérieure à la rémunération d’un président de région. Avec des émoluments de 4.500 euros nets environ, Xavier Bertrand peut légitimement considérer que son travail et ses responsabilités sont mal pris en compte. La somme de 4.500 euros paraîtra faible à tous ceux qui exercent des responsabilités, même dans le service public. Au sortir de l’émission, un fonctionnaire m’écrivait: il n’y a rien de choquant à voir Xavier Bertrand gagner plus qu’un chef de bureau d’administration centrale. Ceux-ci sont généralement rémunérés autour de 6.000 euros nets par mois. Le préfet des « Hauts-de-France » doit pour sa part percevoir environ 10.000 euros nets par mois, sans compter son logement et ses gens de maison.

Ce qui gêne, en revanche, c’est la méthode utilisée par Xavier Bertrand pour justifier sa situation. Quoiqu’il en dise, les vice-présidents de la communauté d’agglomération ne semblent pas avoir clairement compris à quoi s’en tenir au moment où la délibération fut prise. Pour beaucoup de Français, la communauté d’agglomération est une structure obscure qui ne justifie pas qu’elle soit utilisée comme chambre de compensation d’une perte de rémunération à la suite d’une démission de mandat.

Je le redis, la seule conclusion légitime que l’on puisse tirer de cette affaire est celle d’une nécessaire transparence sur la rémunération des élus. Ce que gagne un élu devrait être rendu public et connu clairement de chaque citoyen. Dans la mesure où l’élu est payé par le contribuable pour exercer le pouvoir, il est normal que le contribuable sache tout sur ce que gagne son élu.

Avec cette transparence, Xavier Bertrand aurait connu moins de malheur…

Que pensez-vous de l’augmentation de Xavier… par Europe1fr

Signez la pétition contre la loi qui verrouille la présidentielle

Samedi, j’ai signé la pétition lancée par le comité Orwell contre la loi organique modifiant les conditions d’organisation de l’élection présidentielle. Cette loi scélérate vise à limiter ou pénaliser les « petits candidats » pour contrer la montée du Front National.

Elle repose sur deux principes majeurs.

Premièrement, elle propose de rendre publique en temps réelle la liste des 500 parrains de chaque candidat à l’élection. cette transparence limitera les prises de risque chez les élus locaux qui acceptent de parrainer un candidat qui n’appartient pas à leur parti. La perspective de voir son nom publié créera un effet de dissuasion.

Deuxièmement, elle propose de ne plus respecter l’égalité de parole pendant la campagne, sauf pendant les deux dernières semaines de celle-ci. Le temps de parole devrait plutôt tenir compte des sondages d’opinion et de l’étiquette du candidat.

Il s’agit bien évidemment d’un procédé destiné à défavoriser les « petits candidats », et de donner plus de poids aux candidats issus des partis de gouvernement.

Précisons que cette loi résulte d’une proposition du parti socialiste à l’assemblée nationale. Elle a été rejetée au Sénat. Elle devrait être adoptée ce mardi à l’Assemblée.

Chacun mesure l’intention des partis qui la portent, et singulièrement l’intention du PS: face à la débandade électorale qu’il subit, sa seule façon d’espérer « sauver les meubles » en ayant un candidat présent au second tour consiste à changer les règles du jeu au détriment des petits candidats.

Rappelons qu’en 2002, les soutiens de Lionel Jospin avaient volontiers attribué la défaite de leur candidat dès le premier tour à la division de la gauche, où les radicaux de gauche avaient présenté la candidature de Christiane Taubira, pendant que Jean-Pierre Chevénement s’était également déclaré.

Lordon essaie de créer un Podemos français

La Nuit Debout continuait hier, place de la République, avec des discours réguliers de Frédéric Lordon. Voici un extrait de l’une de ses interventions incitant les participants à l’assemblée générale (très occupée à régler les questions d’intendance) à opérer une convergence des luttes.

Lordon a conclu son discours par un appel à rédiger la constitution de la République sociale, mettant hors-la-loi la propriété privée des moyens de production, en opposition à la constitution de la République bourgeoise.

L’interprétation du mouvement actuellement en cours est intéressante. Les acteurs de la Nuit Debout s’imaginent volontiers en Podemos français, et Lordon est un vieil adepte de ce mouvement ouvrier qui ressemble aux assemblées citoyennes rêvées durant la Révolution espagnole. Simplement, l’évolution de Podemos montre abondamment la distance qui le sépare du vieux marxisme-léninisme défendu par Lordon.

Il n’y a guère qu’en France où l’on voit des intellectuels payés par l’Etat et soutenus par la presse gauchisante imaginés que l’on puisse faire du neuf avec du très vieux, et que l’on puisse convaincre les salariés du privé de les suivre dans une aventure qui achèvera l’étatisation d’un système déjà très étouffant.

La suite est peut-être à venir.

Les 12 ratés belges en matière de terrorisme

Cet article sur les ratés belges en matière de terrorisme est paru sur le SITE DE LA DERNIÈRE HEURE.

Déjà sous le feu des critiques après les attentats de Paris pour leur supposé laxisme dans la lutte antiterroriste, les autorités belges le sont à nouveau depuis les attaques qui ont frappé Bruxelles. Voici les principaux reproches qui leur sont adressés.

1) La Turquie a reproché à la Belgique d’avoir ignoré des informations transmises sur le profil de « combattant terroriste » d’Ibrahim El Bakraoui, un kamikaze de l’aéroport, arrêté en juin près de la frontière syrienne. Pour la justice belge, El Bakraoui, dont le frère est également impliqué dans les attentats de Paris, n’est à l’époque qu’un condamné de droit commun, en libération conditionnelle. Lorsque les Turcs l’expulsent en juillet, direction Amsterdam, ils préviennent les ambassades belge et néerlandaise au dernier moment. El Bakraoui n’est pas attendu, et se retrouve dans la nature.

