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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Loi Travail: Valls et la France des 20%

La discussion sur la loi Travail avance, et l’idée pointe désormais de taxer les CDD pour rassembler une majorité de gauche sur le texte. C’est une terrible et calamiteuse fatalité: la réforme du pays est désormais prisonnière d’une gauche qui ne représente pas plus de 20% des Français. Du haut de ce remarquable score, elle prend les 4/5 du pays en otage.

La loi Travail et le fétichisme de la taxe

L’évolution du débat sur le pré-projet de loi est à la fois prévisible et décevante. La loi Travail avait une ambition: faciliter les embauches dans les entreprises en donnant de la flexibilité au contrat de travail. On peut en penser beaucoup de mal. Il n’en reste pas moins que c’était une loi qui pariait sur l’envie des employeurs de prendre des risques en recrutant, dans un pays où le chômage de masse est devenu un mal endémique.

L’idée suscite des blocages et des rejets. Et comme toujours dans notre pays, le blocage idéologique soulève immédiatement un réflexe: faisons une taxe, et le problème sera réglé! Tel est le destin des pays où la gauche est l’héritière du protestantisme. Au lieu de résoudre ses conflits par de saines perversions, comme le monde catholique pouvait le faire, nos néo-calvinistes ont un tic, celui de lever un nouvel impôt pour faire la synthèse des positions antagonistes.

Et voici comment une loi qui devait encourager les employeurs à recruter devient une loi punitive qui augmente les charges salariales des entreprises. Heureusement que François Hollande avait annoncé un moratoire sur les impôts et les charges!

La loi Travail victime de la gauche 20%

Cette extraordinaire transformation dans l’état d’esprit (qui nous rassure: pour une fois, l’entrepreneur n’aurait pas été considéré par les pouvoirs publics comme un gangster à surveiller) gouvernemental a une explication simple. Les mouvements étudiants sont dans la rue, la CFDT menace de les rejoindre, et le PS ne se sent pas de voter la loi en l’état. Tous ces braves gens ont fait alliance pour empêcher le vote d’une loi scélérate qui laisserait croire que le chômage naît d’un excès de protection accordé aux salariés. Alors que non! le chômage persistant en France, c’est forcément la faute des employeurs!

Or, que représentent aujourd’hui les forces qui combattent la loi?

Prenons le seul exemple du PS: la majorité parlementaire, rappelons-le, réduite au seul groupe socialiste, a recueilli au premier tour des législatives de 2012 pas moins de 9,4 millions de voix sur un corps électoral de 43 millions. On dépasse donc à peine les 20% de l’opinion prise dans son ensemble. Fort de cette représentativité, le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale impose sa loi au pays, faite de postures coupées des réalités, de mépris pour tous ceux dont la tête dépasse et qui ne se satisfont pas de vivre de minima sociaux ou de rémunérations de la fonction publique.

La loi Travail et l’UNEF

On dira pire encore de l’UNEF dont la représentativité est totalement inconnue, non mesurable, et totalement discutable. Rappelons qu’aux élections étudiantes, la participation moyenne est inférieure à 10% et que l’UNEF n’y détient pas la majorité absolue. Elle est notamment talonnée par la FAGE qui fait partie des « réformistes ».

L’idée selon laquelle une manifestation de l’UNEF suffit à amender fondamentalement la loi est donc absurde et totalement contraire à la démocratie. L’UNEF se fait entendre, mais pas dans les urnes, et céder à ses manoeuvres d’intimidation revient tout simplement à donner le pouvoir à une minorité qui n’obéit qu’à elle-même, sans aucun mandat populaire.

Si l’on ajoute les liens malsains que l’UNEF entretient avec la gauche de la gauche, on voit que le syndicat étudiant est au mieux une arme de poing détenu par une minorité qui en tire des profits personnels. Ceci n’a rien à voir avec le mouvement social, soyons clairs.

La loi Travail et la CFDT

Enfin, Manuel Valls est logiquement entré dans un huis clos avec la CFDT qui laisse songeur. La confédération « réformiste » ne représente elle-même pas plus de 20% des salariés du privé. C’est pourtant elle qui fait la décision aujourd’hui, et impose des mesures qui sont systématiquement favorables aux grandes entreprises qui la financent, mais défavorables aux PME et TPE qui lui ferment ses portes.

On le regrettera amèrement! La CFDT a du bon lorsqu’elle tempère la folie des syndicats contestataires financés par le service public. En revanche, le pouvoir qu’elle détient aujourd’hui au nom d’une pseudo-démocratie sociale condamne le Mittelstand français, dont la croissance a tant besoin, à être systématiquement disqualifié au bénéfice de la noblesse d’Etat qui colonise les ex-entreprises publiques.

Bref, un régime qui donne une majorité artificielle à des forces aussi peu représentatives mérite de disparaître.

Loi El-Khomri: jeu serré pour le gouvernement

Passera? passera pas? la mobilisation contre la loi El-Khomri ce mercredi n’a pas permis de trancher l’orientation à suivre durant les prochains jours sur les modifications à apporter au texte. C’est peut-être le pire piège pour le gouvernement: la tentation est forte de s’engager sur une voie dangereuse.

Combien de manifestants contre la loi El-Khomri?

Comme à l’accoutumée, le nombre exact de manifestants contre la loi El-Khomri n’a pas fait l’unanimité. Il est néanmoins très probable que ce chiffre soit de plusieurs dizaines de milliers de personnes, et probablement de quelques centaines de milliers sur l’ensemble du territoire.

