Accueil » Archives pour Éric Verhaeghe

Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Free, Uber et les nouvelles frontières technologiques

Quelles sont les frontières technologiques que les entreprises françaises doivent atteindre?

Comme le souligne l’excellent Guillaume Sarlat, la France s’est largement polarisée sur les frontières ouvertes par Uber et les plate-formes collaboratives. Nombreux sont les managers, spécialement dans les grands groupes, qui rêvent « d’ubériser » leur marché et de transformer, pour y arriver, l’entreprise qu’ils dirigent en une start-up qui repartirait d’une page blanche pour réinventer des produits.

Pour Guillaume Sarlat, l’enjeu des grandes entreprises serait moins de conquérir ce Graal que d’être capable, à l’instar de Free, d’injecter de l’innovation, créée ailleurs et le plus vite possible, dans les processus de production. Cette distinction entre le processus Uber et le processus Free illustre bien l’angoisse dont la France et ses grandes entreprises sont parcourues face à la distance qui les séparent des nouvelles frontières technologiques.

Uber, Free et la frontière technologique

De fait, Uber et Free incarnent bien deux distances très différentes face à la frontière technologique.

Uber a incontestablement modifié le visage traditionnel de la frontière technologique. Jusqu’ici, l’innovation technologique était matérielle. On inventait une locomotive à grande vitesse, un nouveau matériau, un nouvel avion, un nouveau processeur, un nouveau robot ménager. L’entreprise en déposait le brevet et pouvait l’exploiter comme elle l’entendait.

Avec Uber, l’innovation n’est plus matérielle mais immatérielle. Uber conçoit un nouveau marché, une nouvelle façon de vendre, et développe un code informatique qui est la seule réalité matérielle d’une innovation dont l’essence est d’être immatérielle. Les lignes de code de l’application Uber sont la seule trace du patrimoine immatérielle que l’entreprise disruptive crée pour bousculer son marché. Cette particularité souligne bien que la disruption se situe beaucoup moins, désormais, dans le produit lui-même que dans la conception du produit et dans la conception du marché qui permettra de l’exploiter.

Dans le secteur des télécommunications où a opéré Free, le processus de disruption fut, d’une certaine façon, du même ordre. Free a eu le pressentiment que les consommateurs étaient à la recherche d’une offre groupée entre la téléphonie classique, la téléphonie mobile, la télévision et Internet, si possible en low cost. Au lieu de segmenter les marchés, Free les a rassemblés et a cassé les prix, sans apporter de révolution technologique majeure.

De ce point de vue, la frontière technologique atteinte par Free est moins lointaine que celle atteinte par Uber. Si l’un et l’autre ont bien déconstruit la vision antérieure du marché pour imposer la leur, Uber a dégagé un patrimoine immatériel pour y parvenir, alors que Free a constitué un porte-feuille de clients sans pouvoir revendiquer une « appli » spécifique qui soit vraiment différenciante.

Les grandes entreprises et la frontière technologique

Pour les grandes entreprises, et tout spécialement en France, le défi de la disruption par le patrimoine immatériel est particulièrement lourd à relever.

Tout d’abord, des éléments de contexte s’y opposent, face auxquels une simple réponse nationale est complexe. Ni la France ni l’Europe n’ont, au premier chef, la maîtrise du Net ou la capacité à fabriquer le matériel nécessaire pour y accéder. La France ne fabrique ni téléphone portable ni ordinateur. L’Europe elle-même est absente ou quasi-absente de ces marchés. Cet obstacle n’empêche pas de créer des plate-formes collaboratives innovantes. En revanche, il rend forcément dépendant des grands magasins d’application que sont Apple ou Androïd. En soi, cette dépendance illustre les freins que l’ubérisation de nos grands groupes peut rencontrer.

Mais ce sont surtout les effets de taille et de maturité interne qui constituent le premier empêchement à l’atteinte des nouvelles frontières technologiques par les grands groupes européens. Tous les managers le savent: la culture dominante dans leur entreprise est tout sauf ubérisable. Même lorsque la chaîne hiérarchique se donne l’illusion d’avoir acquis la culture de la start-up, les temps de coordination et de décision internes sont tels que le grand groupe doit forcément surmonter d’importants handicaps pour accéder au nouveau marché.

Dans ces effets de taille, la réinvention de l’informatique existante (avec tout son vocabulaire qui en illustre la difficulté, comme l’urbanisation ou la refactorisation des codes) constitue probablement le nerf sur lequel bute toute tentative raisonnable d’ubérisation. Même avec la meilleure volonté du monde (qui n’est pas une donnée brute des services informatiques), la « start-upisation » de la grande entreprise se heurte à des problèmes effrayants de transformation de l’existant. Dans ce domaine, c’est un véritable palimpseste qu’il faut prendre le temps d’écrire, et ce temps peut devenir colossal.

Pour toutes ces raisons, l’imitation de Free semble un objectif plus utile et plus raisonnable que l’imitation d’Uber pour une grande entreprise. La reformulation d’une offre commerciale à partir d’innovations achetées ailleurs est plus réaliste que la réinvention des produits et des marchés eux-mêmes. Qui plus est, cette stratégie permet de défendre intelligemment son porte-feuille plutôt que de se livrer à un périlleux changement brutal d’identité.

Renoncer à atteindre la frontière technologique?

Faut-il pour autant que nos grandes entreprises se résolvent à ce challenge de « second niveau » qui serait la « freesation » plutôt que l’ubérisation?

Cette extrapolation constituerait une incompréhension malheureuse du sujet, car on imagine mal l’économie française se satisfaire durablement de cette posture de second rang consistant à renoncer, pour ses mastodontes historiques, à atteindre le meilleur à cause de simples raisons d’empêchement de structure. En revanche, il est évident que l’accès aux frontières technologiques contemporaines, celles d’un patrimoine immatériel disruptif, suppose pour les grands groupes des stratégies de contournement.

Dans la pratique, il est acquis qu’un grand groupe peut difficilement réingénierer à la fois son marché et son propre fonctionnement. Il est donc contraint d’utiliser des facteurs et des acteurs externes à sa propre structure pour évoluer. Cette contrainte explique pourquoi les grands groupes adorent créer une direction de l’innovation dont la mission est d’investir dans des start-up.

