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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Cazeneuve et le secret défense: deux poids deux mesures

Bernard Cazeneuve a une conception très particulière de l’impartialité de l’Etat et de l’égalité républicaine. Ces différences de traitement se mesurent à sa façon de traiter le secret défense dans les affaires de terrorisme. En voici quelques illustrations.

Cazeneuve astucieux sur Karachi

Dans l’enquête sur l’attentat de Karachi, en 1995, Cazeneuve a trouvé une astuce pour contourner le secret défense opposé par la Commission (pas si) Consultative du Secret de la Défense Nationale (CCSDN) qui s’oppose à la déclassification de documents relatifs à l’un des intermédiaires du dossier. L’activisme de Cazeneuve n’étonnera personne: il fut président d’une commission parlementaire d’enquête sur le sujet dans les années 2000.

À l’époque, on pouvait encore soupçonner une affaire graveleuse ou un règlement de compte d’Etat derrière un attentat islamiste sans être accusé de complotisme. Dans la pratique, Cazeneuve devrait donc permettre à des juges d’instruction d’obtenir des informations qui pourraient mettre la droite dans l’embarras. On se souvient que beaucoup imaginent, derrière ce dossier, une affaire liée au financement de la campagne de Balladur, en 1995, dont Nicolas Sarkozy était un soutien.

Embarrasser Sarkozy sur une affaire de terrorisme à l’horizon 2017, voilà qui ne se refuse pas…

Cazeneuve buté sur Charlie Hebdo

Cazeneuve se montre curieusement beaucoup moins zélé et inventif sur l’affaire Charlie Hebdo. Rappelons que les attentats de janvier 2015 à Paris ont donné lieu à des occultations en beauté à tous les coins de table.

Cazeneuve a par exemple passé sous silence le suicide d’un commissaire à Limoges, le soir même du carnage.

Il a également évité de prendre le taureau par les cornes dans le dossier de la blessure handicapante infligée à un joggeur à Fontenay-aux-Roses le lendemain du carnage. Officiellement, c’est Coulibaly, auteur du massacre de l’Hyper-Casher, qui est coupable. Problème: le joggeur a formellement reconnu un certain Amar Ramdani comme étant le tireur. Ramdani est un ami de Coulibaly, et l’amant officiel d’une gendarmette affectée aux renseignements, laquelle a consulté sans habilitation des dossiers confidentiels. Ces indiscrétions lui ont valu une radiation de la gendarmerie et une condamnation à un an de prison avec sursis.

Mais le sommet des coïncidences troublantes est atteint avec l’affaire des armes de Coulibaly, pour laquelle Bernard Cazeneuve a refusé que le secret défense soit levé. Pourtant, on aimerait savoir pourquoi un indic de la gendarmerie a fourni (et remilitarisé) des armes à un terroriste fiché S, contrôlé sans effet par la police 8 jours avant son forfait dans les rues de Paris. On peut penser que le manque de zèle du ministre ne concourt pas vraiment à la manifestation de la vérité.

Cazeneuve acculé sur le 13 novembre

Selon le Figaro, les juges d’instruction ont finalement demandé la semaine dernière la levée du secret défense concernant plusieurs protagonistes des attentats du 13 novembre (Abbaoud, Abdeslam, les frères Clain, Abrini), et plusieurs lieux, notamment la mosquée du 19è arrondissement fréquentée par l’un des assaillants du Bataclan, Mostefaï, et les évacuations de la gare de Lyon et de l’hôtel Molitor (où était hébergée l’équipe allemande de football) dans la journée du 13 novembre.

Officiellement, Cazeneuve annonce son intention de coopérer. On jugera sur pièce. Plusieurs choses sont sûres en tout cas: le réseau qui a organisé et mené les attentats du 13 novembre sont bien plus nombreux que la police ne le dit depuis le début. Là encore, certains éléments troublent. Par exemple, Mostefaï fut l’un des seuls à ne pas être surveillé par les renseignements après avoir été identifié comme « radical ». Il fut un temps inscrit dans un club de tir de la police nationale.

En outre, la version donnée pendant plusieurs semaines par la police sur le déroulement des événements a toujours minimisé le nombre de participants aux faits, de façon totalement invraisemblable.

On aimerait que la lumière soit faite sur tous ces points.

L’impartialité de Bernard Cazeneuve va être mise à l’épreuve.

 

Revenu universel: débat le 29 mars!

Je participe à un débat organisé par Perspectives Libres le mardi 29 mars à 20h sur le revenu universel. Le rendez-vous est à 20 heures au Coppée, 1 boulevard du Montparnasse. Ce sera l’occasion de revenir sur cette idée pleine d’avenir et qui suscite un intérêt grandissant.

Je rappelle ici que je suis favorable à une transformation globale de la protection sociale par la mise en place du revenu universel. Le système que je propose est simple: suppression des cotisations sociales, mise en place d’une contribution sociale universelle sur l’ensemble des revenus (qui pourrait aussi absorber l’impôt sur le revenu) et versement d’une allocation universelle à chaque Français de la naissance à la mort pour assurer les risques vieillesse et maladie.

Autrement dit, un couple avec deux enfants percevrait une somme mensuelle d’environ 2.400 euros pour couvrir son risque maladie et son risque retraite. Cette somme serait obligatoirement allouée à des assurances sociales, dont le montant et les garanties seraient laissées au libre choix des assurés.