C’est à la fois beaucoup et trop peu. Beaucoup pour ne pas se dire qu’il existe aujourd’hui un risque de radicalisation du mouvement. Personne ne peut en tout cas affirmer que ce mouvement est en échec. Trop peu toutefois pour que le gouvernement renonce, à ce stade, à avancer et à poursuivre son intention de négocier pour faire passer le texte.

Une mobilisation en trompe-l’oeil

L’inconvénient du mouvement tient à l’absence relative des salariés du privé en son sein. La journée de mercredi a marqué les esprits par la grève des transports publics qui n’a rien à voir avec la loi El-Khomri. Les défilés ont rassemblé beaucoup d’étudiants. En revanche, le mouvement n’accroche que très peu dans la population la plus concernée par la loi elle-même.

Cette réalité sociologique peut évidemment convaincre le gouvernement de l’intérêt de poursuivre sa démarche. Après tout, rien n’a prouvé mercredi que l’opinion publique était totalement hostile au texte. Elle peut constituer un piège, car personne ne sait de quel côté de la balance les salariés du privé pencheront si la situation devait s’envenimer.

Une victoire partielle du gouvernement

Pour le gouvernement, la situation n’est pourtant pas aussi négative qu’on ne le dit. Dans la pratique, la reprise en main de la communication sur le texte par Manuel Valls a permis de limiter le débat aux deux ou trois mesures emblématiques dont l’importance n’est pas négligeable, mais demeure marginale par rapport aux ambitions du texte. En dehors du plafonnement des indemnités de licenciement et de la définition du licenciement économique, le texte suscite en effet peu de débats.

De ce point de vue, le gouvernement peut avoir le sentiment que la victoire est à sa portée. Au fond, la loi est assez peu discutée, et les blocages ne portent que sur la « périphérie » du texte. Selon toute vraisemblance, un parcours de négociation avec les seuls partenaires sociaux devrait permettre de déboucher sur un accord satisfaisant pour l’ensemble.

Reste l’inconnue du « mouvement social » qui pourrait perturber ce bel ordonnancement. Rien n’exclut aujourd’hui que la situation dérape et que la rue ne bouscule le rapport de force.

Les jours à venir permettront de mesurer le degré de ras-le-bol de l’opinion vis-à-vis d’un texte emblématique d’une politique fortement délégitimée.

 

300.000 emplois publics en moins: mode d’emploi

Dans une interview de pré-campagne, Nicolas Sarkozy propose de supprimer 300.000 emplois publics par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Il revient ainsi à sa marotte qui lui avait déjà valu un rejet massif dans les rangs de la fonction publique. Or cette politique mérite sans doute d’être rediscutée.

300.000 emplois par le non-remplacement: avantages et inconvénients

Durant son mandat, Nicolas Sarkozy avait déjà procédé par le non-remplacement partiel des départs à la retraite pour diminuer le nombre de fonctionnaires. Cette technique simple pour maîtriser l’emploi public comporte un avantage, mais beaucoup d’inconvénients.

Avantage:

Le non-remplacement des fonctionnaires est la méthode la plus indolore pour imposer une déflation à l’emploi public. Il évite les « plans sociaux » et ne menace aucun fonctionnaire en poste. Socialement, il est donc le mode opératoire le plus acceptable.

Inconvénients:

La formule comporte toutefois plusieurs inconvénients. Le premier d’entre eux reste la modestie des résultats qu’elle apporte. Il a fallu plusieurs années sous Nicolas Sarkozy pour qu’elle permette d’engranger quelques très maigres économies. En fait, ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux permet de stabiliser la masse salariale à moyen terme, mais pas de la réduire.

D’autres inconvénients existent. En particulier, le non-remplacement des fonctionnaires pose des problèmes de productivité dans les services touchés par les départs. Le statut de la fonction publique est utilisé de façon peu flexible par le management, et les arbitrages d’organisation imposés par la technique du non-remplacement dévaste les services les plus « âgés » alors que ceux-ci auraient plutôt besoin de sang neuf pour évoluer. Ce mode opératoire ne permet pas de répartir facilement les efforts de réduction et tend à figer l’organisation de l’Etat.

Cet inconvénient-là fut largement incriminée par les syndicats de fonctionnaires: la suppression d’emplois par le « croît naturel » est une astuce qui évite de s’interroger sur les missions qui relèvent de l’Etat. La maîtrise des dépenses se fait automatiquement et non par une logique volontaire.

300.000 emplois à supprimer?

Une autre technique pourrait consister à utiliser les marges de manoeuvre permises par le statut de la fonction publique pour supprimer des emplois « occupés ». Depuis 2009, toutes les « fonctions publiques » (Etat, collectivités et hôpitaux) peuvent faire l’objet de suppressions d’emplois. Même s’il ne s’agit pas de départs secs, la technique de suppression d’emplois occupés présente un certain nombre d’avantages.

Avantages:

La suppression d’emplois permet de mieux intégrer les contraintes de productivité dans la réorganisation des services publics. Les politiques décident une nouvelle stratégie et adaptent les organigrammes à leur nouvelle vision. Plutôt qu’une attente passive de départ à la retraite, cette méthode permet donc d’être plus volontaire dans les réorganisations.

Inconvénients:

Cette technique présente deux inconvénients très contradictoires. D’un côté, elle ne permet pas de licencier les fonctionnaires. Elle les place en surnombre provisoire le temps que des postes soient vacants ailleurs. D’un autre côté, la suppression des postes occupés (on parlera d’ailleurs plus de suppressions de postes que de suppressions d’emplois) est une méthode vécue comme brutale par les fonctionnaires et suscite une forte grogne syndicale.

300.000 emplois à dégager?

