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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Retraite par répartition et discrimination

Je reproduis ici un ARTICLE publié sur le site du « Mouvement des libérés » qui m’est signalé par le bon docteur boullenois, fondateur de l’aps.

Le 14 mars 1941, « aux heures les plus sombres de notre histoire », selon la formule consacrée, était édictée une loi « relative à l’allocation aux vieux travailleurs salariés » , par laquelle :

« Nous, Maréchal de France, chef de l’Etat français,

Le conseil des ministres entendu,

Décrétons :

Article 9

  • 1er – Les retraites et pensions de vieillesse des assurances sociales sont constituées sous le régime de la répartition. »

Le but de cette loi inique était de spolier du jour au lendemain des millions de Français de l’épargne qu’ils avaient patiemment constituée dans des fonds de pension depuis des décennies.

Non content d’avoir, pendant plus de 70 ans et au travers de deux républiques, entériné cette loi vichyste et élargi son champ d’application à d’autres catégories professionnelles, le pouvoir législatif crut bon, par une nouvelle loi du 20 janvier 2014 de « réaffirmer solennellement le choix de la retraite par répartition ». Estimons-nous heureux que la représentation nationale n’ait pas « réaffirmé solennellement » d’autres « acquis sociaux » de la même époque, comme la loi portant statut des Juifs signée par le même ministre René Belin…

Mais intéressons-nous au détail de cet article L111-2-1 du Code de la sécurité sociale dans sa rédaction issue de la loi du 20 janvier 2014.

Outre le fait de « réaffirmer solennellement » son attachement à un « acquis social » du régime de Vichy par ailleurs tenu pour le Mal absolu, outre le très étonnant besoin de « réaffirmer solennellement » un système de retraite entré dans les faits depuis plus de 70 ans, il y a un autre point qui ne manque pas de surprendre dans cet article, c’est l’objectif assigné à quatre reprises ( !) à ce système de retraite par répartition : celui d’assurer une équité entre les générations.

  • « …le choix de la retraite par répartition au cœur du pacte social qui unit les générations»
  • « Les assurés bénéficient d’un traitement équitable au regard de la durée de la retraite comme du montant de leur pension, quels que soient … la génération à laquelle ils appartiennent. »
  • « La Nation assigne également au système de retraite par répartition un objectif de solidarité entre les générations… »
  • « La pérennité financière du système de retraite par répartition est assurée par des contributions réparties équitablement entre les générations … »

Equité entre générations, au regard donc à la fois des cotisations (des « contributions ») et des prestations (durée de retraite et montant de pension).

Or, comme nous allons le voir, cet objectif d’équité entre générations n’a jamais été assuré effectivement pendant les 75 ans d’histoire de ce régime par répartition, tout simplement parce que c’est le principe même de la répartition qui est incompatible avec une telle équité.

D’après les chiffres officiels du Conseil d’orientation des retraites (Évolutions et perspectives des retraites en France Rapport annuel du COR — Juin 2015 ), l’évolution des taux de remplacement est la suivante :

  • pour un cas type de salarié du privé non-cadre à carrière complète et sans interruption, le taux de remplacement net à la liquidation passe de 80% pour la génération 1940 à 72% pour la génération 1963, et sera comprise entre 63 et 72% pour la génération 1990 suivant les scénarios retenus.
  • Pour le même cas-type, le taux de remplacement net moyen sur le cycle de vie passe de 77% pour la génération 1940 à 73% pour la génération 1955 et sera compris entre 55 et 70% pour la génération 1990 suivant les scénarios retenus.

Toujours d’après les chiffres du COR et concernant cette fois les indépendants (http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-150.pdf) :

  • pour un exploitant agricole avec un revenu net fiscal de 0,9 SMIC, le taux de remplacement passe de 58% en 2000 à 39% en 2040
  • pour les médecins, le taux de remplacement passe de 54,8% en 2000 à 35,6% en 2040.

Dans toutes les catégories socio-professionnelles, et malgré les augmentations de taux de cotisations passées et prévues, les taux de remplacements diminuent fortement au fil des générations (à la notable exception près des fonctionnaires bénéficiant d’un taux de remplacement remarquablement constant).

A vrai dire, ces chiffres ne font que confirmer une évidence mathématique, à savoir que les taux de remplacement (de même que les taux de cotisations et les durées de retraite) ne peuvent respecter une équité entre générations dès lors que le ratio entre actifs et retraités n’est pas fixe et évolue au fil des générations.

Que dire d’une loi qui affirme dans le même article deux principes contradictoires et incompatibles entre eux, celui de la retraite par répartition et celui de l’équité entre générations, sinon qu’elle bafoue le principe constitutionnel de clarté, d’intelligibilité et de non-contradiction de la loi ?

Plus grave, cette inégalité de traitement entre générations, inhérente au principe même de retraite par répartition, constitue une discrimination liée à l’âge, non justifiée par un motif légitime (puisque le motif légitime affiché dans le même article est justement celui de l’équité entre générations).

Cette discrimination liée à l’âge est contraire :

  • au principe d’égalité reconnu par la Constitution et découlant des articles 1 et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
  • à l’article 14 et au protocole n° 12 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (interdiction de discrimination)
  • à la Directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail transposée par la Loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d’adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations.