C’est particulièrement vrai en France où la start-up devient rapidement la direction recherche et innovation de la grande entreprise. Pour ce faire, elle possède de nombreux atouts. D’abord, elle permet d’externaliser de nombreux coûts. Ensuite, elle est rapide, agile et beaucoup plus innovante que ne le sera jamais une direction en propre de l’entreprise. Enfin, elle offre la perspective de dégager une forte rentabilité en cas de succès.

Freesation interne et ubérisation externe

Tel est l’étrange attelage qui dominera probablement la relation complexe de nos grands groupes avec l’innovation dans les années à venir. D’un côté, des partenariats externes avec des start-up innovantes permettront de développer un patrimoine immatériel disruptif. D’un autre côté, une stratégie d’innovation visera à incrémenter dans l’entreprise et ses processus les innovations développées « in vitro ».

Ce modèle mérite deux réflexions majeures qui feront les politiques industrielles de demain.

Première réflexion: des start-up européennes seront-elles capables, demain, d’imposer leur loi « mondiale » comme l’a fait Uber? Rien ne l’exclut par principe, mais l’accès au capital rend l’exercice très compliqué. Faute d’un marché capitalistique liquide, et compte tenu des stratégies de prédation menées par les grands groupes détenteurs du capital en Europe, et singulièrement en France (l’exemple de Dailymotion l’a montré), la probabilité de transformer une start-up en tycoon est de plus en plus faible. Sur ce point, une stratégie industrielle facilitant l’accès au capital dans la durée serait bienvenue.

Deuxième réflexion: si l’on admet l’hypothèse que la « transformation de l’essai » a vocation à se raréfier, il est utile de penser à une amélioration de la valorisation de start-up en cas de cession à un acquéreur. Sur ce point, c’est une véritable réflexion fiscale qu’il faut entamer pour éviter qu’une partie de la valeur ne soit confisquée par la collectivité, alors que le start-uper a pris les risques, les a assumés et les a dépassés pour fonder un patrimoine immatériel qu’il n’a pas forcément les moyens de développer face à la concurrence des « rentiers ».

 

Crise de l’élevage: 5 scandaleux mensonges officiels

La crise de l’élevage en France n’en finit pas, et le gouvernement n’en finit pas de ne pas la finir. La semaine qui vient devrait être « critique » pour François Hollande sur ce front, et déjà les mensonges vont bon train sur la réalité des solutions qui sont en passe d’être prononcées. En voici un petit décryptage.

Premier mensonge: la crise de l’élevage et la responsabilité de Hollande!

La crise de l’élevage en France, au sens large (filière porcine, filière lait), a connu une accélération depuis deux ans, sous l’effet de deux coups de boutoir.

Le premier s’appelle l’embargo russe, qui a brutalement réduit les débouchés agricoles européens de 10%. Cet embargo est une réponse aux sanctions décidées par l’Union contre la Russie dans le cadre de la crise ukrainienne. Sur ce point, la France s’est contentée de suivre l’Allemagne, mais François Hollande est politiquement responsable de la décision.

Le second s’appelle la suppression des quotas laitiers dans le cadre de la PAC, intervenue en avril 2015. Cette libéralisation du marché a profité aux exploitations du nord de l’Europe dans l’indifférence manifeste du ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Là encore, François Hollande porte la responsabilité politique de cette situation.

En se dégageant complètement de la situation, François Hollande commet donc un premier mensonge.

Deuxième mensonge: la crise de l’élevage en urgence

Les appels à l’aide de la filière viande en France se multiplient depuis deux ans. Voici, par exemple, ce que certains avaient publié à l’époque:

Chacun découvre, ou va découvrir, mais un peu tard que les productions animales et la transformation agroalimentaire sont délocalisables. Toute la filière est impactée. Des abattoirs continuent de mettre la clé sous la porte. Les suppressions de postes et fermetures d’industries agroalimentaires se poursuivent. Avec des retombées sur l’emploi, l’économie et la vie locale.

La crise qui frappe n’a donc rien de nouveau. Elle est annoncée, décrite, répétée sans relâche depuis deux ans, dans l’indifférence complète des élites parisiennes.

En faisant mine de découvrir la situation, et en la traitant sous le coup d’une urgence totalement simulée, le gouvernement omet donc les avertissements qu’il reçoit de façon très régulière depuis deux ans.

Troisième mensonge: libre-échange et crise de l’élevage

Pour expliquer la crise,le gouvernement et les éleveurs ont recours à un joli petit mensonge qui fonctionne toujours à merveille. À les entendre, la France subit une véritable attaque frontale de produits étrangers sans possibilité de répliquer.

La France importe 44 % des poulets consommés sur son territoire, contre 8 % en 1990. Et produit deux millions de porcs de moins qu’en 2010.

C’est comme si le libre-échange ne fonctionnait que dans un seul sens: celui de l’importation. Manifestement, les agriculteurs français oublient de dire qu’ils sont aussi tout à fait libres d’exporter, et qu’ils ne s’en privent d’ailleurs pas. Voici un petit graphique qui en montre le détail:

Exportations agricoles françaises en millions €
Exportations agricoles françaises en millions € – Source: Ministère de l’Agriculture

On le voit, depuis 1998, les exportations agricoles françaises ont pratiquement doublé en valeur, passant d’environ 30 milliards annuels à près de 60 milliards.

À ce constat, deux bémols doivent être ajoutés. D’abord, l’année 2014, date de l’embargo russe, marque bel et bien une inversion de la tendance. Ensuite, le phénomène est beaucoup moins marqué dans l’Union Européenne où existe un marché unique. Autrement dit, l’agriculture française est plus à l’aise avec des pays où elle est pourtant pénalisée par des barrières douanières, qu’avec des pays où elle peut exporter sans barrière…

L’analyse des ventes par produit permet de mesurer mieux encore le phénomène:

Exportations de certains produits agricoles - Source: ministère de l'Agriculture
Exportations de certains produits agricoles – Source: ministère de l’Agriculture

Contrairement aux idées reçues, le lait français se vend très bien à l’étranger, surtout hors de l’Union Européenne. Sur la viande, la progression hors Union Européenne était plutôt appréciable jusqu’à l’embargo russe. Sur les animaux vivants, la progression est moins appréciable, surtout dans l’Union. Ces courbes montrent en tout cas que l’agriculture française peut profiter de l’exportation au moins autant que ses concurrents.