De la sécurité sociale actuelle, il ne resterait que la prise en charge gratuite des maladies graves par le système de soins. Là encore, je propose que la prise en charge actuelle soit majorée d’environ 15% par rapport à l’existant.

 

Exclusif: comment Paris Habitat s’enrichit sur le dos des pauvres

Paris Habitat, l’organisme HLM de la Ville de Paris présidé par Roger Madec, proche de Bertrand Delanoé, est décidément un fromage qu’il fait bon déguster à l’abri des regards. Au nom de l’éternelle solidarité et du logement social (avec tout son concert de bons sentiments qui vous font pleurer dans les chaumières), certains ne se gênent pas pour prendre leurs aises. La direction de l’organisme multiplie les menaces pour étouffer l’incendie… et les feux de paille pour ne rien toucher au gâteau.

Des fauteuils à 4.000 euros à l’accueil de Paris Habitat

Je recommande d’abord à tous les locataires de Paris Habitat et à tous les contribuables parisiens d’aller s’asseoir quelques minutes à l’accueil de l’organisme HLM. Ils auront le plaisir de poser leurs fesses sur des fauteuils à 4.000 euros achetés avec l’argent de leurs loyers et avec les différents efforts fiscaux consentis aux bailleurs sociaux. En voici la facture:

Paris Habitat

Les Parisiens apprécieront la modestie du train de vie de leur organisme HLM préféré. Ils apprécieront aussi les prochaines déclarations gouvernementales sur la lutte contre l’apartheid et sur la mixité sociale. En tout cas, à la lecture de ces factures, on comprend mieux pourquoi la gauche veut développer le logement social en France: manifestement, l’opération n’est pas perdue pour tout le monde.

Le grand bordel de la logistique chez Paris Habitat

Ces errances dans le train de vie de Paris Habitat, jointes aux conditions très favorables inscrites dans les contrats de travail des dirigeants de l’organisme, expliquent que le Parisien et le Canard Enchaîné aient commencé à mettre leur nez dans tous ces petits arrangements avec les postures solidaristes qu’affectionnent tant Anne Hidalgo et son affidé communiste au logement, Ian Brossat. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir tant de gens bien intentionnés et bien pensant donner des leçons aux méchants habitants du XVIè arrondissement sur l’accueil des pauvres et fermer les yeux sur les truanderies de l’office HLM qu’ils maintiennent dans leur giron politique. Charité bien ordonnée… comme on disait chez les Chrétiens.

Dans la pratique, les dirigeants de l’organisme ont tardivement « découvert » que l’inventaire mobilier qu’ils avaient sous les yeux était une passoire et que plus personne ne savait où se trouvaient certains des différents achats livrés depuis 2012. Anne Hidalgo ne peut pourtant ignorer le risque auquel elle s’expose en laissant faire ce désordre: les mauvaises langues ne tarderont pas à imaginer que tous ces achats livrés à Paris Habitat pouvaient servir à d’autres organismes… ou d’autres personnes que le commanditaire. La circonstance ne manque pas de faire sourire si l’on se souvient que le directeur de la logistique, Philippe Guillier, fut recruté par Stéphane Dambrine, l’actuel directeur général de Paris Habitat.

Chez Paris Habitat ce sont les lampistes qui paient

Face aux risques grandissants de cette situation qui rappelle le meilleur des années Tiberi (faut-il parler d’une tibérisation de la ville de Paris sous Anne Hidalgo?), l’exécutif de Paris Habitat n’a pas tardé à relire son manuel de la gouvernance à l’ancienne pour régler le problème. Les lampistes ont immédiatement payé, et deux licenciements pour insuffisance professionnelle sont intervenus: celui du directeur de la logistique et de l’un de ses hommes-liges, coupables d’avoir maintenu le bordel dans les petites affaires de l’organisme.

Compte tenu des faits incriminés, certains s’étaient imaginé que l’office porterait plainte contre les contrevenants. Madec et consors ont préféré étouffer l’affaire en demandant un audit interne… mené par la direction elle-même. On n’est jamais mieux servi que par soi-même! Il faut laver le linge sale en famille, etc.

Voici ce qu’en dit le procès-verbal du Comité d’entreprise:

Paris Habitat

Ah! la cellule « contrôle interne de la direction »! Quel bonheur! Au moins, elle présente l’avantage de délivrer les conclusions de l’enquête avant même d’avoir commencé à travailler. Grâce à son examen fouillé et approfondi, ladite cellule a servi à Stéphane Dambrine la conclusion qu’il attendait (il ne s’en cache pas):

Paris Habitat

Vraiment génial! l’audit n’est pas terminé, mais une chose est déjà sûre: pas d’infraction au pénal, donc pas de dépôt de plainte! Elle est pas belle la vie? Paris Habitat n’a même plus besoin de la police judiciaire pour établir l’existence ou non d’une infraction. Un audit interne inachevé permet de tout savoir!

Comme dit le directeur général de l’office: « j’en suis heureux ». Un psychanalyste de base se demanderait quand même ce qui rend aussi heureux un directeur général à propos des truanderies de l’un des collaborateurs qu’il a recruté. En tout cas, Dambrine n’aura pas à demander à des policiers forcément partiaux de passer au crible les conclusions très impartiales de la « cellule interne d’audit » de Paris Habitat. Ouf! Au cas où ces policiers auraient découvert une affaire de financement illégal de parti politique par Paris Habitat…

Il est vrai que la personnalité des élus PS parisiens (Cambadélis, Le Guen) ne laisse planer aucun doute sur de possibles circuits de financement occulte.