Plus exceptionnellement, l’exécutif peut procéder par des lois de « dégagement des cadres », qui consistent purement et simplement à licencier une partie des fonctionnaires visés par la mesure. Paradoxalement, cette technique fut plutôt utilisée par Jean-Pierre Raffarin sous une forme adoucie appelée « décentralisation »: la méthode consistait à transférer aux collectivités locales des emplois financés jusque-là par l’Etat.

Cette technique pourrait être durcie en allant jusqu’à des licenciements purs et simples. On mesure instinctivement les avantages et les inconvénients de cette logique. D’un côté, les décisions sont plus expéditives, d’un autre côté, elle suscitent forcément des réactions sociales fortes.

 

 

Parité: les hommes sont désormais discriminés

La parité était à l’honneur hier, avec la journée mondiale du droit des femmes, grâce à laquelle les médias subventionnés nous ont servi leur marronniers sur ces méchants hommes qui usent et abusent de cette « minorité vulnérable » qu’on appelle les femmes. Il ne faut jamais rater une bonne occasion de stigmatiser la majorité masculine française hétérosexuelle qui exploite sans vergogne l’ensemble de la planète. Et si les médias ne savent plus très bien pourquoi ils stigmatisent, la majorité en question trouve, pour sa part, toujours une bonne raison de subir ces stigmates.

Le même jour, pourtant, l’Éducation Nationale publiait des statistiques qui démontrent combien ladite majorité exploiteuse se trouve désormais en position d’infériorité globale par rapport aux femmes.

La parité au profit des femmes

Globalement, les statistiques officielles montrent que, sur l’ensemble du cursus scolaire, les filles et les femmes réussissent mieux et bénéficient d’une durée de scolarité plus longue que celle des hommes. Le petit tableau qui suit montre comment les filles sont systématiquement, et à toutes les étapes de la vie, mieux scolarisées que les garçons:

Parité

On le voit, l’écart peut atteindre près de 10 points à certains âges de la vie, notamment à 20 et 21 ans.

Le résultat de ces différences est simple: le taux d’accès au baccalauréat est beaucoup plus élevé chez les filles que chez les garçons. Là encore, le schéma publié par le ministère est édifiant:

éducation nationale

 

Alors que, en 2000, les filles et les garçons divergeaient de 12 points dans le taux de détention du baccalauréat, cet écart est désormais de plus de 13 points.

Sur ces chiffres simples, soutenir qu’il existe une discrimination défavorable aux filles est donc totalement mensonger. En réalité, ce sont surtout les garçons qui ont besoin de discrimination positive aujourd’hui.

Parité: l’orientation est-elle coupable?

Reste que ce manifeste avantage aux filles se traduit par des conséquences très différentes en terme d’orientation à partir du lycée. Selon une tradition bien ancrée, les filles se portent volontiers vers des filières générales ou technologiques littéraires ou « sociales », alors que les garçons performent en séries S ou disparaissent des radars en s’enfonçant dans les filières professionnelles.

D’une certaine façon, les filles font des choix moyens, alors que les garçons élargissent l’écart-type, notamment en colonisant l’apprentissage.

Ce petit tableau officiel résume bien la situation:

Parité

Alors que la parité est au fond assez proche dans les séries S (mais avec peu de choix féminin d’orientation vers les écoles d’ingénieur ou l’informatique à l’issue du cursus) ou en sciences de gestion, les filles sont sur-représentées dans les filières littéraires ou sciences et techniques du social (dans le technologique) et sous-représentées dans les filières industrielles.

Dans les filières professionnelles, les différences sont encore plus fortes:

Parité

 

S’il existe une discrimination à l’école au détriment des femmes, elle se situe donc bien dans l’orientation au lycée – sujet totalement tabou pour les ministres qui se succèdent, et qui semblent décider à ne pas obtenir raison de ce phénomène de la part du corps dédié à cette fonction.

La parité à géométrie variable

On notera au passage que les revendications féministes s’intéressent généralement à un aspect valorisant du problème: comment obtenir plus de femmes dans les métiers les plus rémunérateurs. En revanche, la question gênante des métiers manuels les moins prisés est rarement posée. Peu de féministes s’indignent de ne voir que des maçons hommes, ou des garagistes, ou des menuisiers.

Et c’est probablement le sujet sous-jacent de la revendication paritaire: elle se focalise sur le partage des externalités positives, mais occulte complètement la question de la misère ouvrière au sens large.

La mixité, ennemie de la parité?

Impossible de terminer ce rappel sans pointer que, pour tout ce qui touche à l’accès aux filières prestigieuses, l’introduction de la mixité dans les parcours s’est traduite par un recul de la parité. Un exemple frappant est donné par l’intégration des femmes dans les écoles normales supérieures. Elles n’y représentent que 39% des effectifs…

Autrement dit, le taux d’accès des femmes à ces écoles a diminué depuis que la filière féminine a disparu. Et on l’a trop souvent oublié: la non-mixité à l’école constituait un puissant vecteur de discrimination positive.

 

L’Europe vend à la Turquie la corde pour se pendre

Le sommet entre la Turquie et l’Union Européenne du 6 mars a donné lieu à des commentaires mitigés dans les médias subventionnés. Aucun d’entre eux n’a toutefois voulu (ou osé) mettre les pieds dans le plat: l’objectif du sommet n’est certainement pas d’abandonner le droit d’asile, mais bien d’en confier de fait la gestion à la Turquie, dans des conditions qui ressemblent plus à un noeud coulant qu’à un plan de résolution.

