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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Tripalio, auteur.

Transformer la Sécu en « jardin à la française »?

Faut-il franchir une nouvelle étape dans la transformation de la « sécu » en « jardin à la française »? Ce vieux projet, au fondement des idées de Pierre Laroque, rédacteur des ordonnances de 45 qui ont donné le jour à la sécurité sociale, revient régulièrement sous les feux de l’actualité. C’est encore le cas en ce moment avec la note du Conseil d’Analyse Economique (CAE) consacrée à la gouvernance de la sécurité sociale. Elle méritait bien un petit décryptage de ses silences et ses références implicites.

La Sécu et l’horreur du « désordre »

Historiquement (c’est-à-dire avant 1945), la protection sociale en France était extrêmement émiettée. Une kyrielle de caisses de solidarité professionnelle et de mutuelles prenait en charge la retraite et la couverture des soins. Ce spectacle désordonné est au fondement de la sécurité sociale. L’un des grands objectifs de Laroque et Parodi, lorsqu’ils créent le régime général, consiste à remplacer ce système dispersé par une caisse unique, universelle, qui apporterait à l’oeil de l’assuré (et surtout du gouvernant de la sécurité sociale) le spectacle bien plus réjouissant d’un « jardin à la française », c’est-à-dire d’un tout compact et ordonné.

Depuis 1945, la technostructure française ne cesse de vanter les mérites de ce « jardin » et les bienfaits d’un énorme ensemble qui gèrerait la totalité des assurés dans un immense régime à entrée unique.

Cette obsession explique par exemple la création du RSI, qui a fusionné les quatre caisses existant pour les indépendants. Le cas du RSI est emblématique: la course à l’unité, à la simplification, devait donner de la « lisibilité », de l’efficacité, selon la croyance de la technostructure française aux bienfaits incontestables du « jardin à la française ». Ce qui réjouit l’oeil de l’homme est bon pour les plantes. Le fiasco du RSI démontre à foisons l’absurdité de ce « jardin à la française » et de ses prétentions. La course vers le régime unique de sécurité sociale comporte des effets de structure indésirables qui sont autant de chocs à absorber pour les assurés et de causes de rupture entre les assurés et la sécurité sociale elle-même. Le succès des mouvements de « libérés » vis-à-vis de la sécurité sociale le prouve.

La résistance française à la Sécu

Intuitivement, beaucoup ont toujours combattu la Sécu (c’est-à-dire le grand régime universel supposé résoudre tous nos problèmes) pour échapper aux risques que représente une grande usine à gaz unique pour le pays. Les premiers résistants à la Sécu, rappelons-le, appartiennent à la CGT qui a farouchement combattu, en 1945, le rattachement des régimes spéciaux au régime général. Ce point d’histoire pourtant évident est régulièrement occulté par l’historiographie officielle de gauche, qui feint de propager la rumeur selon laquelle les résistants, les armes à la main, auraient rempli le vide social français en 1945 par la création d’une sécurité sociale universelle. En réalité, cette universalité n’a jamais convaincu tous ceux qui bénéficiaient d’un régime spécifique avant 1940. Il suffit de voir avec quelle violence la CGT a combattu, ces dernières années, la suppression des régimes spéciaux pour mesurer l’hypocrisie des équations imaginaires entre résistance à Vichy et sécurité sociale.

Si cette résistance française à la sécurité sociale s’explique d’abord par le faible niveau des garanties offertes par le régime général (ce point étant généralement présenté comme une défense des avantages acquis par les régimes spéciaux), la peur d’être « anonymisé » dans une grande machine bureaucratique ne fait que nourrir les angoisses des assurés. Ceux qui disposent de leur « régime » de solidarité professionnelle se disent qu’ils sont mieux pris en compte entre gens du même univers que par une caisse primaire territoriale qui mélange tout le monde.

Cette résistance naturelle (et vivace depuis 1945) à l’universalité explique pourquoi, encore aujourd’hui, la sécurité sociale ressemble à un patchwork. La distinction entre retraites du régime général et retraites complémentaires, par exemple, est directement liée à la volonté exprimée par les syndicats de cadres, en 1947, de conserver un régime spécifique les distinguant de la sécurité sociale universelle.

La Sécu et la technostructure

Ces explications historiques sont incontournables pour comprendre la persistance d’une protection sociale éparpillée en France. En réalité, depuis 1945, le régime universel de sécurité sociale est imposé par le haut et se heurte à une résistance constante des assurés, qui préfèrent garder leur « système » à eux, plutôt que de se perdre dans la machine compliquée inventée par l’Etat. Régulièrement, pourtant, la technostructure revient à la charge pour expliquer que cette machine appelée régime général est beaucoup plus ingénieuse, efficace, rentable, agréable, que les régimes ou les organismes défendus par les assurés.

La note du CAE relève de cette habitude quasi-maladive qui ronge notre élite. Elle tente de faire croire que les dépenses de protection sociale en France seraient mieux gérées (et garantirait mieux l’accès aux soins solidaires, bien entendu) si une grande machine unique se substituait à la multiplicité des acteurs actuels. Le désastre du RSI ne suffit manifestement pas à ouvrir les yeux des rédacteurs de la note sur l’imposture de leur doctrine.