Bref, les salariés responsables du bordel dans l’inventaire de Paris Habitat ont été licenciés sans dépôt de plainte, une partie des biens disparus est revenue par enchantement, et tout va pour le mieux ans le meilleur des mondes. Les vaches (comprenez les contribuables parisiens) sont bien gardées…

Pour notre part, on aimerait connaître les conditions de la transaction entre l’office HLM et les salariés licenciés. Un employeur normal chercherait en effet la petite bête. Pour que l’opération se passe dans une mer d’huile, on imagine que les salariés en question avaient quelques biscuits dans leur dossier pour calmer les velléités de leur employeur.

Les commissions bidons de Madec pour étouffer l’affaire

Face à l’ampleur des polémiques lancées par ces « torchons » (selon l’élu FSU au conseil d’administration…) que sont les organes de presse cités plus haut à l’origine des révélations, Roger Madec, ancien maire du XIXè arrondissement et ancien flic, proche de Delanoé et grand défenseur du mariage gay, a décidé là encore de reprendre les bonnes méthodes estampillées Police Nationale pour étouffer l’incendie naissant.

Il a évidemment annoncé la création d’une commission de déontologie bidon pour examiner la vie de l’Office. Voici la délibération passée au Conseil d’Administration extraordinaire du 17 mars 2016 sur le sujet:

Paris Habitat

 

Là encore, plus belle la vie! le comité théodule sera composé de responsables de Paris Habitat, et le directeur général de l’établissement sera en charge de la mise à jour du code. Surtout, lavons le linge sale en famille! On se demande pourquoi Roger Madec n’a pas demandé à Jean Tibéri de présider le comité. La boucle aurait été bouclée.

Bruit de bottes dans les couloirs de Paris Habitat

Si le recours à la bonne vieille commission godillot a fait partie des armes de Roger Madec pour occulter le dossier Paris Habitat, la terreur a commencé à régner en interne. Les révélations sur les « privilèges » détenus par les directeurs de l’OPHLM (qui ont permis aux Parisiens de découvrir que des seconds couteaux d’établissements municipaux pouvaient gagner plus de 8.000 euros nets par mois pour un service bancal) ont beaucoup énervé la direction de l’office. Dambrine s’est donc fendu de nombreux avertissements aux méchants salariés du siège qui jouent aux lanceurs d’alerte, cette espèce honnie qui aime son travail et qui le défend.

Le directeur de l’Office n’a donc pas hésité à porter plainte pour débusquer les balances dans la boîte. Voici le courrier qu’il a fait parvenir aux salariés:

Paris Habitat

Ta-tam! Les vrais méchants seront virés pour faute lourde, pendant que ceux qui ne faisaient pas leur boulot ont bénéficie d’un licenciement gentil. Deux poids deux mesures! On se souviendra ici des longs discours de Delanoé sur la corruption de Tibéri, pour mesurer la capacité du pouvoir à corrompre!

Anne Hidalgo piégée par les vieux démons du Delanopoly?

Derrière toute cette affaire, c’est évidemment l’influence de Delanoé à Paris malgré Anne Hidalgo qui est au coeur du débat. Roger Madec, tout le monde le sait, est un très proche de l’ancien maire de Paris. Cette proximité l’a conduit à contrebalancer l’autorité du maire d’arrondissement qui lui a succédé, François Dagnaud (lui-même très proche de Roger Madec), par la nomination d’Halima Jemni comme première adjointe de l’arrondissement. Halima Jemni adore rappeler qu’elle est née dans la même ville que Bertrand Delanoé, en Tunisie. Et, de notoriété publique, Dagnaud et Jemni se haïssent comme deux maîtresses peuvent se haïr en présence de leur vieil amant.

Ce combat de tigresses semble aujourd’hui percoler dans l’ensemble des zones de la décision publique.

Reste une certitude: ceux qui, en 2001, avaient voté Delanoé pour en finir avec le règne de la corruption commencent à perdre leur latin. La ville de Paris présente aujourd’hui tous les stigmates répugnants qui avaient fait sa mauvaise réputation sous Tibéri. À une différence près: le Corse Tibéri n’avait jamais véritablement cherché à se présenter comme un parangon de vertu. Pour Hidalgo, en revanche, qui voudrait incarner un renouveau politique, ces affaires ne tarderont pas à causer des dommages collatéraux extrêmement lourds.

Et, comme il se doit au PS, les affaires se traitant en famille, le frondeur idéologue et psychorigide, proche de Martine Aubry, Jean-Marc Germain, époux d’Anne Hidalgo, risque lui aussi d’en faire les frais.

 

Migrants: comment l’Afrique benchmarke les pays d’accueil

Dans la représentation occidentale du migrant africain, le sanglot de l’homme blanc pèse lourd. Les stéréotypes véhiculés par les médias y jouent un rôle essentiel: le mythe de l’Africain miséreux qui vient tenter sa chance comme il peut, au péril de sa vie, occupe tous les esprits. En réalité, le fait migratoire a beaucoup évolué et n’a plus grand chose à voir avec ce fantasme européen.

