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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Crise de l’élevage: 5 scandaleux mensonges officiels

La crise de l’élevage en France n’en finit pas, et le gouvernement n’en finit pas de ne pas la finir. La semaine qui vient devrait être « critique » pour François Hollande sur ce front, et déjà les mensonges vont bon train sur la réalité des solutions qui sont en passe d’être prononcées. En voici un petit décryptage.

Premier mensonge: la crise de l’élevage et la responsabilité de Hollande!

La crise de l’élevage en France, au sens large (filière porcine, filière lait), a connu une accélération depuis deux ans, sous l’effet de deux coups de boutoir.

Le premier s’appelle l’embargo russe, qui a brutalement réduit les débouchés agricoles européens de 10%. Cet embargo est une réponse aux sanctions décidées par l’Union contre la Russie dans le cadre de la crise ukrainienne. Sur ce point, la France s’est contentée de suivre l’Allemagne, mais François Hollande est politiquement responsable de la décision.

Le second s’appelle la suppression des quotas laitiers dans le cadre de la PAC, intervenue en avril 2015. Cette libéralisation du marché a profité aux exploitations du nord de l’Europe dans l’indifférence manifeste du ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Là encore, François Hollande porte la responsabilité politique de cette situation.

En se dégageant complètement de la situation, François Hollande commet donc un premier mensonge.

Deuxième mensonge: la crise de l’élevage en urgence

Les appels à l’aide de la filière viande en France se multiplient depuis deux ans. Voici, par exemple, ce que certains avaient publié à l’époque:

Chacun découvre, ou va découvrir, mais un peu tard que les productions animales et la transformation agroalimentaire sont délocalisables. Toute la filière est impactée. Des abattoirs continuent de mettre la clé sous la porte. Les suppressions de postes et fermetures d’industries agroalimentaires se poursuivent. Avec des retombées sur l’emploi, l’économie et la vie locale.

La crise qui frappe n’a donc rien de nouveau. Elle est annoncée, décrite, répétée sans relâche depuis deux ans, dans l’indifférence complète des élites parisiennes.

En faisant mine de découvrir la situation, et en la traitant sous le coup d’une urgence totalement simulée, le gouvernement omet donc les avertissements qu’il reçoit de façon très régulière depuis deux ans.

Troisième mensonge: libre-échange et crise de l’élevage

Pour expliquer la crise,le gouvernement et les éleveurs ont recours à un joli petit mensonge qui fonctionne toujours à merveille. À les entendre, la France subit une véritable attaque frontale de produits étrangers sans possibilité de répliquer.

La France importe 44 % des poulets consommés sur son territoire, contre 8 % en 1990. Et produit deux millions de porcs de moins qu’en 2010.

C’est comme si le libre-échange ne fonctionnait que dans un seul sens: celui de l’importation. Manifestement, les agriculteurs français oublient de dire qu’ils sont aussi tout à fait libres d’exporter, et qu’ils ne s’en privent d’ailleurs pas. Voici un petit graphique qui en montre le détail:

Exportations agricoles françaises en millions €
Exportations agricoles françaises en millions € – Source: Ministère de l’Agriculture

On le voit, depuis 1998, les exportations agricoles françaises ont pratiquement doublé en valeur, passant d’environ 30 milliards annuels à près de 60 milliards.

À ce constat, deux bémols doivent être ajoutés. D’abord, l’année 2014, date de l’embargo russe, marque bel et bien une inversion de la tendance. Ensuite, le phénomène est beaucoup moins marqué dans l’Union Européenne où existe un marché unique. Autrement dit, l’agriculture française est plus à l’aise avec des pays où elle est pourtant pénalisée par des barrières douanières, qu’avec des pays où elle peut exporter sans barrière…

L’analyse des ventes par produit permet de mesurer mieux encore le phénomène:

Exportations de certains produits agricoles - Source: ministère de l'Agriculture
Exportations de certains produits agricoles – Source: ministère de l’Agriculture

Contrairement aux idées reçues, le lait français se vend très bien à l’étranger, surtout hors de l’Union Européenne. Sur la viande, la progression hors Union Européenne était plutôt appréciable jusqu’à l’embargo russe. Sur les animaux vivants, la progression est moins appréciable, surtout dans l’Union. Ces courbes montrent en tout cas que l’agriculture française peut profiter de l’exportation au moins autant que ses concurrents.

Imaginer que le protectionnisme bénéficierait à nos agriculteurs constitue donc un pari très hasardeux, qui mérite en tout cas une réflexion appuyée.

Quatrième mensonge: baisse des charges et crise de l’élevage

Dans son intervention télévisée le soir du remaniement, François Hollande a annoncé une « baisse des charges » pour les éleveurs. Il faut bien entendu redire ici combien cette affirmation est mensongère par omission.

Si les charges baissent, cela signifie d’abord que la protection sociale des agriculteurs coûte trop cher, alors qu’elle est déjà en déficit d’environ 3 milliards d’euros. Manifestement, personne ne souhaite aborder le problème d’une couverture sociale excessive des agriculteurs au vu de leurs contributions au système.

Quand François Hollande annonce une baisse des charges pour les éleveurs à protection sociale constante, il prend donc bien garde à ne pas dire qu’il va augmenter les charges des autres, et en particulier des consommateurs. Ceux-ci devront porter, peu ou prou, l’aggravation des déficits du régime agricole.

La baisse des charges pour les agriculteurs revient donc à faire payer le consommateur pour les éleveurs. Mais personne ne le dit, bien entendu.