La Turquie et la contrainte allemande

Des élections régionales ont lieu dimanche en Allemagne. Pour Angela Merkel, l’épreuve est cruciale: une percée de l’AFD (Alternative Für Deutschland) enverrait un très mauvais signal pour sa crédibilité personnelle. Elle prouverait en effet que la politique migratoire qu’elle porte depuis plusieurs mois ne fait pas consensus, bien au contraire.

Pour éviter un affaiblissement sur sa scène intérieure, Angela Merkel a donc besoin d’une perspective à très court terme à offrir à son opinion publique. Elle a, pour cette raison, brusqué une fois de plus ses alliés européens en cherchant à leur imposer un plan qu’elle avait négocié dimanche soir avec Davutoglu et Mark Rutte, le premier ministre néerlandais qui assume la présidence de l’Union.

Ni Donald Tusk ni Jean-Claude Juncker n’ont été associés aux discussions. Ni la France bien entendu.

Merkel tente de mettre la Turquie au pas

La veille du sommet, Angela Merkel a obtenu une autre concession de la part de la Turquie: son accord pour le lancement d’une mission de l’OTAN dans ses eaux territoriales. Jusqu’ici, la Turquie refusait en effet de laisser les bateaux de l’OTAN patrouiller le long de ses côtés pour arraisonner les embarcations de migrants. Dimanche, ce verrou a sauté. Personne ne sait évidemment pour combien de temps. Mais, formellement, la Turquie donne à l’OTAN les moyens d’entraver le trafic des migrants.

Le silence de l’Europe sur les violations des Droits de l’Homme en Turquie

Dans ce contexte tendu, le sommet a donné lieu à un étrange marchandage avec la Turquie. Les Européens se sont bien gardé de dire à Erdogan tout le mal qu’ils auraient pu penser de la confiscation de fait du journal d’opposition Zaman trois jours avant le sommet. Ils ont aussi passé sous silence le martyr kurde dans le sud du pays. Ils n’ont eu d’yeux que pour la capacité d’Erdogan à bloquer les migrants sur son sol ou, à défaut, à les reprendre lorsqu’ils arrivent en Grèce.

Personne ne s’est évidemment senti obligé de rappeler que ce projet était au coeur de l’accord bilatéral entre la Grèce et la Turquie, signé en… novembre 2015, et que la Turquie n’a jamais mis en oeuvre. C’est dans les vieux pots qu’on chante les meilleures rengaines.

L’enjeu du sommet était, de toute façon, de servir un alibi à Merkel avant le scrutin de dimanche. Que cet alibi soit sérieux ou sincère importe peu.

La France résiste à la pression allemande

Le passage en force voulu par Merkel a provoqué des réactions très différentes parmi les Etats membres de l’Union. La France, en particulier, dont le Président s’était livré, avant le sommet, à un éloge de la coopération avec la Turquie, ne s’est pas facilement rendue à l’idée d’une ouverture des frontières de l’Union aux citoyens turcs. C’est pourtant la principale demande d’Erdogan, qui aimerait voir les visas disparaître vers l’Union pour ses électeurs.

De leur côté, les pays d’Europe orientale ont assez peu prisé l’idée de devoir accueillir des réfugiés actuellement installés en Turquie, en échange de ceux que la Turquie accepterait de reprendre.

La Turquie, grande arbitre des flux migratoires vers l’Europe

L’enjeu de cet accord est pourtant bien là. Il ne vise pas à supprimer les flux migratoires vers l’Europe. Il vise juste à échanger un migrant qui va en Grèce avec un passeur contre un migrant installé dans un camp en Turquie. Cette duperie est présentée par l’Allemagne et quelques autres comme une façon intelligente de briser le commerce honteux des passeurs: partir en Europe avec ces derniers condamnerait à revenir en Turquie, alors que rester en Turquie permettrait de partir en Europe.

Beaucoup de journalistes français semblent s’être satisfaits de cette présentation propagandiste qui repose sur de purs sophismes. Dès lors que le flux de « clandestins » se tarit, la Turquie doit en effet conserver ses réfugiés. Mécaniquement, la Turquie n’a donc aucun intérêt à le mettre en oeuvre loyalement. Elle a d’ailleurs bien pris garde à ne pas le faire depuis novembre.

En revanche, l’accord acte officiellement que l’Europe fait confiance à la Turquie pour gérer à sa place ses flux migratoires. Cette confiance paraît totalement absurde et a tout de la corde qui servira à nous pendre.

L’accord sera-t-il appliqué?

Il suffit d’examiner les chiffres réels pour comprendre que l’accord évoqué lundi soir est en carton-pâte et n’a pas la moindre chance de connaître le début d’un commencement d’application.

À titre d’exemple, depuis le 1er janvier 2016, environ 60.000 migrants arrivent chaque mois en Grèce. L’application de l’accord conduirait donc à renvoyer 60.000 demandeurs d’asile chaque mois en Turquie. C’est évidemment réaliste. Réciproquement, les pays européens s’engageraient à accueillir 60.000 migrants dans le même temps. L’expérience montre que la « relocalisation » d’un millier d’entre eux en un an est déjà très problématique.

Concrètement, l’accord aura donc deux effets immédiats. Premièrement, le renchérissement du prix de la traversée, qui sera plus difficile et plus dangereuse. On imagine aisément qu’au terme de quelques naufrages meurtriers, l’Union Européenne cèdera à nouveau devant l’émotion des opinions publiques. Deuxièmement, un conflit ouvert à la Turquie, qui ne tardera pas à déplorer l’absence de réciprocité dans l’accord.

Bref, cet accord, s’il devait être signé, servirait uniquement à verser 3 milliards d’euros à la Turquie, mais ne résisterait pas à l’épreuve du temps, ne serait-ce même que de deux ou trois semaines.