De façon encore une fois révélatrice, d’ailleurs, Antoine Bozio, enseignant de l’université française, et Brigitte Dormont, enseignante de l’université française, suggèrent de fusionner tous les régimes… sauf ceux dont ils dépendent. Il faudra un jour qu’on nous explique pourquoi les ressortissants du RSI, victimes du « jardin à la française », sont si nombreux à vouloir le quitter, et pourquoi ceux qui échappent au régime général se battent tant pour que les autres y soient mais ne proposent jamais de le rejoindre eux-mêmes.

Charité bien ordonnée…

La Sécu, l’idéologie et la réalité

On remarquera au passage que la note du CAE est une superbe expression de l’idéologie hors sol sur laquelle se fonde la théorie de la sécurité sociale comme jardin à la française. Il paraît que le grand tout qui y est proposé (en pratique, l’étatisation complète de l’assurance-maladie) relève du bon sens économique et de la bonne gestion. Assez curieusement, les auteurs de la note oublie de dire que si la sécurité sociale ne rembourse pas la totalité des soins aujourd’hui, c’est dans un souci de « mitigation » du risque, c’est-à-dire de maîtrise des dépenses. Manifestement, la façon dont le risque sera géré demain n’inquiète pas les auteurs, alors qu’elle est cruciale pour l’équilibre du système.

On ajoutera que cette note fait l’impasse sur les conséquences économiques concrètes des mesures qu’elle préconise. Que fait-on des salariés actuellement employés par les organismes complémentaires dont la note propose la mise à mort de fait? Ces questions ne paraissent pas effleurer les auteurs, et le grand désordre (incompatible avec le droit communautaire) auquel nous nous promettons n’est pas abordé ici.

Rappelons que, en Allemagne, les régimes de base de la sécurité sociale sont en concurrence et que chaque assuré est libre de choisir sa caisse de rattachement. Cette alternative intelligente à la caisse unique n’est malheureusement pas évoquée par nos universitaires.

Retraites: un discret mea culpa officiel

Comme l’annonçait le Figaro, le Conseil d’Orientation des Retraites vient de dire son « roi est nu ». Un document interne devrait en effet prendre acte du caractère beaucoup trop optimiste des prévisions macro-économiques sur lesquelles il fonde d’ordinaire ses travaux pour piloter l’évolution des régimes de retraite. En particulier, le COR reconnaît l’invraisemblance de ses prévisions en matière de chômage, avec des taux à long terme inférieurs à 7,5% qui ne se réalisent jamais.

Cet aveu marque une étape dans la prise de conscience française sur l’insoutenabilité de la sécurité sociale telle qu’elle existe aujourd’hui.

Les retraites et leurs prévisions « idéologiques »

La question des prévisions dans le domaine des retraites n’a jamais été neutre. Elle a toujours supposé d’anticiper la réalité du marché de l’emploi dans les années à venir. On ne le dit pas assez, mais le chômage n’est pas seulement une calamité pour ceux qu’ils touchent, il est une calamité pour l’ensemble des salariés, puisqu’il prive la sécurité sociale d’une bonne partie des cotisations nécessaires au financement du « système ».

Depuis de nombreuses années, chacun (entendez: toute la technostructure sociale au sens large) sait que la sécurité sociale est structurellement déficitaire en situation de chômage de masse. Dans le cas des retraites, ce déséquilibre est accru par le choix d’un âge légal situé au-dessous de la « ligne de flottaison » démographique. Alors que l’âge « actuariel » d’équilibre du système se situe entre 64 et 67 ans, les départs à 63 ans plombent durablement le régime général.

Face à ces réalités mathématiques incontournables, les adeptes de la Sécurité Sociale répondent avec le même déni que l’alcoolique qui assure que tout va bien et que, demain, il arrêtera de boire, à condition de pouvoir finir sa dose aujourd’hui. C’est pourquoi le Conseil d’Orientation des Retraites a toujours privilégié des prévisions fondées sur des hypothèses inspirées des Trente Glorieuses. On vit un chômage de masse, mais on continue de penser le système comme dans les années 60. Et il a toujours été interdit de dire que ce déni des réalités était toxique pour l’ensemble des Français.

Les retraites et le nécessaire travail de vérité

Ces dénis, on en comprend intuitivement la logique. Les Français, comme les alcooliques et autres victimes d’addiction, préfèrent nier leur mal et se maintenir artificiellement dans de douces illusions plutôt que d’entamer leur douloureuse cure de désintoxication qui permettra de ramener l’équilibre des comptes et de garantir la pérennité de la protection sociale.

Le moment de vérité vient-il? On peut reprocher légitimement à la technostructure française de retarder ce travail en produisant des analyses et des prévisions totalement biaisées par des choix statistiques mensongers. Peut-être nous approchons-nous du moment où ceux dont l’intérêt général est le métier vont prendre leur mission au sérieux et vont dire aux Français la vérité sur la gravité de la maladie qui les ronge.

De ce point de vue, le quinquennat de François Hollande restera dans l’histoire comme une perte de temps. La majorité présidentielle a en effet nourri l’illusion selon laquelle aucune règle fondamentale de la sécurité sociale n’était à revoir. Il suffisait d’augmenter la pression fiscale sur le classes moyennes pour préserver un remarquable acquis que le monde entier nous envie, c’est bien connu. Ce déni a inspiré la réformette des retraites de Marisol Touraine, comme elle inspire le pacte de responsabilité ou les décisions en matière de santé qui paupérisent constamment la médecine française.