Cinquième mensonge: la crise de l’élevage sera réglée par une hausse des prix

Alors que des Français peinent à boucler leurs fins de mois et regardent au moindre gramme de viande qu’ils vont acheter, le gouvernement Valls a pondu un communiqué hallucinant hier:

« Au vu de la situation particulièrement grave dans laquelle se trouvent les éleveurs français, les ministres ont indiqué très clairement aux entreprises de la distribution et de la transformation qu’il n’était pas acceptable que les négociations commerciales conduisent en 2016 à des baisses de prix pour les filières en difficulté, en particulier pour les produits laitiers »

La France est le seul pays du monde où le gouvernement se bat pour la cherté des produits alimentaires.

En soi, cette mesure qui consiste à demander à 65 millions de Français de sacrifier leur pouvoir d’achat pour faire vivre une poignée d’éleveurs est une aberration, qui prouve une fois de plus toute l’hypocrisie et la fausseté de la notion de solidarité. Surtout, cette mesure est évidemment contre-productive: plus la viande française sera chère, moins les Français et les Européens l’achèteront.

La seule solution durable consiste à réorganiser la filière viande pour la rendre compétitive par rapport à nos voisins européens, étant entendu que la politique de sanction européenne contre la Russie est suicidaire.

 

 

 

Le remaniement, crépuscule du hollandisme

Le spectacle donné par le brillant remaniement de François Hollande et de Manuel Valls n’en finit pas de susciter l’hilarité. Il donne la preuve, en tout cas, de la mauvaise santé du régime. Plus que jamais, le désordre, la prévarication et le népotisme triomphent. L’appétit individuel au détriment de l’intérêt général ne se cache même plus. Si François Hollande sonne bien le crépuscule de la Vè République, le remaniement sonne le crépuscule du hollandisme.

Le remaniement et l’extravagant M. Fabius

Après avoir passé plusieurs années, comme ministre des Affaires d’Etrangères, à flatter les intérêts américains et combattre les régimes laïques du Moyen-Orient, Laurent Fabius entame une retraite bien méritée à la présidence du Conseil Constitutionnel. Ce cadeau ne suffisant pas, il souhaite cumuler cette fonction avec celle de président de la COP 21, histoire de bien montrer à tous ceux qui voudraient soulever une question prioritaire de constitutionnalité dans le domaine de l’écologie quelle sera l’issue finale du dossier.

Bien entendu, Laurent Fabius s’est empressé d’expliquer qu’il se « déporterait » dans l’hypothèse malheureuse où le cas de figure se présenterait. Un président de Cour qui ne peut siéger pour partialité dans l’affaire! excellente entrée en matière. On ne pouvait rêver mieux pour amoindrir la fonction.

Même Ségolène Royal s’en inquiète. Il faut dire que, dans cette farce, elle joue le rôle de la dinde: non seulement elle n’a pas existé dans la COP 21, mais elle n’y existera pas après. Fabius ne lui laissera même pas les miettes du gâteau.

Le remaniement et l’extravagante Mme Cosse

De son côté, Emmanuelle Cosse, l’ancienne gourou des Verts devenue ministre du Logement, ne manque pas une occasion de savonner la planche de l’ensemble de l’équipe. Non seulement elle jure n’avoir rien « marchandé », mais elle soutient maintenir son opposition à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Traduction: je n’ai rien demandé en échange de mon entrée au gouvernement! j’étais tellement pressée de quitter le panier des crabes Verts pour avoir une voiture de fonction et un chauffeur! En revanche, je compte bien ne pas respecter la solidarité gouvernementale.

On s’en amuse par avance. Qui plus est, Cosse a permis un spectacle inédit: désormais, les Verts rient jaune.

Le remaniement et l’extravagant M. Ayrault

Jean-Marc Ayrault a déjà commencé à confirmer de manière éclatante le dicton scout: nul un jour, nul toujours. À peine arrivé au Quai d’Orsay, il s’est fendu d’une brillante déclaration qui prouve qu’il n’a pas profité de sa cure de députation pour s’appareiller et corriger sa surdité.

« La France et l’Allemagne, dont les initiatives communes sont déterminantes et seront déterminantes, mais également tous les Etats membres de l’Union européenne, doivent se retrouver rapidement sur une ambition renouvelée », a-t-il ajouté. « Ce sont non seulement la cohésion et la solidarité de l’Europe qui sont en jeu mais aussi la survie du projet européen lui-même ».

Alors que, de partout, les appels à une modification en profondeur du projet européen fleurissent, alors que l’Union est au bord du Brexit, Ayrault nous annonce déjà qu’il reprend le marteau-piqueur en main et qu’il compte bien forer droit.

Le remaniement et l’extravagante Mme Azoulay

Le pompon de la journée revient bien entendu à l’éviction de Fleur Pellerin, la ministre de la Culture qui ne lisait pas de roman. Quelques heures avant son départ, elle annonçait encore urbi et orbi qu’elle était sûre de rester au gouvernement. Tant de clairvoyance réjouit l’esprit! Un quart d’heure avant l’annonce officielle du remaniement, Jean-Marie Le Guen l’aurait « affectueusement » prise dans ses bras pour lui dire: « Tu as été débranchée ». C’est mignon ça?

Selon Le Point, François Hollande l’a ensuite appelée pour lui dire qu’il avait besoin de quelqu’un qui « fasse de la politique ». Pour cette raison, il a choisi une fonctionnaire sans aucun mandat pour la remplacer: Audrey Azoulay, copine, selon la rumeur, de Julie Gayet.

Placer les favorites de sa maîtresse, ou la politique selon François Hollande.

Les semaines à venir devraient être très divertissantes pour tous ceux qui aiment le spectacle d’un corps social en putréfaction.

Remaniement: un Vert, ça va, trois Verts, bonjour les dégâts!