Imaginer que le protectionnisme bénéficierait à nos agriculteurs constitue donc un pari très hasardeux, qui mérite en tout cas une réflexion appuyée.

Quatrième mensonge: baisse des charges et crise de l’élevage

Dans son intervention télévisée le soir du remaniement, François Hollande a annoncé une « baisse des charges » pour les éleveurs. Il faut bien entendu redire ici combien cette affirmation est mensongère par omission.

Si les charges baissent, cela signifie d’abord que la protection sociale des agriculteurs coûte trop cher, alors qu’elle est déjà en déficit d’environ 3 milliards d’euros. Manifestement, personne ne souhaite aborder le problème d’une couverture sociale excessive des agriculteurs au vu de leurs contributions au système.

Quand François Hollande annonce une baisse des charges pour les éleveurs à protection sociale constante, il prend donc bien garde à ne pas dire qu’il va augmenter les charges des autres, et en particulier des consommateurs. Ceux-ci devront porter, peu ou prou, l’aggravation des déficits du régime agricole.

La baisse des charges pour les agriculteurs revient donc à faire payer le consommateur pour les éleveurs. Mais personne ne le dit, bien entendu.

Cinquième mensonge: la crise de l’élevage sera réglée par une hausse des prix

Alors que des Français peinent à boucler leurs fins de mois et regardent au moindre gramme de viande qu’ils vont acheter, le gouvernement Valls a pondu un communiqué hallucinant hier:

« Au vu de la situation particulièrement grave dans laquelle se trouvent les éleveurs français, les ministres ont indiqué très clairement aux entreprises de la distribution et de la transformation qu’il n’était pas acceptable que les négociations commerciales conduisent en 2016 à des baisses de prix pour les filières en difficulté, en particulier pour les produits laitiers »

La France est le seul pays du monde où le gouvernement se bat pour la cherté des produits alimentaires.

En soi, cette mesure qui consiste à demander à 65 millions de Français de sacrifier leur pouvoir d’achat pour faire vivre une poignée d’éleveurs est une aberration, qui prouve une fois de plus toute l’hypocrisie et la fausseté de la notion de solidarité. Surtout, cette mesure est évidemment contre-productive: plus la viande française sera chère, moins les Français et les Européens l’achèteront.

La seule solution durable consiste à réorganiser la filière viande pour la rendre compétitive par rapport à nos voisins européens, étant entendu que la politique de sanction européenne contre la Russie est suicidaire.

 

 

 

Le remaniement, crépuscule du hollandisme

Le spectacle donné par le brillant remaniement de François Hollande et de Manuel Valls n’en finit pas de susciter l’hilarité. Il donne la preuve, en tout cas, de la mauvaise santé du régime. Plus que jamais, le désordre, la prévarication et le népotisme triomphent. L’appétit individuel au détriment de l’intérêt général ne se cache même plus. Si François Hollande sonne bien le crépuscule de la Vè République, le remaniement sonne le crépuscule du hollandisme.

Le remaniement et l’extravagant M. Fabius

Après avoir passé plusieurs années, comme ministre des Affaires d’Etrangères, à flatter les intérêts américains et combattre les régimes laïques du Moyen-Orient, Laurent Fabius entame une retraite bien méritée à la présidence du Conseil Constitutionnel. Ce cadeau ne suffisant pas, il souhaite cumuler cette fonction avec celle de président de la COP 21, histoire de bien montrer à tous ceux qui voudraient soulever une question prioritaire de constitutionnalité dans le domaine de l’écologie quelle sera l’issue finale du dossier.

Bien entendu, Laurent Fabius s’est empressé d’expliquer qu’il se « déporterait » dans l’hypothèse malheureuse où le cas de figure se présenterait. Un président de Cour qui ne peut siéger pour partialité dans l’affaire! excellente entrée en matière. On ne pouvait rêver mieux pour amoindrir la fonction.

Même Ségolène Royal s’en inquiète. Il faut dire que, dans cette farce, elle joue le rôle de la dinde: non seulement elle n’a pas existé dans la COP 21, mais elle n’y existera pas après. Fabius ne lui laissera même pas les miettes du gâteau.

Le remaniement et l’extravagante Mme Cosse

De son côté, Emmanuelle Cosse, l’ancienne gourou des Verts devenue ministre du Logement, ne manque pas une occasion de savonner la planche de l’ensemble de l’équipe. Non seulement elle jure n’avoir rien « marchandé », mais elle soutient maintenir son opposition à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Traduction: je n’ai rien demandé en échange de mon entrée au gouvernement! j’étais tellement pressée de quitter le panier des crabes Verts pour avoir une voiture de fonction et un chauffeur! En revanche, je compte bien ne pas respecter la solidarité gouvernementale.

On s’en amuse par avance. Qui plus est, Cosse a permis un spectacle inédit: désormais, les Verts rient jaune.

Le remaniement et l’extravagant M. Ayrault

Jean-Marc Ayrault a déjà commencé à confirmer de manière éclatante le dicton scout: nul un jour, nul toujours. À peine arrivé au Quai d’Orsay, il s’est fendu d’une brillante déclaration qui prouve qu’il n’a pas profité de sa cure de députation pour s’appareiller et corriger sa surdité.

« La France et l’Allemagne, dont les initiatives communes sont déterminantes et seront déterminantes, mais également tous les Etats membres de l’Union européenne, doivent se retrouver rapidement sur une ambition renouvelée », a-t-il ajouté. « Ce sont non seulement la cohésion et la solidarité de l’Europe qui sont en jeu mais aussi la survie du projet européen lui-même ».

Alors que, de partout, les appels à une modification en profondeur du projet européen fleurissent, alors que l’Union est au bord du Brexit, Ayrault nous annonce déjà qu’il reprend le marteau-piqueur en main et qu’il compte bien forer droit.