En proposant de pérenniser le CICE sous forme de baisse définitive de cotisations, François Hollande prononce, à sa manière, le même mea culpa que le COR. Il aura juste fallu attendre la fin du quinquennat pour que les mots commencent à peine à être mis sur les choses savamment dissimulées depuis quatre ans sous un déluge d’appels mensongers à la solidarité et à la justice.

Mais le chemin vers la lucidité est encore long. Personne n’a clairement dit quelle solution adopter pour assurer un équilibre viable à la protection sociale, c’est-à-dire un équilibre qui ne matraque pas les familles moyennes françaises pour assister les bénéficiaires du système.

Chômage: la France low-cost de François Hollande

Sur le chômage, François Hollande s’est livré, ce matin, à une nouvelle séance de bla-bla propre aux fonctionnaires protégés par la sécurité de l’emploi, épargnés par le risque de figurer un jour dans les humiliantes files d’attente de Pôle Emploi, et plombés par une vision théorique de l’économie et de la société française. Une fois de plus, on a donc entendu les invocations divines à la société numérique, à la capacité de création, à la création d’entreprise, à la solidarité, qui ne mangent pas de pain et qui évitent de s’interroger sur l’impact réel des mesures qui sont proposées.

Une fois de plus, les acronymes ou les expressions génériques comme l’AFPA, les partenaires sociaux, les branches professionnelles, ont servi de paratonnerres aux vrais problèmes du pays. Pourquoi l’Education Nationale ne forme-t-elle pas la main-d’oeuvre dont le pays a besoin, en proposant un volume suffisant d’apprentis ou en dissuadant les candidats aux inutiles mastères en psychologie de se lancer dans des parcours sans avenir au lieu de suivre des formations qui leur garantissent un emploi?

Mais qu’en sera-t-il au juste de la lutte contre le chômage?

Le choix d’une France low cost

On regrettera tout de suite que François Hollande ait rétréci le champ de la prime à l’embauche aux seuls recrutements situés au-dessous de 1,3 SMIC. Et nos ingénieurs sortis d’école trop chers pour les start-up? et nos cadres que les TPE ou les PME ne parviennent pas à s’offrir pour financer leur développement commercial, parce que le coin socio-fiscal les plombe inexorablement?

Une fois de plus, et dans la droite ligne de l’idéologie insane développée par les technocrates, François Hollande limite l’incitation à recruter aux seuls emplois low-cost! Mais pourquoi? si ce n’est par une espèce d’insupportable inclination pour les emplois à bas salaires, à basse formation, à faible intérêt. L’objectif du Président de la République conforte une fois de plus cette vision selon laquelle seuls les emplois à faible valeur technologique ajoutée méritent d’être défendus.

Hollande et la protection contre l’entreprise

Une fois de plus, François Hollande a expliqué qu’il fallait augmenter les protections dont les salariés bénéficient. Avec un Code du Travail en inflation permanente et un droit ultra-protecteur pour les salariés, on ne peut évidemment que s’interroger sur le bon sens de cette mesure.

On constatera donc que le discours du président de la République a annoncé un renforcement des protections en tous genres contre la crise et contre la révolution numérique. En particulier, Hollande insiste sur l’ambition du compte personnel d’activité, qui obligera rapidement les entreprises à des comptabilités complexes laissées à la main des « partenaires sociaux ».

Ah! que nous eussions aimé entendre le Premier des Français expliquer clairement que la traversée de la crise suppose des arbitrages complexes et douloureux qui ne peut pas éternellement se faire sur le dos des silencieux, tous ces chefs d’entreprise qui nagent comme ils peuvent dans un monde complexe.

Les promesses à tenir

François Hollande a inclus dans son intervention des allusions constantes aux promesses à tenir sur l’allègement du coût du travail. Il a en particulier promis la transformation « définitive » du CICE en baisse de charges. Là encore, cette décision est décevante, dans la mesure où elle ne s’appuie sur aucune évaluation sérieuse du CICE et de ses résultats.

On suivra en particulier les annonces faites sur la « loi Combrexelle » qui devrait permettre aux accords d’entreprise d’imposer des règles moins favorables que les accords de branche, notamment dans le domaine du temps de travail. Dans ce domaine, le diable se cache dans les détails, et seule une lecture du projet de loi permettra de savoir où nous allons…

Dans la pratique, François Hollande a mélangé les réformes structurelles à long terme (sur le code du travail) et les mesures immédiates (comme les crédits à la formation des chômeurs). Il est difficile d’imaginer un impact immédiat à ces mesures.

Affaire Kerviel: les révélations de Mediapart

Les « amateurs » d’affaire Kerviel ne manqueront pas la lecture de Mediapart, qui révèle un enregistrement cocasse. La policière chargée de l’enquête, Nathalie Le Roy, qui s’est comportée comme une lanceuse d’alertes, n’a pas hésité à enregistrer à son insu l’une des juges d’instruction de l’affaire, Chantal de Leiris, qui déclare notamment:

« Mais de toute façon, dans cette affaire, il y avait des choses en effet qui ne sont pas normales. Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance, ils rigolent, sachant très bien que la Société générale savait. (…) La Société générale savait, savait, c’est évident, évident  (…) Et alors, c’est vrai que sur le montant du préjudice, les quatre milliards et quelques [4,9 milliards d’euros, ndlr], y a aucune expertise, y a rien » (…)

« C’est vrai, moi, j’ai toujours obéi. Il fallait faire un non-lieu ab initio [classement sans suite, ndlr]. Moi, j’ai dit “oui” sans arrêt. Mais ils savent bien que je n’étais pas favorable à tout ça »

L’image de la justice française en sortira une fois de plus grandie!