Avant son expulsion, l’officier de liaison belge à Istanbul, alerté, ne s’était lui pas renseigné sur le CV d’El Bakraoui, qui avait violé son contrôle judiciaire, a déploré le gouvernement belge. Ibrahim El Bakraoui était qui plus est depuis septembre sur une liste antiterroriste du FBI américain, selon les autorités néerlandaises.

2) Au lendemain des attentats de Paris, le suspect-clé Salah Abdeslam avait été contrôlé par des gendarmes français près de la frontière belge. Mais sans être inquiété, la Belgique n’ayant jamais signalé à la France que cet homme de nationalité française était fiché pour radicalisation.

3) Au-delà de cet oubli aux lourdes conséquences, il est souvent reproché aux Belges de communiquer des informations parcellaires. « Quand quelqu’un est soupçonné de radicalisation, il ne faut pas qu’il apparaisse comme un délinquant de droit commun », appuie une source gouvernementale française.

4) En interne non plus, les informations ne semblent pas toujours circuler de manière fluide: le personnel d’une école bruxelloise fréquentée par un kamikaze avait signalé sa radicalisation, mais ce signalement n’était pas parvenu à la police.

5) La traque d’Abdeslam après le 13 novembre a duré quatre longs mois, alors qu’il n’a vraisemblablement pas quitté Bruxelles, se cachant successivement dans les communes bruxelloises de Schaerbeek, Forest et Molenbeek, où il a été capturé le 18 mars. Les policiers belges ont été critiqués pour leur maillage lacunaire du territoire, alors que le fugitif a disposé de réseaux locaux de soutien.

6) Dernièrement, des médias belges ont révélé que la police de Malines (nord) connaissait depuis des mois l’adresse du dernier logeur d’Abdeslam. La police s’est défendue en disant avoir eu comme seule indication la présence d’une personne radicalisée à cette adresse, mais a reconnu qu’elle aurait dû la transmettre.

7) L’information a surpris: Salah Abdeslam n’a été que brièvement interrogé après son arrestation le 18 mars, alors que se tramaient les attaques de Bruxelles, survenues le 22 mars. Les enquêteurs n’ont-ils pas été assez prompts, se privant d’une possibilité de les déjouer?

Le parquet fédéral a assuré qu’Abdeslam avait été interrogé le 19 mars pendant trois heures au total. Mais il a commencé ce jour-là, lors de sa troisième audition, à faire « usage de son droit au silence ». Une nouvelle fois entendu le 22 mars, après les tueries bruxelloises, il est resté muet.

8) C’est un reproche récurrent: la Belgique aurait fait preuve de laxisme face à la radicalisation d’une partie de sa jeunesse. Le pays est celui qui compte en Europe – proportionnellement à sa population – le plus grand nombre de jihadistes partis combattre en Syrie ou en Irak.

9) La commune bruxelloise de Molenbeek est apparue comme un vivier. Salah Abdeslam et son frère Brahim, kamikaze à Paris, y ont grandi. L’un des organisateurs présumés de ces attentats, Abdelhamid Abaaoud, en était originaire. Les assassins du commandant Massoud y ont séjourné en 2001, comme l’un des concepteurs des attentats de 2004 à Madrid…

10) Au niveau local, certains responsables, comme l’ancien bourgmestre de Molenbeek Philippe Moureaux, ont été taxés de complaisance face à la diffusion d’un islam de plus en plus radical. Au niveau national, le reproche est souvent fait aux autorités d’avoir laissé l’Arabie saoudite diffuser l’idéologie salafiste, souvent considérée comme un terreau du jihadisme.

11) Une polémique est aussi née sur la réaction des autorités le 22 mars. Selon le ministre de l’Intérieur, l’évacuation des stations de métro et des gares ferroviaires de la capitale a été décidée à 08H50, moins d’une heure après les explosions à l’aéroport de Bruxelles, mais avant l’attentat dans le métro survenu vers 09H10. La Stib, qui exploite le métro, a toutefois assuré n’avoir reçu aucune instruction en ce sens. Un syndicat de cheminots a quant à lui assuré que des trains circulaient encore aux alentours de 10H00.

12) Pour de nombreux analystes, surtout étrangers, le millefeuille institutionnel belge complique la lutte antiterroriste. La division de Bruxelles en six zones de police suscite l’incompréhension. Mais les partis francophones restent réticents à avancer sur ce terrain-là.

La Belgique indépendante, une menace pour notre sécurité nationale?

La Belgique peut-elle rester indépendante après les attentats du 13 novembre à Paris et du 22 mars à Bruxelles? Face aux raisons politiques structurelles (à la fois en Belgique et en France) qui expliquent la prospérité du terrorisme islamiste, c’est l’Europe de 1815 dont il faut faire, à nouveau, le procès. L’existence de deux entités politiques distinctes (la France et la Belgique) sur un territoire naturellement unique favorise l’émergence de menaces importantes contre notre sécurité. Le mouvement Génération Identitaire, qui appelait à manifester ce week-end à Molenbeek, ne s’y est pas trompé.

La Belgique, maillon faible naturel

En Belgique, comme en France d’ailleurs, l’émergence de réseaux terroristes puissants est présentée comme une sorte de fatalité. C’est la faute à personne, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes dès qu’il s’agit de passer au crible les défaillances de l’Etat. Il suffit d’entendre les innombrables « Circulez, y a rien à voir » prononcés par Cazeneuve depuis les attentats contre Charlie Hebdo pour comprendre la résistance des appareils d’Etat à toute démarche d’amélioration de leurs performances.