Le remaniement et l’extravagante Mme Azoulay

Le pompon de la journée revient bien entendu à l’éviction de Fleur Pellerin, la ministre de la Culture qui ne lisait pas de roman. Quelques heures avant son départ, elle annonçait encore urbi et orbi qu’elle était sûre de rester au gouvernement. Tant de clairvoyance réjouit l’esprit! Un quart d’heure avant l’annonce officielle du remaniement, Jean-Marie Le Guen l’aurait « affectueusement » prise dans ses bras pour lui dire: « Tu as été débranchée ». C’est mignon ça?

Selon Le Point, François Hollande l’a ensuite appelée pour lui dire qu’il avait besoin de quelqu’un qui « fasse de la politique ». Pour cette raison, il a choisi une fonctionnaire sans aucun mandat pour la remplacer: Audrey Azoulay, copine, selon la rumeur, de Julie Gayet.

Placer les favorites de sa maîtresse, ou la politique selon François Hollande.

Les semaines à venir devraient être très divertissantes pour tous ceux qui aiment le spectacle d’un corps social en putréfaction.

Remaniement: un Vert, ça va, trois Verts, bonjour les dégâts!

Quatre ans après son arrivée au pouvoir, François Hollande apparaît bel et bien comme un maniaque du remaniement. Sous Ayrault, déjà, il avait fait le coup, contraint par les événements, notamment par la brillante affaire Cahuzac qui s’était terminée par une remarquable mise en examen après plusieurs mois de stratégie de l’autruche sur un dossier que tout le monde connaissait.

Encore une fois, sous le coup des événements, François Hollande remanie dans des conditions qui ont laissé perplexe l’ensemble des observateurs. Après avoir annoncé que, cette fois, il ne s’agirait pas d’un replâtrage, le Président a définitivement gagné son surnom de « Mr Bricolage » tant la lisibilité politique de la mesure est faible.

Le copinage, maladie congénitale du hollandisme

À la lecture de la nouvelle composition gouvernementale, ce qui a sauté aux yeux, bien entendu, c’est la puissance du copinage dans la décision publique. La nouvelle ministre de la Culture en est la caricature. Sans aucun mandat électif, l’intéressée est sortie du chapeau élyséen pour aller dire dans les concerts et les représentations du soir: « C’est vachement bien ce que vous faites », ou la mondanité comme doctrine politique.

On peut en tout cas être sûr que sa proximité avec l’Elysée lui évitera de laisser passer des bourdes comme une convention d’assurance-chômage qui mènerait la vie trop dure aux intermittents du spectacle, si bien défendus par les moitiés officielles de Matignon et du palais. En revanche, elle aura le bon goût de ne pas condamner un texte (sur le chômage) qui, dans le même temps, introduirait une dégressivité pour tous ceux qui sont loin du pouvoir ou qui n’ont pas le privilège de partager la couche royale.

Avec cette nomination, François Hollande n’a même pas atteint le degré zéro de la politique culturelle, sujet sur lequel la gauche aime à s’inventer une supériorité. En matière de culture, François Hollande a tellement creusé le sol qu’il devrait bientôt trouver du gaz de schiste sous la Comédie Française.

Les Verts sont dans le fruit

Au-delà de ces nominations anecdotiques pour des « filles bien » qu’on a envie de récompenser, c’est évidemment l’entrée des Verts qui fait jaser. Et, sur ce chapitre, Hollande n’y est pas allé de main morte.

On aurait pu imaginer qu’il se contentât de réserver un fauteuil, pour des motifs purement partisans, à la gourou Emmanuelle Cosse, histoire de bien tailler des croupières à Cécile Duflot, dans l’hypothèse où elle s’imaginerait se présenter aux présidentielles. L’ex-ministre de l’Ecologie n’aura bientôt plus que ses yeux pour pleurer et prendre des postures au gré des humeurs et des vents: le parti qu’Emmanuelle Cosse laisse derrière elle est plus proche du Berlin 1945 que de la formation faite pour gagner.

Cosse, oui, mais Placé? mais Pompili? Ces deux-là, qui ont quitté le parti et se contentent désormais d’un strapontin en récompense de leurs services au Sénat et à l’Assemblée, quelle doctrine vont-ils porter?

Le remaniement aurait pu avoir une signification politique. Il aurait pu envoyer un « message » idéologique dans la perspective de 2017. Dans l’esprit de François Hollande, c’est sans doute le cas, mais le pays et lui ne mettent pas, sous le mot idéologie, le même sens. Pour les Français, un message idéologique porte sur l’orientation politique du gouvernement, et surtout de François Hollande après 2017. Pour François Hollande, l’idéologie est simplement faite de « coups » et de manoeuvres tactiques destinées à promouvoir des intérêts immédiats.

Ainsi, une promesse de referendum local à Nantes sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes règle définitivement le problème de l’orientation écologique du gouvernement.

Les Verts entament une longue traversée du désert

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’avoir mené dans le même trimestre la COP 21 et la mise en déroute du parti écologiste en France. L’écologie sera d’Etat ou ne sera pas. François Hollande vient de prouver qu’en matière d’environnement, il n’est pas d’ambition qui ne soit portée par les pouvoirs publics. Tout parti qui s’imaginerait s’occuper de ses affaires est voué à la marginalisation et au phagocytage.

Voilà bien la leçon que nous retirerons du remaniement: Hollande vient de passer une partie de la gauche de la gauche au napalm. Il faudra 10 ans à Cécile Duflot pour relever les ruines de son parti. Décidément, en matière de bricolage politique, François Hollande est imbattable.

Le logement, zone sinistrée de la Hollandie

Le remaniement ministériel reconduit une écologiste au ministère du Logement. En l’espèce, c’est Emmanuelle Cosse qui prend le maroquin. Le coup est bien joué d’un point de vue partisan: il divise une formation politique affaiblie depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir. Si l’on met à part, l’intérêt général, on saluera donc l’ultime coup porté à un parti en déliquescence. Cette façon rusée de torpiller une candidature de Cécile Duflot en 2017, qui pourra se dresser sur un champ de ruines gauchisantes, fait les gorges chaudes des lambris hollandais. 