Deux points de procédure sont intéressants à souligner :

  • Premièrement, que le juge national chargé d’appliquer les dispositions du droit de l’Union a l’obligation d’en assurer le plein effet en laissant au besoin inappliquée, de sa propre autorité, toute disposition contraire ; que s’il se déclarait néanmoins incompétent, il lui appartient de saisir lui-même la Cour de justice de l’Union européenne à titre préjudiciel.
  • Deuxièmement, concernant la charge de la preuve en matière de discrimination, qu’il incombe à la partie défenderesse de prouver qu’il n’y a pas eu violation du principe de l’égalité de traitement.

Erdogan: comment l’Europe se vend au salafisme

Erdogan, le président turc islamiste, a franchi un nouveau pas dans le totalitarisme, en ordonnant l’expropriation manu militari du journal d’opposition Zaman. Après l’ouverture d’instructions judiciaires contre les journalistes de Cumhuriyet, cette décision confirme le dangereux dérapage autoritaire du gouvernement turc, devant lequel l’Union Européenne se prosterne de façon hallucinante.

Erdogan, l’ennemi de la démocratie

Depuis plusieurs mois, la soumission de l’Europe à Erdogan est accablante, et le despote turc n’a désormais plus aucune raison de retenir ses impulsions dictatoriales.

L’été dernier, déjà, Erdogan avait probablement utilisé Daesh pour organiser un attentat contre l’opposition kurde en passe de le priver de sa réélection. La mise sous tension de l’opinion turque quelques jours avant le scrutin lui avait permis de gagner et de préparer sa prise de contrôle sur le pays.

Dans la foulée, les assassinats politiques et l’intimidation face à la presse ont donné le ton de ses intentions: la Turquie doit devenir un Etat islamiste, mettant ainsi un terme à un siècle de révolution laïque.

L’expropriation de Zaman constitue une étape supplémentaire. Le journal est contrôlé par l’imam Güllen, qui dispose d’une assise financière suffisante pour défier le pouvoir d’Erdogan. Son éviction, qui constitue une hallucinante voie de fait, réduit encore le périmètre des libertés en Turquie.

Erdogan, le chouchou de l’Union Européenne

On comparera de façon instructive cette information sur la violation de la liberté de la presse, avec le titre d’une dépêche publiée hier:

Bruxelles cherche à sauver Schengen et cajole la Turquie

Pendant qu’Erdogan envoie sa police occuper les journaux d’opposition, l’Union Européenne lui fait les yeux doux et lui débloque des fonds. Cette soumission est d’autant plus hallucinante qu’Erdogan ne ménage pas ses partenaires européens.

La politique étrangère européenne, fondée sur un affaiblissement du régime syrien en s’appuyant sur les Turcs touche ici au paradoxe. Officiellement, nous luttons contre le tyran Assad, mais nous y parvenons en soutenant le tyran Erdogan.

Rappelons ici qu’Assad a eu l’inconvénient de ne pas obéir aux Etats-Unis, mais d’être laïque, alors qu’Erdogan soutient les Américains, mais instaure un régime islamiste.

Erdogan massacre ses Kurdes en tout quiétude

La soumission de la communauté internationale à Erdogan a un avantage majeur: elle lui permet de massacrer au calme ses populations kurdes insoumises. Alors que l’Europe n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les bombardements de populations civiles par le régime syrien, elle occulte totalement le sort des Kurdes sous la botte d’Erdogan. Deux poids, deux mesures.

Dans les villes kurdes du sud de la Turquie, l’affrontement militaire est bien pire que ce que nous imaginons:

Manifestement, peu d’Européens semblent émus par cette situation, et certainement pas Angela Merkel, la généreuse bienfaitrice des réfugiés, qui reste sourde au sort de ces pauvres Kurdes.

Erdogan bien décidé à utiliser l’arme des migrants contre l’Europe

Dans le même temps, Erdogan compte bien, comme en 2015, continuer son oeuvre de déstabilisation de l’Europe en y déversant des flots de réfugiés pilotés par des mafias dont la police turque se nourrit allègrement.

Il refuse consciencieusement toute solution permettant de limiter les flux de réfugiés, tout en exigeant des sommes colossales de l’Union Européenne. Comme prévu, 2016 devrait donner lieu à des arrivées massives de réfugiés en Europe.

Dans le même temps, il devrait obtenir l’entrée des citoyens turcs sans visa dans l’Union. Ce petit coup de pouce au reluisant allié turc permettra d’accélérer la venue d’immigrés économiques sur le territoire de l’Union.

A quel jeu l’Europe joue-t-elle en Turquie?

Tous ces faits consternants interrogent sur le sens de la politique européenne. Pourquoi faire la guerre aux Etats laïcs du Moyen-Orient tout en soutenant les régimes islamistes qui font tout pour nous déstabiliser?

La question est sans réponse claire aujourd’hui.

Migrants: mon débat sur LCP

Comme je l’indiquais avant-hier, j’ai eu l’occasion de débattre notamment avec Esther Benbassa sur la question du démantèlement de la jungle de Calais.