Les migrants et Internet

De plus en plus, les migrants ont recours à Internet pour optimiser leur parcours migratoire. Inversement d’ailleurs, la France a tenté d’accueillir plus de migrants en utilisant un site Internet destiné à faciliter les arrivées. On ne l’a peut-être pas assez dit, mais l’Afrique est bien mieux couverte par Internet que ne l’est la France. Alors que les réseaux de télécommunication sont défaillants dans beaucoup de nos campagnes, il est possible de téléphoner par portable ou de se connecter à Internet partout en Afrique, même dans les brousses les plus reculées.

Les visages de la migration ont eux aussi connu la révolution numérique.

Les migrants comparent les politiques d’accueil

Pour preuve de cette mutation, on lira avec intérêt les articles du Net africain vantant les mérites de telle politique migratoire, ou de telle politique d’accueil sanitaire des migrants. Contrairement à ce qu’on peut croire en France dans certains milieux, ces choix font l’objet d’une étude préalable tout à fait posée et rationnelle. J’en veux pour preuve cet article qui explique comment bénéficier d’une prise en charge médicale en Italie quand on est sans-papier. L’article fait la promotion d’un guide en italien sur le sujet:

Le guide approfondit aussi des cas particuliers comme l’assistance sanitaire en grossesse ou celle garantie aux mineurs non accompagnés et à ceux qui sont sous protection internationale, et parle des Accords bilatéraux qui permettent aux ressortissants de certains pays étrangers d’accéder au « Servizio Sanitario Nazionale » ou SSN (Sécurité Sociale), à parité de conditions avec les Italiens.

Le même site consacre 8 articles aux différentes politiques de visas en Europe.

 

La paresse belge coupable des attentats du 22 mars?

Si l’on peut reprocher aux Français une véritable arrogance, la paresse est le principal défaut des Belges, qui adorent s’imaginer que leur manque d’ambition et leur satisfaction facile les mettent à l’abri de toute critique. Le 22 mars, leur paresse naturelle et leur suffisance leur ont joué un bien vilain tour. On en trouvera ci-dessous le récit.

Comment la paresse de la justice belge a laissé filer un kamikaze

On lira avec intérêt ce récit donné par la presse belge concernant l’un des kamikazes de l’aéroport de Zaventem:

Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro de Bruxelles, avait été condamné à 5 ans de prison pour vol avec violence en 2011. Il avait bénéficié d’une libération conditionnelle en décembre 2013. Cette libération conditionnelle avait été révoquée par défaut par le Tribunal d’Application des Peines (TAP) de Mons le 18 février dernier, a indiqué le procureur du Roi de Mons, confirmant une information de plusieurs médias. El Bakraoui était aux abonnés absents depuis octobre 2015.

Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro de Bruxelles, avait disparu des radars de la justice à la fin octobre 2015, alors qu’il était en liberté conditionnelle à la suite d’une condamnation en 2011 pour des faits de vols avec violences commis en 2009. Le procureur du Roi de Mons, Christian Henry, a précisé que les faits de vol avaient été commis à plusieurs et avec des armes, notamment des Kalachnikov.

El Bakraoui avait été libéré sous conditions le 19 décembre 2013 après avoir pu bénéficier, depuis le mois de mars 2013, d’une détention sous surveillance électronique. Le procureur du Roi de Mons a souligné que l’individu avait ensuite été contrôlé par deux policiers le 13 mai 2015 après avoir commis une infraction de roulage dans un sens interdit à Bruxelles alors qu’il conduisait une voiture de marque Skoda. Après vérifications, il s’est révélé qu’il ne respectait pas une des huit conditions de sa liberté, à savoir de ne pas entrer en contact avec un détenu, un ex-détenu ou un complice. Or, le passager de la voiture était un ex-détenu qui avait été condamné pour vol avec violence deux ans auparavant.

Le dossier, géré par le Tribunal d’Application des Peines de Mons, avait été transmis au parquet de Mons qui avait alors demandé la révocation de sa liberté conditionnelle pour non-respect de certaines conditions de liberté. Selon le procureur du Roi de Mons, le Tribunal a toutefois estimé que la seule incartade de l’individu avait été de ne pas respecter une des conditions de sa liberté et que, par ailleurs, sa réinsertion professionnelle se passait correctement. L’intéressé était en effet fidèle aux rendez-vous de l’assistant de justice et revendiquait, selon certains médias, un travail le soir dans l’Horeca.

El Bakraoui n’a toutefois plus donné de nouvelles à son assistant de justice à partir du 22 octobre 2015. Une nouvelle demande de révocation de sa liberté conditionnelle a alors été réintroduite par le parquet de Mons le 22 décembre dernier. L’individu devait répondre à la convocation du Tribunal d’Application des Peines de Mons le 28 janvier, ce qu’il n’a pas fait. Sa liberté conditionnelle a donc été révoquée par défaut et El Bakraoui a été signalé en Belgique et dans la zone Schengen afin de le réincarcérer. Il n’a jamais plus été contrôlé depuis lors par la police, avant de réapparaître le 22 mars en kamikaze du métro de Bruxelles.

Comment la paresse des espions belges a laissé filer le même kamikaze

S’agissant du même El Bakraoui, l’espion belge en poste à Ankara a manifestement laissé filer le bonhomme, alors que les renseignements turcs avaient signalé le cas:

Ibrahim El Bakraoui, l’un des kamikazes de l’attentat de l’aéroport de Zaventem, a été arrêté le 11 juin 2015 à Gaziantep, ville du sud de la Turquie, située à 15 kilomètres de la frontière syrienne. Le 29 juin, l’officier de liaison est mis au parfum par la police nationale turque. Trois jours plus tard, le 29 juin, l’officier de liaison communique cette information à la Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée (DJSOC) de la police fédérale et celle-ci renvoie des éléments du passé judiciaire de l’intéressé à l’officier de liaison. Elle demande à l’officier de liaison des informations complémentaires concernant l’arrestation d’Ibrahim El Bakraoui.