Si l’on examine le sujet du point de vue de l’intérêt général, en revanche, la France peut quand même se faire du souci.

Emmanuelle Cosse choisie parce qu’elle ne connaît rien au logement

De la vraie vie, Emmanuelle Cosse ne connaît véritablement que le syndicalisme lycéen et l’action associative dans les milieux homosexuels. Elle fait partie de cette caste qui monopolise le pouvoir en France, dont la seule épaisseur est celle des moquettes qu’ils arpentent dans les couloirs des palais républicains, à la recherche d’un poste, d’un titre ronflant, d’une médaille plus ou moins en chocolat, d’un fromage qui les nourrira le temps qu’une autre majorité arrive. Courtiser, courber l’échine, murmurer dans les couloirs, flatter, exécuter des basses oeuvres, telle est la déontologie de ces hiérarques qui n’ont de l’intérêt général qu’une conception immédiatement matérielle et prédatrice. 

A un an des élections présidentielles, les Français, pourtant majoritairement écoeurés par la déliquescence du régime à laquelle François Hollande a donné un visage, et le Parti Socialiste un nom, savent pourquoi Emmanuelle Cosse est nommée. Pour régler la crise du logement? certainement pas, ce sera le cadet de ses soucis et la technostructure prendra bien garde à ce qu’elle ne s’occupe d’aucun des dossiers qui pourraient supposer une intervention de la ministre. Elle est simplement là pour affaiblir une faction et en renforcer une autre. Elle décorera son ministère comme les roses décorent un pot de fleurs, et elle sera le prétexte à une division supplémentaire parmi ceux qui pourraient faire barrage à une candidature du Président à sa propre succession. 

Quelle superbe époque nous vivons, celle qui veut que les incompétents soient nommés là où les compétents sont écartés!

Le logement, zone sinistrée du royaume hollandais

A certains égards, toutefois, on se félicitera de la nomination d’une parfaite incompétente à ce ministère. L’inconvénient de ce genre de nomination tient au fait qu’elle n’y fera rien. Si l’on se rappelle l’activisme de Cécile Duflot, cette passivité est aussi un avantage, et, au fond, une quasi-certitude de non-échec autant que de non-réussite. Vu les dégâts subis depuis quatre ans dans ce domaine, cette espèce de pari sur la médiocrité est probablement la moins pire chose qui puisse survenir.

Quelques chiffres suffiront à illustrer les dégâts produits par la gauche en matière de logement depuis 2012. Ainsi, en 2014, moins de 400.000 logements ont été construits en France. En 1980, on avait compté 500.000 construction, alors que la France comptait 10 millions d’habitants en moins, et que le nombre de divorces était moins important. Autrement dit, en 35 ans, le nombre de logements construit a baissé en France alors que les besoins augmentent. 

Mais ce chiffre en lui-même n’est rien s’il n’est pas décomposé. 

En 1980 comme en 2014, la France a construit 188.000 logements collectifs, c’est-à-dire des appartements dans des immeubles. Sur la même période, le nombre de constructions individuelles est passé de 231.000 à 112.000. 

En dehors de 1993, qui fut une année de crise terrible, la France n’avait jamais construit aussi peu de logements individuels qu’en 2014 sur les 35 dernières années. Ce chiffre-là est terrifiant car il concentre en lui-même toute la haine que François Hollande porte aux classes moyennes, ce malin plaisir qu’il a pris à dénoncer « les riches » qui gagnent plus de 4.000 euros, qu’il a eu à pénaliser tous ceux qui avaient un petit quelque chose pour flatter dans le sens du poil ceux qui ont encore moins. Que les uns paient pour les autres!

Le logement ou le retour du collectivisme

En réalité, la gauche a beaucoup parlé de logement social, a beaucoup dénoncé les apartheids français. Dans la pratique, elle en a été une productrice active. Partout où les Français pouvaient améliorer leur condition, accéder à un chez eux, même petit, elle a sévi. Les grands bourgeois de la gauche au pouvoir n’ont pas eu de mépris assez dur pour ceux qui rêvaient d’avoir leur maison à eux. Mais qu’ils se contentent plutôt de leur HLM! qu’ils demandent des allocations! qu’ils réclament une ZEP, une ZUP, une incitation fiscale! qui sont ces manants qui imaginent pouvoir vivre sans l’aide de l’Etat?

La politique du logement depuis 2012 est une longue apologie du logement social collectif, et un long plaidoyer de haine contre l’émancipation individuelle par l’accession à la propriété. Dans le malaise français, ce phénomène-là est discret, mais il pèse lourd. 

Remaniement ou krach boursier: quel est le plus important?

Le remaniement semble exciter les passions françaises, en tout cas sur les réseaux sociaux. On se demande bien pourquoi, puisque le gouvernement Valls 3 ne fera rien, ou presque. Il communiquera et occupera le terrain des postures pour que rien ne change. Il est d’ailleurs un gouvernement de « maréchal », c’est-à-dire de bâtons qu’on donne aux amis fidèles avant de plier bagage. L’ironie veut que l’annonce de ce remaniement tombe à un moment bien plus dramatique pour la conjoncture mondiale: celui d’un krach boursier qui risque d’annoncer bien des souffrances…

Le remaniement des maréchaux

Pour sa dernière année de dévastation à la tête du pays, François Hollande ne déçoit pas. Il récompense quelques amis avant de fermer boutique.

C’est le cas pour Audrey Azoulay, qui reçoit le hochet de la Culture, devenu une sorte de salon de réception pour les danseuses au pouvoir. Le job de la ministre consistera essentiellement à divertir les favorites qui crèchent à l’Elysée et à Matignon. On ne pouvait rêver de destin plus symbolique, mieux illustratif, plus drôlatique, pour l’héritage de De Gaulle et de Malraux.

C’est aussi le cas pour la bande des nains verts qui récolte enfin les fruits de son avilissement cultivé depuis des mois. Jean-Vincent Placé, enfin, accède à un maroquin, comme Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse. Ce choix permet évidemment à François Hollande, le Machiavelito, d’espérer torpiller les Verts à l’horizon de la primaire de la gauche.