2016 sera bien l’année de la grande migration vers l’Europe.

EDF: le combat de l’honneur contre l’étatisme

Thomas Piquemal, ex-directeur financier d’EDF, le prouve: il reste des hommes d’honneur en France! Des grandes figures capables de quitter leurs fonctions, même prestigieuses, lorsque la stratégie de leur président ne leur convient plus. Les bonnes nouvelles sont suffisamment rares en France pour ne pas être soulignées ici.

EDF perd son directeur financier et sa valeur

Dans la série de calamités qui s’abat quotidiennement sur la France depuis de nombreux mois, la démission du directeur financier d’EDF est une sorte d’incident qui s’ajoute à une longue liste d’autres incidents. Sur le fond, tout le monde en connaît la cascade de raisons: EDF ne dispose pas de marges suffisantes pour financer les investissements indispensables à la filière énergétique. L’entreprise doit donc arbitrer entre différents scénarios qui sont tous imparfaits pour assurer son avenir. L’Etat veut imposer le sien, et le directeur financier a considéré qu’il ne pouvait le valider. Bel esprit! Il est parti.

Ce faisant, l’Etat a laissé un mauvais signal partir dans la nature hostile du monde financier. Tous les observateurs supputent des difficultés financières à venir pour EDF. La démission de Piquemal confirme leurs craintes: il n’en fallait pas plus pour faire plonger le titre.

EDF et l’affaire Hinkley Point

L’un des points d’exaspération de Piquemal semble avoir porté sur l’étrange soumission du président du groupe, l’ancien patron de Renault, Jean-Bernard Lévy, aux volontés du gouvernement dans le dossier Hinkley Point. Il s’agit de construire deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne en laissant l’entreprise prendre le maximum de risques financiers.

Initialement, en effet, EDF ne devait pas assumer plus du tiers du projet. Mais le désintérêt des investisseurs pour cette opération risquée, qui pourrait se faire sans la garantie du Trésor britannique, a montré toutes les limites de l’exercice et laissé entrevoir un désastre aussi grand que celui connu par Areva.

Dans ce contexte tendu, l’insistance du gouvernement à voir l’opération se réaliser laisse craindre le pire.

EDF et l’injonction paradoxale de l’Etat

La démission de Piquemal a un autre mérite: elle montre l’incohérence des positions de l’Etat face à cette entreprise publique qu’elle plume et déplume allègrement année après année.

D’un côté, l’Etat perçoit des dividendes colossaux de la part d’EDF: plus de 4 milliards d’euros en 2014, ce qui est une belle performance, tout de même. EDF assure aujourd’hui à elle seule plus de 1% des dépenses de l’Etat. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

D’un autre côté, l’Etat intervient régulièrement dans la vie de l’entreprise, notamment en imposant des dirigeants et… des tarifs. Il y a encore deux semaines, Ségolène Royal s’opposait à une hausse du prix de l’électricité demandée par EDF, en proposant plutôt de faire des gains de productivité par des investissements massifs dans les énergies renouvelables. Voilà une belle compréhension de la vie des entreprises de la part de la ministre de Tutelle.

D’un troisième côté, l’Etat souhaite fixer lui-même, pour des motifs politiques, la stratégie de développement et d’investissement de l’entreprise. C’est le cas sur Hinkley Point: manifestement, le comité de direction de l’entreprise est dépouillé de sa fonction par des interventions gouvernementales qui poussent à des choix dangereux pour la pérennité de l’entreprise elle-même.

EDF en danger?

Résultat de ces incohérences? L’entreprise est désormais mise sous surveillance par les marchés, et plus personne ne parie un kopek sur sa capacité à financer les investissements nécessaires à la fermeture ou à la rénovation des centrales nucléaires. Cette brillante gestion du dossier par les apprentis sorciers gouvernementaux devrait tôt ou tard, après l’extraordinaire destin d’Areva conduit par « Atomic Anne » Lauvergeon, subir le sort peu enviable des canards boiteux.

Bravo l’Etat actionnaire, dont l’opacité des processus de décision et la connivence des dirigeants brise la rationalité économique.

Gouvernement profond: les Young Leaders franco-anglais sur les rails

La France et la Grande-Bretagne ont décidé de lancer en catimini un programme de gouvernement profond appelé « Young Leaders » franco-britanniques, qui feront le pendant aux « Young Leaders » américains. Cette décision, prise le 3 mars, est passée inaperçue. Elle en dit pourtant long sur la volonté de « coopérer » qui rapproche les deux pays, par-delà le Brexit.

Le gouvernement profond et les Young Leaders

Pour ceux qui ignoreraient tout des « Young Leaders », je renvoie à un article cocasse publié sur le site de France Inter. Je qualifie cet article de cocasse puisque l’un des invités du programme « Young Leaders » organisé par les Etats-Unis et par la French-American Foundation n’est autre que Bernard Guetta, chroniqueur sur France Inter.

Certains se sont demandés, peut-être, pourquoi les chroniques de Bernard Guetta sont univoques et monocordes – je veux dire qu’elles résonnent toujours dans le même sens: la domination américaine sur la diplomatie française est bonne, et les ennemis des Etats-Unis sont nos ennemis. Ils ont enfin une explication: Bernard Guetta, dont la salaire est payé par le contribuable, fut entraîné par nos cousins d’Outre-Atlantique pour répéter inlassablement la même leçon, avec des accents vaguement sociaux-démocrates.

Ce programme d’échanges de haut niveau a en outre profité à des gens aussi disparates que Jeannette Bougrab ou Najat Vallaud-Belkacem.