J’en profite pour redire une position qui me semble essentielle dans le débat démocratique: la politique migratoire fait partie des politiques publiques. Il est vital pour la démocratie et pour les Droits de l’Homme que toute politique publique, y compris la politique migratoire, puisse être débattue et évaluée librement.

Il est hallucinant de voir que le débat démocratique est aujourd’hui étouffé par une sorte de police politique qui ne dit pas son nom et qui interdit toute rationalité sur un sujet devenu central dans les esprits. Une bien pensance totalitaire voudrait aujourd’hui réduire tout débat sur les migrations à un manichéisme émotionnel: soit on est gentil, humaniste, etc. et on décide selon l’émotion du moment. Soit on propose une réflexion politique à la place de l’émotion, et on est fasciste.

Cette dictature de la bien-pensance est un scandale!

Migrants: consensus européen pour continuer

Derrière les postures des uns et des autres sur la crise des migrants, se dégage un consensus européen pour continuer comme si de rien n’était.

Les migrants oubliés du sommet franco-britannique

A Amiens, les gouvernements français et britannique se sont mis d’accord pour ne toucher à rien. En dehors du déblocage de 22 millions d’euros par la Grande-Bretagne pour sécuriser la zone de Calais, on en reste aux accords du Touquet qui prévoient que la France assume les fonctions de garde-chiourme du Royaume-Uni.

On notera toutefois cette injonction extravagante à l’issue du sommet:

Soutenir une mise en œuvre plus déterminée de la réponse européenne pour contenir les flux et retrouver le contrôle des frontières extérieures, grâce notamment à une aide au déploiement et au fonctionnement efficace des centres d’accueil et d’enregistrement des migrants, en Grèce et en Italie ; à l’entière mise en œuvre du Plan d’action UE/Turquie afin de lutter contre les flux irréguliers ; à l’accélération de l’examen de la proposition de garde-frontières et garde-côtes européens, afin de rendre le nouveau système opérationnel d’ici l’été prochain ;

On reviendra plus loin sur la mise en oeuvre du plan d’action UE-Turquie. Il est en tout cas amusant de constater que la France et l’Angleterre sont tout à fait d’accord pour demander aux Grecs, aux Italiens, aux Turcs, de faire un effort là où nous n’en faisons pas. Bel esprit européen!

Les migrants victimes du sommet franco-britannique

Dans le même temps, le sommet franco-britannique a permis de confirmer la politique étrangère des deux pays dont la crise des migrants est la conséquence directe:

La France et le Royaume-Uni :

Demandent à toutes les parties qui commettent des violations du droit international humanitaire, y compris la Russie et le régime syrien, de mettre fin immédiatement aux attaques contre les groupes de l’opposition modérée ; de cesser toute attaque contre des civils et en particulier contre les installations médicales et leur personnel ; de cesser leur marche vers Alep, qui compromet les perspectives de paix, menace d’aggraver de manière dramatique la crise des réfugiés et de profiter à Daech ; (…)

Réaffirment leur soutien à l’opposition syrienne et se félicitent de son attachement à un règlement politique au moyen d’une véritable négociation, tel qu’indiqué par le Haut-comité de négociation, notamment lors de sa réunion tenue à Riyad du 9 au 11 décembre 2015.

On notera au passage que le même désastre se prépare en Libye. Cette fois, c’est l’Italie qui sera submergée par les centaines de milliers de migrants qui débarqueront à Lampedusa.

Les migrants, ces bombes humaines lancées par Erdogan

Si l’Angleterre et la France se préoccupent beaucoup de l’opposition syrienne, le silence prévaut en revanche sur le sort des populations kurdes bombardées et affamées par Erdogan. Deux poids deux mesures bien étranges.

Il est en effet évident qu’Erdogan utilise les migrants comme autant de bombes humaines destinées à déstabiliser l’Europe. L’affaire des missions militaires de l’OTAN (dont la Turquie est membre) pour juguler les flux qui passent de la Turquie en Grèce en constitue la plus parfaite illustration.

Le mandat définitif de la mission a, en tout cas, été fixé la semaine dernière mais la Turquie a continué à manifester une série de réticences. Parmi les points d’accroche : le rayon d’action envisagé pour la flottille, la réadmission des réfugiés qui seraient récupérés en mer après avoir quitté son territoire ou le rôle de la marine grecque. Si Athènes a autorisé l’OTAN à accéder à l’ensemble de ses eaux territoriales, Ankara refusait le principe d’un accord global.

Autrement dit, la Turquie n’a absolument pas envie que cesse le flux de réfugiés qui est en train de couler sa vieille ennemie la Grèce, et qui provoque une implosion de l’Europe.

Curieusement, les Etats-Unis, qui dirigent l’OTAN et la verrouillent, n’ont pas encore tapé du poing sur la table pour que la Turquie, membre de l’Alliance, se plie aux décisions communes. L’Allemagne négocie avec Erdogan et la France continue sa guerre contre Bachar El-Assad.

Bref, 2016 sera l’année de la crise des migrants et de son internationalisation.

Les start-up, dindons de la farce El-Khomri

Les start-up seront les premières victimes des modifications demandées dans le texte de la loi El-Khomri par les organisations syndicales. On retrouve bien là le combat en passe de devenir épique mené par les forces de la vieille France contre l’entrée de notre pays dans le vingt-et-unième siècle.