Il existe pourtant une autre vision de la réalité: celles d’organisations ou de désorganisations étatiques responsables de cet état de fait et tout à fait prévisibles au regard des découpages de frontières décidés en 1815 (les seuls, les vrais, pas les accidents de 1945 ou de 1991). La Traité de Vienne portait consciemment en germe les faillites auxquelles nous assistons, puisqu’il visait ouvertement à l’affaiblissement de la France par la création d’une Belgique artificielle.

L’exemple de Molenbeek

Comme de nombreux médias se plaisent à le répéter en boucle, l’ensemble des attentats d’origine européenne fomentés depuis la mort du commandant Massoud a maille à partir avec Molenbeek. On peut même parler, à partir de 2001, d’un remplacement de la cellule de Hambourg, qui organise l’attentat du 11 septembre, par les réseaux de Molenbeek.

Ce qui pose question n’est pas la présence de réseaux à Molenbeek, mais leur extraordinaire prospérité à l’abri des regards. Tout se passe comme si la police belge ne s’occupait jamais de cette commune livrée à l’Arabie Saoudite par son ancien bourgmestre, Philippe Moureaux, qui a réussi l’exploit de louer un logement social à la famille Abdeslam et de recruter Mohamed Abdeslam comme fonctionnaire municipal.

Malgré ces bienfaits, l’échevin (adjoint au maire) islamologue Sarah Turine, que tous les médias français subventionnés s’arrachent, était capable d’écrire le 25 novembre 2015, soit 12 jours après les attentats de Paris, sur le site de son groupe politique:

Le départ de jeunes via les filières djihadistes vers la Syrie et l’Irak est un phénomène récent, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg d’un malaise plus profond que nous avons décidé de prendre à bras le corps via un plan de prévention à trois niveaux : de la mise sur pied d’une cellule psycho-sociale pouvant accompagner les familles concernées jusqu’à des actions de prévention générale permettant de stériliser le terreau dans lequel les recruteurs vont puiser : exclusion sociale, discriminations, questionnements identitaires et spirituels, théories du complot et méfiance vis-à-vis des institutions… autant d’enjeux sur lesquels nous travaillons par le renforcement du travail sociale de rue, le travail communautaire et la valorisation des jeunes par la mise en place de projets (comme le conseil des jeunes, le projet Bknt Rap project, la pièce du théâtre « Le pôle jeunesse »…)

Ce discours sur l’exclusion sociale qui expliquerait la radicalisation est hallucinant. Qu’il s’agisse des frères Abdeslam, dont on a vu qu’ils ont bénéficié de nombreuses attentions de la part des autorités locales, ou d’Abaaoud, qui fut inscrit un temps dans un lycée chic de l’encore plus chic commune d’Uccle, tout montre que les jeunes qui passent à l’acte terroriste ne souffrent nullement d’exclusion, ni de discrimination.

Ce qui nous interroge ici, c’est le profond hiatus entre le discours culpabilisant de nos institutions (ils sont terroristes à cause de nous) et la réalité beaucoup plus simple – celle d’un affaiblissement général de nos Etats face aux menaces qui les entourent et dont profitent les ennemis de tous poils de la démocratie. Comment pouvons-nous, au nom de notre prétendue culpabilité générale, accepter que des nids de vipères se développent sur nos territoires sans bouger une oreille?

Le fédéralisme belge protège le terrorisme à Molenbeek

Dans le cas de Molenbeek, il est évident que la prospérité du terrorisme s’appuie d’abord sur les failles de l’organisation étatique et politique. La fédéralisation de la Belgique constitue, de ce point de vue, une aubaine pour les mafias en tous genres, et singulièrement pour les mafias islamistes.

Rappelons simplement que Bruxelles est divisée en six zones de police. Comment une ville de moins de 2 millions d’habitants peut-elle faire un choix aussi absurde? La cavale d’Abdeslam s’est partagée entre Forest, Molenbeek et Schaerbeek, trois communes séparées chacune de moins de 5 kilomètres, mais situées dans trois zones de police différentes.

Selon la presse belge, la police de Malines, ville située à 20 kilomètres de Bruxelles, était informée de la planque d’Abdeslam, mais n’a pas transmis l’information à la police bruxelloise. Il est vrai que Malines se situe en région flamande, et que Bruxelles forme une région à part.

Comme l’a souligné l’International Center for Counter-Terrorism (ICCT), le fédéralisme belge empêche l’émergence d’une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme.

Le fédéralisme belge en germe depuis 1815

Que la Belgique soit devenue le pastiche d’un Etat à force de coups de boutoir donnés dans son unité par le nationalisme flamand est une donnée contenue dans le Traité de Vienne lui-même.

Là encore, lorsque l’Angleterre et la Prusse décident la création d’un Etat commun entre les Pays-Bas et la Belgique, regroupement burlesque de la Wallonie et de la Flandre (qui n’avaient jamais coexisté dans une même entité politique), ils savent qu’ils créent un succédané d’Etat dont le seul objectif est de retarder une nouvelle aventure militaire française si elle devait avoir lieu. Elle leur donne aussi l’avantage en cas de coup de force contre la France.

La suite des événements a montré toute l’intelligence de cette manoeuvre. Non seulement la Belgique, qui se sépare de la Hollande en 1830, a servi de champ de bataille privilégié à l’Allemagne à au moins deux reprises, mais elle sert régulièrement de base arrière à tous ceux qui ont un compte à régler avec la France. Sous le Second Empire, elle hébergea tous les proscrits du régime. Sous la Vè République, elle héberge tous les exilés fiscaux, et elle protège les agissements des musulmans qui se pensent comme victimes de notre méchant colonialisme.