Quatre ans après son arrivée au pouvoir, François Hollande apparaît bel et bien comme un maniaque du remaniement. Sous Ayrault, déjà, il avait fait le coup, contraint par les événements, notamment par la brillante affaire Cahuzac qui s’était terminée par une remarquable mise en examen après plusieurs mois de stratégie de l’autruche sur un dossier que tout le monde connaissait.

Encore une fois, sous le coup des événements, François Hollande remanie dans des conditions qui ont laissé perplexe l’ensemble des observateurs. Après avoir annoncé que, cette fois, il ne s’agirait pas d’un replâtrage, le Président a définitivement gagné son surnom de « Mr Bricolage » tant la lisibilité politique de la mesure est faible.

Le copinage, maladie congénitale du hollandisme

À la lecture de la nouvelle composition gouvernementale, ce qui a sauté aux yeux, bien entendu, c’est la puissance du copinage dans la décision publique. La nouvelle ministre de la Culture en est la caricature. Sans aucun mandat électif, l’intéressée est sortie du chapeau élyséen pour aller dire dans les concerts et les représentations du soir: « C’est vachement bien ce que vous faites », ou la mondanité comme doctrine politique.

On peut en tout cas être sûr que sa proximité avec l’Elysée lui évitera de laisser passer des bourdes comme une convention d’assurance-chômage qui mènerait la vie trop dure aux intermittents du spectacle, si bien défendus par les moitiés officielles de Matignon et du palais. En revanche, elle aura le bon goût de ne pas condamner un texte (sur le chômage) qui, dans le même temps, introduirait une dégressivité pour tous ceux qui sont loin du pouvoir ou qui n’ont pas le privilège de partager la couche royale.

Avec cette nomination, François Hollande n’a même pas atteint le degré zéro de la politique culturelle, sujet sur lequel la gauche aime à s’inventer une supériorité. En matière de culture, François Hollande a tellement creusé le sol qu’il devrait bientôt trouver du gaz de schiste sous la Comédie Française.

Les Verts sont dans le fruit

Au-delà de ces nominations anecdotiques pour des « filles bien » qu’on a envie de récompenser, c’est évidemment l’entrée des Verts qui fait jaser. Et, sur ce chapitre, Hollande n’y est pas allé de main morte.

On aurait pu imaginer qu’il se contentât de réserver un fauteuil, pour des motifs purement partisans, à la gourou Emmanuelle Cosse, histoire de bien tailler des croupières à Cécile Duflot, dans l’hypothèse où elle s’imaginerait se présenter aux présidentielles. L’ex-ministre de l’Ecologie n’aura bientôt plus que ses yeux pour pleurer et prendre des postures au gré des humeurs et des vents: le parti qu’Emmanuelle Cosse laisse derrière elle est plus proche du Berlin 1945 que de la formation faite pour gagner.

Cosse, oui, mais Placé? mais Pompili? Ces deux-là, qui ont quitté le parti et se contentent désormais d’un strapontin en récompense de leurs services au Sénat et à l’Assemblée, quelle doctrine vont-ils porter?

Le remaniement aurait pu avoir une signification politique. Il aurait pu envoyer un « message » idéologique dans la perspective de 2017. Dans l’esprit de François Hollande, c’est sans doute le cas, mais le pays et lui ne mettent pas, sous le mot idéologie, le même sens. Pour les Français, un message idéologique porte sur l’orientation politique du gouvernement, et surtout de François Hollande après 2017. Pour François Hollande, l’idéologie est simplement faite de « coups » et de manoeuvres tactiques destinées à promouvoir des intérêts immédiats.

Ainsi, une promesse de referendum local à Nantes sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes règle définitivement le problème de l’orientation écologique du gouvernement.

Les Verts entament une longue traversée du désert

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que d’avoir mené dans le même trimestre la COP 21 et la mise en déroute du parti écologiste en France. L’écologie sera d’Etat ou ne sera pas. François Hollande vient de prouver qu’en matière d’environnement, il n’est pas d’ambition qui ne soit portée par les pouvoirs publics. Tout parti qui s’imaginerait s’occuper de ses affaires est voué à la marginalisation et au phagocytage.

Voilà bien la leçon que nous retirerons du remaniement: Hollande vient de passer une partie de la gauche de la gauche au napalm. Il faudra 10 ans à Cécile Duflot pour relever les ruines de son parti. Décidément, en matière de bricolage politique, François Hollande est imbattable.

Le logement, zone sinistrée de la Hollandie

Le remaniement ministériel reconduit une écologiste au ministère du Logement. En l’espèce, c’est Emmanuelle Cosse qui prend le maroquin. Le coup est bien joué d’un point de vue partisan: il divise une formation politique affaiblie depuis l’arrivée de Hollande au pouvoir. Si l’on met à part, l’intérêt général, on saluera donc l’ultime coup porté à un parti en déliquescence. Cette façon rusée de torpiller une candidature de Cécile Duflot en 2017, qui pourra se dresser sur un champ de ruines gauchisantes, fait les gorges chaudes des lambris hollandais. 

Si l’on examine le sujet du point de vue de l’intérêt général, en revanche, la France peut quand même se faire du souci.

Emmanuelle Cosse choisie parce qu’elle ne connaît rien au logement

De la vraie vie, Emmanuelle Cosse ne connaît véritablement que le syndicalisme lycéen et l’action associative dans les milieux homosexuels. Elle fait partie de cette caste qui monopolise le pouvoir en France, dont la seule épaisseur est celle des moquettes qu’ils arpentent dans les couloirs des palais républicains, à la recherche d’un poste, d’un titre ronflant, d’une médaille plus ou moins en chocolat, d’un fromage qui les nourrira le temps qu’une autre majorité arrive. Courtiser, courber l’échine, murmurer dans les couloirs, flatter, exécuter des basses oeuvres, telle est la déontologie de ces hiérarques qui n’ont de l’intérêt général qu’une conception immédiatement matérielle et prédatrice. 