Les start-up et les accords d’entreprise

Majoritairement, les start-up sont des très petites entreprises et n’ont pas la taille critique pour mettre en place des institutions représentatives du personnel capables de négocier des accords d’entreprise. La loi El-Khomri réussissait donc l’exploit de ne pas les concerner ou presque: les dérogations à un code du travail ubuesques prévues par le texte gouvernemental passent par des accords d’entreprise…

Deux ou trois mesures toutefois étaient susceptibles d’intéresser les start-up: la définition du licenciement économique, le plafonnement des indemnités prudhommales et la possibilité de passer unilatéralement au forfait-jour un cadre recruté aux 35 heures. Ces trois mesures devraient disparaître à la demande des syndicats « réformistes », selon un terme extrêmement malheureux.

Les start-up et le licenciement économique

Pour beaucoup de start-up, la réorganisation interne peut se révéler complexe à mener, surtout lorsque l’entreprise a besoin, pour assurer son développement sans épuiser sa trésorerie, de réorienter ses recrutements. En l’état des textes, le recours au licenciement économique est ardu car très incertain. Comment, par exemple, expliquer qu’on licencie un salarié peu performant sur un marché qui ne se développe pas, pour pouvoir recruter un salarié plus performant sur un nouveau marché qui se développe, mais sur des profils très différents?

Une meilleure définition pouvait (imparfaitement d’ailleurs) sécuriser un licenciement économique pratiqué dans ce cadre. Cette précision-là devrait disparaître dans le texte futur et rendre à nouveau très précaire la solution du licenciement économique dans ces cas de figure.

Les start-up et les indemnités prudhommales

Je n’ai jamais été partisan du plafonnement des indemnités prudhommales, que je considère être une mesure illibérale. Toutefois, pour les start-up, la décision de licencier un salarié est difficile à prendre face au risque de voir les prudhommes coller, deux ans plus tard, une indemnité qui se révèlera un défi économique pour l’entreprise. Beaucoup de start-up peuvent donc être conduites à conserver des salariés improductifs qui plombent la compétitivité de l’entreprise par crainte de payer cher une décision mal prise.

Si le plafonnement des indemnités avait un aspect positif, il se situait là.

Là encore, la mesure a du plomb dans l’aile.

Les start-up et le forfait-jour

Certaines start-up ont l’imprudence de recruter leurs cadres aux 35 heures et non au forfait-jour. J’imagine d’ici la tête du dirigeant quand son cadre lui explique qu’il quitte le travail à 17 heures quoiqu’il arrive même si le client crucial pour l’entreprise attend impatiemment sa livraison. Bien sûr, que, ces jours-là, le chef d’entreprise bouillonne et mange son chapeau. La survie de l’entreprise est en jeu, mais s’il la ramène, son cadre est dès le lendemain matin dans les bureaux de la médecine du travail pour se plaindre du stress subi dans l’entreprise.

La seule bonne mesure pour la prospérité de l’économie française tenait donc, dans la loi El-Khomri, à la faculté laissée unilatéralement au chef d’entreprise, de faire passer son cadre au forfait-jour.

Là encore, cette mesure devrait disparaître.

La CFDT déteste les start-up

On regrettera bien évidemment que l’attaque syndicale contre la loi El-Khomri porte moins contre les intérêts capitalistiques des grandes entreprises rentières en France, et soit aussi destructrice pour les entreprises innovantes. C’est la France du job low-cost et de la laborieuse reproduction de l’ancien qui est à la manoeuvre, pour torpiller ce qui peut faire sens à l’avenir.

Il faudra bien qu’on nous explique quand même un jour pourquoi la CFDT déteste autant le progrès. Le qualificatif de « réformiste » qui lui est accolé sonne tellement faux.

A titre d’exemple, la CFDT se bat pour le renforcement du rôle de la branche lorsque les entreprises n’ont pas d’institution représentative du personnel. Mais il n’existe pas de branche des start-up. Celles-ci sont fondues dans la « branche Syntec », pilotées par les vieux cabinets de conseils à qui elles font souvent concurrence. Autant dire que le gouvernement et la CFDT préparent la mise sous contrôle des start-up par leurs rivales de l’ancienne économie.

 

L’INSEE est-elle une officine du Front National?

L’INSEE est-elle une officine du Front National? C’est à peu près ce que j’ai entendu hier dans la bouche de la sénatrice écolo Esther Benbassa, lors du débat auquel je participais sur La Chaîne Parlementaire, dans le cadre de l’excellente émission Ça vous regarde. Le débat portait sur le démantèlement de la « jungle » de Calais et, comme il se doit puisque j’y jouais le rôle du dissident contradicteur, j’ai entendu Benbassa, universitaire et sénatrice bobo, franchir de nombreux points Godwin et m’expliquer que mon point de vue était forcément d’extrême droite.

Ces assertions m’étonnent toujours de la part de gens qui revêtent le drapé de la légitimité académique et qui, dans leur argumentation, expriment une haine viscérale pour l’examen rationnel de la réalité. Il me semblait donc utile de signaler quelques publications de l’INSEE (réputées proches de l’extrême droite pour les besoins de la démonstration bobo) qui me paraissent justifier deux ou trois questions sur le sujet des migrations.