Pour être sûrs d’affaiblir la Belgique, un peu trop résistante en 1914 aux yeux des Prussiens, ceux-ci ont mis le paquet pour faire croire aux Flamands qu’ils appartenaient à la race aryenne et qu’ils devaient s’émanciper de l’ordre français. La haine des nationalistes flamands pour la France, artificiellement nourrie par l’occupant allemand en 1914, puis en 1940, explique que la police de Malines n’ait pas transmis les informations sur Abdeslam à la police bruxelloise: on ne va quand même faire de l’excès de zèle pour aider ces maudits Français à trouver les coupables.

Le terrorisme en France s’appuie sur la géopolitique européenne

Contrairement aux apparences, donc, le terrorisme n’est pas étranger à l’ordre politique européen. Il s’appuie directement sur ses faiblesses, dont la principale constitue la création de l’inutile et grotesque Belgique en 1815.

Avec un effort d’extrapolation, il faut se demander comment les Etats-Unis auraient réagi si un attentat comme celui du 13 novembre avait eu lieu sur leur territoire, avec un pays voisin totalement inefficace et incompétent comme base arrière. Les réactions américaines après les attentats du 11 septembre donnent une réponse: en 48 heures, l’armée américaine aurait pris le contrôle de ce petit voisin paresseux pour garantir sa sécurité nationale.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir pourquoi nous n’en faisons pas autant. Nous pourrons mener toutes les réformes du monde dans nos services de renseignement, nous pourrons nous doter de toutes les lois sécuritaires et liberticides imaginables, nous ne serons pas en sécurité tant que la Belgique sera indépendante.

N’oublions jamais, ici, que le ministre belge de l’Intérieur, Jan Jambon, est un flamingant qui nourrit une haine profonde pour la France. Il faut que la France soit tombée bien bas pour tolérer ce loup dans sa bergerie.

L’affaire Barbarin est-elle un règlement de comptes élyséen?

Le cardinal Barbarin est sur la sellette depuis plusieurs semaines dans les medias subventionnés. Cette mise en cause à rebondissements finit quand même par interroger: l’extrême précision et concentration des attaques portées contre ce cardinal français a tout de l’opération de déstabilisation parfaitement concertée et orchestrée. Tôt ou tard, trop, c’est trop: cette façon de maintenir un bruit de fond médiatique pour obtenir la tête d’un ecclésiastique est une méthode de gouvernement répugnante.

Barbarin, au coeur d’un feuilleton médiatique

Rappelons d’abord la chronologie des attaques.

L’affaire commence le 12 février 2016, lorsqu’une association de victimes d’attouchements pédophiles (La Parole Libérée) met en cause la passivité de Barbarin dans ce dossier antérieur à son arrivée à l’archevêché. Il lui est reproché de ne pas avoir dénoncé des faits imputables au père Preynat entre 1986 et 1991, soit plus de dix ans avant sa nomination à Lyon.

Le 4 mars 2016, un dominicain (qui ne dépend donc pas de l’autorité hiérarchique de Barbarin) installé dans le Rhône est à son tour mis en examen pour des faits de pédophilie.

Le 11 mars 2016, deux nouvelles plaintes dans le cadre du dossier Preynat sont déposées et rendues publiques.

Le 15 mars 2016, Manuel Valls appelle à la démission de l’archevêque, qui se place sous l’autorité du pape. Le même jour, on apprend, de façon floue, qu’un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a porté plainte en février contre Barbarin pour non-dénonciation de faits liés à la pédophilie. Le prêtre auteur des faits est Jérôme Billioud.

Le 16 mars 2016, le Parisien reproche à Barbarin d’avoir accordé une promotion à un prêtre condamné pour des faits d’attouchements sexuels dans le diocèse de Rodez.

Le 30 mars 2016, la police judiciaire mène une perquisition à l’archevêché de Lyon.

Le 31 mars 2016, la justice réactive une enquête pour pédophilie sur un autre prêtre du diocèse, accusé d’exhibitionnisme et d’attouchements.

Le 1er avril 2016, la rumeur médiatique est nourrie par l’annonce d’une nouvelle plainte, dont plus personne ne sait si elle diffère ou non de la plainte déposée par le haut fonctionnaire du ministère.

Cette petite chronologie montre que, depuis le mois de février, le cardinal Barbarin est soumis à une véritable pression judiciaire et médiatique, dont l’une entretient l’autre d’ailleurs…

Le gouvernement à l’origine de la pression

En dehors des plaintes déposées par les militants de l’association « la parole libérée », la presse subventionnée évite de faire remarquer que le dossier judiciaire est quasi-vide. En revanche, les multiples actes de procédure ordonnés par le pouvoir ou par ses proches permettent de donner l’illusion d’une montagne de plaintes à répétition contre le cardinal. À y regarder de près, aucun des faits évoqués dans les dossiers ne s’est produit avec la complicité de Barbarin. Le reproche fait à l’intéressé se limite simplement à n’avoir pas suffisamment condamné des faits antérieurs à son arrivée.

Cela ne signifie bien entendu pas que l’attitude de l’Eglise est exemplaire dans ce dossier. Simplement, la nature des reproches adressés à Barbarin ne justifie pas la pression qui est mise sur lui ni l’entretien d’un feuilleton quasi-quotidien dans certains médias.

À ce titre, la complaisance des journaux subventionnés dans le Barbarin bashing devient de plus en plus suspecte.