Le gouvernement profond et la Grande-Bretagne

Le programme des Young Leaders correspond bien à cette logique du gouvernement profond, qui consiste à s’appuyer sur des réseaux d’influence personnelle plutôt que sur des idées opposables ou des programmes démocratiquement débattus. Il y a le monde des idées, et le monde des affinités. Le gouvernement profond préfère le second au premier.

On notera donc avec amusement que la France et la Grande-Bretagne ont décidé d’acclimater un programme américain pour améliorer leurs relations bilatérales. Et on notera aussi avec amusement que François Hollande en est l’un des promoteurs actifs… après avoir lui-même profité du programme en 1981.

Telle est l’ironie de l’histoire: les chiens ne font pas des chats. Derrière les postures dénonçant le monde de la finance, qui lui ont permis d’être élu en 2012, François Hollande ne manque jamais une occasion de défendre une position atlantiste (en Syrie par exemple), et s’apprête à organiser une coopération durable d’influence entre la France et la Grande-Bretagne.

Au passage, il est intéressant de noter que ce programme prend forme au moment où la Grande-Bretagne menace d’un Brexit. Alors que nos voisins d’Outre-Manche ne ménage pas leurs critiques ni contre l’Europe ni contre la France, les gouvernements respectifs de deux Etats se disent qu’ils peuvent peut-être organiser leur coopération sur le long terme en créant un réseau d’amis…

La loi El-Khomri est-elle la goutte d’eau que la gauche conservatrice attendait?

La loi El-Khomri permettra-t-elle à la gauche conservatrice de cristalliser les mécontentements qu’elle tente d’agréger depuis longtemps et de remporter l’ultime victoire dont elle rêve depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir? La semaine qui vient donnera un éclairage crucial sur cette question qui traverse la majorité présidentielle depuis 2012.

La loi El-Khomri, repoussoir de la gauche étatiste

On s’amusera tout particulièrement, dans la foulée de la loi El-Khomri, à lire les réactions de la FSU, syndicat communiste bien connu de l’Education Nationale, entièrement dédié à la défense des avantages enseignants et qui ne comporte pas une seule adhésion d’un salarié du privé. La FSU est logiquement partie en guerre contre une réforme du code du travail qui ne la concerne pas, à laquelle elle ne comprend goutte, et pour laquelle elle n’a pas la moindre représentativité.

On lira en particulier avec hilarité ces propos de Bernadette Groison, secrétaire générale momifiée de la FSU:

« Nous, ce que nous dénonçons dans cette loi, c’est un recul des droits pour nombre des salariés, explique Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU : il y a la question des indemnités prud’homales, donc les critères de licenciements. Mais aussi un certain nombre d’articles sur la formation professionnelle, qui nous inquiètent particulièrement aussi à la FSU. »

C’est bien connu! les enseignants que représente la FSU sont tous menacés de prud’hommes, de licenciements, et de toutes ces choses inapplicables ou presque au statut des fonctionnaires! En ce sens, la FSU trouve auprès de FO, très représentée dans la fonction publique, et de la CGT, où les fédérations du public et des cheminots sont toutes puissantes, un soutien d’autant plus fort que l’impact de ces syndicats dans le secteur privé est faible.

Au contraire, les syndicats où les salariés du privé sont majoritaires (CFDT, CFTC, CGC) se situent sur une ligne réformiste. Cherchez l’erreur.

La loi El-Khomri est-elle une insulte à la gauche?

Pour expliquer cette mobilisation hors du commun, beaucoup ont argué de « l’insulte » que cette loi représenterait pour la gauche et pour ses valeurs. Une fois de plus, l’argumentation présentée par la gauche conservatrice ne relève pas du registre rationnel, ni de l’examen raisonné des faits, mais il se place dans le registre de l’émotion et du sentiment (on retrouve la même chose sur les migrants). Dans ce type d’argumentation bien connu, l’objet n’est pas de montrer que l’argumentation adverse n’est pas juste, il consiste à se placer dans le registre de l’offense, de l’offensive et, à rebours, de la défense et de la défensive.

Sur ce point, tous les arguments sont bons pour biaiser la présentation des faits et procéder par allusion, par assimilation, par approximation, et non par démonstration. Ainsi, beaucoup de pourfendeurs de la loi ont affirmé que ce qui était rendu possible par des accords majoritaires négociés au sein de chaque entreprise devenait une norme accessible à tous. Que, de fait, les petites entreprises soient sorties de cette comptabilité, que la signature des accords soit rendue très parcimonieuse par une règle de majorité à 50% et non à 30% n’est plus ici ni présenté ni réfléchi. Le seul fait de rendre possible une réalité, sous réserve de respecter la fameuse démocratie sociale, devient une attaque insupportable contre le progrès humain.

Et tant pis si, dans certaines entreprises, une majorité de salariés souhaite échapper à la règle légale. La démocratie sociale n’est acceptable que dans la mesure où elle va dans le sens qu’on lui prête. En revanche, qu’elle débouche sur des constats opposés aux croyances plus ou moins naïves de la gauche conservatrice, et elle devient alors un attrape-nigaud qu’il faut dénoncer.

La loi El-Khomri et le combat des jacobins

En réalité, la lutte qui se joue n’oppose pas les libéraux et les socialistes, mais bien les Jacobins et les Girondins.