L’INSEE et l’immigration en Ile-de-France

Dans une étude menée en 2012 sur l’Ile-de-France, l’INSEE publie ce tableau fascinant:

INSEE

Officiellement, donc, il est acquis que près d’un francilien sur deux est soit immigré, soit descendant d’immigré, alors que ce chiffre tombe à moins d’un habitant sur cinq sur le reste du territoire. Autrement dit, la moitié des franciliens a des racines étrangères immédiates. Cette statistique n’incluent pas la troisième génération d’immigrés, sans quoi il serait évident que les Franciliens présents en France depuis au moins trois générations sont minoritaires.

Personnellement, je ne tire pas de conclusion particulière de cette étude. En revanche, il est factuellement vrai de dire que, dans certains régions françaises, les populations allogènes sont en passe de devenir majoritaires.

L’INSEE et l’immigration en Seine-Saint-Denis

Une autre étude de l’INSEE, toujours tirée de l’enquête de 2011 sur les migrations, souligne qu’en Seine-Saint-Denis, une naissance sur deux est celle d’un enfant dont la mère est née à l’étranger. Pour l’essentiel, ces mères sont africaines. Là encore, je n’en tire aucune leçon particulière, mais il est exact de dire que, dans ce département, la population française devient, en termes de flux, minoritaire.

Tout l’enjeu de la société française contemporaine est de savoir si ce sujet a le droit d’être évoqué ou non. Les propos d’une Esther Benbassa rejoignent l’obscurantisme de gauche selon lequel on a le droit de discuter de tout, sauf d’un certain nombre de sujets déclarés tabous, poujadistes, populistes, et autres noms barbares qui sont autant de stigmatisation sans argumentation. Ma conviction intime est que le tabou nourrit l’extrémisme, et qu’Esther Benbassa est aujourd’hui la meilleure alliée du Front National.

L’INED et la fécondité des immigrés

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de livrer ces chiffres produits par l’Institut National des Etudes Démographiques (INED), dont le texte est confondant:

Une naissance sur six en France est de mère immigrée, alors que seulement un habitant sur douze est immigré – il est né hors de France sans avoir la nationalité française à sa naissance, et vit en France depuis plus d’un an. Si les immigrés contribuent plus fortement à la natalité que les natifs, cela vient de ce qu’ils ont plus fréquemment l’âge d’être parent et que leur fécondité est un peu plus élevée que le reste de la population – ils ont un demi-enfant par femme en plus en moyenne.
Cet écart de fécondité ne pèse guère dans la moyenne nationale : la fécondité de la France métropolitaine, qui était de 2,00 enfant en moyenne par femme en 2010, serait de près de 1,9 sans les immigrées.

On admire la capacité de l’INED à expliquer que l’immigration n’a pas de poids particulier dans la fécondité en France, alors qu’une naissance sur six (c’est-à-dire pas loin de 20%) est de mère immigrée. Répétons-le, ce chiffre n’inclut pas les immigrés de seconde génération.

Là encore, chacun en tire les conclusions qu’il veut, mais la lecture de l’INED selon laquelle la fécondité des femmes immigrées n’a pas d’impact sur la fécondité en France relève de la pure idéologie négationniste.

Apple, l’entreprise déceptive par excellence

Eric Ciotti a absurdement proposé l’interdiction de la vente de l’Iphone d’Apple en France (on notera qu’il ne propose pas l’interdiction de la Kalachnikov, bien plus meurtrière) après l’opération de communication de l’entreprise, aux Etats-Unis, qui fait croire qu’elle résiste farouchement aux tentatives d’immixtion du gouvernement américain dans ses données. En réalité, ce n’est pas la protection excessive des données collectées par Apple qui pose problème, mais bien l’abus potentiel de position dominante qui, tôt ou tard, mettra l’Europe en difficulté.

Apple et la protection des données

Tout le monde a bien noté que l’activisme d’Apple sur la protection de ses cryptages tombe au moment où l’Union Européenne entame un bras de fer avec les Etats-Unis sur le sujet. Tout l’enjeu est de constituer un « safe harbour« , un port franc, pour les données personnelles collectées par les fabricants et opérateurs numériques. L’Europe et ses bonnes (et irremplaçables) libertés pensent que les Américains ont trop confondu les rôles de la NSA et des opérateurs. Les Etats-Unis tentent de les persuader du contraire. Apple apporte sa pierre à l’édifice: c’est bien légitime.

De ce point de vue, la proposition d’Eric Ciotti consistant à boycotter Apple en rétorsion contre la protection que l’entreprise américaine offre au secret de la vie privée ne tient même pas de l’éloge débile du totalitarisme. C’est, plus basiquement, un crime contre l’intelligence humaine que l’élu provençal commet avec un sourire affligeant aux lèvres.

Apple et l’espérance de la rente

Le sujet tient au contraire au hold-up qu’Apple entreprend sur les données qu’il collecte. Le système Apple, dont je suis un utilisateur avoué, fonctionne sur un modèle simple: on vous vend une voiture chère, fiable, avec des prestations de luxe, mais on vous interdit d’ouvrir le capot. En cas de problème, vous devez vous rendre chez un concessionnaire agréé.