Le 14 juillet 2015, la Turquie envoie à 10h14 une note verbale à l’ambassade belge selon laquelle Ibrahim El Bakraoui sera expulsé à 10h40 pour les Pays-Bas. A 16h00, l’ambassade prévient l’officier de liaison. L’intitulé de la note ne permet pas de déduire le caractère urgent de son contenu. Elle ne contenait pas de motif et n’appelait à aucun action.

Le 15 juillet, l’officier de liaison apprend à une réunion avec la police turque qu’Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme. L’officier de liaison est invité par la police turque à faire parvenir une demande écrite s’il souhaite plus de détails. L’assistante de l’officier de liaison communique à 10h38 à l’ambassade belge qu’Ibrahim El Bakraoui a été arrêté à Gaziantep. A 10h50, l’officier de liaison belge informe son homologue néerlandais.

Entre le 29 juin et le 20 juillet, il n’y a plus de communication entre l’officier de liaison et la DJSOC. Ce n’est que le 20 juillet à 10h28 que l’officier de liaison informe la DJSOC de ce que Ibrahim El Bakraoui a été arrêté pour terrorisme et qu’il a été refoulé vers les Pays-Bas sur un vol du 14 juillet. Il dit attendre des informations complémentaires de la Turquie. L’officier de liaison demande officiellement ces renseignements à 11h25 à la police turque par courriel.

Il y aura ensuite encore quatre réunions entre l’officier de liaison et les autorités turques, les 28 juillet, 20 novembre, 8 décembre et 14 février mais le cas Ibrahim El Bakraoui n’y est plus évoqué.

Paresse belge: la police flamande connaissait-elle la planque d’Abdeslam depuis décembre?

Autre question: la police de la ville de Malines connaissait-elle depuis plusieurs semaines l’adresse de la planque d’Abdeslam?

L’organe de contrôle des services de police, le Comité P, a confirmé l’ouverture d’une enquête pour une information qui n’a pas circulé. Dès le 7 décembre, un policier de Malines a signalé dans un rapport l’adresse du 79 rue des Quatre vents, où a été appréhendé ce mois-ci Salah Abdeslam, le seul suspect vivant des attentats de Paris du 13 novembre. Le rapport n’avait pas été transmis à la cellule antiterrorisme.

La police de Malines a démenti cette information en fin de matinée vendredi. Selon le chef de corps, les policiers malinois ne disposaient pas de renseignement précis sur la présence d’Abdeslam à la rue des Quatre vents. Ce dernier reconnaît cependant qu’une faute a été commise au sein de ses services autour de la transmission d’une information à la Banque de données nationale générale. Cette information précisait qu’il pouvait y avoir une « troisième personne radicalisée » qui pouvait être liée à l’adresse rue des Quatre Vents à Molenbeek-Saint-Jean et qui a probablement eu un contact avec les frères Abdeslam dans un passé lointain. La police de Malines affirme qu’elle n’avait pas d’information concernant une éventuelle planque de Salah Abdeslam et aucune info en sa possession ne renvoyait à Salah Abdeslam ou Abid Aberkane, le logeur du suspect clé, d’après la police locale.

La justice belge a ménagé Abdeslam après son arrestation

Autre révélation, apportée par Le Monde et Politico cette fois: la juge d’instruction n’a pas véritablement interrogé Abdeslam après son arrestation. Ce défaut a probablement permis la commission des attentats du 22 mars:

Les enquêteurs belges n’auraient entendu Salah Abdeslam, suspecté de terrorisme, qu’une heure entre son arrestation vendredi soir et le double attentat terroriste de mardi matin. C’est ce qu’ont affirmé son avocat Sven Mary et deux autres sources proches de l’enquête au site d’information européenne, Politico Europe. Selon ce média, les enquêteurs n’auraient pas interrogé Salah Abdeslam sur la possibilité d’autres attentats parce qu’ils ont d’abord sondé l’intéressé sur sa participation dans les attentats de Paris en novembre.

L’audition de Salah Abdeslam dans la prison de Bruges n’a pas porté sur l’éventualité d’une menace, car les enquêteurs voulaient d’abord se concentrer sur la chronologie des faits et sur le rôle du suspect dans le commando funeste à Paris. En dépit de la découverte d’un détonateur, d’armes et d’empreintes digitales d’Abdeslam dans une ‘safehouse’ à Forest quelques jours plus tôt, et la suspicion croissante d’un réseau terroriste plus large qu’escompté à Bruxelles, les enquêteurs n’ont que brièvement interrogé le captif car il récupérait encore de son opération, selon une source des services de sécurité belge. « Ils n’avaient pas pensé qu’il était possible que quelque chose puisse se passer mardi matin. » L’avocat Sven Mary a confirmé que les enquêteurs ne se sont entretenus que brièvement avec son client.

La paresse de la police belge et l’évacuation du métro

La presse belge souligne également le « retard à l’allumage » après les attentats de Zaventem: la police belge a-t-elle tardé à évacuer le métro?