D’un côté, de gauche comme de droite, on trouve le pêle-mêle de ceux qui croient à la loi et se méfient de toutes les diversions qui peuvent brouiller les pistes. Une loi qui propose de déroger à la loi par accord d’entreprise, et peut-être, à la limite, de branches, est forcément une mauvaise loi, une loi dangereuse, une loi scélérate qui risque de bouleverser un ordre social tenu par le gouvernement. La gauche conservatrice ne dit pas autre chose lorsqu’elle explique que l’art de la négociation en entreprise est d’abord un art de la subordination des salariés aux employeurs.

De l’autre côté, on trouve le pêle-mêle des « libéraux » girondins qui pensent qu’une infinité de normes définies au niveau local vaut mieux qu’une seule norme imposée au niveau national par le gouvernement ou le Parlement. Pourvu qu’il existe un minimum plancher pour tous, il revient à chacun, ensuite, de choisir ce qui est le mieux pour lui.

C’est ce combat-là auquel nous assistons, et la France donne, comme en 1789, le splendide spectacle d’un pays malade de ses lois, de ses normes, de ses réglementations, et qui leur accorde une importance quasi-fétichiste.

La loi El-Khomri, goutte d’eau du vase?

Reste à savoir qui remportera ce conflit qui n’est ni neuf ni surprenant. Il dure depuis des siècles et touche au plus profond du désarroi français.

Plus que jamais peut-être, son issue dépend du bon vouloir des acteurs qui en sont parties prenantes. Que Manuel Valls propose un texte final qui ne soit pas la copie conforme des souhaits exprimés par la CFDT et le front réformiste basculera du côté de la contestation. Il ne restera plus au Premier Ministre qu’à remballer sa marchandise dans la R16 et à chercher de nouveaux preneurs, dans une vie future.

Qu’au contraire il transige avec sa vision et ses principes, qu’au besoin il vide la loi de ses aspérités les plus gênantes pour passer en douceur, et le tour sera joué.

Plus la France est en crise, et plus son destin se joue sur un coup de dés. Les époques de déconstruction proclament toujours le retour en force des actions individuelles et le déclin de l’action collective, le triomphe du hasard et la défaite des prévisions. C’est bien à ce jeu-là que nous assistons: la gauche conservatrice veut la mort de Valls et de ses horribles projets, mais il suffira d’un coup de dés pour qu’elle triomphe ou qu’elle périsse.

Réfugiés: la France absente du débat européen

Les réfugiés seront au centre du sommet UE-Turquie qui doit se tenir ce lundi. Mais quelle sera la position défendue par la France dans ce dossier qui dynamite les uns après les autres les piliers de l’Union? Manifestement, l’exécutif français se préoccupe plus des problèmes intérieurs que des sujets européens, à moins qu’il ne soit dépassé par la situation.

Les réfugiés au coeur du sommet européen

L’essentiel du débat européen, lundi, portera sur l’intention ou non de la Turquie et de la Grèce de jouer aux garde-frontières de l’Union. Comme prévu, des centaines de milliers de réfugiés sont prêts, en 2016, à venir en Europe. Pour les pays situés sur le trajet de la Turquie à l’Allemagne, cette annonce prend des proportions dramatiques. La Grèce, au premier chef, la Macédoine, la Hongrie, l’Autriche, considèrent qu’elles ont fourni un effort maximal en 2015 et qu’elles ne peuvent plus recevoir de nouveaux venus.

Plus que jamais, la situation semble inextricable.

L’appel grec au secours face aux réfugiés

Comme les frontières se ferment les unes après les autres, la Grèce devient le Calais de l’Union. Pour le gouvernement grec, déjà sous l’eau du fait des mesures économiques imposées par ses partenaires européens, la situation est politiquement intenable. Comment expliquer aux Grecs qu’ils doivent se serrer la ceinture pour rembourser la dette nationale et faire un effort de plus pour accueillir des réfugiés dont leurs créanciers ne veulent pas?

Comme à son habitude, Tsipras s’est donc fendu d’un discours maladroit qui devrait ne pas convaincre les pays concernés:

« L’Europe est en crise de nerfs », a déclaré Tsipras qui s’exprimait lors d’une réunion du comité central de son parti, Syriza. « Est-ce qu’une Europe de la peur et du racisme va supplanter une Europe de la solidarité ? », s’est-il interrogé.

« L’Europe d’aujourd’hui est écrasée sous l’austérité et les frontières fermées. Elle laisse ses frontières ouvertes à l’austérité mais les ferme à ceux qui fuient la guerre », a poursuivi Tsipras.

« Des pays, l’Autriche en tête, veulent imposer la logique de l »Europe-forteresse’ (…) Nous ne montrons personne du doigt, mais nous sommes contre ceux qui succombent à la xénophobie et au racisme. »

L’Autriche ne veut plus de migrants

Tsipras fait ici clairement allusion à l’Autriche dont la position paraît en pointe dans le refus de voir des réfugiés arriver. La tension est même montée d’un cran entre l’Autriche et l’Allemagne sur cette question.

« L’Allemagne doit fournir un nombre de réfugiés qu’elle est prête à accepter en provenance de la région de Syrie et de Turquie. L’Allemagne doit enfin clarifier sa position sinon les réfugiés vont continuer à prendre la direction de l’Allemagne », déclaré Werner Faymann <le chancelier autrichien>.

« Si on reprend les critères autrichiens, l’Allemagne pourrait fixer ce quota à environ 400.000. Tant que l’Allemagne n’annonce pas cela, ce qui va se produire est évident. Les réfugiés vont continuer à croire qu’ils peuvent passer », a-t-il poursuivi. (…)

Werner Faymann estime que le sommet de lundi doit résoudre trois problèmes: améliorer la coopération avec la Turquie dans la lutte contre les passeurs clandestins et dans le retour des migrants refoulés, mettre fin à la libre circulation des réfugiés, s’accorder sur un système permettant aux Etats membres de l’UE d’accueillir les demandeurs d’asile avec l’aide du Haut commissariat de l’Onu au réfugiés.