Toujours est-il que l’étau se resserre encore une fois autour de la Société Générale, dont la version des faits paraît de moins en moins vraisemblable.

Les jeunes et la protection sociale: la farce de France Stratégie

Les jeunes financent-ils la protection sociale des vieux? Cette question à laquelle nous connaissons tous la réponse (la protection sociale visant par principe à financer les dépenses de maladie par les gens qui ne sont pas malades, c’est-à-dire à payer les soins des plus âgés par des contributions des plus jeunes) a fait l’objet d’une farce « scientifique » financée par France Stratégie, l’ancien commissariat au Plan, c’est-à-dire par le contribuable.

Il a tout de même fallu trois scientifiques officiels pour concocter ce document dont on se demande comment les autorités publiques peuvent en accepter la responsabilité. Deux de ces trois scientifiques appartiennent à Paris School of Economics. Voilà qui en dit long sur l’absurdité de ces structures narcissiques et nombrilistes créées par l’université française.

La protection sociale biaisée

Toute la farce consiste à bâtir un calcul sur un indicateur complètement bidonné: l’évolution des dépenses individuelles moyennes de protection sociale y compris éducation, rapportées en pourcentage de PIB par tête, depuis les années 70. On en reste sur les fesses! mais qui peut donner une caution scientifique à une démarche qui consiste à englober les dépenses d’éducation dans les dépenses de protection sociale?

En réalité, on voit bien le calcul qui se trouve derrière: l’objectif est d’atténuer l’effet de transfert de richesses entre générations en soutenant que ce que les vieux reçoivent de la solidarité des jeunes lorsqu’ils vont l’hôpital est contrebalancé par ce qu’ils paient en impôts pur que les jeunes puissent aller à l’école. Mais, à ce compte, sauf à valider des démarches idéologiques dans les statistiques, on voit mal pourquoi les rédacteurs de la note n’englobent pas l’ensemble des dépenses publiques dans leurs calculs. Car, si les vieux paient des impôts pour l’école, ils en paient aussi pour une myriade de services publics qui leur sert sans servir aux jeunes.

L’ambition de la note, pour être honnête, aurait donc dû consister à calculer, génération par génération, l’allocation des dépenses publiques, protection sociale comprise. Au lieu de cette démarche équilibrée, France Stratégie a préféré une opération de propagande déguisée en statistique officielle qui  ne fait pas honneur à cette institution.

La protection sociale escamotée

L’autre biais de cette étude bidonnée consiste à mélanger les torchons et les serviettes fiscales. La note répond en effet à une question simple: qui, par tranche d’âge, bénéficie de la mutualisation des dépenses? Mais elle escamote complètement l’autre question qui fâche, indissociable et indispensable: qui, par tranche d’âge, finance la mutualisation des dépenses?

De ce point de vue, mélanger les dépenses d’éducation financées par l’impôt, c’est-à-dire par tout le monde, et les dépenses de protection sociale majoritairement financées par les cotisations sur le travail, est une imposture. D’un côté, en effet, la solidarité est le produit d’une démarche universelle. De l’autre, elle est segmentée sur une assiette réduite de population. Autrement dit, il existe en France un groupe de population (ceux qui travaillent!) condamné à payer des impôts pour aider tout le monde, et à payer des cotisations pour ceux qui n’en paient plus. Cette conception-là de la solidarité mérite d’être mise sur la table et discutée.

C’est précisément ce que ne fait pas la note de France Stratégie, qui fait croire, faute de s’interroger sur la nature du financement de la solidarité, que tout le monde paie et tout le monde reçoit équitablement.

La protection sociale à 48 ans, âge maudit

Malgré tous ces biais idéologiques navrants, où l’on retrouve la mentalité gauche-bobo des universitaires et des fonctionnaires français obsédés par l’idée que la sécurité sociale telle qu’elle est doit être préservée coûte-que-coûte, l’étude ne parvient pas à cacher que les grands bénéficiaires de la protection sociale sont les plus âgés, c’est-à-dire ceux qui la financent le moins, mais qui en tirent le plus d’avantages.

Au passage, on apprend que l’âge maudit en France se situe à 48 ans: c’est l’année de la vie où l’on paie le plus pour les autres, et où l’on reçoit le moins.

Le seul mérite de l’étude consiste à avoir montré que, en France, ce n’est pas seulement avoir moins de 25 ans qui est une calamité. C’est aussi avoir moins de 60 ans.

Sans surprise, les candidats aux présidentielles issus des partis de gouvernement devraient d’ailleurs avoir plus de 60 ans…

 

Les derniers mots de Juncker à ses bourreaux

Lors de son discours de voeux, Jean-Claude Juncker a eu le bon sens et la transparence de dire tout haut les blessures probablement létales infligées à l’Union Européenne. Le moins que l’on puisse dire est que la situation du Vieux Continent est très mauvaise.

Juncker, fossoyeur de l’Union?

Voici le discours que le Président de la Commission a prononcé en français avec son étrange accent belgo-luxembourgeois:

 

« Parfois, il nous arrive de marcher la tête haute », déclare-t-il, en précisant que c’est le fait des générations portées par des « géants » comme Mitterrand ou Kohl, pour mieux constater que les générations qui suivent ne peuvent se revendiquer de cette hauteur.