Les deux explosions provoquées par les terroristes dans le hall de l’aéroport de Zaventem ont eu lieu à 07h58. Immédiatement, la cellule fédérale, composée des représentants des ministres et services compétents, est convoquée au centre de crise. L’attention est d’abord accordée au secours médical et à l’évacuation de la zone, exécutée le plus rapidement possible en raison du risque d’une troisième explosion.

Un appel est également lancé immédiatement à un niveau accru de vigilance. Tous les responsables des transports publics sont informés et sensibilisés.

A 08h50, la décision est prise d’évacuer le métro bruxellois ainsi que les gares ferroviaires de la capitale. A 9h04, l’Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace (OCAM) décrète le niveau 4 d’alerte. A 09h05, le plan d’urgence national face à une attaque terroriste est déclenché. A 09h11, l’explosion se produit dans une rame de métro à la station Maelbeek.

Un appel à ne pas se déplacer est lancé à la population afin de permettre aux services de secours de faire leur travail. Il est également demandé aux Communautés que les écoliers restent à l’école et n’en sortent pas. La circulation des transports en commun en surface et des trains dans les trois grandes gares bruxelloises est arrêtée. Le réseau de la STIB est évacué, fermé et surveillé par la police et l’armée.

Bref: les Belges, avec un moins de certitude sur leur supériorité sur les Français, un peu moins de déni sur leur désorganisation, auraient probablement pu éviter de nombreux morts dans leurs rues.

L’Union Européenne a choisi une capitale à sa mesure.

Attentats de Bruxelles: la bien-pensance mode Cavada

J’ai participé à l’émission Ça vous regarde consacrée aux attentats de Bruxelles, notamment en compagnie de Jean-Marie Cavada, député européen centriste, perdu depuis lors sur une liste dissidente de Nous Citoyens. Voici le débat qui a eu lieu:

Je me devais bien évidemment de relever l’accusation insupportable de « grand méchant » que Cavada m’a adressée pour mon manque d’europhilie béate. Je pousserai donc la méchanceté jusqu’au bout en confiant mon admiration pour l’avant-gardisme de Cavada: dans son genre, il constitue une sorte de point le plus abouti de la pensée par mot-clé, et il préfigure probablement ce à quoi nous nous exposons à l’avenir à cause de l’algorithme de Google qui réduit toute pensée à un empilement de termes-marqueurs.

Cavada, en effet, pense par mot-clé. Il suffit qu’il entende l’un d’eux prononcé pour s’enfoncer immédiatement dans l’alcôve doxique qui se cache derrière la porte soudain ouverte.

Les attentats de Bruxelles et la pensée par mot-clé

Par exemple, l’expression-clé « terrorisme en Europe » et attentats de Bruxelles appelle forcément le déroulé minutieux de la petite fiche « il faut une riposte européenne ». Fort d’excellents conseillers qui lui préparent ses éléments de langage, il peut alors réciter les trois ou quatre « bullet-points » qu’il connaît sur le sujet. Cet art de la récitation explique qu’au terme d’un débat où il mobilise tous ses souvenirs, le pluriel de « bullet-points » soit, en anglais, « bullet-shit ». On ressort avec le sentiment que la pensée du député centriste est une sorte de longue énonciation de platitudes qui veulent dire tout et son contraire.

Autre exemple: prononcer le mot « Europe » devant Cavada, et c’est la petite fiche « l’Europe, projet de civilisation » qui sort du four à micro-ondes. C’est bien connu, la construction communautaire visait à garantir la paix en Europe et la fin de la barbarie, et c’est ce projet de civilisation qui explique que tous les gens intelligents et dignes d’entrer dans les salons parisiens soient europhiles. N’essayez pas de rappeler à Cavada que, jusqu’en 1989, tout le monde savait que la paix en Europe ne tenait pas à la Communauté Européenne, mais à la dissuasion nucléaire liée à l’existence du bloc soviétique. N’essayez pas de constater qu’à la chute du Mur, une guerre a éclaté sur le continent européen (en l’espèce dans les Balkans). La particularité des petites fiches de Cavada est qu’elles se terminent toutes par une phrase simple: « bien entendu le contraire de ce qui est écrit sur cette fiche peut se défendre ».

Troisième exemple: prononcer le mot « réfugié », et vous enfoncez la porte du « l’Europe qui a mis des millions de réfugiés sur les routes en 1945 peut bien recevoir ceux des autres ». N’essayez pas de lui dire: l’Europe n’a jamais envoyé ses réfugiés sur d’autres continents que l’Europe, sauf quelques Juifs survivants des camps qui ont été accueillis à coups de fusils et de chars d’assaut par les Syriens. Il vous explique que, forcément, vous êtes un révisionniste, un blasphémateur, pire, un provocateur probablement faux nez du Front National.

Je ne puis cacher mon admiration pour ce mode d’argumentation, qui n’accorde aucune importance au sens, et qui ne fonctionne que par étiquette de la Cour. Est vrai et défendable non ce qui est rationnel, mais seulement ce qui est dit et répété dans les dîners du Siècle, ou dans les planches de la loge élitiste où il est bon d’être initié.

Les amateurs de Flaubert se souviennent que ce mode de raisonnement est celui du pharmacien Homais dans Madame Bovary. Et c’est la très grande force, que dis-je? le génie, de l’élite parisienne, que d’avoir choisi le pharmacien Homais comme modèle de pensée. L’exaltation de la médiocrité et de la paresse intellectuelle n’est pas donnée à tout le monde.