Bref, Hollande distribue les friandises aux bons élèves, et tout ceci n’a aucun impact, n’aura aucun impact dans les quinze mois à venir, sur la vie des Français, si ce n’est que le paquebot de la technostructure dérivera toujours un peu plus faute d’un gouvernement intéressé par les dossiers qu’il traite.

Remaniement et krach boursier

Un peu plus importante était l’audition de Janet Yellen, la présidente de la FED, hier, au Congrès américain. La banquière centrale la plus puissante du monde a fait mine de découvrir qu’il existait des taux négatifs en Europe et au Japon. Elle a soutenu que l’activité américaine se porterait bien, coûte-que-coûte, et que rien ne s’opposait à ce que la FED continue à relever ses taux directeurs.

Pour l’ensemble de la planète, la fin des commodités monétaires et le retour à la vérité des prix est une source de stress. Les injections massives de liquidité qui ont eu le même effet, au fil des mois, que des injections d’héroïne et des rails de cocaïne dans les bureaux de Wall Street, c’est-à-dire qu’elles ont permis à tout le monde de voir des éléphants roses là où les usines fermaient, devraient s’arrêter.

Les financiers n’apprécient pas du tout cette interruption de leur traitement addictif. Ils vendent massivement, notamment leurs actions bancaires, parce qu’ils sont convaincus que la remontée des taux va tuer les banquiers. Le phénomène s’explique de plusieurs façons.

Premièrement, la remontée des taux aux US devrait absorber les liquidités placées un peu partout dans le monde, attirées par la rémunération américaine. Mécaniquement, l’argent deviendra plus rare dans le reste du monde, donc plus cher. Les marges bancaires devraient donc diminuer.

Deuxièmement, la remontée des taux devrait achever les vagues signes de reprise mondiale et, une fois de plus, amenuiser les perspectives de profit bancaire. Beaucoup parient sur des faillites en série, faute de fonds propres suffisants dans les banques.

Bref, la situation financière mondiale ressemble à une gangrène: elle pue de plus en plus, et en dehors de l’amputation en urgence avant que le corps en entier n’entre en putréfaction, on voit mal comment s’en sortir.

Et ça, c’est beaucoup plus important que les mouvements de la Cour autour de François Hollande.

 

Krach boursier: les banques s’effondrent

La bourse de Paris est aujourd’hui le théâtre d’un krach spectaculaire. Le CAC 40 perd 4% à 10h30, avec d’impressionnants effondrements bancaires. La BNP perd plus de 6%, la Société Générale en perd presque 15!

Manifestement, nos banques nous jouent encore des tours, et on s’en amusera discrètement… Rappelons ici que les premiers stress tests européens ont été menés par la nouvelle autorité bancaire européenne à l’automne 2015. Les résultats ne sont pas encore publiés, mais les mauvais esprits imagineront volontiers que le krach en cours est d’abord le fait des initiés qui connaissent la fragilité des banques européennes.

Au fait… la Réserve Fédérale américaine doit s’exprimer aujourd’hui sur sa politique de taux. Si la FED relève ceux-ci, la crise obligataire risque de sévir.

Et dire que Michel Sapin compte sur une accélération de la croissance en 2016 pour faire baisser le chômage…

RSA: travailler, est-ce stigmatisant?

Peut-on demander à un bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) de fournir un travail en échange de son allocation? Le conseil général du Haut-Rhin le propose, en insistant sur la difficulté financière grandissante que les départements rencontrent face à l’explosion de cette allocation. On ressort médusé par les arguments que les adversaires de cette mesure utilisent pour la combattre.

Le RSA et le travail, un petit rappel

Rappelons d’abord que le RSA s’est substitué au RMI précisément pour inciter ses allocataires à travailler. L’idée consistait à l’époque à ne pas décourager les bénéficiaires du dispositif de reprendre un emploi. S’est donc mise en place une allocation différentielle destinée à lutter contre les « trappes à pauvreté » créées par les minima sociaux.

C’est pour cette raison que la perception du RSA est subordonnée à une recherche active d’un emploi, comme le précise le site du Service Public:

Si vous percevez le revenu de solidarité active (RSA), vous devez rechercher un emploi. Vous bénéficiez d’un accompagnement social et professionnel selon vos besoins.

Il n’a donc jamais été question de verser des revenus à des allocataires sans les pousser à reprendre un travail. Cette incitation à l’emploi est au coeur du dispositif.

Le RSA dans le Haut-Rhin

Pour beaucoup de départements, le versement du RSA constitue toutefois une charge importante, qui conduit à exercer une véritable pression fiscale sur ceux qui ne le perçoivent pas. C’est dans ces termes qu’il faut poser la question de la solidarité: comment peut-on imaginer que des ménages qui peinent à payer des impôts locaux de plus en plus élevés puissent ne pas mal vivre une situation où le fardeau s’alourdit pour financer des allocations versées sans contrepartie claire?

La proposition formulée dans le Haut-Rhin de subordonner le versement du RSA à des travaux d’intérêt général dans le monde associatif peut donc être critiquée sur la forme. Mais, dans son esprit, elle s’inspire bien de l’idée très solidaire selon laquelle ceux qui reçoivent doivent aussi contribuer.

Le RSA et la stigmatisation

Les bras nous en tombent donc lorsque, sous la plume du président du conseil général de Loire-Atlantique, le bien nommé Philippe Grosvalet, on lit une tribune soutenant le contraire.

Arrêtons la caricature, les allocataires du RSA veulent sortir des minima sociaux par le travail sans être stigmatisés parce qu’ils reçoivent une allocation qui ne leur permet que de survivre.

Mais en quoi demander à un allocataire du RSA de travailler est-il stigmatisant? alors que le principe de l’allocation est de l’amener vers l’emploi? Personne ne juge utile d’expliquer ce paradoxe…

En revanche, dans les entreprises, nous mesurons quotidiennement les dégâts cataclysmiques produits par ce raisonnement implicite qui consiste à soutenir qu’un travail en échange d’un revenu est une idée dégradante qui procède de l’exploitation de l’homme par l’homme. Certains évitent soigneusement de penser que si toute peine mérite salaire, tout salaire mérite une peine.