On appréciera au moins, dans ce discours, le ton beaucoup plus naturel qu’en France, et l’absence de langue de bois du bonhomme Juncker. Cette liberté de ton a porté autant sur les problèmes politiques qu’économiques. En particulier, Juncker a pris le temps de détailler la crise de l’investissement en Europe, en soulignant qu’il avait déjà recueilli 47 milliards d’euros pour son plan de relance… ce qui est très faible à l’échelle européenne.

Reste que, lorsqu’un Président de la Commission Européenne s’épanche sur les « ruptures » auxquelles l’Europe est confrontée, on se dit que l’ambiance est décidément très mauvaise et que les périls sont grands.

Juncker et le Brexit

Ce discours intervenait dans un contexte chahuté par les événements de Cologne, où des migrants sont accusés, à tort ou à raison, d’avoir organisé des violences sexuelles de masse contre des autochtones, sans compter les terroristes qui ont profité de la vague migratoire pour entrer en Europe. Manifestement, l’ouverture massive (et unilatérale) des vannes démographiques par Angela Merkel n’en finit pas de déstabiliser le continent.

Un sondage vient de montrer qu’une majorité de Britanniques se déclare désormais favorable à la sortie de l’Union.

Juncker et le referendum batave

Plus encore que le Brexit, c’est le Nederxit qui semble gêner le président de la Commission. Il est vrai que, de toute éternité (en tout cas depuis la conquête normande), les Anglais cultivent leur différence, alors que les Hollandais ont toujours eu les pieds dans la glaise continentale. Ils sont l’un des piliers du traité de Rome et ont largement profité des échanges intracommunautaires pour assurer leur prospérité.

Qu’une masse colossale de Hollandais ait signé une pétition pour réclamer un référendum sur l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union Européenne – Juncker a raison – est un signe encore plus inquiétant que le Brexit pour la pérennité de l’usine à gaz communautaire. Ce referendum doit avoir lieu le 6 avril…

Juncker et la contestation italienne

Dans le même temps, Juncker s’est senti obligé d’adresser quelques piques à Renzi, le Premier Ministre italien qu’il juge trop critique avec la Commission. Il s’est attiré des remarques pas piquées des vers qui en disent long sur le désamour des signataires du traité de Rome pour ce qu’est devenue la créature qu’ils ont créée.

« L’époque où l’Europe pouvait nous faire la leçon ou nous donner des devoirs est terminée. L’Italie est de retour et elle va se faire entendre », a déclaré Matteo Renzi dans une lettre ouverte adressée à ses partisans.

« Notre position nous permet de dire qu’il y a des choses à changer en Europe. »

Vers une crise ouverte entre la Commission et l’Italie? Une de plus?

Juncker et ses bourreaux

On écoutera donc le discours de Juncker avec les oreilles d’observateurs qui recueillent les dernières volontés d’un condamné. Le président de la Commission a bien mesuré le péril létal qui guette l’institution qu’il dirige. Et avec une lucidité impressionnante, il ne cache pas le risque qui rôde.

Il n’y a guère qu’en France où la classe politique est capable de nier les évidences et d’utiliser le déni comme méthode de gouvernement.

Valls, confessions d’un politicien du siècle

La participation de Valls, Premier Ministre de la République Française qui cherche manifestement à le faire oublier, à une émission de divertissement, ainsi que la polémique qui entoure cet événement anodin, en dit long sur le naufrage politique qui nous brise les reins. Si ce moment inoubliable de l’histoire télévisuelle française n’intervenait pas en même temps que la chute de l’intéressé dans les sondages, il passerait inaperçu. Ce qui retient l’attention, c’est évidemment la bizarre idée que peut avoir un homme de son envergure de regagner de la popularité politique en occupant le champ non politique. Le terrible aveu que cette quête recèle méritait bien d’être exprimé ici.

Valls et la crise du sens politique

C’est enfoncer une porte ouverte que de pointer la désillusion qui s’est emparée des Français face à la politique en général, face à leur classe politique en particulier, et plus précisément encore face à la capacité de leur classe politique à affronter et à résoudre les problèmes… politiques. Le chômage de masse constitue probablement la caricature de cette rupture: combien de responsables publics n’ont-ils pas, depuis la fin des années soixante, annoncé leur intention de s’engager TOTALEMENT dans le combat contre le chômage sans qu’aucun résultat notable n’intervienne?

Caricature parmi les caricatures sur ce sujet, Manuel Valls lui-même, qui a multiplié les déclarations claironnantes sur la question ces dernières semaines, qui doit dévoiler un « plan d’urgence » contre le chômage lundi prochain, mais qui a passé sa soirée de jeudi dans une émission de divertissement sur une chaîne de télévision. La concomitance des événements pose quand même question: si la lutte contre le chômage était si importante, on aurait plutôt vu le Premier Ministre faire le choix d’utiliser les médias (publics, qui plus est) pour expliquer sa politique, ses ambitions, sa vision, sur un sujet crucial qui intéressent tous les Français.

Manifestement le choix opéré par Valls consiste plutôt à dire aux chômeurs: je ne peux pas grand chose pour vous, mais je tenais à vous mettre du baume au coeur en vous le faisant gentiment comprendre dans une émission de divertissement.