La puissance immortelle de la Cinquième République et de l’Union Européenne tient à sa capacité à faire de cette exaltation le principe fondamental de sa gouvernance.

La bataille pour la loi Travail commence officiellement aujourd’hui

Depuis plusieurs semaines, la bataille bat son plein sur la loi Travail qui doit être présentée aujourd’hui au Conseil des Ministres. Rarement un projet de texte aura suscité autant de polémiques avant même d’avoir vu le jour. La présentation au Conseil des Ministres risque bien de faire monter la température de quelques degrés supplémentaires.

Le patronat fourbit ses armes pour soutenir la loi Travail

Mardi, les organisations patronales ont diffusé un communiqué de presse commun à l’issue d’une réunion tenue à la CGPME et incluant même le MEDEF. S’il se murmure que Pierre Gattaz se tortille beaucoup sur sa chaise à l’idée d’attaquer le gouvernement de front pour ses reculades, il a néanmoins donné son consentement à des propositions communes publiées mercredi.

Face aux mouvements qui descendent aujourd’hui dans la rue pour protester contre la loi, « l’aile droite » du gouvernement a donc préparé sa contre-attaque avec des propositions concrètes pour orienter une évolution du texte. Manifestement, le patronat ne restera pas inactif durant la phase de débat parlementaire.

La négociation chômage comme dommage collatéral

La bataille du Travail s’est subitement propagée sur le terrain du chômage et sur le délicat sujet de l’indemnisation des intermittents du spectacle. Après avoir sursis à ses propositions il y a 15 jours sur le cadrage chiffré de la négociation, le MEDEF a finalement envoyé hier son document aux partenaires sociaux. Il y propose de limiter l’indemnisation des intermittents à 3 euros d’allocation pour un euro de contribution, contre 4,1 euros aujourd’hui.

Il n’en fallait pas plus pour enflammer la CGT Spectacles:

« On était sur un ratio de 8 en 2002, maintenant ils veulent un ratio de 3: c’est totalement inacceptable. On ne peut pas descendre en dessous de 3,9« , a estimé M. Gravouil.

Faut-il y voir un moyen de pression sur les partenaires et sur le gouvernement au début du cycle parlementaire sur la loi Travail? C’est en tout cas le sentiment de la CGT.

La CGC toujours en équilibre instable

Un acteur fait en tout cas les frais du projet de loi et de son débat: la CGC. La présidente Couvert, qui vit ses pénibles dernières semaines à la tête d’une confédération dont elle fait le deuil, continue les prises de position totalement incompréhensibles.

« Nous n’allons pas appeler à la mobilisation du 31 mars qui réclame un retrait du texte. Le texte ne nous satisfait pas, mais nous travaillons plutôt à des amendements », a-t-elle expliqué. La CFE-CGC appellera néanmoins « à un rassemblement, lors du débat parlementaire, à proximité de l’Assemblée nationale », a-t-elle précisé à l’issue d’une réunion avec les fédérations.

« Le point d’équilibre n’a pas encore été trouvé selon nous : il y a encore trop de flexibilité pour les entreprises et pas assez de sécurité pour les salariés », a ajouté Carole Couvert sur BFM Business.

Comprenne qui pourra.

La question religieuse en suspens

L’agitation continue sur l’article 6 du « protocole Badinter » qui prévoit le droit d’exprimer ses convictions religieuses dans l’entreprise. Alors que le gouvernement avait annoncé le retrait du protocole, le projet distribué à la presse mardi montre qu’il serait maintenu comme « guide à la rédaction ». Cette norme mystérieuse et batarde devrait donc contribuer à nourrir la polémique qui commence à gonfler, notamment sous l’influence de Jean-François Coppé.

Attentats de Bruxelles: encore la piste turco-saoudienne

MIS à Jour à 15h20

Pour les attentats de Bruxelles comme pour ceux de Paris, la proximité entre les suspects et la Turquie apparaît à nouveau comme un élément clé du dossier. Au-delà de la Turquie, ce sont les liens avec le wahabisme saoudien qui se profilent.

La piste qui remonte à la Turquie

Les journaux belges ont abondamment diffusé la photo de trois hommes poussant des chariots à l’aéroport de Zaventem quelques minutes avant l’attentat. L’un d’entre eux, l’un des frères El-Bakraoui, qui avaient loué la planque d’Abdeslam à Forest, serait mort dans l’explosion. Le troisième est supposé être un certain Najim Laachraoui, alias Soufiane Kayal contrôlé début septembre à la frontière austro-hongroise en compagnie de Salah Abdeslam et de Mohamed Belkaïd, Algérien de 35 ans abattu par la police à Forest.

Le rôle de ce Laachraoui commence à se dessiner. Dans l’affaire des attentats de Paris, il avait loué une maison près de Namur, à Auvelais, pour fabriquer des explosifs. Puis il avait été vraisemblablement en contact par téléphone depuis Bruxelles, comme Belkaïd, avec les équipes sur place à Paris.

Mais est-il pour autant le cerveau de l’opération?

Des témoins oculaires ont signalé la présence d’un véhicule suspect, une Audi S4 noire, à Zaventem le matin de l’attentat. Il se trouve que cette voiture appartient à un jeune Turc de 22 ans habitant près de la frontière belgo-hollandaise, identifié par les services de renseignement belges pour avoir fait, en 2015 un voyage en Arabie Saoudite aux motivations peu claires. Il aurait effectué ce voyage avec plusieurs jeunes belges de la communauté musulmane.