L’interminable plainte déposée par un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur

L’exemple de la plainte déposée par « Pierre » le montre abondamment. Ce haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, qui est aussi, rappelons-le, le ministère des Cultes, décide d’attaquer Barbarin quelques jours après la campagne lancée par l’association « la parole libérée ». Si l’Etat était impartial dans cette affaire, il ferait le choix de différer les procédures pour éviter toute interférence entre son rôle de « tutelle » et son rôle d’accusateur. Dans le dossier Barbarin, c’est le contraire qui se produit. Chaque semaine, l’information est en effet réutilisée comme si elle était nouvelle.

Ainsi, le 15 mars, elle est révélée par le Figaro, qui assure que la plainte avait déjà été déposée en 2009 (et classée sans suite) et vise le prêtre Jérome Billioud.

Il affirme qu’à 16 ans, il a été victime des attouchements d’un prêtre lyonnais. À 42 ans aujourd’hui, il occupe un poste de premier plan dans un ministère. Avec calme et émotion, il raconte comment il a été abusé par le père Jérôme Billioud, de l’ensemble paroissial La Croix Rousse. Le prêtre est notamment connu pour avoir célébré une messe le 21 janvier 2011 pour la mort de Louis XVI avec l’Action française. Pierre soutient que le cardinal Barbarin «n’a rien fait pour éloigner ce prêtre des autres enfants ».

Un fonctionnaire qui occupe un poste de premier plan dans un ministère (mains on ne dit pas lequel…), victime d’un curé royaliste protégé par Barbarin: comment ne pas bondir de son fauteuil à cette annonce.

La même affaire est présentée le même jour un peu différemment sur le site de France 24:

« Ce sont des points très troubles de la vie d’un prêtre mais qui n’ont plus rien à voir avec de la pédophilie », a jugé l’archevêque de Lyon, d’après lequel les actes ont été commis sur un jeune âgé de 16 puis 19 ans au moment des faits, dans les années 1990. (…)

« Une plainte est déposée contre moi pour incitation au suicide par un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. De quoi s’agit-il ? Qui ai-je incité au suicide ? C’est inimaginable, cette affaire-là », s’est insurgé Mgr Barbarin (…).

Là encore, on s’étonnera que le jour même où Manuel Valls appelle Barbarin à démissionner, un haut fonctionnaire du ministère annonce une plainte contre le même Barbarin pour incitation au suicide. Dans la pratique, les faits sont les suivants:

Pierre explique avoir été victime d’attouchements lorsqu’il avait 16 ans au début des années 90. Les faits se seraient déroulés à l’hôtel Miramar de Biarritz au retour d’un pèlerinage à Lourdes. Il accuse le père Jérôme Billioud, alors prêtre de l’ensemble paroissial La Croix-Rousse.

En 2009, sur les conseils d’un médecin, il dit avoir rencontré le cardinal Barbarin. « Le cardinal m’a dit qu’il était parfaitement au courant et que ce prêtre avait déjà eu maille à partir avec la justice (pour une exhibition en pleine rue ndlr) et qu’il reconnaissait les faits me concernant. Le cardinal m’a demandé pardon au nom du prêtre »

Ainsi, le haut fonctionnaire (anonyme) du ministère de l’Intérieur aurait eu des pulsions suicidaires à cause de Barbarin à qui il s’est confié en 2009 sur des faits d’attouchements remontant à 1990. Et comme par hasard, c’est le jour où l’ancien ministre de l’Intérieur devenu Premier Ministre demande la démission du cardinal que la plainte est révélée…

L’intérêt de l’information est qu’à partir du 15 mars, le prêtre Jérôme Billioud est aussi accusé d’exhibitionnisme par la presse (reprenant des propos prêtés à Barbarin). Un patchwork commence alors à être fabriqué, dont on ne sait plus sur quoi il repose.

Ainsi, le 1er avril, le prêtre David G., qui officie dans le 2è arrondissement, semble, selon M6, accusé d’exhibitionnisme. Mais l’affaire est très floue et ressemble à l’histoire de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours.

Ce dernier avait déjà été ciblé par une enquête il y a plusieurs années mais celle-ci avait  été classée sans suite. De nouveaux témoignages seraient parvenus à la justice, selon nos informations. Selon une source proche du dossier, les faits d’agressions mis en cause concernent «une fille», dont l’âge n’a pas été précisé. Il s’agirait d’une adolescente, selon une autre source.

Ces plaintes sont révélées le vendredi 1er avril, alors que le mercredi 30 mars, la presse a confirmé l’information déjà donnée sur le Pierre, le haut fonctionnaire:

Les ennuis judiciaires s’accumulent pour Mgr Philippe Barbarin. Selon nos informations, l’archevêque de Lyon est désormais visé par cinq plaintes pour «non dénonciation» d’agressions sexuelles et «mise en danger de la vie d’autrui».

La dernière a été formellement déposée mardi à la sûreté départementale de Lyon par Pierre, cadre dans un ministère. Il reproche au Primat des Gaules d’avoir maintenu en fonction un prêtre, Jérôme Billioud, qui aurait abusé de lui au début des années 1990 alors qu’il était adolescent, puis jeune majeur. Il a expliqué avoir alerté Mgr Barbarin en 2009. Le curé n’a été suspendu qu’il y a deux semaines. Pierre avait signalé l’absence de réaction de l’archevêque au parquet, par un courrier au procureur, en février dernier. Mais ce n’est que mardi qu’il a formellement déposé plainte contre le prélat dans le cadre de son audition.