Pourtant, les Français ont droit à quelques explications en profondeur sur le sujet, parce qu’ils sont tous concernés par le chômage ou la peur du chômage. Et dans une grande tradition démocratique, ils ont le droit de connaître quelle vision leur Premier Ministre peut bien avoir du contrat de travail, des allègements fiscaux, du basculement vers l’économie numérique qui bouleverse tant la société.

Valls a-t-il une vision?

Bien entendu, pour se livrer à ce genre d’exercice, il faut réunir deux conditions: d’abord avoir une vision, ensuite ne pas craindre « d’ennuyer » en l’expliquant.

Ici le bât blesse.

D’abord, il n’est pas sûr que Manuel Valls ait une vision, et c’est bien le problème de la politique française aujourd’hui. Valls, comme tant d’autres, fait une carrière politique, au sens le plus effrayant du terme. Dans son parcours, il n’a jamais eu besoin de déployer un projet en prise avec le réel. Que voulez-vous faire de la France dans vingt ou trente ans? est une question subalterne. Il suffit de connaître quelques gimmicks pour y répondre, de truffer ses discours de mots passe-partout comme « une France plus solidaire », le « redressement dans la justice », « relancer la croissance », pour contenter les notables qui participent à votre investiture aux élections. Ces mots-là sont comme des antiennes: ils manifestent une appartenance clanique à la gauche ou à la droite, une affinité en quelque sorte, mais personne, dans les allées du pouvoir, ne vous demandent jamais de confronter cette « doxa » à l’épreuve de la cohérence ou de la performance.

Ensuite, il n’est pas plus sûr que Manuel Valls considère que l’enjeu de sa carrière soit « d’ennuyer » les Français en donnant du sens à son action à la tête du pays. Il est même vraisemblable que son point de gravité se situe ailleurs. Comme tous ceux dont la vie professionnelle se traîne d’élection en élection, Valls a besoin d’être réélu pour vivre. Il n’est donc pas libre d’accomplir son devoir comme l’entendrait un homme indépendant. Il est en permanence obligé de délivrer une parole (et accessoirement des actes) qui donne envie aux électeurs de le garder aux affaires.

Voilà pourquoi il va chez Ruquier: parce que sa façon de faire de la politique n’est pas celle d’un homme d’Etat qui place l’intérêt général au-dessus du sien, mais celle d’un camelot qui a besoin de vendre sa marchandise pour protéger son patrimoine. Il a besoin de popularité, et, faute d’une politique qui porte ses fruits, il joue une partition de saltimbanque en espérant que son petit spectacle en place de grève lui vaudra l’amitié et la sympathie des électeurs.

Valls et l’aveu pathétique de son impuissance

L’intervention de Manuel Valls chez Ruquier a donc tout de l’aveu d’impuissance. Français, la croissance ne revient pas, le chômage augmente, les attentats vous guettent, nous ne savons pas où nous allons, mais l’essentiel est d’être sympathique et bien élevé, de se dire des choses courtoises et agréables et de préserver l’entre-soi qui nous réjouit tant. Je m’invite donc dans votre salon ce samedi soir pour vous dire que je ne puis rien pour vous, mais que je suis un bon garçon sympa, pas rigide comme on le croit, et que vous pouvez donc m’élire président de la République en 2017 si cette grosse burne de François Hollande ne se présente pas.

De ce point de vue, Manuel Valls exprime bien le réflexe courant dans la technostructure française: ne nous jugez pas sur nos résultats, mais sur notre politesse, notre bonne éducation, sur la sympathie que nous vous inspirons. Penser qu’il vaut mieux être sympathique mais inefficace, plutôt qu’efficace mais antipathique, tel est le mal de l’élite française, et singulièrement de l’élite politique.

Cette inversion des valeurs explique largement la désaffection des Français pour la démocratie aujourd’hui. Ils ont à juste titre l’impression de devoir financer une caste de clowns qui ne se préoccupe guère de ses résultats, mais qui donne le sentiment de croire qu’elle est là de toute éternité pour des raisons extérieures à la cause publique.

Valls et le jeu du Front National

Qu’un Premier Ministre en situation d’échec et de désamour fasse le choix de participer à une émission de divertissement procède évidemment d’un populisme imbécile, mais arrogant, dont pas mal de ministres de la majorité ont le secret. Nous sommes des gens très bien, et vous ne pouvez même vous apercevoir que nous vous prenons pour des idiots en faisant les pitres en public pour dissimuler notre mauvais bilan. Le message passé est cataclysmique: il ne peut que convaincre un peu plus les électeurs de procéder, au prochain, scrutin, à un vote de rupture.

 

 

 

Molenbeek et le terrorisme: le point de rupture européen

Molenbeek est-il devenu le symbole d’un point de rupture que l’Europe a atteint dans sa capacité à intégrer à les nouvelles populations qui viennent l’habiter? Les derniers éléments et événements autour du terrorisme que l’actualité nous distille sur le sujet permettent de soulever la question.

Molenbeek et la liberté de la presse

La presse belge ne parle plus que de cela: des journalistes en reportage se sont fait méchamment agresser à Molenbeek. C’est manifestement un occupant de l’immeuble où habitait la famille du dixième terroriste identifié hier, Chakib Akrouh, qui s’est senti autorisé à les malmener.

Des journalistes de RTLinfo agressés ce matin à Molenbeek

Ceux qui habitent les quartiers sensibles reconnaîtront dans cette scène une sorte de modèle du genre, où toute présence extérieure au quartier est vécue comme une agression qui dérange les habitants et qui donne lieu à des intimidations, voire des coups et des blessures. En l’espèce, on mesure tout le respect de l’habitant de Molenbeek qui vient donner un méchant coup de pied au journaliste pour la liberté de la presse.