Au passage, le lendemain de la « neutralisation » d’Abaaoud à Saint-Denis, des habitants du même coin belgo-hollandais étaient venus en convoi « nettoyer » le domicile de la mère de Hasna, bienfaitrice d’Abaaoud en fuite, tuée en même temps que lui.

On y vient, donc… Une fois de plus, les enquêtes sur les attentats montrent l’intense activité entre les organisateurs installés en Belgique et les exécuteurs des basses oeuvres qui sont si souvent passés par la Turquie pour rejoindre l’Etat Islamique ou pour en revenir. Et il est depuis longtemps établi que le travail des passeurs en Turquie se fait au vu et au su de la police locale, qui en tire des revenus réguliers. Il faudrait ajouter par ailleurs les liens privilégiés que les Turcs émigrés conservent avec leur pays d’origine.

Qui plus est, l’enquête montre cette fois que les services de renseignement s’intéressent aux allées et venues entre l’Europe et l’Arabie Saoudite. On rappellera ici le rôle particulier que ce pays joue dans la déstabilisation de la Syrie.

L’étau se resserre!

Des ramifications dans les Balkans?

Dans la foulée des attentats à Bruxelles, la police bavaroise a arrêté une voiture immatriculée en Belgique, qui transportait trois Kosovars porteurs de 10.000 euros en liquide. Selon eux, cet argent devait servir à acheter une voiture quelque part dans les Balkans.

Cette arrestation a eu lieu à la suite d’une dénonciation anonyme accusant ces trois individus de préparer un attentat. Rien ne dit que les deux affaires soient liées. Il n’en demeure pas moins que, tout à coup, les routes d’Europe se trouvent parcourues par une multitude de suspects qui empruntent toujours la route du Danube pour revenir à la frontière turque….

Valls reconnaît l’existence d’un réseau

Au passage, Manuel Valls a officiellement mis fin à la théorie des loups solitaires ou des petits voyous embrigadés pour expliquer les attentats de Paris. 30 personnes au moins sont impliquées dans l’organisation de ces opérations, dont onze sont mortes, et douze sont sous les verrous.

Un tiers des coupables court donc encore dans les rues…

Les lecteurs de ce blog savent que, depuis novembre 2015, j’ai beaucoup insisté sur l’impossibilité de la version officielle qui limitait l’organisation de l’attentat à 8 personnes. En réalité, des réseaux structurés, importants, dotés de moyens étrangers, sont à l’oeuvre pour déstabiliser nos démocraties.

Pourquoi les employeurs ont besoin du mandatement

La loi Travail doit être présentée demain au Conseil des Ministres. Elle suscite des protestations dans la camp patronal, notamment depuis sa réécriture partielle pour en arrondir les angles. En particulier, sur le sujet des forfaits-jours, l’abandon de la décision unilatérale et le repli sur le mandatement, à la demande de la CFDT, est perçu comme une reculade pénalisante pour la flexibilité dans les TPE-PME. Pourtant, la formule du mandatement mérite d’être regardée de près, car elle est beaucoup plus flexible qu’on ne le croit.

Une forme encore mal connue

Le mandatement est une forme en devenir. Pour l’instant, il est défini par l’article L2143-23 du Code du Travail, qui prévoit qu’un délégué du personnel peut être mandaté par une organisation syndicale pour négocier un accord faute de délégué syndical désigné. Cette condition est encore restrictive, puisqu’elle réserve la possibilité de négocier des accords à des PME disposant d’un délégué élu. Qui plus est, le mandatement suppose l’existence d’une section syndicale.

Cette étroite imbrication du mandatement avec l’action syndicale formelle contribue à sa mauvaise réputation. Certains employeurs lui préfèrent une formule où le délégué serait élu et pourrait négocier sans référence à une étiquette syndicale. En soi, cette réticence explique la difficulté du mandatement, puisque celui-ci vise précisément les délégués élus qu’il faut mandater faute de délégué syndical. Tout l’enjeu pour beaucoup d’employeurs est de savoir pourquoi le passage par une validation même très souple d’une organisation syndicale est nécessaire.

La question des TPE

L’un des enjeux de la loi Travail et du débat parlementaire consistera à savoir quelle forme nouvelle le mandatement pourra prendre pour répondre à la question du forfait-jour dans les TPE. Pour les employeurs, la solution la plus simple consisterait à lever deux verrous pour évoluer vers la possibilité d’un accord négocié avec un salarié de l’entreprise mandaté de façon très souple par une organisation syndicale.

Le premier verrou à faire sauter tient à l’existence d’une section syndicale. L’intérêt des entreprises serait de permettre le mandatement sans section syndicale dans l’entreprise. Cette formule présenterait l’avantage de permettre le mandatement dans toutes les TPE, quelle que soit leur taille.

Le second verrou tient à la formalisation de l’engagement syndical du salarié. La formule la plus simple, là encore, consisterait à confier un mandatement ponctuel pour une négociation.

Une formule magique?

L’évolution en ce sens du mandatement permettrait à toutes les TPE de négocier un accord avec l’un des salariés de l’entreprise, sans section syndicale, mais avec une protection renforcée pour le salarié qui négocie. Ces précisions supposent un travail d’amendement du texte qui permettrait de concilier les contradictoires. Incontestablement, cette formule d’avenir devra faire débat, mais elle offre de vraies possibilités pour le développement de la démocratie sociale.