Pour les béotiens en informatique comme moi, ce système a un intérêt: il permet de commencer à travailler avec son ordinateur dès l’achat, en ouvrant la boîte de l’ordinateur et en appuyant sur le bouton « on ». Il suppose en revanche que, pour le prix (et c’est le secret d’Apple), la prestation rendue soit impeccable: que la voiture roule bien, et que le concessionnaire soit disponible et efficace en cas d’accident.

Dans l’esprit d’Apple, le modèle est différent, de même que l’intention: le pari consiste à se dire qu’une fois le client « emmené » dans l’univers Apple, l’entreprise pourra lui facturer régulièrement de nouveaux services, jusqu’à devenir une addiction. C’est le système Disney: non seulement le prix d’entrée est cher, mais tout le parcours du client dans le parc permet de facturer une multitude de services. Si le client décide de quitter le parc, il ne peut plus revenir sans payer une nouvelle fois.

Une façon plus simple de présenter ce business-model est de dire qu’il y a, chez Apple, une espérance de la rente: le produit Apple est une toile d’araignée où, une fois pris, le client est obligé de payer pour continuer son parcours, ou pour en sortir.

Pourquoi Apple est une entreprise déceptive

Comme tout rentier, Apple succombe, ou succombera, à la tentation de diminuer ses services et d’augmenter ses prix pour accroître ses marges et son train de vie au détriment du consommateur.

J’en veux pour preuve l’exemple anecdotique, mais si illustratif, de mon passage à l’Apple Store Opéra, à Paris, ce matin.

Mon Iphone 5 a des problèmes techniques mineurs, mais agaçants. En gros, il interrompt automatiquement une communication téléphonique sur 50. Je me suis donc rendu place de l’Opéra pour expliquer que ces petits caprices sont agaçants. Résultat: je suis ressorti du magasin avec le même problème.

Entretemps, j’ai vu comment un rentier pouvait dégrader son service: l’accueil du public dans ce magasin à l’américaine est opéré selon les standards français. Entre 11h, moment de mon arrivée, et 12h, moment de ma sortie bredouille, j’ai dû expliquer à 4 personnes différentes comment je m’appelais, le problème que j’avais, l’importance professionnelle du problème pour moi.

Finalement, un vendeur m’a demandé d’ouvrir au milieu d’une foule extravagante et désoeuvrée de clients qui, comme moi, constataient la lenteur et l’amateurisme du service, mon ordinateur professionnel pour qu’il puisse effectuer publiquement des transferts de données, alors que j’avais un rendez-vous qui suivait.

Bref, un service prêt-à-porter pour des tarifs haute couture.

Voilà qui sent le bouillon boursier dans les 5 ans à venir.

Loi El-Khomri: l’énigme des relations avec les syndicats

Dans l’accélération du temps politique produite par la loi El-Khomri, une énigme suscitera à l’avenir de longs commentaires: par quelle bizarrerie de comportement un texte aussi explosif a-t-il pu être préparé sans concertation avec les organisations syndicales? Compte tenu des ambitions du texte, l’idée que le Conseil des Ministres ait pu être saisi du texte sans une consultation formelle et organisée des syndicats laisse perplexe sur la prise de responsabilité au sein de l’exécutif. Cette perplexité est d’autant plus forte que la remise du rapport Badinter avait donné lieu à une communication rassurante sur le fait que la loi ne changerait pas le droit existant.

La loi El-Khomri et un Président coupé des réalités

Dès son arrivée à l’Elysée, François Hollande a donné à ses soutiens historiques le sentiment de vouloir se protéger de la réalité en constituant une équipe de « technos », et notamment d’énarques, assez peu expérimentés mais sûrs d’eux-mêmes et dominateurs. C’est une tare du pouvoir en France, et singulièrement des gouvernements socialistes, de procéder ainsi, par la constitution d’une Cour aristocratique qui se glisse entre le souverain et son bon peuple.

Avant Hollande, Jospin était tombé pour la même raison, en obéissant au même vice: ne plus voir la réalité qu’à travers le prisme d’une noblesse de robe peu au fait de la réalité. Ce vice semble pourrir Hollande par la racine: en dehors des dîners improvisés chez des journalistes subventionnés, le président est coupé de son peuple et ne connaît plus grand chose de la vraie vie des Français.

L’apparente légèreté avec laquelle l’exercice El-Khomri a été abordée en constitue la conséquence vraisemblable.

La loi El-Khomri et un Premier Ministre autoritaire

La faute de François Hollande a probablement consisté à déléguer à outrance la préparation et le pilotage de ce texte à Matignon. Manuel Valls a-t-il transformé Myriam El-Khomri en simple télégraphiste ? La ministre a-t-elle été dépouillée de toute marge de manoeuvre dans la conduite d’une opération qui se transforme pour elle en chemin de croix politique? Son conseiller politique démissionnaire sur ce dossier le soutient. La réalité est probablement plus nuancée, et une grande partie du texte semble avoir été rédigée aussi par la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle.