Voilà comment une seule plainte et une rumeur permettent de nourrir trois semaines de feuilleton judiciaire contre un homme dont l’opinion publique entend parler artificiellement. La plainte du haut fonctionnaire annoncée comme effective le 15 mars est finalement déposée le 30 mars et permet de repasser les plats, agrémentées de « nouveaux témoignages » sur un prêtre qui s’en serait pris cette fois à une jeune fille. Mais on n’en sait pas beaucoup plus. De toutes ces fumées, une chose est sûre: elles doivent bien cacher un feu.

Barbarin, l’homme à abattre

L’ensemble de ces affaires est évidemment traité avec un leit-motiv: Barbarin est un homme à abattre, et d’ailleurs personne n’aime ce personnage conservateur, limite intégriste. Un article de Libération concentre en quelques lignes toutes les bonnes raisons d’envoyer l’archevêque de Lyon aux oubliettes. J’en cite ici le meilleur:

Le prélat s’accroche en tout cas à son siège comme une bernique à son rocher. Et il y met les moyens. Pour sa gestion de crise, Barbarin, homme de «coups» et de com, s’est offert les services de l’influent Guillaume Didier, du réputé cabinet Vae Solis. Le montant des émoluments est gardé secret. (…)

Judiciairement, le temps joue pour Barbarin, un évêque de la génération Jean Paul II, très «wojtylien» dans la forme comme dans le fond : faux moderne et vrai réac. (…) Pour lui, l’enjeu est de conserver, contre vents et marées, son siège épiscopal de Lyon, l’un des plus prestigieux de France. (…) De là, le cardinal lyonnais a pu mener ses virulents combats contre ce que Jean Paul II appelait en son temps la «culture de mort». Ces dix dernières années, on l’a vu en tête des défilés contre l’avortement, l’euthanasie et, bien sûr, le mariage pour tous. Quitte à agacer parfois, même ses collègues évêques.

L’été dernier, le prélat est ainsi intervenu dans l’affaire Vincent Lambert, en diffusant une lettre qu’il avait fait signer aux évêques de sa région. Barbarin se rangeait du côté des parents – des intégristes catholiques, violemment opposés à tout arrêt des traitements. (…)

«Ses positions extrémistes sur le mariage pour tous avaient également mécontenté de larges franges du catholicisme français», soutient Christian Terras, le fondateur et patron de Golias, le journal contestataire catholique, installé à Lyon. «Barbarin est très arc-bouté sur ses certitudes et ne supporte pas les critiques. Pour lui, seule l’Eglise est dépositaire de sens et de transcendance. Il est pratiquement le seul évêque à avoir relayé à l’époque le thème de la laïcité positive de Nicolas Sarkozy», poursuit Terras. De fait, Barbarin a une vision politique à l’ancienne, d’ancien régime presque, une sorte d’alliance du trône et de l’autel où l’Eglise est la gardienne des vraies valeurs.

Garder Lyon, donc, est essentiel pour Barbarin. Pour conserver son aura, une capacité de se faire entendre, jouer un rôle en somme. (…)

A Lyon, «la greffe n’a jamais vraiment pris», lâche un jésuite de la ville. Ici, le clergé, fait de fortes personnalités, est frondeur. Finalement, l’archevêque laisse aller à vau-l’eau les affaires internes de son diocèse. Surtout, ces dernières années, depuis qu’il n’a plus à ses côtés d’évêques auxiliaires dignes de ce nom. Son destin, le prélat «électron libre» le bâtit sur ses combats. Depuis deux ans, il s’est fortement investi dans la défense des chrétiens d’Orient. «Barbarin n’a pas réussi non plus à fédérer autour de lui la frange conservatrice de l’épiscopat, comme l’évêque de Bayonne, Marc Aillet, ou celui de Fréjus, Dominique Rey», remarque un fin observateur de la scène religieuse française.

A Rome non plus, Barbarin n’est guère en cour. (…) «Arriviste et courtisan», comme le définissent ses plus féroces adversaires, l’archevêque de Lyon a tenté, ces dernières années, un retour en grâce plus ou moins réussi auprès du pape argentin.

On le voit, la chasse à l’homme ne recule devant rien, et toutes les techniques de barbouzes sont à l’oeuvre pour discréditer le personnage et tapé là où ça fait mal.

Barbarin est-il victime de ses propos sur le mariage gay?

Face à ce déferlement de haine, la communauté catholique de Lyon croit volontiers (toutes les conversations à Lyon permettent de le vérifier) à un effet de boomerang après la ligne dure de Barbarin sur le mariage gay. Pour beaucoup, il est victime d’un complot et l’acharnement médiatique qui s’abat sur lui en est la preuve.

Mais qui seraient les complotistes?

Pour les uns, les francs-maçons sont au coeur de la vengeance et de la reprise en main. De façon irrationnelle et sans aucune preuve, la maçonnerie, force lige du mariage homosexuel, est accusée d’être l’épicentre du séisme qui ébranle le colline de Fourvière.

Pour les autres, le complot part de Matignon, et le rôle de Manuel Valls est au coeur des conjectures. C’est lui qui intriguerait pour abattre un gêneur, une tête qui dépasse dans l’église.

L’étrange emploi du temps de Barbarin

Derrière ces rumeurs, certains faits amusent.

Ainsi, le 19 janvier 2016, Libération révélait que Barbarin a secrètement dîné avec François Hollande chez la journaliste de Paris Match spécialiste du Vatican Caroline Pigozzi.

c’est un joli coup pour Caroline Pigozzi. Même si l’hypothèse de sa nomination comme ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, qui a brièvement couru fin 2015, n’a pas pris corps pour autant. A Rome, elle laisse perplexe (voire provoque les sourires) jusque dans le bureau du secrétaire d’Etat (le Premier ministre du pape), le cardinal Pietro Parolin.