A un an des élections présidentielles, les Français, pourtant majoritairement écoeurés par la déliquescence du régime à laquelle François Hollande a donné un visage, et le Parti Socialiste un nom, savent pourquoi Emmanuelle Cosse est nommée. Pour régler la crise du logement? certainement pas, ce sera le cadet de ses soucis et la technostructure prendra bien garde à ce qu’elle ne s’occupe d’aucun des dossiers qui pourraient supposer une intervention de la ministre. Elle est simplement là pour affaiblir une faction et en renforcer une autre. Elle décorera son ministère comme les roses décorent un pot de fleurs, et elle sera le prétexte à une division supplémentaire parmi ceux qui pourraient faire barrage à une candidature du Président à sa propre succession. 

Quelle superbe époque nous vivons, celle qui veut que les incompétents soient nommés là où les compétents sont écartés!

Le logement, zone sinistrée du royaume hollandais

A certains égards, toutefois, on se félicitera de la nomination d’une parfaite incompétente à ce ministère. L’inconvénient de ce genre de nomination tient au fait qu’elle n’y fera rien. Si l’on se rappelle l’activisme de Cécile Duflot, cette passivité est aussi un avantage, et, au fond, une quasi-certitude de non-échec autant que de non-réussite. Vu les dégâts subis depuis quatre ans dans ce domaine, cette espèce de pari sur la médiocrité est probablement la moins pire chose qui puisse survenir.

Quelques chiffres suffiront à illustrer les dégâts produits par la gauche en matière de logement depuis 2012. Ainsi, en 2014, moins de 400.000 logements ont été construits en France. En 1980, on avait compté 500.000 construction, alors que la France comptait 10 millions d’habitants en moins, et que le nombre de divorces était moins important. Autrement dit, en 35 ans, le nombre de logements construit a baissé en France alors que les besoins augmentent. 

Mais ce chiffre en lui-même n’est rien s’il n’est pas décomposé. 

En 1980 comme en 2014, la France a construit 188.000 logements collectifs, c’est-à-dire des appartements dans des immeubles. Sur la même période, le nombre de constructions individuelles est passé de 231.000 à 112.000. 

En dehors de 1993, qui fut une année de crise terrible, la France n’avait jamais construit aussi peu de logements individuels qu’en 2014 sur les 35 dernières années. Ce chiffre-là est terrifiant car il concentre en lui-même toute la haine que François Hollande porte aux classes moyennes, ce malin plaisir qu’il a pris à dénoncer « les riches » qui gagnent plus de 4.000 euros, qu’il a eu à pénaliser tous ceux qui avaient un petit quelque chose pour flatter dans le sens du poil ceux qui ont encore moins. Que les uns paient pour les autres!

Le logement ou le retour du collectivisme

En réalité, la gauche a beaucoup parlé de logement social, a beaucoup dénoncé les apartheids français. Dans la pratique, elle en a été une productrice active. Partout où les Français pouvaient améliorer leur condition, accéder à un chez eux, même petit, elle a sévi. Les grands bourgeois de la gauche au pouvoir n’ont pas eu de mépris assez dur pour ceux qui rêvaient d’avoir leur maison à eux. Mais qu’ils se contentent plutôt de leur HLM! qu’ils demandent des allocations! qu’ils réclament une ZEP, une ZUP, une incitation fiscale! qui sont ces manants qui imaginent pouvoir vivre sans l’aide de l’Etat?

La politique du logement depuis 2012 est une longue apologie du logement social collectif, et un long plaidoyer de haine contre l’émancipation individuelle par l’accession à la propriété. Dans le malaise français, ce phénomène-là est discret, mais il pèse lourd. 

Remaniement ou krach boursier: quel est le plus important?

Le remaniement semble exciter les passions françaises, en tout cas sur les réseaux sociaux. On se demande bien pourquoi, puisque le gouvernement Valls 3 ne fera rien, ou presque. Il communiquera et occupera le terrain des postures pour que rien ne change. Il est d’ailleurs un gouvernement de « maréchal », c’est-à-dire de bâtons qu’on donne aux amis fidèles avant de plier bagage. L’ironie veut que l’annonce de ce remaniement tombe à un moment bien plus dramatique pour la conjoncture mondiale: celui d’un krach boursier qui risque d’annoncer bien des souffrances…

Le remaniement des maréchaux

Pour sa dernière année de dévastation à la tête du pays, François Hollande ne déçoit pas. Il récompense quelques amis avant de fermer boutique.

C’est le cas pour Audrey Azoulay, qui reçoit le hochet de la Culture, devenu une sorte de salon de réception pour les danseuses au pouvoir. Le job de la ministre consistera essentiellement à divertir les favorites qui crèchent à l’Elysée et à Matignon. On ne pouvait rêver de destin plus symbolique, mieux illustratif, plus drôlatique, pour l’héritage de De Gaulle et de Malraux.

C’est aussi le cas pour la bande des nains verts qui récolte enfin les fruits de son avilissement cultivé depuis des mois. Jean-Vincent Placé, enfin, accède à un maroquin, comme Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse. Ce choix permet évidemment à François Hollande, le Machiavelito, d’espérer torpiller les Verts à l’horizon de la primaire de la gauche.

Bref, Hollande distribue les friandises aux bons élèves, et tout ceci n’a aucun impact, n’aura aucun impact dans les quinze mois à venir, sur la vie des Français, si ce n’est que le paquebot de la technostructure dérivera toujours un peu plus faute d’un gouvernement intéressé par les dossiers qu’il traite.