Une chose est sûre, malgré tout: Manuel Valls n’est pas un familier des questions sociales. Son style bonapartiste, ses idées très jacobines-libérales, ne cadrent pas spontanément (c’est le moins qu’on puisse dire) avec les habitudes du paritarisme. En l’espèce, l’idée d’appliquer la loi Larcher, c’est-à-dire de demander aux partenaires sociaux une « délibération sociale » sur ce projet de loi, ne paraît pas l’avoir effleuré.

La loi El-Khomri et la grande peur présidentielle

Entre un Président trop loin de ses dossiers sensibles, et un Premier Ministre trop éloigné des réalités sociales, le projet de loi El-Khomri facialement porté par une ministre ignorante des relations sociales était bien mal embouché. Assez rapidement, l’entourage CFDT de François Hollande, maladroitement tenu à l’écart de Matignon par un cabinet qui ne comprend rien à la réalité syndicale française, a actionné toutes les manettes nécessaires pour arrêter un train devenu fou. Il n’est toutefois pas sûr qu’il y arrive.

Un des leviers majeurs sur les décisions de François Hollande tient à la Grande Peur quinquennale de la grève générale, du dérapage social incontrôlé, ce que la gauche mélenchonienne appelle le « mouvement social ». La perspective que, comme en 68 ou en 36, les Français « débraient » et se rebellent de façon spontanée contre l’ordre social fait partie des grandes angoisses qui hantent les nuits du gouvernement depuis de nombreuses années, et tout particulièrement celles de François Hollande.

On ne le dit pas assez, mais, de droite comme de gauche, le pouvoir exécutif est traversé par les mêmes angoisses shakespeariennes. Le spectre d’un peuple français entrant en rébellion a déterminé bien des revirements élyséens, que ce soit sous Sarkozy ou sous Hollande, et même probablement plus sous Hollande. Alors que Sarkozy tenait assez virilement les syndicats en respect, Hollande a cru, parce qu’il est de gauche, être aimé d’eux sans contrepartie. L’histoire lui montre qu’un patron de gauche peut être bien plus haï et vilipendé qu’un patron de droite.

La loi El-Khomri face à un Hollande dépassé

Face à cette Grande Peur, Hollande devrait rapidement enterrer les aspects les plus saillants de ce texte touffu qu’il n’a probablement pas lu, et encore moins compris s’il l’a lu.

C’est en effet un secret de Polichinelle: Hollande n’a jamais mis les pieds dans une entreprise (sauf pour des visites de complaisance qui relèvent de la propagande et non de l’apprentissage), et il ne comprend que goutte aux questions de droit du travail. En dehors du prêt-à-penser généraliste véhiculé par Terra Nova sur les bienfaits de la démocratie sociale, il n’a aucune idée qui tienne la route sur ces sujets.

Au vu de sa parfaite incompétence sur l’ensemble des domaines qui concernent l’économie et la croissance du pays qu’il préside, il devrait donc sagement enterrer le texte et laisser son successeur gérer les dégâts de ses palinodies. Il pourra se dire qu’il a sauvé l’essentiel: son pouvoir, le temps de finir son mandat, en écartant un « mouvement social ».

Migrants: le Sénat alerte sur les hotspots

Pour contrecarrer la propagande eurocratique sur les hotspots, comme solution à la crise migratoire, on lira avec intérêt le rapport du Sénat sur le sujet. En voici quelques passages utiles sur les hotspots grecs:

De l’avis des personnes rencontrées dans le hotspot de Moria et malgré l’arrestation et le déferrement aux autorités judiciaires de personnes soupçonnées de lien avec des activités terroristes ou autres crimes et délits, le point faible du dispositif reste les contrôles lors de l’identification, considérés comme insuffisamment poussés pour assurer la sécurité de l’Union européenne. Serait en cause notamment un défaut d’exploitation et de recoupement des informations recueillies par la police grecque et Frontex avec celles contenues dans le Système d’information Schengen (SIS) ou celles détenues par Europol. Le trafic de faux documents ferait également florès, étant en cause non seulement les titres de voyage présentés par les migrants mais également le « sauf-conduit » délivré par les autorités grecques (cf. infra), à la sécurisation duquel travaille actuellement l’Union européenne.

Avant tout, la mission d’orientation des migrants reste à cette heure théorique. Tout migrant enregistré sur l’île se voit attribuer un « sauf-conduit » pour le continent valant également « injonction de quitter le territoire », dont les délais varient en fonction de la nationalité du titulaire – 6 mois pour les Syriens, 1 mois pour les autres nationalités. Moyennant 60 euros – le coût de la traversée en ferry -, toute personne en possession de ce « sauf-conduit » peut donc rejoindre le continent et poursuivre son chemin vers les Balkans, sans demander l’asile aux autorités grecques ni s’en retourner dans son pays d’origine.

L’éloignement des migrants en situation irrégulière ne concerne en effet qu’une infime minorité. Selon les chiffres fournis par les autorités grecques à la Commission européenne, seuls 16 131 retours forcés auraient été effectués en 2015, majoritairement à destination de l’Albanie. À la fermeture de la quasi-totalité des places en centres de rétention administrative s’ajoutent, en effet, les difficultés rencontrées par la Grèce
– comme par l’ensemble des États de l’Union européenne – pour obtenir l’application par certains États tiers des accords de réadmission signés avec les autorités européennes.