A-t-on discuté, ce soir-là, de la nomination de l’ambassadeur de France au Saint-Siège, toujours en carafe depuis 2015? On se souvient que le Vatican a bloqué la nomination de Laurent Stefanini à ce poste, compte tenu des moeurs avouées de l’intéressé. Pour François Hollande, la pilule est difficile à digérer: même une humiliation diplomatique infligée par le Vatican est devenue insurmontable pour une France affaiblie sur la scène mondiale.

Caroline Pigozzi
Caroline Pigozzi

La piste de la nomination d’une femme de consensus avec le Vatican (Caroline Pigozzi en l’occurrence) devait justement être approfondie début 2016. Elle aurait permis à François Hollande se sortir par le haut du bourbier où la France se trouve.

Le soir du dîner chez Pigozzi, Barbarin s’est-il montré mauvais coucheur avec le président de la République et a-t-il indiqué son opposition à la nomination de leur hôtesse commune? En a-t-il remis une couche sur le mariage gay? S’est-il fait fort de contrer la volonté élyséenne grâce à ses bonnes relations avec le pape François?

Toujours est-il qu’il est saisissant de voir qu’un mois après, à peine, la question de la pédophilie des prêtres dans le diocèse de Lyon est mise sur le tapis dans une campagne de déstabilisation qui rappelle les vieilles méthodes barbouzes. Et, à ce jour, l’ambassadeur au Vatican n’est toujours pas accrédité.

Le SIDA à l’origine d’un « crime colonial » français?

Le SIDA a-t-il causé la mort, dans les années 20 et 30, de 17.000 Africains soumis au travail forcé sur le chantier du Congo-Océan, qui permet de relier Brazzaville à Pointe Noire? Des études récentes le laissent à penser…

Crime colonial ou crime contre l’humanité?

Dans les années 20, les ingénieurs français signent avec la Société de construction des Batignolles (SCB) une convention pour construire une ligne de chemin de fer entre Brazzaville et le port atlantique de Pointe-Noire. La ligne doit traverser le massif de Mayombe, qui culmine à 800 mètres en terrain hostile.

Plus de 100.000 ouvriers sont recrutés, très souvent de force compte tenu de la crainte que leur inspirent la montagne et les conditions de travail. Selon les statistiques de référence réalisées par un médecin, 17.000 travailleurs sont morts en une dizaine d’années sur ce chantier, dont un grand nombre entre 1925 et 1928 (plus de 20% de mortalité à ce moment-là).

Des auteurs comme André Gide ou Albert Londres s’émurent à cette époque face à une hécatombe scandaleuse qui provoqua des révoltes, réprimées dans le sang. Il faut attendre 1930 pour que la SCB se décide à utiliser des moyens mécanisés de terrassement pour épargner les vies humaines.

Ce scandale a justifié qu’en 2014, le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN) porte plainte contre la France pour crime contre l’humanité, avec une série de données fantaisistes.

Tous ces hommes et toutes ces femmes, capturés parfois au lasso, furent déportés, ils durent traverser le désert, la forêt, la montagne, et moururent de faim, de soif, d’épuisement. Selon la compagnie, plus de 17 000 personnes moururent. En réalité, plus de 100 000 personnes trouvèrent la mort dans cette affaire.

On voit comment un fait historique épouvantable se transforme en « storytelling » politique déconnecté de la réalité.

Le SIDA à l’origine des décès

Un documentaire présenté sur France 5 propose un autre éclairage sur l’origine des décès qui endeuillé ce chantier.

Avec les moyens de la médecine coloniale du début du siècle, un jeune médecin français en poste au Moyen Congo français en 1931, le Dr Léon Pales, a bien multiplié les autopsies pour comprendre de quoi mouraient en nombre (17.000 morts entre 1921 et 1934) les ouvriers du chemin de fer en construction pour relier Brazzaville au port de Pointe-Noire, 511 km à travers les forêts hostiles du Mayombe. Il n’avait rien trouvé, du moins aucun des pathogènes habituels.

«Récemment, le fils d’un médecin qui avait été en poste au Congo belge m’a offert les fiches de patients rédigées par son père. La description colle avec le sida», explique Éric Delaporte, médecin et chercheur à l’IRD de Montpellier. Mais surtout, la médecine coloniale a laissé un trésor dans les frigos des différents centres. «On a retrouvé à Kinshasa des biopsies datant de l’époque coloniale et on a pu mettre en évidence par des techniques moléculaires la présence du VIH1, explique Martine Peeters. Vingt ans avant le cas zéro en Occident, il y avait déjà une épidémie en Afrique centrale.»

Les chercheurs ont donc pu remonter le temps et suivre à la trace la dissémination du virus grâce à la biologie moléculaire. Deux prélèvements oubliés, l’un fait à Brazzaville en 1959, l’autre à Kinshasa en 1960 (les deux villes ne sont séparées que par le tumultueux fleuve Congo), vont se révéler positifs au VIH1 groupe M, précisément la souche qui s’est répandue dans le monde entier. Deux échantillons: assez pour déterminer qu’un ancêtre commun à ces deux souches devait exister autour de 1920. C’est à cette époque qu’un virus simien, similaire au VIH mais baptisé SIVcpz, serait donc passé du chimpanzé à l’homme. Martine Peeters, qui a découvert les descendants de ce SIVcpz à la fin des années 1980 au Gabon, a ensuite réussi à en traquer la source jusqu’à l’extrême sud-est du Cameron, «dans une zone d’environ 200 km2».