Remaniement et krach boursier

Un peu plus importante était l’audition de Janet Yellen, la présidente de la FED, hier, au Congrès américain. La banquière centrale la plus puissante du monde a fait mine de découvrir qu’il existait des taux négatifs en Europe et au Japon. Elle a soutenu que l’activité américaine se porterait bien, coûte-que-coûte, et que rien ne s’opposait à ce que la FED continue à relever ses taux directeurs.

Pour l’ensemble de la planète, la fin des commodités monétaires et le retour à la vérité des prix est une source de stress. Les injections massives de liquidité qui ont eu le même effet, au fil des mois, que des injections d’héroïne et des rails de cocaïne dans les bureaux de Wall Street, c’est-à-dire qu’elles ont permis à tout le monde de voir des éléphants roses là où les usines fermaient, devraient s’arrêter.

Les financiers n’apprécient pas du tout cette interruption de leur traitement addictif. Ils vendent massivement, notamment leurs actions bancaires, parce qu’ils sont convaincus que la remontée des taux va tuer les banquiers. Le phénomène s’explique de plusieurs façons.

Premièrement, la remontée des taux aux US devrait absorber les liquidités placées un peu partout dans le monde, attirées par la rémunération américaine. Mécaniquement, l’argent deviendra plus rare dans le reste du monde, donc plus cher. Les marges bancaires devraient donc diminuer.

Deuxièmement, la remontée des taux devrait achever les vagues signes de reprise mondiale et, une fois de plus, amenuiser les perspectives de profit bancaire. Beaucoup parient sur des faillites en série, faute de fonds propres suffisants dans les banques.

Bref, la situation financière mondiale ressemble à une gangrène: elle pue de plus en plus, et en dehors de l’amputation en urgence avant que le corps en entier n’entre en putréfaction, on voit mal comment s’en sortir.

Et ça, c’est beaucoup plus important que les mouvements de la Cour autour de François Hollande.

 

Krach boursier: les banques s’effondrent

La bourse de Paris est aujourd’hui le théâtre d’un krach spectaculaire. Le CAC 40 perd 4% à 10h30, avec d’impressionnants effondrements bancaires. La BNP perd plus de 6%, la Société Générale en perd presque 15!

Manifestement, nos banques nous jouent encore des tours, et on s’en amusera discrètement… Rappelons ici que les premiers stress tests européens ont été menés par la nouvelle autorité bancaire européenne à l’automne 2015. Les résultats ne sont pas encore publiés, mais les mauvais esprits imagineront volontiers que le krach en cours est d’abord le fait des initiés qui connaissent la fragilité des banques européennes.

Au fait… la Réserve Fédérale américaine doit s’exprimer aujourd’hui sur sa politique de taux. Si la FED relève ceux-ci, la crise obligataire risque de sévir.

Et dire que Michel Sapin compte sur une accélération de la croissance en 2016 pour faire baisser le chômage…

RSA: travailler, est-ce stigmatisant?

Peut-on demander à un bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) de fournir un travail en échange de son allocation? Le conseil général du Haut-Rhin le propose, en insistant sur la difficulté financière grandissante que les départements rencontrent face à l’explosion de cette allocation. On ressort médusé par les arguments que les adversaires de cette mesure utilisent pour la combattre.

Le RSA et le travail, un petit rappel

Rappelons d’abord que le RSA s’est substitué au RMI précisément pour inciter ses allocataires à travailler. L’idée consistait à l’époque à ne pas décourager les bénéficiaires du dispositif de reprendre un emploi. S’est donc mise en place une allocation différentielle destinée à lutter contre les « trappes à pauvreté » créées par les minima sociaux.

C’est pour cette raison que la perception du RSA est subordonnée à une recherche active d’un emploi, comme le précise le site du Service Public:

Si vous percevez le revenu de solidarité active (RSA), vous devez rechercher un emploi. Vous bénéficiez d’un accompagnement social et professionnel selon vos besoins.

Il n’a donc jamais été question de verser des revenus à des allocataires sans les pousser à reprendre un travail. Cette incitation à l’emploi est au coeur du dispositif.

Le RSA dans le Haut-Rhin

Pour beaucoup de départements, le versement du RSA constitue toutefois une charge importante, qui conduit à exercer une véritable pression fiscale sur ceux qui ne le perçoivent pas. C’est dans ces termes qu’il faut poser la question de la solidarité: comment peut-on imaginer que des ménages qui peinent à payer des impôts locaux de plus en plus élevés puissent ne pas mal vivre une situation où le fardeau s’alourdit pour financer des allocations versées sans contrepartie claire?

La proposition formulée dans le Haut-Rhin de subordonner le versement du RSA à des travaux d’intérêt général dans le monde associatif peut donc être critiquée sur la forme. Mais, dans son esprit, elle s’inspire bien de l’idée très solidaire selon laquelle ceux qui reçoivent doivent aussi contribuer.

Le RSA et la stigmatisation

Les bras nous en tombent donc lorsque, sous la plume du président du conseil général de Loire-Atlantique, le bien nommé Philippe Grosvalet, on lit une tribune soutenant le contraire.

Arrêtons la caricature, les allocataires du RSA veulent sortir des minima sociaux par le travail sans être stigmatisés parce qu’ils reçoivent une allocation qui ne leur permet que de survivre.

Mais en quoi demander à un allocataire du RSA de travailler est-il stigmatisant? alors que le principe de l’allocation est de l’amener vers l’emploi? Personne ne juge utile d’expliquer ce paradoxe…

En revanche, dans les entreprises, nous mesurons quotidiennement les dégâts cataclysmiques produits par ce raisonnement implicite qui consiste à soutenir qu’un travail en échange d’un revenu est une idée dégradante qui procède de l’exploitation de l’homme par l’homme. Certains évitent soigneusement de penser que si toute peine mérite salaire, tout salaire mérite une peine.