Molenbeek et le rejet de l’Occident

Il se trouve que, il y a une semaine, j’étais à la Goutte-d’Or après l’exécution du djihadiste qui a menacé des policiers en faction avec un couteau. La réaction des habitants à l’événement était à l’unisson, quoique moins violente: une part importante de personnes issues de l’immigration maghrébine qui vivent dans ces quartiers ghettos banalise ou minore la gravité des attaques terroristes et dénonce sans vergogne les agressions dont les Musulmans sont victimes de la part des médias.

On reconnaît ici le processus de victimisation classique dans le jeu de rôles auquel l’antiracisme donne lieu depuis des années et qui inverse les responsabilités. Quand un immigré agresse un journaliste ou menace un policier avec une arme, c’est le fait d’une victime de la société dont il est interdit de dire qu’il est musulman ou arabe. Quand un policier a une altercation avec un arabe ou un musulman, c’est forcément suspect, et pèse alors sur le policier le soupçon d’un racisme ou d’une islamophobie dont il doit se départir. Deux poids deux mesures.

Moyennant cette stratégie de déni tout à fait confondante, les antiracistes ont protégé l’émergence d’un rejet profond des valeurs démocratiques occidentales au sein d’une part difficile à mesurer de l’immigration maghrébine concentrée dans certains quartiers. Alors que l’immigration asiatique, par exemple, ne pose aucun problème, certaines populations issues du Maghreb ont posé comme postulat simple que l’Occident les méprisait et que toute règle collective devait être contestée au nom de la réparation du colonialisme.

Ceux qui vivent dans les quartiers sensibles le savent: même le Code de la Route (respecter les pistes cyclables, les passages piétons, les zones de stationnement) y est contesté. C’est en ce sens que la délinquance maghrébine dans les quartiers sensibles est un acte politique avant d’être un acte criminel: elle exprime un rejet global de l’ordre dont le stade ultime s’appelle le terrorisme.

Molenbeek, de la délinquance au terrorisme

Là encore, ceux qui vivent dans les quartiers sensibles le savent, la conversion au terrorisme n’y survient pas par l’opération brutale du Saint-Esprit. Elle est le résultat final d’un lent processus de transformation qui commence avec les incivilités, et qui se termine pour certains dans le pire cauchemar. Je m’en prends de façon bénigne aux passants de mon quartier, et je mue de stades de contestation en stades de contestation, depuis la délinquance comme mode d’expression politique, jusqu’au crime de masse.

Molenbeek constitue un parfait exemple de ces transmutations, accélérées ou aggravées par la concentration d’immigrés dans un seul quartier. Les protagonistes du 13 novembre à Paris ont grandi les uns à côté des autres dans un quartier laissé à l’islamisme, dans une sorte d’émulation vers le crime. Contrairement aux affirmations largement répétées en boucle, ces jeunes gens n’ont pas tous eu des parcours difficiles. Abaaoud, par exemple, devenu célèbre par les corps qu’il charriait derrière son pick-up en Syrie, a fait des études à Uccle, dans la banlieue chic de Bruxelles (et très française), poussé par ses parents.

Le passage par la délinquance n’est donc pas ici la manifestation d’une difficulté sociale. Elle est l’expression première d’un rejet du « système », qui glisse progressivement vers l’horreur et la terreur. Faute d’un ordre politique alternatif incarné sur place, l’Islam devient le point de repère qui fait sens, qui fait ordre, et qui peut tout, qui justifie tout.

Molenbeek et son nouveau terroriste

Au passage donc, on apprend que, comme je le soutenais depuis longtemps sur ce blog, il y avait bien dix terroristes le soir du 13 novembre à Paris, et très vraisemblablement 4 équipes de tueurs.

Selon toute vraisemblance, Chakib Akrouh, le kamikaze qui s’est fait exploser dans l’immeuble de la rue Corbillon à Saint-Denis le 17 novembre, accompagnait Abaaoud dans la Seat le soir du 13 novembre. Il aurait participé aux fusillades.

3 kamikazes à Saint-Denis, dont un Molenbeekois, 3 assaillants au Bataclan, 4 tueurs dans les rues, répartis en deux équipes.

Reste à identifier l’un des deux « cerveaux » borné à Paris entre 19h et 23h, qui semble avoir coordonné sur place les attentats.

Primaires: la gauche part en capilotade

On se marre bien à gauche, avec cette histoire de primaires qui semble beaucoup agiter les esprits. Il est vrai qu’avec un attentat par mois, 3,5 millions de chômeurs, une économie déprimée et une crise migratoire majeure, le seul sujet qui peut occuper légitimement les esprits est celui de la désignation du futur candidat pour l’an prochain.

Primaires: Hollande s’accroche à son fauteuil

Bon, d’une certaine façon, on peut les comprendre, ces esprits qui s’excitent pour savoir s’il faut ou non une primaire pour 2017. Hollande ne donne pas dans la dentelle et leur stimule forcément une percée de boutons de derrière les fagots. Il faut dire qu’il parle de sa réélection… depuis son élection. L’envie lui vient de loin. Il y pensait déjà quand il avait annoncé qu’il ne se représenterait pas s’il ne parvenait pas à inverser la courbe du chômage. C’était son âge naïf: il croyait vraiment que l’économie était comme une machine à laver, avec des cycles courts et des cycles longs qui s’enclenchent tout seuls.