L’hécatombe sur le chantier du Congo-Océan trouverait donc son origine dans la première épidémie de SIDA connue dans l’histoire du monde, et dans la première transmission du virus à l’homme.

Ces éléments restent bien entendu à confirmer. Ils montrent en tout cas comment l’histoire coloniale revisitée par les mouvements identitaires nous éloignent d’une compréhension de la vérité.

La sécurité sociale responsable des déserts médicaux?

Les déserts médicaux progressent en France: la sécurité sociale et son monopole sur la médecine en est-elle la première responsable? C’est ce qu’affirme un interne en médecine dans un courrier envoyé au maire de La Roche-Derrien, commune bretonne qui avait fait le buzz en publiant une annonce de recrutement pour un druide.

Ce courrier présente un intérêt majeur: il décrit de façon concrète le désarroi des « médecins libéraux » face à une étatisation de la politique de santé qui se fonde sur un blocage du prix de la consultation. Au nom de l’égalité d’accès aux soins, cette politique décourage peu à peu la pratique libérale et accélère la désertification médicale.

On notera que l’auteur du courrier rappelle que la désertification médicale ne concerne pas que les campagnes. Paris est également touchée par le phénomène. En 2014, aucun médecin généraliste ne s’est installé à Paris. Les arrondissements de l’est parisien sont sévèrement touchés par la réduction du nombre de praticiens.

Au passage, le fonctionnement de la sécurité sociale porte une responsabilité écrasante dans la désaffection des jeunes médecins pour les cabinets libéraux. Le contrôle tatillon des dépenses, les vérifications interminables pour trois francs six sous, les erreurs administratives, condamnent les médecins généralistes à passer énormément de temps sur des tâches subalternes au lieu de se consacrer au métier pour lequel ils ont été formés.

De façon très symptomatique, ce jeune interne plaide pour le salariat. On n’en sera pas surpris. La sécurité sociale se nourrit de cotisations sur les salaires. En période de disette, elle a besoin de remplacer le travail indépendant par du travail salarié. Ce principe général vaut aussi pour les médecins…

Pas sûr que les Français aient bien compris à quoi cette dangereuse pente les condamnera tôt ou tard.

Xavier Bertrand a-t-il raison d’arrondir ses fins de mois?

Comme l’a révélé La Voix du Nord, Xavier Bertrand et Gérald Darmanin viennent d’arrondir leurs fins de mois comme élus locaux pour compenser partiellement leurs pertes de revenus après leur démission de députés. Pour y parvenir, Darmanin a décidé de percevoir ses indemnités de maire de Tourcoing, et Bertrand de se rémunérer comme président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin.

L’opération date de janvier et permet à Xavier Bertrand de se verser près de 2.500 euros nets mensuels en plus des 5.200 euros qu’il perçoit comme président de région. L’opération ne pouvait passer totalement inaperçue dans un contexte où Xavier Bertrand avance de nombreux arguments moraux, un tantinet pontifiant, sur la politique autrement.

Le geste, disons-le, fait mauvais genre dans une région que Xavier Bertrand a conquise grâce au retrait de la gauche. Les électeurs qui se sont sentis dépouiller de leur suffrage par cette alliance tactique contre nature y trouveront forcément du grain à moudre. Sous des dehors patelins et des repentirs symbolisés par sa démission de l’Assemblée Nationale, Xavier Bertrand, diront-ils, cachait bien son jeu: perdre le poste oui, perdre les avantages, non!

Sur le fond, le geste de Xavier Bertrand illustre bien la grande misère dans laquelle la classe politique issue des partis de gouvernement a plongé l’esprit républicain et ses vertus historiques. Cette classe vit d’une professionnalisation de ses mandats, et se pense comme la noblesse il y a deux cents ans.

Pour être reconnu politiquement, pour « faire carrière », il faut commencer jeune et dédier tout son temps et toute sa peine à la recherche de mandats publics. Dès le plus jeune âge, il faut courtiser les puissants, courber l’échine face à eux, leur donner des soirées, des week-ends, se mettre à leur service, leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre et progressivement la carrière se fait. Elle commence par un mandat municipal, puis un mandat de conseiller territorial (ah! les cantonales!). Les plus chanceux guignent des mairies, des investitures aux législatives, aux sénatoriales, puis des postes de ministre.

Bref, pour être élu sous la Vè République, il faut renoncer à tout et entrer en politique comme on entrait autrefois en religion.

Dans ce parcours bien huilé, point de hasard, peu d’aléa, et pas de raison. Tout est dépendance, allégeance et manoeuvres pour franchir un palier supplémentaire à chaque occasion. Tout est passion au mauvais sens du terme, c’est-à-dire intérêt, calcul, convoitise et avarice. Ce système professionnel incarne ce que les Français rejettent dans la politique et explique le sentiment de moins en moins diffus, de plus en plus explicite, qu’ils nourrissent d’une fin de la démocratie et d’un dévoiement profond des institutions. Leurs élus n’accèdent pas aux postes parce qu’ils sont capables de régler les problèmes publics, mais parce qu’ils ont manoeuvré en coulisse pour parvenir à se partager un « gâteau ».

C’est évidemment tout cela que Xavier Bertrand vient de nourrir, de consolider, par un geste dont la portée symbolique dépasse forcément le montant des 4.000 euros « chargés » qu’il vient de s’attribuer.

Au fond, Bertrand nous dit qu’une droite élue avec les voix de la gauche parce qu’elle n’avait pas la légitimité nécessaire pour arriver seule au pouvoir ne tire aucune conséquence, aucune leçon de ses échecs. Des élus défaillants ne doivent pas perdre leurs avantages…

L’absence de sanction en démocratie, c’est déjà le début de la tyrannie.