La place du RSA dans le gouvernement profond

Face à ces apparents paradoxes qui confinent au déni, l’esprit s’embrouille: comment peut-on laisser imaginer que le revenu de solidarité active serait source d’humiliation ou de stigmatisation dès lors que son versement, qui est une charge pour la collectivité, devrait s’accompagner d’une contribution à la collectivité qui le finance?

Pour comprendre cet apparent syllogisme, il faut sans doute faire un détour par la pensée cachée du gouvernement profond qui conçoit et met en oeuvre nos politiques sociales, et spécialement nos politiques non-contributives (toutes celles qui sont financées par l’impôt).

Il y a quelques années, la technostructure s’est rendue à l’évidence: dans l’écrasante majorité des cas, le RMI était une ornière. Ceux qui le percevaient revenaient rarement vers l’emploi, notamment parce que le retour à l’emploi se traduisait par un effet de seuil: la perte brutale d’allocations était mal compensée par les revenus du travail. Cette vieille tarte à la crème de la trappe à pauvreté a fait perdre bien des cheveux aux crânes d’oeuf qui ont cogité sur le sujet.

La technostructure qui nous gouverne s’est donc mise en tête d’imaginer une technique qui ne « désincite » pas à chercher un travail, mais qui ne fasse pas de vague.

Pourquoi ne pas faire de vague? parce que le minima social est d’abord inventé pour fabriquer de la paix sociale. Le RSA, c’est la pauvreté rendue supportable ou tolérable, c’est la feuille de coca du travailleur péruvien épuisé par le boulot, c’est le joint qu’on fume pour oublier sa misère, c’est la fumerie d’opium pour dissimuler la désespérance. Il ne faut donc surtout pas mettre en place un système qui laisserait croire que l’allocataire est assujetti à une obligation.

Que ce dispositif soit financé par les classes moyennes ne gêne évidemment personne. Les pauvres sont nourris par les un peu moins pauvres. C’est ce qu’on appelle le pacte républicain depuis une vingtaine d’années. Comme dit Philippe Grosvalet:

La solidarité de la nation envers les plus fragiles, c’est ce qui fonde notre pacte républicain.

Entendez la solidarité des classes moyennes envers les plus fragiles, consistant à demander aux uns de faire vivre les autres, fonde le pacte républicain.

Telle est la vision du gouvernement profond: préserver la paix sociale en transférant les richesses d’une partie de la société vers l’autre partie, sans, bien entendu, toucher aux règles du jeu économique qui expliquent ces inégalités. De cette manière, l’ordre social n’est pas contesté, et cette neutralisation de la grogne représente un coût neutre pour l’ensemble. Dans ce monde-là, la technostructure peut continuer à monopoliser le pouvoir avec le consentement des plus pauvres.

Le RSA et le pacte républicain

Il existe pourtant une autre vision du pacte républicain qui consiste à dire que le minima social est la version la plus ancienne du revenu universel. De ce point de vue, demander à un bénéficiaire d’un minima d’apporter une contribution positive à la collectivité, c’est aussi une façon très moderne de dissocier le travail et l’emploi, le revenu et le contrat de travail.

Mais cette modernité-là responsabilise chacun, donne à chacun un statut au nom duquel il peut revendiquer ou contester. Et ça, c’est  incompatible avec la grande hypnose qui nous domine.

Economie collaborative: faut-il la réglementer?

Dans la foulée du rapport Terrasse, c’est le principe même d’une réglementation sur l’économie collaborative qui se pose. La question est centrale pour l’avenir du pays: la France doit-elle multiplier les textes réglementaires pour encadrer le secteur naissant du Net, ou bien doit-elle le laisser prospérer avant de l’encadrer?

L’économie collaborative et ses mythes

À l’occasion du conflit des taxis, un mythe s’est répandu comme une traînée de poudre: les plateformes collaboratives pratiqueraient une concurrence déloyale par rapport à l’économie classique.

Pour nourrir ce fantasme grotesque, tous les éléments de la manipulation ont été mobilisés. Le premier a consisté à désigner la plateforme Uber comme le symbole de tous les ennemis à combattre: ces horribles multinationales américaines qui viennent jusque dans nos bras prendre à la gorge nos braves petits artisans chauffeurs de taxi sans défense. Cette diabolisation permet de projeter l’image très dangereuse selon laquelle la France, c’est l’artisanat, et la technologie, ce sont les Etats-Unis.

Dans la foulée de cette vision manichéenne, un autre fantasme s’est imposé, qui repose sur l’idée totalement paradoxale selon laquelle l’économie collaborative, c’est l’individualisme néo-libéral qui refuse de cotiser à la sécurité sociale et donc de financer solidarité, alors que l’économie réglementée serait pour sa part respectueuse des grandes valeurs humanistes dont se pare l’économie traditionnelle.

L’économie collaborative et la concurrence déloyale

Sur le premier mythe, celui de la concurrence déloyale, il faut tout de même remettre les pendules à l’heure.

Premier point: la première concurrence déloyale est exercée par ceux qui s’abritent derrière une réglementation monopolistique pour empêcher les nouveaux d’arriver. Exemple: la profession de chauffeur de taxi est réglementée et contingentée. Autrement dit, pour acquérir le droit de transporter des personnes en « maraude », il faut acheter une licence à des prix parfois prohibitifs. Ceux qui n’ont pas de licence n’ont pas le droit de s’arrêter dans la rue pour une charger une personne qui le demande, et de lui demander un prix en échange de ce service.