La place du RSA dans le gouvernement profond

Face à ces apparents paradoxes qui confinent au déni, l’esprit s’embrouille: comment peut-on laisser imaginer que le revenu de solidarité active serait source d’humiliation ou de stigmatisation dès lors que son versement, qui est une charge pour la collectivité, devrait s’accompagner d’une contribution à la collectivité qui le finance?

Pour comprendre cet apparent syllogisme, il faut sans doute faire un détour par la pensée cachée du gouvernement profond qui conçoit et met en oeuvre nos politiques sociales, et spécialement nos politiques non-contributives (toutes celles qui sont financées par l’impôt).

Il y a quelques années, la technostructure s’est rendue à l’évidence: dans l’écrasante majorité des cas, le RMI était une ornière. Ceux qui le percevaient revenaient rarement vers l’emploi, notamment parce que le retour à l’emploi se traduisait par un effet de seuil: la perte brutale d’allocations était mal compensée par les revenus du travail. Cette vieille tarte à la crème de la trappe à pauvreté a fait perdre bien des cheveux aux crânes d’oeuf qui ont cogité sur le sujet.

La technostructure qui nous gouverne s’est donc mise en tête d’imaginer une technique qui ne « désincite » pas à chercher un travail, mais qui ne fasse pas de vague.

Pourquoi ne pas faire de vague? parce que le minima social est d’abord inventé pour fabriquer de la paix sociale. Le RSA, c’est la pauvreté rendue supportable ou tolérable, c’est la feuille de coca du travailleur péruvien épuisé par le boulot, c’est le joint qu’on fume pour oublier sa misère, c’est la fumerie d’opium pour dissimuler la désespérance. Il ne faut donc surtout pas mettre en place un système qui laisserait croire que l’allocataire est assujetti à une obligation.

Que ce dispositif soit financé par les classes moyennes ne gêne évidemment personne. Les pauvres sont nourris par les un peu moins pauvres. C’est ce qu’on appelle le pacte républicain depuis une vingtaine d’années. Comme dit Philippe Grosvalet:

La solidarité de la nation envers les plus fragiles, c’est ce qui fonde notre pacte républicain.

Entendez la solidarité des classes moyennes envers les plus fragiles, consistant à demander aux uns de faire vivre les autres, fonde le pacte républicain.

Telle est la vision du gouvernement profond: préserver la paix sociale en transférant les richesses d’une partie de la société vers l’autre partie, sans, bien entendu, toucher aux règles du jeu économique qui expliquent ces inégalités. De cette manière, l’ordre social n’est pas contesté, et cette neutralisation de la grogne représente un coût neutre pour l’ensemble. Dans ce monde-là, la technostructure peut continuer à monopoliser le pouvoir avec le consentement des plus pauvres.

Le RSA et le pacte républicain

Il existe pourtant une autre vision du pacte républicain qui consiste à dire que le minima social est la version la plus ancienne du revenu universel. De ce point de vue, demander à un bénéficiaire d’un minima d’apporter une contribution positive à la collectivité, c’est aussi une façon très moderne de dissocier le travail et l’emploi, le revenu et le contrat de travail.

Mais cette modernité-là responsabilise chacun, donne à chacun un statut au nom duquel il peut revendiquer ou contester. Et ça, c’est  incompatible avec la grande hypnose qui nous domine.

Economie collaborative: faut-il la réglementer?

Dans la foulée du rapport Terrasse, c’est le principe même d’une réglementation sur l’économie collaborative qui se pose. La question est centrale pour l’avenir du pays: la France doit-elle multiplier les textes réglementaires pour encadrer le secteur naissant du Net, ou bien doit-elle le laisser prospérer avant de l’encadrer?

L’économie collaborative et ses mythes

À l’occasion du conflit des taxis, un mythe s’est répandu comme une traînée de poudre: les plateformes collaboratives pratiqueraient une concurrence déloyale par rapport à l’économie classique.

Pour nourrir ce fantasme grotesque, tous les éléments de la manipulation ont été mobilisés. Le premier a consisté à désigner la plateforme Uber comme le symbole de tous les ennemis à combattre: ces horribles multinationales américaines qui viennent jusque dans nos bras prendre à la gorge nos braves petits artisans chauffeurs de taxi sans défense. Cette diabolisation permet de projeter l’image très dangereuse selon laquelle la France, c’est l’artisanat, et la technologie, ce sont les Etats-Unis.

Dans la foulée de cette vision manichéenne, un autre fantasme s’est imposé, qui repose sur l’idée totalement paradoxale selon laquelle l’économie collaborative, c’est l’individualisme néo-libéral qui refuse de cotiser à la sécurité sociale et donc de financer solidarité, alors que l’économie réglementée serait pour sa part respectueuse des grandes valeurs humanistes dont se pare l’économie traditionnelle.

L’économie collaborative et la concurrence déloyale

Sur le premier mythe, celui de la concurrence déloyale, il faut tout de même remettre les pendules à l’heure.

Premier point: la première concurrence déloyale est exercée par ceux qui s’abritent derrière une réglementation monopolistique pour empêcher les nouveaux d’arriver. Exemple: la profession de chauffeur de taxi est réglementée et contingentée. Autrement dit, pour acquérir le droit de transporter des personnes en « maraude », il faut acheter une licence à des prix parfois prohibitifs. Ceux qui n’ont pas de licence n’ont pas le droit de s’arrêter dans la rue pour une charger une personne qui le demande, et de lui demander un prix en échange de ce service.

Deuxième point: les réglementations imposées aux professions sont voulues par les acteurs mûrs sur le marché pour empêcher tout nouvel acteur d’y entrer. Les services de l’Etat sont là pour veiller au grain et favoriser les rentiers au détriment des challengers. Le cas des plate-formes collaboratives dans le secteur financier en donnent la preuve. Les banques obtiennent de Bercy des corsets réglementaires qui limitent la concurrence des nouveaux acteurs.