Quant aux retours volontaires aidés, seuls 3 460 auraient eu lieu en 2015 et 503 au mois de janvier 2016, dont la grande majorité – 352, soit près de 70 % – à destination du Maroc, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Si l’on songe que le hotspot est la principale réponse apportée par l’Union à l’arrivée de migrants, on mesure immédiatement que nous sommes bien loin d’avoir réglé le sujet!

Le Conseil de l’Europe veut que la France criminalise le racisme

Le Conseil de l’Europe, dans un hallucinant rapport sur la montée du racisme, de l’antisémitisme et de l’islamophobie en France, demande au gouvernement de durcir la législation criminalisant ces comportements. Cette volonté s’inscrit dans un contexte de montée des intolérances. On en reste pantois…

Le Conseil de l’Europe passe les attentats sous silence

Il faut lire ce rapport en anglais pour comprendre le mal qui nous frappe. La France sort tout de même de deux séquences terroristes qui la bouleversent de fond en comble. Le 7 janvier, deux intégristes musulmans assassinaient des journalistes au nom d’Allah. Le 9 janvier, un intégriste musulman assassinait des clients dans un magasin casher. Le 13 novembre, dix intégristes musulmans assassinaient 130 personnes au nom d’un Dieu vengeur. Mais, bien entendu, ce sont « les Français » qui sont intolérants.

Pour reprendre les termes de la Commission théodule qui a rédigé ce rapport:

the commonplace use of political statements to stigmatise vulnerable groups which help to trivialise racist and intolerant attitudes within the population.

(l’usage courant de jugements politiques pour stigmatiser des groupes vulnérables (qui) aide à banaliser les attitudes racistes et intolérantes au sein de la population)

Les Français forment un groupe agressif qui banalise le racisme vis-à-vis des groupes vulnérables.

On avait plutôt l’impression, le soir du Bataclan, que le groupe vulnérable était celui formé par la population majoritaire et ordinaire. Mais ce sujet-là ne semble pas avoir effleuré la conscience des rédacteurs du rapport, des « experts » de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Il vaut mieux répéter, envers et contre toutes les évidences, le lieu commun, le TOC de la pensée, selon lequel les Français constituent une horde majoritaire violente vis-à-vis de groupes vulnérables qui sont autant de victimes innocentes.

Le Conseil de l’Europe, chien de garde du communautarisme

Ce coin enfoncé dans le bon sens ne surprend guère venant d’une organisation internationale inspirée par les principes anglo-saxons. On le sait, le Conseil de l’Europe considère que toutes les vérités se valent dès lors qu’elles nient les identités nationales européennes et qu’elles permettent de scier le frein à un communautarisme global.

C’est pourquoi le Conseil s’offusque du manque de statistiques communautaristes en France:

Finally, the procedures for identity checks or registering complaints exacerbate the phenomenon of under-reporting, while the systems for compiling statistics on racist and homo/transphobic crime, and also equality, do not provide insights into the situation of vulnerable groups with regard to the racist crimes or discrimination from which they suffer.

Au final, les procédures de contrôle d’identité ou d’enregistrement des plaintes exacerbent le phénomène de sous-estimation, puisque les systèmes de comptabilité statistique sur les crimes racistes ou homophobes, ainsi que l’égalité, n’apportent aucun élément sur la situation des groupes vulnérables au regard des crimes racistes ou de la discrimination dont ils souffrent.

Car, vous l’avez compris, si les mesures du racisme ne sont pas alarmantes en France, c’est parce que les statistiques sont fausses, et certainement pas parce que le racisme est moins répandu en France qu’on ne le dit.

Mettons donc en place des statistiques communautaires pour prouver que les « groupes vulnérables » sont victimes de discrimination, et même de haine! tout ira beaucoup mieux.

A qui sert la charge du Conseil de l’Europe ?

Dans ses recommandations, le Conseil de l’Europe suggère de criminaliser les injures racistes et de supprimer les fonds publics aux partis politiques prônant des doctrines de ce type. En outre, on lira cette extravagante recommandation:

The authorities should fight racial and homophobic/transphobic stereotypes and prejudices effectively to deal better with the concrete challenges that arise due to living together in an intercultural world. To this end, school curricula and teacher training programmes should be revised in order to enable teachers and pupils to understand better societal issues linked to questions such as religions and beliefs as well as immigration matters.

(Les autorités devraient combattre efficacement les stéréotypes raciaux et homophobes et les préjugés pour mieux répondre aux défis concrets que pose la vie ensemble dans un monde interculturel. À cette fin, les cursus scolaires et les programmes de formation des enseignements devraient être revus afin de permettre aux enseignants et aux élèves de mieux comprendre les problématiques sociétales en lien avec des thèmes tels que les religions et les croyances autant que les problèmes d’immigration).

Ou comment prôner des lavages de cerveau en bonne et due forme.

Ah! si les Français oubliaient leur histoire et renonçaient à leurs traditions! s’ils arrêtaient de manger du saucisson! tout irait tellement mieux en France.