Deuxième point: les réglementations imposées aux professions sont voulues par les acteurs mûrs sur le marché pour empêcher tout nouvel acteur d’y entrer. Les services de l’Etat sont là pour veiller au grain et favoriser les rentiers au détriment des challengers. Le cas des plate-formes collaboratives dans le secteur financier en donnent la preuve. Les banques obtiennent de Bercy des corsets réglementaires qui limitent la concurrence des nouveaux acteurs.

« il est nécessaire de prendre des précautions par rapport à l’émergence de ces nouveaux acteurs. Le développement des fintech représente un challenge pour la réglementation. Il engendre un changement de paradigme car la réglementation financière a jusqu’à présent été bâtie autour des acteurs existants »,

a prévenu Corso Bavagnoli, chef du service du financement de l’économie à la direction générale du Trésor

Résultat: faire croire que ce sont les nouveaux acteurs qui exercent une concurrence déloyale est affligeant. La réalité est bien que ce sont les acteurs présents sur le marché qui utilisent leur pouvoir et leur influence auprès de l’Etat pour imposer des règles qui sont autant de concurrence déloyale contre les entreprises innovantes.

L’économie collaborative et la solidarité

Le mythe de la solidarité incarnée par les acteurs qui cotisent à la sécurité sociale contre les plateformes collaboratives qui ne cotisent pas est là encore un fantasme absolu qu’on ne saurait dénoncer avec trop de vigueur.

Comme le rappelle le rapport Terrasse, les acteurs de l’économie collaborative sont tous soumis à cotisation. Ils sont soient auto-entrepreneurs, soient sous statut d’indépendants. Toutes ces catégories relèvent du régime social des indépendants, dont les dysfonctionnements sont bien connus, mais prélèvent bel et bien des cotisations sur les produits encaissés.

Dans le conflit des taxis, les chauffeurs Uber ont été accusés de ne pas participer à l’effort de solidarité et de bénéficier d’une distorsion de charge. C’est évidemment faux, et les taxis ont habilement dissimulé l’exploitation scandaleuse à laquelle ils se livrent sur les chauffeurs salariés. Le coût de location d’une voiture pour un « salarié » est proche de 100 euros par jour, sans compter le carburant. Autrement dit, pour qu’un salarié commence à gagner sa vie dans le monde du taxi, il doit empocher au moins 120 euros par jour pour le propriétaire de la licence avant de commencer à se nourrir.

Pourquoi ces grands défenseurs de la solidarité et de la sécurité sociale n’expliquent-ils pas qu’être salarié dans le monde du taxi, c’est apporter 3.000 euros par mois de rente à un propriétaire, alors que, chez Uber, aucune de ces coûteuses intermédiations n’existe?

La France fâchée avec l’économie collaborative

Il ne s’agit pas, ici, de présenter Uber comme une panacée. Le modèle Uber a des défauts et, comme tout modèle, il mérite d’avoir des concurrents. Tout le sujet porte sur le symbolisme d’Uber. Uber ne résume pas l’économie collaborative, mais la diabolisation dont il fait l’objet permet de fâcher la France avec l’économie de demain, au nom d’une absurde défense des rentes.

Et la France mérite mieux que cette vision passéiste du monde et du rôle qu’elle y joue.

 

L’Union a-t-elle aidé à l’élection d’Erdogan en 2015?

L’Union a-t-elle favorisé l’élection d’Erdogan l’islamiste, soutien de Daesh, en 2015? Le site grec Euro2day vient de faire éclater une véritable bombe diplomatique en publiant les minutes de la réunion européenne du 16 novembre où l’Union a négocié avec Erdogan l’installation de camps de réfugiés en Turquie pour tarir le flot des migrants vers l’Europe. Les détails qui sont donnés sont particulièrement édifiants, en particulier quant au ton vindicatif d’Erdogan qui a reproché à l’Europe de mégoter sur 3 milliards d’aide à la Turquie quand la Grèce en avait reçu 400…

On notera par exemple cet échange:

Tusk indique la difficulté actuelle de la situation dans l’Union. Certains Etats-Membres sont prêts à arrêter Schengen, notamment depuis les attentats de Paris. Sans perspective d’un accord rapide <avec la Turquie>, les choses pourraient devenir dramatiques. Et nous voulons vraiment un accord avec la Turquie.

Erdogan demande rhétoriquement: « Et que ferez-vous des réfugiés si nous ne trouvons pas d’accord? vous allez les tuer? »

Erdogan aidé par l’Union?

Mais la véritable bombe diplomatique n’est pas là. Elle tient plutôt aux détails des concessions obtenues par Erdogan en échange de sa politique de compromis relatif sur la question des réfugiés. En particulier, on relèvera cette tirade de Juncker:

Source: Euro2day.gr
Source: Euro2day.gr

« Remarquez, s’il vous plaît, que nous avons repoussé la publication du rapport de progrès après les élections turques. Et nous avons été critiqués pour ce report. »

Où l’on apprend que la Commission Européenne a donné des coups de pouce à Erdogan pour qu’il soit réélu, malgré ses accointances avec Daesh, malgré la répression féroce qu’il exerce contre la presse, malgré son appartenance à un parti islamiste…

Erdogan instrumentalise la crise des migrants

Pendant ce temps, l’organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence de l’ONU, vient de confirmer que la vague de migrants en 2016 serait bien plus puissante qu’en 2015. Les chiffres pour le seul mois de janvier montrent que l’Europe a d’ores et déjà accueilli près de 70.000 personnes pour le seul mois de janvier 2016, contre 5.000 le même mois de l’année précédente.

Voici le détail des chiffres:

migrants
Source: OIM

On notera en particulier que la Grèce est soumise à un véritable raz-de-marée au moment même où la crise économique la frappe durement.

Erdogan a une vague de migrants prête pour 2016?