« il est nécessaire de prendre des précautions par rapport à l’émergence de ces nouveaux acteurs. Le développement des fintech représente un challenge pour la réglementation. Il engendre un changement de paradigme car la réglementation financière a jusqu’à présent été bâtie autour des acteurs existants »,

a prévenu Corso Bavagnoli, chef du service du financement de l’économie à la direction générale du Trésor

Résultat: faire croire que ce sont les nouveaux acteurs qui exercent une concurrence déloyale est affligeant. La réalité est bien que ce sont les acteurs présents sur le marché qui utilisent leur pouvoir et leur influence auprès de l’Etat pour imposer des règles qui sont autant de concurrence déloyale contre les entreprises innovantes.

L’économie collaborative et la solidarité

Le mythe de la solidarité incarnée par les acteurs qui cotisent à la sécurité sociale contre les plateformes collaboratives qui ne cotisent pas est là encore un fantasme absolu qu’on ne saurait dénoncer avec trop de vigueur.

Comme le rappelle le rapport Terrasse, les acteurs de l’économie collaborative sont tous soumis à cotisation. Ils sont soient auto-entrepreneurs, soient sous statut d’indépendants. Toutes ces catégories relèvent du régime social des indépendants, dont les dysfonctionnements sont bien connus, mais prélèvent bel et bien des cotisations sur les produits encaissés.

Dans le conflit des taxis, les chauffeurs Uber ont été accusés de ne pas participer à l’effort de solidarité et de bénéficier d’une distorsion de charge. C’est évidemment faux, et les taxis ont habilement dissimulé l’exploitation scandaleuse à laquelle ils se livrent sur les chauffeurs salariés. Le coût de location d’une voiture pour un « salarié » est proche de 100 euros par jour, sans compter le carburant. Autrement dit, pour qu’un salarié commence à gagner sa vie dans le monde du taxi, il doit empocher au moins 120 euros par jour pour le propriétaire de la licence avant de commencer à se nourrir.

Pourquoi ces grands défenseurs de la solidarité et de la sécurité sociale n’expliquent-ils pas qu’être salarié dans le monde du taxi, c’est apporter 3.000 euros par mois de rente à un propriétaire, alors que, chez Uber, aucune de ces coûteuses intermédiations n’existe?

La France fâchée avec l’économie collaborative

Il ne s’agit pas, ici, de présenter Uber comme une panacée. Le modèle Uber a des défauts et, comme tout modèle, il mérite d’avoir des concurrents. Tout le sujet porte sur le symbolisme d’Uber. Uber ne résume pas l’économie collaborative, mais la diabolisation dont il fait l’objet permet de fâcher la France avec l’économie de demain, au nom d’une absurde défense des rentes.

Et la France mérite mieux que cette vision passéiste du monde et du rôle qu’elle y joue.

 

L’Union a-t-elle aidé à l’élection d’Erdogan en 2015?

L’Union a-t-elle favorisé l’élection d’Erdogan l’islamiste, soutien de Daesh, en 2015? Le site grec Euro2day vient de faire éclater une véritable bombe diplomatique en publiant les minutes de la réunion européenne du 16 novembre où l’Union a négocié avec Erdogan l’installation de camps de réfugiés en Turquie pour tarir le flot des migrants vers l’Europe. Les détails qui sont donnés sont particulièrement édifiants, en particulier quant au ton vindicatif d’Erdogan qui a reproché à l’Europe de mégoter sur 3 milliards d’aide à la Turquie quand la Grèce en avait reçu 400…

On notera par exemple cet échange:

Tusk indique la difficulté actuelle de la situation dans l’Union. Certains Etats-Membres sont prêts à arrêter Schengen, notamment depuis les attentats de Paris. Sans perspective d’un accord rapide <avec la Turquie>, les choses pourraient devenir dramatiques. Et nous voulons vraiment un accord avec la Turquie.

Erdogan demande rhétoriquement: « Et que ferez-vous des réfugiés si nous ne trouvons pas d’accord? vous allez les tuer? »

Erdogan aidé par l’Union?

Mais la véritable bombe diplomatique n’est pas là. Elle tient plutôt aux détails des concessions obtenues par Erdogan en échange de sa politique de compromis relatif sur la question des réfugiés. En particulier, on relèvera cette tirade de Juncker:

Source: Euro2day.gr
Source: Euro2day.gr

« Remarquez, s’il vous plaît, que nous avons repoussé la publication du rapport de progrès après les élections turques. Et nous avons été critiqués pour ce report. »

Où l’on apprend que la Commission Européenne a donné des coups de pouce à Erdogan pour qu’il soit réélu, malgré ses accointances avec Daesh, malgré la répression féroce qu’il exerce contre la presse, malgré son appartenance à un parti islamiste…

Erdogan instrumentalise la crise des migrants

Pendant ce temps, l’organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence de l’ONU, vient de confirmer que la vague de migrants en 2016 serait bien plus puissante qu’en 2015. Les chiffres pour le seul mois de janvier montrent que l’Europe a d’ores et déjà accueilli près de 70.000 personnes pour le seul mois de janvier 2016, contre 5.000 le même mois de l’année précédente.

Voici le détail des chiffres:

migrants
Source: OIM

On notera en particulier que la Grèce est soumise à un véritable raz-de-marée au moment même où la crise économique la frappe durement.

Erdogan a une vague de migrants prête pour 2016?

Aujourd’hui, tous les signes avant-coureurs d’une année très dure en termes de flux migratoires sont donc réunis. Non seulement les flux d’arrivées sont importants alors que nombre de pays d’Europe ont annoncé le durcissement de leur politique d’accueil, mais de nouvelles vagues de réfugiés se forment en Syrie pour échapper aux combats dans le nord du pays.

Tout indique que les rangs des réfugiés en Turquie devraient donc encore grossir, renforçant le « stock » de 2,5 millions de déplacés dont certains (beaucoup?) sont candidats au départ vers l’Europe ou l’Amérique.

L’Europe sans réponse claire face à Erdogan

Ajoutons qu’à ce stade, l’Europe n’a aucune stratégie claire pour faire face à cette future vague migratoire. Schengen est toujours en place, Frontex n’a pas de pouvoir identifié et se contente de recueillir les migrants en mer, et Merkel négocie avec la Turquie comme si les relations germano-turques n’avaient pas changé depuis 1914.

Bref, le printemps devrait apporter un nouveau désastre dont l’Europe mettra des mois à mesurer l’amplitude et des années à réparer les dégâts.