Personne ne sait s’il a compris que la désastreuse politique fiscale menée par le désastreux Jean-Marc Ayrault avait tué toute possibilité de relancer la lessiveuse. Toujours est-il qu’il croyait à un cycle court de dépression et un cycle long de croissance, et c’est l’inverse qui se produit: l’économie n’en finit pas d’être déprimée, et personne ne sait quand le programme va passer sur l’indicateur: croissance.

Cette petite inversion des cycles ne lui facilite pas la vie et ruine systématiquement tous ces espoirs de rebond en popularité. Même des dizaines de morts dans les rues, des commémorations de tout et de rien, des empilements de discours larmoyants, des promenades sur les tous les lieux de guerre et de mémoire, n’y font rien. Les Français ne le prennent pas au sérieux. Du coup, il se crispe, le pépère Hollande, et il est bien tenté de passer en force sur la question de 2017.

Primaires: la ridicule argumentation des frondeurs

Les coups de menton présidentiels ont le don de hérisser tous ceux qu’il a trahis (ce qui fait du monde). On notera en premier lieu Thomas Piketty, qui s’imaginait avant 2012 pouvoir changer le monde par la politique (et par le candidat Hollande, le meilleur ennemi de la finance mondiale), et qui a vu toutes les portes se fermer une après une, pour lui, au Parti Socialiste, à mesure que le pouvoir se rapprochait et que ses relations avec Aurélie Filipetti se dégradaient. Mais comment un universitaire pouvait-il imaginer un instant que le Parti Socialiste était capable de porter des idées? Il fallait une sacrée dose de cécité pour y croire – dose qui laisse planer un doute sur le sérieux du bonhomme.

Le même Piketty propose aujourd’hui que François Hollande, s’il veut être réélu, passe par les fourches caudines de la primaire, descende dans l’arène face à Cécile Duflot, à Mélenchon, à on ne sait qui encore. Qu’entre deux attentats, entre deux sommets internationaux, il fasse campagne pour se présenter aux électeurs de gauche, comme s’il n’était pas le chef de l’Etat. Voilà une belle idée qui renforcera l’image de la France à l’étranger, et qui garantit une grande victoire de la gauche en 2017.

En effet, de deux choses l’une. Soit Hollande est élu à l’issue de la primaire comme le candidat de la gauche, mais il aura suffisamment écorné sa fonction et son rôle, il aura suffisamment pris de coups pour ne pas être un instant crédible en 2017. On l’imagine dans un débat avec Mélenchon et Duflot, s’entendant dire ses quatre vérités, puis faire campagne en 2017 avec le soutien des mêmes Mélenchon et Duflot qui lui auront infligé une volée de bois vert? Pas besoin de la droite pour arriver affaibli au scrutin: le nombre de voix qu’il aura recueillies à la primaire donnera une bonne indication du score qu’il réalisera aux présidentielles, et sa stature sera définitivement carbonisée.

Mais le pire pour le pays serait évidemment que Hollande ne soit même pas désigné comme le candidat de la gauche pour 2017. On mesure, dans cette hypothèse, le désastre pour la France d’être dirigée par un homme désavoué officiellement par son propre camp. Autant proposer une vacance du pouvoir à partir de septembre 2016, en pleine tourmente terroriste, et autres… On voit mal comment un candidat de gauche, quel qu’il soit, pourrait se relever d’une telle chienlit.

Bref, dans tous les cas, une primaire à gauche ne peut qu’affaiblir un peu plus la gauche tout entière.

La primaire et ses étranges partisans

Dans le lot de ceux qui appellent à l’organisation d’une primaire, on lit des noms stupéfiants. Par exemple, l’un des premiers signataires est Guillaume Duval, rédacteur en chef adjoint d’Alternatives Economiques, qui vient d’être nomme personnalité qualifiée au Conseil Economique, Social et Environnemental  au titre de la protection de la nature et de l’environnement. Voilà une belle nomination entre copains qui est immédiatement suivie par un coup de sabot dans les jambes.

Je note aussi le nom de Marie Desplechin, notoirement incapable d’aligner deux idées politiques censées (mais tout aussi notoirement capable de répéter sans le moindre doute les âneries qui circulent dans les cercles parisiens), ou encore celui Vikash Dhorasoo, ancien footballeur de l’équipe de France. On se demande pourquoi Nabila ou Loana ne figurent pas sur la liste. Peut-être sont-elles opposées à la primaire et préfèrent-elles une candidature « naturelle » de Hollande l’an prochain.

On voit bien ici que les partisans de la primaire sont plus mus à la fois par un opportunisme et une haine du personnage Hollande que par le souci de faire gagner leur camp en 2017.

La primaire et le Front National

Alors que le pays est battu par les flots, le nombrilisme parisien de ceux qui demandent une primaire en dit long sur l’incapacité de la gauche à se renouveler sociologiquement et à se hisser au niveau des enjeux qui préoccupent les Français. Dans ces conditions, toutes les conditions sont rassemblées pour une défaite impressionnante en 2017 et pour une mise en exergue du Front National.

La seule chance qui reste à la gauche, c’est la droite. Les divisions y semblent aussi considérables qu’à gauche, et ce qui ressemble de plus en plus à un combat des Horace et des Curiace est plus incertain du fait de la médiocrité des combattants que du fait de leur force.