Aujourd’hui, tous les signes avant-coureurs d’une année très dure en termes de flux migratoires sont donc réunis. Non seulement les flux d’arrivées sont importants alors que nombre de pays d’Europe ont annoncé le durcissement de leur politique d’accueil, mais de nouvelles vagues de réfugiés se forment en Syrie pour échapper aux combats dans le nord du pays.

Tout indique que les rangs des réfugiés en Turquie devraient donc encore grossir, renforçant le « stock » de 2,5 millions de déplacés dont certains (beaucoup?) sont candidats au départ vers l’Europe ou l’Amérique.

L’Europe sans réponse claire face à Erdogan

Ajoutons qu’à ce stade, l’Europe n’a aucune stratégie claire pour faire face à cette future vague migratoire. Schengen est toujours en place, Frontex n’a pas de pouvoir identifié et se contente de recueillir les migrants en mer, et Merkel négocie avec la Turquie comme si les relations germano-turques n’avaient pas changé depuis 1914.

Bref, le printemps devrait apporter un nouveau désastre dont l’Europe mettra des mois à mesurer l’amplitude et des années à réparer les dégâts.

Le rapport Terrasse quand même mieux que s’il était pire

On pouvait craindre le pire du rapport Terrasse sur l’économie collaborative, et finalement, le pire n’est jamais sûr. Certes, il est truffé d’idées qui respirent la crainte de la rente face à l’innovation et s’en fait largement l’écho, mais il évite les propositions définitives que l’on met des années à combattre en vain.

Terrasse et la peur de la rente face à la nouvelle économie

Sans surprise, le rapport Terrasse explique qu’il faut imposer des règles là où il n’y a pas encore de norme. Par construction, un rapport officiel écrit à la demande d’un ministre par un député ne peut pas se permettre d’écrire quelque chose qui voudrait dire: voilà un sujet dont la représentation nationale ne devrait pas s’occuper. Le seul fait que le gouvernement passe une commande sur la question manifeste bien son intention profonde de légiférer tôt ou tard.

Sans surprise, les motifs de cette boulimie législative sont concentrés entre quelques mots magiques qui sont les mantras de l’élu contemporain. On prendra un exemple simple de ce sabir de la technostructure:

Les plateformes jouent un rôle prescripteur qu’il s’agit de réguler : fiabiliser le référencement des offres et sécuriser les systèmes de notation.

Il faut bien entendu « réguler » en « fiabilisant » et en « sécurisant ». Dans tous ces domaines, l’Etat qui a laissé faire le scandale du Mediator, qui laisse la SNCF dissimuler ses graves manquements à la sécurité, qui protège quelques grandes entreprises dans ses marchés publics, a fait la démonstration de son savoir-faire et peut donc légitimement intervenir.

Chacun aura bien compris la logique de cette intervention: face à l’émergence d’une nouvelle économie, les rentiers du système demandent des normes protectrices à l’Etat. Il s’agit, bien entendu, de « clarifier les obligations et les protections propres à chaque type d’offre ».  Il ne vient à l’idée de personne d’expliquer que l’économie collaborative a besoin d’être protégée contre les rentiers. Pour tout le monde, « les consommateurs doivent être informés des garanties dont ils ne bénéficient pas dans le cadre d’une relation de particulier à particulier », histoire de bien rappeler que les plateformes sont un danger contre lequel il faut se prémunir.

De ce point de vue, Terrasse n’échappe pas à la règle: il veut protéger ceux qui sont déjà sur le marché en restreignant l’accès de celui-ci à de nouveaux acteurs qui menacent les privilèges acquis.

Terrasse et la protection sociale: encore du « jardin à la française »

Sur le sujet très attendu de la protection sociale appliquée aux plateformes collaboratives, Terrasse a évité le pire, même si son rapport partait mal.

On n’a évidemment pas échappé à la ritournelle fondée sur des certitudes qui sont à la pensée ce que la roupie de sansonnet est au deutsche mark:

L’amélioration de la protection sociale des travailleurs de plateformes s’inscrit dans le cadre plus général de la convergence des régimes de sécurité sociale

N’imaginez donc pas, mes gaillards, que vous allez faire longtemps les malins. Votre destin est de payer, comme les salariés, pour un système qui avale votre argent comme Moloch-Baal avalait les enfants, pour ne recracher que des prestations de plus en plus low cost et indigentes.

Le rapport n’échappe pas à l’affirmation doctrinale du Politbureau:

Poursuivre la trajectoire de convergence entre la protection sociale des indépendants et celle des salariés.

Cette réaffirmation du mantra qui soutient, contre toutes les évidences, qu’après le désastre du RSI, tout ira mieux en préparant le désastre d’une fusion avec le régime général, était une sorte de passage obligé dans les références religieuses du gouvernement profond exercé par la technostructure. On imagine bien que Terrasse n’a pas reçu d’Emmanuel Macron le droit de sortir seul dans la rue. Il était flanqué de deux commissaires politiques chargés de lui rappeler la doctrine en vigueur.

On retrouve ici l’obsession du jardin à la française, c’est-à-dire de la réduction de la protection sociale à quelques structures publiques dont l’inefficacité est connue, mais qui donne l’illusion à la technostructure de « tenir le pays ».

En revanche, on remerciera Pascal Terrasse de ne pas avoir poussé plus loin l’avantage en proposant des mesures plus drastiques ou plus rapides.

Tout n’est pas perdu donc, pour ceux qui savent que la sécurité sociale constitue aujourd’hui le principal danger pour l’économie collaborative et que la seule façon de préserver la compétitivité de celle-ci consiste à maintenir l’obligation d’assurance, mais à instaurer la liberté de choix dans l’assureur.