Dans une autre interview également publiée dimanche, le ministre autrichien la Défense a déclaré que son pays ne prendrait aucune part au système des quotas visant à répartir les réfugiés entre les pays membres de l’UE parce qu’il a déjà suffisamment contribué dans la gestion de cette crise.

Au moins, on sait où vont les Autrichiens dans ce dossier.

La France absente du débat sur les réfugiés

Alors que l’Europe bouillonne sur la question des migrants, la France reste extraordinairement silencieuse, comme si elle était simple spectatrice et totalement suiveuse de l’Allemagne, où Angela Merkel a dénoncé ce week-end les positions hostiles de l’AFD.

On cherche vainement trace d’une position française sur le sujet. Notre brillant ministre des Affaires Étrangères Jean-Marc Ayrault semble beaucoup plus occupé par le dossier ukrainien ou le dossier syrien que par la question des réfugiés. Voilà ce qui s’appelle avoir le sens des priorités!

Quant au secrétariat général aux affaires européennes, il a publié une prise de position sur le sujet (une interview de Bernard Cazeneuve, diplomate bien connu) le 25 février, dont le contenu était:

Je pense que ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est appliquer les décisions que nous avons déjà prises. C’est-à-dire aider les Grecs à mettre les hotspots, c’est ce que nous faisons avec l’Allemagne ; continuer à discuter avec la Turquie pour tarir le flux, parce que si le flux s’amplifie nous aurons une difficulté à gérer la situation humanitaire en Europe et nous mettrons les migrants en difficulté. Ce que nous devons faire c’est appliquer le processus de relocalisation et de réinstallation tel qu’il a été décidé ; ce que nous devons faire c’est lutter de façon déterminée contre les filières de l’immigration irrégulière et les passeurs qui sont de véritables acteurs de la traite des êtres humains ; ce que nous devons faire c’est lutter contre les faux documents parce que Daesh a récupéré des milliers de passeports vierges en Irak et en Syrie, et que nous devons assurer la sécurité de l’accueil des migrants en Europe.

Bref, conforme à sa tradition maintenant bien ancrée, la France de Hollande fore droit quoiqu’il arrive.

Combien de réfugiés pour la France?

Comme je l’ai indiqué récemment, la France, au titre de sa logique de relocalisation, devrait désormais accueillir de nombreux réfugiés, même si ceux-ci ne veulent pas venir. Alors que la Grande-Bretagne ferme ses frontières, que l’Allemagne devrait réduire son effort (probablement à 400.000 accueils en 2016), la France, au nom du sauvetage de Schengen, devra mettre la main à la pâte.

Petit problème: cet accueil ne suscite l’enthousiasme de personne. Près de 3 Français sur 5 sont hostiles à une venue massive de migrants en France.

Pour François Hollande, le dossier des migrants risque de se révéler très très acrobatique.

Aimer la France, est-ce être colonialiste?

Pour agrémenter votre week-end, je vous livre ici un ARTICLE lu sur le blog du député socialiste Michel Destot, qui en dit long sur la fracture idéologique en france aujourd’hui.

« J’ai pu participer à un intéressant échange avec Benjamin Stora, membre de l’Académie française et Président du comité d’orientation du Musée national de l’histoire de l’immigration, sur la permanence d’une mémoire coloniale dans la France d’aujourd’hui. Voici les grandes lignes de son exposé :

Le nationalisme français est né par réaction de la fin de l’empire.
De Gaulle a maintenu un sentiment national après 1962 par ses grands discours dans le monde au Cambodge, au Canada, en Amérique du Sud,…
Aujourd’hui, dans le registre de la grandeur, on retrouve cette nostalgie de l’empire et la non-acceptation d’une France moins en vue et qui doit compter avec d’autres pays qui ont émergé sur la scène internationale. Cette grandeur perdue est née pour les nationalistes de la décolonisation. Elle se polarise sur l’immigration, notamment maghrébine.
Il faut aussi regarder de l’autre côté. L’Algérie a sur valorisé l’indépendance sur une base nationaliste qui est rejetée par les nouvelles générations qui assimilent cette attitude au pouvoir politique qui s’accroche depuis la guerre d’Algérie.

Aujourd’hui, nous en sommes à la troisième génération depuis la guerre d’Algérie et nous sommes très en retard sur le travail de mémoire, politique mais aussi universitaire. Par exemple, la guerre d’Algérie sous De Gaulle a été terrible car il voulait négocier avec un FLN à genoux, dans un contexte de nationalisme arabe et de non-alignement. Entre 1962 et 1970, l’Algérie était devenue la mosquée des révolutionnaires et des tiers-mondistes. Les conseillers français étaient à côté de la plaque en préconisant une politique d’industrie lourde dans un pays massivement agricole. Mais on n’a pas tiré tous les enseignements de cette période…

On assume l’histoire par la fin (les harkis, les pieds-noirs,…) mais jamais sur les causes de la colonisation et de la conquête, ce qui rend les choses incompréhensibles. Tout en reconnaissant que c’est difficile car c’est une page controversée de l’histoire de notre République.
Par ailleurs, tous les pays arabes, sans exception, ont fait de l’islam une religion d’Etat, suite à des batailles continues contre toutes les formations politiques ou féministes laïques. Partout, on a assisté à un écrasement des mouvements démocratiques, féministes au nom de la lutte contre l’islamisme. L’islam n’est pas homogène, c’est un combat historique qui demande à être connu. »